IV - -!■
r x
¥
'*-.
"T
^.n
^^!
V,^
-;>/?■
5
n
^1
~V
X
> -*►
^^
REVUE GÉNÉRALE
nr
LARCHITECTIUR
TRAVAUX PUBLICS
DE? ARCHITECTES DES INGÉNIEURS
m ^ DES ARCHÉOLOGUES DES INDUSTRIELS ET DES PROPRIÉTAIRE.
4câ SOUS LA DIRECTION DE M CÉSAR DAIY ARCHITECTE
iCIF,l\TCj!; JiiTAI^.T
,&^
|y)Y(^J MAÇONNERIE CHARPENTE COUVERTURE
^— POUTS ROUTES CANAUX ÉDIFICES PUBLICS
GEOLOGIE STEREOTOMIE MACh,;.
' TERRASSEMENT
PEINTURE SCULPTURE
DÉCORATION AMEUBLEMi
BATIMENTS RURAUX JARDINS 6-
SALUBRITÉ
LEGISLATIONJURISPRUDEi,...
y/?
lu .,^ ^,v ^1^ j.,^ ^.. .1. i,> ■y»irT«tf-^«ir-ii»r~«r^iiir~wrnnr~<f^^
|REVUE|||,GENERALE UÉ" "ma,, ^'„,„
L ARCHITECTURE
ET DES'*TOimUX||EUBLIÇS '
m
§'fmw::i\i\\wm
iif»^^^^^^^
(7! VOLUME.)
INTRODUCTION
(ÂNNËE 1847.)
Nous commençons un nouveau volume , le septième, et nous entrons dans notre huitième année de publication.
Longtemps notre travail a été rude, souvent même ingrat, mais la route s'est enHn aplanie devant nous : la Retuf a
conquis une considération et une influence légitimes.
Nous avons combattu l'erreur et le mauvais vouloir partout où nous les avons rencontrés, et la dignité de notre langage
n'a fait qu'ajouter à l'eflicacité de nos efforts. Chose remarquable, après huit années de publicité, la Rerur attend encore
un démenti sérieux, une réclamation contre une erreur, une protestation contre une injustice. Cet exemple est peut-être
unique dans la presse.
Nous avons considérablement augmenté le nombre de nos gravures dans le volume que nous venons d'achever; dans
celui que nous commençons nous voulons les augmenter encore. .MM. Constant Dufeux, Duban, Gilbert aîné, Ganrex,
Henri et Théodore Labrouste, Lenormand, Nicollc, Ruprich Robert, etc., etc., préparent en ce moment les dessins qui
doivent illustrer le volume que nous commençons.
Souvent nous avons eu le désir de donner dans la lieviip des gravures d'art exécutées par les artistes eux-mêmes, aa limi
de faire interpréter les formes de I art par des graveurs de profession, qui font payer très-chèrement la Iteauté de leur
burin par l'absence de ce sentiment que l'artiste seul possède. Des diflllcultés techniques s'opposaient à notre désir, car il faut
une grande habitude et une longue expérience pour exécuter certaines morsui-es, réparer certains accidents, reprendre
au burin les parties manquées à l'eau forte, etc. Pour obvier à ces inconvénients, nous avons formé un atelier de gravure,
et des artistes distingués se sont engagés à prêter leur secours à la ReniVy en exécutant pour nous des gravures d'art avec
l'aide des graveui-s de profession dont nous nous sommes assuré le concours.
Dans le sixième volume de la Revue nous avons commencé un système de t Pflite Corrrspondance » , destiné i commu-
niquer à ceux de nos lecteurs qui voudront les demander, les renseignements et les conseils dont ils croiront avoir besoin
sur ce qui louche à notre spécialité.
Nos lecteurs n'ont été que trop réservés : nous avons répondu avec empressement à tous ceux qui se sont adressés à nous;
nous continuerons de le faire à l'avenir, et loin de trouver dillicile ou pénible l'accomplissement de ce léger devoir, nous
engageons au contraire tous ceux qui suivent nos travaux à s'adresser à nous chaque fois qu'ils auront un avis à demander,
une dilliculté du métier à résoudre. Césah DALY.
VII. 4
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
PROTESTATION.
CONTRE l'Élévation sur le quai de nesle des deux pavillons
DU collège MAZAKINl OU DES QUATRE NATIONS, REMISE A
louis XIV PAR LES HABITANTS DU QUARTIER, EN 1665.
Il est rare que de grandes fautes dans les œuvres d'archi-
tecture soient comprises et signalées par les contemporains ;
le plus souvent ils frappent à faux ; leurs yeux sont choqués
par des défauts que le temps efface, par des dispositions
contre lesquelles la postérité ne conserve pas les mêmes pré-
ventions. J'ai trouvé une exception à cette règle et la preuve
que tous les inconvénients du plan de ce singulier bâtiment
qui s'appelle de nos jours l'Institut, avaient été signalés,
avant sa construction, au souverain d'alors, souverain dans
la vraie acception du mot, à Louis XIV.
J'ai fait ailleurs l'histoire du Collège desQuatre-Nations (1) ;
je n'y reviendrai pas. Je croyais qu'on avait pu masquer
un quartier tout entier, barrer deux rues et obstruer un
quai, sans qu'une seule protestation osât s'élever contre ce
brutal sans-gêne, contre ce despotisme royal exercé sur
la voie publique; je m'étais trompé; j'avais fait tort au
xviie sièle et à nos devanciers dans cette partie de la ville (2).
Il est certain, au contraire, que, sous le titre de Considéra-
tions, une protestation énergique, quoique respectueuse,
spirituelle, quoique raisonnable, fut rédigée, signée et remise
au roi. J'en ai retrouvé la minute (3) , je la publie avec la
conviction qu'elle intéressera le lecteur de la Revue, et
qu'elle servira utilement dans les discussions qui s'élèveront
cette année à l'occasion de l'élargissement de ce quai,
travail compris par l'administration municipale dans ses
projets d'amélioration de la rivière et de distribution des eaux
dans Paris. Nous réservons pour cette époque quelques obser-
vations sur le fond de la question et un commentaire sur ce
document, observations et commentaire qui seraient hors de
propos aujourd'hui.
Le comte de LABORDE.
(1) Projets pour l'amélioration et retnbelllssement du X' arrondissement.
Quartier de la Monnaie. Paris, in-4» et in-8», 1842, avec planches.
(2) Je disais : Se plaignit-on alors, y eut-il des réclamations, des pétitions.
CONSIDÉRATIONS SUR LK DESSEIN DE ^A PLACE ET DO QUAY
PROPOSÉS A FAIRE VERS LA TOBR DE NESLE.
Le dessein de baslir vis-à-vis du Louvre une place en demy-
lune, avec deux grands pavillons au-devant, et un dosme au
milieu, sur le quay de la Tour de Nesle, est aussy magnifique et
digne de la gloire et du règne de Sa Majesté, comme sa situation
et construction sur le bord de la rivière, et à travers la largeur
d'une grande rue, est défectueuse, difforme et indigae de soa
approbation, estant préiudiciable au port, à la rivière, au bien et
à la décoration de la ville. Et l'on ne peut pas s'imaginer que
Sa Majesté ait veu et considéré les devis qui en ont esté dressez
par MM. les conseillers d'Estat, prévost des marchands, esche-
vins et autres personnes à ce députez, parce que jamais sa bonté,
sa magnificence et toutes ses autres vertus royales, qui sont in-
téressées et inesme responsables à la postérité d'un ouvrage de
celte conséquence, n'y eussent esté contraires, comme l'exécution
le veut faire croire. Car comment seroit-il possible d'approuver
la construction de deux gros pavillons aussy avancez dans la
rivière que la tour de Nesle, traversants le grand quay de part et
d'autre, et rompant la veiie en droite ligne de l'hoslel de Nevers
au pont Rouge et à la campagne, et du pont Rouge à l'isle du
Palais, destruisant ainsy la plus belle rue, le plus beau quay et
la plus belle perspective du monde, de quelque costé qu'on la
regarde, mesme contrecarrans (pour ainsy dire) par leur gran-
deur et advancement les pavillons du Louvre? Si Sa Majesté
sçavoit que tous les advis qu'elle a demandez y répugnent,
et que tout le peuple en soupire. Quand Henry IV et tous les
autres grands princes qui ont prétendu s'immortaliser par les
bastiments ont voulu faire quelques villes, riies ou quays,
toute leur application n'a-t-elle pas esté de les faire les plus
larges, droites et régulières qui leur a esté possible? Comment
donc leur imitateur pourroit-il consentir aujourd'huy qu'on fit
le contraire sans aucune nécessité, s'il en avoit la connaissance ?
Cela n'est pas croyable, et jamais homme de bon senz ne se per-
suadera que le roy ait esté suffisamment informé de tout le des-
sein, mais seulement qu'il en aura veu le plan particulier et
destaché, sans en examiner les conséquences ni les advis sur ce
donnez estant impossible d'approuver des choses avant d'estre
faictes, que tous les hommes généralement condamnent quand
elles le sont, je veux dire desrétrécissemens de rivières, des rues
inégales et tortues, des avances et saillies de maisons sans né-
cessité, mesmes sur un quay. Tous les jours on crie et l'on
peste contre les anciens qui ont commis ces fautes, et nous au-
rions ce malheur de les voir commettre de nostre temps sous
l'authorité d'un grand prince! Non, cela ne se peut, si quelque
bon sujet luy rend ce service de l'en informer avec une liberté
respectueuse. Bon Dieu ! qu'il seroit éloigné de permettre cette
difformité, et ie croy bien plustosl qu'en imitant le pape d'au-
jourd'hui, qui, pour eslargir et dresser les riies qui aboutissent
à la place de Saint-Pierre, a faict abattre toutes les avances des
maisons qui n'estoient pas dans l'allignement; il en seroit de
mesme de ce qu'on prétend maintenant construire, s'il l'avoit veu
tout faict, traverser le plus beau quay de sa ville, en oster la plus
des cris, des émeutes? Le temps n'était pas à cela : on souffrit en silence.
(Page 10.)
(3) Dans les cartons des savants Th. et Denis Godefroy, conservés à la bi-
bliothèque de l'Institut. Portefeuille n» 190.
lŒVLE DK L'AHCIIITECTLHE ET DES TRAVAUX PLBLICS.
belle vuefie, et y causer une horrible diiïormité au lieu de dé-
coration.
Mais ce sera le plus bel aspect qu'on puisse faire pour le Lou-
vre, et partant toutes choses y doivent concourir, n'estant pas
hors d'exemple que la commodité des particuliers, et la décora-
tion mesme de toute une ville , cède aux plaisirs des princes aux-
quels tout est permis, et plust à Dieu qu'ils fussent tous comme
ce roy de Macédoine qui respondit a de semblables cens'" et
flatteurs qui le voulayent infecter de cette doctrine, que tout
estoit lionneste, iuste et permis aux roys : Par Jupiter (dit-il),
cela est bon aux roys des barbares, mais à nous il n'y a rien
d'honneste qui ne soit honneste, ny rien de iuste qui ne soit
iuste.
Ce n'est pourtant pas de cette manière, quoyque raisonable et
chreslienne, que ie voudrois respondreaux personnes préoccupées
de leur opinion, qui peuvent inspirer à Sa Majesté l'exécution
de ce dessein. C'est en leur accordant ce qu'ils disent, et louant
avec sincérité leur zèle de plaire aux yeux du roy, et mesme en
approuvant leurs plans et les élévations, nous ne controollons
donc pas rarchilecture, et n'improuvons en aucune façon ce qui a
eu le bonheur de plaire a Sa Majesté. Il n'est question que de la
situation, laquelle ne peut estre approuvée hors del'allignement
que la droite raison luy prescrit devant des personnes tant soit
peu inlelliKentes.
Que seroit-il donc à propos de faire sans chosquer le bon sens,
la beauté du dessein, ny ie plaisir du prince? Il ne faut que se
retirer sur le quay, et au lieu de planter des pavillons aussy avant
que la tour de Nesie, et iusqu'ou l'eau a coustume de battre,
il ne faut que les reculer au moins iusqu'a l'encoigneure de
l'hostel de Nevers, à fui qu'ils n'apportent pas plus d'obstacles
a la veCie et droiture de ce beau quay que ledit hostel, et
qu'en descendant du Pont-Neuf on en voye toutes les maisons,
comme aussy en revenant du Pont-Rouge on puisse tousiours
veoir l'isle du palais, le cheval de bronze, la Sainte-Chapelle, et
le reste qui forme la plus belle veùe du monde, et cet esloigne-
ment qui ne sera peut-estre que de 7 ou 8 toises, augmentera
de beaucoup celle de la maison royale, je veux dire que la
perspective de cette belle place veûe des fenestres du Louvre,
sera plus agréable et surprenante d'estre plus esloignée que
d'estre plus proche, outre que la grandeur de ces pavillons qui
doivent avoir 10 toises de face, prévaudra mesme a celle du
Louvre, et les morguera en quelque façon s'ils en sont si prez,
sans parler des autres accidents qui peuvent arriver par cette
trop grande proximité, comme on a desia veû en la persone d'un
des entrepreneurs qui a été blessé par la décharge d'un mousquet
tiré à travers la rivière.
Mais en se retirant et ne perdant rien du dessein, il faudroit
acheter des maisons dans la rue de Seine pour trouver de la place.
Qui en doute? mais qui doute aussy qu'en la prenant sur un quay
public, c'est une faute irréparable, h moins que d'abattre en
un temps ce qui auroit esté faict eu un autre; au lieu qu'en la
prenant sur des maisons particulières, il n'en peut iamais arriver
de plaintes, mais il en coustera de l'argent, et il n'en cousle
point de bastir sur le quay ? Ah ! Messieurs , qui parlez ainsy,
avez vous bien faicl réflexion sur ce qu'on appelle argent, et sur
ce qu'on ne sçauroit avoir mesme pour de l'argent, qui est
l'estime, l'honneur, le bon sens, les belles veûes, les bons ports,
les décorations publiques et beaucoup d'autres choses que l'on
perd souvent par sa faute et par trop de mesnage. Ne croyez voof
pas que le jour viendra qu'on voudroit avoir donn<5 le double et
le triple de tout ce que cousteroyent maintenant ces places, et
qu'on n'eust faict aucune avance sur le quay ny dans la rivifëre,
c'est une chose indubitable si on ne la prévient par une ^fvpmtf
qui n'est aucunement considérable, soit i Sa Majesté, soit aux
intéressez ; il est peut être question tout au plus de 200000 liv.,
et qu'est-ce (je vous prie) h la magnificence d'un prince, dont
les plaisirs de deux ou trois jours aiustenl bien des inillioos?
Qu'est-ce (je vous supplie) à un grand roy qui a pour son re-
venu tout le bien de la France, le plus riche royaume du monde,
de faire un achapt de .'iOOOO ou 60000 escus pour se procurer
une belle veûe sans endommager celle du public, ny diminuer le
plus bel a.spect de sa ville et de toute la terre? Quel article de
despense plus généreuse et plus agréable peut on voir dans ses
hastiments que l'acquisition de ces places pour la constnic-
tion d'un ouvrage qui sert à l'embellissement de Pari.H, et à l'or-
nement du Louvre? Je ne parle pas que ce fonds soit pris sur
celui du collège, pour lequel se doivent faire tous ces édifices, ny
sur ceux qui ont bien le moyen de l'augmenter, s'il est de besoin.
et qui sont trop généreux et judicieux pour ne le pas faire d'eui
mesmes pour la gloire de son Eminence, s'ils estoyeot bien in-
formez des conséquences icy touchées, et des clameurs publiques
présentes et futures contre la situation de ces pavillons que l'a-
vidité sans doute des entrepreneurs, pour y trouver mieux leur
compte qu'en achetant des places, leur a proposée, et ensuite
inspiré a Sa Majesté a laquelle il coavient d'en ordonner par si
prudence et bonne justice, comme elle advisera bon estre, mais
je dis seulement que de quelque part que puissent venir ?00000
liv., il est à souhaiter pour sa gloire, pour celle de feu monsei-
gneur le cardinal Mazarin, et pour celle des directeurs de ces
grands ouvrages, le bien et la décoration de la ville, qu'ils ne
s'exécutent pas en la manière qu'ils sont proposez.
Pour ce qui est des incommoditez et du preiodice qde la rivière
peut recevoir du retrecissement de son canal de 9 à 10 toi.ses par
la muraille qu'on a commencé d'y faire, il faut considérer que
les anciens, qui, pour bastir les murs de Paris avoyent placé
cette tour de Nesle le plus avant qu'ils avoyent pu dans la rivièra
sans l'incommoder, s'estoyent relires incontinent après, et
avoyent faict leurs quais en dehors pour élargir d'autant plus son
canal vis à vis du port, et a la rencontre des deux bras qui Ibat
l'i.sle du palais, ce qui auroit esté reconnu si nécessaire par toas
les rois et magistrats qui les ont suins, que pas un n'a jamais
permis de bastir au delà, et mesme le dernier quay faict depois
peu au devant de l'hostel de Nevers, par arrest du conseil, déli-
bération des cours souveraines, maison de ville, et autres formes
accoustumées, prenoit son allignement, en sorte que la Tour
restoit entière dans la rivière, sur la pensée qu'estant abattue, le
canal se trouveroit eslargy d'autant. Or, que veut on maintenant
faire par ce dernier dessein? Chose esirange, tout le oootraira.
Ion avance mesme dans l'eau 4 toises et demie au delà de la l
sans autre besoin, sinon pour gaster encor le quay en
dessus et substituant a la dernière tour deux gros paviUoos. i
ne pas laisser iouyr le public des avantages de sa démolitioa qui
est la continuation du quay, et la belle veOe. Mais (dira oa) la
rivière en cet endroit là reste encor plus large que vers le pont
Rnuge, et partant, elle n'y sera pas plus rapide, et o'ioooaMBO-
dera pas davantage la navigation. Il est vray si vous la oomida-
REVUE DE L'AUCIKTEGTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
8
rez tout entière et en sa liberté, mais si vous eu ostez la moitié
et quelquefois davantage que les batteaux en occupent, vous trou-
verez qu'il y restera beaucoup moins de largeur pour le courant
de l'eau qu'au dit pont. Et de plus, comme c'est vers la Tour de
Nesie que concourent et s'assemblent les eaux des deux bras sor-
tans de l'isle du palais, c'est aussy la que se fait la première
impétuosité et le plus grand courant, qui se rallenlit par après
(comme sçavent tous ceux qui ont quelque expérience des eaux)!
Il est donc indubitable que le canal de la rivière estant retrecy en
cet endroict là, elle en sera plus rapide que auparavant, et cau-
sera par conséquent deux maux assez considérables l'un qu'il
sera plus diflicile de faire monter les batteaux de foin, de bled,
de bois, de charbon, de sel, et autres qui vont au Pont-Neuf, et
où il falloit la force de 30 chevaux pour les tirer, il en faudra
quelquefois le double, l'autre, que les basleaux qui seront à
l'ancre et au port, seront beaucoup plus agitez parce grand
courant que si la rivière avoit plus de liberté, d'où s'ensuivra de
nécessité quelque iour qu'il faudra que tous ces basteaux demeu-
rent vers la porte de la Conférence. Jugez si cela se peut faire
sans que le public en palisse, et eu reçoive une incommodité
nonpareille pour les seules voictures. Je ne parle point de ce qui
est encor indubitable qu'en hyver, lorsque les rivières de Seine
et de Marne seront gelées, et que leurs glaçons charrieront, ils
s'arresteront en cet endroit là et se jetteront sur les basteaux, en
sorte que la rivière sera bientôt prise, et se fera un pont elle-
mesme dont les brisures et les pièces dans un desgel, ne cause-
ront pas peu de dommage ; je ne dis rien encor des grandes
inondations qui peuvent arriver comme depuis 10 ou 12 ans
nous en avons veu trois, auquel cas tout le peuple ne manquera
jamais d'en attribuer la cause a ce nouveau quay qui aura retrecy
la rivière, et fait regontler en haut, et ensuite a donner mille
bénédictions aux autheurs et approbateurs de cette nouveauté.
Ce sont pouitant des prédictions que l'on peut faire avec asseu-
rance qu'elles arriveront, quand principalement le roy, pour le
parachèvement de son Louvre aura pris encore de son costédans
la rivière ce qui lay sera nécessaire, et qui est plus que raison-
nable. Sur quoy je nvestonne qu'on n'ayt faicl quelque reflexion
en délibérant sur le quay de Nesle, et qu'on n'ayt plustot pris
tout ce qu'on vouloit sur la rivière du costé du Louvre qu'a l'op-
posite, pour l'eslargissement d'un quay qui de soy mesme esloit
assez large. Hé, combien croyez -vous que sa majesté voudroit
avoir donné d'argent pour dix toises de place de plus qu'elle n'en
a, au devant de son appartement et celui des reines? Je ne doute
pas qu'un million ne luy cousteroil rien pour cela. Néantmoins
par ce dessein du quay de Nesle, on lui oste celle qu'on luy pou-
voit laisser occuper du costé du Louvre, ou persmne ne trouve-
rùit rien à redire sur la nécessité d'un parterre au devant des
fenestres de leurs majestez, au lieu qu'elle est plus qu'inutilement
employée, c'est-à-dire desavantageusenienl du costé de Nesle.
11 restera donc pour constant que si sa majesté est bien infor-
mée de tout ce que dessus, elle est trop clairvoyante généreuse,
et jalouse de son honneur et de sa gloire, pour ne prendre pas
elle mesme une connoissance particulière de tous ces desseins; et
ne s'en faire pas esclaircir par des personnes désintéressées, et
intelligentes dans les bastimens et qui ont le goût fin pour les
belles choses, sans s'arrester au simple crayon d'un architecte
qui, pour excellent qu'il puisse estre, peut corriger ses premières
pensées, ou recevoir quelques bons advis pour les rendre meil-
leurs, de mesme que les plus experts médecins perfectionnent
les leurs par leurs consultations. Quand les Vénitiens voulurent
construire Palraa-Nova, la plus belle fortification de l'Europe,
ils n'en crurent pas leurs seuls ingénieurs; quoyqu'ils ne fus-
sent pas de paille comme ceux qui, pour une fontaine de fer-
blanc, ou une sphère de carton, en ont les brevets et l'argent,
mesme un Ordre de chevalerie a son déshonneur. Ces sages politi-
ques (dis-ie) ne résolurent pas leur ville et forteresse sur les sim-
ples desseins de leurs architectes, ils en voulurent avoir l'advis
de tous les princes et grands capitaines de l'Europe auxquels ils
en envoyèrent les plans et devis, et pourquoy en ce rencontre
qui n'est pas de moindre conséquence pour la gloire du roy et
de Sou Eminence, Sa Majesté ne prendra elle pas ceux des per-
sones intelligentes et désintéressées, ou du moins pourquoy ne
se fera elle pas deïiement inlormer de toutes les conséquences
qui s'en peuvent ensuivre? Aflin d'en ordonner elle mesme, et
de son propre mouvement : elle doit sans doute, et nous devons
ainsy l'espérer, en suite de quoy il est très certain que le plus
grand des roys, le meilleur et le plus judicieux de tous les
princes, estant bien informé de toutes les veritez cy dessus, y
donnera les ordres nécessaires après y avoir faict une prome-
nade et considère que deux cent mille livres de dépense au plus
pour l'achat de quelques places sauvent les incommoditez que
peut causer le rétrécissement de la rivière, et la difformité que de
basliments sur un quny peuvent apporter à la plus belle ville
du monde, au lieu des avantages publics et du bel aspect que
le reculement seul de quelques toises sans aucun autre chan-
gement a l'archiiecture peuvent procurer au Louvre et à la ville,
sans parler de la gloire et réputation du roy, de feii Son Emi-
nence et des ministres et magistrats vers toute la postérité de
laquelle ils doivent estre infiniment jaloux pour se rendre im-
mortels par l'estime et la louange des peuples à venir, comme
les vivants ne semblent dire autre chose a Sa Majesté par leurs
cris de vive le roy.
ÉTUDE CO.MPARATIVE
DES DIVERS SYSTÈMES D'ARMATURES
REMPLAÇANT LES POITRAILS EN BOIS.
Sommaire. — Des inconvénients des poitrails en bois, et de la nécessité de les
remplacer par des supports plus durables. — Exposé sommaire des divers
systèmes d'armatures en fer. — Pose des linteaux on fer en sous œuvre, note.
REVUE DE LAHCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
10
— Armature Jticqw.marl. — De» iiiconvciiiienl» de» reiii|iliH»age» en maçon-
nerie dans les armatures. — Armature. Ilaudrit : disposilion» parliculiérra
de son tirant, et expose de ses ineonv('nienls. — Armature Bellemère : ne»
points de ressemblance avec l'arnialuro Uaudrit, se» avanUgn. — Aret en
pierre arec linteaux cintréa en fer : insulfisance des linteaux. — Armature
Batelier: sa complexité, ses di'fauts. — Cmicluiion : coinptcxit<! el insulli-
sanco de» systèmes il' armatures préciidcniment expo»<is; conditions d'un Uin
système; moyens d'y sjitisfaire; de» dimension» à donner à l'arc d'une ar-
mature, dans le cas où il serait en fonte ; pr<'caution» à prendre dan» l'emploi
des armatures en fer; le» murs plein» chargent rnoin» le» poilrails que les
murs perces de baies; précaution à prendre lorsqu'on met le» linteaux en
fer son» des plales-bantes en pierre; prix comparatif des poitrails en liois,
en pierre, en fer ou en matériaux divers combinés entre eux; le prix du
poitrail n'est qu'une considération secondaire.
L'usage des poitrails en bois destinés h supporter les fa-
çades des maisons au-dessus des baies des boutiques et des
portes cochères, a toujours paru aux constructeurs une
faute grave, bien que l'habitude en ait perpétué l'emploi. En
effet, ne doit-on pas frémir de voir toute une façade en pierre
de taille reposant sur un éphémère appui qu'un incendie,
même partiel, peut détruire en quelques instants, et dont la
cbutc devra entraîner celle de la maison entière.
De légères infdtrations suffisent pour décomposer facile-
ment des supports aussi périssables ; puis, ces pièces de bois,
de 40 à 50 centimètres de hauteur moyenne, n'étant jamais
sèches, sont susceptibles d'une retraite de I à 2 centimètres
et même plus, d'où résultent des tassements fâcheux dans les
murs qui les surmontent.
Cet emploi inconsidéré du bois est contraire au principe
fondamental exposé déjà dans cette Revue, à savoir que,
dans des comtructions il faut allier des matériaux analo-
gues sous h' double rapport de la résistance et de la durée.
On a donc eu grandement raison de substituer au bois des
matières plus durables, telles que le fer, la pierre, la bri-
que, etc.
La grève des charpentiers, en 184.5, a beaucoup contri-
bué à faire substituer des armatures en fer aux poitrails en
bois. A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe.
Nous voyons avec plaisir que, de toutes parts, l'attention
des constructeurs est portée vers ce point important de l'art
de bâtir. Chaque jour voit surgir de nouvelles combinaisons :
on voit même des planchers en fer, hourdés en plûtras ou en
poterie. Avant 1845, nous n'en avions jamais vu dans des
maisons particulières; nous devons dire, toutefois, que la
majeure partie des planchers en fer que nous avons examinés
dans les constructions privées, sont de dimensions trop fai
blés. On a été en général conduit à ce résultat par le désir
de ne point dépasser le prix de revient des planchers en bois.
Par suite de l'ouverture des boutiques, les portées habi-
tuelles à Paris sont : If s petites portées, de 3 à 4 mètres; les
moyennes, de 4 à îi mètres; les grandes, de 3 à G mètres.
Tantôt les armatures se composent d'arcs en fer munis
d'une ou de deux cordes; telles sont l'armature primitive
(fig. i, pi. 13, roi. G), modifiée par MM. Jacquemart
(fig. 2), Leturc (pi. 25 du roi. C) et Travers (1) ainsi
(1) L'armature ï'ratei» ressemble en grande punie à cellle i.c(urc, maisl'au-
que les armateurs Baudrit (pi. 14, toi. 6), Bellemère
(même rol.pl. 33), etc.
Quelques-uns de ces arcs occupent toute l'étendue de la
baie, avec ou sans colonnes intermédiaires. Dans d'anlrat
la portée est divisa en plusieurs travées par des supports en
fonte (Voy. pi. 8, roi. 6]. Les uns sont surmontai d'arci
en pierre ou en brique. L'intérieur de l'armature tal qoel*
quefois rempli de maçonnerie de briques, mode vicieux qu'a-
vec juste raison la plupart des constructeurs ont complète-
ment abandonné.
Autre part ce sont des plates-bandes en pierres moooiilbei
ou divisées en claveaux et consolidées par de forts linteaux
en fer (1 ) ou bien des arcs de cercle de 30 à 40 centimètres de
ilèche, soutenus dans leur longueur par des colonnes «■
fonte (Voy. fig. 1, 2, 6 et 7, ;;/. *>du 6« roi. de la Herué).
Nous allons actuellement faire la critique des armatures
qui ont été déjà publiées dans cette Retne (0* ro/.) et nous
passerons ensuite à la discussion raisonnée de celles qui n'ont
pas été encore détaillées dans cette publication.
ARM.iTl'RE JACQIFJIART.
(Fig. % pi. 13 do «• mL)
Ainsi qu'il a été dit, col. 109, toi. 6, cette armature est
une modification de Varmature primitire: nous n'approu-
verions la disposition oblique de ses entretoises que dans le
cas où elles seraient soudées à l'arc et au tirant. Elles consti-
tueraient alors une suite de triangles indéformables qui se-
raient un puissant auxiliaire pour l'arc, tandis qu'ils ne jouis-
sent pas de cette propriété dans la disposition adoptée, car ik
doivent couler sur les manchons qui les réunissent à l'arc et
!eur de la première y a apporté un porfectioonenienl anqnel oomt nkm» A^
pensi' nous-nièmn (ro(. SGI) du 6* >oluiiie|. Il permet, dans le ca* oè r<M
juge » propas de poser an deuxième liranl en liant de l'arr, â'tofmrMtr àamt
un t!spacc donné, la flèclie de cet arc de toute la baoteur d« la «ctiM 4b ti-
rant su|H'rieur. Celui-ci est formé de deux baoae» de fer partlli'li». pheét»
de chaque ci'ilt' de l'arc, el n'unies en une seule branche par aoe lasdara à
chaque liout, aux points où le tirant échappe la courbe de l'exlrado* de r«e.
Dans le tirant inférieur, la division en deux branches paralMet a lie* ass
extH'milé» (Voy. fig. 4. pi. 35 du G* vol.), mais dans le liraal mpitkmt, la
»«>paration est faite an milieu.
(i) .Nous avons vu, rue de ProTenee, paawr en wi'—Tia àm I
de 0 m. OH c. carrés, sur une portée de 3 m. 00.
Chaque baie était divisi^ en liuis trar«'es par deax groapet de i
fonte. Ce» linteaux supportent la pl^e-baade dea bai« de koal^i
dans un mur (|ui n'Hait p.i$ perv-é de fenètm Celle plaie-baade w Itwne
mi-partie d'assise» courantes et de claveaux restant des ancïenan baie* de
croisst'es. M. Hongevin, architecte des Invalides, vieol de têin eiéeslcr aae
pase en sousiruvre, de linteaux en fer de ce geart^ daa* BBa vieille ans-
son de la me Duphol. C'est celle qne nous aroiis iadiqaèe/lf. I ^. I.
Nous croyons que la force de ces linteaux en fer eM trfs-soflbaale f&mr
porter une façade en pierre de quatre eiages et d'an eoaliie ci daas des par-
lées de I m. 00 c i 1 m. ao c. Lear force ëquivant i celle de de«\ pièeas d»
chêne de 0 m. X( d'tkiuarrissage chacune. D'apnis BMideiet iArt dr Miir).
deux pièces de bois de cette grwseur, et de I ■. 80 e. de lo«f. ckartées aar
toute leur longueur, porteraient un poids de ISO, 000 kilofr. t»r. d'à
l'évaluation donm-e par la Herut, vol 6, eU. 100, aae iraMcka de i
d'une maison à cinq étages, et de i m. ttt c de !•■(
an.tlOO kilugr., en la supposant isolée.
H
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
12
à la corde. Du reste, ils ne sont pas dans le même plan que
les deux pièces principales et ils peuvent déverser.
En règle générale, il ne faut pas que l'arc s'appuie sur le
tirant, qui doit rester libre. Aussi désapprouvons-nous le
remplissage en maçonnerie qu'on a coutume de mettre dans
le vide des armatures; car, en fin de compte, en quoi ce
remplissage peut-il contribuer à la solidité de l'ensemble?
Supprimons par la pensée l'arc en fer qui surmonte ce rem-
plissage, celui-ci isolé ne formera plus qu'un segment de cer-
cle, dont les minces extrémités n'auront aucune résistance ;
ce remplissage sera donc un fardeau plus qu'inutile. Il sera
nuisible en ce qu'il reportera sur la corde, dans toute son
intensité, la pression suscitée par le fléchissement de l'arc
sous sa charge. Il entretint, il est vrai, la solidarité entre
les deux armatures jumelles qui constituent le poitrail, mais
on obtient le même résultat par des entretoises en croix de
Saint-André telles que nous les avons indiquées à la fig. 5,
pi. 23 du 0<' volume.
ARMATURE BAUDRIT.
(Fig. 1,2 et 3, pi. 14, vol. 6.)
Cette armature, qui semble jouir d'un certain crédit est,
comme toutes celles qui sont destinées au même usage, éta-
blie sur ce principe que deux forces opposées et égales se
neutralisent mutuellement.
Dans y armature primitive, comme dans toutes les autres,
ou à peu près, on a mis la puissance directement aux prises
avec la l'ésistance en attachant l'un à l'autre l'arc et la
corde ou tirant (1). La neutralisation de la poussée se trou-
vant donc opérée par la combinaison même des éléments de
l'armature, on n'avait d'autre soin à prendre que de donner
à celle-ci une force suffisante pour résister à la charge verti-
cale, sans s'occuper du renversement des supports, circon-
stance qui n'était pas à craindre.
M. Raudrit n'a pas tenu à aller droit au but en faisant
comme tout le monde, c'est-à-dire en attachant l'arc à la
corde. Que voyons-nous, en effet, dans son système ? L'ex-
trémité Est de l'arc repose sur le talon d'un tirant qui se
trouve attaché, par son extrémité Ouest, à une ancre plantée
dans une assise en pierre à 30 ou 60 c. au-delà de la portée
de l'arc. La pierre sert ici d'intermédiaire dans le conflit
de la poussée de l'arc et de la résistance du tirant. C'est à
peu près comme si deux lutteurs, au lieu de se saisir mu-
tuellement l'un l'autre, plaçaient entre eux une troisième
personne destinée à essuyer d'abord et à transmettre ensuite
les efforts respectifs des deux combattants, chacun de ceux-ci
tiraillant de son mieux le malheureux intermédiaire; ou bien
comme si l'on poussait d'une main un objet qu'on tirerait de
l'autre.
(1) Nous supposons que l'arc est ici la puissance , que celle-ci ne soit
autre que le poids des constructions supérieures, mais c'est l'arc qui reçoit
cette charge et la transmet par réaction à la corde.
M. Raudrit nous semble donc, dans la composition de son
armature, avoir cherché midi à quatorze heures, qu'on nous
pardonne ce dicton trivial.
Mais ce n'est pas là son plus grand défaut. Les armatures
doivent réunir deux qualités indispensables : l'incompressibi-
lité de l'arc et l'inextensibilité de la corde. On peut toujours
obtenir la première, mais il est impossible d'avoir l'autre
d'une manière absolue, quelque force qu'on donne au fer, à
cause de la dilatation de ce métal par l'action de la chaleur.
Il est bon de chercher à neutraliser, s'il est possible, les
effets de la dilatation ; mais la combinaison principale du
système Raudrit produit précisément l'opposé.
Dans tous les systèmes que nous connaissons, à tirant
simple ou double attaché directement aux deux extrémités
de l'arc, et lorsque les deux extrémités de l'armature sont
libres, la dilatation se fait en allant du milieu vers les extré-
mités. Le milieu seul de la corde reste immobile ; tous les
autres points, situés à droite et à gauche, s'en éloignent
progressivement dans le sens des extrémités. L'effet inverse
a heu dans la contraction produite par l'abaissement de la
température; le point milieu reste toujours fixe, mais les
autres points s'en rapprochent. L'arc, en s'allongeant pro-
portionnellement, ne fait pas éprouver à l'ensemble du sys-
tème une déformation sensible.
D'après ce qui vient d'être dit, supposons une armature
doni le tirant aurait 3 m 00 c. de long, et admettons que
la dilatation soit de 0 m. 001 m. par mètre entre les deux
limites extrêmes de la température atmosphérique; nous au-
rons, en somme, un allongement, ou, si l'on veut, une dif-
férence de longueur deO m. 005. Mais dans le système Rau-
drit, chaque arc est muni de deux tirants agissant indépen-
damment l'un de l'autre, et chaque tirant est libre par un
bout et captif par l'autre. L'extrémité fixe de chacun des
tirarjts est munie d'un œil et d'un ancre; l'allongement se
fait à partir de l'extrémité fixe en allant progressivement vers
l'extrémité libre; et, d'après la disposition de deux tirants,
l'un s'allonge en allant à l'Est et l'autre à l'Ouest. Ainsi,
l'allongement total se composera de celui de chacun des deux
tirants dont la longueur excède d'environ Om. 50 c. la portée
de l'arc. Dans l'hypothèse, donc, d'une portée de 3 mètres,
nous aurons pour la longueur totale dilatable 5 m. -f 5 m.
+ 0 m. 50 X 2 = Il m. 00. Notre double tirant s'allon-
gera donc de 0 m. OU mill., c'est-à-dire de plus du double
de ceux des autres armatures. L'arc ne s'allongeant pas
proportionnellement, il se déformera en s'afl"aissant sur lui-
même, et les culées éprouveront une poussée plus considé-
ble que dans le système des armatures ordinaires. Ces effets,
en apparence insignifiants quand on n'envisage que leur ac-
tion pendant un laps de temps peu étendu, peuvent devenir
graves au bout d'un certain nombre d'années.
M. Raudrit a eu raison de ne point mettre de brides à
cette armature. Cet accessoire n'est nécessaire que dans le
cas où l'on a un tirant tangentiel au dos de l'arc, ou bien
lorsqu'on veut suspendre un plancher sous l'armature. Nous
13
REVUE DE L AUCIIITI'XTUIŒ ET DES TRAVAUX PUBLICS.
14
le louons fort d'avoir augmenUi la rigidité de son arc, en le
coiffant d'une plate-bande à rainure qui, donnant à la section
transversale la forme d'un T, otlie une grande résistance à la
poussée latérale et maintient l'arc dans le plan vertical.
ARMATURE BI^LLEHÈRE.
(PI. 33, vol. 6.)
En supprimant le tirant supérieur et en coiffant l'arc
d'une plate-bande formant chapeau (1), cette armature aura
une grande analogie apparente avec celle de Baudrit; mais
elle lui est supérieure en ce qu'elle n'a qu'une seule corde,
et que celle-ci, au lieu de se rattacher à l'arc par l'intermé-
diaire d'une assise en pierre, s'y réunit au moyen de la boite
en fonte XX. Cette boite, comme la sabot de l'armature
Baudrit, dispense de mettre des semelles en fer sous les
portées de l'armature.
L'armature Bellemère est donc un des bons systèmes de
poitrails arqués.
ARCS EN PIERRE AVEC LINTEAl'X CINTRÉS EN FER.
(Fig.i.pl.l.)
Nour avons vu quelquefois, notamment rue de Provence,
au coin de la rue Cliauchat, des arcs en pierre de 30 à
40 centimètres de flèche, munis à l'intrados de linteaux
cintrés en fer, de 40 à îiO millimètres carrés. Ces linteaux
étaient censés les soutiens de la pierre.
L'architecte, mieux avisé plus tard, s'est décidé à soulager
chacun de ses arcs par deux grouppes de colonnes en fonte.
Il a fort bien fait en cela ; car ces linteaux cintrés en fer ne
pouvaient venir en aide à l'arc en pierre que jusqu'à la con-
currence de la charge qu'ils étaient eux-mêmes capables de
soutenir sans ployer. Nous demandons quel poids pourrait
porter une barre de fer de 4 à 5 mètres de longueur entre
les appuis, et de 40 à 50 millimètres de grosseur, fût-elle
cintrée de 30 à 40 centimètres de flèche? Elle ploierait évi-
demment sous une charge de 100 ou 200 kilogrammes. Si
l'on nous objectait que, dans l'espèce, les extrémités des
linteaux étant butées contre les sommiei*s en pierre de l'ar-
cade, cette disposition augmente leur résistance, nous dirions
que la poussée qu'ils exerceraient sur ces sommiers venant à
s'ajouter à la poussée de l'arcade elle-même, la stabilité n'y
gagnerait rien du tout. Il faut donc les considérer comme
libres et ne pouvant apporter à l'ensemble que le secours
d'une résistance de quelques centaines de kilogrammes,
résistance tout à fait illusoire quand il s'agit d'une charge
totale de plus de 80,000 kilogrammes. Il ne fallait pas
même compter sur leurs secours comme chaînage, vu leur
courbure.
(I) Cotte plate-baiiile, ulijol important dans le système, a élu omise dans
la planche et dan-t la description.
ARMATtBE BATELIER.
(Fif.». pL i.)
Si l'on en croit les termes d'un imprimé auquel l'auteur
de ce système a donné le titre de Procèi-rerbal d'erperts,
(juoiqu'il n'en ait guère la forme, celte armature aurait fait
assez de bruit pour que MM. les préfets de la Seine et de
police aient cru devoir| nommer une commission pour la
juger.
Ce système, qu'il est presque impossible de faire com-
prendre par une simple description, consiste, comme on
pourra le voir en consultant la /!</. 3, en une série d'arcs
en fer {a) munis chacun de sa corde, plus une corde
commune (b c) sous-tendanl l'armature entière. Ces arcs
sont surmontés d'une plate-bande (d e) en fer, retombant
vers chacune de ses extrémités, à l'instar des arbalétriers
d'une ferme. Celte plate-bande est reliée avec les panneaux
en bois par une série de brides {f), assez rapprochée pour
qu'elles ne puissent se voiler. L'intervalle entre le dos des
arcs et la plate-hande-arbalétrier est rempli par des panneaux
du bois (g) qui se trouvent ainsi reliés, dans tous les sens,
par un réseau de fer plat étreignant chaque morceau de
bois.
La charge portée par une telle armature tendant à la faire
fléchir, les panneaux en bois résisteront en se contre boutant
mutuellement, tandis qne les tirants de fer s'opposeront k
l'écartement et à la disjonction des panneaux, et que de»
brides en fer maintiendront chaque pièce à sa place.
Le bois n'est ici que de la planche ou de la membrure de
chêne, remplissant les mêmes fonctions que le parenchyme
dans le tissu réticulaire qui constitue les feuilles de la plupart
des végétaux. Tant que le tissu cellulaire est injecté de sève,
la feuille se soutient avec une certaine fermeté ; mais aussitôt
que le liquide vivifiant vient à manquer, la feuille s'affaisse
sur elle-même.
Il en sera de même de l'armature Batelier. Lorsque le bob
diminuera de volume par l'action inévitable de la sécboreae,
il ne remplira plus exactement les compartiments du réseau
de fer, et le système s'affaissera. Il ne cassera pas peut-être,
mais il rompra les plafonds, changera les niveaux, etc.
Or, comme les grandes chaleurs qui font dilater les corps
inorganiques, et principalement les métaux , sont presque
toujours accompagnées d'une sécheresse qui diminue le
volume des matières organiques, comme le bois, il s'ensuit que
les panneaux, dont la fonction est ici de remplir aussi exac-
tement que possible les compartiments du système, se relâ-
cheront. De son côté, le fer, dont la fonction est d'étreindre
autant que possible les panneaux de bois, tendra au contraire,
par la dilatation, à leur laisser une plus large place. Chaco
des deux élémenU suivant ainsi une marche inverse de
celle qui lui est assignée, l'ensemble ne pourra donc manquer
de se détraquer.
Lorsqu'on a vu le dessin qui se distribue avec l'imprimé
(prospectus), il ne faut rieu moins que l'attestation des hono-
15
REVUE DE L'ARCHITECTLRE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
16
râbles membres du corps des architectes dont on exhibe les
signatures (1) pour qu'on puisse croire aux résultats exposés,
tant cette armature est bizarre et paraît dénuée de solidité.
Les membres du comité n'attestent que les résultats de
l'expérience. Les conditions de force sont faciles à démontrer
par l'expérience, mais les conditions de durée ne peuvent
souvent l'être que par le raisonnement. Nous allons donc
examiner cette armature quant à sa composition.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'armature Batelier est
tellement bizarre et compliquée qu'elle échappe tout d'abord
à l'analyse, et qu'on la croit plutôt un jeu du hasard que le
produit du calcul. On reconnaît seulement, en somme,
que les deux éléments qui la composent (le fer et le bois),
se partagent entre eux bien distinctement la fonction de
soutenir la charge.
Le fer résiste partie à la traction, partie à la compression,
et le bois uniquement à la compression ; il y a une telle
solidarité entre ces deux éléments, que si seulement une
faible partie de l'un d'eux venait à manquer, il serait impos-
sible au système de se soutenir.
Mais lorsque les parties constituantes d'un tout ont une
solidarité aussi absolue, il est de rigueur que chacun des
éléments qui le composent ail des chances de durée aussi
grandes l'un que l'autre. Si l'on réunit une matière périssable,
comme le bois, avec une substance durable, comme le
fer, l'existence du tout sera limitée à celle de l'élément le
plus périssable ; il faut s'attendre donc à ce que la moindre
infiltration continue d'eau sur quelques points de l'armature,
ou la plus légère flamme en cas d'incendie, détruise la conti-
nuité des faibles soutiens en bois, et entraînent la ruine de
l'ensemble.
Si nous sommes entrés dans d'aussi longs détails, c'est
moins pour démontrer les inconvénients de l'armature
Batelier que pour prémunir les inventeurs futurs contre les
dangers de combinaisons du même genre entre deux éléments
d'une durée si différente.
L'auteur propose bien, subsidiairement, de remplacer les
panneaux en bois par des feuilles de métal (des plaques de
tôle probablement). Nous préférerions des panneaux de fonte
à jour ; mais quelle dépense pour le moulage et l'ajustement !
Il serait plus simple et plus rationnel de faire un arc en fonte
d'une seule pièce avec une corde en fer; alors, adieu toutes
les combinaisons du système (2).
(1) Ce sont MM. les architectes Hauciebourt , Vestier, Van-Cléemputle,
Hippolyte Delagénière, Dubois, Dupré, Berllieral, J. Rolland, et MM. les
entrepreneurs de serrurerie Roussel et Richer-Lcleu.
(2) Depuis que nous avons écrit ces lignes, il a été fait quelques modifica-
tions à l'armature Batelier. On parait avoir adopté définilivement les pan-
neaux en tùle. L'auteur vient d'établir, à ses risques et périls, un plancher
d'épreuve de son système, dans l'enceinte du nouvel hospice Louis- Philippe.
Ce plancher, dont nous donnons le canevas, fig. 3 bis, pi. 1, forme un
carré de 9 m. 00 de c6to, divisé en deux travées égales par une princi-
pale (a b); CCS travées sont portées sur deux murs parallèles. L'armature
(o b) reçoit, au quart de sa longueur, à partir des murs, quatre chevôtres (c),
harponnés d'un bout sur le dos de l'armature principale (a b), et de l'autre.
Nous lui trouvons, dans l'ensemble de ses combinaisons,
une certaine analogie avec les ponts de Palladio, donnés par
Rondelet, dans son Art de bâtir, fig. 4, 6 et 8, pi. 100.
CONCLUSION.
Mais à quoi bon, en définitive, surmonter des armatures
en fer d'un arc en maçonnerie dépourvu des moyens de
retenir directement sa propre poussée? Que veut-on, en
réalité? N'est-ce pas obtenir une plate-bande rigide, inexten-
sible et capable de supporter une charge verticale considé-
rable sans exercer de poussées sur les supports?
En procurant Tinextensibilité à notre arc en maçonnerie,
nour aurons rempli le programme. Qu'avons-nous besoin de
lui adjoindre un arc en fer très-coûteux et pouvant devenir
plus nuisible qu'utile? Ou bien, si nous adoptons un arc en
fer, à quoi bon lui adjoindre un arc en pierre?
Pour qu'il y ait unité d'action entre les deux objets soli-
daires qui composent une plate-bande ou poitrail formé d'une
armature en fer surmontée d'un arc en pierre, il est indispen-
sable que les deux parties constituantes aient une simul-
tanéité et une conformité d'action complètes.
Mais la pierre et le fer, recevant d'une manière différente
sur deux filets en bois (d), portant de chaque bout sur les tètes des murs et
soutenus sur leur longueur par des poteaux. Ces chevètres, qui sont de vé-
ritables armatures, reçoivent huit solives (e) du même système, tandis que
d'autres solives (() remplissent 1 intervalle entre les murs et les chevètres.
La hauteur de l'armature principale (a 6) est de 0 m. 50, et celle des autres
est deO m. 40; l'excédant est placé en dessus.
L'aire de ce plancher repose sur des plaques de tùle cannelées qui sont re-
çues par des tringles de fer mince dites côles di tache, établies sur le dos des
solives, et espacées de 0 m. 43 c. Les cannelures donnent,! ces plaques de tôle
une certaine rigidité. Le plafond est liourdi> en plâtre sur grillage en fil de fer,
il larges mailles, tenant lieu de lattis, et soutenu par une autre série de cùtei
de vache reposant sur les cordes des solives et des chevètres.
Ce plancher porte une charge d'épreuve composée de briques distribuées
régulièrement sur toute sa surface, et évaluée à 300 kilogr. par mètre super-
ficiel. Celte charge nous paraît insuffisante pour que ce plancher puisse ins-
pirer une parfaite sécuril('. D'après Rondelet {Art de bâtir), la plus grande
charge que reçoivent ordinairement les planchers des maisons d'habitation,
est celle que produit une réunion de personnes debout et pressées les unes
contre les autres, charge qu'on t'value à 39S kilog. par mètre carré. Il fau-
drait donc que le plancher d'essai portât au moins 400 kilogr. par mètre sans
fléchir, car tout le monde n'est pas nécessairement dans un repos absolu.
Dans les réunions, les uns marchent, les autres dansent, et par suite des
mouvements concordants de ces derniers, qui, alternativement s'enlèvent et
retombent, une oscillation est imprimée au plancher, et la somme de tous ces
efTels dépasse très-sensiblement celui du simple poids des assistants supposé
uniformément réparti; seulement lorsqu'on danse, la foule ne peut pas être
précisément aussi compacle que lorsqu'on ne danse pas.
Tous les panneaux de remplissage des armatures de ce plancher sont en
tùle, variant d'épaisseur de 2 à o millimètres. L'un des panneaux de la ferme
principale s'est voilé sous la charge près de la portée d'un chevètre. Cette
circonstance n'a pas augmenté notre confiance en ce système, composé d'élé-
ments trop grêles pour avoir une résistance soutenue, soit contre la charge.
soit contre l'oxydation. On tremble à voir le mince ruban de fer qui forme le
tirant principal, et dont la rupture entraînerait subitement la chute de tout le
reste.
Malgré la légèreté de ses éléments, le plancher d'épreuve revient encore à
32 fr. le mètre superficiel, compris aire et augets du plafond. Il est bon de
faire observer que les plaques de tôle cannelées portant l'aire.économisent les
poteries ordinairement employées au remplissage des planchers en fer, et
qui reviennent moyennement à lô fr. par mètre superficiel.
17
REVUE DE L'AUCFIITECTiniE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
M
les impressions atmosphériques, ne sont point dans les con-
ditions voulues pour réaliser cet accord .
Lorsque l'arc en fer sera gonflé parla dilatation, il tendra
à soulever l'arc en pierre et il portera ainsi toute la charge,
sauf à la laisser entièremcjnt sur le dos de l'arc en pierre
quand il aura été lui-même contracté par le froid.
L'arc en pierre, qui est susceptible d'affaissement par
suite de la compressibilité du plâtre ou du mortier de ses
joints, et l'arc en fer, qui est susceptible d'allongement et
de raccourcissement par l'effet des variations de la tempéra-
ture atmosphérique, n'auront jamais une simultanéité d'ac-
tion qui rende efficace la somme de leurs puissances. Au lieu
d'être auxiliaires l'un de l'autre, ils ne seront que des sup-
pléants réciproques. Et si l'arc en pierre ne donnait momen-
tanément quelque sécurité, en cas de rupture de l'arc en
fer, nous aimerions presque autant une assise courante qui
coûterait beaucoup moins cher.
Il nous semble donc plus simple, plus rationnel et plus
économique de supprimer l'arc en fer et d'appliquer directe-
ment son tirant à l'arc en pierre dont il maintiendra la pous-
sée (1). On aurait un tirant sur chaque face, et dans le pre-
mier joint une plaque de fonte recevant les deux tirants et le
joint de douelle du premier voussoir (voy. fig. 5, pi. 1).
Le poitrail ainsi constitué par la combinaison de deux puis-
sances, l'une active (l'arc), l'autre passive (le tirant), de-
venues tellement solidaires que l'une neutralisera constam-
ment l'effort de l'autre, tandis que dans l'armature complète
en fer réunie à l'arc en pierre, nous avons deux puissances
actives et rivales, soumises à des lois diverses qui les empê-
cheront de concourir à un but commun.
M. Roudsot propose, avec raison {col. 67 du 6* vol. ), de
substituer le fer fondu au fer forgé dans la confection de l'arc
des armatures, à cause de la plus grande résistance de la
fonte à l'écrasement. Nous avions, il y a quelques années,
fait un projet sur ce principe ; mais nous ne pouvons être de
l'avis de M. Boudsot sur la réduction proportionnelle de la
section de l'arc, d'où il suivrait que la résistance de la fonte
à l'écrasement étant moyennement double de celle du fer
forgé, on devrait diminuer de moitié la section de l'arc en
fonte, et à fortiori si l'on employait les fontes blanches qui,
tout en étant les plus dureset les plus fragiles, résistent néan-
moins davantage à l'écrasement que les fontes grises et douces.
La fonte étant beaucoup plus fragile que le fer, et par
conséquent moins capable de résister à la flexion, il serait à
craindre que le moindre mouvement transversal ne fît rom-
pre l'armature. Et la longueur de l'arc étant infiniment plus
grande que son épaisseur, le simple effet de la compression
de l'arc, eu tendant aie faire voiler, pourrait le briser. Il im-
porte donc que l'arc en fonte ait une section en forme de T,
(1) M. César Daly nons a appris depuis que ce système a t'U' employé en
Angleterre, notamment dans une maison construite à L/indrcs il y a quatre
ou cinq ans, d'aprùs le plan et sous la direction do M. Owen Jones, l'auteur
du magniflquc ouvrage sur l'Alliambra dont il a été plusieurs fois question
dans cette Hevue.
T. VU.
et qu'il ait un volume double au moins de celui du fer forgé.
Mais est-il prudent d'accorder aux armatures en fer une
confiance illimitée, même en supposant la parfaite combinai-
son des diverses parties de l' armature, et l'emploi de fer de
la première qualité et sans défauts dans sa structure? Nous
approuvons fort leur substilution aux poitrails en bois ;mai8
nous dirons qu'il faut en user avec prudence, à cause de l'al-
longement progressif du fer sous une charge constante et
longtemps prolongée. Toutes les fois donc qu'on n'aura pas
besoin d'une grande portée sans supports intermédiaires,
comme, par exemple, dans une devanture de boutique, on
fera très bien de diviser le poitrail en deux ou trois parties
par autant d'arcs reposant sur un ou deux groupes de co-
lonnes en fonte (voy. la pi. 8, col. 6), surtout si le mur qui
surmonte le poitrail supporte des trumeaux de fenêtres; nous
disons surtout, parce que l'expérience démontre qu'un mur
plein, quoique plus lourd en réalité, fatigue moins l'arma-
ture qui le porte que ne le fait un mur percé de baies. Il y a
deux raisons pour cela : la première, parce que la charge
d'un mur plein se distribue également sur toute la longueur
de l'armature, et la seconde, parce qu'un tel mur, en raison
de la combinaison de ses éléments par encorbellements natu-
rels, ne peut peser de tout son poids sur l'armature.
L'effet de cette disposition est tel que, si les culées de
l'arc sont bnnnes, l'armature poi tant un mur plein de 20 m.
de hauteur ou davantage, n'est pas plus chargée que si celui-
ci n'avait que 5 ou 6 m. Cette propriété résultant de la
disposition des matériaux, étant susceptible de varier à l'in-
fini, il serait difficile de la soumettre au calcul. Rondelet,
dans les /*/. 16, 42 et 175 de V Art de hùlir, huitième édition,
et M. Yvon Villarceau, dans cette Rerue, pi. 20 du 5«vol.,
donnent des exemples d'arcs qui, ayant quitté par affaise-
ment le mur qui les surmontait, ont laissé ce mur soutenu
par un encorbellement naturel résistant parfaitement à la
charge supérieure. Nous avons vu un mur de clôture, dé-
chaussé par une fouille, s'écrouler par la fondation, tandis
que la partie supérieure était restée debout et formait >uie
arcade en anse de panier de 7 à 8 m. d'ouverture. On perce
souvent de larges trous dans des murs pleins sans prendre
beaucoup de précautions. Le seul soin indispensable est de
faire, si les circonstances le permettent, l'ouverture en forme
d'arc à redans et d'une élévation assez grande pour que des
parties isolées des matériaux ne puissent pas se détacher.
Lorsque la fondation d'un mur tasse dans quelque partie
éloignée de ses extrémités, on voit les deux lézardes qui se
forment de chaque côté de la partie affaissée décrire chacune
une courbe plus ou moins régulière et tendant à se réunir à
un point commun. Si le mur était plein et bomc^èoe, la
brèche affecterait une certaine régularité ; mais s'il était
percé de baies, le tassement partiel pourrait entraîner par-
fois de graves conséquences (I).
(1) Cest par suite de cette obsemtioii <in'oa garnit de
d'un mnr qu'on renl reprendre «
19
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
90
Nous approuvons encore les linteaux en fer très-fort sous
plate-bande en pierre, surtout dans les reprises en sous-
œuvre (1).
II est préférable, même dans les travaux neufs, de ne
point entailler la pierre pour y loger le fer, car l'oxydation
peut, à la longue, faire éclater les voussoirs ; puis on est plus
sûr, quand le fer n'est pas ainsi encastré, que chaque bloc
portera bien exactement sur le dos du linteau ; mais il faut
avoir soin de coiffer les colonnes d'un large chapeau en fer.
Il faut que les cales soient en matière dure, telle que la
brique de Bourgogne très- cuite, ou de la pierre dite diquart,
afin que le sommier ou l'assise qui surmonte les points d'ap-
pui repose sur la plus grande surface possible. L'emploi
des linteaux en fer a pris cette année dans les travaux neufs
et dans les reprises en sous-œuvre, une extension telle qu'ils
paraissent destinés à remplacer tous les autres systèmes.
Une paire de linteaux de 0 m, 08, et de 5 m. 60 de long,
compris portée de 0 m. 30 chaque, pèse 280 kilogrammes,
et coûte, à 0 fr. 60 le kilogramme, 168 fr. Une double ar-
mature à arc de même portée pèserait 400 kilogrammes, et
coûterait, à 0 fr. 90 le kilogramme, 396 fr.
Un poitrail en chêne de 0 m. 50 d'équarrissage et de même
longueur (5 m. 00), plus 0 m. 35 de scellement à chaque
bout, cube 1 m. 43, et coûte, compris boulons et cales, 184fr.,
ou un peu plus que les linteaux en fer.
11 est juste d'ajouter au prix de revient des linteaux en fer
le cube de la pierre de taille qui devra remplacer le volume
du poitrail en bois, qui est de 1 m. 43. Mais comme il s'agit
d'une plate-bande composée de claveaux dont la forme exige
un déchet dans la pierre, il faut compter environ 2 m. cubes
de roche, lesquels, à 100 fr., produisent 200 fr. ; plus la
taille des têtes, de 50 fr., total 250 fr. par chaque baie de
boutique de 5 m. 00 d'ouverture, ce qui ferait 500 fr. pour
une maison à deux boutiques, et d'une longueur de façade
de 14 à 15 m. La valeur d'un bâtiment à cinq étages de
cette étendue, à Paris, serait de 125 à 150,000 fr.
Mais il ne s'agit pas de savoir lequel coûte le plus du bois
ou du fer. La différence, comme on le voit, n'est que d'un
trois-centième de la dépense totale, et ne peut donc pas faire
hésiter sur le choix. Il importe d'obtenir les poitrails réunis-
sant une force suffisante et une durée illimitée. Tel est le
principal but que doivent se proposer les constructeurs et
ceux qui font bâtir.
Explication des Figures de la Planche l .
Fig. l'^. Plate-bande en pierre sur linteaux en fer, de
Cm. 08 d'équarrissage, posées en sous-œuvre, rue Duphot,
sous la direction de M. l'architecte Rougevin. [Voy. pour les
détails les fig. 6, 7 et 8.)
Fig. 2. Plate-bande en pierre, divisée en trois travées,
(i) (Voy. les fig. 1 et 2, pi. i.) Nous recommandons aussi le système d'arcs
figuré dans la pi. 8 du 6« roi. de cette Bévue.
dont celle du milieu est monolithe, et les deux autres appa-
reillées en claveaux. Le double linteau en fer est semblable
pour les détails à celui de la fig. précédente.
Fig. 3. Spécimen d'une desarmatures Batelier, de moyenne
portée ; c'est un des plus simples de ce système.
Fig. 3 bis. Ensemble d'un plancher d'épreuve, établi
d'après le système Batelier.
Fig. 4. Arcades en pierre de la rue de Provence.
Fig. 5. Arc en pierre, muni d'un double tirant en fer (a b)
et de sabots en fonte, détaillés aux fig. 9 et 10.
Fig. 6. Coupe transversale, au 1/10 de la plate-bande en
pierre et des linteaux en fer, des fig. 1 et 2. A, plate-bande ;
b, linteaux en fer ; c, chapeau en fer coiffant les colonnes ;
d, cale en pierre ou en brique, et mieux en fonte.
Fig. 7. Portée des linteaux sur les piles en pierre; b, lin-
teaux ; d', cales en fer.
Fig. 8. Portée des linteaux sur les colonnes en fonte vues
de face ; 6, linteaux ; c, chapeau.
Fig. 9 et 10. Plan et élévation d'une des attaches des
tirants de la fig. 6. Les tirants sont munis, à chaque bout,
d'un talon a, qui s'engage dans une entaille ménagée dans
le sabot en fonte .\. La disjonction est prévenue par un bou-
lon b, enfilant les œils qui terminent les tirants et passant au
travers de la pile.
H. JANNIARD,
Architecte du sonvemcment.
LUTTE
DES OUVRIERS ET DES ENTREPRENEURS.
LE TRAVAIL ET LES GHÈVES.
(Voyez col. 127, i63 et 301 du 6» vol.).
GRÈVE DES CHARFENTIEHS XBT 1845.
« Si l'on pouvait concevoir un État assez riche pour répan-
» dre des secours gratuits sur tous ceux de ses membres qui
» n'auraient pas de propriété, en exerçant celte pernicieuse
» bienfaisance, cet État se rendrait coupable du plus grand
y> crime politique, car si celui qui existe a le droit de dire à la
21
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
22
» société : FaU-^noi vivre : la société a également le droit de
» lui répondre : Donne-moi ton travail,
» Si le travail manque à l'ouvrier, il tombe dans la misère,
» et de la misère au désespoir il n'est qu'un pas, comme du
» désespoir au crime, »
Ces graves et solennelles paroles de l'Assemblée nationale
ont été acceptées par les travailleurs. Ils les ont formulées avec
cette concision et ce puissant laconisme que l'on retrouve
toujours dans le langage populaire :
« Vivre en travaillant ou mourir en combattant I »
Ces quelques mots renferment toute la pensée de la Consti-
tuante : le droit de vivre, le désespoir engendré pai" la misère,
elle crime d'une guerre fratricide.
Voyons comment cette devise, qui est, il faut en convenir,
l'expression de la grande question de nos jours, a été comprise
en 1845 par les ouvriers charpentiers de Paris.
LE BUDGET DE LA VIE.
Les ouvriers charpentiers de la capitale sont au nombre de
4,000 à 5,000. Parmi eux, comme dans tous les états, il est des
travailleurs habiles, doués d'une vive intelligence, qui conçoi-
vent et exécutent rapidement; il en est d'autres, au contraire,
moins brillamment dotés par la nature, mais qui n'en travail-
lent pas moins pendant 10 heures de la journée. Au-dessus
pourtant de ces considérations de détail il est un fait inexorable
qui dit : Habiles et moins habiles, tous ont le droit de vivre en
travaillant.
Or, pour que le travail donne de quoi vivre à l'ouvrier, il faut :
l» Que le produit annuel couvre les dépenses journalières;
2" Que ce produit soit à l'abri des fluctuations journalières du
marchandage; en d'autres termes, qu'il soit fixe au moins dans
une de ses parties, qu'il assure, en un mot, un minimum.
Les ouvriers charpentiers, plus heureux sous ce dernier rap-
port que beaucoup d'autres corps de métiers, avaient en 1822
et en 1833 obtenu ces conditions.
A cette dernière époque, comme nous l'avons dit (col. 306),
/ousles ouvriers charpentiers du département de la Seine avaient
obtenu des entrepreneure en bdtiments 4 fr. par journée de
10 heures de travail, soit 40 cent, par heure. Ils s'étaient égale-
ment engagés d'accepter ce prix pendant 10 ans.
Cette convention avait été agréée des deux parties, et, il faut
le dire, entrepreneurs et ouvriers avaient fidèlement rempli
leurs engagements.
En 1845, celte convention, tacite, verbale ou écrite, peu im-
porte, cette convention qui avait eu jusque-là force de loi, se
trouvait périmée depuis deux ans.
Entre-temps, deux faits, nouveaux sous quelques rapports,
s'étaient produits.
D'une part, l'ouvrier charpentier, comme les autres, se troïi-
vait eu présence du renchérissement progressif des choses né-
cessaires à la vie, loyer, nourriture, habillement ; de l'autre,
les entrepreneurs en bâtiments s'étaient adonnés de plus en
plus auhasard des spéculations, construisaient pour leur propre
compte, bref, beaucoup d'entre eux étaient devenus autant des
spéculateurs que des entrepreneurs.
De là les souffrances matérielles de l'ouvrier charpentier, de
là, tantôt une fortune plus rapide, tantôt la ruine pour un
grand nombre d'entrepreneurs; de là, surtout, cette âpreté de
gain qui rend l'homme tyrannique, même à son insu.
La charpente entrant pour un cinquième environ dans l'en-
semble des frais de construction d'une maison, et la main-
d'œuvre de la charpente pour un dixième, il s'ensuit qu'un
renchérissement dans la main-d'œuvre pouvait de saite fJure
hausser, par exemple, de 20,000 fr. le prix coûtant d'une mai-
son d'une valeur de 200,000 fr.
Les entrepreneurs devenus spéculatears, c'est-é-dire ne su
poitant plus les dépenses pour le compte d'un tiers, et ne po
vant par conséquent faire retomber sur autrui les résultats ie
ce renchérissement, voulaient donc prolonger la convention
de 18.33.
Les ouvriers avaient un intérêt contraire. Hs avaient dfnasé
leur budget, et les 4 francs de 1833 leur paraissant insuffisants,
ils voulaient augmenter leurs ressources.
De là la guerre industrielle de 1845 entre la chambre syndi-
cale des entrepreneurs decharpenteetles ouvriers charpentiers
Voici le budget de l'ouvrier :
Logement pour l'année , 92 00
Nourriture par jour et par année :
Premierdéjeuner,entre5el6heure8dumatin;pain
5 cent., vin ou spiritueux 5 cent., total 10 cent,
pour l'année 36 50
Second déjeuner, entre 9 et 10 heures : soupe et
viande 35 cent., pain 10 cent., vin 15c.; total 60
cent. ; pour l'année 219 00
Goûter, entre 1 et 2 heures : pitance 1 Oc, pain 10 c.
vin 15 c, total 35 cent. ; pour l'année. ... 12575
Souper à 6 heures du soir (1 ) • viande 30 c, légu-
mes 10c.,pain IOc.,vin 15 c., total 65c.; pour
l'année 237 25
Habillement pour Fannie :
6 chemises en toile 36 fr.
3 paires de pantalons de toile. ... 12
3 pantalons de velours ou de drap. . 40
gilet de laine 10
autres gilets, dont un d'hiver et un
d'été 20
veste de drap 40
blouses 10
bourgerons 6
cravates 10
4 mouchoirs de poche 3
2 casquettes 7
3 paires de bottes pour garantir les
jambes contre les coups 45
2 paires de bretelles
Itlauchissage. . .
3
242.
•
•
Total. . .
Total général.
• .
242 00
26 50
979 00
(l) Les ouvriers appfllrnt
dernier qu'ils font.
aiiui leur ivpu
<1«|«
b«ucs;
c'eM
M dbi U
23
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
24
LA JOUnNKE DE TRAVAIL.
Nous avons constaté (co2..3 12, 6« vol.), d'après les laborieuses
et savantes recherches de M. de Chabrol, préfet de la Seine sous
la Restauration, que le salaire moyen annuel d'un ouvrier,
calculé sur plus de 38,000 individus, ne s'était élevé, pour les
années 1827, i828,i829, qu'à sept cent trente-quatre francs,ia.n-
dis que la dépense moyenne annuelle pour chaque habitant de
Pai-is avait été pour ces mêmes années de mille vingt et un
FRANCS. Nous avons également rapporté que .M. Frégier, écono-
miste très-consciencieux, admettait « qu'en thèse générale,
D l'année ouvrable u'excède pas sept .mois. »
Or, si nous rapprochons le budget ci-dessus des ouvriers char-
pentiers de ces données, fournies par des hommes impartiaux,
nous trouvons d'une part, qu'avant la convention de 1 833, la
journée des ouvriers charpentiers, qui était de 3 fr. 50 cent.,
produisait par an,pour210jours de travail, un mimmttm de 735
francs, somme égale à celle admise par le préfet de la Seine,
défalcation faite du chômage et des pertes de temps , et que
d'autre part, le budget actuel des ouvriers charpentiers corres-
pond, à peu de chose prés, à la moyenne des dépenses
retrouvée par M. de Chabrol il y a vingt et un ans.
Les ouvriers charpentiers de 1845 n'exagéraient donc pas
leurs besoins de première nécessité, en les fixant à 1000 francs;
leur demande n'avait rien d'arbitraire ni de tyrannique.
MINIMUM DEM.VNDÉ PAR LES OUVRIERS CHARPENTIERS.
Les ouvriers charpentiers demandèrent donc une augmenta-
tion de 10 cent, par heure de travail, c'est-à-dire un minimum
deSfr. par journée de travail de 10 heures. Cette augmentation
portait à 1 ,050 francs les 840 francs par an qu'ils recevaient
en raison de 4 fr. par jour, depuis 1833, en calculant l'année
ouvrable à 210 jours.
L'augmentation demandée était donc de 210fr. par an pour
chaque ouvrier, ou d'un million cinquante mille francs sur le
nombre total des 5,000 ouvriers charpentiers, ou, en d'autres
termes, cette augmentation équivalait à un bénéfice annuel
EN MOINS de trois mille cinq francs pour chaque entrepreneur,
en portant leur nombre à 300 (1).
Il s'agissait donc, en définitive, du partage d'uN million;
l'enjeu était assez rond, c'était à qui l'aurait : Inde ira !
(l) Le chiffre de 300 nous parait trop fort. L'Annuaire les bâtiments ne fait
mention que de 186 entrepreneurs de cliarpenle. VAlmanach des 23,000
adresses n'en cite que 86. Or, d'un côté, le déficit annuel par entrepreneur
devant s'accroître en raison inverse du nombre des victimes, et de l'autre
côlé, la perte de chacun devant être proportionnelle à l'étendue de ses opé-
rations, comme parmi les entrepreneurs qui figurent sur la liste des livres
d'adresses et sur les registres de la Ctiatnbre syndicale, il en est un bon nom-
bre qui ne font que de très-petites affaires, le déficit réel pour les principaux
entrepreneurs pouvait devenir considérable.
Les entrepreneurs-spéculateurs étant dans l'impossibilité de faire monter
tout à coup et proportionnellement à l'augmentation de la main-d'œuvre le
prix de leurs maisons ou le tarif des loyers, attendu la concurrence des pro-
priétaires de maisons plus anciennement bâties, ils se voyaient menacés d'une
perte nette très-forte, et on s'explique l'énergie d'une défense qui avait aussi
s» légitime raison d'être.
(NoU de M. Céiar Daly.)
De quel côté était le droit?
Le droit naturel (1) était évidemment du côté des ouvriers,
car que demandaient-ils en somme? de vivre en travaillant.
Le droit conventionnel était également de leur côlé, puisque
dix années s'étaient écoulées depuis le pacte de 1 833.
L'ouvrier capable.
Nous l'avons dit, les ouvriers charpentiers demandaient un
minimum de 5 fr. par jour pour tout ouvrier indistinctement,
ou, en adoptant leur formule, pour tout ouvrier capable.
Cette distinction était aussi juste que rationnelle : elle signi-
fiait tout bonnement que tout ouvrier reconnu capable, après
deux ou trois jours de travail à l'essai, serait payé à raison de
5 fr. par jour, ce qui équivalait à admettre que les apprentis
n'avaient pas droit à cette rétribution.
L'égdisme se fait volontiers ergoteur.
Eh bien, qui le croirait ! on a tiré de ce mot capable, si simple
et si clair, des inductions à perte de vue. On y a vu le système
égalitaire, l'absence de toute justice, l'inégalité la plus cho-
quante pour l'ouvrier, la tyrannie la plus absurde pour le
maître. C'était à ne plus s'y reconnaître.
LES OIJVniERS CHARPENTIERS SOUTIENNE.NT LF.IR DROIT.
RONS PROCÉDÉS.
LEURS
Les ouvriers charpentiers appartiennent à ce petit nombre de
travailleurs qui peuvent s'entendre et s'associer, et, par consé-
quent, qui peuvent opposer une puissance réelle à la puissance
de leurs maîtres. Ici le travail peut compter avec le capital. Les
ouvrieis charpentiers profitèrent donc de leur position excep-
tionnelle, mais ils mirent des formes à leurs demandes.
Dès le mois de mai i 8 iS, ils s'adressèrent aux entrepreneurs,
en leur disant que leurs besoins journaliers exigeaient une-
augmentation de salaire; que s'ils consentaient à cette aug-
mentation, ils s'engageraient à terminer les travaux com-
mencés pour ne pas causer à leurs entrepi-ises des pertes
imprévues, mais que là s'arrêterait leur engagement. Ce temps
écoulé, la journée de 10 heures serait portée de 4 à 5 francs.
Les ouvriers ajoutaient que si ces propositions n'étaient pas
agréées, ils étaient dans la ferme détermination d'entrer en
grève un mois après cette communication.
La chambre syndicale des entrepreneurs de charpente du départe-
ment de la Seine.
On le voit, les propositions des ouvriers charpentiers étaient
claires et précises ; forts de l'esprit d'association qui les animait,
ils plaçaient à côlé de leur projet de loi la sanction qui devait
le rendre obligatoire. Le droit était appuyé par la force ; ils
avaient assuré leur triomphe.
(1) Le droit naturel nous paraît exister de part et d'autre. S'il est évidem-
ment juste et naturel de vouloir vivre en travaillant, il n'est pas non plus
contraire au droit naturel de lutter contre une ruine imminente ou contre un
cliangement de nature à causer un préjudice. Il faut tenir compte de tous les
intérêts et reconnaître leur légitimité naturelle, quand même, par la force des
circonstances et par suite des imperfections de notre système social, on est
amené à sacrifier les uns aux autres. Dans ce monde tous les chiens qu'on
tue ne sont pas enragés, quoi qu'on dise. (N^oie de M. César Daly.)
25
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
Les argumenls des ouvriers charpentiers, dirigés contre la
bourse des entrepreneurs, et tendant à distraire de leurs poches
le million dont nous avons parlé, ces argumenls, disons-nous,
ne parurent pas concluants à la chambre syndicale. Elle ne ré-
pondit pas aux ouvriers; seulement, le 6 juin 1845, elle adressa
la circulaire suivante à tous les entrepreneurs de charpente :
Monsieur et cher confrère,
Nous avons l'Iioiincur de vous informer que les entrepreneurs de char-
pente du di'partement de la Seine, réunis en assemblée générale à la
Chambre syndicale, au nombre de cent vingt-six, le 28 mai dernier, à
l'occasion de la demande d'une augmentation de salaire de 10 centimes
par heure, formée par les délégués des ouvriers charpentiers, a été
unanimement d'avis do maintenir le prix actuel.
Cet avis est motivé sur ce que :
lo Le prix de 4 francs par jour, existant présenleraent, n'est qu'une
base à invoquer au cas de contestation entre l'entrepreneur et l'ouvrier,
mais qu'il est facultatif à l'un et h l'autre de stipuler un prix plus ou
moins élevéi selon la capacité de l'ouvrier.
2» Que le marchandage, suspendu par le fait des ouvriers, depuis la
grève de 18:!3, n'a jamais été interdit, et qu'il reste aussi facultatif tant
au maître qu'à l'ouvrier.
Nous nous faisons un devoir de porter à votre connaissance cette dé-
libération; vous serez convaincu par là de l'intérêt que porte la Cham-
bre aux membres de notra profession.
Agréez, monsieur et cher confrère, l'assurance de nos sentiments dis-
tingués.
Au nom du conseil,
Les membres du syndicat,
Saint- Salvi ; — Diprez ; — Mout ; — Albouï ; — Roux ;
Priiident, Vice-président, Trésorier, Secrétaires.
Cette lettre était loin de répondre à la demande des ouvriers.
Le marchandage ayant été aboli conventionnellement et de
fait depuis 1833, le minimum de 4 francs fixé à cette époque
pour tout ouvrier capable, et nous avons dit ce qu'il fallait enten-
tendre par ces mots, étant déjà deux choses acquises, il est
évident que la Chambre syndicale cherchait à dégainer de
vieilles armes que le temps avait rouillées.
Il y a plus, la questiou de savoir s'il existait ou non « la fa-
» culte de stipuler un prix plus ou moins élevé, selon la capacité
» de l'ouvrier; » cette question, disons-nous, n'avait pas même
été agitée. Elle était, en effet, trop dans les us et coutumes des
travaux en charpente pour que les ouvriers en parlassent; car
il est bon de faire remarquer aux personnes qui l'ignorent que
le minimum de 5 francs, fixé par les ouvriers charpentiers, ne
représentait que la limite inférieure à laquelle devait descendre
le travail de tout ouvrier capable; mais cette limite n'excluait
nullement, au contraire, un prix plus fort « selon la capacité
de Couvrier. » Le mot de capacité était ici pris pour celui
inhabileté exceptionnelle.
L'historien impartial est donc forcé de conclure que cette
lettre de la Chambre syndicale était une réponse négative.
Commencement de la guerre du million.
On ne saurait trop le répéter, la devise de guerre de la mas.se
des ouvriers français, qui ne peut et ne saurait être que celle
de « vivre en travaillaul ou mourir en combattant,» parce que,
considérés dans leur ensemble, les ouvriers ne jouissent pas,
comme en Angleterre, des moyens de s'entendre et de s'asso-
cier ; cette devise, disons-nous, a été depuis quelques annéee
et le sera de plus en plus pour eertainu catégories d'ouvriera,
restreinte à son premier terme, à celui de vivre en travaillant.
Les ouvriers charpentiers de 1845, encore plus logiciens
que ceux de 1833, époque à laquelle il y eut parmi eux quel-
ques voies de fait, se mirent donc patiemment à faire le siège
du million, sans armes de guerre, mais avec la longanimité
et la prudence des plus grands capitaines temporisateurs que
l'histoire ait illustrés.
Voici la première attaque publique, sous forme de lettre
imprimée, qu'ils adressent à MM. les entrepreneurs, aoz déten-
teurs du million.
^t MM. kt maîtres charpentiers de la viUe de Paris et dm dèfortmmU
de la Sniw.
Messiedm,
D'après votre dernière circulaire, vous repouuez la Jemandeqac atm»
vous avons faite à l'effet d'obtenir une augmeotation de 40 cealÙMS nr
chacune des heures de notre travail, et, à cette occsiiioD, vous (
la légalité du prix obligatoire de 4 francs pour la journée actuelle, eti
paraissez considérer toujours le marchandage de la charpente
étant facultatif aux maîtres et aux ouvriers.
Nous ne voulons pas examiner ici fi vos prédieaaasan étaient de I
foi en 1822 et en 18:).3, (|uaod ils nous ont accordé notre denuode; i
l'avons cru alors, nous le croyons encore, et «ans doute eux awiieo Mat
persuadés; ce qui nous 04-cupe maiulenant, c'est notre demande que
nous vous réitérons, et qui consiste à faire obtenir un prix de 50 cca*
times par heure à tout ouvrier capable de travailler la cbarpenle.
Si cette demande vous parait exagérée, que celui d'entre vous qui poar-
rail se contenter du double d'un pareil salaire nousjette la première pierre,
et qu'il nous fasse passer, s'il le peut, pour des bomoMs changeants et
insatiables, qui repoussent aujourd'hui ce qu'ils demandaient la veille.
Cette journée de 5 francs, par dix heures, que l'on lait tonner si haut,
est bien loin, messieurs, de valoir à chacun de nous k soaae i»
1,800 francs p»r année comme on pourrait le croire : les q/ÊÊtndu-
quièmes des ouvriers charpentiers ont un chômage forcé de daq Mois
par an, résultant du manque d'ouvrage ou de l'inconstance du temps;
restent donc sept mois de travail qui peuvent, au maximum, dsas l'état
actuel du prix de la journée, rapporter anuuellemeat à pt« ftts
8S0 francs; nous demandons 200 francs d'augmentation; c'ert dose
environ l.OSU francs par au pour notre nourriture, notre eatrtticn et
notre instruction, dont les frais, pour beaucoup d'entre bobs, sestpris
sur le produit de notre travail, n'ayant eu ni le temps, ni les moyem
d'étudier dans notre jeunesse.
Cette journée de 5 francs, qui vous parait si élevée, ne représenta ce-
pendant, linancièremeut parlant, aujourd'hui, que les i f rues ^m mmm
avons obtenus en l'année ISii. Alors, pour lUO francs de capital, oa
avait facilement 3 francs d'intérêt; maintenant, pour une même rente, il
faut l2o fraocii : c'est, sauf erreur, à peu prés la proportioo 4e 4 à 5.
Ainsi, vous le voyez, messieurs, l'argent, depuis vingt4rois ans, a |
plus d'un sixième do sa valeur, et cependant noe beseias et aes <
sont restés les mêmes. Pourquoi donc rétrograderioaa aoa» qaaad laal
marche à nos côtés? Pourquoi le prix de notre Jowaée na saiail-a pas
plus élevé que celui de la journée d'un aide coavrear,qni,ccrtes, n'a pas
besoin de faire un long apprentissage pour étia expart dans aaa aédar?
Ia>s dangers que ces ouvriers courent JooniaileBaat, et las Mqaaals^6-
mages auxquels ils sont assujettis, donnent, direz-voas, les motiCi «Taa
prix aussi élevé ; mais nous vous demanderons si notre étal est sans daa-
gers,et s'il existe beaucoup datelien de charpente où les ouvriers paie»
sent être à l'abri pendant une journée entière Je nuavab leaipeTTaas
savez, messieurs, qu'il n'en est pas ainsi, et que, poar les daagacs et
27
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
28
les chômages, nous sommes aussi mal partagés que les ouvriers cou-
vreurs et leurs aides.
Déjà quelques-uns d'entre vous (le petit nombre sans doute), fidèles
aux anciennes traditions, veulent absolument voir,dans notre demande,
une révolte contre les lois, et nous signalent aux autorités comme des
brouillons obéissant à un parli hostile au gouvernement. Non, messieurs,
nous ne sommes pas des hommes politiques, nous n'en avons jamais eu
la prétention ; nous n'en avons ni le temps, ni les talents, pas plus au-
jourd'hui qu'il y a douze ans, ni qu'il y a vingt-trois ans. Nous sommes
tout simplement des ouvriers; nous avons la conscience de ce que nous
valons, et nous sommes certains que vous ferez droit à notre demande,
quand vous aurez mûrement rédéchi qu'elle ne vous est nullement désa-
vantageuse; nous cherchons à relever noire industrie que des rabais
déplorables et incompréhensibles tendent à ravaler au-dessous de l'état
de manœuvre. Nous croyons, en faisant cela, avoir droit à l'estime et
à la reconnaissance de ceux qui viendront après nous, et qui, nous
l'espérons, profiteront de notre œuvre et la conserveront.
Nous n'occasionnerons aucune espèce de troubles et nous ne ferons
pas de rassemblements tumultueux, et si nous déplorons avec vous la
gêne momentanée où vont se trouver quelques-uns d'entre vous par suite
du chômage forcé auquel votre refus nous condamne, nous n'en pour-
suivrons pas moins notre but, auquel nous espérons arriver avec votre
concours. Et, en effet, messieurs, au lieu de nous représenter aux auto-
rités de notre pays comme des révoltés, ne vaudrait-il pas mieux vous
joindre à nous pour faire améliorer notre sort? Vous serait-il bien diffi-
cile de représenter et même de prouver mieux que nous, à ceux qui
nous gouvernent, que noire demande u'est que juste et nullement
exagérée,que les fatigues et les dangers de notre étal la motivent bien
réellement? Si vous faisiez cela, certes, voire conscience ne vous le
reprocherait jamais, et notre reconnaissance vous serait acquise bien
sincèrement.
Une objection que vous nous permettrez encore de réfuter, c'est qu'il
semblerait que nous demandons un prix égal pour tous; que, fort ou fai-
ble, vieux ou jeune, adroit ou non, chaque charpentier eiît droit à la
même rétribution. Une demande aussi absurde n'est jamais entrée dans
l'esprit d'aucun de nous. Nous proposons le prix de 5 francs par journée
de dix heures à tout ouvrier charpentier que vous reconnaîtrez capable
de travailler la charpente ;'mais comme celte capacité peut se reconnaître
dès le deuxième ou troisième jour, nous demandons que si, au bout de
ce temps, vous continuez à l'occuper, celte continuation de travail dans
vos ateliers soit considérée comme une reconnaissance tacite de son
aptitude à mériter ce prix ; quant à ceux à qui vous reconnaîtrez un
mérite supérieur, rétribuez-les plus largement, vous en avez le droit,
et soyez persuadés que personne n'y trouvera à redire.
Une dernière observation :
Vous paraissez tenir beaucoup à marchander vos travaux, cl nous te-
nons aussi beaucoup à ce qu'il n'en soit pas ainsi. Soyez-en bien per-
suadés, messieurs, le marchandage est la ruine d'une industrie; il tue les
bons ouvriers etil engendre les mauvais et les fainéants. Le marchandeur,
dans notre état, c'est quelquefois un ouvrier courageux, qui se casse de
bonne heure au travail; mais, croyez-nous bien, messieurs, c'est le plus
souvent l'exploitation de la misère et de l'extrême jeunesse par des
fainéants.
En conséquence, messieurs, nous vous demandons de nouveau :
1» D'accorder à tout ouvrier charpentier, capable d'établir et tra-
vailler convenablement la charpente et porteur d'un livret, 5 francs pour
prix de la journée de dix heures de travail;
2» Les ouvriers qui, par leurs talents, méritent un prix plus élevé, les
vieillards et ceux dont la capacité ne remplit pas les conditions stipulées
pour la journée de a francs, s'arrangeront de gré à gré avec les entre-
preneurs ;
30 Pour les cas exceptionnels et peu souvent répétés, une heure
avant ou après la journée sera comptée pour un dixième;
4" Deux heures avant ou après la journée, seront comptées pour troi*
heures;
5" Il est bien entendu que toutes les fois qu'il ne sera pas fait des
conditions contraires, toute journée de charpentier sera payée .T francs.
Deux heures avant ou après la journée seront comptées pour trois
dixièmes. Une nuit sera comptée pour deux journées.
Nous comptons sincèrement sur votre appui pour obtenir ces con-
ditions, et nous sommes avec respect,
Messieurs,
Vos serviteurs.
Pour les ouvriers charpentiers de la ville de Paris
et du département de la Seine,
VINCENT (1).
Vincent et Dublé vont donc être les héros de la lutle des ou-
vriers charpentiers contre la Chambre syndicale. Leur début
nous paraît heureux, et, sauf la phrase incidente « de la pre-
mière pierre » que nous ne trouvons pas exacte, car il ne s'a-
gissait pas de savoir si les entrepreneurs pouvaient avoir ou
non un revenu double, triple ou quadruple de celui de l'ou-
vrier; cette lettre, disons-nous, aurait dû mériter une sérieuse
attention de la part des entrepreneurs-spéculateurs. Pour leur
malheur, ils n'en tinrent aucun compte ; ils voulurent jouer
le tout pour le tout, et ils perdirent à cette rude épreuve le
million en litige, accompagné de plusieurs autres, car leur
refus, en prolongeant la grève pendant trois mois, leur fit per-
dre les bénéfices du travail de la belle saison.
PERREYMOND.
(Suite et fin au prochain numéi'o.)
NOTE
RELATIVE A QUELQUES OPINIONS EMISES
DANS LES ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
A M. César Daly, rédacteur en chef de la Revue d'architecture.
Monsieur et cher confrère,
J'ai accueiUi avec le plus grand empi-essement les débuts de
votre Revue d'Architecture, et depuis lors j'en ai constamment
suivi les développements avec un réel intérêt. J'aime singuliè-
rement les publications faites avec conscience et discernement,
parce que je les considère comme une source d'instruction, et,
à cet égard, je me fais un vrai plaisir de vous assurer que, plus
d'une fois déjà, j'ai eu l'occasion de mettre à profit plusieurs
des excellents avis insérés dans votre feuille périodique. Animé
du même esprit de recherche, désireux de recueillir toutes les
bonnes idées et de les mettre à exécution, de quelque part
qu'elles viennent, j'ai accueilli avec le même empressement,
et dès leur début, les Annales archéologiques.
Au milieu de beaucoup d'excellentes choses qui s'y disent,
à mon sens, il est des opinions que je ne puis admettre entiè-
rement.
J'ai pensé que la franchise et la liberté de votre rédaction
(!) Une autre lettre, exactement la mAme que celle-ci, sauf quelques sup-
pressions sans importance, et signée Dublé, fut aussi adressée aux entrepre-
neurs. (JVûte de M. César Daly.)
29
REVUK DK LAUCinTH:CT(JBE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
»
pouvaient se prêter à mes remarques, et que vous auriez l'obli-
geance de me donner une place dans vos colonnes.
La critique est, à mon avis, un des droits les plus légitimes
à l'égard de tout ce qui se produit en public, et je l'aime sérieu-
sement : je la recherche franchement pour ma part, à cause du
profit que j'en voudrais tirer; mais, alors, je la veux bienveil-
lante et raisonnée. Critiquer, selon moi, c'est conseiller encore
plus que blâmer. Le blâme emporte souvent avec lui quelque
chose d'amer qui blesse et éloigne celuiqu'il atteint. Le conseil,
si peu flatteur qu'on puisse l'imaginer, peut toujours avoir une
teinte de bon vouloirqui attire. C'est ce qui se passe entre deux
amis sincères qui, lisant mutuellement l'un en l'autre à cœur
ouvert, ont le précieux avantage de ne se rien celer, sans se
chagriner jamais. Un de nos proverbes dit, un peu trivialement
peut-être, qu'on prend plus de mouches avec du miel qu'avec
du vinaigre; mais il est vrai dans sa simplicité, et je voudrais,
pour le bien de tous, qu'on s'en souvint fréquemment. J'ai
trouvé dans vos publications la mise en pratique de ce pré-
cepte : je n'ai pas toujours rencontré les mêmes dispositions
dans les Annales archéologiques. Je rends pleine justice au talent
du savant directeur do cette feuille intéressante, et j'accepte
bien volontiers plusieurs des opinions qui s'y font jour, parce
qu'elles sont en rapport avec mes secrets sentiments. Mon
approbation n'est cependant pas sans restrictions, et c'est pour
faire connaître quelques-unes de mes idées à cet égard que je
profite de votre tolérance habituelle.
Je pense que pour faire valoir des idées raisonnables, il ne
suffit pas de dire : Ce que vous faites est mauvais ; qu'il est in-
dispensable, pour bien signaler les erreurs, de montrer la bonne
voie, de faire connaître les principes à l'aide desquels on peut
se guider, et surtout de ne pas dire : « Moi seul je vois juste, ^
sans en donner la preuve.
Quand on veut instrui re la jeunesse , il faut prendre la peine de
tout expliquer ; quand un père fait l'éducation de son fils, il lui
fait toucher tout du doigt, il le conduit pas à pas en aplanissant
les diflicuUés ; il entre dans toutles détails et s'abaisse avec bonté
jusqu'à son niveau, se faisant petit pour le faire grand un jour.
Que l'habile dii-ecteur des Annales arckéoloffùjucs nous per-
mette donc de réclamer de sa part celte sollicitude féconde;
qu'il consente à tempérer quelque peu la loyale verdeur de ses
avis ; qu'il veuille bien s'appliquer à devenir de temps en temps
tout à la fois plus élémentaire et plus paternel; et ses efforts
honorables seront récompensés par des succès plus doux et
plus nombreux.
On rencontre souvent paimi les hommes ceux que le monde
appelle des bourrus bienfaisants : j'en connais pour ma part
quelques-uns que j'estime et que j'aime au fond, n'en déplaise
au directeur des Annales, mais je dois dire que je ne les alwrde
jamais sans un premier, quoique non durable sentiment de ré-
pulsion dont je ne suis pas maître. Je crains toujours, malgré
moi, le coup de boutoir, et cette impression est, on eu convien-
dra, peu favorable à la confiance et aux confidences. J'aime à
lire les Annales, et je le fais avec soin ; mais j'y ai remarqué
dans le principe et je retrouve encore dans un numéro récent
quelques idées que je ne partage pas comme artiste.
Presque au début on nous a proposé des modèles de cathé-
drales, de confessionnaux, de stalles ; on nous en a promis d'au-
tres pour des églises de second ordre, dans des petites villes et
villages; bref, nous avons pu croire que nous en aurions de
toutes les tailles et pour toutes les bonnes. On nous a lail eon-
n. -litre des reproductions intéressantes de meubles d'église de
différentes époques, et on nous a dit : • Qoand tous aiuet i
faire églises, confessionnaux, stalles, chandeliers, encensoirs,
croix ou clochettes, prenez nos modèles, grandissez ou dimi-
nuez ces productions, c'est ce que vous avez de mieux à falre.>
Nous ne pouvons admettre une semblable marche, parce
qu'elle tue l'invention. Créer, c'est le propre du génie ; mais
copier, augmenter ou diminuer une création ancienne, c'est le
propre d'un plagiaire, et nous aimons mieux une médiocrité
neuve qu'une pillarde perfection. Nous avons été grandement
surpris de trouver, au milieu des idées généreuses de M. Didron
et de quelques uns de ses collaborateurs, cette pensée du poodf
qu'on a si souvent et à si juste litre reprochée â certaines épo-
ques de l'enseignement. Cette question est grosse de dévelop-
pements, car elle louche aux fondements de l'art, et on oous
permettra d'essayer quelques réflexions â ce sujet.
Et d'abord, posons en principe ceci, qui ne sera pas contesté ;
quand on étudie quoi que ce soit, il faut se nourrir des résultais
obtenus par les efforts des devanciers, sous peine d'user sa vie
à la recherche inutile de ce que d'autres ont déjà trouvé précé-
demment. Puis, la provision étant faite et toutes les expresaioiis
trouvées étant connues, il ne s'agit plus que de les grouper ha-
bilement (I), d'ime façon neuve, saisissante, et c'est le propre du
génie. Toute expression de la pensée est on langage : le peintre
emploie la couleur, le sculpteur son cisean, rarcbitecte fait ap.
pel à tous deux. Si nous examinons les moyens d'étude les phis
favorables à l'architecture, nous trouverons qu'il faut néeessai-
remenl mesurer, dessiner, dans leur ensemble et dans tous leurs
détails, les productions remarquables de tous h» temps. Puis,
l'imagination grandissant avec l'âge, s'appuyant sur des expres-
sions devenues familières par une étude longue et intelligente,
l'homme de génie saura bien, l'occasion venue, mettre à profit
la provision de science qu'il aura faite; il ne copiera plus.mais
il créera, et les circonstances particulières au monument, i sa
destination, à son emplacement, au caractère des peuples, lui
imprimeront un cachet d'originalité, de grandeur, qui ne
permettront pas d'en méconnaître le but et de lui chercher son
sosie.
Nous pensons, quant à nous, que le véritable artiste doit pui-
ser ses inspirations vmiquement dans le sujet ; que la moindre
modification dans les besoins, les dimen8ions,dans rnsage.doK
faire naître des inspirations nouvelles, et que c'est à la mise en
pratique de ces principes que nous devons toutes les grandes
productions qui portent avec elles le signe du véritable génie.
Qu'on ne vienne donc pas nous dire : « Voici un chandelier
d'église, il est beau, il a une certaine diraensiou réelle ; mais
vous pou vez en faire faire un modèle ou plus petit ou plus grand,
selon le besoin, et vous aurez un bon résultat » Je répond que
ce chandelier a dû être composé par l'artiste avec la penséed'oiie
certaine dimension, d'un certain emplacement, qui ont déter-
miné certains moiifsd'ajustemenl, certaines proportions. Que si
les dimensions eussent été autres, la composition aurait été Ji(-
(I) Xous soiinipllron» uno rectiOfalioo 1 Mim 4i|Be oo^MfC
expression» trouT<« puni «»■••«,• il »'ifrt •••(
habilement, • nuùj enoorr de créir àm «Mfnmitm mm
m rapport »T«c l« ««iveiDenl ila Mdf. (Mtti éi M. dam Daif.)
31
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
32
férente ; qu'en un mot, le génie du dessinateur se serait modifié
selon les circonstances, et que l'artiste n'aurait fait preuve que
de pauvreté s'il n'avait créé qu'une même chose dans des
occasions diverses.
Voyons Saint-Pierre de Rome. On s'accorde généralement a
vanter la magnificence de celte basilique et le grandiose de sa
composition. Toutefois on remarque aussi généralement que
l'intérieur de ce monument ne fait pas éprouver au premier
abord un sentiment de grandeur correspondant à l'importance
de ses dimensions.
Tout au contraire de cela, nous afDrmonsque certames com-
positionsportent avec elles le caractère de leur grandeur, quelles
que soient les dimensions sous lesquelles le dessin puisse vous
les présenter, et nous disons qu'elles ne doivent cet aspect qu'à
l'observance de cette loi nécessaire des rapports établis entre
les hommes et leurs besoins.
Prenez un ordre d'architecture tout seul, et reproduisez-le
sur plusieurs échelles : croyez-vous que la grandeur du dessin
vous fera concevoir quelque idée de la dimension réelle que
pourrait avoir ce fragment d'architecture? Point du tout. Mais
utilisez cetordre,combinez-en les rapportsavecdesajustemenis
qui, par leur nature, emportent avec eux l'idée positive et né-
cessaij'e de certaines mesures, et aussitôt vous aurez donné à
toute la composition une échelle de proportions véritables. Ce
que nous venons de dire s'applique aux confessionnaux comme
aux cathédrales, aux encensoirs comme aux églises. Nous pen-
sons de même que, s'il est bon de faire connaître les dessins
palimpsestes du xin» siècle et de les proposer comme sujets
d'études et d'instruction, il n'est pas convenable d'en recom-
mander la mise à exécution, si déjà l'édifice lui-même existe
quelque part, parce qu'il n'y a qu'un petit mérite à copier
même une bonne chose, et que, si on entrait dans cette voie,
ce serait mettre de côté la pensée.
Nous maintenons donc qu'on ne doit pas étudier les chefs-
d'œuvre de l'art pour les reproduire, soit en plus petit, soit en
plus grand, mais pour se rendre capable de créer à son tour.
A-t-on jamais dit à un écrivain : Je vais vous donner pour
modèle les plus remarquables écrits des Montesquieu, des Ra-
cine, des Molière, des Bossuet, des Massillon ; quand vous au-
rez quelque chose à faire, copiez ces morceaux magnifiques,
et vous laisserez à votre tour aux générations futures un mo-
nument digne d'admiration?
C'est là cependant ce qu'on nous propose, j'imagine, sans
s'en douter. Faites-moi donc apprendre la langue, donnez-moi
pour les lire les auteurs les plus éloquents, expHquez-m'en les
beautés, et si j'ai le feu sacré, je produirai aussi, avec ces
expressions connues, quelque chose qu'on n'aura jamais vu
et qui, à son tour, prendra son rang parmi les chefs-d'œuvre.
Mais avec le système qu'on propose, je ne serais rien qu'un
copiste servile ; je ferais comme tant d'autres qui prennent
vingt livres pour en faire un.
Nous tenons à établir que nous ne désirons qu'une bienveil-
lante sincérité à l'égard de tous les efforts sérieux et désinté-
ressés; mais nous insistons en même temps, et dans l'intérêt
de tous, pour que les opinions émises dans les Annales archéo-
logiques soient moins empreintes de ces tendances sarcastiques
qui frondent un chacun, sans qu'on daigne panser la plaie
avec le baume d'un conseil sincère et éclairé.
Nous voudrions que M. Didrou comprît encore que l'art ne
se devine pas, et qu'il est impossible de le bien connaître avant
de l'avoir longtemps pratiqué ; que, par suite, on ne peut que
difficilement faire la critique que de ce qu'on ne connaît
qu'imparfaitement.
Nous espérons que M. Didron, dans sa loyauté, appréciera,
comme il mérite de l'être, le sentiment loyal qui nous a guidé
dans cette note. Nous désirons qu'il sache bien que, pour nous,
la franchise emporte toujours avec elle une idée d'estime très-
réelle, quelque différence qui puisse exister d'ailleurs dans
les opinions.
Veuillez agréer, monsieur et cher confrère, l'assurance du
parfait dévouement de votre serviteur,
L. GOUNOD.
NOTICE NÉCROLOGIQUE.
M. Barthélémy Vignon est né en 1762, à Lyon, d'une famille
qui jouissait d'une modeste aisance : son père avait voyagé en
Italie, et, frappé de l'effet noble et grandiose des constructions
de ce pays, il avait destiné son fils à la profession d'architecte.
Le penchant naturel du jeune Vignon ne le portait pas cepen-
dant de ce côté; la peinture avait toutes ses préférences, et ce
ne fut pas sans regret qu'il se conforma à la volonté paternelle.
Quoi qu'il en soit, il commença ses études d'architecture à
Lyon, chez M. Loras. Mais ce maître laissait beaucoup à désirer
sous le rapport de l'art; il avait été simple appareilleur, et
quoique comme praticien il eût un mérite réel, il n'était pas
possible que ses conseils pussent suffire longtemps à M. Vignon ;
aussi bientôt le jeune élève le quitta pour entrer chez M. De-
crénis. Celui-ci, ayant étudié à Paris, joignait à la grande
expérience des constructions, mérite principal des architectes
de Lyon, à cette époque, des idées assez justes sur l'architec-
ture. Mais avec le sentiment profond de l'art, que déjà possé-
dait M. Vignon, il ne pouvait manquer de s'apercevoir que ce'
n'était pas à Lyon qu'il lui serait possible d'acquérir les con-
naissances que lui révélait, quoique confusément encore, cet
instinct du bien qui ne manque jamais aux hommes destinés
à ariiver aux premières places.
L'occasion se présenta bientôt pour lui de réaliser le projet
qu'il avait formé de venir étudier à Paris. Une somme de 600 fr.
que M. Decrénis lui remit comme gratification, à la suite d'un
travail relatif à l'agrandissement de Lyon du côté des Broteaux,
somme qui fut doublée par son père, lui en fournit les moyens.
C'est avec ces faibles ressources que M. Vignon partit pour Paris,
avec l'intention d'y passer une année seulement ; mais le ha-
sard, ou plutôt le cours naturel des choses devait en décider
autrement, et le retenir sur un théâtre digne de lui.
Il entra d'abord dans l'atelier de M. Gisors, qu'on surnommait
le Grand, pour le distinguer d'un autre architecte du même nom.
C'était l'école qui avait alors le plus de célébrité; mais, soit
que les conseils qu'il y reçut n'eussent pas pour lui ce degré
d'exactitude et de simplicité qui fut plus tard la recherche de
toute sa vie, soit qu'il ne sentît pas de sympathie pour ces
mêmes conseils, il n'y resta que fort peu de temps. Il se décida
à étudier seul et à suivre les cours de l'école d'architecture
que faisait alors M. David Leroy.
Cependant M. Vignon n'avait pas tardé à recoiinaltre que l'an-
33
REVUR DE LARCHlTECTUaE ET DKS TKAVAUX PUBLICÉ^
3t
née qu'il avait projeté de passera Paris était un terme insuffisant
pour parcourir le cercle d'études qu'il entrevoyait, et dès lors il
devait songer, pour rflster à Paris sans être à charge à sa famille,
à trouver un emploi (jui pût siiflire à ses besoins en concourant
à ses études. Ce fut à M. Poyet qu'il s'adressa dans ce but.
M. Poyet était architecte de la ville; il construisait alors l'église
de Saint-Sauveur, restée d'abord inachevée, puis détruite par
suite des événements de la Révolution.
Ce monument avait touché H. Vignon par une disposition
simple, grande et ingénieuse, (|uoi(|ue empreinte de ((uelques uns
des défauts de l'époque. De pareilles qualités devaient le déter-
miner; il entra donc chez M. Poyet, qui l'accueillit d'abord en
qualité de dessinateur, et qui ne tarda pas îi lui confier l'inspection
de la nouvelle église. Mais ces fonctions devaient peu durer: bien-
tôt la tourmente révolutionnaire lui eideva sa position en même
temps que le modeste avoir de sa famille. Tout lui manquait h la
fois, et l'obligation de venir en aide à ses parents semblait, en
compliquant sa fâcheuse position, devoir l'éloigner pour jamais
de la route qu'il avait commencé à se frayer. Il n'en fut pourtant
pas ainsi, et les obstacles contre lesquels il semblait devoir
échouer, furent peut-être, par les elforts qu'il fut contraint de
faire, la cause première, quoique indirecte, des succès qu'il ne
tarda pas îi obtenir.
A cette épo([ue se rapporte la composition d'un tribunal de
paix, dont le projet, mis au concours en 1795, devait être exécuté
dans chacun des douze arrondissements de Paris. M. Vignon
obtint le prix, confirmé cincj ans après par une nouvelle récom-
pense, à la suite do l'exposition du modèle qui lui avait été com-
mandé, et cette ordonnance si simple, dans laquelle tout l'inté-
rêt, à l'exemple des monuments antiques, émane de la dispo-
sition essentielle et de la construction pure, était peut-être le
premier jalon planté d'une main ferme dans la route où sont
entrés depuis MM. Gilbert, Duban, Constant-Dufeux, H. et T. La-
brouste, etc., etc.
D'autres projets de monuments, les uns honorifiques, les autres
de simple utilité, tous empreints de ce sentiment vif et profond
de ce bel art de l'architecture, presque tous couronnés dans des
concours publics, vinrent confirmer ce qu'avait déjà fait con-
naître le début de M. Vignon. Il produisit successivement un
monument à la mémoire des soldats morts pour la patrie, une
colonne à la mémoire des armées, un projet de boucherie pour
Paris, qui a précédé de beaucoup tous les nouveaux marchés, qui
ne sont peut-être pas sans analogie avec le sien, un monument
à Desaix, où il avait mis en pratique ce précepte qu'il se plaisait
à répéter : que la meilleure manière de louer les hommes est
d'exposer leurs belles actions. Il composa aussi un monument à
Mars pacifère, où l'architecte philosophe donnait au héros con-
quérant un conseil trop peu (écouté, un hospice d'aliénés, que
Durand a reproduit dans son Parallèle d'architecture, etc., etc.
L'horizon politique commençait enfin à s'éclaircir, l'ordre
renaissait en France, partout on sentait le besoin de remplacer
les institutions ruinées ou emportées par la tempiHe qui venait
de passer. L'école d'architecture n'existait plus, mais son véné-
rable professeur, M. David Leroy, avait survécu. Il entreprit, en
1809, de réorganiser l'enseignement de l'architecture à Paris, et
pour remplir les fonctions des membres de l'ancienne Académie,
il résolut de s'adjoindre, pour le jugement des concours, un
certain nombre des anciens élèves de l'école. La place de M. Vi-
T. vu.
gnon était marquée dans ce jury; il y fut appelé par H. Leroy,
et jus<|u'à sa mort il ne cessa d'en remplir religieusement les
fonctions.
Au commencement de sa carrière, M. Vignon s'était lié d'une
amitié étroite avec M. Thibaut, architecte bien connu par soo
beau talent de dessinateur. Une association avait été la suite de
cette liaison. Les travaux n'avaient pas tardée arriver aux deux
amis, et bientôt ils avaient compté au nombre de leurs clients
les personnages les plus éminentsde l'époque : le prince Murât,
le prince Lrjuis Bonaparte, l'impératrice Jo^pliine, madame Jo-
seph de Caraman, depuis princesse de Chimay, etc. Ce pouvait
être l'occasion d'obtenir une foule d'avantages; mais à an taletit
émincnt M. Vignon joignait une indépendance de caracti-re qui
n'eût pu se plier aux sollicitations : aussi ne demanda-t-il jamais
aucune faveur, et négligea-t-il de répondre aux avances Uen-
veillantcs qu'on lui lit.
Dès 1815, M. Vignon avait cessé toute affaire. Possesseur d'une
fortune modeste, acquise par un travail opinifttre, il avait, à
cette époque, reporté tous ses soins sur quelques élèves ; il con-
sacrait tout son temps à leur transmettre, avec une s'unpiicité
antique, les saines idées de l'art qu'd avait laborieusejnent ac-
quises, et qu'il professait avec une conviction qui était une véri-
table religion. Bienveillant pourloutce ({ui l'approchait, il aimait
il accueillir les jeunes gens ; il les encourageait avec une chaleur
de cœur et une vivacité d'esprit que la vieillesse n'a pu éteindre,
même à ses deniiers moments. Sa vie avait été simple, sa mort
fut douce. Il rendit l'àme le 26 juillet 18^6.
• •O»-O0O<O»«
UNE RÉVOLl'TION DANS L'ART DE BATIR.
Depuis quelque temps, la mécanique brille entre toutes les
sciences, par les belles découvertes que font les nobles intelli-
gences qui la cultivent. Le monde entier a applaudi à l'accom-
plissement des paroles quasi-prophétiques de H. Leverrier : Il y
aura là, dans ce coin du ciel, à tel moment, une planète inconnue
aux hommes; regardez et vous verrez. Et en parlant ainsi, le
savant ne faisait qu'énoncer le résultat d'un calcul de mécanique.
Certes, il y a là de quoi pousser les mains de la poésie dans celles
de la science, et faire applaudir les mathématiques |tar tous les
artistes qui ont coutume de les damner.
Mais toutes les merveilles ne doivent pas s'accomplir dans des
conditions aussi grandioses : entre l'infiniment grand et i'infini-
ment petit, le génie a ses mouvements libres, et la surface de
notre globe lui olfre un champ fort beau déjà, et très digne de
ses efforts. Pour passer donc sans transition du ciel à la terre,
nous dirons que la théorie de l'établissement des voûtes, publiée
dans cette llevue, par H. Yvon Villarceau, est tris certainement
l'une des applications de la mécanique les plus utiles qu'on ait
faites dans ce temps d'études ti de recherches.
Tous les jours nous apprenons qu'il s'écroule quelqw
ments : c'est ici un pont, là un viaduc, plus loin un tuniwi ; :
compter les églises, les tours, etc.; chaque jour voit enregistrer
un désastre, une accusation contre cette folle routine, qui B'sa
continue que plus fièrement sa marche au milieu des décoaalirei
(le ses œuvres écroulées, sa tétealtière ne lui permettant de voir
(lue ce qui reste encore debout
Avant la publication du travail de M. Yvoo Villarceau, la tbéo-
S
35
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
36
rie des voûtes consultée par le très petit nombre de constructeur
qui consultent des tliéories, était, comme on lésait, d'un carac-
tère essentiellement négatif; les deux travaux théoriques publiés
sur cette matière par la Revue, nous sommes heureux de le dire,
ont tous deux le caractère inverse.
M. Yvon Villarceau avait présenté, il y a quelque temps, à
V Académie des sciences un Mémoire sur l'établissement des arches
de pont, dont nous avons donné l'analyse, au 6' volume, col. 182
et suivantes. Ce mémoire vient d'être l'objet d'un rapport qui
rend un juste hommage aux nobles efforts de notre savant col-
laborateur.
Le rapport de la commission, rédigé par M. Lamé {Comptes-
rendus des séances de l'Académie des sciences, tome XXIF, séance
du 9 novembre 1846), commence ainsi :
« L'Académie nous a chargés, MM. Poncelet, Piobert et moi,
de lui rendre compte d'un Mémoire sur l'établissement des
arches de pont, présenté par M. Yvon Villarceau.
» Jusqu'ici, les géomètres et les ingénieurs qui se sont occupés
de la théorie des voûtes, supposant connues les formes de l'in-
trados et l'extrados, ont cherché les conditions d'équilibre que
ces formes exigeaient, atin d'en conclure le mode de répartition
des charges le plus favorable à la stabilité. M. Yvon Villarceau
envisage la question sous un tout autre point de vue : prenant
précisément pour inconnues les données de la théorie habituelle,
il se propose de rechercher les formes d'intrados et d'extrados,
qui assureront la plus grande stabilité d'une voûte, destinée à
supporter des charges dont la distribution est connue d'avance. »
Cesquelques lignes dessinent immédiatement, et avec netteté,
le caractère original et supérieur du travail de M. Yvon Villar-
ceau. Au lieu de suivre les honorables rapporteurs dans l'ana-
lyse qu'ils ont donnée de ce remarquable Mémoire, analyse déjà
faite dans cette lievue [col. 182 et suiv. du 6' vol.), nous rappor-
tons l'opinion de ces savants sur le Mémoire en question, et ici
nous joignons notre voix aux leurs, pour appeler de toutes nos
forces l'attention de nos confrères sur une théorie de nature à
modifier profondément beaucoup de formes adoptées dans des
temps d'ignorance, et consacrées par des siècles de routine. Que
ceux-là qui veulent du nouveau dans l'art de bâtir, demandent
à la science de sanctionner leurs efforts et de leur communiquer
celte puissancede seconde vue qu'elle donne à ceux qui l'honorent
d'un culte sincère-, nous sommes arrivés à des temps d'alliance
et de fraternité ; l'art et la science ne sont que des aspects diffé-
rents de la nature, au sein de laquelle l'ordre se concilie avec la
liberté, l'unité avec la variété, la loi avec la spontanéité. Les ar-
tistes qui nient la science, et les savants qui nient l'efficacité et
les droits légitimes du sentiment, sont des fous qui exigent qu'on
reste paralysé d'un bras : voici les conclusions des rapporteurs :
« Un travail aussi précis, aussi complet, mérite de fixer l'at-
tention des ingénieurs et des architectes, et nous émettons le
vœu que le système de voûte imaginé par M. Yvon Villarceau
soit adopté et exécuté dans quelque construction importante. Il
est facile de détruire ici les objections qui accueillent d'ordinaire
toute idée neuve dans l'art des constructions. Sans doute la
forme de voûte proposée est moins simple que la ligne circu-
laire, exclusivement adoptée jusqu'ici ; mais on peut s'assurer, en
regardant les tracés d'arches de M. Yvon Villarceau, que leur
forme n'a rien de disgracieux, et qu'ils semblent même être à la
fois plus hardis et plus sûrs que tout autre tracé.
» Sans doute, lors du décinlrement et du déchargement des
matériaux, la compressibilité des voussoirs et des mortiers pro-
duira une déformation, et amènera une nouvelle distribution des
pressions sur les surfaces de joints ; mais d'abord les altérations
de formes peuvent être prévues et rectifiées comme à l'ordinaire ;
et quant au point d'application de la résultante des pressions
sur chaque joint rectangulaire, il ne pourra s'écarler que de très-
peu du milieu de ce joint; tandis que, dans les voûtes circulaires,
ce point d'application, déjà très près de l'intrados ou de l'ex-
trados, pour certains joints, s'en rapproche encore plus après le
décinlrement, en sorte que les voussoirs voisins se trouvent sou-
mis à une compression énorme sur une petite étendue de leurs
faces contiguës. Or cette différence d'effets, tout à l'avantage du
système proposé, constitue en quelque sorte son caractère et son
but.
» Enfin, il est vrai, la taille des voussoirs sera moins commode,
puisque leurs faces courbes ne devront plus s'appliquer sur un
même patron circulaire, mais sur des patrons de courbure va-
riable, toutefois la courbure pourra rester la même sur la face
intrados de chaque voussoir, car il suffirait, dans la pratique, de
faire varier cette courbuce, d'un voussoir au suivant, propor-
tionnellement à la hauteur de la charge, pour que le système de
M. Yvon Vdlarceau fût sensiblement réalisé. La ligne de l'intra-
dos étant ainsi formée d'autant d'arcs de cercle qu'il y aurait de
voussoirs, sa discontinuité serait insensible, sa forme hardie se-
rait conservée, et son but à très peu près rempli.
» En résumé, le tiavail de M. Yvon Villarceau est remai'quable
sur plus d'un point. Outre les vues neuves qui concernent la
théorie des voûtes, il offre un exemple curieux de l'utilité des
transcendantes elliptiques; les calculs et surtout les méthodes
d'appioximation y sont maniés avec une dextérité peu ordinaire.
» En conséquence, vos commissaires vous proposent d'ap-
prouver le Mémoire deM. Yvon Villarceau sur l'établissement des
arches de pont, et d'ordonner son insertion dans le Recueil des
savants étrangers. »
Les conclusions de ce Rapport ont été adoptées.
G. D.
DES VOUTES GOTHIQUES.
 Monsieur César Daly, rédacteur de la Reoue d'Architecture.
Monsieur,
Il y a quelques jours, lorsque j'eus l'honneur de vous commu-
niquer le travail que je viens de terminer sur la théorie des
voûtes ogivales, après vous avoir fait connaître le principe géo-
métrique qui m'a servi de base pour le développement de cette
théorie, je vous proposai de vouloir bien publier dans votre Re-
vue d'Architecture le fruit de mes recherches sur l'importante
question des voûtes du moyen âge : vous me fîtes part alors des
doutes que vous conceviez sur la validité de ma théorie, en di-
sant avec raison qu'il ne suffit pas de proposer un principe, mais
qu'il fallait prouver qu'il s'applique aux voûtes de plusieurs mo-
numents existants, choisis parmi ceux que l'on considère géné-
ralement comme les modèles les plus parfaits du style ogival ;
tels sont l'église Notre-Dame à Paris, la Sainte-Chapelle, la ca-
thédrale de Chartres, etc. Je reconnus de suite la justesse de
37
REVUK DE L ARCHITKCTUHE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
»
votre observation; je vous dis alors que je ne reculais nulle-
ment devant l'épreuve à laquelle vous désiriez que ma théorie
fût soumise avnnt d'être exposée dans votre Revue, et que j'étais
prêt à faire tous Icss relevés nécessaires pour en vérifier l'appli-
cation aux monuments (|ue vous m'avez désignés.
Pour entreprendre un tel travail, et après y avoir réfléchi, j'ai
pensé (ju'd me faudrait employer un temps assez considérable,
dont je ne puis disposer maintenant. Désirant cependant faire
connaître en peu de mots le principe général que j'ai découvert,
et qui a servi de base à une théorie sur les voûtes ogivales, per-
mettez-moi, morisieui', de l'exposer dans cette lettre, en vous
priant de vouloir bien la publier dans le procliuin numéro de
votre Revue d' Architecture.
J'énoncerai en ces termes le principe général dont je viens de
parler :
« La forme intérieure des voûtes ogivales est formée par l'as-
' semblage de /lortions de sphères dont les centres sont tous dans un
même plan horizontal passant par la naissance de ces voûtes. *
Les dilléieiites applications du ce principe à toutes les dispo-
sitions imaginables des voûtes ogivales, deviennent des pro-
blèmes (jue l'on pourra toujours résoudre par les considérations
les plus simples de la géométrie.
Le principe que je viens d'énoncer peut servir à résoudre celte
question générale.
Un espace polygonal quelconque, régulier ou irrégulier, étant
donné, on pro|)Ose de le couvrir au moyen de voûtes ogivales.
Il ne s'agit, pour parvenir à la solution de ce problème, que de
déterminer la position d'un certain nombre de sphères, qui, par
leurs intersections inutuclles, détacheront des compartiments
sphériques dont la disposition est donnée à priori.
Je dois l'aire observer ici que je ne prétends pas rattacher au
principe (luc j'ai énoncé ci-dessus, certaines dispositions de voûtes
ogivales, dont la forme, engendrée d'une manière arbitraire ,
produit des parties gauches dont relfet est toujours désagréable.
Ces dispositions, que je considère comme vicieuses, ne se ren-
contrent pas dans les plus belles voûtes du style ogival. J'espère
bientôt pouvoir compléter l'ouvrage que j'ai eu l'honneur de
soumettre ii votre appréciation éclairée, et d'après votre excel-
lent avis, monsieur, je ne lu publierai que lorsque j'aurai pu, au
moyen de relevés exacts, faits sur les principaux monuments du
style ogival, établir d'une manière évidente |K)ur tous la con-
cordance de ma théorie avec les œuvres existantes que nous ont
laissées les artistes du moyen ftge.
J'ai l'honneur d'être, avec respect, votre dévoué serviteur,
ViiTron GLÈRIN, Architecte.
Paris, le 21 janvier 1847.
LA FLfiCHE EN FONTE
DE LA CATHÉDRALE DE ROliKN S'ÉCaOlXERA-T-BLLE?
Nous avons entendu dire quelquefois, nous avons lu même,
que la tour en maçonnerie qui porte la flèche en fonte de la ca-
thédrale de Rouen , s'écrasait sous le poids de son amortisse-
ment de fer, bien qu'il ne soit pas encore arrivé à toute son élé-
-yation^ et que les quatre clochetons qui doivent l'accompagner
ne soient pas encore commencés. C'était, assurait-un, le pen-
dant du désastre de la tour du nord «le Saint-Denis.
Des affaires nous ayant ap|K;l« a Houeii, nous n'avons pa»
voulu laisser échapper cette occasion de vérifier si ce bruit si-
nistre avait quelque fondement. Nous aTona été rejoint par notie
ami .M. Daly, directeur de cette Reoue; son arrivée fit de e»
voyage une véritable partie <le plaisir archéologique. Lue denaa
premières visites fut pf)ur la catluîdrale.
La tour ou lanterne en maçonnerie qui couronne le trantaepk
de cette métropole, et sert pour ainsi dire de piédestal à la dhkm,
est carrée en plan et élevée de trois étages au-d«S6us des combla»
de l'église. 1^ premier étage est décoré entièrement d'arcade»
borgnes, et le deuxième est percé sur chaque face de deux <!»-
nôtres en ogives oi nées de meneaux.
Ces deux étages sont du xni* siè';le, mais la décoration exté-
rieure, ainsi que les meneaux des verrières du deuxième étage,
ont été modifiés au xvi' siècle. A cette même époque, on ajouta
des contre-forts aux angles de la lanterne, et l'on orna la partie
inférieure du deuxième étagcd'une balustrade posticlie en pierra,
entaillée dans la pente imbriquée du bandeau de couroonemeat
du premier étage.
Ce bandeau a été fort endommagé par l'incendie de 1917.
Plusieurs parties en sont éclatées ou présentent de pnfomàm
crevasses.
Le deuxième étage est couvert d'une voûte en ogive, formai*
coupole à l'intérieur de l'église, et s'élevanl de 53 mètres mo~
dessus du pavé.
Le troisième étage, tout entier du xvi* siècle, est d'unegrande
richesse d'oriiemenUtion à l'extérieur. Chacune de se» hce» eat
perctîe de fenestrelles disposées en deux étages el amorties en
plante-bande à coins arrondis. L'arrasement des murséUit cou-
ronné d'mie ciôte en pierre découpée à jour et d'une grawle dé-
licatesse. Elle fut détruite par l'incendie de 1822 qui réduisit
en cendres la flèche et une partie des combles de l'église.
L'ancienne flèche, en bois recouvert de plomb, reposait sur
d'énormes sommiers de 1 m. 20 c. d'équarrissagcposé» à enviro»
1 m. 00 c. au-dessus de la voûte de la coupole, et aur de* ares et
des pendentifs destinés à recevoir une flèche à base ot^ogonale.
Ces pendentifs et ces arcs, endommagés par le feu, furent dé-
molis.
Cet étage, fermé ii sa partie inférieure par l'extrados de la voùl»
formant coupole, et entièrement ouvert par le liaut, aprè»' la
destruction de la flèche en bois i|ui le couvrait, fut converti
l)endant l'incendie on une immense fournaise remplie de pkank^
fondu et de charbons allumés provenant do la oonabastioa de»
bois de la flèche. Une grande quantité de plomb se moula daos^
les retomU-es des voùlcs de la coupole. Le méUl d'une cloche
mise en fusion vint s'y mêler, et l'on eut une peine infinie k re-
tirer cette masse métallique des cavités qui l'avaient reçue thil»
divisa autant qu'on put. on y fixa de forts tire-foads à vis
lesquels on p i--a d.-s cordes pour les soulever avec des i
On conçoit aiiuiiienl que cette {Kirtie de la tour, trans
haut-fourneau pendant plusieurs jours, dut beaucoup suuOrir.
Aussi, lorsque M. Alavoine voulut établir sa flèi he en (wla.ii f
retailler les parois intérieures des quatre murs sur une «
de 30 centimètres. Ces murs, amincis de la sorte, et
intérieurement peut-être par la longue action du feu, ne fa
pas jugés capables de porter la conatroctioa de la flèche pr»-
39
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
40
jetée. On fit incruster à 2 m. au-dessus de l'extrados des voûtes
de la coupole, ou environ 10 m. au-dessous de l'arrasement, et
sur la retraite formée par suite de la retaille des murs, une triple
assise en roche. Ces assises avancent les unes sur les autres, et
forment ensemble un encorbellement de 0 m. 20 c. de saillie
sur le nu du mur inférieur. Ces 0 m. 20 c. de saillie, ajoutés aux
0 m. 30 c. de retraite produite par la retaille des murs, don-
nent à la partie supérieure du bandeau en roche, une largeur
de 0 m. 50 c. C'est sur cette retraite que repose le patin en fonte,
portant les racinaux de la flèche de même métal qui s'élève en
ce moment.
Le patin forme un châssis carré d'environ 10 m. décote,
fihaque côté est en deux morceaux semblables réunis bout à
bout par des boulons traversant un collet de jonction ; on peut
donc les considérer comme d'une seule pièce. La section de ce
patin est un T renversé (x) de 32 c, dont la barre repose sur
la pierre, et dont la tige forme arête au-dessus.
Il serait à désirer qu'on eût réuni cette arête avec les mon-
tants de la flèche par des congés renversés au lieu d'un angle
■droit; celle disposition eût encore augmenté la rigidité déjà
considérable du patin.
Nous avons examiné le plus attentivement possible, M. Daly
•et nous, les quatre murs de la lanterne sur toute leur surface, et
nous n'y avons remarqué que de faibles, mais de nombreuses lé-
zardes rebouchées depuis l'époque (le la restauration de la cathé-
drale après l'incendie, c'est-à-dire en 1823 ou 1824, ainsi que
nous l'a assuré une personne compétente et digne de foi.
Toutes ces lézardes sont verticales et peu étendues ; il semble
qu'elles soient l'effet d'une série de secousses horizontales.
Cette observation nous fait supposer que ces lézardes sont
l'oeuvre des nombreuses secousses que les orages ont successive-
ment fait éprouver à la flèche pendant des siècles. En effet, l'an-
cienne aiguille construite en bois, recouverte de plomb et incen-
diée à plusieurs reprises, présentait à l'action des orages une
surface très étendue, qui, jointe à son grand poids, a dû faire
éprouver de rudes secousses à sa base en maçonnerie dont la
hauteur est déjà si considérable. C'est probablement pour cette
raison qu'on jugea nécessaire, au xvi° siècle, de la cantonner de
vigoureux contre-forts à ses angles. Ces crevasses pourraient
Lien avoir aussi pour cause le gonflement du fer par l'effet de
l'oxydation ; car il est probable qu'à diverses hauteurs se trou-
vent posées des suites d'agrafes en fer, formant chaînage. Il serait
facile de s'en assurer en faisant quelques arrachements. L'oxy-
dation lente de ces agrafes aura fait éclater la pierre, et les lé-
zardes se seront partagées verticalement au-dessus et au-dessous
du chaînage.
Nous dirons à ce sujet que nous pensons que les monuments
du moyen âge, et notamment ceux du xiii» siècle, en sont venus
à leur temps critique, pour ce qui a rapport aux armatures en
1er qui relient leurs assises. Le gonflement par l'effet de l'oxyda-
tion étant arrivé à son maximum d'intensité, on doit attribuera
ce principe délétère le mauvais état de plusieurs monuments de
cette époque, ainsi que l'avons observé aux cathédrales de
Rouen, de Paris, à l'église de Saint-Denis, etc. Nous ne parlons
pas des ferrements exposés à la pluie dans les plus légers mem-
bres d'architecture, car ils n'ont pas attendu six siècles pour
arriver au point de faire éclater les meneaux, clochetons, etc.
Les édifices des xiv et xv^ siècles sont aussi maltraités, sous
ce rapport, que ceux du xm«.
En somme, les crevasses de la tour nous ont paru plus fati-
gantes pour l'œil de l'amateur de bonne construction, que réel-
lement inquiétantes.
Nous avons remarqué, dans l'étage supérieur, des fissures ré-
centes qui paraissent malheureusement en progrès. Ces cre-
vasses, au nombre de quatre, se trouvent symétriquement pla-
cées vers le milieu de chaque face de la tour, et coupent net, en
deux parties à peu près égales, chacune des quatre sections de
l'encorbellement en pierre neuve qui porte le patin en fonte de
la flèche. Elles ont été rebouchées à plusieurs reprises, et enfin
couvertes de mouches en plâtre, que nous avons vues toutes ou-
vertes de 1 à 3 millimètres. La verticalité de ces fissures annonce
qu'elles sont dues à une puissance agissant dans le sens de la
longueur des murs, et leur identité de forme et de position ne
permet guère de douter qu'elles n'aient une cause semblable.
Cette cause, selon nous, est la dilatation du patin dans les
hautes températures atmosphériques (1).
Supposons que cette barre de fonte, de plus de 10 m. de lon-
gueur, soit inextensible : non-seulement elle ne tendra pas à
pousser le mur dans sa longueur, mais elle s'opposera énergique-
ment par sa ténacité, par la charge énorme qu'elle porte et par
le frottement qu'elle exerce sur l'assise en pierre, à l'action d'une
puissance qui solliciterait la disjonction du mur; elle formera
chaînage par frottement. Mais l'extensibilité et la rigidité de ce
patin en ont fait un propulseur par frottement. Ceci serait encore
vrai en supposant même que la rive externe du patin soit com-
plètement isolée des murs, ce qui n'est pas, attendu la chute
des gravats dans l'intervalle qu'on aurait dû ménager.
Il ne nous semble pas facile de remédier à cet inconvénient.
si toutefois, comme nous le présumons, le frottement est assez
rude pour ouvrir le mur par suite de la dilatation; car mettre
un tirant en fer au-dessous du patin n'amènerait aucun résultat,
puisque, se dilatant en même temps que le patin, il ne saurait
annuler l'action de celui-ci. Il faudrait d'abord isoler complète-
ment et largement les patins des murs, et s'arranger de manière
qu'aucun corps étranger ne pût tomber dans l'intervalle. Si
les crevasses ne s'ouvraient plus, on en conclurait que le re-
mède est trouvé, que l'effet du frottement est annulé; mais si le
progrès continuait, il faudrait recourir aux grands moyens. Au
surplus, si le frottement seul est capable d'ouvrir les fissures par
suite de la dilatation, il doit les resserrer par le retrait dans les
grands froids, à moins que les graviers tombés dans le joint ne
s'y opposent.
Si nous avions à construire un édifice en fer de ce genre, nous
établirions le patin sur une suite de rouleaux de métal marchant
sur une surface de granit poli ; et, afin que les secousses opérées
par les vents ne pussent déplacer l'ensemble de la flèche, le mi-
lieu de chaque patin serait muni d'un tenon incrusté dans une
mortaise : alors chacune des deux fractions du patin s'allongerait
ou se raccourcirait à droite et à gauche en marchant sur les rou-
leaux.
Mais la science ne manquera pas de nous donner tôt ou tard
des chaînages à compensation qui mettront l'esprit des construc-
teurs en repos.
(1) Nous avons observé que la plus large lézarde était sur le tMé ouest de
la tour. Cette différence est peut-être l'effet du hasard, ou plutôt de quelque
cause qui nous a échappé ; tuais nous ferons remarquer que faction moyenne
de la chaleur solaire est toujours plus intense dans celle direction que dans
les autres : la dilatation a donc pu être plus grande à l'oucsl.
ôl
REVUE DE f/ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLECS.
iS
La (lèche primitive, conslruile, au xiii' siècle, en bois revélu de j le milieu des murs, car ce chatnage pris en travers ne réciste que
plomb, fut incendiée en 1514. Elle fut réédiliée en matériaux du par la tension. On n'a donc rien à gagner en posant les rh«^n^g^^
même genre, en 15/1."$, et complètement détruite en 1822, ainsi
que la majeure partie des combles de l'église. Avant sa destruc-
tion elle avait été tordue par un orage, et l'on dépensa 30,000 fr.
pour la réparer en ISO^t.
Il faut, pour que la lanterne ait résisté si longtemps, que
toutes les assises des pierres qui la composent, ou du moins la
majeure partie, soient reliées par des crampons en fer comme
ceux que nous avons vus dans des coupures faites au travers des
murs à la hauteur de la première balustrade extérieure rapportée
au xvi" siècle.
Cette balustrade est d'un fort bon effet. Elle complète la déco-
ration extérieure de la lanterne et prépare la transition des
parties du xin° à celle du xvi* siècle. Elle correspond à deux ba-
lustrades semblables pos(;es à la môme époque à des niveaux
«iorrespondants à la lourde Snint-Uomain et à la tour de Beurre.
Elle fait donc partie, à la fois, et de l'ensemble de la lanterne et
de l'ensemble des trois tours. Cependant on est en train de la
supprimer : on croit avoir dos motifs graves, impérieux, sans
doute, pour exiger cette suppresion? C'est tout simplement
pour pouvoir ajuster un chaînage en fer dans l'entaille qui re-
cevait le pied do la balustrade.
Ce chaînage, ainsi placé, puis recouvert d'une assise de pierres
incrustées dans l'ancien bandeau du xiii* siècle, sera exposé à
plusd'un inconvénient. D'abord la mince couche depierre qui doit
le recouvrir ne le dérobera que trè^ faiblement aux variations
de la température, ce qu'il est toujours très important d'éviter en
matière de chaînage ; on ne le garantira pas davantage des infil-
trations des eaux pluviales tombant sur le bandeau, causes d'oy-
dation et de gonllement du fer.
Il eût beaucoup mieux valu placer ce chaînage à l'intérieur de
Ja lanterne, parallèlement à chaque face (1); la pose eu eût été plus
facile et les frais moins considérables. On eût pu le visiter, le
réparer le retendre, le changer au besoin, toutes les fois qu'on
l'aurait voulu. Il n'eût jamais reçu l'action directe delà chaleur
solaire en été, et il eût peu ressenti l'action des froids en hiver (2).
Il n'y aréellenientavanlageii poser leschaînagesexiérieurement
qu'aux édifices à plan circulaire ou polygonal. Nous pourrions
citer pour exemple celui du dôme de Ssint-Pierre de Rome.
Dans les édifices circulaires surtout, les chaînages maintien-
nent parfaitement toutes les poussées partant du centre à la cir-
conférence ; mais dans un quadrilatère l'effet d'un chaînage rec-
tiligne est à peu près nul contre un effort qui pousserait au vide
(1) On eût pu l« placer au niveau ilti toi de la galerie, ou mime dans une
tigolp praiiqiK^e sous le sul de cette galerie et recouverte dcdallos amovibles,
l'ar cette disposition, il serait toujours facile de s'assurer de IVtat du chaî-
nage, ttiiilis que, le cachant dans In maçonnerie, s'il venait à casser un ne
s'en apercevr.iit que fi)rt longtemps !t\iréi l'accident et quand il serait trop
lard peut-être pour y rcmi'dier.
(2) I.a rnptiire du ('hnlna;.'o qui maintenait récanement d'un des pignons
du transsopt de In cathédrale de Troyes doit rendre très prudent sur l'emploi
de ce niujen de consolidation. I.e chaînage de Troyes se composait de cinq
barres de fer posées au xvii' siècle. Il se rompit en 1840 pendant une forte
gelée, qui fit éprouver au fer une retraite considérable.
Ainsi, t.'int qu'on n'aura pas trouvé un système de chaînage ineilensible,
en devra au moins appliquer les moyens connus dani lea condilicos les moins
déravonibles.
Nous nous proposons de donner un Jour, dans celte Rn>u«, quelques chaî-
nages à compensateur de notre invention.
de celte manière (1 ).
Ce n'est pas tout : pour démonter la balastrade et poser le
nouveau chaînage, on a fait, à chaque face de la lanterne, une
trouée au travers du mur. Cette coupure a détruit la continuité
d'un chaînage composf* d'une suite de crampons en fer éublie
dans la construction et reliant entre eux tous le* blocs de plu-
sieurs assises. Ce vieux chaînage remplissait encore son but mal-
gré l'oxydation. On l'a coupé, le voilà inutile. On en a fait autant
il Notre-Dame de Paris, mais sur une échelle bien autrement
grande (2).
D'après ce que nous avons vu, nous croyons pouvoir rauorer
un peu les personnes qui redoutent la chute de la tour centrale
de Notre-Dame de Rouen. Les murs ont dû, il est vrai, souffrir
beaucoup de l'incendie; mais la flèche en fonte, une foisacherée.
pèsera beaucoup moinsque la vieille flèche en bois recouvert de
plomb, et, comme elle est tout ii jour, les vents auront sur elle
beaucoup moins de prise que sur l'ancienne : mais il faudra
trouver le moyen d'arrêter les progrès des quatre crevasses sont
le patin de la flèche en fonte.
H. JANNIARD,
Arehilecle do Coure
ÉCOLE ROYALE DES BEAU.VARTS DE PARIS.
L'année 1846 s'est termioéepar un concours (Tèmulalion entre
les élèves de 1" classe, sur dessins rendus, qui a excité beaucoup
d'intérêt ; plusieurs raisons y contribuaient. En tête du pro-
gramme donné par le professeur de théorie, M. Blouet, on lisait :
« M. Provost, qu'une mort prématurée rient d'enlever aux
» arts cl à l'École, dont il était un conseil éclairé, avait autrefois
» obtenu comme prix, dans un des concours de celte école, un
» ouvrage (3) qui était pour lui un des plus beaux souTenirs des»
» jeunesse. Aujourd'hui, M. A. I.eclère, à qui il a légi^ cesou-
» venir, croit rendre un digne hommage à la mémoire de aon
» ami en offrant en concours ce même ouvrage, qui acqoiot par
D là un double intérêt, et qui sera ajouté à la récompense ordi -
(1) Les réservoirs deslioés i contenir des liquides nous roaraittail m
exemple frappant de ce que nous venons d'avancer.
Des vases à plan circulaire, d'une grande capacité, quoique faits eo aiélal
mince, conservent leur régularité et supportent une grande pwaaioa MH le
secours de cerceaux; le liquide exerçant «ne poussée consUnte et r<f lier» iw
tous les points de la circonférence, toutes les parties de l'eofelayiw m ••■-
tiennent mutuellement. Mais si ces vases sont carrés, les cerclages eo i
ne |)euvent empêcher leur déformation. On est alors obligé de faire
parois très épaisses, ou bien de soutenir leurs Qancs par de* ehllnsg»! <■
travers ou par de trét-foris ihàssis i l'extérieur.
(2) Le système de chatnage par eraropouf en métal parait avoir été géné-
ralement adopté par les constructeur» du moyen âge. A la Sainte-Claptllf
de l'aris, ou en a trouvé qui se composaient d'une suite de craai|MMis aiaait
d'un oeil à un bout et d'un crochet à l'autre. Ils s'assembiaienl raire eut ca
plaçant le crochet de l'un daut l'ieil de son voisin. Il eftl été plus siaa^ et
moins coûteux de les faire d'une seule piice.
A Notre-Dame de Paris, les blocs des ti««s assise* parpaifntM qui compo-
sent l'architrave du grand eniahlcmrnl sont Imis reliés entre eoi par 4mx
cours de crampons en fer, ce qui fait lix cours de cnmpoas pavr les trais
assises.
(3) U Palais du tourrr, par BalUrd.
AS
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
lift
» naire, pour celui qui aura le mieux satisfait aux conditions du
» présent programme. >
Le sujet du concours était : La recomposition ou restitution du
tombeau de Mausole ; le programme était rédigé nvec précision,
et l'acte de libéralité éclairée de M. A. Leclère devait exciter
l'émulation des concurrents.
Le jugement fut rendu le 15 janvier (1847), en faveur de
MM. Davloud, élève de M. Léon Vaudoyer, auquel on décerna
la première médaille, et (nous regrettons d'avoir oublié le
nom de ce jeune homme, élève de M. Lebas), qui obtint la
deuxième médaille (M. Lebouteux).
M. Davioud avait l'ait un emploi très libéral de la couleur sur
les faces extérieures de son monument, aussi la première mé-
daille ne lui fut-elle pas accordée à l'unanimité. On prête k M. A.
Leclère, le donntetirdu beau volume deBaltard, une réserve du
meilleur goût en cotte circonstance. Le succès de M. Davioud dé-
note im mouvement, nous dirions volontiers, un véritable progrès
dans les opinions du jury de l'École.
Le concours de construction générale (2' classe), ouvert le 5 octo-
bre 18/)6, vient d'être jugé. Le sujet du concours proposé par M. Jay, le
professeur de construction à l'École, était la construction d'une Église pa-
roissiale, de 100 m. de long sur 33 m. de large, avecporclie, clocher et
baptistère. Ce concours, où figuraient trente-deux élèves, mériterait un
compte rendu approfondi ; nous y reviendrons, mais en attendant, voici
les noms des lieureux du jour.
Des Médailles, égales de valeur, ont été distribuées dans l'ordre sui-
vant :
1" Médaille à M. Dainville, élève de M. Constant-Dufeux.
2"= — Al. Conrath, — M. Lebas.
y — M. Revoil, — M. Carislie.
h' — SI. Henanld, — M. P.enauld.
5," — M. l^romageau, — M. Constant-Dufeux.
Les Mentions ont été distribuées dans l'ordre suivant :
Lai" à M. Jossier, élève de M. Vaudoyer.
2e
à
M. Garrel,
—
—
3=
ù
M. Hiltorf,
—
M. Hittorf.
h*
à
M. Bourgeois,
—
M. Carislie.
5»
ù
M. Dubcl,
—
M. Nicolle.
6«
à
M. Sabatier,
—
M. Lebas.
T
à
M. Lafollye,
—
M. Jay.
8*
il
M. Ogée,
—
M. Uchard.
9"
à
M. Normand (J.)
>
M. Jay.
10»
a
M. Hardy,
—
M. Nicolle.
W
a
M. Ancelet,
—
M. Baltard.
12*
à
M. P.aimbault,
—
M. li. Labrouste.
13°
à
M. Brun,
—
M. Uchardi
1Z|=
à
M. Mellerio,
—
M. Collet.
15«
à
M. Grisou,
—
M. Lebas.
16»
ù
M. Letrosne,
—
M. Vaudoyer.
17=
a
M. Freret,
—
M. Isabelle.
18»
a
M. Saulnier,
—
M. Bonneau.
19°
à
M. Millot,
—
M. Lebas.
20»
a
iM. Guillaume,
—
M. Lebas.
te concours d'émulation entre les élèves de la l" classe, ouvert le
5 janvier I8i7, se jugera sur rendu, dans le courant de mars. Le sujet du
programme donné par M. Blouet est un Hospice pour les vieillards des
deux sexes. Voila un excellent sujet d'étude, un monument que tout ar-
chitecte peut être appelé à faire, que tout élève devrait avoir tracé avant
de quitter l'école.
Les sujets de concours rédigés par M. Blouet sont le plus souvent très
bien choisis.
Le concours d'émulation pour la 2* classe, ouvert le G janvier 18i7,
et dont le sujet était un Four banal, fut jugé sur esquisse le 5 février.
Des deuxièmes mentions furent accordées aux élèves Daumet (atelier de
MM. Saint-Père et Trouillct), Bibard (M. Constant-Dufeux), Las.simonc
(M. Lebas) et CoUasson (^L Lebas).
Le concours d'émulation entre les élèves de la l'» classe {Esquisse),
ouvert le 2 février 18Zi7, vient d'être exposé; le jugement sera rendu dans
le courant de mars. Le sujet est un Petit monument intime (des lieux
d'aisances publics). « Ces petits établissements, très utiles dans les grandes
villes, peuvent servir à l'eiiibellissement des lieux où ils sont élevés, » dit
le programme. Il peut en être ainsi; cependant, ne vaudrait-il pas mieux
les envelopper le plus souvent possible dans un bouquet de verdure?
Une vespasienne bien caractérisée n'a rien de très flalteur en soi. Les
élèves avaient géuéralemcnt indiqué de très petites ouvertures aux cabi-
nets; c'était la marque d'un sentiment juste, mais nous avons regretté de
ne pas voir quelques projets avec des baies à la fois haut placées et larges.
Quelques élèves avaient fait passer un bandeau profilé au-dessous des
fenêtres des cabinets, de manière à faire croire a une division horizontale
intérieure, a une espèce d'étage ; c'était la une erreur de décoration ame-
née peut-être par l'oubli de l'échelle du dessin : prenant la petite baie du
cabinet pour point de départ ou pour unité, et oubliant ses petites dimen-
sions, on avait traité la façade comme si les fenêtres avaient les dimensions
ordinaires, et comme si tout le reste avait grandi en proportion.
Le concours d'émulation entre les élèves de la 2° classe, sur rendu, a
été ouvert le 3 février et sera jugé dans le mois d'avril. Le sujet est une
Maison de Charité, destinée à l'administration des secours et de.-, médi-
caments accordés aux pauvres d'un des douze arrondissements de Paris.
DE LA RESPONSABILITÉ DES ARCHITECTES.
MONSIEDR ET CHEIt CONFRÈRE,
A peine aviez-vous donné place dans votre excellent journal aux quel-
ques lignes que je vous adressais touchant la nécessité de réformer .la
législation sur la responsabilité des architectes (voy. col. Ii06, 6» vol.),
qu'en feuilletant quelques recueils de jurisprudence et quelques journaux
spéciaux, je trouve un arrêt (1) de la cour suprême qui décide que les
architectes ne peuvent être responsables personnellement ou conjoin-
tement avec l'entrepreneur des vices de construction ou autres.
(I) L'arrêt cité a été rendu dans l'action intentée par la ville de Saint-Ger-
main-en-Laye contre les architectes de son église. Voici les pcripctics de
cette affaire.
Jugemcntdu tribunal civil de Versailles qui ordonne une expertise, 1 8 juil-
let 1836.
Jugement préparatoire du même tribunal qui ordonne une deuxième ex-
pertise, 2t février 1839.
Jugement du même tribunal, du 13 août 1841, qui, rejetant les conclu-
sions de deux rapports, condamne les architectes et entrepreneurs à un paye-
ment exécutoire et à des dommages et intérêts.
Arrêt de la Cour royale de Paris, première chambre, 4 mars 1843, qui dé-
charge les architectes des condamnations prononcées contre eux, condamne
la ville de Saint-Gerraain-en-Laye aux dépens.
La ville se pourvoit en cassation, et la Cour rend, le 12 novembre 1844,
l'arrêt auquel nous faisons allusion.
Dans une alTairc à peu près semblable, il s'agissait aussi d'une église, la
Cour royale de Pau reudit, le 13 mars 1845, un arrêt qui prononce la res-
ponsabilité des architectes à raison de la surveillance des travaux ; mais cet
arrêt ne contrarie nullement le principe soutenu par la Cour de casisation,
car c'est par application du droit commun et pour une responsabilité géné-
rale non inhérente à la profession, c'est-à-dire en vertu des articles 1382,.
1383 du Code, que les architectes de Pau ont été déclarés responsables.
46
M\UK I)K L'AitCHITECTUHK ET DES TRAVAUX l'UBLICS.
Je n'ai vu dans cet ariÉl de la Cliambrc de» requôies, rendu dan.t une
aHaire célfcbie, le 12 novembre 184à, je n'ai vu, di»-jc, que le principe,
■et c'est au principe que je m'allaclie. A ce «ujct, je vous dimanderai
pour les lignes suivantes l'accueil que vous avez bien voulu taire au
précOdcnles, que celles-ci compléteront.
Agréez, mon cbez confrère, mes alTectueuses salutations.
BIILNET DE BAINEtJ.
Paris, ce 1"' décembre 1846.
Voici donc un premier pas fait dans une voie toute rationnelle, et qui
sera parcourue, nous l'espérons, par toutes les cours du royaume;
l'exemple vient de trop haut pour qu'il ne i-uit pas suivi. C'est un arrêt
•de principe qu'a rendu la cour suprême, et la législation ne pourra rcsier
plus longtemps en désaccord avec certains articles de son Code et une
jurisprudence toute contraire îi ce que veulent ces articles.
La responsabilité des architectes devra être étudiée, modifiée ; car, pour
n'être pas confondue avec celle qui pèse sur rentreprcneur ou l'ouvrier,
elle n'eu existe pas moins, mais limitée aux actes personnels, etaux fautes
qui sont la conséquence de ces actes.
Là est la vérité, là aussi est l'équité.
La question est ardue, mais non insoluble, et, pour la résoudre, il suf-
fira, je pense, d'établir la position réelle et légale qu'occupe un architecte
dans les diverses combinaisons oi'i il exerce sa profession, afin de distin-
guer et de limiter la part de responsabilité afférente à chacune de ces
combinaisons.
Kn ellct, si l'architecte donne seulement ses plans sans diriger les Ira-
vaux, sans régler la dépense, sa responsabililé s'amoindrit, tandis qu'elle
augmente lorsqu'il ajoute à la livraison de ses plans la surveillance et la
direction des travaux, et par suite, le règlement des mémoires qui repré-
sentent la dépense faite.
[I importe donc, aujourd'Imi, non seulement dans l'inléréldii mandant,
mais aussi dans l'intérêt du mandataire, de fixer, de graduer la responsa-
bilité de ce dernier, et aussi la pénalité qui le frapperait, s'il se rendait
-C0upal)le d'actes qui engageraient cette responsahililé.
La disproportion était aussi par trop choquante ; et combien de nos con-
frères n'ont-ils pas eu à gémir d'une législation draconienne, dont ils ont
dû subir les arrêts malgré des protestations auxquelles la cour suprême
vient de donner raison récemment avec l'autorité que commande cette
magisiralure élevée.
On se demande comment un architecte, que tous les jurisconsultes, les
anciens comme les modernes, ont toujours regardé comme un mandataire
dont le travail n'est pas suffisamment payé par de l'argent, c'cst-à-tlirc
dont l'argent seul ne peut olfrir l'équivalent, comment ce mandataire à
rémunération fixe pouvait, pour un vice dans la construction, pour une
Imperfection dans le travail, pour une contravention, être frappé dans son
honneur, dans ses intérêts, déconsidéré, ruiné par conséquent, et rcla
pour une faute qui, le plus souvent, n'était pas la sienne, ou qu'une sur-
veillance assidue et exercée avec intelligence n'avait pu apercevoir ; tandis
que l'entrepreneur ou l'ouvrier, le conimerçanl, par conséquent, dont les
bénéfices ne sont pas restreints, aurait pu tirer parti de toutes les circon-
stances pour augmenter ce hénéfice, aller même jusqu'à commettre une
faute qui lui proliiail si elle passait inaperçue, ou bien encore commettre
cette faute par ignorance, ce que la loi qualifie tout autrement, et n'en-
courir d'autre danger que celui tl'ètrc, conjointeuK^nt avec l'architecte ou
par l'action récursoirc de celui-ci, appelé en garantie d'un acte, résultat
de la fraude ou de l'ignorance, et dont la réparation retombait le plus sou-
vent à la charge de l'architecte, de celui qui n'avait pas commis la faute,
et qui, dans tous les cas, n'en avait retiré aucun fruit.
Évidemment l'anomalie était trop forte, et quelque tardive qu'ait été
la saine interprétation des jiositions respectives de l'architecte et de l'en-
trepreneur, il faut savoir gré à la cour suprême d'un arrêt aussi impor-
tant, d'une doctrine qui s'établira ; car elle rend normal ce qui n'était
jusqu'à nos jours qu'un non-sens désastreux.
Remaniuons aussi que depuis plus de deux siècles la rémunération de
l'architecte est tonjonrs restée la mtaie, qu'elle n'a éprouvé aucune ang-
menialion ; et cependant la différence est grande entre la valeur de Tarsent
au temps de Louis .XIV et ce qu'il vaut aujourd'hui.
Ije plus, les onstruclions d'alors, conçues sur une trte grasde échelle,
coûtaient fort cher, et les honoraire* de l'arcbilccte, proporlioanels i la
dépense, augmentaient avec elle.
Aujourd'hui, les c<)n»tructions enirepriae* par l'Êiai excepKct, ccBet
des particuliers, considérées pour la plupart comme des opératkNM de
placement, et élevées avec toute l'économie nécessaire ponr arrifer &
ce but, sont d'uue bien moindre importance et d'uoe dépense béea ialé-
rieure à celle qu'exigeaient les hôtels somptueux du temps doot
venons de parler.
L'architecte est donc aujourdliui daiu une position comparallre
plus mauvaise, eu égard à ses intérêts, que celle qu'il occupait il y adenx
cents ans, puisque, malgré la dépréciation du signe monétaire, oa da
moins son insuffisance relative, et le chiffre plus minime des coastrac-
tions, la rémunération de son travail n'a pas augmenté, lorsque loatdiw-
gcait autour de lui et à son détriment.
Si nous ajoutons à un état de clioscs que nous voudriom meillear les
exigences de la loi, la perspective de la ruine et de la déconridénlte
pour des fautes que, malgré sa capacité, sa vigilance, il ne loi est pas KM-
jours possible de prévenir ou d'empêcher, on conviendra que si le chiffre
des honoraires de l'architecte , quelque insuffisant qu'il soit au temps oè
nous vivons, n'est pas ramené à une proportion plus juste avec ladépeaae,
ce quiadéjàété fait par quelques grandes administrations (l),aa0iofa^Be
faut-Il pas que celui-ci tremble à chaque instant pour ses intérêts i
ces par une législation que j'ai osé appeler draconienne, et qu'il vivet
un état de suspicion, de défiance, d'hostilité presque, avec ses
diaires obligés, les entrepreneurs, des butes desquels U est appelé k té-
pondrc, qu'il y ait ou non }<articipé.
Dans cette question de responsabilité, la Sodélé ceatnie des archi-
tectes pourrait montrer son utilité. En effet, son action s'eserçaat MM
d'abord, et avant toute action judiciaire, contre les délinquants qni aa-
raient à répondre d'actes attentatoires i l'tionnear et à la coMiéfraHea
de la corporation dont ib sont membres nul doute que leurs oanlirèrea ae
montreraient sévères pour la répression de faits sissceptibles de nirire kla
dignité de la profession, et par suite aux intérêts de ceux qui l'exerceaL
Cette juridiction intérieure, et dont le système pénal aurait pour iiniie
rinierdiction du membre convaincu d'une faute grave. augaMMarail les
garanties que fournit déjà une société légalement autorisée, coaaae oHe
qui nous occupe.
iM à cette pénalité extrême de la part de la SicUM «ia-i-vis de a»
membres s'ajoutait une répreasien équitable, iatelligeale et praforliaa-
nelle aux fautes commises, nnis appliquée par les trihuaanx oaaipéKBla.
la loi et les intérêts de tous, loin d'être dé-tamiéa et sans «Wlanar. iuiail
au contraire celte double garantie de l'action disdplianire de la SadM
centrale, et de celle plus directe encore des tribuMux. que la picarière
éclairerait, faciliterait même dans rappUcaïkm de la peioe, dans la déi-
nilion ou la fixati;m de U rrsponsabHilé.
En agissant ainsi, la Société centrale ne frrail, an reste, «pae «rivre la
route tracée par d'honorables préoddealsw
Au point oCi nous en aoninies arriva par l'exemption de la patente et
la nécessilé reconnue aujoard'liui par tous d'un brevei de capacilé, d'à*
diplôme qui constate le droit à l'exercice de la pralii irisn ; aprt» ce* atrtt
i de la cour suprême, qui contient en germe la rélsTHM, la awdilkadaa
des articles du Code relatifs 1 b respomabHM, U faapoite qnc b SatMê
centrale se pénètre de ce qiie je crois nne »*fHé : c*W» flue riiliMi, H
mouvement et rinitlative de cerlahm qnwlioM sn«t la csaditiM de aaa
existence, la loi de son avenir ; que la part pins oa mates aciist qa'tMB
(t) Quelques compasnies de ri
100, altouent 4 leurs arcltiltcie*
travaui.
da fer. «MI* les lianwaift* à 5 p
prises «irréas payaMas 4 b fia <
0
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
à»
prendra à ces discussions qu'elle ne peut pas fuir, qu'elle doit au con-
traire provoquer, donnera la mesure de la considération qu'une société
doit toujours commander et obtenir par ses actes; car si son influence
devenait nulle ; si, prise de relâchement ou de torpeur, elle végétait
dans l'inaclion, elle tomberait comme une superfétation, comme une inu-
tilité sans but, sans nécessité, et sans exciter le moindre regret.
Ou celte réunion de spécialités était nécessaire, et les raisons abon-
dent pour la motiver aujourd'hui plus que jamais, et tous ses membres
doivent vouloir soutenir cette institution, et proclamer son existence par
des travaux qui en feront sentir l'importance ;ou cette agglomération était
inutile, et alors pourquoi l'avoir conduite jusqu'ici, si tant de voix de-
vaient rester muettes au moment où le concours éclairé de ces spécia-
lités doit rendre de grands services et prouver son utilité?
Mais heureusement, si quelque mauvais vouloir pouvait exister, cette
nécessité de la Société, sa vitalité, triompheront de ces résistances indi-
viduelles que le frottement usera ; et continuant à parcourir un orbe ré-
gulier, la Société, dans son mouvement progressif, touchera à toutes les
questions, à toutes les difficultés dont elle peut préparer la solution, ou
qu'elle peut faire disparaître par l'abondance des lumières qu'elle appor-
tera dans les discussions techniques qui vont certainement s'engager sur
un terrain qui lui est familier.
CONCOURS
PODR LE PROJET D'ONE NOUVELLE SALLE D'OPÉRA.
On dit qu'un concours sera ouvert pour le projet du nouvel Opéra de
Paris. On dit aussi que ce concours sera un second concouis funèbre où
viendront s'ensevelir bien des efforts, bien du talent et de l'argent, comme
celui dont le tombeau impérial fut l'objet il y a quelques années. Aujour-
d'hui comme alors on cite des noms propres, on désigne d'avance le front
que doit orner la couronne de vainqueur.
Ces bruits peuvent être mal fondés ; mais si cette fois l'administration
procède comme lors du fameux concours-attrappe, il ne sera pas permis
de douter de ses bonnes intentions envers monsieur tel ou tel, et elle don-
nera la mesure de son respect pour les artistes en général et pour le
public.
Quand on ouvre un concours avec l'intention qu'il serve à quelque chose,
on commence par un concours général d'esquisses : les artistes les plus
pauvres, les plus occupés, peuvent ainsi y prendre part ; le programme
doit être bien détaillé ; l'annoncedu concours publiée dans tous les princi-
paux journaux ; le jury nommé d'avance; une exposition publique dans
un lieu déterminé et pendant un temps suffisant doit être garantie, et le
concours définitif doit avoir lieu entre un nombre limité d'artistes dont
les esquisses auront été jugées les meilleures.
Quant au concours sur dessins dits rendus, les mêmes soins doivent
se reproduire : le programme doit être confirmé, ou amendé d'après
les enseignements apportés par le concours d'esquisses; un délai fatal doit
être arrêté, le jury nommé, le lieu et la durée de l'exposition publique ga-
rantis ; chacun des concurrents (pour le concours sur rendu) doit recevoir
une somme égale à la dépense probable qu'il supportera pour l'exécution
matérielle de ses dessins. En outre, aux meilleurs projets doivent être
alloués des prix d'un chiffre déterminé, et l'assurance que le premier prix
sera chargé de l'exécution des travaux, si mieux l'administration n'aime
le dédommager par une indemnité également fixée d'avance. Il y aurait
encore quelques autres mesures de détail à prendre ; mais nous écrivons
à la hâte, et nous ne pouvons en ce moment rédiger, comme nous le vou-
drions, un règlement général pour les concours publics.
Si l'administration trouve difficile de concilier tous les intérêts engagés
dans un concours public, si elle ignore comment composer un jury offrant
toutes les garanties désirables, qu'elle appelle la lumière du dehors, qu'elle
nomme une commission formée d'administrateurs représentant l'État, de
membres de l'Institut représentant l'art officiel, d'artistes non membres de
l'Institut représentant l'art, etc. ; enfin, une commission où seront re-
présentés les intérêts divers qui se heurtent dans les concours publics ;
qu'elle annonce ensuite que le projet de règlement des concours publics
jugé le moins imparfait par cette commission recevra une récompense
de..., et que tout autre projet auquel on fera un emprunt pour la rédac-
tion des règlements définitifs aura droit à une récompense proportion-
nelle ; qu'enfin, pour garantir la loyauté du jugement, les divers mémoires
adressés à la commission seront imprimés avec le projet définitif de rè-
glement que dressera la commission après le concours.
Avec de telles conditions, on peut cire persuadé que la difficulté sera
promptement résolue sans que les sommes déboursées tant en récom-
penses qu'en impression, etc., dépassent 15,000 francs. Qu'est-ce qu'une
somme pareille pour obtenir l'avantage de consulter désormais à peu de
frais les hommes les plus éminents d'une spécialité, chaque fois que l'ad-
ministration rencontrera une difficulté.
A la vérité, il serait ensuite moins facile d'obliger monsieur tel ou tel
aux dépens de l'art et de la fortune publique ; les arts ne seraient plus de
simples instruments politiques ! c. D.
FAIT!« DIVERS.
Un atelier reconnaissant. Les élèves anciens et nouveaux de l'atelier
d'architecture de M. Duban ont l'habitude de se réunir deux fois par an.
Ces jours-là il est convenu qu'ils dînent ensemble; mais il serait plus juste
de changer le nom de banquet semestriel en celui de causerie semes-
trielle, car si le banquet est toujours fort modeste, la causerie est parfois
des plus animées. Que fais-tu maintenant? Qu'est devenu un tel ? Notre
pauvre camarade est mort. Un tel est en Afrique, tel autre on ne sait
où. On fait ainsi à chaque semestre le bilan de la bonne et de la mauvaise
fortune de l'atelier. 11 y a six mois, ces comptables de nouvelle espèce
déclarèrent l'atelier en progrès, et un sentiment de reconnaissance envers
l'éminent artiste qui lesavait guidés de ses bons conseils et de son exemple
encore meilleur, se fit jour au milieu de la joie générale ; ils votèrent par
acclamation qu'une médaille représentant les traits de M. Duban serait
exécutée par un de nos plus habiles scidpteurs, et offerte à leur ancien
maître comme un témoignage de leur gratitude et de leur respectueux
attachement.
La médaille a été exécutée avec beaucoup de talent par M. Pimart, et,
il y a quelques jours, une députalion de l'atelier s'est rendue auprès de
M. Duban pour le prier de vouloir bien eu agréer l'hommage.
Nous citons volontiers cet exemple aux jeunes gens assez malheureux
pour s'imaginer qu'ils sont quittes de toute autre reconnaissance envers
les hommes de talent qui les conduisent dans la voie de l'art, dès qu'ils ont
contribué pour une somme de 25 francs par mois aux frais du loyer et
aux autres dépenses d'atelier.
Le vieux château de Xoijent-le-Roiwu est l'objet de grands ira-
vaux. Le Journal de Chartres nous apprend qu'une somme considé-
rable est consacrée à la restauration de cette majestueuse demeure des
anciens comtes du Perche. Les travaux qu'on fait à l'intérieur seront con-
formes au style du monument ; les boiseries qui décoraient les deux tours
cylindriques seront remises en place.
CÉSAR DALY,
Directeur et rédacteur en chef,
membre tionoraire et correspondant de l'Académie royale des Beaux-Arts
de Stockholm, de l'Institut royal des Architectes britanniques, etc., etc.
Paris. — Imprimerie de L. Mautlset, rue Jacob, 30.
49
REVUE DE L'ARCHITKCTI KE ET DES TUA VAL X PUBLICS.
L éÙ' SYMBOLISME DANS- L'ARCHITECTURE
L'aNTIOUITÉ ET Li;,llOYEM AGE.
Sommaire. — Un dialogue à l'occuioD d'un monument du moyen âge, où
' l'un lies inU^rloculcurs di'cbuvrc des monstruosités physiques, et l'autre dé
. griuiUc'S bcauti'S morales. • :,
Fia'imciils d'une corresponilance entre deux artUlc»: X>ks désirs exprimés par
l'art antique, et des aspirations ren<>t(;e3 par l'art dû moyen Sge. — L'anti-
; iqiiitti a cidtivé.lo beau; le moyeu ilge, le beau et le laid. Pourquoi? —
Timor Vei (;t nnu>r Dei, de leur influence sur l'art. — Au moyen âge l'irt
devait lii'ccssairemènt reclierclier les formes symlioliques. Preuves de ce fait
piiist'esdans le but de l'art, dans des circonstances d'à-^ropos et d:iiis le*
traditions religieuses. — L'art tout entier est m'cessairement symIiolii)iie de
l'état matériel, moral et intellectuel de l'Iiunianité. Démonstration de cette
vérité. — Les lignes géométriques de l'architecture ont un sens symbolique,
que les architectes l'aient voulu ou non. Application de cette Uiéorie i> l'in-
terpri^talion de l'architecture (•gyptiennc. — Uécit biblique e\|irimant le
but étemel de l'art. — Les arts plastiques sont des langues. Des éléments
constitutifs et de la syntaxe de ces langues plastique.s. — Le symbolisme est
quelquefois instinctif, queli|uefois intentionnel. — Des excellents travaux
deS PP. Martin et Léon Cahier sur le symbolisme. — Des études 'considé-
rables de madame Kélicie d'Ayzac sur le symbolisme, et résultatii inérilables
que produiront ces travaux.
Encore mm dinloijue : [,a laideur physique au iervite de la beauté morale. —
Les monstres sont bons a quelque chose. — Un ami exclusif de l'antiquiti'
comprend enfin le moyen ige (k bon entendeur, salut). — Les lecteurs de la
nemie sont priés d'accorder une Irùs-sérieuse attention au Mémoire de ma-
dame F. d'Ayzac, qui suit immédiatement ce travail. '
Dialogue.
Par un beau jour d'été, i! y a plusieurs années de cela,
j'étais a,ssis devant l'imposant et splendide portique qui dé-
core d'une façon si magistrale le côté nord de la cathédrale
de Cliartres : l'-àine pleine d'émotion en face de cet immense
poëme religieux, je m'elTorçais d'en reproduire l'image, en
lui con.servant ce caractère particulier de naïveté dans le dé-
tail et de pompe dans l'ensemble qui en fait une œuvre si
étonnatite.
La grande chaleur du jour avait passé sur moi sans trou-
bler l'extase où me plongeait ma juste admiration ; et les
curieux qui in'avaient entouré pendant une grande partie
de la journée, s'étaient peu à peu retirés d'auprès de moi.
Seul enfin, avec mes pensées, mon esprit obéit aux sollici-
tations dn chef d'œtivre que j'étudiais, et mon imagination
p6in')ta hietilAt le vide rpii sét;nt fait autour dé moi. Je voyais
T. vi;.
sortir par la porte centrale une procession d'hommes rooés
à Dieu et de petits enfants, dont le chant, d'un style large
et simple, semblait faire tressailHr jus'{u'aax immobiles
figures assises o'ans les voûtes. Devant ce cortège sacré, ta
foule qui encombrait le portique, qui s'étageait sur le per-
ron et se pressait sur le parvis, ouvrait tpn rangs et s'écar-
tait respectueusement ; les têtes se courbaient, les genoux
fléchissaient , tout était solennel, grave et religieux ; une foi
profonde harmonisait les houunes et les choses de ce tableau;
les sentiments des assistants concordaient avec l'idéal artis^
tique d'où était sorti le beau monument que je dessinais.
« Mais, au nom de quel deuion, ennemi du beau, te
donnes-tu un mal si effrayant pour copier les infirmités de
ce saint Jean -Baptiste?» — : ■-■■■[
Ce brusque propos me fut adressé par un ancien ami, ca^
iiiaratle d'étude, que je ne m'attendais guère à rencontrer
devant la belle basilique cliartraîiie. Je lui tendis la main;
« Tu fus loujours un j)eu scepti(|ue; llii dis-je, et tu es en
outre sculpteur; .Détachée de l'ensemble du portail,' cette
figiire de saint Jean-Baptiste peut offrir, en ofTet, quelque
prise à la critique, à la tienne particulièrement ; car tu
aimes et tu respectes surtout les beautés du corps, ce s^jnt
les splendeurs du tabernacle qui te séduisent. Pour moi, ar-
chitecte, et quelque peu poète, j'avoue que c'est d'abord
l'ensemble d'une œuvre tjui m'impressionne ; c'est l'esprit
générateur de la composition, et les grandes lignes ai la
forme plastique dans lesquelles cet esprit s'est incamé ; et
vraiment, je trouve ici beaucoup à admirer.
Regardez bien, ne semble-t-il pas qu'un fluide vital cir-
cule à travers ces pierres ; que ces murs, ces piliers, ces
trumeaux, ces voûtes que couvrent de célestes phalanges,'
s'animent soiis le regard mental de celui qui sent l'influence
d'une foi profonde ? Quant à moi, ce spectacle me transporte
à travers les espaces et lés siècles : teiiez, ici, en avant du
trumeau de la porte centrale, est la Vierge Marje tenant dou-
cement embra.ssé son Enfant divin; au-dessus de la porté
vous voyez sa glorification : elle est assise à ta droite du
Seigneur. N y a t-il pas là l'expression du fait capital d«
notre civilisation moderne : la glorification de la mère, le
respect de la femme, l'ennoblissement de la chasteté ?
Rapi)elez-vous la Vénus antique ; son éblouissante nudité
fit elle jamais vibrer les cordes iniimes de l'âme, comme cette
figure drapée de la Vierge"? .\ussi. Tune enfante Cu/iido»,
le désir iM'utal, désir qui n'a que soi pour objet, taudis qii«
l'autre donne le jour au Sauveur du monde, à celui qui
annonça la ^'rande loi de fraternité et de solidarité humaine'».
Suivez-moi encore ; à droite et à gauche île la mère du
Christ, je vois des |)ersonnages de l'Ancien Testament ; au-
dessus de ma tête, je trouve des chapitres de la Genèse : la
création du monde et l'histoire d'Adam, et Eve; là on peut
voir la parabole des vierges 9Ége9 et des vierges folles, et,
en regard, les travaux des douze mois de l'ant.ée — les
douze signes du zuiliaquc, d'où le soleil éclaire succeasive-
ment les clTorts variés de l'industrie humaine.
4
\
u
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
se
Dans ce porlique, je vois tout à la fols le royaume de
Dieu avec ses cohortes célestes ; les poétiques traditions de
la Bible, qui forment la base du christianisme, et l'existence
terrestre de l'homme, que rappellent les divers travaux de
l'année. U y a donc là le Ciel, l'Éden et la Terre ; l'espoir
de l'avenir, le regret du bonheur perdu, la volunté de le
reconquérir pai- le travail. Ce portique n'est plus pour moi
une masse do pierres plus ou moins savamment assem-
blées, c'est quelque chose de vivant, d'animé, qui me parle
et me traverse d'une émotion indéfinissable.
— Toi qui vois tant de choses, mon cher Erwin
Steinbach, ou... Robert de Lnzarche ; — car vraiment je
ne sais plus quelle étiquette mettre à la place de ton nom
beaucoup trop romain ; — comment se fait-il que tu n'aies
pas encore vu que saint Jean-Baptiste était affecté d'un
cruel torticolis? que l'air béat de son voisin est d'un comique
des plus irrespectueux ? que les cordons de personnages
assis sur la tête les uns des autres, et qu'on dirait embro-
chés, occupent des positions impossibles? que sous les pieds
des grandes statues sont taillées d'ignobles figures qui cho-
queraient tout homme d'un goût délicat et sans prévention ;
figures qui dénotent un dévergondage d'imagination et un
laisser-aller peu d'accord avec l'idéal poétique enfanté par ton
esprit exalté ?
Moi aussi j'aime la poésie, moi aussi j'adore le beau,
et c'est pour cela même que je condamne le laid et l'absurde
partout où je les rencontre. A la porte royale de l'église, je
viens de voir des figures d'une longueur si démesurée
qu'elles m'ont fait supposer que les laminoirs sont une très-
ancienne invention ; près de la vieille tour, sur le côté sud
de l'édifice, on m'a montré un âne jouant d'un instrument
de musique, et on m'a parlé d'une figure de truie qui file.
Crois-moi, de tels écarts ne peuvent correspondre qu'à
des sentiments fort grossier», à un idéal peu élevé. Le
génie du beau doit seul recevoir les hommages d'un vé-
ritable artiste, et puisque tu as cité les Écritures, je te
dirai qu'on ne peut servir à la fois Jeliova et Mammoii, le
beau et le laid. Le spectacle habituel de la laideur et des
monstruosités dégrade l'âme, et tout en accordant que ce
monument (et ici il désignait d'un mouvement de main l'en-
semble de l'église) révèle de la puissance et de l'imagina-
tion, cependant je ne saurais m'enthousiasmer d'une œuvre
dont les beautés sont encadrées haut et bas par des rangées
d'êtres hideux que le cauchemar le plus affreux serait impuis-
sant à créer ; en haut, ce sont des gargouilles à têtes mons-
trueuses, aux formes sans nom ; en bas, ce sont des supports
à figures grimaçantsous des combinaisons hybrides toujours
repou$santes, quelquefois horribles. Quand je regarde une
»Euvre d'art, c'est dans l'espoir d'éprouver une jouissance,
et ce que je vois ici me rappelle les rêves qui m'ont parfois
assailli après m'être endormi sur une indigestion.
Mais tu fermes tqn portefeuille, tu ramasses les crayons,
t'aurais-je déjà converti?
— Non, le jour baisse, et tu viens de prononcer un mot
qui contient toute ta doctrine, toute la doctrine de l'art an-
tique; tu l'as dit : le but de l'art pour toi, son but immé-
diat, c'est la yoMma/ue: pour les artistes du moyen âge, l'art
avait une plus haute destinée, celle de perfectionner l'état
moral des hommes. Tout est renfermé dans cette distinction.
Car le but de l'art une fois déterminé, la meilleure théorie
sera celle qui le guidera le plus promptement et le plus sûre-
ment à ses fins. Tu es certainement de mon avis sur ce
point; nous avons donc un terrain où nous pourrons tou-
jours nous retrouver. Je vais chez notre ami de B., tu devrais
m'accompagner. Homme d'esprit lui-môme, tu sais combien
il sera heureux de te recevoir.
— Mille fois merci, cher, avant une heure j'aurai quitté
Chartres; et franchement je ne suis pas mécontent de ne
pas dormir à l'ombre de cette colossale construction, d'où je
vois saillir à chaque étage tant de figures étranges auxquelles
la nuit tombante prête déjà quelque chose de plus mysté-
rieux qui me jette en plein au milieu des histoires d'esprits
et de revenants, dont ma nourrice berça mon enfance. Je
crois que le bruit de la diligence écrasant les pavés de la
route et les claquements du fouet du postillon m'impression-
neront moins péniblement que le silence solennel de ces mil-
liers de statues de pierre qu'on entrevoit dans l'ombre et
dont on ne distingue plus les imperfections. Tu te rappelle-
ras que tu me dois une réponse à la bonne et vigoureuse
critique que je viens d'infliger à l'une de tes idoles. Je te
somme de m'adresser cette réponse par la poste, si mieux
tu n'aimes faire amende honorable, et renoncer au culte de
Beizébuth et de ses légions. Dans quinze jours, je serai
transporté au milieu de la ville de saint Pierre éludes Césars.
Adieu, plus la soirée avance et assombrit cet immense édi-
fice, et moins je l'aime ; je m'étonne qu'un peuple gai .et
spirituel, comme le peuple français, ait jamais toléré un art
aussi lugubre ; si quelque llippocrate moderne voulait faire
des recherches sérieuses, je suis certain qu'il trouverait que
nos ancêtres du xiu" siècle étaient souvent affectés du spleen.
Allons, encore adieu, et guéris-toi au plus tôt, car cette
maladie du gothique te conduirait droit... à la Trappe.
Je voulus répondre quelques mots, mais il s'était déjà
éloigné, et l'angle d'une maison le déroba bientôt à ma vue.
Opinion d'un classique sur le Moyen Age.
Je reçus de ses nouvelles peu de mois après cette cause-
rie. Il était à Rome. Il m'écrivit ensuite successivement de
Palerme, d'Athènes, de Constantinople, de l'Asie Mineure,
de la Syrie et de l'Kgypte. Ses lettres m'apportaient chaque
fois quelque chose des parfums et de la couleur du pays où
il se trouvait; mais, au-dessous de cette influence locale,
se rencontrait toujours la même admiration passionnée et
exclusive pour l'art antique. II aie reprochait de ne joindre
mes louanges aux siennes, qu'en faisant quelques réserves
en faveur d'un idéal supérieur. De plus en plus émerveillé
des chefs-d'œuvre épars sur sa route, il supportait impa-
«r
REVUK DE L'ARCniTEGTUKK ET DES TRAVAUX PUBLICS.
H
tifmment de lire dans une môme lettre, à quelques lignes
geulemerït de distance, que j'entrais parfaitement dans ses
émotions ; qne ses descriptions si i)leinps de f^oût me ravis-
saient ; et ipjo, dans le temps où il gravissait le cap Sunium
à la recherche des souvenir» du grand Platon, et pour ad-
é^irei' lèà débris du temple de Minerve, j'avais fait de mon
côté une excursion pédestre le long des rives de la Seine,
depuis Paris jusqu'à la mer, recherchant avec ardeur les
beaux souvenirs artistiques, qne le moyen âge y a semés
d'une main si souverainement libérale.
Son affection pour moi pouvait seule me sauver dans son
esprit ; mais, parfois, son mécontentement l'entraînait dans
de longues <lissertations, oi!i il s'efforçait de me démontrer
qu'on ne devait pas, qu'on ne pouvait pas admirer tout à la
fois l'art antique et l'art du moyen âge. « Ce sont deux gé-
nies qui se contredisent, m'écrivait-il, et qui vont la plupart
du temps dans des sens opposés. Pour les bien juger, rap-
pelle-toi que l'objet de l'art est de contribuer au bonheur
des hommes ; que, par conséquent, c'est le beau seul que
l'art doit encenser. Le moyen âge s'est égaré, soit par
ignorance, soit par impuissance et mauvais goût. Ses plus
importants monuments en fournissent mille preuves ; car
partout on y reconnaît la volonté manifeste d'étaler aux
regards les créations les plus abominables, les plus hi-
deuses; et quand, par une espèce de ressouvenir des temps
plus anciens, ou bien par suite de cet instinct de la vérité
que l'homme ne perd jamais complètement, les artistes de
cette époque ont voulu entrer dans un monde supérieur,
en reproduisant les figures du Christ, de la Vierge et de la
hiérarchie sainte, alors ils se sont trouvés impuissants à re-
vêtir leur pensée d'une forme digne d'elle. Avec la bonne
intention peut-être de reconnaître les droits légitimes du
beau, ils n'ont pas su créer des figures qui pussent entrer en
comparaison avec les moindres œuvres du ciseau antique.
Presque toujours, sur les visages de leurs saints, est répandu
un air de souffrance indéfinissable, quiattriste le spectateur. »
Il ajoutait bien d'autres considérations encore, tantôt
pour justifier son enthousiasme en faveur des anciens, et
tantôt pour attaquer le moyen âge. La renaissance, c'était
le réveil du goût après un long et pénible sommeil ; mais
c'était un réveil agité, où se reconnaissaient encore les fa-
tigues d'une nuit douloureuse; on n'y retrouvait pas cette
puissance calme qui natt de la conscience de sa propre force.
Je répondais longuement à ces lettres ; je rendais justice
au goût, au sentiment exquis des formes extérieures qui dis-
tinguent le plus souvent les jugements de mon ami ; mais je
réagissais de toutes mes forces contre ses aveugles négations,
contre son esprit exclusif et contre ses théories systémati-
quement hostiles à tout ce qui sortait de la voie antique.
Je voudrais rapporter dans cette Rertie de longs extraits
de uotre correspondance; peut-être le ferai-je un autre
jour ; mais, pour le moment, je dois me borner à en donner
quelques fragments, Les voici :
GMiede Fartantiquf. — G^nif dr Fart dn Moyen Age.
Cher jim(,
Se romerrer et jouir, voilà le vœn de l'anti-
quité ; accomplir le deroir par le garrifice, afin de gagner le
ciel, voilà l'aspiration da moyen âge. Bien entende, ce»
règles offrent de part et d'autre des exceptions, mais eDe»
exprimenttrès-exactement le caractère général de« deux épo-
ques. Il serait facile de le prouver par de nombreuses cita-
tions des écrivains de chacune de» phases historiqae», et par
des faits encore plus nombreux et pins concluants; mais je suis
persuadé que nous nous accordons parfaitement sur ce point.
Donc, d'un côté le bien-être, le plaisir: de l'autre, lerf^»-
roi'r, le sacrifice. Avec des buts si o|)po8és, l'art de ces épo-
ques devait nécessairement, comme tu le dis, prendre de»
routes très-différente.=.
<i Aile: par tout le monde: prêche: lEiaiKjile à toute
créature, n avait dit le Christ ; et selon ce commandement,
la propagation de la foi chrétienne était devenue, au moyeu
âge, le but principal de toute grande activité, et|>ar consé-
quent celui de l'art, de l'art religieux .surtout.
Dans les législations humaines, la loi n'a qu'une sanction
assurée : le châtiment, rien que le châtiaient. La législation
divine est moins simple ; les lois de Dieu ont une double
sanction : si elles tiennent en réserve le châtiment ponr le
méchant, elles assurent également une récompense au ju.«te.
Aussi la prédication de l'Evangile s'est-elle faite à la foi»
au nom de la crainte et an nom de l'amour : par le spectacle
des tourments de F enfer et par celui des joies du paradis.
L'art, dans sa vérité, a reflété, instinctivement peut-être,
mais nettement, ce double caractère de la propagation chré-
tienne ; au-dessous des anges, figurent les démons ; en r^ard
des vierges sages, se rencontrent les vierges folles ; à l'opposé
desbienheureux, se voientles damnés ; l'espoir et la crainte,
le ciel et l'enfer, le bien et le mal. la vertu et le vice, voilà
ce que l'art chrétien présente constamment aux yeux des
fidèles, avec le symbolisme de la beauté et de la laideur.
En dehors de ces deux manières de propager le christia-
nisme par la crainte des démons et par l'amour de Dien, il
ne restait auciu moyen d'agir énergiquement sur les imes
en intéressant puissamment la personnalité. Mais dans les
prédications et les sermons, qu'ils fussent parlés ou écrits,
sculptés ou peints, on pouvait, on devait même compter.
tantôt davantage sur l'influence de la crainte, tantôt davan-
tage sur l'influence de l'amour, suivant Pétat de rudesse ou
de raffinement des populations. Instinctivement l'art traduit
toujours l'état du sentiment public; et, de même qu'on peut
dire d'avance, lorsqu'on connaît le degré d'abrutissement
ou de progrès social d'un pays ou d'une époque, quelle a
dû êti-e la couleur générale de la prédication chrétienne dans
ce pays ou à celte éjioque, si c'était le timor Dei ou Tamor
Dei. la crainte de l'enfer ou l'espoir du ciel qui eu faisait le
fond, de même on jwut prédire mûrement si l'art hiératique
a dû étaler au regard plus de légions de démons que
d'angei», de damnés qae de bienheureux.
HKVUK J)K L'AKCHITECTUHK Ëï DES TRAVAUX PUBLICS.
o(i
(^ecl se conçoit de reste, puisque plus les natures sont
grossières et pins il est nécessaire, pour les impressionner
vivement, d'étaler à leur yeux des tableaux effrayants, le
spectacle de la béatitude et de l'extase étant impuissant à les
émouvoir.
Tendance symbolique de l'art au Moyen Age.
J'ai dit que lapropagation de la doctrine et des sentiments
chrétiens était, à l'époque du moyen âge, le but de toute
grande activité; et qu'entre les mains de l'Eglise, l'art était
devenu une prédication permanente. Quoi de plus simple ?
Dans ces temps, il n'y avait guère d'instruction que parmi
les membres du clergé ; les populations ne savaient ni lire
ni écrire : l'imprimerie n'était pas encore inventée; les ar-
tistes comptaient dans leurs rangs un très-grand nombre de
rcoines et de prêtres : la décoration des églises pouvait-elle
ne pas servir à l'enseignement religieux? Évidemment non.
Aussi la peinture des murs et des vitraux, la sculpture et
toute l'ornementation, ont-elles dû tenir h un système d'en-
seignement général, d'accord avec ce que les fidèles re-
cueillaient chaque jour de la bouche du prédicateur parlant
en chaire. Je ne prétends pas, dès aujourd'hui, pouvoir dun-
ner l'interprétation de toutes ces formes symboliques : mais
je reste convaincu, par les raisons qui précèdent, et par
beaucoup d'autres encore, que dans toutes ces œuvres il y
a une pensée et un ordre dont le système complet échappe
encore à mes recherches ; que là, le symbolisme s'unit dans
une merveilleuse harmonie avec les formes que réclamaient
la science du constructeur et le service de l'Eglise, avec Is
couleurs qui flattent nos regards, avec les statues, les
monstres et jusqu'aux végétaux qui enrichissent et varient
l'aspect de l'édifice. Je vois le monde minéral, le monde
végétal et le monde animal, la terre entière, concourir à la
formation d'une vaste unité architectonique. qu'éclaire la
lumière du ciel diffractée en ses éléments de couleur. Lors-
que j'assiste au spectacle de la foule agenouillée dans l'en-
ceinte sacrée, que la note vibrante de l'orgue jette une
harmonie sonore le long des grandes voûtes, mon âme s'é-
lève, et j'ai besoin de communier avec tout ce qui m'entoure,
avec toutes ces formes, avec toutes ces couleurs, et alors je
sens, et ma raison me dit, que ce vaste corps a une âme, et
qu'en la cherchant on la trouvera.
Répétons-le, afin que ce soit bien compris : pour les an-
ciens, qui ne voyaient dans l'art qu'une jouissance, le beau
seul était acceptable ; mais il en était autrement pour les
artistes du moyen âge. Préoccupés de sauver les âmes, et
travaillant la plupart du temps sous l'influence du clergé, ils
devaient faire vibrer la double corde de la terreur et de l'es-
poir, mais surtout la première. Au lieu de l'abandonner aux
délicatesses de ton sybaritisme à l'aspect de ces myriades de
monstres que les hommes saints écrasent sous leurs pieds,
0-1 qui du haut des corniches et des tourelles regardent le
passant d'un œil féroce; au lieu de n'y voir que les fantaisies ,
d'une imagination en délire, ne serais-tu pas plus raison-
nable en supposant que chacune de ces hideuses créations
renferme dans le secret de sa laideur mystérieuse quelque
leçon profonde digne de la méditation des chrétiens?
La nécessité d'assurer le facile écoulement des eaux plu-
viales qui tombent sur les édifices, et de lancer ces eaux loin
des murs qu'elles dégradent, conduisit à l'emploi des gar-
gouilles ; et. comme la pluie futtoujours plus abondante dans
le Nord que dans le Midi, nos ancêtres leur donnèrent une
saillie considérable. Un jet d'eau pluviale n'a rien de répu-
gnant en .soi ; mais lorsqu'il se fait par la gueule d'un animal,
le jet d'eau ressemble à un vomissement et excite une im-
pression désagréable. Dans les monuments antiques cepen-
dant, les gouttières .se terminent par des têtes de lion, de
loup, etc.. à la vérité toujours d'un grand style, et plus ou
moins idéalisé. Danslesédificesdu moyen âge, les gargouilles
deviennent d'horribles monstres. Est-il à supposer que les
artistes prédicateurs du moyen âge aient créé ces formes
repoussantes, sans y attacher aucune signification?
Dans leurs figures de démons ils ont bien traduit la lai-
deur morale par la laideur physique; n'est-il pas vraisem-
blable, qu'en voyant ces gargouilles se dégorger sur les
passants, ils ont été conduits à en faire des monstres sym-
bolisant des difformités morales ? Cette marche nous semble
parfaitement conforme au génie particulier du moyen âge.
Cette a|ipropriation des gargouilles ne serait que la contre-
partie de ce qui s'était fait pour les démons : à ceux-ci, ils
avaient donné une enveloppe répugnante pour exprimer
une laideur morale, tandis que pour les gargouilles il s'a-
gissait d'attacher une idée de laideur morale à un effet ma-
tériel déplaisant.
Tu me diras, sans doute, que si ce ne sont pas là tout
simplement les horribles fantaisies d'une imagination déré-
glée et grossière, ces monstres sont au moins des hiéro-
glyphes, dont le sens est aujourd'hui complètement perdu.
Je suis bien forcé de reconnaître, mon ami, que nous
trouvons en France, en Angleterre, en Allemagne, et même
en Italie, sur la plupart des édifices du moyen âge. de nom-
breux hiéroglyphes chrétiens, dont le sens est aujourd'hui
à peu près perdu. Nous avons aussi, dans tontes ces con-
trées, des savants, des académies entières, qui travaillent
et qui veillent dans l'e.spoir de découvrir le sens d'anciens
caractères cunéiformes, runiques, etc. ; mais aucun d'eux,
que je sache, ne s'occupe de déchiffrer la pensée déposée
par nos pères dans ces milliers de figures qui étonnent les
artistes modernes par leur aspect étrange et par leur na-
ture complexe...
Il est même des personnes, et de celles qui admirent le
plus sincèrement l'art du moyen âge, qui, faute d'ê(re en-
trées assez avant dans l'esprit de cet art étonnant, en sont
encore, comme toi, à n'y voir que les caprices fantastiques
d'un ciseau habile. Mais ceux-là ne touchent que l'écorce,
que l'enveloppe matérielle de l'art chrétien. Les esprits ne
se voient pas avec les yeux du corps ; aussi, pour contem-
57
REVUE DE LAUCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PLBLICS.
plerlavie intérieure qui anime ce? œuvres d'un autre temps,
pour y retrouver le sentiment de ceux qui les ont créées, il
faut commencer par avoir une àme au dedans de soi-même,
une âme vivante, qui sente et comprenne ce que c'est qu'une
foi et qui en sache trouver les accents. Celte âme découvrira,
comme d'instinct, la vie dans toutes ces pierres ; elle décou-
vrira un sens, un enseignement à chacune de ces étranges
laideurs.
Mais, sans en demander autant, un sceptique pourrait en-
core arriver à la conviction que ces monstres ont une signifi-
cation particulière. Pour cela, il suffirait d'employer le pro-
cédé si aimé de nos savants depuis la fin du xvr siècle, le
procédé expérimental : il lui suffirait d'étudier les monstres
de quelques-unes de no» églises gothiques ; de les analyser
dans leur» formes, dans leurs attitudes, dans leur orientation ;
de grouper ensuite toutes ces observations, et de les classer
d'après leurs rapports d'identité et d'analogie. 11 en sortirait
à coup sûr une révélation. Ce serait là, sans doute, un procédé
fort long ; mais l'excès de fatigue qu'entraînerait ce mode de
recherche serait lajuste punition de ceux qui saci ifient si com-
plètement le sentiment à la raison pure, la synthèse à l'ana-
lyse. Cène furent pas des considérations à jwsien'on qui illu-
minèrent l'esprit de Kepler, et lui donnèrent la première no-
lion des lois sublimes qui règlent les évolutions planétaires.
[)n tel travail n'est plus aujourd'hui indispensable pour
convaincre tout homme raisonnable que le symbolisme était
pratiqué par Its artistes du moyen âge sur une échelle très-
étendue. En lisant les Pères de l'Église, on est frappé du
système d'interprétation par la voie du symbolisme qui s'y
manifeste à chaque instant. D'après Origène, qui ne suivait
en cela qu'une route déjà frayée par saint Clément et d'au-
tres, tout ce qui, pris à la lettre dans les saintes Écrituies,
paraît absurde, impossible, immoral ou indigne simplement
de la majesté de Dieu, doit être considéré uniquement
comme symbolique .
Beaucoup de narrations de l'Ancien Testament n'oiit-
elles pas été interprétées par les Apôtres comme purement
figuratives de ce qui devait arriver ultérieurement?
Saint Paul ne dit-il pas, en parlant des événements qui
accompagnèrent et suivirent la sortie des Israélites de la terre
d'Egypte : « Or toutes ces choses ont été des fininm de ce
qui nous regarde » (1" Kp. aur Cor., chap. X, v. C) ? Ne
dit-il pas encore que le récit relatif aux deux enfants d'A-
braham est une allégorie {Ép. aujr Gai, cliap. IV, v. ±h) ?
Que Melchisedech est une « imaf/e du Fils de Dieu « [Êp. aux
Heb., chap., VII, v. 3); que les cérémonies de l'ancienne
alliance étaient (ifiuratires de l'alliance nouvelle {Ép. aux
Héb., chap. IX) "? Saint Pierre ne voit-il pas dans l'arche de
Noé la figure du baptême (I" Ëpitredt: saint Pierre, ch. lll,
V. 20, 21]? L'Apocalypse de saint Jean n'est-elle pas pleine
de symboles, et n'est-ce pas Dieu lui-même qui se cnarge
d'en expliquer plusieurs d'entre eux (.4/)0f ., chap. I, v. 20)?
Saint Jean n'en explique-t il pas plusieurs lui-même, ttls
que l'agneau égorgé, avec sept cornes et .sept yeux (chap. V,
V. ti) ; les vingt-quatre vieillards avec des harpe» et des
parfums (v. H), etc , etc.?
Jésus-Christ lui-même ne parle-t-il pas par paraboles?
N'a-t-ii pas recours aax ligures symboliques? Ne dit il pas
que les scribes et le» pharisiens sont semblables • à des se»
pulcres blanchis .. (S. Malthlru, ch. XXIll, v. 27)7 Qo'aa
jour du jugenjent. Dieu nient a ■ les brebis (\ea jusleg) à sa
droite et les boucs (les méchnnu k sa gauche » (S. Matthieu,
ch. \XV, V, 33)? N'a-t-il pas dit : « Je vous serai à tons
cette nuit une occasion de seandale; car il est écrit : Je
frapi)erai le pa.*teur (le Christ), et les brebis (les <^m^ 1m
disciples, \e» justes) seront dispersées? »
Kt si les pères de l'Église, si les apôtres et Jésus-Christ
lui-même ont usé de symboles dans la prédicition de la foi,
comment supposer que les artistes chrétiens, la plupart ap-
partenant aux corporations religieuses, n'aient {ois profité
avec empressement d'un moyen qui seul pouvait donner de
la grandeur à l'art, et servir puissamment à frapper l'es-
prit et le cœur des poi)ulations? Comment le supposer,
lorsqu'on voit sur toutes les cathédrales les quatre animaux
dont parlent S. Jean et le prophète Hjtéchiel, la hiérarchie cé-
leste telle qu'il en est parlé dans l'Apocalypse et en tant d'an-
tres endroits, avec les vases à parfums symbolisant les prihet
qui montent au trône de l'Éternel, etc., etc., etc. 7
L'art tout entier est symbolique de F/tal nutti'riel, moral et
intellectuel de l'humanité aux direrses époques de «or
développement.
La Géométrie fournit des symboles à l'Architecture.
Les païens n'avaient-ils pas symbolisé tout«»s les énergies
de la nature? Les Égyptiens ne mettaient-ils pas tantôt des
têtes d'animaux sur des corps humains, tantôt des têtes hu-
maines sur des corps d'animaux, et tantôt la tête d'un animal
sur le corps d'un autre animal, en vue de préciser une signi-
fication symbolique? L'art lui-même est-it autre rhose qu0
l'erpressiou du sentiment humain par le moyen du tym-
bote Y Cette dernière observatinn tVtonne peut-être
car probablement, avec tes idées, tu ne comprendras pas,
par exemple, que dans les lignes géométriques d'un édifice,
dont les combinaisons sont nées des be.soins de la construc-
tion et de l'état de la science, il puis.se y avoir une valent
symbolique. Cela est néanmoins strictement pxact. En effet
quand on examine le développement historiqn» de l'archi-
tecture, on voit que le sentiment humain s'exprime dans la
langue archilectonique, par des combinaisons de lignes. Il
s'ensuit que l'idéal architectonique d'un peuple doit être
l'expression deson seniimeut, et qu'entre les lignes caractéri»>
tiques adoptées par les divers peuples et leur sentiment reli-
gieux et social, il y a une relation nécessaire qui fait de cellet>'
lu l'expression visible, le signe ou le symbole de celui-ci.
Sans doute, en raisou de sa nouveauté, celle thèse, qui
donne à toutes lescréatiuus de l'art une valeur symbolique.au-
r.iit besoin d'être longuement développée, et il me serait très-
39
REVUE DE L'ARCMITEGTLRE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
m
possible de le faire, car voici bien des années déjà que j'en
réunis les preuves, et que j'en élabore la démonstration.
Pour te faire entrevoir ce monde nouveau, je retire de mon
album une note très-abrégée que voici :
Note. — Les Égyptiens, dit Diodore de Sicile, ne consi-
déraient cette vie que comme un voyage rapide conduisant à
la mort; pour eux, leurs maisons n'étaient que comme des
hôtelleries où le voyageur s'arrête un moment, avant d'at-
teindre sa véritable demeure, le tombeau. Leurs plus im-
portants monuments étaient, en effet, des tombeaux; leurs
plus anciens temples, creusés dans la terre, rappellent encore
des tombeaux. La mort était leur continuelle préoccupation ;
l'étranger, trouvé mort par suite d'un accident, recevait de
pompeuses funérailles aux frais de la localité oii son cadavre
avait été découvert ; le fils donnait parfois en gage à son créan-
cier, à défaut d'une hypothèque sur un bien ou d'un bijou
précieux, le cadavre momifié de son père, et il était réputé
infâme s'il ne le retirait pas. Enfin jusque dans la salle des
festins, on trouvait la figure de la momie destinée à rappeler
aux convives cette idée de la mort.
Examinons quelle a dû être nécessairement sur l'art l'in-
fluence de cette disposition religieuse et sentimentale.
Dans sa notion générale, la mort c'est ïimitiobilUv ab-
solue. L'idée de la mort est donc une idée essentiellement
simple. La vie, au contraire, correspond à une notion com-
plexe, car la vie se manifeste par le mouvement, et les mou-
vements se modifient indéfiniment comme les divers aspects
de la vie. Un cadavre se roidit et n'a qu'une attitude, tandis
que le corps vivant, sous l'influence des émotions de l'âme,
réalise dans sa flexibilité les mouvements les plus variés.
Évidemment, l'idéal de l'architeclonique égyptien devait
reposer sur une base simple comme la notion de la mort,
afin de présenter aux yeux un caractère analogue à celui
qu'offre à l'esprit la notion de l'immobilité.
Or, de tous les éléments géométriques, la ligiie droite est
la plus simple : c'est donc la ligne droite, et la ligne droite
presque exclusivement, qui exprimera l'idéal égyptien; c'est
elle qui formera comme la tonique de toutes les harmonies
artistiques de la vieille terre des Pharaons,
Je ne te donne ici qu'une note;ie pourrais l'adresser un
long mémoire où toutes les faces de la question seraient exa-
minées. Je n'ai parlé que de l'Egypte, mais je tiens à ta dis-
position des explications analogues sur toutes les combi-
naisons géométriques des divers styles d'architecture créés
depuis la période égyptienne jusqu'à nos jours. Je prétends
justifier de cette manière les formes géométriques qui con-
h>tituent la tonique des combinaisons architecturales du moyen
âge.
En un mot, pour moi l'art tout entier n'est qu'un vaste
symbole, c'est le signe de l'état matériel, sentimental et intel-
lectuel de l'humanité aux diverses époques de son déelo]»-^
pement.
Discuter, comme on l'a fait si souvent, sur la question de
savoir si dans tel monument il faut voir une signification
symbolique, est donc une puérilité; car, si l'art est ton-
jours l'image d'un besoin physique, d'un sentiment ou
d'une idée, toute œuvre d'art renferme nécessairement une
valeur symbolique. Seulement, il est des symboles, des em-
blèmes, dont le sens a été explicitement reconnu, et en em-
ployant ces emblèmes, l'artiste (ail sciemment du symbolisme,
tandis que d'après la théorie que j'expose, il lui arrive le
plus souvent d'en faire instinctivement et sans s'en rendre
compte ; il est sous l'influence d'une idée ou d'un sentiment,
il l'exprime dans son œuvre ; et celle-ci, devenue lo signe de
cette idée ou de ce sentiment, en est nécessairement le sym-
bole, que l'artiste en ait la conscience ou non.
Ouvre la Bible, au deuxième chapitre de la Genèse : au
verset 7, tu hrasque le Seigneur Dieu forma l'homme (Adam)
du limon de la terre, et que sur le visage de cette figure inerte
« il répandit un souflle de vie, » et que <• l'homme devint vi-
rant et animé, »
L'art tout entier est exprimé dans ce récit de l'argile îait
homme; car l'art ne peut avoir pour objet direct que de
donner la vie, une âme à la matière; or, quelle est \âme
d'une œuvre d'art si ce n'est Ia pensée ou le sentiment dont
cette forme matérielle est le signe extérieur, le symbole?
Dès que l'artiste, laborieusement penché sur son travail,
a eflleuré de son souflUe le bloc grossier de la carrière, ce bloc
s'est transformé ; il est devenu animé et vivant, car dès ce
moment il exprime un sentiment et fait naître une émotion ; il
est devenu un mot de celte langue universelle dont l'intelli-
gence instinctive est au fond de toute âme humaine.
Je répéterai souvent, car il faut léagir contre ces ten-
dances exclusivement matérielles qu'on rencontrejusque dans
les rangs des défenseurs du moyen âge, je répéterai : L'art
plastique n'est qu'une langue par laquelle les hommes ex-
priment leurs idées et leurs sentiments. J'affirmerai que les
monuments, les tableaux et les images taillés sont des dis-
cours qui s'écoulent avec les yeux; que ce sont des symboles
qui représentent les divers états de l'âme.
N'y a-t-il pas une langue mimique, et n'est-elle pas plus
universellement comprise que n'importe quelle langue par-
lée? Eh bien, les arts plastiques constituent une langue ana-
logue à la mimique ; toutes les deux s'adressent au sens de la
vue, et les seuls éléments qu'elles emploient sont la forme
et la couleur.
On pourrait dire qu'elles ont la même syntaxe; car les
combinaisons de lignes qui correspondent aux mouvements
par lesquels le mime exprime le sentiment qui le domine, se
retrouvent dans les arts plastiques comme symboliques de ce
môme sentiment. Peut-être cette dernière idée aurait-elle
besoin de développement pour être parfaitement ap[iréciée.
Ce sera l'objet d'une autre lettre. Cependant, penses-y;
car, pour l'artiste qui veut saisir la loi des secrètes relations
61
HEVUK DK L'AHCfllïKCTLRE ET DES THWAL'X PUBIJC8.
M
qai existent entre le sentiment humain et les formes maté-
rielles, il y a dans ce rapprfKlienienl toute une révélation.
D'après la tliéurie que j'expose, le symbolisme serait
tantôt ilixtinrtif et tantftt n'fléchi. Iji première espèce de
symbolisme tient aux rapports nécessaires et naturels des
choses ; et, ces rapports étant invariables, le symbole instinctif
est toujours vrai : un poing fermé ne sera jamais pris pour
un symbole de paix et d'aiïection. La seconde espèce de sym-
bolisme est exposée à tomber dans l'erreur. Ainsi, dans
l'antiquité comn;e au moyen âge, certains animaux avaient
été adoptés comme eniblèmea de telle ou telle idée ou qua-
lité, parce que l'on attribuait à ces animaux des propriétés
ou des mœurs qui ne leur appartenaient pas. Toutefois, la
plupart des symboles réfléchis sont aussi fondés en raison ; le
symbolisme réfléchi n'est que le symbolisme instinctif pa.ssé à
l'état de conscience. Je me suis occupé beaucoup à consti-
tuer la théorie du symbolisme instinctif, parce que dans ceit*;
langue naturelle sont comprises toutes les énergies de l'art;
et que, cette théorie connue, on ne confondra pas plus les
combinaisons géométriques du mode majeur avec les com-
binaisons qui sont de mode mineur, qu'on ne confond, dans
une partition d'orchestre, les combinaisons majeure et mi-
neure des sous musicaux ; qu'on ne confond les lignes heur-
tées de l'Hercule avec les ondoyants et gracieux contours de
la Vénus.
Je m'en suis beaucoup occupé encore, parce que, tu
trouveras la raison curieuse peut-être, parce que cette belle
étude a fait sur mon esprit une impression analogue à celle
que ferait sur mon cœur la vue d'un admirable enfant aban-
donné; j'y ai vu tant de beautés actuelles, tant de promesses
pour l'avenir, que je me suis arrêté, et que j'ai partagé mes
efforts entre lui et les autres enfants de mon esprit.
Mais, tandis que je cherchais les lois du symbolisme en
général, et que j'observais les diverses expressions architec-
toniques, picturales, sculpturales, même musicales, et dra-
matiques, par lesquelles l'art exprime les mouvements de
l'âme humaine, pour en comparer les expressions les unes
avec les autres et en saisir les rapports, d'autres s'occu-
paient sans relâche de ce symbolisme iiitentionml, dont les
éléments s'empruntent à la tradition aussi bien qu'à la na-
ture.
Dans le livre monumental consacré par les savants archéo-
logues, les PP. Martin et Léou tlahier, à l'explication des
vitraux de Bourges, il y a des pages sur le symbolisme
chrétien qui ont dû projeter une lumière dans les esprits les
plus ténébreux (1). Dans un mémoire plein d'intérêt, de
M. labbé Texier (curé d'Auriol), sur les travaux des émail-
(l) Nous soiiMiu's bien cil retard avec les auteurs ilo ce iiiagtiiliquo travail,
car il y a luoitleiiips quu nous aurious (lA en publier UD couiple reodu .Mais
qu'un veuille bien iHre indulgent envers nous. l)un i-ùu-, le désir do donner à
notre appréciation tout le developix-ment que inerile le livre de XI.M. Martin
cl Léon Caliier, cl, d un autre, la (-randeur mat .lielle des volumes, ce qui
rend leur nunienienl très-diflicile (nous ne parlons pas des nonilireuses occu-
pations i|ui nous ont absorjo), ojil ittù les Mjule» causi-s do notre relard.
leurs et des argentiers de Limoge*, il y a ao chapitre eoo-
sacré à la syrribolique générale des reliquaires. D'autres
encore ont publié des livres utile* sur la matière, ou tf oc-
cu[)ent h en préparer.
Ce sont les croyants et les poètes qui seuls [laraiftient com-
prendre l'importance et l'imérèt de celte étude. Auaat n'âi-
jc pa.s été surpris d'en(en<'i'<> «lire que parmi ces oatareB
d'élite figurait une noble femme, que réclament à la fois
la poésie, la science et la religion. Madame Félicie d'Ajr-
zac, dame de Saint-Denis, s'occupe depuis bien des «naés»
déjà à compulser les écrivains sacrés, les doctears de VÈi-
glise et les auteurs du moyen âge, pour découvrir tout le
symbolisme que les artistes gothiques ont introduit owe
intention dans leurs œuvres. Femme, poêle, et pleine de
foi religieu.se, elle comprend à la fois les nuances délicates
et les aspirations puissantes. Familière avec les langues sa-
vantes, et infatigable au travail, ses recherches »• sont im-
mensément étendues. On prétend qu'elle a retrouvé la signi-
fication symbolique qu'on attachait, au moyen âge, aux
diverses pierres précieuses, aux couleurs des verrières, des
costumes et des peintures, à celles des nombres, etc., etc
Encore un dialogue, siùvi d'une contmion mctiree.
Apprécies-tu bien l'importance de ces études? Gom
prends-tu bien de quel secours sera cette lumière nouvelle
pour l'intelligence et la i-estauration des monuments goUii-
ques? Conçois-tu l'importance artistique que vont prendre
ces ti horribles fantaisies d'une imagination dévergondée et
corrompue, » comme tu les appelais, si madame F. d'Ayzac
vient à nous prouver que ce sont les abominables habitants
de quelque monde saianiqoe? de quelle ressource inappré
ciable sera pour tous ceux qui voudraient refaire aujourd'hui
des églises gothiques, re « retrouteineHl » de ce que volon-
tiers j'appellerais la grammaire du symbolisme pratiqué au
moyen âge? Quand les mots de cette langue seront connus,
({uel sens offriront ces édifices gothiques modernes, dans k»-
(]tiels, en effet, le sculpteur s'est livré aux divagations d'ww
invagination déréglée, tout en reproduisant par- ci par-là qwl-
que imitation littéraled'une gargouille historique, jetontainsi
au hasard, sur une œuvre sans âme, quelques mots arrachés
d'un grand poëme religieux, mais dont on chercherait vaine-
ment la iiensée ou l'image contplèteî
11 y avait bien longtemps que je n'avais plus reçu de nou-
velles de mon ami. Dans sa dernière lettre, il me pariait de
l'ancienne Ethiopie, et laissait entrevoir le désir de visiter ce
prétendu berceau de la civilisution égyptienne. Avait-il poussé
en effet son e.xcursion jusqu'en Nubie ou même au delà? Loin
de nous qui l'aimions, lui était-il arrivé de succomber à quel-
que maladie, à quelque accident? J'y pensais souvent, et je
63
REVUE DE LAKCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUHLICS.
. 64
relisais de temps en temps sa dernière lettre. Il y disait aussi
quelques mots de l'Inde, et de l'influence que ce pays avait
également pu exercer sur le mouvement progressif de l'an-
cienne Egypte; était-il allé dans l'Inde? y élait-il mort?
pauvre ami !
Il était à peu près neuf heures du soir, il y a de cela un
mois : je m'étais établi dans mon voltaire, près de ma chemi-
née, qu'un feu négligé semblait plutôt assombrir qu'égayer.
Sur une table, devant moi, était étalée une collection de des-
sins que j'examinais attentivement, à la lumière de deux
lampes, et j'écrivais mes observations au fur et à mesui e, pour
les adresser à l'auteur de ces dessins qui devaient paraître
dans ma Revue. Au milieu de mon travail, il me parvint
comme un léger tintement de sonnette. Avait-on réellement
sonné chez moi, ou était-ce une illusion?
Absorbé dans mes réflexions, j'avais bien reçu une im-
pression, mais elle restait en moi à l'état latent.
Je continuai d'examiner. mes dessins et d'écrire.
Quelques instants après, j'entendisrentrer ma domestique.
Je me replongeai de nouveau tout entier dans mon travail.
Cependant, mon oreille saisit comme le craquement d'une
botte, mais si faible et si rapide, que ce bruit, si bruit il y
avait eu en efl"et, ne parvint pas à me tirer de mon absorp-
tion.
Je me souviens cependant d'avoir eu la pensée, en ce mo-
ment, que je n'étais plus seul chez moi; mais cette pensée
me traversa l'esprit, sans troubler un moment l'ordre et la
progression des idées qui s'y développaient sous l'influence
de ma préoccupation.
Une tête s'avança au-dessus de mon épaule, et au même
moment : « Ah ! c'est trop fort, s'écria à mon oreille une voix
connue : Encore des monstres gothiques ! »
Au même instant, je me trouvai dans les bras de mon ami.
— Tu es donc bien encore de ce monde? lui dis- je.
— Et toi, tu n'es pas encore à la Trappe ?
— Quel magnifique portefeuille tu dois avoir! Quelles
belles soirées nous allons passer ensemble à examiner tout
cela 1 que j'aurai de plaisir à entendre le récit de tes impres-
sions !
— A la bonne heure, cher, mais comment se fait-il que,
tout en rendant justice à l'antiquité, je te trouve toujours
en contemplation devant ces caprices diaboliques du moyen
âge? La dernière fois que nous nous embrassâmes, ce fut en
face d'.un saint Jean Tortocoli dont le souvenir m'a fait rire
plus d'une fois, et maintenant je te trouve en admiration
devant une trentaine de figures hybrides qui font vraiment
d'alTreuses grimaces !
— Humilie-toi, ami, car là. il y a pour toi, à la fois une
leçon morale et une révélation artistique; tar là tu trouve-
ras la condamnation de ton esprit exclusif pour tout ce qui
ne relève pas de la beauté physique, et l'explication de 1 em-
ploi utile du laid dans les arts.
Ces figures hybrides couronnent les tourelles placées aux
angles r|esfrnTis<;ppis dpr(^pli!;e Saint-Dt-nis ; et ce qui t'éton-
nera peut-être, c'est qu'elles constituent une œuvre des
plus dramatiques. Tu remarqueras que la première figure
est celle d'un jeune bénédictin, voué à la vie monastique, à
une existence de sacrifice et de travail. Ce religieux aura de
rudes assauts à supporter ; il sera assailli successivement par
tous les appétits charnels, par toutes les sollicitations des
sens, par tous les essors mondains des affections. Ce sont là
les redoutables ennemis que le jeune moine devra vaincre ; et
ce n'est qu'à la suite de nombreuses victoires, et lorsque les
années lui seront venues en aide pour amortir l'ardeur des
ennemis de son salut, qu'il pourra commencer à goûter la
récompense d'une vie de combats et de travail. Aussi, la der-
nière figure de la série représente- t-elle un moine d'âge, qui
tient écrasé sous une pression énergique l'alTreux symbole du
génie du mal. Toutes les figures intermédiaires symbolisent
les caractères des divers ennemis que le religieux bénédictin
aura successivement à vaincre, avant d'avoir obtenu la paix
de l'âme.
Ces laideurs physiques, mon ami, ce sont les vices, en-
nemis du salut; cet ensemble, c'est le drame de la vie. L'as-
pect repoussant de ces animaux hybrides, en offrant le
spectacle du vice, en intspire une juste horreur, et contribue
à la beauté de l'âme, à la victoire de la vertu. C'est la beauté
morale que prêche l'artiste chrétien par ces images hideuset
du vice. ■ . ■
— Je conviens que cette idée est chrétiennement, belle;
mais était-elle réellement celle de l'aiiteur de ces images? ;
— Rappelle-toi tout ce que je t'ai écrit sur l'art gothique
considéré comme moyen de propagation des sentiments et des
idées du christianisme ; et ensuite, lis le mémoire que voici!
C'est une œuvre empreinte de foi religieuse et de poésie ; une
œuvre fondée sur une science rigoureuse et une érudition,
qu'on admirerait même chez un bénédictin.
Si, en le lisant, des objections graves se pré.senteut à ton
esprit ; si tu trouves les preuves insuffisantes; si les textes
ne te semblent pas assez explicites, dis-le moi ! C'est ma-
dame d'Ayzac elle-même qui aura la grâce d'effacer tes
doutes En me remettant son mémoire, elle prévoyait,
disait-elle, que beaucoup de personnes hésiteraient avant
d'adopter ses explications; mais jesuis tellement convaincue
de leur exactitude, ajouta-t-elle, et ma conviction est fondée
sur des recherches si sérieuses, que j'offre volontiers de ré-
pondre à toutes les objections que pourront vous adresser
vos lecteurs.
En effet, j'ai confiance que lès lecteurs de la Renie de
l' Architecture examineront avec toute l'attention qu'il mé-
rite le mémoire dont madame F. d'Ayzac leur donne au-
jourd'hui communication. C'est un travail qui a été précéîlé
de plusieurs années de rochtirches et d'ét ides sérieuses, et
où l'érudition n"a rien perdu à s(i parer de grâce et de poésie.
Césab DALY.
65
REVUE HE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
MÉMOIRE
SUn THENTE-DEUX STATUES SYMBOLIQUES, OllSKnv^.KS DANS LA
l'AllTIi: HAUTE DES TOUIIELLES DE SAINT-DENVS.
Sommaire, — Exposition du sujet. — Existence de statues hybrides au
moyon Age. — Ri'ponse à quelques objection». — Tableau de» Tourelle» de
Saint-Deny» — Style et genre de leurs statue». — Costume. — Discussion
de la date du monument. — Cnuscsdu silence gardé »ur les statues aériennes
des lourillcs dii Saiiit-Denys. — Aperçu de leur sens probable. — Citiition
de monuments et île textes. — Détails. — Réalité incontestable de la popu-
larité de la zoologie mystique au moyen âge. — Témoignage* de* auteurs
du xii°, du xui° et du xiv siècle. — Tliéologiens, glussateurs, et l<(;sliaire»
manuscrits. — Source primitive et ancienne do la Symbolique des animaux.
— Discussion sur le Phytiologue. — Désignation des animaux sculptés int<!-
gralemcnt ou partiellement sur les tourelles de Saint-Dcny.s.
Au moment où les recherches archéologiques explorent
dans tous leurs d(5tails nos richesses monumentales; quand
l'existence au moyen âge d'une Zoologie myiitiqui> est re-
connue et proclamée, nous croyons, après une étude sérieuse
remontant à plusieurs années, devoir signaler à la science
une réunion de statues échappées jusqu'à ce moment aux
regards des archéologues, quoique placées en quelque sorte
aux portes mêmes de Paris, et dignes par leur vétusté d'une
attention particulière. Ces figures, taillées sur place dans
les régions aériennes de l'abbatiale de Saint-Dcnys, nous ont
frappée depuis longtemps, parce que, d'une date ancienne,
elles offrent l'application de plusieurs d'entre les principes
de la Zoologie mystique consignée dans nos manuscrits, et
qu'avec d'autres de même âge et de même genre , elles
appuient nos assertions. Tout le monde sait aujourd'hui
que des monstres imaginaires et beaucoup d'animaux réels
furent jadis pour nos aïeux autant d'allégories notoires qui
exprimèrent sur les églises, où l'on voit encore leurs images,
tantôt des allusions bibliques et des traditions légendaires,
tantôt des spécifications des différents dons de la grâce,
certaines vertus, certains vices, le Saint-Esprit et leSadviur,
des saints, des martyrs, des prophètes, et enfin des j)oiuts,
des préceptes, des mystères do notre foi (I). Mais ce qui est
(1; Sous le rapport du mysticisme, l'empire animal est le plus riche dos
trois régnes de la nature. Au xiii» siério surtout, les animaux ont leur légende
atissi bien que les êtres doués de raison, et leurs histoires merveilleuses, leurs
attributions et leurs mo'urs fournissent le champ le plus vaste à d'innom-
brabli's allusions. Par ses qualités ilifTérentes. se» habitudes, ses instincts, par
sou chant, par ses industries, par ses sympathies et ses haines, par ses besoins
et par ses goûts, le mémo animal hgurait les choses le» plu» éleréeset les plus
abjectes : Dieu, le di'mon, l'homme pécheur, le pf'nilent, le péché même, los
différents états de l'Ame, et les vice» et les vertus. Sans donner ici des détails
endchor.s.de notre sujet, bornon.»-noug & y consigner que le m<>me oi.seau, la
colombe, dans différentes condition» d'attitude, de domicile, d'attributs et de
couleur même, figurait, selon la manière dont elle était repri'sentée: la vie
chrétienne dite active, la réconciliation de Dieu avec l'homme, les fruit» de la
sainteté et di's bonnes onivres. les sept vertus du prédicateur, l'incorruptible
chasteté, la personne du Saint Esprit, Jésus-Christ ralliant les imes dans son
colombier qui est l'Eglise, lui-même mourant sur la croix, les trois Hébreux
dans la fournaise, c'est-à-dire, Misach, Sidrach, Abdenaj^, eux-mêmes em-
blème des justes : les divers ordre» de prophète», Jona» prêchant aux Ninivites.
Élie enlevé dan» les cieux, S. Jean-Baptiste, S. Etienne, premier martyr. —
T. VII.
moins connu sans doute, c'est rintrodnction progreanre, à
travers cette symbolique empruntée aux livres sarrés, de
nombreux animaux hi/hriilfn, on renaissant divers membrat
pris à différentes espèce», et, par là, devenus des signes ré-
sumant en un seul sujet les sens assignés à plusieura. L'É-
criture, si en honneur et si scrutée an moyen âge, offre des
exemple» notables de ce genre d'allégories; la statosire re-
ligieuse, exploitant cet ordre d'emblèmes, s'en saisit, les
multiplia, en forma un nouveau trésor pour le langage lapi-
daire et les mit en scène dans l'art. C'est là que le xiii* siècle,
si ardent pour le merveilleux, prit beaucoup d'entre les sujets
de sa Zoologie mystique, et c'est aussi à ce mAme ordre que
se rattachent les statues, nous n'osons dire découvertes, ^nit
du moins retrour^et par nous sur la iMsiliqne de Saioi-
Denys.
En décrivant ce vieux vestige des traditions du moyen ftge
rongé et usé par les siècles, mais précieux par la pensée qui
en dicta les combinaisons ; en livrant surtout à la presse et
à la critique éclairée nos idées sur son but mystique, nous
publions le résultat de longues et âpres r«H:herche«, justifié
par nos études sur grand nombre de monuments et par beau-
coup de témoignages admirablement uniformes, empruntés
aux vieux manuscriu de nos riches bibliothèques. Nous de-
mandera-t-on de plus, pour nous ao-ueillir et nous ciwire,
des titres gravés dans la pierre à c6(é de chaque sujet, ou,
dans quelque antique volume, la description formelle, exacte,
de cet ensemble de statues, dans le même ordre, au même
nombre, revêtues des mêmes costumes et présentant les
mêmes traits? Ce serait exiger de nous, nominativement et
seule, ce qu'on ne demande à personne pour beaucoup de
bonnes raisons, et ce qui n'est point nécessaire pour expli-
qtier un monument, surtout quand ces indications sont
anéanties, introuvables, ou qu'elles n'ont point existé. C'est
un fait facile à prouver, que si les inscription<; en lettres su-
perposées usitées au xiii» siècle, ont été fréquemment gravées
auprès des statues historiques et des emblèmes lapidaires
attachés exclusivement à certaines localités, on en rencontre
rarement à côté des statues mystiques et des emblèmes con-
sacrés qui avaient cours dans toute l'Europe : telles sont 1m
Vertus chrétiennes costumées en preux chevaliers (I) ou re-
présentées par des plantes ; tels sont les l>écbés et les Vkes
personnifiés surtout par des animaux, et montrés sous lean
attributs jusqu'après le xvi' siècle. Quant à ce qui est<lM
descriptions, les églises du moyen âge n'avaient pas de
monographies alors qu'elles se construisaient, et, faute d'an-
lea ra|>ponoM ladHaiidaMhMI*
Les conditions déterminées qui
livres et les manuscrits de l'rpoqM; i
Zoologit ifmboH^m*.
( I ) Uo Toit les VeriM MM ea eodu**, «aripUa* daM ta* AfMMM d«s kaÏM
du portail du traoasept. rroisilloa septealriosal de TefliM iMisliste de SaiM-
DenvK: ik N.-D. de la Coodre; k Orray. « PartlMMy, tte. Oa ««kle ckMiea
couvert de* varlns bimum d'iuie anmra campUtt», i la BMiaAèfaa raralr.
au fol. lis d'an aMMaeril da xiii* atck. «Mé 10M (Cad. l.aMrill. IS)
fol. 1 15. { Dm iloas H dn rrrtmt, ronbnaiHMat a« Inia de $. Pa«l, h d'a-
près Vincent d« Braavai* M Ita maaosnjts de la ■««• «pa^aa.]
S
69
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLrCS
68
ciens documents sur leurs plans et leurs architectes, trésors
restés au petit nombre mais qui manquent à la plupart,
faut-il renoncer sans essais à l'espoir de jamais comprendre
et d'analyser leurs secrets? Les statues que nous signalons
ont une intention uniforme ou ont pu en avoir quelqu'une :
cela n'est-il point suffisant pour motiver quelques recherches?
Les nôtres ont produit en nous les convictions les plus com-
plètes : l'Hippocentaure, la Syrène, l'Onocentaure, etc.,
vus au nombre de ces statues, sont classés parmi les em-
blèmes les plus populaires au moyen âge où ils sont répandus
partout, sculptés ou peints sur les églises comme dans les
écrits du temps, et traduits dans les moralistes, dans les
traités théologiques, dans la plupart des glossateurs et par-
tout dans les Bestiaires avec leurs allusions reçues et accep-
tées dans tous les âges : il n'y a point de doute possible sur
le sens qui leur fut prêté ; les autres sont de même genre,
beaucoup moins connues seulement, ou tout à fait perdues
de vue à l'époque ofi nous écrivons : mais elles complètent
les phrases non achevées par les premières, et l'on trouve,
sans trop d'efforts, leur explication dans les mêmes sources.
Certes, la moitié pour le moins des statues d'ornementation
répandues sur les cathédrales se montrent comme celles-ci
sans désignation et sans titre, et ne laissent pas d'être inter-
prétées et nommées par les connaisseurs. Combien, avec
leurs lambels vides ou plutôt malgré ces lambels, n'ont pas
manqué d'être comprises? Personne mettra-t-il en doute que
les bas-reliefs du linteau de la baie méridionale du grand
portail de Notre-Dame ne soient la naïve légende de la vie
de la Sainte Vierge, quoiqu'ils n'aient aucune inscription ?
Les quatre animaux symboliques assignés aux Évangélistes,
si connus par bonheur pour nous, trouvent-ils un seul incré-
dule? Et l'archéologie écrite n'est-elle pas riche aujourd'hui
d'admirables explications de stalles ornées et sculptées, de
portails couveris de statues et d'antiques verrières peintes,
sans secours de titres quelconques creusés dans le bois ou la
pierre ou enchâssés dans les vitraux ?
k l'aid-i donc des sources saintes, des glossateurs du
moyen âge et des manuscrits de ses clercs, nous allons ex-
poser ici nos présomptions et nos idées sur le sens des statues
mystiques des tourelles de Saint-Denys. En citant sous forme
de notes quelques textes en petit nombre à l'appui de nos
assertions, nous en gardons par devers nous une grande
quantité d'autres qui n'auraient pu couvrir nos pages sans
décourager nos lecteurs ; nous les donnerons au besoin, avec
des fragments plus complets de notre Zoologie symbolique.
Nous partageons, en attendant, cet opuscule en trois parties :
La première, qui est celle-ci, donnera l'idée générale de
l'emplacement, de l'ensemble, et la discussion de la date des
statues que nous signalons : elle en fixera le sujet, et dési-
gnera les auteurs auxquels nous empruntons nos preuves.
Dans notre seconde partie, nous produirons succinctement
les éléments de Symbolique applicables à ces statues, dont
la nature est si complexe.
Dans notre troisième partie, enrichie de plusieurs gra-
vures, prenant chaque statue à part, nous en détaillerons
les membres, et nous donnerons sur chacune nos idées ou
nos solutions.
PREMIÈRE PARTIE.
De tous les détails de l'abbatiale de Saint-Denys, le moins
remarqué, ce nous semble, et pourtant l'un des plus curieux
par la pensée qui y respire et par le cachet de son siècle,
qu'on y voit encore presque intact, ce sont les tourelles de
son transsept. On les aperçoit dans les airs quand on em-
brasse d'un regard l'ensemble de la basilique ; mais leur plus
curieux ornement, la ceinture de statues qui couronne leurs
piédestaux, ne frappe point les visiteurs à cause de l'éléva-
tion du point qu'il occupe : on confond d'en bas ces figures
avec les feuillages sculptés disposés au pied des aiguilles; et
ces tourelles effilées, écrasées en quelque manière par la
masse de l'édifice, ne paraissent que des clochetons ordi-
naires du style ogival rayonnant. Leurs détails sont donc
ignorés, et les explorateurs qui visitent quelquefois les ga-
leries de l'église, et qu'ont dû frapper ces statues, n'ont vu
jusqu'à présent en elles que des inspirations sans but, des
fantaisies peu importantes groupées autour de ces tourelles
par quelque caprice d'artiste. I.a description et l'analyse que
nous essayons d'en donner les feront regarder peut-être sous
un point de vue différent.
11 importe, avant toute chose, d'établir la date probable
de l'érection de ces tourelles.
On sait que la basilique de Saint-Denys, consacrée primi-
tivement sous le règne de Dngobert I", en l'an 630, et re-
construite sous Peppin et Karl-le-Magne en 775, fut abattue
et relevée de nouveau en 1144, sous le règne de Louis VII
par les soins de l'abbé Suger. Bâtie sur le plan cruciforme,'
et orientée de manière que le prêtre officiant au maître-
autel soit placé en face de l'est, la croix latine qu'elle forme
dirige sa base à l'ouest et projette ses croisillons de transsept
au septentrion et au sud. Sur l'un et sur l'autre portail des
façades de sa croisée se déploie une immense rose ; l'extrémité
supérieure du carré où elle est découpée supporte une ga-
lerie haute à arcatures trilobées ; de ce point, qui est celui
de la naissance du comble, montent deux hauts pignons aigus
semés de trèfles, de six-feuilles, et portant, au septentrion
la statue de saint Eleuthère, au sud celle de saint Rus-
tique, qui partagent avec saint Denys le titre de patrons de
l'abbatiale (1).
Les quatre tourelles qui nous occupent flanquent ces pi-
gnons latéraux; leur hauteur totale est de 48 m. 33 c; en-
gagées des deux tiers de leur diamètre dans le mur terminal
de chacun des croisillons du transsept, à partir du sol jusqu'à
la naissance du grand pignon, elles s'en détachent à cette
(1) La statue de saint Denys, apôtre des Gaules et patron spécial de la
basilique, surmonte un troisième pignon, celui de la façade principale à
l'ouest.
69
REVUE DE L'ARCHITECTCRE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
70
hauteur et montent aux flancs de la pyramide, l'égalant en
élévation et recelant les escaliers qui, du sol de l'abbatiale,
conduisent aux deux galeries placées à différent étage, La
partie supérieure de ces tourelles, aiguille inflorescente
haute de 10 mètres et surmontée d'un bouquet de feuilles
sculptées, est toute moderne : leur partie inférieure est un
piédestal octogone de 38 m, 33 c. d'élévation à partir du sol,
et de 2 m. 1/2 de diamètre. Ce massif, près de son sommet,
est orné de huit niches simulées dessinées par une haute co-
lonnette accompagnée d'un double tore (1) et surmontée
d'une arcature à trilobé aigu sous ogive. Huit pignons trian-
gulaires percés de trèfles encadrés et hérissés d'inflores-
cences, couronnent aussi ces huit niches ; le point de jonction
de chacun donne naissance à une excroissance végétale
sculptée ; au-dessous est une statue en pierre et de grandeur
humaine ; chaque tourelle en compte huit, comme elle compte
huit arêtes, huit petits pignons et huit faces. L'aiguille qui
part de ce pointest découpée d'un quatre-feuilles sur chaque
face, lui peu au-dessus de sa naissance : c'est là que resta
suspendue, il y a de cinq à six cents ans, la construction de
ces tourelles ; les travaux n'ont été repris que pendant le
siècle actuel.
Cette riche ornementation sans profusion de découpures,
le genre des inflorescences, ces arcatures à trilobé légère-
ment lancéolées, ces pignons, ces quatre-feuilles encadrés
uniformément, sont autant de caractères qui, pris au point
de vue de l'art, nous semblent marquer le cours du xiii" siècle
et le début du xu"", c'est-à-dire l'apogée du goût arcliitcc-
tonique le plus correct et le plus pur. En même temps, la
statuaire offrant des figures humaines et des représentations
d'animaux, dénote un style de progrès concordant à la même
époque. La zoologie qui a fourni les bêtes est assez fantas-
magorique pour pouvoir sans difficidté être attribuée au
xni" siècle ; seulement un discernement remarquable a pré-
sidé au choix des types, ce qui peut convenir encore au cours
du XIV'' siècle. On trouve là, en fait d'emprunts faits à ce
monde imaginaire si en faveur à cette époque et que l'on
exhume aujourd'hui, les queues de dragon, le Centaure,
rOnocentaure, la Syrène et plusieurs détails de la Manicore,
c'est-à-dire assez de fictions pour justifier les deux dates. Il
est à observer, de plus, que les quatre premiers de ces mons-
tres sont bibliques et d'un symbolisme consacré dans les pro-
phéties, tout imaginaires qu'ils sont, et que le cinquième, la
Manicore, était proclamé par les moralistes, comme l'em-
blème du démon. Mais la forme des autres animaux merveil-
leux adoptés à la même époque étant bi( n moins déterminée
et moins connue vulgairement, ils n'ont rien donné aux sta-
tues. Tels sont le Caucatrix, la AVoutre, l'Ydrus (ou Ichneu-
mon d'Égyptc], le Chambals, le Rosmare, le Grylio (laSa-
(1) Le tore oa boudin est une moulure domi-ronde dont U saillie ((({aie la
moitié de sa liauteiir; c\"sl la plus rcmimutu" de toutes; elle fait partie de la
base des colonnes, borde et encadre la découpure des fenêtres, di-ssine souvent
les fleurons, et ressemble à une baguette, s'einploj anl dans toutes les direc-
tions, dans tous les sens, et prenant de la flexibilité selon le besoin.
lamandre). la Serre, le Griffon, la Wirre, la Harpie, le
Rasilecoc (Basilic), décriut dans tous les Bestiaires une-
rieurs à l'an 1300. Du reste, avec les divers membres te
animaux enropéens, africaias et asiatiques, existants et con-
nus alors, l'art a composé de vrais monstres, et on les voit
sur les tourelles, aussi hideux, aussi difformes, aosri fabu-
leux que ceux-là.
Quant au costume en général, il s'adapte à nos présoinp-
tions touchant les dates désignées : il se restreint à deax
chapeaux d'homme et une coiffure de femme dont nous par-
lerons en leur lien, et à des pans de draperies jetés wir di-
verses statues, et rappelant la coulle monastique : C'est le
capuchon commun aux deux sexes et à toutes les proresstoos
dans le cours du xni' siècle (1) et au début du \i\*; alors,
dit M. llerbé dans ses a Costumes franç;>is, » hommes,
» femmes, enfants, soldats, prêtres, ribaads, tous se coif-
» feront du capuchon. »
A ces observations fournies par l'étude des caractères, se
joignent les faits historiques, bien que de profondes ténèbres
planent, au moins pour les détsils, sur riiisloire monumen-
tale de Saint-Denys. .\près ces deux reconstructions, en 775
et 1114, on voit, sous Philippe le Hardi, l'abbé Mathieu de
Vendôme terminer dans cette basilique, en 1281, la restan-
ration importante commencée en 1231 sous le r^ne de
S. Louis par l'abbé Eudes-Clément. Ce dernier, passé en
1245 au siège archiépiscopal de Rouen, avait laissé rœorre
incomplète; on ne lit point qu'elle ait été continuée sous ses
successeurs Guillaume de Macorris et Henri Mallet. Les
constructions de l'abbé Eudes sont F abside à partir de la
ba.se de sa lanterne (2), la croisée du transsept avec ses por-
tails, et la partie de la nef comprise entre cette croisée et
les marches de l'ancien chœur (3). Mathieu de Vendôme
acheva la nef et sans doute les parties hantes du transsept,
tout portant à croire que la construction du vaisseso dut
avoir le pas sur les détails de pure omeroentalion dans cet
édifice (â). Ces données historiques nous semblent des ru-
sons plausibles d'attribuer la décoration des tourelles à l'abbé
Mathieu de Vendôme.
Cet homme célèbre mourut en 1286. Soixantedix-sept
ans api es lui, un autre abbé restaurateur fit beaucoup pour
l'abbatiale; ce prélat fut Guy de Monceaux (5), homme ha-
bile, sage, prudent, et versé dans les saintes lettres; U
(I) V. Rteueil tir Fnbliaur, manosrrit de U BibUatbrqw roj-alr.
(3) Vêlage inferionr de ralMide. (w ll^Mi pOM la httMM. tal Tmmm 4ê
l'abbt' Suger, au-ssi bien que la pla« fraade pwtie d«» ajiflet.
(3) L'ancien chirur forme aujourd'hui la partie lÉ|lirlcai» 4t k wtl, f«-
li.uis.si'e, au moment où nous écrivrn,», de cinq marrhe» aa dww.' lia mittam
de rnlrium et de la partie de la nef qui soit immoiliaMwat le pdfcke.
(i) L'afflurnce des p«icriiM iual imamtme à SùM-ïkaf, b* éHâUtitr'
nemenution onl tfU ijoarnéapar les coMinMlMra. iWMfM à cte|M nilWa-
tion de la basilique. L« quatre tour» mta» qui coaUcfeaMM MM liaMa|t
furent interrompue» à refret par l'abUf Suprr. prMW iTagrarflr Ih Mil <l é»
rcconsiniire le portail, coame on le lit dâo» le litre de «M ÀémiiiÊhwtmm «I
celui de la Dntimre. t>« toors son» rrau<e« dep«b eeMe^po^pt i Ftel 4e
haut» piiHleslanx. el ■ ncore Ie«l» SWie».
.5)KI« en 131». ir. . >.
71
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
72
gouverna le monastère sous les règnes orageux de Jean le
Bon, de Charles V et de Charles VI, accrut les bcâtiments
claustraux et les environna, trois fois différentes, d'une pa-
lissade de bois qui reliait de fortes tours disposées d'espace
en espace : les preuves de ces adjonctions existent dans Fé-
libien et dans les autres monographes de l'abbaye, ainsi
qu'aux archives du royaume où nous les avons compul-
sées (I). L'épitaphe de Guy de Monceaux rend un témoi-
gnage analogue et donne la même énumération de travaux :
augmentation des revenus, additions arcbitectoniques, con-
struction de fortifications et de tours: «Redditibusetaîdificiis,
in turribus et fortalitiis cœnobium augmentavit, etc. (2). »
C'en serait assez peut-être pour placer son nom à côté de
celui de l'abbé Mathieu quand il s'agit de probabilités à éta-
blir à l'égard du constructeur de tourelles, mais ce n'est
point assez, ce semble, pour la résoudre en faveur de Guy
de Monceaux : on sait combien fut agitée la période qu'il
franchit, et la peine qu'eut alors l'abbaye à payer les taxes
communes. Il ne paraît guère probable que, dans un temps
calaniiteux, elle ait fait sculpter des statues.
Ce sont ces trente-deux statues disposées sur chaque tou-
relle et taillées sur place dans le bloc même du massif, qui
sont l'objet de ce Mémoire. Nous avons déjà signalé la dif-
ficulté qu'il y a à les distinguer. Indépendamment de leur élé-
vation à 38 m. un tiers au-dessus du sol, la lumière qui les
frappe de tous côtés dans ces régions aériennes et dont les
rayons s'entrecroisent comme les mailles d'un réseau, miroite
dans le fond du ciel autour du massif des tourelles et l'y de-
tache en silhouette ; mais elle confond néanmoins, sur la paroi
de ce massif, d'une teinte uniforme et sombre, les trèfles, les
bourgeons sculptés, tout l'agencement d'accessoires, en ne
dessinant des statues que quelques profils incertains. C'est ce
qui explique le silence gardé par tous les niouographes sur ces
tourelles du transsept. Dom Doublet, dom Félibien, dom
Milet, dom Robert, moines et historiens de l'abbaye de Saint-
Denys, n'en disent rien dans leurs ouvrages, et l'on n'en
fait nulle mention dans les notices incomplètes qui ont paru
sur la basilique.
Nous avons vécu vingt années au pied dos tourelles de
Saint-Denys, sans soupçonner à leur ceinture autre chose
que des fleurons, des ornements de fantaisie, et d'épais bou-
quets de feuillage, œuvre gracieux du ciseau. Mieux ren-
seignée depuis ce temps par nos explorations fréquentes sur
les galeries de l'église, nous en avons vu les statues et nous
avons eu la pensée d'en faire lever le dessin. Nous avons choisi
avec soin dans l'ancien bâtiment claustral (3) et sur les ga-
(1) V. D. Félibien, Histoire de Saint-Denys, pag. 279. — D. Doublet, Anti-
quités de Saint-Denys. — Aux Archives, les cartulaires de l'époque.
(2) Félib. Hist. de Saint-Denys, p. 300 et 314. — Ibid., aux Pièces justifi-
catives.
(3) Cet édifice, reconstruit de fond en comble dans les dernières années du
XVII* siècle, n'est point à beaucoup près aussi magnifique que le préccident. Il
n'a gardé ni ses chapiteaux historiés de pierres et de couleurs diverses, ni la
salle de son chapitre avec ses murs peints et dorés et ses vitraux précieux, ni
la croix sculptée du préau avec ses curieuses statues, ni son arcade à quinze
leries de la basilique les divers points les pins propices. Nos
dessins, levés à l'œil nu et parfois à l'aide d'tme lunette, étant
une fois terminés, le hasard le plus favorable nous est venu
encore en aide pour assurer à leurs contours la plus parfaite
exactitude. En effet, nous avions le rare bonheur, il y a peu
de mois, de pouvoir observer de près la partie ornée des
tourelles, au moyen des échafaudages dressés au-dessus du
grand comble pour la pose de la toiture (1). Cette investi-
gation nouvelle nous ayant révélé plusieurs désaccords entre
le trait et ses modèles, nous les avons fait disparaître et l'on
a rectifié avec soin toutes celles de ces figures sculptées en
plein nord et en plein sud, sur tout le côté des tourelles
placé en saillie circulaire en dehors des murs de l'église :
avant que les échafaudages eussent été établis, nous n'a-
vions pu voir ces statues que du sol des cours adjacentes,
c'est-à-dire à une distance déplus de 38 m. Grâce à cette faci-
lité, qui avait dû se présenter bien rarement depuis l'érection
des tourelles et qui ne se reproduira sans doute plus de long-
temps, nous avons la satisfaction de pouvoir offrir à nos lec-
teurs des gravures irréprochables, propres à leur rendre pos-
sible la comparaison de chaque sujet avec l'analyse que nous
essayons d'en tracer.
L'étude et l'examen sérieux de cette série de statues nous
donne la persuasion que l'on doit reconnaître en elles une
de ces représentations des sept péchés capitaux si communes
au moyen âge, si conformes à son esprit, qui étaient en
France, au xiii"^ et au xiv" siècle, la décoration consacrée
de la plupart des cathédrales [2). Comme ces corps de mal-
faiteurs que les potences féodales échelonnaient sur les châ-
teaux pour épouvanter les provinces et intimider les pervers,
les passions exposées ainsi au front de ces saints édifices y
étaient comme signalées à la réprobation publique. Ici, avec
les sept péchés, se groupent encore leurs familles, ces déri-
vations innombrables qu'après les Pères de l'Église, tous les
moralistes du moyen âge rassemblent autour des sept vices
en séries généalogiques, et qu'ils classent subtilement par
filiations (3), distractions, divisions et genres, selon leurs
espèces, leurs causes, leurs degrés et leurs différences (4).
ogives qui n'avait point d'autre exemple en France. Ce bàtimont du dernier
siècle, est approprié aujourd'hui à l'éducaticm des filles des membres de la
Légion-d'llonneur, et porte le nom de Maison royale de SaiiU-Denys.
(i) A la fin de l'année 1846, le comble a été exhaussé, et couvert d'une toi-
ture ra('tallique.
(2) ■ Les sept péchés capitaux, sculptés en relief, étaient l'ornement obligé
de toute cathédrale: ils étaient exposés jusque-là (cours du xiv siècle) avec
une naïveté peu édifiante, mais sc'rieuse et biblique; au xv« siècle, ils devinrent
malicieusement obscènes, etc. • (M. Magnin, Causeries et mèdUalions. De la
staltie de la reiiie Nanteckild.)
(3) V. dans Vincent de Beauvais, Spéculum morale, livre 3, les chapitres
intitulés: • De Superbià et ^iabut ejus: De Invidià et fiUabui ejus: De Ira et
filiabus ejus, etc,
(4) Dans les traités théologiques de Boéce, de S. Anselme, d'Alcuin, de Rha-
ban-Maur, de S. Grégoire le Grand, de Hugues, de S. Victor, etc. on voit les
vices prendre un corps et dépouiller l'homme, le flageller, l'assujettir, le couvrir
de plaies, le fouler aux pieds. Ils n'y constituent pas seulement des familles,
mais encore des armées, des bataillons, des corps de n'serve, chacun avec ses
capitaines, ses commandants, ses généraux menant leur ordre de bataille contre
73
REVUE DE L .ywnnTBCTURE ET DES TR.WAl'X PUBLICS.
74
Cctt Andaaaatt dm leare fines qw les •colpteors de
ces statues, coaune toas eeax do vaèmt siècle, ool pris les
aanaiistionset tes anritats des psswioiw,' représentées pns-
qas loajoars rnb k figure dTsai— ui ; et une raBsrqoecii-
riease. c'est que soreestoareDes de Saioi-Denys, siasiqa'i
Notre-Duw de Psrïs, à MoisBac, à Pool à-MoMSOo. à
llootiDoritioo, etc., les péchés capitanx eax-mêaMS ne sont
pss tous qiècifiqneineDt rqtrodoiu : afin de rendre kmrs
figores pins explicites, plus directes et par contéqacal plus
pnti^MS. OD T a substitué à quelqaes-ai» des ttft pMté»
telle on telle dériTatioo pins spéciale et plus comnone. Qoel
détracteur s'arooe toujours à lai-mëme le licbe soMiment
d'envie qui inspire et dicte ses discours? (loel osnrier et
qnd cupide cooTieonent de leur aTariee, et quels buTenrs se
croient gourmands? Au lieu donc de sculpter fEs^, on a
■0atré parmi les rices sa fille aioée la Mnctiom : à la place
de r ATarice, on a figuré la Rapiae et TÀmpmr ié$»rdmmé iet
Km* temporels, et an lieu de la Gourmandise, on a mis ses
dériTatioos. kt Seiu9alit/et Tlmgnrrie. Ce priocipe est mis
en pratique d'une extrémité à fautre du moyen âge : on
âëcle avant l'érection des tourelles de Saint-Denys, un Bes-
tiaire anglo-nonaand, cdnî de Philippe de Tbaun, comptait
memf péchés capitaux :
< ... \of péchés ciiminals
> Par quel huoi est irmlals
» Cœ est adulleriom
> E le altre fomicatium,
» Superb?, aTerioe,
> Injurie, malrds vice,
> Le siste, detraciun,
> Le vn, omicidium,
» Usarp, ebrieUis,
• TutccDoiait Sathanas...»
Et pourtant, dans cette énumératioo, le nom du péché de
Golëre n'est même pas articulé : on y voit à sa place Ylmjmrie
et rOMtndtnai, deux résultats qui le traduisent; la Gour-
mandise est ans» remplacée par VEbrirtas, la Luxure par le
Fonûmtimm et YAdtUUrimm; enfin l'Usure est mentionnée,
quoique F Avarice le soit déjà.
Nous avons dit qu'à Saint-Denjs, comme partout au moyen
âge . les rôles des péchés mortels sont donnés à des animaux.
L'histoire a compté quelques hommes qoi ont eu, au nom
de la folie, le droit de parler seuls aux princes le langage de
la raison ; telle est en on sens h tùasioa de ces noostres
dont l'espèi-e n'est nulle part hors de ces fictions lapidaires;
miroirs véridiques des âmes et réflecteurs inexorables de leurs
maladies intérieures. Biea n'est plus multi{>iié dans l'art
chrétien du moyen âge que ces parodies de la vie humaine
vue de son plus mauvais c6té. Dans les basiliques ainsi
ornées, plus d'an cbréUeo dëgMré, eo voyant ks traits de
la brute figurer ses vices aamilB, et tes monstres tes plus dif-
formes retracer, par le spectacte de leur victoire sur l'homme,
l'état de d^radation où il se trouvait, dut parfois frapper sa
poitrine et pousser vers le ciel le cri de Jouas (1). Noos
avons Bcnité Hem des fois de eas
coatohaot tes Itestiaires et les
ces groopes où nvtre ignorance n'a vn tenglemps
groteiqoes. dos pères traovateat aotrefois ■■ «a
nrnnrinKtt i rasage des Btettiés. tefoa ékqwMs
qui devait remuer les cnws. Aoasi variés que tes
embièmes sont infinis, et dans cette triste
n'a appete sor nos lèvres «■ soorire de
Pour coaqwendre Fesprit d*eiisembte de
Pfckét, 0 suffit de lire ces igaes de Ton des
Boéce écrivait au roMmuMiininl dn v* nècte :
des
ide
et
vîees.
de
b paad tatfi des Vertas, « s'
(I) CbMm 4e tritvbboM Mft ad
.il
« Celui que toos voyex altéré dans sa nature et eomas
■ transformé par te vice, vous ne te poorriex prendre poar
• -• ' *- r ti nipii loi rrotn rtr rhiwsBilf , ilina sou ûmi
» exiérieor, ne vous sMMtraitqu'il aélé homase. BrW do h
• smf de Tor, ravit-il par la force te hiea d'aotmi? Toas te
• direx pareil au loup. Andadem, ia^tiloyabte et ssas se
• donner de repos, consacre t-il sa booche à la qnereUe et
» aux procès ? Vous te comparez an chien. Habite i cacher
> sa rase se complalt-il eo ce qu'il tient par la fraade? Il oat
• r^al du renard. Livré i l'intempéFaoce de te colère?
• Cest un lion. Peureux, soit-il ea trcsabbiit aa bMAam?
» Qu'on le tieime pour un cerf. Lent, stapide et dons te (or-
> peur? Il vit en âne. Léger et inconstant, chaage4 il iaoeo-
• sanuneat de goûts ? Il resseabte à Foiaesii. Pteagé dsM
• l'immondebourbierdes plaisirs? Il est possédé portessates
» jouissances du pourœao. Cest ainsi qae Fteimmti, ca
a abandonnant la vertu, se change réeUesMot en hèle (I). •
Piérius, au xv« siècte, reproduit te même peasée : a Toot
a homme, dit-il, n'est point *»«y»Tr*. mais celui qui s'a
a an vice est réellement nn kootaw-cbeval (I
a est). Placé dans un rang hooorabte. s'il imitetea i
a il devient un komuite-jmmaU, car il est — «'«'«fr'r i te
a brute, comme te race de vipères qoe te Seig
a ainsi, se composait d'tfia ryîrfi(^ » Amai s'<
Piérius, et l'idée placée soos te plnoie de ces (
vivant à onze siècles de distance, l'un au miliea da
âge, l'autre tout à fait en deçà, se lit exacteareat te i
avec encore plus d'extension, dans tous les ëcrivaias chré-
tiens qui fleurirent dans rintervalte entre Boéee et flftiai
La zoologie presque entière vient figurer dans kart traités
avec les allusions multiples qu'elte a avec tes Septpétàés.
Partout, les mêmes harmonies, congacrfcs et volgarisées,
rattachent le même animal à te peaaéo da mêaae vice: ces
relations passent dans l'art et resteat dans tontes ses
oeuvres; si l'on voit les progrès de te statuaire
75
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
76
d'époque en époque l'appareil de leur mise en scène (1), leur
esprit ne change jamais.
Les transformations dont parle Boëce sont représentées à
la lettre sur les tourelles de Saint-Denys. L'homme plus ou
moins transformé en bête par l'habitude du péché, telle est
la scène variée qui en forme l'ornementation.
Parmi ces trente-deux statues, deux représentent l'homme
intact, et gardant sans altération la dignité de sa nature :
l'une est un très-jeune novice, l'autre est un religieux profès.
Dans la personne du novice, la première des statues selon
l'ordre que nous croyons devoir adopter (2), l'homme est
tenté, résiste et lutte : dans celle du moine profès, la der-
nière de la série, on le voit calme et triomphant. Les trente
autres semblent figurer les ennemis qui vont tour à tour
l'assaillir, et qu'il devra longtemps combattre. Us repré-
sentent des péchés envahissant plus ou moins l'âme, figurée
par la tête humaine et parle corps, disparu sous l'enveloppe
de la brute. Cette enveloppe fantastique, c'est en quelque
sorte une boîte façonnée comme un animal; là où elle en-
ferme tout l'homme on ne voit plus rien que la bête, sub-
stituée à l'être humain : mais quand l'homme garde sa tête
et parfois plus ou moins du buste, cette partie non trans-
formée sort et se dégage de l'autre comme d'une gaîne on
étui (3); l'artiste a voulu faire entendre que ce masque d'i-
gnominie peut, selon le progrès de l'âme dans le mal ou
dans la justice, s'étendre jusqu'à l'ensevelir tout entière
dans i;a dégradante prison, ou, s'efTaçant en sens inverse,
se retirer de sa personne, comme un vêtement inutile qu'on
laisse tomber à ses pieds.
Ces pécheurs ainsi distingués, mais pourtant confondus
ensemble, forment donc moralement deux ordres distincts :
l'homme, encore tel par quelques membres; c'est le premier
degré du mal : on le voit devenu centaure, onoceiitaure, etc. ,
mais gardant d'humain la poitrine, foyer du cœur et du
courage, et la tête, réputée le siège de l'âme; par ces fa-
cultés qui lui restent il peut encore se reconnaître, rougir de
lui-même et prier : on peut ranger parmi ce nombre la
(1) On voit, en effet, (îu v au xiii» siècle, ces animaux tli'vorer l'homme
ou ronger son corps tout vivant:, dans le cours du xiii« siècle, au xiv« et au
XV', l'homme lui-même devient brute plus ou moins intégralement, selon le
degré d'ascendant que le mal a pris sur son âme : vers la fin du xv« siècle et
dans tout le cours du suivant, les péchés ne sont plus des bètes, mais des per-
sonnages humains dans le costume do l'époque, et exécutant divers rôles dans
des scènes d'intérieur sculptées avec gaieté et grâce, mais aussi avec une li-
cence et un sel de causticité qui mettent trop souvent les rieurs du côté du
vice.
(2) Nous procédons de gauche à droite, commerçant par la tourelle nord-
ouest où est cette statue du novice, puis par les tourelles nord-est, sud-est,
et enfin par celle du nord-ouest où est la statue du religieux.
(3) Cette disposition n'est pas sensible sur tous nos dessins; on peut l'ob-
server néiinmoins sur les sujets: 8 (tourelle nord-est), 11 et 12 (tourelle nord-
est), 23 (tourelle sud-ouest), et on la voit très- apparente sur le sujet 19 (même
tourelle), du côté opposé à celui que rend le dessin ; il faut pour cela être
placé à une fenêtre faisant face à l'abside de la basilique, dans l'un des bâti-
ments claustraux. Même remarque sur le sujet 30 (tourelle sud-ouest): cet
agencement était três-apparent du sommet des échafaudages, où le sujet était
aperçu par derrière et d'où l'on voyait la draperie qui enveloppe le cou en-
tièrement relevée.
femme-poissoi), la femme-chhre, la femme -chatte, V i/omme-
barbet, V homme-canard, Y homme-lion, etc. Le second et der-
nier ordre comprend ceux qui vivent sans règle, secouant
toute retenue, et sans souvenir de leurs fins; ils subissent à
ce degré une transformation complète : vainement on cher-
cherait l'âme, ils n'ont rien conservé de l'homme, et dans
ce qui reste d'eux-mêmes on ne voit plus que l'animal.
Rongés par le temps et la mousse, usés, noircis, criblés
de trous, tous ces personnages hybrides et par conséquent
hors nature, si l'on en excepte deux seulement, ont du mou-
vement, de la vie, de la souplesse dans les poses et une
grande animation ; si on en a vu dans le religieux et dans la
statue du novice, il y en a aussi dans le reste, surtout dans
les statues de femmes, oîi le naturel et la grâce ressortent
avec avantage des attitudes contournées qu'il a fallu leur
assigner. L'esprit de satire et de charge n'est pas, malgré
les apparences, le caractère dominant de cette réunion de
types; il y en a bien quelque nuance dans le Bttreur. le
Sensuel, dans la B('le encapuchonnée moitié ciiienne et moitié
pourceau; il y a bien motif à sourire dans la Coquette
surannée, dans la 'Syrène à sa toilette et dans la Relifiieiise
chatte en qui s'unissent sous le voile et sous la guimpe à plis
serrés la mollesse des habitudes, la malice aidée de l'astuce,
l'impassibilité du front : mais le sérieux se révèle à l'obser-
vation sous ces dehors un peu comiques, et dans chacun de
ces emblèmes on voit un grave commentaire, une utile mo-
ralité : ce sont la maigreur, la misère empreintes sur les traits
du buveur, l'expression sournoise et féroce donnée au regard
de la chienne, les pieds de cheval et de singe prêtés à l'homme
dissolu, le regard ll.xe et allumé du vieillard devenu cen-
taure, enfin les hideux caractères de plusieurs d'entre ces
sujets. Là, chaque animal est hybride et chaque membre a
son motif, l'oint de mains à ces êtres brutes, qui ont perdu
jusqu'aux moindres traits de la noble essence de l'homme,
mais à tous des pieds ou des pattes, pieds bisulques des
ruminants ou pieds cornés des solipèdes, pattes des animaux
rongeurs ou des espèces carnassières et serres des plus re-
doutables et des plus rapaces oiseaux : pour tête, un objet
monstrueux rappelant souvent à la fois plusieurs genres de
mammifères, le renard, le loup, la hyène, le singe, l'âne,
le pourceau : à plusieurs, la queue de la poule, de la vipère
ou du dragon, remarquablement écourtée et peignant par
ce caractère l'excès de l'abrutissement. Tons sont dirigés
vers le sol en siyne de leur déchéance ; leur attitude est inva-
riablement accroupie, c'est celle de la grenouille, dont plu-
sieurs possèdent le corps. La menace ou un cri quelconque sort
de l'efl^royable hiatus de toutes ces gueules ouvertes, ce qui,
dans la statuaire mystique, est propre aux sujets doctrinaux,
c'est-à-dire, qui par essence renferment un enseignement.
Enfin la plupart ont des ailes, et les ailes, pour l'ordinaire,
marquent l'essor de la prière et la réunion des vertus; mais
les vertus n'habitent point dans le réceptacle des vices, et
pour l'âme ainsi dégradée il n'est pas commun ni facile de
trouver les aspirations qui rouvrent les portes célestes , c'est
77
HEVUE DE LARCFIITECTIRE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
78
ce que dénotent ces ailes courtes, dont l'autruche, les pal-
mipèdes et différents oiseaux de ferme ont fourni seuls
l'assortiment.
En nous plaçant sur le terrain de la Zoologie mystique,
nous savons que notre langage sera accueilli sans surprise de
ceux qui ont lu les Écritures et scruté les auteurs sacrés. Mais
il n'en saurait être ainsi de ceux qui n'ont point lu les Pères
ni les auteurs du moyen âge, qui en sont les fidèles échos,
et nous devons craindre de rencontrer parmi ceux-là un cer-
tain nombre d'incrédules. iMais disons-le-leur bien ici : quoi-
que nous n'ayons point à nous ranger pour ou contre la Sym-
bolique chrétienne du moyen-âge, mais uniquement à la
constater, nous ne pouvons taire pourtant que tout en elle
a son principe, qu'on n'y trouve rien d'arbitraire, et qu'il
ne faut point s'étonner de voir unis dans son domaine tels
sujets et telles idées sans analogie propre à ressortir tout d'a-
"bord. Ces assimilations, qui n'ont pas laissé d'être consacrées
et reçues pendant plusieurs siècles, ont des causes très ré-
pandues, vnlgaires môme à leur époque, bien qu'elles soient
perilues de vue et connue effacées aujourd'hui. Le principe
fondamental et la source la plus féconde des significations
morales attribuées aux animaux sont des textes de l'Écriture
expliqués uniformément dans ses nombreux commentateurs;
ayant acquis force de loi et plus sacrés que les proverbes dont
ils partageaient l'énergie, la vogue et la publicité, ils rem-
plissent au moyen âge les sermons et les homélies, les œu-
vres des théologiens et les liturgistes, et on les voit partout
dans l'art. Alors ils régnent dans la science, ils s'infiltrent
dans le langage et tiennent une grande place dans tout ce
que laisse ce temps. Leur empire sur la pensée s'étend dans
cette période jusqu'aux mensonges du sommeil. Ricliaume,
abbé cistercien (1), rêvant au fond de sa cellule d'une poule
grattant la terre, d'un chien aboyant et d'un coq, ne lit
dans ces illusions vaines qu'un avertissement d'en haut pour
réveiller sa négligence, parce que ces trois hiéroglyphes fi-
gurent les prédicateurs, les gardiens et les pasteurs d'âmes.
Du v" au xvi" siècle, on voit ces idées reproduites dans de
merveilleuses légendes et dans les visions fantastiques d'O-
thlon (2), de Wettin (3), du moine Robert ou Henri (4),
de Tundal (5), du frère Albéric (6), de Karl le Chauve (7),
d'Adam de Ros (8), etc., qui ont inspiré tant d'œuvres d'art
(1) U. Itii'lialini abbatis Spcci(Kun Vallù in Franconia, Libor RcTelatioDum,
cap. 6().
(2) Otbionis monaclii RatisboiiensiM, Liber Visionum lùiu siiarum tùm
alioruni. Apud liornarduiii Pez, Thésaurus aoecdolarum norissiinus, toia. 3.
(3) Hiiiio par Walufricl. Acla sanctorum ordini.i sancti Beocdicti, socl. 4,
part. 2, pag. 363.
(i) tEuvrcs de Marie de Franco, tom. S. — Vincentii BcIIut., lib. ii, diM. i,
pars 4. /)(' Inferno. — Mathieu Paris. — Jean de Vilry. — M. Wrigbt, S, l'a-
Irik's Purgatory.
{.'S) Ou Taninle. — Vincent. Uellovac. spec. mor., I. ii, dist. i, part. 4. De
Inferno. — Turnbull. Tlie V'isione of Tundale... Edinburg, !Ji43.
(0) Ëcrite au .Monl-Cassin, au xii- siiVIe, sons la dicti'e du moine Albéric.
Publie à Itunie en 1811, par r.ibbi' Canrellicri.
(7) Vincent. UcUov. S^tx, iiwr. J9« Ittftnt».
(8) Intitulée : La deseenle de S. Paul en enfer, tradition rédige en latin au
XI» siOclc.
dans toute TEurope clirétienne. Là vieuneot figurer eu foule
tous ces dragons, tous ces griffons, tous ces aspics, toiM ce*
reptiles, tons ces monstres imaginaires ^i désignaient eo
même temps les vices de Tbomme en ce monde et les tour-
ments des réprouvés dans les géhennes infernales. Dé» la fin
du xii* siècle, les allusions les plus communes des trois rè-
gnes de la nature sont classées dans des catalogues et des
traités particuliers pour l'utilité des artistes et pour les lec-
teurs placés en dehors de ce qu'on nommait la dergie ^1;,
Telle est l'origine des Desliniret, des Volucrairet, des L»-
liidaireg, etc., dont on trouve encore un bon nombre parmi
les manuscrits latins, romans, anglo-normands, tudesques,
gardés dans toutes les bibliothèques savantes de l'Europe,
à Paris, à Londres, à (Cambridge, à Oxford, à Amsterdam,
â Berlin. La plupart sont dus à des derrti, comme celui de
la Bibliothèque royale traduit en roman d'une œuvre latine
du clerc Guillaume. Tous citent surtout la (ienèse, So/a-
moHs, Isaïas, Jérémias, S. Fol, Bede, Ysidrus {S. biJore
de Séville), très-souvent Aristote et Plinias (Pline), pres-
que tous, cl i)ar dessus tout, un traité qu'ils désignent unani-
mement sous le titre de Phij»ioh<jug, œuvre qu'on n'a point
retrouvée, dont on ne connaît point l'auteur, et qui a inspiré
bien des conjectures. Nos recherches personnelles â cet égard
nous ont mise, il y a peu de jours, sur la trace d'un docu-
ment qui, s'il n'est pas irréfragable, est du moios une
présomption mieux appuyée que quelques autres touchant
l'auteur problématique de ce précieux Physiologue. Ce
document est une lettre écrite en latin, adressée de Zurich,
en 15G5, par Conrad Gesner (2), surnommé le Pline de
l'Allemagne, au numismate Adolphe Occo (3), résidant
alors à Augsbourg, et qu'il appelle doctissime. Dans cette
lettre, par laquelle l'auteur dédie à Occo son Corollaire de la
traduction latine d'un opuscule grec de S. Épipbane sur les
douze gemmex du Rational, Gesner exalte la profonde éru-
dition de ce Père, non-seulement dans les saintes lettres,
mais dans les sciences naturelles, et confie k son ami qu'il
possède une autre œuvre rare, inédite encore, et manoscrite
(1 ) L'ignorance des chose* sainte* était gruide parmi ceux fii a'^
clerci. On lit dans U Bitstiairtt, maoïucht du xiii< u^le, §uéi à h L
lliéque Itoyale, à la suite du h'-cit de l'ÉTaagifo da* Ti|M*aa* iMrii Mr le méet
(le famille pour aller travaillera sa vigae:
Ice ke Ht ealeoc et roi :
U prcodoo ki al poiai
Mis( 1rs ouvrcn «■ *m I
Seaefie le roi de glora
> • ae* «nnm vidon, «c >
(Foi.« H, «ma.)
> Or ares oi levrangile :
> Me* ne sares ke senefle
• Plusior de vos se clerc ne wot
• U *e de dere appris ne lool,
• Me* ie to* dirai en droit m«i
(S) Coorrad Gesner. n)<<deciii de protkssioa, taTanl
iwssionnë et naturaliste ctilèbie, n^ à Zurich en ISI0. Au |^
prodige d'application, de «cieace et denfadW. St»fnméf»mx*
un Calalogm dM piaule* m quatre !■■(««•, te BMmAifi
i/itlMrtdti mimmur. de* tndneliaM ea lufM htiae d«i
grecs, de* Trut<^ de philosophie et d'aatrai «ntra* «cMilfaM. n i
quarani* utiaf Ma, i Zorirh, en ISK.
(3) Adolphe Oeeb, d'I^hre namisaai* mé ea I8M à Aa^èoari^ •■■ te
('.. (îesner et médecin comme lui, est l'antear d'aae Ptmrmtmufit, <i.iiaai It
module de ton* le* ooTraie* de ce |«Bre. U Boaral «a Mt.
79
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
80
d'Épiphane, intitulée Pliysiologns : nomenclature, ajoute-t-il,
aussi savante qu'ingénieuse de trente-neuf animaux dont la
nature y est décrite avec leurs allusions mystiques. Il an-
nonce ensuite ;ï Occo qu'il se propose d'en entreprendre et
d'en publier la traduction, et le prie de faire d'activés re-
cherches dans le catalogue manuscrit du patriarche Photius,
que lui-même a vu jadis à Augsbourg dans la riche biblio-
thèque de Jacques Fugger (1) son protecteur et son ami :
« afin, dit-il, de vous assurer, à l'article des écrits de S.
Épiphane (2), si le traité des Douze (femmes et le Physiologus
en question sont aussi attribués à S. Epiphane par l'auteur
de ce catalogue; par là, je serais confirmé dans la certitude
que j'ai déjà, que ces ouvrages sont de lui (3\ »
La mort frappa Conrad Gesner cette même année au sein
de ses savants travaux et parmi ses papiers épars, dans son
cabinet où il s'était fait porter mourant pour mettre en
ordre ses ouvrages. Il paraît à peu près certain qu'il n'eut
pas le temps de traduire et de publier le Physiologue ma-
nuscrit , mais cette œuvre avait passé à travers bien des
générations et par bien des mains avant d'arriver dans les
siennes. Philip deThaun, auteur d'un Bestiaire auxii» siècle
et Li lirreÈ des natures des Bestes, manuscrit de l'Arsenal
écrit au xni% semblent calqués directement sur l'ouvrage
grec de S. Épiphane, car ils signalent dans leurs articles,
avec la mention continuelle du Physiologus qui les guide, les
noms en griu ou en griois (en grec) de chaque animal mis
en scène : « ...est son nom en griois; ne saurais le dire en
français, dit souvent Li livres (4); et ces Bestiaires em-
pruntent aussi explicitement à leur Physiologue, non seule-
ment l'histoire, la description, la légende quelquefois fabu-
leuse des animaux, mais leur Symbohque chrétienne, mo-
ralité toujours écrite dans un style trèï-ascétique, avec des
menaces de maie fin, de fu d'enfern. d'estre mes en la poésie
au Deahie, discours toujours accompagnés de pressantes
invitations à la conversion.
1 1) J. Jacques Fugger, célèbre bibliophile, avait rassemblé à grands frais, à
Augsbourg, où il faisait sa résidence, une riche bibliothèque dont Jérôme Wol-
fius a été après lui le conservateur. Auteur lui-même, il a laissé 2 gros vol.
in-fol. intitulés: ■ Vraie description historique de la maison de Habsbourg et
d'Autriche, i^a. • Le manuscrit de cet ouvrage est enrichi de plus de 30,000
figures d'armoiries, sceaux, portraits, etc.
(2) S Épiphane, èvèque de Constantia (Salamine) dans l'île de Chypre vers
la fin du iv« siècle, composa un grand traité des hérésies intitulé Panariou :
r Ajicyrotos ou Ancoral, ouvrage sur la Trinité ; un livre des poids el des me-
sures; un traité sur les Douze gemmes de l'habil du grand pontife des Juifs ; le
Physiologtie; une lettre à Jean de Jérusalem, et une à S. Jérôme. (Diction-
naire historique des auteurs ecclésiastiques, tome le'. Lyon, chez la. veuve
Bessiat, éditeur. 1768.) »
(3) Cette lettre est imprimée dans l'édition grecque latine du Traité des XII
gemmes, coté à la Bibliothèque royale sous le n» C. 243, et intitulé : . Sancti
Patris Epiphanii episcopi Cijpri ad Diodorum episcopum, de XII gemmis quœ
erant in veste Aaronis... Jola Hieorotarantino interprète, corollario Conradi
Gesneri. ïiguri, 1566. «
(4) As en Griu venim est, Dunt aspis nomen est...
Honocrotalia En griu itel nun ha, en latine sermun Çeo est lignum costrum.
En Francis, lun-bec est...
Monosceros Griu est. En Francis Uncorn est., etc. (Philip de Thaun, The
Bestiary, p. 81, 103, 115.) Ce poëte cite encore les noms grecs des bêtes, nae 73
84, 87, 94, etc. ^' '
C'est donc pour nous une question suffisamment résolue
que celle du vrai nom de ce Physiologue qui a exercé depuis
dix ans tant de plumes laborieuses. Quant à l'emprunt fait
par tous les Bestiaires aux sources sacrées, c'était pour
nous un fait prouvé avant que nous eussions pu parcourir ces
curieux ouvrages, et que la lettre de Gesner fût tombée
entre nos mains. Notre Zoologie mystique était déjà toute
achevée d'après les Écritures seules, quand nous avons pu
obtenir et scruter plusieurs Bestiaires. Du reste, et noua
n'en doutions point, la concordance s'est trouvée parfaite
entre les éléments de leur symbolique et tous nos travaux
antérieurs. Les trois que nous avons choisis pour appuyer
nos jugements sur les statues qui nous occupent, appar-
tiennent, l'un à la première moitié du xii"' siècle, l'autre au
commencement du xiii» et le troisième à son déclin. C'est à
notre Zoologie inédite, justifiée par ces recueils et basée sur
bien d'autres sources, que nous demandons le secret des
mystérieuses leçons attachées aux tourelles de Saint-Denys.
Nous n'emprunterons à son texte qu'un extrait de quelques
articles spécialement applicables à ces personnages hybrides
par l'explication qu'ils contiennent des animaux, dont trois,
quatre, quelquefois cinq en même temps ont fourni à chaque
statue des meirbres significatifs. On va donc voir sous leurs
iuiages un examen de conscience énumérant les plaies nom-
breuses cachées au fond du cœur humain. L'art hiératique
fut moral autant que l'est le Décalogue, autant que le sont
les canons pénitentiaux des conciles, quand il exposa aux
regards, sous des emblèmes dégradants, les plus abrutissants
des vices : ceux même qui, selon l'apôtre, ne devraient pas
être nommés parmi les chrétiens (1), le sont pourtant dans
ses écrits, justification suffisante de ces piloris en sculpture
dressés plus tard sur chaque église pour signaler avec oppro-
bre et flétrir ces honteux écarts. Sur vingt deux bêtes dir
verses rassemblées autour des tourelles, treize représentent
à Saint-Denys ces vices ignominieux pris à difl"érents points
de vue. Nulle imagination réglée, nous l'osons dire par
avance, ne s'off"ensera à coup sûr de cette liberté brutale,
mais pourtant chrétienne et sévère, des œuvres d'art de nos
aïeux, et nulle oreille, si elle est chaste, ne se déclarera
blessée par les mots franchement techniques qui ont à les
préciser ici.
Dans l'impossibilité où nous sommes d'assigner une clas-
sification méthodique aux vingt-six paragraphes qui vont
composer ce petit traité, nous les offrirons au lecteur par
simple rang alphabétique. On trouvera dans cet aperçu une
espèce de Bestiaire auquel on pourra recourir pour y con-
fronter ultérieurement nos solutions sur les statues, et qui
sera aussi pour elles une sorte de garantie et une justification.
Voici la nomenclature de ces articles :
1. Ailes.
2. Ane et Onocentaure.
3. Autruche.
b. Bélier.
Bouc [v. Pourceau).
Centaure (y. Cheval).
(1) Ephes. V. 3.
SI
REVUE DR L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
82
5. Chameau.
6. Chat.
7. 'Chauve-Souris.
8. Cheval elCentaore.
Chèvre («. Pourceau).
9. Chien.
Cornes (c. Pieds).
10. Crapaud.
11. Grenouille.
Griffes (v. Pieds).
12. Hyène.
13. Lion.
1/1. Loup.
15. Manicore.
Onocentaure («. Ane).
10. Oreilles.
Pattes (v. Pieds).
17. Pieds, Pattes, Griffe»,
Serres, Cornes, Fa-
ces et Visages cor-
nus.
18. Pourceau, Truie, Bouc,
Chèvre.
19. Poule.
20. Queues.
21. Rat.
22. Renard.
23. Sauterelles.
Serres («. Piedg).
2/t. Singe.
23. Syrène (ou Seraine).
25. Taureau.
Truie (o. Pourceau).
(La suite au prochain nitm^o.)
Madame Félicie d'AYZAC,
Dame de la Maison royale de la Légion d'honneur (Saint-Denys).
GARE DU CHEMIN DE FER DU NORD (Paris).
Jistimalion des Travaux.
Dans une construction industrielle, la question de la dé-
pense est toujours une des plus importantes; mais quand il
s'agit de bâtiments d'un genre nouveau, qu'on aura souvent
l'occasion de répéter, et qui, peodant longtemps encore, de-
vront profiter des leçons de l'expérience pour arriver à une
certaine perfection, alors le chupitre de la dépense redouble
d'intérêt. Nous donnons ci-dessous une récapitulation des
estimations déGnitives des travaux exécutés pour la construc-
tion de la gare du Nord, déduction Faite des rabais.
Nous n'avions pas à tenir compte des dépenses occasion-
nées par les essais de remaniement qu'on a tentés depuis
l'ouverture de la ligne. On a beaaconp tâtonné, construitaot
aujourd'hui et démolissant demain, sans avoir encore achevé
les dernières dispositions indiquées dans notre description
et dans notre dessin du plan de la gare, publiés i la tio du
6° volume de cette Revue. (Voyez le Tailiao à la page
suivante.)
Sans doute, ce tableau eût été mieux placé tout à fait k la
fin de notre description de la gare du Nord, mais quek|ue»-
unes des planches de détails sont encore à publier; ce serait
donc retarder une communication très-intéressante, saos autre
profit que d'obéir & une notion d'ordre logique qu'on peut
méconnaître en cette circonstance sans inconvénient.
Menuiserie de la salle (TAUenle.
En terminant notre dernier article sur la Gare du ?iord
(col. 529, vol. 6), nous primes l'engagement de compléter
notre travail dans ce nouveau volume. Nous donnona au-
jourd'hui, PI. 2 et 3, les détails de la menuiserie de la salle
d'attente.
Peu d'ingénieurs sont familiers avec les formes de l'art;
bien peu d'architectes ont étudié sérieusement la manière de
faire de la bonne menuiserie. La plupart du temps, on confie
l'arrangement de ces détails d'intérieur k l 'entrepreneur, se
contentant de jeter quelques profils sur le papier, sans trop
se préoccuper de savoir s'ils s'accorderont hcnreoseaient avec
ce que demanderait une bonne construction de roeouiserie.
La gare du Nord offre une heureuse exception k cet usage.
M. Reynaud a-t-il voulu réagir contre une habitude mabeu-
reusement trop générale? A-t-il été stimulé tout sini|)lcineot
par ce sentiment de probité, qui fait suivre d'un reproche de
la conscience toute négligence d'un devoir, quelque minime
qu'il soit, et quelles que soient les habitudes générales? Ou
bien M. Reynaud a-t-il, comme les artistes du siècle dernier,
qui ont fait de si belles menuiseries, une prédilection natu-
relle pour la décoration intérieure en bois? N'importe, la
menuiserie de la gare du Nord a été traitée avec beaucoup de
soin et d'art, et nos lecteurs seront, à coup sâr, fort«iaes
d'en trouver ici des détails dessinés k une grande échelle.
La Fig. 1 , PI. 2, représente une des portes mettant en com-
munication la salle d'attente avec de petits cabinets réservés
pour les dames, et les panneaux du lambris qui garnit le bas
des murs de la salle.
Lcsprofils et les asscmblagesde AB, CD, EF et GE{Fi§. IX
sont donnés par les Fig. 2, 3, k et 5.
Les bâtis et les cadres de la porte sont en chêne ; ies{ire~
miers de 0 m. 032, les seconds de 0 m. 051 d'ëpaiaear.
Les panneaux, en sapin, ont 0 m. 018 d'épaisseur. Le
chambranle est en chêne, et l'embrasure en cfaène et en
sapin.
Les bâtis et les petites tables saillantes de la beiserie sont
en chêne de 0 m. 032 d'épaisseur; la cimaise est également
en chêne, mais de 0 m. O&l d'épaisseur. Le reste est en sapin,
avec les dimensions suivantes :
- T. VU. 6
83
REVUE DE L'ARCHJTECTUHE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
84
Q
a,
o
s
«s
I
s
S4,
1^
-3
H
s
.."5
«
»
a
«
o
V
•^ ô
S
o
-^
»^
a,
a;
<ro GO
r-
>o
OO
o
«3
«=r
OO
fT-i
os
^
GTS
r—
SS
"^
'^
X 3
•r-* CO
r—
m
r^
00
m
o
es
m
o
S
ce
c:
•=î
*=3
_o
^*
O O
(M
K-3
r-
'M
r^
M
OO
_
es
o
^^
-^
r^
OC
"=OS
joT
SOS
< o
s- es
eo 0>
a>
r-
O"
o>
m
00
OO
O
o
co
CN
«^
iTï
Ol
^*
m es
o
O
co
>n
>n
«5
OO
O
^-i
to
■^
m
«3
ce
■a \ i2 \
* 1 " 1 *^ 1
H ""
cb o
irT
r^
^H
OO
CO
-3
«r^
20
<T
OO
^*
o
*o
C*
oc
o ■
en
U
a
GN O-
O
00
o
«r^
t^
OO
o
•a
-STH
M
r^
c
S-S
•r-
^-
(M
^r^
.r^
^4
OO
11
ce
1
^
a
a
O
fi
-
^H
^tH
a
t^
1.-5
a
a
a
a
a
o-a 1 al
u û
J<5
O
^4
<t
lO
os 1 1
■w ca s •
i i ^ H
" - 1^ ?5
m
o
O
<o
l'-
-JOI
<o
r—
co
00
es
■" 1^
w H ^
«
a
a
r^
9
a
^4
th
a
00
a
a
«•
a
c a
a: 5 ^ a
"
ul
o"
co
Ol
OO
es 1
(T^
^r^
OO
00 1
a
a
a
«
s
s
M
o
00
a
IfO
_
a
a
a
co 1 a
V.
5S
«TH
œ
Ol
OS 1
U «fi
-« ce
IT^
00
00
es
• ^
-
S 3
OS
r^
>n
os
9
— es
s
«
a
a
B
s
^^
es t^ a
a
=
a
=
-a a
H
«n
OO
o
î 1
os
a
a
a
t^
a
a
-,
a
3;
a
s
a
^
a
a
■Jt^ a
SS
es
3
es H
M
-jes
ffî
•=O0
a
a
a
œ
•
a
s
a
8
a
s
a
a
9
»
a
tO a
u
»o
irt
Q
^^
^^
n
_
a
œ
a
^
p.
t- «
^H
r-
-
9
a
a
I «oi r
c/ï
lo
=C
O
1^
^^
;c
i^ 1 00
.^ t»^
3 2
o
(M
OO -^
OO
m
c es ; -
.=T
M
-3- r^
O
•o
•- (O = ^H
« ë
a
a
9
O
a
s
lO
r-
O
Irt
00
a
^
«
a
c
co t::
o
0^
•CJ
OS
•a
t^
m
^^
OO 1
.!H
-a 1
e
a
a
IC
a
a
os
o
O
00
^«
a
î:
-
a
o-oo 1
Wî
es
•--î
00
OO
o
in 1 -a
.o
BATIME
A DROI
DU
VESÏIBL-
vrf
<o
o
-^
l.'O
uo
^O 1 =■ jr
(C
•eH
Ol
o
i^
o
d"?
a
a
a
-It^
a
a
t^
co
es
es
s
a
A
a
9 1 O 1 -^
^*
>o
«N
OO
en 1
TIMENT
AUCHE
DU
iTlBKLE.
a
a
a
o
»
a
^
■ "_£î
i-l
r^
es
a
a
s
a
a
oOS 1
o
I^
es
O!
M
m 1 ^
o
M
o
00
o
I^
00
<: "> 1 =■_-
O»
o
00
m
O
lO
-S 1 =i;
A
a
a
M
ft
a
oc
ÛD
OO
<=>
OO
a
a
e
- <rl
*H,
^
es
^4
>n
^^
<a 1
■*! "^
•^
es 1
..
a
a
s
m
a
a
r^
-a
es
o
^
a
_
a
a
s
■JOC
IMENT
AILE
ROI TE
DE
lALlE.
«3
00
os
00
OO
o
00 t—
^'00 ç-^-
os
00
OS
os
..-o
os
î. te
5
g r^: a =■
5"^ 3
a
a
a
-a
9
a
-3 <T <T_ <0 -=
<î «^ m" « ss
• °
e
e
fi
a œ
(M
■icH
^4
1 « 1
BVTIMENT
EN AILE
A GAUCHE
DE
LA HALLE.
-
9
e
OS
a
a
O
r^
,.4
os
os
a
a
-
« UO
«* .
O
eo
r*
<I
o
eo r-
r-
m
es
es
00
00
in
^.4
o
os
.a
eo
os
.-.Ol =•«>
s
9
9
00
«a
ft
a
te
00
in
OO
a
a
9
9 1 Ot
-§
^
(Tï
^4
1 o 1
a
a
a
a
«
co
03
un
o
OO
a
a
-
=
;
joo 1
■«^ • !
û
ao
•a
e^i
o
OO
^H
■- m '^^
^
00
T4
r*
o
"^(^ EJS
5
«
a
9
*-
••
fi
S^ <M CO es ^- a
a
s
a
5
« œ
w
OO
^4
o
in
OO
es
o .a
us
es
-
a
M
^^
a
a
tO
OO
•a-i
r^
00
A
a
a
a
5
c ^
•■ 1
û
<o
^H
00
r-
ss
co
<:
? O
. r—
(M
<J
OO
■n
^
^^
ÙC
•^ =^«r
SS
<»
o
o
OO
-01
? eS
•ï P
A
a
a
O^
9
s
m
t-
;o
o
a
s.
9
s
e<
oi <
OO
o
00^
in
o
t-
es
U'î
a
^r"
o*
s
a
a
«s
a
a
os
OO
OO
«M
r~
9
a
s
a
ù«
,
p<
^
O
^
to
oo
.*
■^ V4
y.
.«o
5
r-
o
O
o
00
te
i "
5 D- •-
SH
ÏS
<o
es
r^
o
es
es
ft
9
A
O
a
a
00
0^
os
•a
liO
9
a
9
a
^
•3
ea
O
t-î
O
^^
es
^-
C
o*
s
a
a
r*
a
a
os
t^
es
<o
r-
a
9
-.
a
C a
u
OJ
l^
es
T<
r-
.a
î r-
-J
to_
s
un
m
(M
~-i
o
-a
. ^
5 i-irâ
j = to
1 ~sO
es
T-l
os
os
ce
<i
ao
>=«■
a
a
a
m
a
a
05_ os__ .;t
JJ t^ a
a
9
a
s
s-
>
o
o
r-
es
^
es
o
o
•rH
r-
■
•
.•
•
__
•
1
oS
"
•
•
•
NJ
a
e
•
C9
.9
tO
1
'
«
1
S
1
'H
3
m
rtî
<!?*
"
J
_a
"ëe
OJ
5*
ce
zn
-^
><
S
s
«
S.
i
o
s
*3
MU
Cl.
•<
i
0
o
t
3
rs
C
ei
o
fî5
rt
°â
>
tj
a»
*3
O
i.
«
S
=
8.
I
o
P
^ 'E
c.
1
E
1
z
>
ç
C
^4
C.
t
£•2
« c
:■
o
«
«
«
r
c
' a
c
"â
^
~
Q-
C
■«
e
ï &^
■^
S
b
5
: «Z
5
T
a.
r
u.
<
Œ
Q
85
REVUK DE LAUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PLBLICS.
84
Grands cadres, Om. 0/i5 d V;jiaisseur et Om. 070 de largeur.
Petits cadres séparant les panneaux :
0 m. 040 d'épaisseur, et 0 m. 084 de largeur.
Panneaux 0 m. 019 —
BVises 0 m. 032 — 0 m. 25 —
Corniche 0m.084 — Cm. 15 —
Au-dessus de la boiserie règne une moulure dont le profil
est indiqué à la PL 3, et qui se retourne [lour former de
grands enc:idremciits s'élevant jusque sur la cortiiclie de la
salle. Elle est peinte en bois comme toute la menuiserie, mais
clic est exécutée en plâtre.
La Fifj. 6 offre le modèle des portes, à deux battants et à
grands cadres, qui communiquent de la salle d'attente au
vestibule. Les profils et les assemblages IJ, KL sont ilonnés,
Fi'g. 7 et 8.
Les bâtis et les cadres sont en chêne, les premiers de 0 m.
052, les seconds de 0 m. 082 d'épaisseur. Les panneaux sont
en sapin de 0 ni. 020 d'épaisseur. Le chambranle est exécuté
en cliéne; il est contourné à sa partie supérieure par la ci-
maise, également en bois de chêne.
La PL 3 donne la menuiserie d'une des arcades ouvertes
sur la grande halle. La partie supérieure de cette arcade est
occupée par un châssis vitré dormant; la partie inférieure,
par une porte à quatre vantaux. Les deux vantaux du milieu
s'ouvrent à coulisse; les deux autres sont fixes. Les deux
rangs de panneaux supérieurs sont vitrés en verre double;
les panneaux inférieurs sont pleins, en sapin de 0 m. 020
d'épaisseur. Tout le reste de cette menuiserie est exécuté en
chêne. Les profils et les assemblages de MN, OP, QR, ST et
UV sont donnés par les Fig. 9, 10, H, 12 et 13.
A notre avis, on trouverait quelquefois un avantage réel à
s'inspirer des fenêtres anglaises pour le profil des petits bois
des châssis. Les architectes anglais ne leur donnent qu'une
épaisseur qui est réellement moitié moindre que chez nous;
et pour retrouver la force de résistance nécessaire, ils aug-
mentent sensiblement leur profondeur. Cette disposition,
qui était autrefois adoptée en France, par les constructeurs
du moyen âge, leur donne une grande apparence de délica-
tesse réunie à toute la force réelle désirable; la vue n'est
plus gênée par d'aussi larges obstacles, la surface vitrée est
agrandie, et l'on obtient, en résumé, un meilleur effet, une
vue plus libre et plus de lumière.
On a supposé dans la Fig. 9 (^MN, PL 3), que les portes
étaient ouvertes. Le système de suspension des vantaux mo-
biles est établi dans l'intérieur de la traverse qui sépare le
châssis dormant de la porte 5 coulisse. Une planche en chêne
de 0 m. 030 d'épaisseur, maintenue en place par des vis, et
pouvant par conséquent s'enlever et se remettre aisément,
couvre ce mécanisme du côlé de la halle.
La Fig. 9 bis est une élévation de la partie supérieure de
la porte vue du C(Ué de la halle, mais ici la planche de re-
couvrement, dont nous venons deporler, est enlevée, et l'on
distingue parfaitement le mécanisme. En regardant alterna-
tivement les deux Fig. 9 et 9 Int, on comprendra aisément
que chaque vantait mobile est supporté par deux galets, et
que la tringle ou le rail en fer sur lequel ils rouleol est sou-
tenu au moyen de deux lorbeaui en fer par vantail.
Les chappes sont en fer de 0 m. 006 d'épaisseur sur 0 m.
040 de largeur.
Les galet», qui sont en bronze, ont 0 m. 060 de diamètre.
La tringle sur laquelle ils se meuvent a 0 m. O.'^O de hau-
teur sur 0 m. 013 d'épaisseur.
La course des vantaux est limitée è chaque ritrémité par
un petit tasseau en chêne.
Afin de pouvoir mettre les vantaux en place et les y retenir,
on a pratiqué, dans la partie supérieure de la Irarcrje, des
échancrures destinées au dégogcment des poulies; elles sont
indiquées par des lignes ponctuées Fig. 9, et par des lignes
pleines Fig. 9 bis.
Les Fig. 10 cl 11 s'expliquent d'elles-mêmes. l,a Fig. 12
montre comment chacun des vantaux est maintenu à so:i
pied par des mamelons en fer, qui glissent dans une rainure
dont les arêtes sont protégées par deux bandelettes en fer. Les
mamelons ont 0 m. 010 de diamètre sur 0 m. 020 de saillie;
les bandelettes sont maintenues par des vis et ont 0 m. 025 de
longueur sur 0 m. 008 d'épaisseur. L'ouverture de la rainure
est de 12 à 13 mm.
Les portes se ferment du côté de la halle, au moyen d'une
petite bascule h double bouton.
Menuiserie du vestibule.
Nous ne donnons aucun dessin de cette menuiserie; nous
nous contenterons d'en dire quelques mots. Le lambris est
composé d'une plinthe, d'une cimaise, et démontants et tra-
verses régulièrement distribués. Le mur forme le fond des
compartiments ainsi déterminés.
La plinthe et la cimaise sont en chêne; les montants et les
traverses en sapin. Les pièces sont fixées à des tampons scel-
lés dans la maçonnerie.
La menuiserie aux arcades du vestibule a beanroup de
rapport avec celle des arcades de la salle d'attente, repré-
sentée PL 3(voY. PL 40, voL Ci'). La partie supérieure de
cette arcade est fermée par un châssis vitré dormant, et la
partie inférieure par une porte à quatre vantaux; mais au
vestibule, les quatre vantaux peuvent s'ouvrir, ceux du mi-
lieu se repliant sur les autres. Ici, comme dans la salle d'at-
tente, les panneaux inférieurs des vantaux sont pleins, en sa-
pin de 0 m. 020 d'épaisseur. Le surplus de celle menuiserie
est en chêne.
CÉSAR DALY.
m
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
RECONSTRUCTION DE LA BIBLIOTHÈQUE ROYALE.
MONSIECR LE DiRECTECR,
On avait exposé dernièrement, à l'Hôtel de Ville , le plan en
masse d'un projet de restauration de la bibliothèque royale, pour
servira une enquête de commodo et incommodo.
Ce projet était accompagné d'une note ministérielle, qui ter-
minait un exposé du mauvais état et de l'insuffisance des bâti-
ments anciens, par la proposition de les reconstruire sur l'em-
placement actuel.
Il ne serait pas aisé, disait la note, de remplacer à peu de frais
l'établissement qui existe ; le parti le plus avantageux serait de
conserver l'emplacement d'aujourd'hui. Un projet a été rédigé
dans ce sens : il comprend d'abord la restauration et la mise en
état des anciens bâtiments, et ensuite les constructions à faire
sur les maisons n°' 3, 3 bis, 5, 7 et 9 de la rue Vivienne. L'ac-
quisition de ces cinq maisons contiguës à la bibliothèque actuelle
est indispensable, afin de donner à l'établissement nouveau une
étendue suffisante, et l'on usera de la loi sur l'expropriation pour
cause d'utilité publique. La bibliothèque sera alors complètement
isolée entre les rues Neuve-des-Petits-Champs, Vivienne, Gol-
bert et Richelieu.
Tel est le résumé des raisons données par la note ministérielle.
Ce qu'on appelle ici restauration consiste, d'après les teintes
noires du plan, à conserver les deux extrémités du bâtiment où
se trouve la grande salle de lecture des imprimés, et celui sur la
rue Colbert. On conserverait aussi l'affreux bâtiment de la rue
Richelieu, criblé de lézardes à l'intérieur, et n'offrant sur la voie
publique qu'une muraille nue, construite en moellons rongés par
le temps et le salpêtre.
Les vieilles bâtisses aux peintures mazannes de la bibliothèque
des manuscrits doivent être rasées sans pitié.
Qu'on ne croie pas que cette prétendue restauration consiste à
boucher des trous de rats et des lézardes, quoique ce dernier
article ne soit pas ici une petite affaire :
« Le gihier du lion, ce ne sont pas moineaux. »
La dépense présumée pour l'exécution de ce que la note appelle
le parti le plus avantageux, s'élève à la bagatelle de 16 millions de
francs 1 ! ! dont trois ou quatre, sans doute, pour achat de mai-
sons.
A cette somme ajoutons 1 2 millions, valeur des terrains occupés
par l'établissement actuel, et la nouvelle bibliothèque, qui ne sera
pas tout à fait neuve, représentera un capital de 28 millions.
Voyons s'il ne serait pas humainement possible de faire les
choses à meilleur marché.
L'Etat, ou, si l'on veut, la liste civile, peut céder gratuite-
ment une partie de l'immense et inutile place du Carrousel pour
y établir le nouveau bâtiment de la bibliothèque. Ceci, notons-le
bien, dispensera la liste civile d'une partie des frais du pavage
dont cette place a tant besoin, et qu'elle attend avec unesistoïque
résignation.
Ainsi nous disons: achat de terrain. ... 0 fr. 00
Constructions 12,000,000 fr! 00
Dépense totale 12,000,000 fr. 00
A valoir le prix des terrains de l'emplace-
ment actuel, estimé (1) 12,000,000 fr. 00
Reste à payer o fr. 00
L'économie, comme on voit, n'est pas à dédaigner. On aura
beau nous alléguer le conflit d'attributions ministérielles, nous
dirons toujours qu'avec un peu de bonne volonté l'affaire peut
s'arranger.
A l'économie manifeste que nous venons de présenter, nous
ajouterons avec tous les bons esprits : quartier parfaitement
central ; isolement complet ; et concentration, sur un même
point, de la collection de tous les produits du génie humain
dans les sciences, les arts et la littérature.
Que mettra-t-on dans l'autre plateau de la balance? 16 mil-
lions assez mal dépensés : macédoine de bâtiments vieux et neufs ;
chômages et déménagements multiples, etc.
Mais est-il bien possible que la restauration de trois des vieux
bâtiments ne soit pas un tour de passe-passe ?
Si aux 500,000 fr. modestement fixés par le programme du
quasi-concours pour l'érection d'une tombe illustre, un architecte
bien appuyé a pu ajouter un appoint de plusieurs millions, y
regardera-t-on de si près pour faire sauter de vieux bâtiments
qu'on a l'air de vouloir conserver pour leurrer peut-être la re-
présentation nationale ?
En bonne conscience, que pourrait-on faire de l'immense mu-
raille en moellons corrodés qui attriste la rue de Richelieu, quel
que soit le ravalement dont le talent de l'architecte puisse la dé-
guiser ? Puis, si l'on conserve les trois bâtiments occupant les
places principales, il faudra de toute nécessité que le surplus soit
mis en harmonie avec eux ; et, en vérité, quelle que soit la pré-
dilection de M. Visconti pour l'architecture des xvn'= et xviii'^ siè-
cles, nous doutons qu'il prétende reproduire ces types sur une
aussi vaste échell e
Au surplus, si jamais édifice public dut être mis au concours,
c'est bien celui-là ; car il est indispensable que non-seulement un
établissement de cette importance soit d'un grand style, mais il
faut encore, et avant tout, que ses dispositions intérieures ren- .
dent le service parfaitement facile. Depuis trop d'années déjà les
habitués de la bibliothèque royale perdent la moitié de chaque
séance à attendre les ouvrages qu'ils réclament, et encore sont-
ils heureux d'en recevoir deux sur trois.
(1) La surface totale de ces terrains, touchant par trois de ses côtés aux rues
les plus commerçantes de Paris, est de 15,950 mètres, ce qui porterait la valeur
du mètre carré à un peu plus de 752 fr.
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
90
11 est donc très-importani que la question suit discutée publi-
quement, et il ne faut pas perdre de vue que le futur bâtiment
de la bibliotlièque royale doit être un établissement modèle. La
plus magnifi(iue et la plus accessible des collections littéraires
du monde doit ôlre logée en conséquence.
Veuillez agréer, etc.
(C/n de vos lecteurs assidus).
LUTTE
DES OUVRIERS ET DES EirmEMlERILUItt.
LB TtAf AU. CT U» cnVU.
PROTESTATION CONTRE LA SÉRIE DE PRIX MOREL.
Lorsque dans des adjudications, on assiste à des rabais très-
considérables, chacun, pour ramener l'entreprise à des condi-
tions possibles, suppose à l'adjudicataire des intentions de fraude;
et c'est parce que tout homme laborieux doit pouvoir subsister de son
travail, que l'adjudicaiaire, trop souvent, trouve avec sa con-
science un si facile accommodement. Il arrive, dans le corps du
génie surtout, que l'on refuse d'adjuger des travaux à un entre-
preneur dont^le rabais exagéré a excité de légitimes suspicions.
Toute peine méinte salaire, et il y a des travaux qu'on ne peut pas
exécuter au-dessous d'un prix déterminé, sans se ruinw ou sans
voler. Or, ni l'État ni les propriétaires ne doivent vouloir l'une ou
l'autre de ces iniquités ; et le devoir des directeurs des travaux,
architectes ou ingénieurs, est de tenir les balances de la justice
d'une main ferme et loyale, car ils sont les juges, les arbiti-es
naturels des conflits qui naissent du contact des intérêts opposés
de l'entrepreneur et du propriétaire.
Le prix des pavés a été croissant depuis quelque temps, cepen-
dant M. Morel, dans la Série rfepnx qu'il publie annuellement,
n'en a tenu aucun compte. Dans notre uo/. ^t'co/., 363, nousavons
passé déjà en revue cette publication lucrative de M. Morel, et
nous avons eu l'occasion d'y relever de nombreuses erreurs. C'est
cet ouvrage si imparfait sous tant de rapports, qui est générale-
ment considéré par les tribunaux comme l'expression de l'opinion
du Conseil des bâtiments civils ; erreur capitale, et qu'il importe à
de nombreux intérêts de supprimer. La Chambre syndicale des
entrepreneurs du pavage de la ville de Paris vient de protester
contre les prétentions de ce Dracon du bâtiment, et d'adresser
aux architectes et vérificateurs une iVrie des prix de pavage pour
1847. Dans sa lettre circulaire, la Chambre syndicale s'exprime
ainsi :
« Dans cette SeWe de prix (la Série Morel), qui se réimprime
presque textuellement tous les ans, on n'a eu aucun égard au
renchérissement de certains matériaux, et cependant elle est entre
les mains de tous les architectes et vérificateurs, et sert aujour-
d'hui de base à tous les règlements.
» La Série des prix de paonye est tellement erronée et tellement
loin de la vérité, que la Chambre syndicale des entrepreneurs
de pavage a dû en écrire à M. le ministre des travaux publics ; elle
s'est occupée aussi d'établir une véritable stîrie des prix actuels
de pavage, qu'elle adresse aujourd'hui à MM. les architectes et
vérificateurs. »
La rédaction consciencieuse d'une série do prix pour tous les
travaux de bâtiment, faite contradictoirement avec les diverses
chambres des entrepreneurs, serait un des travaux les plus utiles
et les plus honorables dont la Société des architectes pût doter le
pays. Nous recommandons vivement ce sujet à son attention.
(Sirito et tst. Ter» wL M.)
CRÈVR DEM CH.«BPR<«T
wat i«4«.
Le 9 juin 18&5, trois jours après la lettre de la Chambre syndi-
cale, et quelques jours avant la réponse de VineenI, les oavrin*
charpentiers de Paris et de la banlieue aMpendinot Umn tra-
vaux, désertèrent les chantiers ; la ^r>°op omineii^.
Ce fait était d'une haute gravité; aussi fnt-il bientôt oonna de
toute la capitale. Les jonniaux quotidiens s'en emparèrent, la
discussion commença ; la grève devint la grande question âm
moment. Et cela devait être. Cela sera continnelleraent ainsi
jusqu'à ce que la Loi, rejetant enfin, comme antisocialea. Ici
traditions païennes qui l'enveloppent encore, s'édairoanxTWBa,
sympathiques et chaleureuses inspirations de la loi d'aiMMret
de fraternité, de la loi évangélique.
Et Paris surtout, notre grande cité, qui compte plus de einq
cent mille ouvriers salariés, Paris qui, pour la spontanéité des
idées, la rapidité de l'exécution et le courage de ses babiUnto, est
justement à la tête du mouvement national, Paris devait forte-
ment .se préoccuper de la manifestation collective de ctoq mille
ouvriers charpentiers.
Il le fit. Deux camps surgirent bientôt.
D'un côté on vit les délenseurs quand mimt de régaiHiie M
de la routine, les déAmeon de la loi païenne, prétendre que 1»
ouvriers charpentiers avaient tort de vouloir porter de& à 5 francs
leur journée de travail, parce que, ajontaient-ils, • letravnilde
» la charpente rapporte au delà du néœasaire, jmitqwe Im étm»-
» mies qu'il a produite» servent à payer Im frais de Im emlitùm. »
Étrange argument ! exactement à la portée dea pewomiei qai
ne s'élèvent jamais au-dessus du fait brutal. Comraart i
naître, en effet, cette tendance invinciblede l'homme qui I
à s'imposer pour fe moment de très-pénibles sacrifices, en voe d'un
avenir plus heureux?
D'un autre côté, les amis des grandes aspirations de 89, et les
hommes qui depuis celte époque glonewe cfaeiibénol àmdre
possibles, dans la pratique, les vues tiéaéreMaei de la Conttttnnte;
en un mot, tous ceux qui s'inspirent direetenent oa indirecte-
ment de la loi évangélique de la solidarité humaine, se mirant
du parti contraire et prirent fait et cause pour lesoavrienckv^
pen tiers.
Dès les premiers jours de'.la grève, plusieurs corps d'étetsoAi-
rent aux charpentiers de les aider fraternellement de îears petits
pécules. Mais les ouvriers charpentiers « lefuaèrent pcm" le m»-
» ment les offres de leurs frères. • Ds sjootsieBl : • Cette noble
» démarche de nos frères les honorera aux veox de tons ke
» hommes de cœur, et, pour notre part, no«s mm
» la leur avoir inspirée. »
Nous l'avons dit, l'enjeu entre les entrepreasani
ou, pour mieux dire, les ent
et les ouvriers charpentiers, était i
gagner ou de perdre uu million.
Isrsdk
9l'
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
92
Or, comme les articles /il5 et ûl6 du Code pénal, dans l'inten-
tion d'assurer la liberté des transactions, défend, sous des peines
sévères, le concert de plusieurs individus, ouvriers ou maîties,
pour régler le prix des salaires, et que ce concert constitue,
d'après la loi, le délit de coalition, on comprendra lacilement
comment entrepreneurs et ouvriers devaient plus ou moins se
trouver sous le coup de cet article, et par conséquent attirer sur
eux les conséquences de cette loi, si, malgré les nouveaux faits
qui se sont produits dans Tordre industriel depuis 1810, celte
loi était appliquée à la lettre.
L'autorité intervint donc dans le débat. Mais elle le fit, il faut
en convenir, avec partialité, puisque, au lieu de poursuivie à la
fois maîtres et ouvriers, elle dirigea ses poursuites seulement
contre les derniers (22 juin 18/i5). M. le ministre de la guerre in-
tervint aussi dans la question : il permit aux entrepreneurs de
choisir dans les régiments de ligne les hommes qui savaient faire
de la charpente.
11 est vrai que quelques jours plus tard (27 juin), M. Duchàtel,
en répondant à une interpellation de M. Ledru-Rollin, relative à
la mesure prise par M. le ministre de la guerre, donna le mot de
l'énigme. M. Duchàtel déclara que « c'était pour venir au secours
» de l'immense majorité de la classe ouvrière, que les ouvriers
» militaires avaient été appelés par le gouvernement pour conti-
» nuer les travaux de charpente. »
Cette réponse, habile paraphrase du dicton : « Quand le bâti-
ment va, tout va, » tout en constatant une vérité, ne répondait
pas évidemment à la question, et montrait peut-être une fâcheuse
partialité en faveur des maîtres.
La Chambre syndicale des entrepreneurs eut donc pour elle le
parquet et le gouvernement. Les ouvriers charpentiers se repo-
saient entièrement, et avec raison, sur l'esprit d'association qui
les animait et sur la résistance passive.
Mais dans les graves questions que soulèvent les grandes entre-
prises industrielles, le fait est plus puissant que la loi, le parquet
et le gouvernement. Ici il ne s'agit pas d'opinions politiques mises
en présence, il s'agit d'intérêts matériels qui se soldent en francs
et en centimes.
Aussi toutes les avances de l'autorité envers les membres les
plus influents de la Chambre syndicale ne purent-elles empêcher
la division de se mettre parmi les entrepreneurs. Des millions
étaient engagés dans les entreprises en bâtiments, et comme ni le
gouvernement, ni la Chambre syndicale, n'eût, en définitive,
remboursé les pertes causées par le chômage, déjà, dès la lin du
mois de juin, un certain nombre d'entrepreneurs adhérèrent au
nouveau tarif de 5 francs.
Le 1" juillet, en effet, les ouvriers charpentiers décidèrent, et
ils donnèrent en cette occasion une nouvelle preuve de la jus-
tesse de leurs vues, que des ouvriers seraient envoyés aux chan-
tiers des entrepreneurs adhérents, au fur et à mesure que ceux-ci
en feraient la demande.
Le 5 juillet, on comptait déjà 63 maîtres (1) adhérents ; plus
de 1000 ouvriers étaient dans les chantiers.
(1) Il convient d'ajouter que parmi les adhérents il se trouvait plus d'un
entrepreneur improvisé, qui, la veille encore, ne s'était jamais rendu adjudi-
cataire d'un travail de charpente. Des menuisiers, des maçons même, voulurent
profiter de la circonstance pour s'emparer des travaux que les entrepreneurs
ordinaires de charpente, dont les chantiers étaient mis à l'interdit par les ou-
vriers, ne pouvaient plus momentanément faire exécuter.
(Note de M. César Daly.)
Les intérêts particuliers des adhérents opéraient donc sur eux,
et nous n'en blâmons pas ces messieurs, au contraire, avec plus
de force que ne le faisaient les intérêts collectifs, devenus désor-
mais imaginaires, de la Chambre syndicale.
Cette scission était facile à prévoir, car le bon accord n'avait
pas, chez les entrepreneurs, la même raison d'être que chez les
ouvriers charpentiers.
Ceux-ci étaient entrés en lutte pour s'asswer le pain quotidien,
tandis que les entrepreneurs ne bataillèrent pas, tant s'en faut,
pour la question suprême de vie et de mort.
Une fois la brèche ouverte, la désertion se mit bientôt dans le
camp des entrepreneurs encore résistants. Le nombre des adhé-
rents augmentait journellement, et la Chambre syndicale, malgré
son long manifeste du 3 juillet, dans lequel elle avait la préten-
tion de réduire à néant les propositions et les faits allégués par
les ouvriers, la Chambre syndicale, disons-nous, était à la veille
de voir son drapeau abandonné par les entrepreneurs.
Les ouvriers, comme on peut bien le penser, répondirent à ce
manifeste : ils adressèrent leur réponse au Journal des Débats, qui
avait inséré la lettre de la Chambre syndicale. Cette Chambre
voulut encore rompre une lance; elle écrivit, le 12 juillet, une
longue lettre au Constitutionnel, dans laquelle on remarque les
passages suivants :
Jamais à aucune époque, sans en excepter celle de l'Emphe, la classe
ouvrière du bâtiment n'a joui d'un plus grand bien-être, et n'a vu son
salaire aussi largement rétribué. Cet état de prospérité est dû au maintien
de la paix, au crédit public, et surtout au gouvernement, qui a su meure
h profil les bienfaits de la loi sur l'expropriation publique, pour exécuter
de grands et utiles travaux.
Les maîtres charpentiers du département de la Seine, tout en déplorant
une suspension!! de travaux dont ils souffrent personncllcmeal, resteront
unis pour résister à la reconnaissance écrite d'un tarif attentatoire à la
liberté de l'industrie, honteux pour celle des parties contractantes qui
cède au despotisme d'une coalition illicite.
El, séance tenante, les mêmes membres, au nombre de 172, ont pris la
résolution suivante :
« De ne signer aucune espèce de compromis avec les ouvriers char-
pentiers, et noUimment ceux de nature semblable à celui déjà mis en cir-
culation par eux jusqu'à ce jour, \2 juillet 18/i5.
» En cas d'interdiction de quelques chantiers, de fermer immédiate-
ment leurs chantiers aux compagnons charpentiers, jusqu'à la levée
desdites interdictions. »
On le voit, les 172 entrepreneurs qui signèrent cette pièce se
faisaient une étrange illusion, relativement à ce que l'on doit en-
tendre par coalition illicite. Ils accusaient les ouvriers d'avoir
formé une coalition de ce genre, et ils ne comprenaient pas que
former immédiatement leurs chantiers aux compagnons charpen-
tiers, n'importe sous quel prétexte, c'était faire de la coalition,
c'était tomber sous le coup de la loi.
Mais la loi ne tint pas compte de ces manifestations de la
Chambre syndicale ; les hommes appelés à l'expliquer avaient
déjà fait arrêter une dizaine d'ouvriers charpentiers, et le parquet
s'apprêtait à frapper un grand coup pour intimider les ouvriers.
Le 17 juillet, on arrêta, en effet, le Père et la Mère des compa-
gnons charpentiers (M. et madame Liiiard).
Depuis ce jour jusqu'au 20 août, première audience du tri-
bunal de police correctionnelle (2' chambre), oii furent ouverts
les débats du Procès des charpentiers, un seul fait mérite d'être
constaté : c'est qu'à mesure que le nombre des adhérents au nou-
93
REVUE DE L'AIlCniTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
venu tarir augmentait, les poursuites et les vexations dirigées
contre les ouvriers prenaient un plus grand développement.
Explique qui pourra cette étrange anomalie; quanta nous,
nous la reléguons parmi ces mille contradictions (jue les fuit»
révèlent, mais que n'autorisent ni la justice ni la raison.
Ces détails, et bien d'autres que nous avons omis pour tracer
rapidement l'histoire de la Grève de 18^5, se trouvent réunis
dans l'ouvrage qu'un habile publicistc, H. Julien Blanc, a fait
paraître sur cette question. (Chroniqueur aussi véridique que
consciencieux, M. J. Blanc n'a rion négligé pour donner à cet
épisode des souff'rances du travailleur toute l'importance qu'il
méritait. Nous renvoyons donc nos lecteurs à ce travail (1).
PERREYMOND
DÉMOLITION
DE LA TOUR NORD DE L'ÉGLISE ROYALE DE SAINT DENIS.
(Voj. la pi. 27 du 6° vol. de cette Revw.)
Les travaux de démolition de cet édifice, depuis longtemps
suspendus, ont été repris vers le commencement de mars. Ils ont
marché avec une telle activité, que le 2 avril la tour du nord ne
conservait plus que la moitié de son premier étage. Encore quel-
(]ues jours, et tout sera rasé au niveau de la terrasse crénelée qui
couronne la i'açade.
La maçonnerie des murs pleins, celle des angles et de leurs
contreforts, celle des piliers trumeaux mêmes, malgré leur faible
section, ne se composaient que de parements en pierre de taille,
de bas appareils, et de 30 à 40 centimètres de queue, reliés par
un blocage intérieur de petits moellons noyés dans le mortier.
Nulle part on ne rencontre des pierres parpaignes; il n'y a môme
pas de boutisses, excepté aux tambours dt!s colonnes engagées
dans les piliers, qui, presque tous, pénètrent plus ou moins dans
la masse. Des murs pareils, quoique d'une grande hauteur, pour-
raient encore offrir une certaine solidité, si le mortier était de
bonne qualité ; mais celui-ci est très-friable par excès de chaux ;
les pierres et le mortier se détachent le plus facilement du monde.
En voyant cette construction, on se demande comment elle a pu
traverser tant de siècles.
Des chaînages étaient posés à diverses hauteurs dans l'épais-
seur des murs pleins. \\ y en avait deux dans l'espace compris
entre la plate-forme qui recevait la base de la flèche et l'extrados
des fenêtres cintrées en dessous. L'un passait au-dessus de ces
baies, l'autre au-dessus des trompes recevant les pans coupés de
la flèche. Un troisième chaînage était établi dans le mur plein
séparant les baies du premier étage de celles du deuxième.
Ces chaînages se composaient d'un châssis formé par quatre
pièces, en bois de chêne de 0 m. 32 centim. sur 0 m. 22 d'é(iuar-
rissage, posées de champ dans le milieu des murs, et assemblées
à mi-bois à leurs extrémités, qui dépassaient d'environ 0 m. 30 c
leur intersection commune. D'autres pièces de bois (ici une, là
deux sur chaque face) formant entretoises et passant dans le vide
de la tour, pénétraient dans les murs et s'assemblaient par le
travers des pièces de châssis. Ces dernières pièces avaient dis-
paru depuis longtemps, et les trous d'encastrement avaient été
bouchés en maçonnerie.
Chaque assemblage à mi-bois était traversé par une fort« che-
(Ij la Grèvt des Charpenliers en 1815, par M. Julien Blanc, 1 vol. io-l'i,
li la Librairie Sociétaire, Paris.
ville en fer, et pour «mpécber le talon de la purtie lUpMnal !«§
entailles de se détacher par l'actioii du tirage, chaque tél« de la
traverse était entourée d'une ligature en fer très-minoe. fusant
deux tours et demi, et fixée par des clous. Celle précaution a dû
être à peu près inutile, à moins de suppoter les bois dans un éut
de siccité parfaite au moment de la pose ; car la daMtOCMion dut,
au bout de quelques années, les mettre à l'aise dm lens cein-
tures de fer.
Ces minces rubans de fer, en contact d'un cdté avec le bois,
de l'autre avec le mortier, se sont assez bien conservés, ainsi qoe
les clous et les chevilles qui pénétraient tout entiers dans le
bois (1). Hais les bois étaient complètement pourris : ces diat-
nages étaient donc anéantis depuis fort longtemps. On n'a trouvé
dans les murs de la tour aucun tirant ni crampon de fer.
On a di'icouvert, dans le blocage des murs, queiqMS débris àt
chapiteaux, bases, frises, archivoltes, etc., d'un style romano-
byzantin, provenant sans doute des constructions primitives de
l'église et de ses dépendances. On a aussi trouvé, dans on des
piliers d'angle, une petite pince en fer, d'environ 0 m. 50 cent
de longueur, très-bien conser>'éc.
Quoique la tour soit presque démolie, on ne sait pas, on ne dit
pas du moins ce qu'on reconstruira. Il est Tagoement qoetlioo
de refaire le portail tout entier. Hais quand on aura dépensé
quelques millions pour le rétablissement du portail, qu'on n'ou-
blie pas de tenir en réserve quelques autres millions, afin de
parer à tout événement ; car l'église elle-même, asm Btee, n'at-
tend peut-être qu'une secousse un peu forte poor partager le
sort du portail. Le tassement des nouvelles tours pourrait bien
amener quelque catastrophe. La valeur actuelle de ce monument
mérite-t-elle qu'on joue si gros jeu ?
Si la nef de Notre-Dame de Paris, dans la vigueur de tes
jeunes années, n'a résiste qu'imparfaitement k la pression des
deux tours, comment veut-on qu'un édifice usé, rapiécé, >
l'église de Saint-Denis, puisse s'en tirer? La fondation
dans un terrain marécageux, et l'un des ruisseaux qui
la ville passe obliquement sous les chapelles at>sidales du sod-eit.
La plupart des piliers de la nef ont été repris en sous-oeuvre, et
le côte sud déverse considérablement, surtout près du portail (3)l
H. JARinAaD.
(1) Il est bon de remarquer que les fers ^ m luaisal «• (
plomb, la pierre ou le pUire, s'oxjdeat eoOMk
qui sont rcnrerm^s dans le bois, le mortier ou le cimeot roouia, et l
lorsque ces derniers sont dans un lien humide, se toattrttat ptat •• i
bien. La démolition du cloeher de Suot4>eait • tëut 4» i
des deux ^nres. Les énormes crampons de SS à U i
qui reliaient les pierres de U Bècbe, et qui élaisat l
leur longueur, c'est-à-dire sur U partie «a caolact a««e kt panin 4s r«
faite dans la pierre, iuient déirorte par la roaille pr
cathédrales de Rouen et de Saint-Denit, de* hra da i
au point de faire éclater la pieae, taadis qa* les rabwi à» tu 4» J «■-
mètres d'épaisseur, dont nous venons d« parler, ainsi qM ht petits diat ^
les fixaient au bois, se trouTsient parftileaicia cooserri*.
(2) Quoique la flèche mt dèwelii dapai* liigllii «1 qa* Im mmn 4ê la
tour, bien et dûment édissés, eussent tié Éiitargés ttm paida MMiMnMc.
on n'en a pas moins mis des nioucAes sur le* ciaïaMM priacjpalMi aslMMMal
sur celles de la galtrit des Rois. Aucune d* cm mmiàm m» parrfl s*Mi«
rompue.
Le placa|e de la galerk dM Aoit pourrait bien cacMr i
majeur, le seul qui existit dans tout l'édiAcc. Cet <
p-ir le refouillement du mince panasal M picrra. Ml pMr i
de la lalerie des Rois; et par U tarelMrf* qn'aanil lf|irtil ta» !•
de l'ouest la Oéchissemeot de la troapa da sad atil. C« ttwmmm Mal
sèment i l'aplomb du milieu de b (alerie des lait. (Tay. esl. tT*. •* «•(■) C«l
96
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
96
FAITSii DIVERS.
PERCEMENT DE L'ISTHME DE SUEZ.
On se rappelle sans doute que nous avons publié, il y a quelque Wmps,
nn projet relatif à un système de communication rapide à travers l'isthme
de Suez. On se rappelle que l'auteur de ce projet, M. Ctolin (île Marseille),
après avoir longtemps étudié la question sur les lieux mêmes, ne se pro-
nonçait exclus! venient ni pour un chemin de fer, ni pour un canal mari-
time, mais adoptait ces deux modes de communication, chacun dans la
mesure de son utilité, et y joignait même un canal de dérivation des
eaux du Nil, indispensable pour planter et consolider les bords du grand
canal maritime. Dans son ensemble, "le projet de M. Colin est resté le plus
compréhensif et le plus complet de tous ceux qui ont été présentés jusqu'à
présent.
Depuis que nous avons donné à ce projet la publicité de notre recueil,
la question du percement de l'isthme de Suez semble préoccuper assez
vivement l'opinion publique. Divers bruits ont couru dans le monde po-
étique et commercial, et ont été mis en circulation par les journaux. On
a été jusqu'à annoncer la conclusion d'un traité entre l'Angleterre , la
France et l'Autriche, afw de se partager le travail. Ainsi, les gouverne-
ments de ces trois nations, qui n'ont pas su construire sur leur territoire
les chemins de fer, mais les ont abandonnés à l'avidité des banquiers et
des agioteurs, se seraient associés pour entreprendre et exécuter eu-
mêmes un grand canal maritime entre la mer Méditerranée et la mer
Rouge ! Nous n'avons pas besoin de faire ressortir tout ce qu'une pareille
supposition a d'invraisemblable.
Il importe de réduire toutes ces nouvelles à leurs véritables proportions.
Voici donc exactement ce qui s'est passé :
Un ingénieur anglais, M. Stephenson, un ingénieur français, M. Paulin
Talabot, et un ingénieur autrichien, M. Negrelli, se sont rencontrés à
Paris. Sous l'influence de quelques banquiers qui ont des intérêts dans les
lignes de fer aboutissant à la Méditerranée, ces trois ingénieurs ont d'a-
bord examiné un projet envoyé d'Egypte même par Linant-Bey, qui, en
I8/1I et 18Û2, avait fait quelques travaux d'exploration dans l'isthme
pour le compte du gouvernement égyptien. Mais, n'ayant pas trouvé le
projet de Linant-Bey suffisant, ils ont résolu ensuite de former une Société
d'études. D'après leurs conventions, une somme de 50,000 francs devait
•être fournie par chacun des trois groupes anglais, français et autrichien.
Avec ces 150,000 francs, les trois ingénieurs auraient à se rendre en
Egypte et à dresser un plan dénnitif qui servirait de base à une société
par actions. Nous ne savons si Méhémet-Ali leur accordera la permission
de faire leurs éludes dans l'isthme. D'après les dernières nouvelles
d'Egypte, il y paraît peu disposé. On a dit que les promoteurs de celte
.Société d'études s'étaient adressés à la Porte, et en avaient obtenu une
autorisation conditionnelle. Nous ne pensons pas que l'on veuille forcer
la main à Méhémet-Ali. Mais ce qu'il y a de plus étrange dans tout ceci,
c'est que les prétendus protecteurs de la Société d'études, en France du
moins, au lieu d'avancer résolument les 50,000 francs, se sont mis à
quêter des subventions aux Chambres de commerce. Nous pouvons affir-
mer qu'on s'est adressé déjà à la Chambre de commerce de Lyon et à
celle de Marseille. Il est probable qu'on s'adressera aussi à la Chambre de
commerce de Paris. La Chambre de commerce de Lyon a déjà accordé
5000 francs, et son président, M. Brossct, s'est, dit-on, transporté à Mar-
seille, afin d'engager la Chambre de commerce de cette ville à voter la
même somme. La Société d'études prendra-t-elle les mêmes moyens pour
avoir de l'argent en Angleterre et en Autriche?
Quoi qu'il en soit, si les nouvelles études de l'isthme de Suez sont faites
avec des fonds publies, il est juste que les résultats de ces études n'ap-
partiennent pas exclusivement à la société en question, mais tombent dans
le domaine général de la publicité. En accordant des fonds, les Chambres
de commerce doivent imposer la condition explicite et formelle, que les
plans et travaux seront déposés à leur secrétariat, pour être communiqués
à toutes les personnes qui le demanderont. Différemment, ce serait un
monopole accordé aux banquiers protecteurs de la Société d'études ; car,
nantis de ces documents, ils seraient seuls en position d'entreprendre l'af-
faire. Nous ne pensons pas que les Cbambre de commerce aient l'intention
d'établir ainsi une sorte de privilège préparatoire.
DÉCORATION DU PONT DU CARROUSEL.
Lors de la construction du pont du Carrousel on avait projeté de com-
pléter l'ensemble de la décoration par l'établissement à ses quatre angles
de statues de grande dimension. Ce projet se réalise aujourd'hui. Sur
deux des quatre grands piédestaux, élevés aux extrémités du pont, on a
déjà placé des statues allégoriques, la Seine et f Industrie.
Cette décoration, qui donne un caractère plus monumental au pont
construit par notre collaborateur M. Polonceau, inspecteur divisionnaire
des Ponts et Chaussées, coupe heureusement la ligne si uniforme des quais
depuis le pont des Arts jusqu'au pont Royal. Les statues sont en pierre et
les piédestaux en fonte.
Pourquoi surmonter des culées en pierre par un piédestal en fonte des-
tiné à supporter une statue en pierre ? il y a là un désaccord qui ne peut
se justifier au point de vue de l'art. Du reste, il semble que les construc-
teurs eux-mêmes en aient eu le sentiment, car les dispositions décoratives
de ces piédestaux n'accusent aucunement la nature de la matière qui les
compose. On a, en effet, affecté dans la disposition des piédestaux les faces
lisses, unies, qui appartiennent à la pierre et au marbre.
On a cédé là à une disposition trop habituelle et réellement fâcheuse :
celle de ne pas accepter franchement les conséquences d'un parti adopté.
Quand on a fait choix d'une matière, on doit chercher à la traiter hardi-
ment, en tenant compte de ses avantages et de ses inconvéuients.
Ainsi, pour ne parler que du monument qui nous occupe, si, au lieu de
laisser sur les côtés des piédestaux de grandes surfaces tout unies, on eût
demandé à la fonte cette variété et cette richesse d'ornementation que le
moulage permet, on eût agi d'une manière plus conforme aux règles de
l'art et à celles du bon sens.
Peut-être objectera-t-on le surcroît de dépense qu'eût entraîné l'éta-
blissement des modèles pour le moulage ; mais si l'on remarque que ces
modèles eussent dû servir à quatre piédestaux, on ne saurait admettre
que cette question de dépense ait été une raison décisive pour la compa-
gnie du pont.
Terminons par une dernière observation. L'intérieur du piédestal est
vide, et l'on y a installé le bureau des contrôleurs. Sans nous arrêter à ce
que cette appropriation a d'antimonumenial, nous nous bornerons à faire
remarquer que lorsque, l'été, le soleil aura réchauffé ce cadre immense de
fonte, la position des contrôleurs sera intolérable; on y eût remédié en
établissant un bâti intérieur en bois, éloigné de quelques centimètres des
parois en fonte, pour laisser l'espace libre pour un système de ventilation,
qu'on eût complété en pratiquant, pour l'entrée de l'air froid, quelques
ouvertures dans le bas, et quelques ouvertures dans le haut pour la sortie
de l'air chaud.
Ce système de ventilation a été appliqué par l'ingénieur A. Komand, à
l'hôpital du camp Jacob, à la Guadeloupe.
Nous avons parlé, dans un de nos derniers numéros, de ce travail de
M. Romand, dont nous donnerons très-prochainement les dessins détaillés
et la description.
écrasement ne peut être vu du dehors, caché qu'il est par le placage. On ne
peut le voir davantage à l'intérieur, parce qu'il doit se trouver au niveau de la
voûte qui couvre le bureau des inspecteurs, et que cette voûte est fort épaisse.
L'empâtement de 0 m. 90 cenlim. formé par le mur de la façade en avant du
mur extérieur de la tour, se trouve compensé par un porle-à-faux presque égal
du côté de l'intérieur.
César DALY,
Directeur rédacteur en chef,
membre de l'Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm, et membre
honoraire et correspondant de l'Institut royal des Architectes britanniques.
Paris. — Imprimerie de L. Maiwinkt, rue Jacob, 30.
HEVUE DE F/AUnillTKCTl'RE ET DES THAVAIJS PUBLICS.
M KM 01 HE
SUR TRENTE- DEUX STATUES SYMBOLIQUES, OBSERVÉES DANS I.A
PARTIE HAUTE DES TOURELLES DE 8AINT-DENV8.
(Deuxième article. V. col. 63.)
DEUXIKME PAUTIK.
DES TOURELLES DE SAINT-DENV8.
Les treille statues symboliques des tourelles de Saint-
Denys (1) ne donnent pas dans l'analyse un nombre pareil
de péchés , chacune ne devant pas ûtre traduite par un seul
vice. Trente espèces d'animaux de tout genre et répétés
plus d'une fois dans cette galerie mystique, entrent par (|uel-
qu'nn de leurs membres dans la facture de ces bêtt's, qui
par conséquent sont des monstres (2). C'est pourquoi ces
trente statues ne peuvent figurer chacune un vice distinct et
à part, ainsi qu'on aurait pu le croire, et qu'il semble plus
naturel selon nos idées actuelles. Mais, s'il en était de lasorte,
cette collection de statues manquerait positivement de l'es-
prit et du sceau caractéristiques du moyen âge. L'artiste a
agi autrement, et parmi ces trente animaux dont il met les
membres en scène, on en voit plusieurs répondre à un
même vice, sauf quelque nuance marquée que lui prête cha-
que animal. 11 s'ensuit que certains désordres reviennent sans
cesse frapper les yeux dans cette série, tandis qu'un petit
nombre d'autres y sont seulement indiqués : rhiipnrrisit' s'y
montre en scène de vingt-cinq à trente fois, et la luxure
presque autant ; et cinq autres vices : la de'tracfion, la sen-
sualité, la gourmandise, la cupidité, l'extorsion y sont à leur
tour fréquemment, quoique beaucoup moins, reproduites.
(i) Nous ne comptons pas dans ce nombm dent statues humaines, et par
consrqiipnl non hybriilfs quoique symiioliqiies aussi, qui romplAtent le nombre
do 3Î qui' nous .ivons ononct' rti^ le di'hul de ce Mémoire.
(2) A l'exception de trois slalne» repn'sentnnt : la premii^re «Ul âne, l'autre
un singe, lu dernière un cliien roquet colossal.
T. VII
I C'est que parmi tout» les péchés, ces neéf, il faut bien le
dire, sont préciséineol ceux qu'on voit le plos énergiqueroent
reproché» aux clercs, du viii' au xv* siècle, par les membres
du clergé même, dans les nombreux TraitA de tiees (I) si
en honneur à cette époque, et dads les célèbres ruioM (2)
qui étaient alors si populaires. Quel est, dsos cette période,
l'ordre ou même le monastère qui n'ait gardé dsos ses ar-
chives quelque monument de ce genre, œuvre de Tuo de ses
enfants descendu vivant en esprit dans les entrailles de l'eo-
fer, et spectateur épouvanté des scènes terrifiâmes de ee
domaine des tortures? Que si l'on parcourt ces tiiiaiu, on
voit ressortir dans chacune, à titre de crimes énormes punis
des plus affreux supplice?, ceux que nous venons de nommer
et que montrent en si giand nombre les tourelles de Saint-
Deoys. C'est sur ce monument sculpté, comme dan» quel»
ques-uns des monuments écrits de l'époque, à des clercs, à
des religieux que sont adressées ces leçons. Il y a plus :
dans les manuscrits, destinés à moins de regards que les
murs des église, c'est presque toujours à des moioes, à des
religieuses, A des é\èques, à des prêtres, à des tonsurés de
tout ordre (3) que son attribués ces crimes : liberté de pré-
dication ouvertement mise en pratique dans ce4 iges de
vive foi , dont elle ne craignît jamais de déraciner les
croyances. Alors, dit M. Ozanam, * le clergé avait le mérite
» de ne pas se ménager dans les tableaux qu'il présentait aux
» peuples. Les visionnaires font comme les peintres qui en-
B tassent volontiers les papes, les évèques et les prêtres dans
» leurs représentations de l'enfer. Jamais le sacerdoce ne
» s'est épargné à lui-même cette redoutable \e^u, parimenta
I) infeniorum, capita sacerdotum (4). »
Cette poésie triste et sombre, mais pleine de magnificence
et souvent de sublimité, est le cachet du moyeu âge. Le
siècle où l'œuvre des tourelles exposait aux regards des bé-
nédictins sa fantasmagorie mystique avait reçu du précé-
dent la grande vision de l'enfer appelée /*• Purt/ûtoirt d$ laimt
Patrice, expiation qui, pour quelques .imes élues, consistait,
disait la légende, à traverser, vivant encore, le lieu oii fes-
pair n'entre pas; là, parmi d'effrayants spectacles, s'offre
encore un essaim de moines, de prélats, de religieuses, de
prêtres, placés sous le fouet des démons qui leur dénudent
la cervelle et leur font jaillir les yeux des orbites, les con-
traignant à représenter malgré eux dans ce lieu d'horribles
tortures, les excès ignominieux de la luxure et de la laUe
auxquels ils s'étaient aiionués dans le cours de leur vie ter-
restre (5). Ce sont, dans une autre vision, celle du chevalier
(i) nhabani Mauri, De riliisvt TfatMflms. — Vinr. MIov. Sfec
peeralis in gcovre. — De M|>ltai rilii» capitalib**. — Dn liw—i
.iTarili* clauslraHnm, «e. , rte.
(S) Vojei ei-apn'», in no<i».
(3) Direrma penoMf rititiow» ■o«arclioi«B, ■«•ialiM
sacenlotum ac eti«« ci«mar«aa. (Vioc. BcIIot. Spee. mot. th
bus.)
(4) H. Oianam, AtadM wr k» iiweii paM^Mt à» h Oriim
p. 03.
(5) Vinc. BelioT. Spw. mm. De rereUlioBifcw.
7
99
REVUE DE L'ARCHITECTUHC ET DES TRAVAUX PUBL[CS.
lUO
Tundal ou Tantale, des supplices inénarrables infligés, dans
l'enfer encore, « aux moines et aux religieuses , aux clia-
» noines et autres clercs qui ont menti à Dieu sur la terre
» par leur tonsure et leur habit : qui jadis, aiguisaient leur
» langue comme le dard des serpents, ot qui n'ont pas su
» s'abstenir des œuvres impures (1). » Ainsi sont reprochés
aux clercs, dans les écrits de cette époque (2), la débauclie,
la sensualité et la détraction. La zoologie de Saint-Denys
offre le même ordre d'idées, le même esprit, le même sceau ;
elle montre par la sculpture les péchés commis dans la vie,
sous le type des mêmes monstres qui punissent au même
siècle, les mêmes péchés dans l'enfer.
Déroulons ici, cependant, sous la forme la moins complexe,
celle d'un simple dictionnaire contenant 26 articles, l'expli-
cation analytique des élémenls de ces statues. Cet essai de
mystagogie emprunté aux sources du moyen âge donne les
rapports des trente animaux reconnus parmi les statues des
tourelles, avec des péchés de tout ordre, et l'on peut nom-
mer ce chapitre : la Zoologie symbolique des tourelles de Saint-
Denys.
AILES.
L Les ailes marquent la prière, la contemplation, et en
même temps les vertus chrétiennes, car les vertus et la
prière peuvent seules élever l'âme et porter la pensée de
l'homme aux choses d'en haut et au ciel. Déployer ses ailes,
c'est, selon Philippe de Thaun, s'élever par les élans de la
prière, dans une région supérieure aux tempêtes de cette
vie (3). 11 ajoute que les mains de l'homme sont deux ailes
qu'il doit lever souvent vers Dieu, et vers le ciel, d'où des-
cend la vertu qui terrasse l'esprit de ténèbres.
« E pnr çeo, hom de Dé
» De sus mer deis voler
» Ceo est le munt surmunter ;
»
» Hom ki volt surmunter
» Seseles deit lever.
» Li hom dous mains nnt
» Ki pur eles lur sunt
» Ses mains deit hum lever
» Al cel Deu aurer,
» Re del cel vint vertud
» Dunt Satan fud vencud (4). »
(1) Ibid. De visione quàdam Tundaii.
(2) V. la vision d'Albéric, moine du Mont-Cassin, écrite sous sa dictée au
XII» siècle et publiée à Kome en 1814, par l'abbé Cancellieri. — La vision
d'OlUlon, moine de Ratisbonne : Liber visionum tùm suarum, tùm alio •
rum, ap. Bernard. Pez, Thésaurus Anecdotar. novissim. 1. 111. — La vision de
Wetting, moine de l'abbaye de Reichenau. Acta Sanctor. ordin. S. Benedicti,
sect. IV. part. 2, pag. 203. — La vision de Gauchelin, Orderic Vital, Hist.
Ecclesiastic, lib. VIIL — Et M. Ozanam, Études sur les sources pouti-
q\ies, etc.
(3) MSme opinion dans Rbaban Maur, au sujet des quatre animaux symbo-
liques de la • Vision d'Ézéchiel. • • Faciès, dit-il, itaque ad fidem pertinet :
penna, ad contemplationem... Per contemplationem vero, quia super nosmet-
ipsos toUimur, quasi in aère elevamur... • (Rhab. Maur. in Ezech.)
(4) Li Biesliaires de la Bibliothèque Royale donne le même raisonnement
Les ailes .sont aussi la figure des vertus chrétiennes : l'hu-
milité, la patience, la miséricorde, sont autant d'ailes pour
le juste, ailes qui l'enlèvent au monde et qui le rapprochent
de Dieu (1). C'est ce que dit le Physiologue, qui, au rapport
des Bestiaires, nomme les vertus les plumes de Dieu : « De ce
» dist Physiologue cest li essamples de nos meime ; qant Dex
» fist Ihome il le fist et forma à sa samblance dont devons
» avoir de ses plumes, ou il ne nosconoistra'nient plu«, ne
» ne fera nient devant ce qil nos en vera vestu; cest à dire ((e
» nos soions veslus daumosnes de humilité de pitié de pa-
» cience et de soffrance encontre neutre proisme, dont nos
» conoistra Dex por ses fils por ces plumes (2). »
IL Le nombre des ailes peut quelquefois, en certains cas
faciles à discerner, déterminer les vertus figurées par elles.
/>PM.T ailes marquentd'ordinaire l'accomplissement du double
commandement de la charité, quelquefois aussi les deux Tes-
taments, dont l'âme doit être nourrie pour atteindre à la per-
fection qui obtient les récompenses célestes (3). Trois ailes
marquent quelquefois les trois vertus théologales, quatre, les
quatre vertus cardinales, cinq, la mortification des cinq sens,
six, les six œuvres de miséricorde (4) , sept, les sept vertus
ou dons de l'Esprit divin.
dans son chapitre. De la nature al ybeus, c'est-à-dire, de l'ibit, ou de la ci-
gogne, oiseau figurant le pécheur, et auquel il reproche de ne vouloir point
voler, ni noer (nager) sur la mer du monde:
• Por Dieu signor or aprendons
• En quel guise noer devons :
» A Dieu ki est haus et humains
• Devons en haut lever nos mains...
. Se la nés (nef), ne dreçoit son voile
• Quant el nage au cors (cours) des estoiles.
• Elle ne poroit pas sigler (cingler),
» N'oisiaus ne poroit pas voler
• Se il ses eles n'estendoit
• Et sa plume ne descouvroit,
» Tout ensement sacies ensi
■ Quant li fil Israiel jadis
• Contre Amalech se combatoient
• Et a toutes eures vaincoient
t Que Moyses ses mains levoient
> Et si tost come il les baiscoit
• Li luis (Juifs) ierent li piour, etc. •
Et Voy. aussi Rhab. Maur. Allegor. in Sac. univ. Script.
(Fol. XL)
(1) Alie itaque virtutes sunt, ala; bona opéra intelliguntur, sine quibus
volare non possumus. Ipsa> nos ferant, ipsai ad coelpstia élèvent ; babes hn-
militatem, ala tibi est; habes misericordiam, ala tibi est: habes patientiam,
ala tibi est, quot virtutes habes, tôt alas habes. (Brun. Asteus. De novo
mundo.)
(2) Li Livres de Natures des Restes, mauuscrit de l'Arsenal, fol. 206, Del
Corbel.
(3) Si habes cbaritatem ut Deum et proximum diligas, duas alas habes quse
tibi ad volandum sufïicere possunt (S. Brunon. Attens.). — Possumus ttiam
per duas alas Dei et proximi dilectioneni significare, quibus quicumquc caret
non habet undè volet ad regnum cœlorum (Oddon. Astens. inPsalm.) — Dilec-
tio Dei et proximi, et novum et velus ïestamentum, itemque justifia, charitas
ca!ter;cque virtutes, ala; Dei sunt, quia sine bis nemo ad Oeum volare potest
(Oddon. Astens. in Psalm.). — V. Yvon. Carnot. Serm. in Ascension.
Domin.
(4) Sex opéra misericordi» ... sunt : pascere esurientem, potare sitientcm
collocare hospitem, vestire nudum, visilare infirmum, consolari vinculatuœ,
* gt j-rr 1 a:c inIcDigilur seplimum, quod est in Tobiâ, scillicet sepelire mortuos
101
HKVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLIC.
lOÎ
III. Les ailes de grande euvergure, celles de l'aigle, du
héron, etc., sont prêtées aux Esprits célestes, elles désignent
des vertus solides et une grande promptitude à accomplir
la loi de Dieu ; aussi n'est-ce pas par ces ailes, que les oi-
seaux carnassiers représentent communément dans la Sym-
bolique, l'Esprit du mal et les pécheurs, mais par leurs
serres seulement, leur bec et leur vie de rapine (1).
IV. Conséquemment à ce principe, les ailes petites et fai-
bles marquent des vertus peu solides et d'une portée très res-
treinte.
V. Les ailes vastes, mais débiles et impropres à l'essor,
ou incapables de soutenir longtemps le personnage auquel
elles sont attribuées, désignent l'absence des vertus réelles
et le renoncement à la prière ; car quittant à peine la terre
et seulement pour peu d'instanis, ces ailes démentent p»le
fait leurs apparences spécieuses : telles sont diverses ailes
fantasti(iues, celles d'insecte étendues à des proportions co-
lossales, celles de poule, de dindon et des autres oiseaux de
basse-cour, surtout les ailes de l'autruche dont la dimension
remarquable a quelque chose de s])écieux. Ces ailes trom-
peuses sont souvent figurées (Ir'ploijrfs ou ilress/es, circon-
stance qui dénote formellement (2) les manèges des hypo-
crites, cherchant à singer les vertus dont ils n'ont que les
faux dehors (3) .
VI. Les ailes des oiseaux palmipèdes, quand elles soulèvent
ceux-ci à fleur d'eau, sont prises dans l'acception des vertus
et dans celles de l'habitude de la prière. L'eau signifiant
sotivent le monde et la vie, et son fond fourbeux étant pris
pour le gouffre impur des passions, ces ailes qui portent ses
hôtes à sa surface sont les vertus et les mérites, par les-
quels le juste surmonte le mal et vit dans une région aussi
élevée qu'il est donné à l'hounne de le faire. Celte acception
est celles des ailés des canards (4) et des autres oiseaux pal
mipèdes que l'on voit sur les pierres tumulaires et les fres-
ques des catacombes : mais dans les représentations de pé-
chés, où ces animaux sont à sec, ces ailes, impropres au vol,
ont le même sens que celles d'autruche.
VU. Les ailes de chauve-souris, conformées pour raser la
terre, et qui ne sont que des membranes débiles et non pen-
undè versus: t Visito, poto, cibo, radimo, tego, colligo, condo. • (I.uilolpli.
Saxon in Vit Clirist.)
(i) Alas... accipitri et hcrodii suscipiamns, non ut aliquod rapiamus, vrro
ut obodiontiani iiohis injunctam oplorriniù fariamux. Talium cnim ariam ala-
rumiiiii" omnium qua' de rapinA viviint, ala' quidem cl Iwnam si|;niflcaliunrm
halicrii possunt, ungui's vero et rosira i-taciiont-m. slKninoationcm impiam lia-
boiit. l'cr talcs onini sigiiilicantur maligni spirilus, quorum omnis operalio
furtum ot rapina est (S. Hrunon. A.sicns.).
(2) Cùm tempus fuerit, in alium aUu erigit (Strulhio)... Job XXXIX. —
Saint HrunoHy avec tous les l'ùres, commente liasi cette expression : Alas lune
liypocrita eriijil iii allum, <|uando suu: siuiulutiunis rirlutcs ostcntal. Hoc au-
trm facit n'im tcnipus fucril, id est cAm à niultis se videri et laudari scnscrit.
(S. Brunon. astens. in Jnb.)
(3) Non respiciamus ad strutliionem cujus ala* infirmœ sunt, non attendamus
ud bypocritas i|ui se nngunt esse quod non sunt, quibus lune alic deflcient
quandi'i ois niaxim6 neoossarla' crunt. (Ibid. De novo niundo.) — Vincent.
Bellovac Spec. Mor.. — Boi'c, etc.
(4) Y. Uosio, Koma soltcrranea, pag. S63, 467, SOd.
nées, sont prêtée» à regjirit da mal et aax personnifications
de vices, la terre sigtiin.int le^ œuvres chamelles, le monde
dans son acception de région du mal et de domaine do pé-
ché, et l'attacbemeut exclusif aux avantages temporels : ce
sont là eflTectivement le but et les fins des âmes penrenet,
dépourvues âes plumen de Dieit parce qu'elles sont sans ver-
tus, étrangères à la prière que figure l'aile empennée, et
n'ayant en propre que l'hypocrisie et l'ostentation, comme
ces ailes illusoires.
ANE.
Les commentateurs montrent Tàoe, favori de son posses-
seur et prenant la part la plus forte de son labeur babitael :
objet de ses soins assidus, engraissé même de son pain, de-
venant ingrat à la longue et méprisant son bienfaiteur, enfic
le jetant dans la boue et se refusant au travail 1). L'âne, ea
vue de ces caractères, est l'emblème des sens révoltés contre
l'esprit, celui de la chair prévalant sur l'âme soit par les dé-
sordres les plus grossiers, soit par la stupidité, l'ignorance et
l'entêtement (2), générations de la paresse. Telle est rallii-
sion de l'Onocentaure , monstre moitié homme et moitié
âne (.'!) , et celui de l'âne vautré par terre, ou couché on age-
nouillé, ou se refusant à marcher.
AUTRUCHE.
1° Les larges ailesde l'autruche semblent promettre un vol
puissant, mais cette vigueur apparente n'est qu'insufOsaoce
et faiblesse; l'autruche à la course légère ne peut prendre le
moindre essor, et sa conformation d'oiseau est comme usur-
pée et factice. Dans la statuaire chrétienne, on voit les aiks
de l'autruche prêtées aux personnifioalions de péchés ; elles
représentent alors, soit les faux semblants de l'hypocrisie,
soit l'absence de la prière dont l'essence est de tendre en
haut, soit les goûts charnels et terrestres, qui ne laissent
place dans l'âme à nulle sainte aspiration (4) ; telest lesaM
(I) Vinc. BelloT., Spec. Mor., m, di«t.O. pars. I. tt aliàt.
(3) S. Brunon. astens. Sup. Exod. 18. — Boft.. etc. — Rbabu '.
omnia. Colon. Agripp.. t. III, S5, etc. •Asiooruni qiioi]«e. ni i
mine aliquandù iuxunosonini pelaUolia, ali<|iuit<lô... ttaltitia... i
— Asinus enim myslic^, qutVl brutom et libidinom
tum homincm, et luxuriam islius mundi taolummod^ i
(3) Vinc. Bellov.. Spec. Mor.. I. III. Dist. 19. pu* 3, et «ftiact. S, p»n9.
col. 978 et 1379, i<dition Duaci. — Philip de ThaoB, Tbe BeMùry — U BiM>
tiairc, maiiuscrit rimi' de la Dibliotb^ue ra>aie, xiii* siècle. — Li Lme 4m
Natures des Destes, manosrril de l'Aneoal. — V. ti'frtê, à Tartieie • Cha-
meau, > in noiit, note sur le Gamal.
(4) Strulhio in similitodiM arb p«WMM haliere Tidtfw, laMH de Hrrt
allius non elevatur... Per StnithioMa mytlieè hjrpoerita licili ibim Wi,
qui se bonos «imulanl....qni unrtitalisrilam. qnasi TolalAspeMuua. par «^
ciem retinent et per operam non exercent... Polest tlUm sUmllûa fcamiii
Tel philosopli05 signiflcare, qui, ràm penois sapienlùr te exahare ii>l— I.. .
lamen non crnlant (Rhaban. Maar., De anireno . lib VIII. np. 8 )
Alas lune hyprocriu erigit id allum, qaaadi sa* siaallalioM Tiitalaaa^
tenlal. Hoc autem farit cùm tempus fuerit, id est cAai à mslià i
laudari senserit... (S. Rranonis astensis Expositioia Job, XXXIX.)
Se«l quiil per Strulhionem, qui alas qwd«« babel, whM vark ■•■
niiii hypocritas intelligimus, qui, qoamm boai WBilihfriiMa irtaM, I
lamen faeenraensanit (Ibid., in Lniiie. c. XI.)
Mèmea iaMprtUlioot dans: Kackar. ta iaal, c M. — S.
103
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
104
des ailes courtes ; ainsi, les affections abjectes et le dénûment
de vertus sont dénotés dans ï homme-autruche par la struc-
ture de ses ailes et leur essor bâtard et mixte tenant de la
course et du vol.
2° Les traditions du moyen âge, comme celles des temps
antiques, prêtent à l'autruche la plus incroyable voracité. Si
l'on en croit leurs témoignages, cet oiseau dévore, englou-
tit, non pour la volupté du goût, mais sans discernement
aucun et par voracité gloutonne, les pierres, les mottes de
terre, les métaux les moins digestibles, des charbons même
incandescents (1). Dans les contrées orientales où les au-
truches du désert sont parfois mêlées aux essaims des tribus
arabes, on en a vu, assure-t-on, avaler des pendants d'o-
reilles placés à portée de leur bec (2). Aussi, la tète de l'au-
truche est-elle souvent dans les arts l'emblème des excès les
plus brutaux de la gourmandise, de cette horrible avidité,
qui, « sans délectation du goût » , n'est qu'un empressement
sans fin à combler le gouffre du ventre (3). C'est le péché de
« glotonie ■> , celui de « mengier à outrage » , la « gastri-
margie crapuleuse » , l'effroyable voracité » qui, sous tous
ces noms à la fois, spécifie dans les livres du moyen âge le
sixième et avant-dernier péché capital.
BÉLIER.
Le premier usage que le bélier fait de ses forces est pour
la lutte et l'agression : c'est à quoi il essaye ses cornes aus-
sitôt qu'il les sent pousser; il les y exerce plus tard, il y pro-
voque ses pareils, et dans son ardeur de combat il altaijue
même les hommes. Aflssi, et surtout par ses cornes, repré-
senle-t-il les rivalités acharnées, les querelles, les rixes, la
contention (4j.
Le bélier, comme la brebis, a l'instinct moins développé
De Novo mundo. — Buec. — Vinc. Bellov., Spec. Mor., 1. III, Dist. 10,
pars 3, etc.
(1) C'est précisément cette indifférence inouïe pour la saveur des aliments
qui motive ce symbolisme. La voracité, écrivait encore Ripa au xvii« siècle,
fait qu'espérant le nouveau goût des mets qu'on va dévorer, on se hàle d'ex-
pédier ceux qu'on a déjà dans la bouche, sans chercher à les savourer. Aussi
peint-on l'avidité sous la figure d'une femme qui d'une main caresse un loup
et pose l'autre sur une autruche, cet oiseau avalant le fer et les aliments les
moins digestibles, et le loup, massacrant les troupeaux en masse sans réserver
de sa proie ni prévoir la faim à venir. {Iconologia diCesare Ripa.)
Bochard cite nombre d'auteurs à l'appui de ce qu'il dit lui-même sur la
voracité de l'autruche: CElian., De naturà animalium, XIV, 7. — Alexandre
d'Aphrodisie, in Pra-fat. apud Aristotel. Emblemata. — Alberl-le-Grand. —
Ulysse Aldrovande. — Conrad. Gesner Tigurin., Histor. animal. — Les sa-
vants éciivains arabes Averrboés, Alkasuinius et Damir, dont il cite les textes
dans leur langage original avec leur traduction latine. (Bochart, Hierozoïcon,
I. Il, 17.)
(2) Lapides, terra; glebas, carbones, candentes prunas, gemmas, ex adstan-
tium auribus pendentes sine ullo délecta vorat (^Elian., XIV, 7.) — Et
Torat ossa dura, et lapides, et glebas, et ferrum,... et ciim videt in aure par-
vam margaritam, rapit eam. (Damir.)
(3) • La segonde branche est de mengier et de boire a outrage sans mesure.
Cist sont proprement gloutons, qui tout engloutenl come fait li goffre de Sata-
nie. » (Manuscrit du xm' siècle. Bibliothèque royale.)
(4) Passim dans les Commentateurs. — V. pour l'application des cornes aux
personnifications de péchés, Vincent. Bellov., Spec. Moral., 1. III, d. 3,
par» 9.
et montre moins d'intelligence que la plupart des animaux
domestl([ues. Il personnifie par là l'ignorance la plus épaisse,
la stupidité, l'ineptie, l'indifférence religieuse qui en est sou-
vent le résultat (ij.
CHAMEAU.
1" Le cha'iieau porte le front haut, le cou renversé en ar-
rière, et son encolure prend dans la marche un mouvement
dominateur; son corps est grêle et élancé, et la bosse qui le
surmonte rappelait aux yeux de nos pères ces sols âpres et
montueux assimilés dans l'Évangile à l'exaltation de l'or-
gueil (2). S'.ius ce point de vue, le chameau, quoique doté,
ce nonobstant, d'acceptions très-avantageuses, était l'itnage
des superbes (3), enmêtne tempsque par sa stupidité il figu-
rait^es esprits lourds et les goûts abjects et terrestres (4).
Son nom est souvent employé dans celte acception dans les
livres saints.
2° Une tortuosité remarquable distingue l'ossature entière
et la charpente du chameau (5) ; cet animal, vu de profil,
offre par sa ligné dorsale un festonnement continu : ses ge-
noux sont coiume une bosse au milieu de se jambes grêles,
et sou museau plein de finesse forme un contraste remar-
quable avec la saillie de son front. Quand on regarde le cha-
meau en silhouette et comme ensemble, on ne voit qu'une
lourde bête et une masse irrégulière dont tous les détails cho-
quent l'œil. C'est en vue de ces caractères et jugé d'après ses
dehors, que le chameau a figuré ce qu'il y a dans l'ordre moral
de plus contraire à la droiture, c'est-à-dire la fourberie qui
souslesdehors les plussaints cache les plus honteux désordres,
les affections les moins réglées et les vices les plus grossiers.
3° Le chameau, dont le cou est mince et dont le gosier
semble étroit, passait pourtant au moyen âge pour dévorer
facilement les objets les moins digestibles, les pierres' et
même le fer : par cette circonstance encore il figurait les
pécheurs hypocrites et sacrilèges, gens timorés en apparence,
et auxquels les docteurs appliquent cette hyperbole sortie de
la bouche de J.-C. au sujet des Princes des prêtres : « Doc-
(1) Aries autem ignorantiam vel ducalum pravcc intelligenlia; désignât. (S.
Brun, astens. Op. t. I, p. 3t)8. — Ibid. In Job. — Yvon. tarnot., Serm. De
convenientià. S. Ilieron. epist.
(2) Omnis mons et coUis humiliabitur. (Luc, III, 5. — El passim dans les
livres saints.)
(3) Cameli... nomine aliquando in sacro eloquio gentilium superbia expri-
milur, quasi excrescente desuper tumore tortuosà. [Rhaban. Maur., De uni-
verso, VU, 8.)
Camelus, est Judœus tumens per superbiam. Scribarum et Pharisajorum per-
sonam gestat, qui per superbiam stultitiaîque vitio notahilessunt... Stultorum
quippe est proprium superbire. (Hhab. Maur., Enarrat. in Levitic, III, 1. —
Ibid., in Deuteronom., II, 6.)
(4) Camelus, araor seculi... — Cameli, peccatores moribus disiorti. (Hrab.
M.iur , De universo, VII, 8.)
Sed quid per camelum, cujus unicum et singulare oflîcium est onera portare,
nisi eos inlelligamus, qui peccatorum pondère prœgravantur ? 'S. Brunon.
astens., borail. in NaUil. Apostolor.) — Origen., in Matlli., XIX. — S. Eu-
cher., in MattU., XXIll, 24. — S. Brunon. astens., Sententiur., lib. VI. De
confessor., cap. 2. — Ludolph. Saxon., Vit. Christ., pars II, 13.
(5) Particularité signalée par son nom en grec. • Gamal (camelum)
Vcrbo gra;co curium significat. (Rhab. Maur., De universo, VU, 8.)
iu:>
HKVlîE DE h'XMAWmyUM: KT |J|<:î> THAVA!:\ I'I.BLICS.
IW
teuri areuyles. disait-il, ih dissrqnent le moucheron (pour n'en
avaler que les parties molles), et el iharaknt le chameau I »
c'est à-dire, ce qui non seuleinrnt par son énormité, mais
par sa tortuosité surtofit, paraîtrait le moins susceptible de
descendre dans le gosier (1).
4° Selon la coutume du moyen âge, de personnifier les
vices par les types de leur excès, le chameau fut pris fté-
queiiiment pour l'emblème de la colère, damai, qui est son
nom en hébreu, se traduit par r(HriliiUion,ei le chameau,
bien que traitable, débonnaire et reconnaissant, est en efiet
parmi les bêtes l'animal le plus rancunier. Le souvenir du
mal reçu ne sort jamais de sa mémoire, et il est fidèle à le
rendre, môme a[)rès uti temps prolongé ; nul aussi ne paye
cette dette avec plus de ressentiment et d'inexorable colère.
Une homélie de saint Basile qualifie ce courroux sans terme
du nom de « colère de tous les jours, » parce que rien ne
l'affaiblit et que les mois et les années ne peuvent rien sur
cette haine {'J). Après lui, saint Jean Chrysostome, saint
Grégoire de ÎMazianze, saint Isidore, Euutathe, le savant
Oléarius, et un grand nombre d'autres auteurs comparent
le vindicatif au chameau sans miséricorde {^.i), et Bochart cite
le proverbe : « Cne colère de chameau : » cette expression
spécifiait les irritations les plus implacables, et le même
auteur admire, à l'égard du nom hébreu du chameau, la
sagacité que son choix prouve dans notre premier père : « Ce
que nous savons, dit-il, par l'expérience, des ressentiments
du chameau, il le vit du premier coup d'œil : il comprit que
cet animal garde d'implacables colères (4), et lui imposa.
(1) Duces caîci, excolantcs culicfim, ramelum aiitcm glatientes (Matth.,
XXIII, 34) . Le clMin(^aii, noiimn' dans ce texte (wur marifuer de graves désor-
dres, était pris par metoiiymie pour celui qui se tes permet.
Culicein eiiiiii |ii|uant, hoc est, ininuti>simè maniluni illi,qui iniiiiina tan-
tùni III loge pervestigant ; quibus studiosiùs Insistant ubi omiiis iugeiiii vires
intendant. Canielum vero, hoc est perversorum actuuni tortuositntem. .. par-
vipendunt, nulloquippe mansu ruminationeve dévorant; quasi nihil ad rem
pertineat, s.icr.t habere hidibrio, et sceleratissimis quibusquc facinuribas in-
quinari. (Pier., XII, 32.)
(2)0learins (Iliner. l'ersic, lib. X.) narrât de camelo non it& pridem à
servo qundani pln^is excepte, qui posi aliquot menses eomdetn inler innitos
alios in diversorio jacentuin elegit, et pedibus oblrivit. (Uocbart. Ilicroxuicon,
II, 1. DeaimcU noviiiit),
(3) Les RK^mes auteurs qui signalent ces irritations du chameau rendent ce
nonobstant justice à sa grande docilité, et ajoutent qu'il symbolisait quelque-
fois celle qualité parmi les p.uens ; on le représentait alors tenu au licou par
un faible enfant. (V. aussi Pier., I, ,XIII, Tructabililm.) De plus, sa pa-
tience est si grande, qu'elle lui a valu parmi les Arabes le nom d'Abu-Job, ou
père de Job (Damir).
(4) llebraico Gantai <|uandoque est bonum, quandoque est • malnm repen-
dere. . . • Indu camelus nierit6 103 Gamal dictas est : quia niillum est ani-
mal, quod vel accepte injuria', luemoriam cooservet tenacms, vel ulliumm
persequalur acrii'is. Unde Basilius, luimil. 8, in Hexaémerun, quo loco ani-
uialia terrestria marinis confert et prapfert, • Camelorum autem animum inju-
riaruni racmorem , et gravoni, et diuturDain iraoi quis marinorum iuiitari
quc.1t?. . . ■ (Mim verberibus ca'sus camelus, ira longo posl lem|)ore rcconditjl,
cùm conimodum tempus iiactus fuerit, malnm rependil. . Chryso.<lomus in
sermone *<?> âuXu-cu, edil Savil., tom. VII, p. 3S3; • Kacti sunt injuriarum
meinores sicul caineli. • Isidojus Pelusiota, lib II, Epist. I,1S, • Cùm quis ut
taurus subsullal. ut asinus calcitrat. ni salax equus in fieminas hinnit. ut
ursus venlri indulget, ut muUis corpus saginat, et ut camelus m' mor est inju-
riarum. > — Eustatbius in llcxaém., p. 39: • Equus in fceminam libidinc
ardet, tardus est asinus el aoris auditiVs. . ., et camelus aoreplir injuria- memi-
nit. > — .. • Doctissimiis Oléarius (Itiner. Persic,, lib. V): •Ctmeli in nltio-
dans son nom. la désignation la plus juste qui pût eipri*
mercpt in<tlinrt. »
r.n\7.
U flatterie intéressée, la mollesse, l'ingratitude et la
malice astucieose renforcée de l'hypocrisie, mais sartoat
cet amour de l'indépendance qui porte daas les moralisirs
le nom de d^sobéisnance, celui d inqui/ltuU du corp$ (I), tels
sont les sens prêtés au chat dan» la Symb-jJique cbréliénoe.
La mollesse y est souvent 8|)écifi<'« par la queue de cet ani-
mal revenant passer sous son ventre el formant comme un
trône de fourrure sur lequel on le voit assis: et ses pattes,
toujours rôdeuses et toujours disposées à égratigner, mar-
quent celte haine de la contrainte, des goûu iodépeodants
et libres qui caractérisent le chat. Tels, mais dans un ordre
plus noble et marquant l'amour légitime et le culte saint
d'une licite liberté, les chats passants, effarouchés, et
ceux courant à toutes pattes, qui ont figuré sur des ensei-
gnes et qui ornent encore des blasons (2),
CHAUVE-SOURIS.
L'hypocrisie et l'amour désordonné des biens de la terre
se combinent dans cet emblème a»ec l'aveuglement spirituel
f't l'opiniâtreté dans sou propre sens. La chaoTe-souris re-
présente l'homme, chrétien de nom, païen de fait, pnnemi
des saines doctrines qui sont la divine lumière, et se com-
plaisant dans sa cécité. Appelé àdes fins célestes el à prendre
un sublime e.ssor, il préfère raser la terre el voltige dans les
ténèbres sans jamais s'éloigner du sol, ce qui marque son
aveugle ténacité à conserver ses idées propres et son sens
abjert et fau.ssé (3) : espèce indécise, ambiguë, semblable à
.— itt
nem valde proni sool, et accepte iojorin ■
ut in Persidc ira cameli in proverliiaiii abirhi. eàm <l« odioi
est... — (Ibid in Nazianteno, iambim tt...). — ||»c de nmtlt '
mine; in eo vel roaximé elurel primi patns Mpirnlia. qui. qaod i
expcrti simus, viso camelo suiim advertil hoc illiiu nse fniiuB. al i
servet et maluni pro malo taodan rcpcadal: «e |rrmilA ^^«wl TttrfJL i—#.
lalione ad aniroalis naluram ili aocnouKMlaU, M •■!]• nwilil MM saliM
(Sam Bocbarl. liieroioicoa. I. Il, e I.)
(t) Vincent. Bcllov., Spec moral. De Mparbti tl Bliataa ^ml BiM. &
De ifobtdiendà. — Ibid., De acedii «t Olialw* ^a*. Oid. IV. Dt i
corporit.
(i) L'enseigoe gnerriâre des Baargnigiwi. hlunaait par ka
plus anciens de la irience béraMiqw, pofic d*or à m dM da «Ma i
une souri- de mtoe, ei on lu i|a« loar né • Gaadiearaa f-rliit d*anr à ia
chat cfTarouché d'ar^cot arme d« (aeulat. • Dan* k bi^m* ttfril nmUikm»,
la famille Delta Gatta. an toyaaMa da Kapla*. partait d'anr 1 a«a<
d'argent au lambeau da gnaiilM «• chaf : eaila da laCMlMdte. •■ I
d'axur à deux cbau puaaou d'aifMt: «aliada tMattiw, m
à un chat d'argeot coDlàoné et oooraatan baa; etUa da
de ntaïa. at aaportaiM ■aanwia. (De VebMi da la
(3) VespertitÎMM circa terraai vulant: iià «t
quandà arobiilani : qaod iadi|MiM «M ia ««, ^
ram. .Voh *r^ «•MToiaitu M, aat datilw.
MfTAia f aitl aataiatia ad ailrananaai i^ttnHMaa aH'vak d
ifbtnt coHtimflaliani ttacaiilM, pewit fafirialar. (I
verso, I. Vill. c S.)
lo:
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
108
l'impur animal qui s'écarte peu de son trou et qui tient de
l'oiseau et des mammifères.
Vincent df Boauvais prête à la chauve-souris les ruses de
l'homme ; il ia montre étendant ses ailes et retirant ses
quatre pattes quand elle est parmi les oiseaux, et plus tard,
faisant son entrée au grand conseil des quadrupèdes en re-
pliant ces mêmes ailes et mettant au grand jour ces pattes
et son corps velu et fourré. Ceux que cet animal figure pren-
nent, dit le Miroir moral, le dehors de la sainteté aux yeux
de ceux qui la possèdent ; mais ils sont les plus dissolus et
les plus effrénés des hommes : oiseaux de nuit, ajoute-t-il,
dont l'œil ne pourra supporter les splendeurs de la vraie
lumière, et qui seront privés de la vue de Dieu (1).
CHEVAL.
Le cheval, qui souvent, et lorsqu'il est ailé, a de très-io-
bles allusions, en a de fort déshonorantes quand il figure des
péchés. Ses correspondants sont l'orgueil et ses générations
premières (2), l'insolence, la ruade et l'entêtement. Mais
surtout, en vertu d'un passage de Jérémie (3), et alors qu'il
est combiné avec la nature de l'homme, le cheval lancé au
galop marque la luxure effrénée, au point de vue de l'adul-
tère. Telle est l'allusion du centaure, commenté par tous
les moralistes du moyen âge et reproduit dans l'art chrétien
sur un très-grand nombre d'églises. C'est ainsi, qu'appelé
par Vincent de Beaavais et par Rhaban-Maur, « le coursier
du diable (Zi), » ce péché se voit au galop sur l'un des cor-
dons de voussure du grand portail de Notre-Dame. L'adul-
tère spirituel de l'âme qui a délaissé Dieu pour s'abandon-
ner au désordre se voit aussi à Saint- Denys au portail ouest
(baie centrale) dans la personne d'an centaure, qui, avec
un ricanement infernal, balance au-dessus de sa tête et em-
porte brutalement l'une d'entre les vierges folles. Au portai!
du transsept nord de la même église, le centaure sculpté
sous la console qui supporte le roi David semble caractériser
l'adultère de ce prince et rappeler sa pénitence par le psal-
(1) Vincent. Bdlov., Spec. moral., 1. III, d. 10, p. 3. — S. Eucher. in
Commeiitar. — Brunon. Astens, in Levitic. — Pier., I. XXV, c. 17. — Li li-
vres des natures des besles, manuscrit de l'Arsenal, article Li coure soruis.
(2) Une charmante miniature de l'Apocalypse représente l'orgueil sous la
figure d'un cheval blanc tout harnaché, qui rue, se cabre, et pn-cipite par terre
son cavalier, v^tu d'une tunique verte, d'un manteau écarlate doré, et chaussé
de bottines courtes et d'éperons. (Le Mariage de .\otre-Dame, manuscrit de la
• Bibliothèque royale, reg. manusc. 7018, fol. .33, verso.)
(3) Eqni amatores et emissarii facti sunt : unusquisque ad uxorem proximi
sui hinniebant (Jerem., V, 8). Equinam (disent les commentateurs) vates ille
dédit homini vocem, ut equinam in eo petulantiam argueret (Picr., IV, 24).
— Jumenta, in stercore putrescere, est carnales homines in fœtore luxuri:e
vitam linire (S. Gregor.). Jumenta libidinosos... et carnis voluptatibus dédi-
tes (S. Brun. Astens, in Psalm.). — Per equum,... superbos homines et luxu-
riosos intelligamus (ibid.). — Et V. Oddon. Astens., Expos, in Psalm. 30. —
Joël. 1. — Vincent. Bellov , 1. III, d. 3, p. 9. — Bochart, Hierozoicon. Ve
cameli nomine, etc. — Philip de Thaun, The Bestiary. — Li livres des natures
des bétes, manuscrit de l'Arsenal. — Li biestiaires, manuscrit de la Biblio
thèque royale, xiii« siècle, etc.
(4) Porcum, et diaboli jumentum. (Spec. mor. De luxiirià et filiabus ejus.) —
Equi, peccatores intelliguntur et luxuriosi homines,... equi, qui ascensorem
habent diabolum et angelos ejus. (Rhab. Maur., De universo, VU, 8.)
térion (1) placé entre les jambes antérieures du che;val, qu'il
fallait faire galoper pour préciser son allusion (2).
La suite au prochain numéro.
.Madame Fiîlicie d'AYZAC.
Dame de la Maison royale de la Légion d'Honneur (Sainl-Denysj.
(1) On sait que David déplora son crime dans la plupart de ses chants on
psaumes.
(2) Le galop caractérise l'emportement cl la fougue désordonnée des vices.
rtfftM^ittt^T #
NOTE
SUR UN HOPITAL EN FER,
CONSTRl'lT AU CAMP JACOB.
(ILE DP LA GUADELOUPE.)
DE I. ORir.lNE DES CONSTW CTIONS E.N METaL ET DES ENSEIGNE-
MENTS L.^ISSÉS PAR LES ANCIENS A CE SUJET.
Dans un mémoire remarquable de M. César Daly, inti-
tulé : Aperçu historique sur l'emploi du bronze dans les ou-
vrages d^art (Revue d'Architecture, etc., t. H, col. 112), nous
trouvons les lignes suivantes dont nous recomu.andons la
lecture à ceux qui douteraient encore de l'avenir des con-
structions en fur; car, loin que nous en soyons l'inventeur, il
y a '2,600 ans qu'elles sont connues. Ceux-là qui se défient
des novateurs, y trouveront la sanction des siècles, et l'ap-
prob-ition de ces divin» poëtes-arcliitectes dont les œuvres,
encore debout sur le somn^et de l'Acropole d'Athènes, sont
un éternel témoignage de la puissance et de la beauté de
leur art.
« Le bronze fut le fer des anciens pendant de longs siècles.
» Les beaux-arts ne tardèrent pas à l'employer, et l'on ne
» doit donc pas s'étonner d'en trouver des applications parmi
» les plus vieilles constructions de l'Egypte. 11 fallut un bien
» vif sentinfient de la beauté des monuments en bronze pour
» engager les artistes de l'antiquité à lulfer contre les im-
» menses difficultés que présentait alors sa fabrication.
» Eu Grèce, l'emploi du bronze fut extièmement coin-
109
lŒVLE I)K LAHCIHTIXTLUK KT DKS TRAVAUX PUBLICS.
tlO
» mun : le Chalriœms, à I,acé<Iémone, était un temple en
1) bronze dédié à Minerve, et élevé [)ar le célèbre Gitiadas,
1) puëte, sculpteur et arcliitecte, environ 750 ans avant l'ère
» chrétienne. Toutes les parties apparentes de ce monu-
» ment, depuis le somnitt jusqu'aux bases des colonnes,
» étaient entièrement enveloppées de plaques de bronze or-
» nées de sculptures myliiologiques.
» Pausaiiias rapporte que, lorsque le temple d'.\poIlon, à
» Delphes, fut rebcâti pour la troisième fois, il le fut en cuivre ;
ace qui ne doit pas paraître étonnant, ajoute t-il, parce que
)' Acrisius (iinit fait une chambru de niirre pour su fille, et
» que l'on voit encore k Spai te le temple de Minerve Chal-
» ciwcos. »
Après avoir cité les statues colossales élevées par les
Grecs, M. César Daly ajoute : « Il est probable que ces colosses
étaient formés d'un grand nombre de iiUres anseuible'es par
des cloun comme des ouvrayes de chaudrotmerie.
» Im charpente du Panthéon était construite en bronze, ei,
» selon Serlio, qui l'avait vue en place, les différentes par-
» ties qui la composaient étaient creuses; elles étaient as-
» semblées d'après le mode ordinaire des ihurpentes en bois.
» Les anciens faisaient aussi des courertures en bronze. A
» Rome, le temple de Vesta avait ùe^ tuiles en bronze. »
N'est-ce pas une chose remarquable que cette continuation
du monde ancien dans le ftionde nouveau, que cette prolon-
gation d'une pensée solitaire à travers les décadences de
l'art? Dans tous les siècles l'homme a eu les mêmes besoins,
les mêmes désirs ; seulement à mesure que le cercle de ses
connaissances s'est élargi, il a trouvé le moyen de les satis-
faire plus aisément, et il les a repris un à un, renouvelant
toujours cette lutte éternelle entre le vouloir et le pouvoir.
Nous avons pris au sérieux la phrase si pittoresque de
M. Daly, « le cuivre était te fer des anciens », et nous confon-
dons sans hésiter dans notre esprit le bronze et la fonte de
fer. Tout ce que l'on dit de l'un est l'histoire de l'autre.
Le patronage de Minerve porta bonheur, ainsi que nous
l'avons vu, à l'invention ; car dans la Grèce, ou plutôt
dans le monde ancien, les constructions en métal furent en
honneur. Plus tard, lors de l'invasion de barbares, pendant
le long et laborieux enfantement d'une société nouvelle, les
malheurs du temps vinrent entraver le commerce et l'in-
dustrie, et, après avoir oublié le traitement du minerai de
cuivre, on en vint à oublier les lieux mêmes où il gisait.
Dans cette partie de la terre qui avait formé l'empire romain,
il n'y eut de cuivre pendant des siècles que ce qui s'y trou-
vait déjà à l'état de métal. On dépouilla les monuments, on
brisa les statues, et on les fondit ; on les transforma eu mon-
naie, en armes, en outils et en instruments de ménage. Il
est probable, qu'à part quelques médailles, quelques statues
dans nos musées, il ne reste plus guère sur la Uure de traces
visibles de cette vieille industrie métallurgique, et que le
métal est retourné par l'usure des temps, molécule à molé-
cule, dans le sein de la terre, sous la forme d'oxydes et de
sels de cuivre.
.Nous ne parlerons pas de Is renaiwance de rindustrie do
fondeur en cuivre, n'ayant à nouif occnper que de l'emploi
du fer qui le remplace aujourd'hai, car la fonte pomèà» let
principales propriété» du bronze.
Si nous avonn auuni iosisté sur l'œuvre de Gitiadas, c'est
que nous tenons à ce que l'on n'attribue l'inveuiion des WÊti-
sons en métal ni à nous, ni mëm»; à un .Anglais, conuM oa
le pense sîtrement à Londres : la nouveauté d'un prooédé ne
peut que lui nuire, 1 r'^tsl vénéré et respecté que lorsqu'il
est si vieux, si vieux, qu'il est presqne oublié.
En commentant l'article de M. Daly, et en faiioot atten-
tion aux lignes imprimées en italique, on peut voir que le
syiitème d'ornementation des maisons en fer est dét«miiné
(«r Pausanias, il dit : « Les plaques de bronze étaient « om/e$
de sculptures mijlhnlofjiques. < On devait s' y attendre-, lecoivro
était à cette époque trop précieux pour qu'on ne l'employit
pas en le rehaussant, en le couvrant d'une ricbe ornementa-
tion. Les papyrus n'ont pas autant de pages blanches et de
justification que les romans modernes !
Les anciens comprenaient très-bien qa'uiie décoration
formée d'arabesques, de bas-reliefs, de quelques centi-
mètres à peine de saillie, ne nuit en rien à l'barmonie des
lignes d'un monument; et que, vues de près, elles récréent
l'œil du spectateur trop rapproché pour |M)uvoir en admirer
l'ensemble.
Nous trouvons dans certains édifices du moyen âge et de
la renaissance, des traces de ce système de décors; bous
nous bornerons à en citer deux exemples très-/emarqaa)>le8.
A l'Hôtel de ville de Louvain, le culs-de-lampe portawt
les statues présentent de loin l'aspect de feuillages sculptés
dans la pierre; de près, on distingue, an lîen de ces feuil-
lages, des scènes de la Bible traitées avec une verve extra-
ordinaire. Dans la partie du vieux Louvre, longeant la Seine,
les tambours des colonnes sout ornés des façons les plus
variées.
Chose étrange, le sculpteur qui avait, en face de lui, ua
si remarquable modèle, u'a su que faire de^ piédestau «a
fonte du pont du Carrousel, dans lesquels sont placés les
gardiens pré|>oséa au péage du ponu Sur ces piédestaux eo
fonte, il y a des surfaces lisses de plusieurs mètres carrés.
0 Gitiadas ! ù Jean (]oujon 1
M La char{)ente en bronze du Panthéon était assemblée à la
facondes charpentes en bois,* dit Serlio. Il est probable qu'il
en était ainsi, parce que le bronze de peu d'épaisseur offre,
de même que la fonte de fer, peu de résistance à la flexioo.
A la rigueur, les architectes eussent pu multiplier les fermes
et les rapprocher; mais, plus judicieux que nous, il!> avaient
bien vite reconnu que celte disposition ne présente pa» Tas-
pect grave et solide d'une charpente en bois, et qu'elle nuit
à la majesté d'un monument.
Ceux qui ont vu, entre autres à Bruxelles, la charpente
de la gare du chemin de fer du Nord, dont les mille petites
fermes ne présentent aux yeux que la reproduction en grand
d'une cage en fil de fer, sans aucun sentiment architectural ;
m
R!-:VUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
lll
ceux-l;i, disons-nous, comprendront toute la portée de
notre observation, surtout s'ils se souviennent de la belle
charpente en fonte de l'atelier des machines de Maudsley, à
Londres.
« Acrisiu ; avait fait faire ane chambre de cuivre pour sa
fille! i> Cette circonstance ne nous excuse-t- elle pas d'avoir
construit un hôpital en fer, pour de malheureux soldats
mourant de la fièvre ou de la nostalgie, sur une plage brû
Jante de cette île Atlantide rêvée par le divin Platon ?
Les anciens, très-inhabiles dans l'art de la sidérurgie, se
servaient de fer forgé et non de fonte. En voyant que le pre-
irier a disparu de tous les monuments oii il a été employé, il
est bon de se rappeler que la durée de la fonte zinguée peut
être très-considérable ; à la vérité, les siècles à venir seuls le
sauront positivement, mais il semble que l'on peut sans
crainte tenter un édifice considérable en fonte. Nous avons
aujourd'hui pour cela toute facilité : il y a 1,800 ans, on
obtenait, en traitant le minerai de fer, à peine une masse de
40 ou 50 kilogrammes par coulée ; en Angleterre, un haut-
fourneau produit acluellemcnt, dit-on, 16,000 kilogrammes
par jour, et en Belgique, nous avons été ingénieur dans une
usine qui pouvait livrer au commerce 00,000 kilogrammes
de fer par jour. Si l'on suppose une quantité suffisante de
cubillots réunis en un même point, on concevra la possibi-
lité de fondre, presque d'un seul jet, un palais ou une cathé-
drale. Très certainement, le CAa/c/œcos n'eût pas pesé plus
de 60 à 100,000 kilogrammes (1).
(1) Si de nos jours l'adoplion du fer a pris un très-grand développement, il
est vrai de dire f[ue son emploi, comme olémont nnique d'un ('difice, a ete
très restreint.
Belgique- On peut citer, dans ce pays, en première ligne, le pavillon de mu-
sique plac(' dans le parc de Bruxelles (Cluysennaert, arch.). C'est un décagone
de 10 m. de diamètre, et de 5 m. 50 de liaulcur depuis le plancher jusqu'au
sommet de la frise. Il est d'une très-grande légèreté, mais les arabesques de
l'architrave sont d'un dessin très-grèle. Il a coûté 18,000 francs.
Le plancher, sur lequel est placé l'orchestre, est mobile; il peut s'élever
ou s'abaisser suivant l'état hygrométrique de l'atmosphère et les besoins de
l'acoustique.
Au milieu de la cour du Palais de l'Industrie est une petite chapelle entière-
ment en fonle (II. Rigaud, arch.). L'aspect général en est assez satisfaisant.
Elle est dans un état parfait de conservation. Sa forme est octogone, elle a
3 m. 70 de diamètre. Sa hauteur est d'environ 4 m. 50 depuis le plancher
jusqu'au faîte de la corniche extérieure. Elle a coilté 12.000 fr.
Un pont en fonte et en tôle est jeté sur la route de Latken, qui coupe le
parc royal en deux parties. Ce pont, dont les culées en pierre renferment in-
térieurement des escaliers, est d'un aspect très-lourd et réussit fort mal à figurer
une énorme poutre en bois creusée intérieurement pour livrer un passage à la
famille royale. Pourquoi l'auteur, qui avait besoin de faire franchir la route
de Laeken à ses illustres piétons sans entraver la circulation publique, ne s'est-
il pas inspiré du pont des Soupirs à Venise?
Le pont en fonte construit (M. Marcellis, arch.) à Gand, est assez monu-
mental; mais que pense son auteur du pont en barres de fer (système Xavier),
à la station du Nord, à Bruxelles? M. Marcellis a couvert en tuiles de fonte
l'entrepôt de Gand, et la régence de cette ville l'a félicité de sa réussite.
La façade nord de la gare, place de Cologne, à Bruxelles, est entièrement en
fonte (Coppens, arch.). 11 est à regretter que le fronton n'ait pas été décoré
d'une manière plus favorable à l'emploi de la fonte.
L'hôpital du Camp Jacob a (ité construit à Liège, dans les ateliers de
M. Lachaussée, et il y a été reçu provisoirement par les soins de M. l'ambas-
sadeur de France en Belgique.
Parmi les projets que nous avons en portefeuille se trouvent ceux relatifs à
une halle, au-dessus de laquelle est une salle de fêtes pour la ville de
Nous savons bien qu'une telle entreprise présenterait de
grandes difficultés de moulage et d'exécution ; mais qui ose-
rait regarder nos hauts-fourneaux comme la dernière expres-
sion du progrés? et depuis l'invention de Ruoltz, ne semble-
Chimay. Cet édifice devait être entièrement en fer; les prix furent débattus
et convenus, et les plans envoyés à la direction des b.itiments civils de la Bel-
gique. Celle-ci décida, à notre grand regret, que les communes s'étant jus-
qu'à ce jour très-bien troavées de bâtir en pierre, elles devraient continuer de
même.
France. Ici nous n'avons pas d'édifice complètement en fer. Les plus consi-
dérables sont le pont de Cubzac et la flèche de la cathédrale de Rouen.
D'après la Bévue de t'arcliiteclure, on aurait bien- fait d'imiter à Rouen la ré-
serve du Conseil des bâtiments belges; bien que nous ayons de nombreux mo-
tifs d'aimer les constructions en fer, en raison mémo de cet intérêt, comme
nous désirons qu'on évite de compromettre par des applications maladroites
cette nouvelle industrie, nous devons avouer que nous partageons l'avis delà
Bévue. Nous profitons même de l'occasion qui se pn'sente pour déclarer que
nous sommes très-éloigni! de vouloir remplacer partout la pierre par le for:
les construciions en métal ne peuvent être, suivant nous, que de sconstructions
très-exceptionnelles .
Nous devons aussi citer le pont du Carrousel sur la Seine, à Paris, de l'in-
vention de M. Polonceau. C'est l'une des combinaisons les plus remarquables
sous le rapport de l'art et de la construction dans lesquelles on ait employé la
fonte Nous pourrions citer aussi toutes les imitations dont ce pont a été l'objet
dans les différents départements, ainsi que plusieurs marchés en fer et en
fonte.
Bussie. Parmi les monuments en fer de cette partie de l'Europe, nous con-
naissons l'arc triomphal de Moscou, publii^ dans l'ouvrage de M. Eck; la
charpente du grand théâtre de 1'éler.sbourg, et un assez grand nombre d'au-
tres charpentes et quelques ponts; tel est à peu près le bagage métallique de
cet empire. Pour apprécier la valeur artistique de l'arc de Moscou, il suffit de
rappeler qu'il a toutes les proportions d'un édifice en pierre ; son auteur est
tombé dans un défaut malheureusement très-fréquent, et dont on retrouve
les traces dans l'architecture de beaucoup de peuples qui, sans raison aucune,
ont répété des formes purement traditionnelles, et dont lis causes originelles
avaient cessé depuis longtemps d'e.xister. Voici comment un auteur anglais
explique cette singulière aberration qui Ynet l'esprit de l'homme au niveau de
l'instinct dos moutons de Panurge.
• Quand une cause quelconque a longtemps obligé l'homme à faire une
. chose, il y conforme si bien ses organes, son intelligence, son activité qu'il
. cheiche à la prolonger timt que des motifs impérieux ne contrarient pas son
• inclination; il suit de là qu'en tout pay.s, lorsqu'on admet dans lesconstruc-
• tions de nouveaux produits naturels, les formes et les modifications qui
. avaient été la conséquence des premiers matériaux adoptés, furent longtemps
• conservées ou plutôt imitées dans l'architecture plus récente. ■ (Hope.)
Anglelerre.W faut citer une éghse toute en fonte, à Everton, près Liverpool;
une multitude de ponts, de charpentes d'ateliers, d'usines, etc. Le marche aux
poissons de Hungerford, à Londres, est en fonte. L'ingénieur Stephenson .se
propu.se de jeter sur le Mersey un pont tunnel en tôle; ce pont doit être tra-
versé par des locomotives; mais avant de procéder à l'exécutiou de ce curieux
monument, voulant s'entourer des enseignements de l'expérience, on s'est livré
à dei essais nombreux et très-variés sur la résistance à la flexion des cylindres
de tôle, de divers diamètres et de sections différentes. Ce tunnel nous remet
en mémoire celui formant tunnel .sous-marin et proposé pour unir Douvres à
Calais. 11 a été publié par la Bévue de l'architeclure, et l'intention des auteurs
du projet serait de l'exécuter en fonte. Les colonnes du Circusslreel, à Lon-
dres, sont en fonte creuse, et offrent toutes les proportions massives de l'ordre
dorique grec. Comme jamais nous n'avons compris cju'Aphrodite, debout dans
sa puissante beauté, eût son buste emprisonné par un corset, nous n'applau-
dirons certes pas à ceux qui croient l'embellir et la rendre Callipyge en l'affu-
blant des paniers de madame de Pompadour.
Dernièrement, des maisons en tôle ont été expédiées de Londres aux colo-
nies ; des déchets de coton et de cocao ont été placés entre les deux parois,
parce que ces corps sont éminemment peu conducteurs du calorique.
Amérique. Il y a, dit-on, aux États-Cnis, un théâtre en f'r, et des maisons
en fonle y sont fabriquées; nous n'avons aucun détail sur ces constructions, et
nous nous bornons à les mentionner. Nous énumérerons plus tard les édifices
en fer qui se trouvent sous les tropiques.
Dans celte noie nous avons seulement cité les édifices présents à notre sou-
venir, et il est certain que nous en ïvons dû omettre bien plus encore que
113
HRVIIE DE LARCHITKCTURE ET DKS TRAVAUX PUBLICS.
Itt
t-il pas voir poindre dans Tavenir toute une Tabriration
nouvelle, qui détachera atome par atome le fer des mine-
rais, pour le porter sur un modèle, au moyen de l'induencc
mystérieuse d'une gigantesque pile voltaique ?
NATURE ET INCONVÉNIENTS DKS HABITATIONS ACTUELLES
AUX PAYS TBOPlCAi;X.
Dans ces pays toutes les constructions, en pierre ou en
bois, n'ont qu'un rez-de-chaussée, rarement un étage j la
façade du côté du vent est abritée par une galerie ; les fe-
nêtres, au lieu de vitres, sont fermées par des pcrsicnncs
mobiles et quelquefois par des carreaux en tissu lAche, ana-
logue aux canevas. Ces dernières dispositions ont pour objet
de faciliter la ventilation et de faire profiter les habitants des
plus légères brises qui peuvent rafraîchir l'atmosphère inté-
rieure des maisons.
La toiture est habituellement formée de petites plan-
chettes de sapin qui se recouvrent les unes les autres comme
les ardoises en Europe. On les appelle essentes. Les murs
des maisons en bois sont formés souvent aussi d'essentcs.
C'est ainsi au Motouba (1).
nous n'en rapportons. l'aire un travail complet sur ce sujet, serait à peu près
impossible et loin de notre but. Notre seule intention a été de montrer dans
quelle grande proportion le fer entrait dans les travaui modernes de l'archi-
tecture.
Ces constructions, qui ont pour la plupart des attaches de sjrsti-mes diffé-
rents, devraient être comparées entre elles ; mais, cipédiécs au loin, elles ne
sont vues que par de rares visiteurs; de sorle que les ateliers d'où elles sortent
connaissent seuls les procédés employés. Sans la publicité, que nous appelons
de tous nos vœux, et dont nous donnons l'exemple, il est impossible de pro-
fiter de l'cipérience et des fautes de nos devanciers.
Nous espérons que le gouvernement français portera son attention sur les
phares en fonte élevés, cuire autres lieui, à la Jamaïque (light house, on Mo-
rand point) et aux Rermudes. Leur emploi parait se généraliser. La persis-
tance du gouvernement anglais fait préjuger en faveur de leur utilité et de
leur supériorité. Le coût doit eu être de beaucoup inférieur Ik celui des phares
construits en pierre, et ils ont, si nous nous rendons bien compte de leur
exécution, l'avantage de pouvoir être élevés sans aucun cchafaudagi'. Nous
n'avons pu en rapporter lesdessins en Kurope, malgré notre désir, non plus que
ceux des églises enfouie, etc. Pendant notre séjour ài laGuadeloupt,M. lemi-
ninistrc de la marine voulut bien écrire à M. le gouverneur de cette possession
de nous confier ce travail, mais des conditions d'économie sont malheureuse-
ment venues s'opposer h l'exécution de ce désir, que nous eussions été perton-
Ticllement flatté de satisfaire. Ces raisons n'existant pas toujours, il faut
espérer qu'un ingénieur du gouvernement aura été chargé tic ce travail.
I.'hApilaldu camp Jacob étant situé presque dans un désert, à deux lieues
de la mer, il sera peu visité par les colons, que nous avons à peine vus,
n'étant resté que cinq mois aux Antilles. Nous leur souhaitons de n'avoir
jamais à constater la Ixmtédc notre système; un tremblement de terre pou-
vant seul prononcer en dernier ressort sur m valeur réelle. Depuis le 8 février
1843, on a rcbAti de tous cAtés; seulement les constructions nouvelles sont,
pour la plupart, un peu moins bien faites que In anciennes. Uéjà, dans cer-
tains cercles, on ne croit plus aux tremblements de terre, tellement peu on
se souvient du désastre récent. Nous-même, un instant, à la Basse-Terre,
en 1846, nous avons pensé que l'épouvantable tremblement de 1813 n'était
qu'un bruit de journaux: mais en songeant aux projets d'édifices publics en
fer que le minisire nous avait fait préparer, et en regardant au soir la fumée
du volcan, qui s'étendait sur le ciel calme et pur des tropiques, coumieun
long voile blanc, nous sentîmes, maintes fois, treuaillir tous nos pieds
celte terre dévorée par un feu intérieur, et involontairement la protestation
de Galilée nous revint à l'esprit : Et cependant elle tremble!
(I) En 1814, ce palais a été abandonné, et un autre, aussi en bois, a été
ronstruil a cûlé, sur la place dite champ d'.Vrbaud. Nous ne pouvons nuus
ï. Vil,
Si l'on ne devait pas tenir compte des inconTéoients et d«
dangers inhérents i ce genre de construction, si la durée du
bois pouvait être prolongée au moyen de procédés idrs, pea
coûteux et d'une application facile, ce système noot paraîtrait
préférable h tout autre, à raison de la modicité du prii de
revient et de la promptitude des réparations, car il suffit
d'enlever et île remplacer les planchettes pourries (1). Il est
bien entendu que nous réservons la question d'art et d'élé»
gance qu'il nous parait impossible de sitinfairc avec ce mode
de Ron.ttruction.
IMais dans ce pays, dont les grandes fortunes ont dispam k
la suite de la concurrence faite aux sucres colooiaui, des
désastres causés par le tremblement de terre de 18i3, et
enfin par la perturbation morale motivée par les débats re-
latifs à l'affranchissement des noirs, évidemment, dans l'étude
des habitations des colons, les questions d'économie et de
solidité doivent primer celles de la décoration et de l'ediet
artistique.
Les charpentes se font en bois de sapin de l'Amérique di
Nord. Ce sapin, non saigné, rouge et très résinent, a l'ap-
parence de celui qu'on expédie de Russie sons le nom de
bois de la couronne; il se paye non ouvré de 60 à 70 fr. le
mètre cube. Il y a, pour le débiter, une scierie à Fort-
Koyal (Martinique) et une autre k la Pointe-à-Piire (Goa-
deloupc). Les essences du pays, telles que le balssla, le
laurier-rose, le citronnier, etc., sont rares, très coàleoses,
et d'un transport difficile, en raison de leur |M>ids et du mau-
vais état des routes, ou plutât des sentiers aboutissant ant
forêts où elles croissent. Ni le commerce, ni les art» ae
peuvent y compter : aussi les constructeurs ne se servent-ils
que des bois de sapin importés des Êtat<i-Uni$.
fonslructions en Maçonnerie. A la Guadeloupe, la plu-
part des maisons sont en pierre de lave du pays; la chaut
provient des Iles Saintes (2). La brique, qu'on emploie
rendre compte de ce délaissement du site le pla* agréable qu'il y ait i la
Basse-Terre. La résidence du Malonba est située à 10 kitométm eaviroa 4p
la Basse-Terre, et rar le venaat de la StmttUtt ; la ro«le ^ j wJaii a Mé
faite, il r a deux ou trois «nuées, par le I" régimeot d'iatulcri* 4e ■mIm.
Des soldats, préposés k et soin, l'entretienoeot iiarfailemenl ; ils «aat Mâ-
chés par petites brigades dans les sjnupas qni bordeol la nrale 4e i
distance.
Otte maison de plaisaoce, d'oà la vue s'éleo4 tar mi I
est en bois, et composée d'une aggloniéralioa de eabaMS ^. 4e Ma, M
donnent l'aspect d'un château de carte*. On nous j a wMtH 4ci laa|M*-VMi
ayant appartenu i lord Cocbraoe. et on btUard i éétlÊftitt le J«MMr le
plus intrépide. Tels sont les resliges 4e la 4oiBiMtioa aaglaiae. Ea pmtm
rant le jardin, nons avons remarqué des rosiers et antres arbatUt ttm-
rope. Ils y ont été apportés par madame de Goorbryre, feaMMC *» élpm
amiral fraicais qui a usé sa vie au service de la eoloaie, et 4oat ie« ■iHwa-
reux garderont éternellement la mémoire.
(1) Depuis l'inrendiede la Basse-Terre, l'adminislratioa talaailV a ftUéé-
fense de couvrir en essentes:on les aremplarées so)lpar4aiiat,4ial teifi»-
dures résistent peu aux dilatations dn métal : soit par et U Mk galiiaMli,
dont il se fait une grande consommation. Il serait i 4éwu ^W (H »nM têt
un effet rétroactif sur certaines constructions ancienoe*, et, eatre aatre*. lar
la salle d'armes, à rAnenal. Celle-ci est eatiérr«M«t ea b«it, mmn H la*-
ture ; elle renferme cependant plusieurs milliers de fasiU.
(2) Petites Iles distantes de quelques milles de la Gi
ment, avec cette dernière, le canal des Sainie».
116
UEVllE UE L'ARCIIITiîCTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
11»
que fort rarement, est généralement importée de France ;
elle coûte souvent jusqu'à 300 francs le mille (1).
Le prix du mètre cube de maçonnerie est très difficile i
établir- il varie en raison de l'éloignement des lieux où l'on
bâtit des bords de la mer, et atteint souvent un chiffre in-
croyable.
A Saint-Pierre (Martinique), à la Pointe-à-Pitrc (Gua-
deloupe), à Saint-Thomas-des-Danois, les maisons sont en
pierre, et il faut mentionner dans cette dernière île une église
catholique d'un gothique primitif, avec pignon à créneaux.
Elle a été terminée il y a un an.
Constructions en bois. Depuis les derniers tremblements
de terre, le nombre des maisons en bois s'est considérable-
ment accru, malgré le peu de confortable et les inconvé-
nients de ces habitations. Il est probable qu'il en a été ainsi
toutes les fois qu'une commotion plus forte que celles qui
périodiquement effrayent ces contrées a causé quelque grande
catastrophe; puis, dans les temps de repos, on s'est enhardi
à construire de nouveau en pierre.
L'homme est ainsi fait, qu'il se laisse abuser par le pré-
sent, et refuse à l'avenir de pouvoir renouveler le désastre
qui l'a effrayé la veille. Pendant une de ces époques de
crainte, ou plutôt de sagesse, sous la domination anglaise,
lord Cochrane a élevé, en bois, le palais du Gouvernement
à la Basse-Terre, et la résidence d'été au Malouba.
Les habitations ou cases des nègres sont formées de petits
bambous enchevêtrés entre eux, et dont les interstices sont
remplis par de la terre préalablement délayée dans de l'eau.
Les nègres font eux-mêmes leurs cases.
Les bâtiments en bois peuvent être dévorés par l'in-
cendie, et connaît-on un moyen de les préserver? Le feu n'a-
t-il pas éclaté en quatre ou cinq endroits différents à la
Basse-Terre, et n'a-t-il pas détruit la partie la plus com-
merçante de la ville? En outre de cette considération de
l'incendie qui peut compromettre la vie et la fortune du
colon, et le laisser à la merci de quelque vengeance, ne
faut-il pas aussi tenir compte des insectes si nombreux et si
dégoûtants qui se logent dans le bois, des centaines de rais
qui deviennentles hôles et les commensaux de l'habilunt de la
maison en charpente, dont la durée est de dix ans à peine (2)?
Constructions en Pierre et en Bois. En 18ii et 1845 on
a mis à l'essai deux nouveaux .systèmes de constructions : le
premier avait pour but d'assurer la stabilité des murs en
(1) Auilles Saintes, cependant, on trouve abondamment une eicellente ar-
gile avec laquelle on fait de la poterie, et dont on pourrait faire des briques :
malheureusement ces lies manquent d'eau. Depuis quelques années, on a fait
de grands travaux de fortifications, on y achève actuellement le fort Napoléon.
Ces travaux ont coûté plusieurs millions, et sont tous en pierre.
(2; Les Antilles peuvent être divisées en deux grandes catégories, celle
infestée de rats et celle infestée de serpents. Ces deux espèces d'animaux ne
se trouvent généralement pas ensemble ; à la Martinique, il y a des .serpents ;
à la Guadeloupe, ce sont des rats, et leur nombre est tel, qu'ils sont le (Icau
des plantations de cannes à sucre. Dans plusieurs habitations, un nègre est
préposé à la destruction de ces rongeurs, et il doit tous les jours en fournir un
certain nombre de lèles. A la Dominique, les Anglais, pour se débarrasser
des rats, ont apporté des serpents ; mais ces derniers ont été vaincus et
manges par les rats, qui sont restés maîtres de l'Ile.
pierre en rendant leurs parties plus solidaires, au moyen de
piliers en bois encastrés dans leur intérieur et supportant les
charpentes des combles.
Le but du deuxième système était aussi d'empêcher I*
trop facile désagrégation des murs. Pour cela, l'auteur ap-
pliquait contre les faces de la maçonnerie un réseau en fer
destiné à relier, pour ainsi dire, les pierres les unes aux
autres.
Mais ces essais, non encore sanctionnés par la triste ex-
périence d'un tremblement de terre, garantiront-ils les ha-
bitations? Nous ne le pensons pas ; selon nous, ce ne sont là
que des palliatifs impuissants, et, comme pour le passé, nous
craignons que les édifices en pierre n'offrent aux colonies
des Antilles aucune sécurité pour la vie des hommes.
Constructions en Fonte, en Fer et en Tôle. A la Domi-
nique, une caserne en fonte a été transportée de Londres à
la ville de Pioseau; elle a été reconnue inhabitable à cause
de la chaleur, et les vingt-cinq hommes composant la garni-
son de l'île sont allés se loger ailleurs,
A la Jamaïque est un phare en fonte, semblable à celui
que l'on achève aux Bermudes. Ces phares sont d'un prix
minime et paraissent déjà généralement adoptés pour tous
les pays dans lesquels le prix de la taille des pierres est très
considérable.
Le phare de la Jamaïque devait être doublé en liège; ce
revêtement fut transporté en effet à la colonie, mais il n'ji
pas été mis en place.
Il n'y a pas eu jusqu'à présent d'accident causé par l'élec-
tricité au guetteur qui habite cette façon de paraton-
nerre.
Deux églises eu fonte y ont été envoyées par le gouverne-
ment anglais. D'après les renseignements que voulut bien nous
donner le noble comte, lordElgin, gouverneur-général delà
Jamaïque, quand nous eûmes l'honneur de le rencontrer
abord du Forth, ces monuments n'étaient pas encore élevés :
plusieurs pièces cassées pendant la traversée causaient ce
retard; d'autre part, les documents transmis par M. le gou-
verneur de la Guadeloupe à M. le ministre de la marine in-
diquent CCS églises comme à une seule nef, avec clocher sur
le porche, et fenêtres en ogives. Du reste, ils ne mention-
nent aucun détail de construction.
On voit dans cette colonie anglaise, une fabrique de soie,
qui est en tôles ondulées formant charpente. La coupe trans-
versale du bâtiment est un demi-cercle. Cet édifice, d'un
aspect disgracieux, n'a pas été imité.
Une des usines de la compagnie centrale, celle qu'elle a
élevée à la Grande-Terre, est en partie en fer; les sabots
des fermes sont en fonte, et nous craignons pour eux les
secousses d'un tremblement de terre.
Enfin, nous-même, nous venons de monter au camp
Jacob une salle destinée à servir d'hôpital; cette salle est
toute en fer M).
(l)Le camp Jacob, du nom de M. le contre-amiral Jacob, est situé dan»
nie de la Guadeloupe, à cinq ou six kilomètres de la Basse-Terre; il est à mi-
117
MEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
IIS
Résumé. Ces diverses constructions présentent les avan-
tages et les inconvénients suivants :
Conslructions en pierre.
Avantages. — Elles présentent peu d'aliment à l'incendie;
une tempériilurc intérieure moins élevée
que celle di; l'air extérieur}
une longue durée.
Défauts. — Elles ne résistent pas aux tremblements de terre ;
elles sont d'un prix exorbitant aux colonies.
Constructions en bois.
Avantages. — Prix de revient Irès-faible;
température peu élevée;
une résistance suflisante aux tremblements
de terre ;
Défauts. — Sujettes à l'incendie;
de peu de durée.
Constructions en fer, en fonte ou en tôle (ancien système).
Avantages. — iN'ont pas à redouter l'incendie;
résistent peut-être ans. tremblements de
terre;
d'une longue durée.
Défauts. — Température intérieure très élevée;
transport diflicile;
bris irréparable
le; I
pour la fonte.
On voit qu'une maison construite aux colonies doit oITrir
Jes avantages suivants :
N'être pas sujette à l'incendie;
Avoir une température intérieure peo élevée;
Etre peu coûteuse ;
Se composer de matériaux d'un transport facile;
Enfin, ne passe laisser renverser par les tremblements
de terre.
Nous pensons que notre sjstème joint à toutes les qua-
lités requises celle de pouvoir résister à l'ouragan.
SYSTÈME DE CONSTRUCTION BN FEU ADOPTÉ AU CAMP JACOB.
Voici dans quelles circonstances nous avons été appelé à
entreprendre la construction qui fait l'objet de cette notice.
Feu M. le contre-amiral de Gourbeyre, par suite des évé-
nements du 8 février 18/13 (1), demanda des maisons en fer k
-côte dn voloin appelé la Sourrièrc, et à 8M m. ai>.4a*ii( do niveau de la
tait. Ce camp a été roiisiruitpour raccliinatement de* troupe.i venant d'Eu-
rope ti» Ifur (Icbnrcjiicnidit, elles y Iroiiveiil une tenipcralurc bcaiiroup moins
<Slov('e qu'il la lîassc-Tcrre; les iiuils y sont nu^me très froides. Après quel-
ques mois de séjour au camp, elles le quittent |)our se rendre dans leurs gar-
nisons respectives. Pemlant la saison do l'hivernage, du IS juillet à la lin de
novembre, les troupes renioiitenl au camp alin de st soustraire aux fièvres
<]ui régnent alors dans les lieux voisins de la mer. C'est, du reste, un usage
adopté même par les colons, de passer la mauvaise saison >ur le* hauteurs.
(1) Date du tremblement de terre de la Guadeloupe.
M. le ministre de la marine. Celui-ci, sur la reconuuada-
tion de M. l'ambassadeur de Fraoce, en Belgique, qoi atait
eu occasion de conaaitre notre brochure publiée à l'occasioo
de l'incendie de Hambourg (l;,nous demanda, entre autres
projets, ceux relatifs à l'hôpital dn camp Jacob. Ces plans
ayant été approuvés par le Conuil des travaux de la ma-
rine, nous procédAmcs à leur exécution, et nous nous ren-
dîmes sur les lieux pour opérer le montage. Notre traiail
a été terminé le 1" mai iShù.
Nous allons donner le détail de cette constroction ; le
lecteur jugera si nous avons résolu le problème proposé.
L'hôpital du camp Jacob devait se composer de plosienn
salles formant autant de bâtiments indépendants les uns des
autres. Une seule de ces salles a été exécutée, et c'est d'elle
que nous allons donner la de.scription et les dessins.
La pi. (i représente son élévation principale, sa coepe
longitudinale, la moitié de sa coupe transversale et la moitié
de l'élévation d'un de ses petits côtés.
La pi. 5 donne le plan général où se voient dans un
premier quart les poutrelles du plancher ; dans un deuxième
quart, le plancher même et une coupe du socle de l'édifi» à
0 m. 20 de hauteur au-dessus de ce plancher; dans le troi-
sième, une portion du plafond, les entraits auxquels il est
suspendu, ainsi que l'agencement général des fenêtres et des
murs intérieurs et extérieurs, et enfin, dans le quatrième
quart, la couverture en tôle. Dans la pi. 5 se voit aussi,
en perspective, le montage du squelette en fer, ainsi qu'une
vue intérieure de la salle.
La pi. 6 donne les détails de la construction.
Dimensions. — Chaque salle a 16 m. de loagneur inté-
rieure, 8 m. de largeur, et 3 m. 60 sous l'entrait.
Fondations. — Les fondations ont 1 m. 50 de proibnéenr
et 0 m. 50 d'épaisseur.
Elles dépassent le sol de 0 ro. 50 i l'extérieur, et de
0 m. 90 à l'intérieur.
Comme les fondations d'une maison en fer n'ont d'autre
but que de lui procurer une assiette horizontale, oo doit leur
donner peu de hauteur, et si l'on n'avait pas l'intention de
laisser la construction longtemps à la même plare, il sulli-
rait de l'établir sur des pièces de bois juxtaposées horizon-
talement et bout à bout, mais il faudrait de temps en temps
s'assurer si elles sont en bon état.
Dans lé cas où un édifice aurait une très grande longueor,
nous recommandons de lui donner un soubassement en ma-
çonnerie non continu, c'esl-è-dire formé de blocs isolit. Un
soubassement continu se fendrait et se détruirait sous Tactioa
de la dilatation, tandis que des blocs isolés s'inclineraient i
peine sous celte action, suivant un angle d'autant plus gratti
que la dilatation serait plus considérable; ils deviendraient
verticaux quand le thermomètre baisserait.
Les fondations que nous avons fait faire au camp Jacob
sont en pierre du pays; la chaux provient des Iles Saintes.
(l)y«MiMr ImmutrwtHmttmftr.im-V.BnMiMti, lUi.
119
REVUE DE L'AUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
120
Sur celle maçonnerie est placé un socle [a, pi. 6, fig. 1,
2, 3, II, 7 et 8), tic 0 m. 15 de largeur, avant au milieu une
arôte verticale de 0 m. 20 j la fonte a 0 m. 025 d'épais-
seur.
Murs. — Le socle sert de base à l'édilice et règne tout
alentour; ilesl traversé pardesmonlanls(i!),^(/. 1,2,3, /i,7et
8) en fer forgé servant de piliers. Ces montants ont 0 m. 02
sur 0 m. 00; leur hauteur, à partir du socle, est de 3 m. 60;
en dessous du socle, elle est de 1 m. Cette partie inférieure
est engagée dans la maçonnerie des fondations, et elle y est
retenue par une clef (c, fg. 3 et 4) Dans cette clef sont
pratiqués des trous par lesquels passent des tiges de fer (d) des-
tinées à servir de conducteur au lluide électrique, et qui sont
prolongées dans le sol aussi profondément qu'on le juge con-
venable pour l'écoulement du fluide.
La réunion de deux plaques consécutives du soda (fg. i,
2, 3, /l, 7 et 8) a lieu au point où passe le montant (6), et
avec ce montant même.
Un montant correspond sur les façades au milieu de
chaque trumeau, et il y a deux montants qui divisent en
trois parties égales les extrémités du bâtiment; il y en a aussi
deux à chaque angle (6. fig. 7 et 8), et chacun d'eux porte
avec lui une équcrre ou cornière (e), dont un des côtés est pa-
rallèle à la face attenante de l'édifice. C'est sur celte équerre
que sont fixées les tôles (/") delà façade. (Voyez. les détails de
cette disposition fig. 9.) Celle-ci sont assemblées deux à deux
par des boulons (gf) de 0 m . 006 de diamètre, et placés à 0 m.
06 de distance les uns des autres. Une bande de fer (h) ayant
la section marquée fig. 9, masque les joints des tôles en les
recouvrant. Cette bande est également traversée par des
boulons d'assemblage.
Les tôles ont 0 m. 003 d'épaisseur.
Aux angles du bâtiment sont des colonnes en fonte {fig. 7
et 8) ayant un diamètre intérieur de 0 m. 10. Elles servent
à la descente des eaux. Chaque colonne porte dans toute sa
longueur deux pattes (jk, k) dans le plan des murs en tôle
correspondants. Sur ces pattes sont vissées des équerres avec
lesquelles sont assemblés verticalement des montants qui,
se réunissant à leur sommet, embrassent l'arbalétrier de
croupe.
On voit, par ce que nous venons de dire, que tout le
dehors du bâtiment est en tôle, excepté le socle, les colonnes
d'angle et les encadrements des portes et des fenêtres , qui
sont en fonte.
Toutes les pièces formant la charpente et les supports
sont, sans exception aucune, en fer forgé; en cas de trem-
blement de terre, elles peuvent se fausser, mais elles ne se
rompront pas.
Les fenêtres et les portes sont en fonte moulée, et des oves
en décorent l'encadrement {fig. 10 et 11). Le même mo-
dèle ayant servi à la fois pour les portes et pour les fenêtres,
les unes et les autres ont par conséquent la même largeur,
1 m. 10.
Les targettes, destinées à fixer les portes et les fenêtres,
ainsi que les poignées servant à les faire mouvoir, sont eu
cuivre.
Fermes. — Les fermes sont au nombre de quatre; elle»
sont formées {fig. ù, 5 et 6) de :
Deux arbalétriers, de 4 m. 50 de longueur, sur 0 m. 00
XOm. 02;
D'un poinçon en fer rond, de 1 m. de longueur et de
0 m. 025 de diam.;
De quatre faux poinçons, de 0 m. 25 de diam. ;
Et d'un entrait, de 0 m. 25 de diam.
Le poinçon, le faux poinçon et les arbalétriers sont mis à
point par des écrous se mouvant sur l'entrait, qui est taraudé
aux places voulues.
Les sommets des deux arbalétriers sont réunis et impri-
sonnés par deux plaques de tôle {i) de 0 m. 01 d'épaisseur,
traversées par des boulons d'assemblage et par le faîtier.
Les arbalétriers de croupe ont 0 m. 07 sur 0 m. 02.
Ils ont des faux poinçons comme les arbalétriers des fer-
mes, et des demi-entraits, qui viennent se fixer à une pince
placée au pied du poinçon de la ferme extrême (fig. 6
bis).
Des tirants en fer rond traversent les têtes et les pieds
de tous les poinçons et faux poinçons, et maintiennent les
fermes et les fausses-fermes dans leur plan vertical, en dé-
terminant leur écartement par le serrage des écrous contre
les poinçons, jusqu'à ce qu'ils soient amenés dans ce plan.
L'on reconnaît que l'effet est produit, lorsqu'en se plaçant
dans le plan des deux poinçons extrêmes, les poinçons inter-
médiaires sont masqués par le premier poinçon.
Couverture. — Des pannes en fer (n) sont |)areillemenl
engagées dans la partie supérieure des poinçons, et fixées
contre les fermes; elles portent les tôles de la toiture (Voy.
fig. 13).
Celles-ci ont 0 m. 02 d'épaisseur, elles sont fixées ainsi
qu'il suit :
Deux tôles dont les deux côtés dans le sens de la pente du
toit ont été relevés de 0 m. 06, à angles droits, sont juxta-
posées (fig. 12 et 13). Sur les bords relevés, on place
à cheval un boudin de 0 m. Oli de hauteur; entre les deux
côtés relevés de cette feuille en tôle on glisse un morceau de
tôle (m) de 0 m. 10 carrés, et le tout est réuni par un bou-
lon. Le petit morceau de tôle est traversé par la barre (n)
formant l'entre-toise ou panne des fermes , et il peut se
mouvoir horizontalement, et aussi perpendiculairement à
l'entre-toise ; l'œil dont il est perforé est assez grand pour
permettre ce jeu.
Le toit peut aussi se dilater dans tous les sens, et le vent
ne peut l'enlever, sans entraîner l'édifice en entier.
Si l'on a soin de placer les boudins à 1 centimètre au
moins au-dessus du niveau des tôles {k) du toit, et de décou-
per ces tôles de manière qu'à leur partie la plus basse, le mi-
lieu descende plus bas que les côtés dans la proportion de
0 m. 05, pour chaque mètre de la largeur de la feuille de
tôle, l'on ne doit pas craindre que l'eau remonte par l'effet
121
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
122
de la capillarité ; il suffit que deux tôles consécutives se re-
couvrent d'au moins 0 m. 06.
Le faîte est recouvert d'une tôle de 0 m. 03 d'épaisseur.
Il est posé sur un fuîlicr en fer plat, de 0 m. 06, sur
0 m. 02. Ce faîtier est fixé contre des fermes par des pattes
coudées et boulonnées.
Le toit porte quatre lucarnes que l'on peut ouvrir de l'in-
térieur du bâtiment au moyen d'un mouvement de sonnette.
Doublage inlérieur. — A 0 m. 35 de distance du revête-
ment en tôle, est placé un doublage en bois formé de
planches de sapin du Nord, de 0 m. 10 de hauteur sur
0,025 d'épaisseur. Ces planches, assemblées ù rainures et ù
languettes, sont clouées horizontalement sur des poteoux
verticaux en bois,
La dilatation des tôles des façades peut, à raison de la
longueur de l'édilice, devenir assez considérable pour que
l'on doive en tenir compte, et si la cloison intérieure était
adhérente à la tôle, celle-ci, en se dilatant^ ferait fendre les
boiseries, les papiers, les tentures, etc.
Le plnncher en bois est établi sur des poutrelles de 0 m.
16 d'équarrissage. Quelques unes des poutrelles sont liées
avec le socle en fonte, et maintiennent l'écartement des côtés
parallèles. Le plafond, également en bois, est suspendu aux
tirants et aux eiitraits. Le plancher et le plafond sont en
planches de môme dimension que le revêtement intérieur.
Le plafond a quatre rosaces à jour.
Il suit, du mode de construction adopté, que des ouvreaux
étant ménagés dons les fondations et dans le socle, lair
circule entre les deux enveloppes, l'une en fer et l'autre en
bois; cet air s'échappe par les lucarnes du sol, et entraîne
avec lui l'air vicié de la salle par les rosaces du plafond.
Celte enveloppe intérieure est absolument indispensable;
elle seule rend possible d'habiter les édiliccs en fer dans les
pays tropicaux ; elle peut être évidemment en bois, en tôle,
en mur d'une brique de champ, etc.
Dans les lieux situés à une hauteur de k h 500 moires
au-dessus du niveau de la mer, on devra le soir boucher les
ouvreaux inférieurs, afin de maintenir, autant que possible,
l'air échauffé entre les deux parois.
Nous pensons qu'au camp Jacob on aura pu ainsi éviter
de faire descendre à l'hôpital de la Basse-Terre les dysenté-
riques qui avaient à souffrir de la fraîcheur des nuits.
Paratonnerre. — Le bâtiment est surmonté, à son mi-
lieu, d'un paratonnerre h pointe de platine, haut de 3 mè-
tres. Ce paratonnerre n'a d'autre conducteur que l'édifice
lui-même, dont les montants, plongés dons la maçonnerie
des fondations, sont en contact avec des barres de fer qui
communiquent avec le sol.
Galerie ati vent. — Des attaches ont été réservées pour
rétablissement d'une galerie destinée à préserver la partie de
l'édifice exposée au vent. Si nous n'avons pas exécuté celte
galerie, c'est qu'elle n'était pas portée sur notre marché;
mais comme elle est indispensable, nous espérons que l'ad-
ministration coloniale l'cura fait construire.
Peinture. — Toutes les pièces en fer avaient reçu en Eu-
rope une couche de minium, afin de pou«oir résister h l'ac-
tion délétère des eaux de la mer. Arrivées au camp Jacob,
une deuxième couche de minium et deux autres de blanc de
céruse leur ont été appliquées. Cet dernières n'ont été mises
qu'a l'extérieur. Le bois a été également peint avec du blanr
de céruse ; les portes et les pcrsienncs, en vert anglais. Le»
poutrelles ont été goudronnées.
Montage. — Les travaux ont duré plus de deux mois, bien
que nous eussions h notre disposition les soldats du 1" régi-
ment d'infanterie de marine en garnison au camp ; mais dans
celte localité les pluies sont presque journalières, et sur
cinq jours il en est trois do pluvieux. Le manque d'outils,
l'inexpérience des ouvriers, dont un seul était scrrorier tan-
dis que les autres étaient ou cordonniers, ou tailleurs d'ha-
bits, ou peintres en bâtiment, etc., nous ont forcé de pro-
céder très lentement au montage. Si l'on ajoute i toute*
ces couses de retard celle du changement hebdomadaire de
la plupart des ouvriers, on concevra aisément que l'édifice eût
été levé et mis on place dans l'espace d'un mois, si nous
nous fussions trouvés dans des circonstances moins défavo-
rables (1).
Aucun de nos ouvriers n'a été blessé ou malade.
Calcul des différentes parties Je l'édifice. — Les dimeo-
sions des différentes parties ont été calculées de manière
qu'elles pussent résister dans les circonstances les plus dé-
favorables.
Comme toutes les fermes ne sont pas également espacées,
quelques unes sont soumises à des efforts plus grands que les
autres ; néanmoins les différences qui existent .«ous ce rap-
port ne nous ont pas paru assez notables pour justifier des
difl'érences dans leur construction. Kn procédant ain.«i. noof
n'avons pas atteint la limite inférieure de l'économie des
(I) I.e$ militaires employé* à diOëreols IraTlux dans la (
quand ils font partie de* ouvriers de t" riassr, I fr. 50 aal. par J
de 2' classe, et les manouvres, ne reçoiTent qoe 83 ccot. Sur (vtte i
il leur est imposé de.<i retenue*, soit pour lear masse (car ils oseal I
plus d'rirets en travaillant qu'en faisant le service de» tioopr* en pamiw).
soit pour l'ordinaire, soit pour le senrice de garde qa'il* parent i levn ca-
marades, etc., etc.; de telle sorte qu'ils ne tourbral rrelIcMrat ^«e !$•■
20 rcnt. par jour. Cette somme est trop minime : dan* le* mtmu ciittm-
sianrrs un n^re retoit 3 fraoes et mène 3 franc* ptr Jow, mImi m* torcn
et les localités.
Il faut avoir habité les colonies pour savotr que te pTO»«N : i
comme u» nègre, est une mystiOcatioD inventée pw
Pour nous, il signifie ne rien faire ou presqoe rien.
I.a Journée de* ouvriers mlliuire* est (rèi mal divisée. CflMMe H* taM
obligés de manger anx même* heure* que lenr* camarade», c'e»i-à-4ir* k
dix heures du malin et à qaatre beorr* et demie du «air. !• Illi«illfl 4r
six heures à dix heures du matin, et rerommenrent de aM i fMlra hmct
et demie. Il serait à désirer qu'ils pussent reprendre lews «caiwUMW à éHK
heures et non à midi ; il* travailleraient alors jnsqa'i ail kinu Ai aair. la
longueur des jours étant à pea prés constante. U ctt kandt émttt^'mk
tratail exécuté sons les tropiques, depuis miJi JM^'è ém hOMC», ■* paat
être que très préjudiciable à la santé d'un Eoropéco.
Kn écrivant cette note, nous sentons le be*oia de dédaitr ^M M«» ■'•-
vons eu qu'à nous louer du zèle de* ouvriers militaire*, et ^«a mm av«M
rencontré cbex MM. le* oWciers une bienvaHIaMt ^
souvenir de noire téSjour passager «u camp Jacak.
123
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
124
matériaux, mais ce désavantage a été plus que compensé par
la simplification introduite dans la fabrication, et par le sur-
croît de résistance qui en est résulté pour l'ensemble du bâ-
timent, surcroît que l'on aurait tort de dédaigner dans. les
constructions nouvelles, quand on peut l'obtenir sans incon-
vénient grave.
Prix. — Le prix de l'adjudication a été de 25,000 fr.
par salle. Ce prix peut ainsi se décomposer :
Fer en barres 6,000 ]
Tôles. . . . 6,000 I 18,000 Idlogr. . . 16,000 fr.
Fonte. . . . 6,000 )
Bois 2,060
Portes et fenêtres 600
Serrurerie. ...» 100
Paratonnerre ZlO
Peinture 1^200
Montage | '^"Europe. . 600 j
° \ en Amérique . l,200j
Transport 3,200
Somme égale au chiffre de l'entreprise.
1,800
25,000
Supporté par l'État .
Transport de la Basse-Terre au camp et fon-
dations 2,500
Total du prix de revient. 27,500
Les constructions de même grandeur, en pierre, faites au
camp Jacob, ont coûté au moins 40,000 fr.
Valeur des matériaux provenant de la démolition. —
Les matériaux provenant de la démolition d'une maison en
fer peuvent s'élever à une somme assez considérable, d'après
le degré de conservation du métal. Comme les tôles et les fers
que nous avons employés sont d'assez fortes dimensions^ nous
pensons que leur prix marchand, après démolition, est au
moins du quart du prix de vente du fer. C'est donc une
somme de Zi.OOOfr. qu'il faut retrancher du chiffre du devis,
ce qoila réduirait à 22,500 fr.
La suite au prochain numéro.
A. ROMAND,
Ingénieur-architecte.
DU LOUVRE
SA COUn , SA FONTAINE, SES TONNEAUX VESPASIENS , SES LANTERNES
EN GIBETS, ETC.
MONSIEUU,
Je prends la liberté de vous adresser diverses observations,
auxquelles je désirerais donner quelque publicité ; je serais flatté
que vous voulussiez bien leur accorder une place dans les co-
lonnes de votre Bévue.
Il est étonnant qu'au milieu des nombreuses restaurations de
monuments entreprises depuis 1830, on semble si peu s'occuper
du palais du Louvre. Ainsi, voilà peut-être plus de vingt ans
que les bases des colonnes de trois des péristyles qui donnent en-
trée à la cour du Louvre sont recouvertes d'une masse de plâtre,
comme si l'on avait à les préserver de la chute des matériaux,
ainsi que cela arrive lorsqu'on exécute de grandes réparations ;
et cependant, depuis longtemps, on ne voit l'aire aucuns travaux
sous ces péristyles. Comment se fait-il que ni l'architecte, ni les
inspecteurs, ni aucun de ceux qui sont préposés à la conserva-
lion du monument, n'aient encore fiiit attention à cette désa-
gréable particularité, qui frappe les regards des moins attentifs?
Comment se fait-il aussi qu'on laisse subsister depuis si long-
temps, et tout proche de la grille qui entoure la statue équestre
du duc d'Orléans, cette ignoble pompe en bois, avec son auge
massive, qui semble toujours attendre les garçons maçons ou les
laveuses du quartier?
S'il est vraiment nécessaire qu'il y ait une pompe dans la cour
du Louvre, rien de plus facile que de remplacer celle-ci par une
pompe en fonte avec un bassin de forme simple, si l'on veut,
mais convenable, comme on en voit, du reste, tant d'exemples,
même dans les plus modestes habitations particulières.
Si la symétrie paraît désirable, pourquoi ne pas poser aux an-
gles de la grille quatre bornes en fonte dans le genre de celles
qui se voient à la fontaine Molière? L'une d'elles pourrait faci-
lement faire le service d'une borne -fontaine, ainsi qu'on en voit
sur les places publiques de Paris.
Jusques à quand verra-t-on ces hideux tonneaux à urine se
dresser le long des murs de la cour du Louvre? Que ne construit-
on des î;es/)asï(?nwes? L'architecte pourrait leur donner telle forme
qu'il jugerait plus en rapport avec la dignité de cette cour mo-
numentale, si célèbre dans nos annales historiques. Que d'ar-
gent voyons-nous dépensé, tous les jours, pour des choses bien
moins urgentes et souvent bien inutiles! Que dire aussi de ces
125
lŒVUE DE LAIICIIITECTUIIE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
12»
huit grossiers poteaux en charpente, qui font une si laide ligure
près de la statue équestre? Que doivent penser de nous et «le nos
autorités les étrangers (]ui passent dans cette cour, éclairée tant
bien que mal par les réverbères ([u'on accroche le soir k ces
poteaux, et qui Tont un si pitoyable contraste avec tout ce qui les
entoure ? Qu'atteiid-on donc pour les remplacer par des lumi-
naires plus en rapport avec le monument? Les (juais, les boule-
vards, les rues et places pul)li<iues de Paris sont encore là pour
protester contre l'inconvenance de toutes ces choses vraiment
monstrueuses dans une capitale telle «[ue l'aris. Hua dire aussi
des potences servant encore de colonnes lampadaires, malgré
les progrès en tout genre dont notre siècle est si lier?
Si, sortant du Louvre, on se pla(!e en l'ace de la célèbre colon-
nade qui regarde l'église Saint-Germain l'Auxerrois, on reste
réellement stupéfait en voyant l'état de dégradation dans lequel
subsiste depuis si longtemps, le mur de soutènement (jui encaisse
le terre-plein où furent enterrés momentanément les corps des
citoyens tués pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet. Une
mauvaise palissade en planches, ii moitié pourries, forme le triste
pendant de la grille qui entoure l'autre terre-plein. Qu'atteiid-on
pour reconstruire ce mur en bonne pierre, et pour y poser une
grille semblable à celle (|ui existe de l'autre côté de la façade (1)?
Coinmenl se fait-il (ju'on laisse les abords du Louvre dans un
abandon qui ne serait pas toléré vingt-ciualn; heures par la voirie,
si c'était la propriété d'un simple particulier? Nous n'exagérons
pas en disant qu'une partie de ce mur est en si mauvais état, que
les pierres semblent vouloir s'ébouler sur les passants, et qu'elles
laissent voir partout, à travers leurs interstices, la terre qu'elles
sont chargées de soutenir. Des marchands de bric-à-brac et d'i-
mages garnissent de leurs étalages les mauvaises planches qui
enferment le terre-plein, et ajoutent encore à l'air misérable et
dégradé de cette partie du moimment (2).
(1) Nous ignorous si nous nous trompons; mais il nous semble que lors-
qu'on se Uikidera à' loucher à ce tcrre-picin, il sera à propos (l"cn rétrécir la
largeur, pour pcrnieltre de voir le monument de plus près, et de laisser le
spectateur s'approcher des détails de sculpture qui se perdent dans l'éloigoe-
ment.
(2) A notre époque, où l'on s'occupe tant des anciens monumenls, nous
nous étonnons du voir persister un abus qui depuis lonKtemps ne contribue
pas peu à les dégrader et il en giller l'aspect. Nous voulons parler du droit que
se sont arroge certains marchands, de clouer et attacher leurs marchandises
aui portes et aux murs de plusieurs édinces publics. Nous nous contenterons
de citer comme eiemples Notre-Dame de Paris, l'église Saint-b^tiennc-du-
Munt, dont les portes sont continuellement obstruées par les marchands de
petits livres ci d'objets de piélé : l'holel de la Monnaie, le bâtiment des Ar-
chives du royaume, dont une des portes coodamuée sert de boutique à des
revendeurs ; les arcades du palais d« l'Institut; etc. Nous profilons de celle
noie pour signaler aussi un autre genre d'cnvabisseineul dont la police ne
semble pas s'occuper ; c'est cette manie, celte lièvre de placards et d'annonces
de toutes tailles et de toutes couleurs qui rouvrent les murailles des maisons
et de plusieurs monumenls ; il y a telles boutiques à Paris, fermées fautes de
locataires, qui ne sont plus visibles aui yeux de ceux qui cherchent il louer.
Les portes, les volels, sont lellenieiil placardés d'aflirhes. qu'on découvrirait
dirUcllemcut l'entrée de l'élablisseineDt. Commeul se fail-il que le premier
venu ait le droit de s'emparer et de défigurer arbitrairement ainsi la propriété
publique ou particulière? Sontce les règlements qui manquent ou bien né-
glige-t-on à ce point d'en surveiller l'eiéculiou? Les nmrs des maisons ne
semblent plus appartenir aux propriétaires, mais h une foule d'industriels in-
connus qui travaillent la nuit ou dus le point du jour, et échappent ainsi à
toute surveillance. La police est-elle doue impuissante contre un pareil dé-
sordre ■/
Au moment de livrer celte leltre k l'impression, nous apprenons que le
nouveau couservaleur dcsilrc/iiv«s du royaume, M. Lclrouue, vient de faire
Quand verrons nom d i»pMrattre cette iimia de phtht» <|M'<iii
nomme la Galerie de bms, qui rette, en manière de pruvifoire
indéfini, collée à la grande galerie du Louvre, et qui ne fat d'a-
bord construite que pour une exposition motneotaiiée detapit-
saries, il y a une dizaine d'aniite eoviron? Si eette mninfrooio
conviction, qui déBgnre un grand monument, est devenue in-
dispensable pour les expositions, que ne lemiine-t-on les gale-
ries du Carrousel, dont nous attendons la construction et la fin
depuis si longtemps (1)?
I>es projets ne manquent pas; tous les ans on en voit éclore
de nouveaux : il n'y a que l'embarras du cboix; les arcfaited»
attendent qu'on mette leurs talents k l'épreuve.
Quand verrons-nous s'ouvrir le concoursqui leul doit décider
du choix de l'homme liabile chargé de ces importants travaux?
Pour l'honneur de la France et de la couronne, MM. les députés
devraient bien y penser sérieusement. Ce serait une belle paie*
ajouter aux fastes histori(|ues de notre pays; et la '*^riTllrrff de
1847 devrait être jalouse de voter enfin l'aehèteiaeot d
du Carrousel.
J'ai l'honneur d'être, etc.
L-J. G ,
On des lecteun de la Revue générale, tu.
F.%ITM DIVKRS.
Vestiges de Sinive et du temple de Diane Leueophrf/né. Oa aSMl
çait. Il y a quelque temps déji, que la galerie du rci^e-diiMife 4
Louvre «Stail enlièremenl disposée pour recevoir les mines de Mnivc
A la bonne heure! Que nous n'ajrons pas la doulcor de voir exp
aux intempérie» de noire climat rigoureux les débris si prédcasde ftm-
cienne Mnive, comme cela s'est fait cl se fait encore poar les fragaaMs
du temple de Diane l^ucopliryné, rapportés par les soins de aode en-
frère et collaborateur M. Texler. Ces fragioenis giseal.i celle bcwe. ••
même lieu où ils furent déposé» lors de leur arrivée, il y • deas •»,€>«-
à-dire dan» le jardin de l'Infante. L'eau pluviale rempiil les cavMs des
sculptures, les gelées arrivent ensuite, et le liquide, qai segaale c* se so-
lidifiant, aura certainement détérioré les parties les ploa dflicsKs de ew
fragmenls. Valait-il la peine de le» faire rapporter è (nads frai» de l'.Uie-
Mineure, de risquer la vie de plusieurs iiBBMWS i les enlever (sis per-
sonnes périrent i ce travail) pour les laisser caaalte se déléiiwa dMs
un enclos fermé au public? Espérons que lea I
un sort plus heureux.
Chambre des Pair*. On a placé sur leurs
cycle du bureau de la Oiambre des pairs, les
M. Debay père ; de italesherbe», par U. Bm ; de PotttUs, par M.
de d'Aguesseau, par M. Maindron ; deTurgol. par M. liegendre-llérald ;
de Mathieu Mole, par M. Bare fil»; cl de lllôpittl, par M. Yaiots. t*ns k
nicbe pratiquée i la gauche du président, k la aaisMMX da i
cycle de la chambre, on a placé la auiae de ssiat LmIk par M.
La niclic en face cstdcstiaécireceToirccUe de CbariUMiae, fK i
M. ïitex.
■s I
de CtJkttt,
cesser le traodaleiu abot Ooot ooos ooo» plaigBoas, « fa* r«Hfa de h
porte, «i loogieaips condawnde à sefvto d'éuiac* dt feii»è-*cac. nnt
d'être rtndu au service de l'*4W< dsi Àrtàtmt.
(3, C'est aux CkaarfiM* à tépawlre à celle deraièfs «BMlàsa. car U
civile uc peut faite sawortrr à •»« laaie de telles ll| (X ém D.)
«27
REVUE DE L'AIICHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
128
Lps slaliies de Monlesquieu, par AI. Kanteuil, cl d'Klienne Pasquier,
par M. l'ojalier, ornent les deux exlrémilésdela bibliothèque.
M. Picot a terminé le plafond du cabinet destiné particulièrement à la
Je.cliirc dos journaux quolidicns.
M. Achille Ledéreaâii nommé secrétaire archiviste de la section d'ar-
chitecture, à l'école des Beaux-Arts, en remplacement de M. Vaudoyer,
<lécédé vers le milieu de l'année ISZiG. Cette nomination a été précédée de
tirconstiinccs que nous devons faire connaîire ; et elle sera suivie de con-
séquences graves pour l'avenir de l'enseignement architectural à l'École
<les Beaux-Arts.
Nous apprécierons toutes ces circonstances dans un travail spécial.
Le Nouvel Opéra de Paris. Des personnes en position d'être bien in-
formées assurent que le nouvel Opéra sera mis au concours ; inais au
lieu de commencer par ouvrir un concours général d'esquisses, pour pré-
luder à un concours définiiif entre un nombre déterminé des concurrents
vlont les esquisses auraient été jugées les meilleures, on parle d'ouvrir
directement le concours délinilif en invitant onze artistes seulement à y
■prendre part.
L'administration ticnt-c'.le à fortifier les soupçons dont elle est l'objet?
La route qu'elle prend conduirait inévitablement à ce résultat.
Il faut un concours sur esquisse d'où l'on n'exclura aucune lumière,
et c'est au jiuy de ce concours, composé de manière à représenter tousles
intérêts engagés, à prononcer les noms des artistes dignes de concourir
pour le projet définitif. L'administration peut craindre de voir emporter le
prix par un artiste qui n'offrirait pas toutes les garanties désirables pour la
bonne conduite des travaux; c'est là, en effet, une question intéressante,
mais qui peut se résoudre aisément et sans nécessiter des mesures arbi-
traires. Dans notre prochain numéro, nous donnerons la description de
plusieurs projets d'Opéra, qui ont été déjà présentés à l'administration,
mais dont les auteurs demandent le concours public en annonçant l'in-
tention d'y prendre part.
Avis aux constructeurs des. pays tropicaux. Dans les pays sujets
aux tremblements de terre, les constructeurs devraient toujours tenir
compte des secousses périodiques qui viennent ébranler leurs travaux. 11
conviendrait même que, dans l'intérêt public, les administrations fissent
enregistrer tous les faits de nature à fournir des données aux construc-
teurs qui voudraient prévenir par des dispositions particulières, les effets
déplorables des tremblements de terre. Un témoin oculaire du tremble-
ment de terre qui causa des désastres, il y a peu de temps, en Toscane et
<n Calabrc, lit des observations très intéressantes pour les architectes et les
ingénieurs. Dans les deux pays, M. Pella a observé la répétition parfaite
des mêmes accidents ; il les décrit ainsi : 1° Même dans les collines, on
remarque que les villages placés sur les sommets ont été bouleversés ; au
contraire, les maisons rurales qui se trouvent au fond des petites vallées
intermédiaires ont été épargnées; 2° de deux villages, San-Regolo et Lu-
ciana, le premier, bâti sur une mollasse friable, et le second sur un banc
de calcaire coquillier très solide, l'un a été abattu et l'autre a souffert infi-
niment moins; 3° plusieurs villages bStis sur le macigno compacte et sur
des gabbris très consistants, n'ont presque pas souffert. Snn-Luce et Cas-
'tellina, qui se trouvent au milieu de la ligne des villages bouleversés, ont
été cependant épargnés, sans doute parce qu'ils se trouvent sur des îlots de
(;QÎ)f>rî solides.
Ces faits méritent l'attention des constructeurs qui dirigent des travaux
dans les pays exposés aux tremblements de terre. Évidemment, l'assiette
ri'ime construction doit contribuer à sa conservation ou à sa destruction,
tout aussi bien que la manière de combiner les parties de l'édifice, ou que
le choix des matériaux employés.
Cnnstantinople. La ville d'Alger n'est plus reconnaissable, Oran se
4ransforme, Constantine se gâte; il n'est pas jusqu'à Constantinople qui
^e commence à perdre de sa couleur locale. Après nous avoir pris une
partie de notre affreux costume : bottes, pantalons et redingotes ; après
-avoir échangé leur longue canardière au canon orné, à la crosse d'ivoire
incrustée, contre le vilain fusil des fabriques belges et anglaises ; leur beau
damas recourbé contre nos abominables coupe-choux ;il ne manquait aux
Turcs que de nous emprunter noire architecture, à nous qui ne faisons
que d'emprunter aux monuments de tous les styles et de tous les siècles.
Chose singulière ! Sous le rapport de la couleur, du pittoresque de la
forme et du luxe d'aspect, presque partout les peuples que nous appelons
barbares l'emportent immensément sur les nations qui se glorifient de
leur haute civilisation. Ceci n'est pas à démontrer : la question serait posée
à cent artistes qui ont visité ces pays qu'elle serait résolue par acclama-
lion. Voyez cependant la marche des faits, et cherchez-en l'explication...,
si vous avez des loisirs. L'Europe veut civiliser la Turquie ; on la convie,
on la pousse même dans ce qu'on est convenu d'appeler la voie du pro-
grès, et il ne manque pas de Turcs tout prêts à faciliter le mouvement.
Eh bien ! quelle est la première conséquence de ce progrès, tel qu'il se
fait ? N'est-ce pas l'abandon du beau pour le laid ? Nos chapeaux en carton
couverts de soie ou de pluche donnèrent-ils jamais à la physionomie hu-
maine ce cachet de beauté grave et douce, que les Ottomans emprunte à
leurs turbans de soie et de cachemire ? Nos habits étriqués peuvent-ils se
comparer aux riches vestes turques brodées d'or, de soie et de pierreries ?
El une fois que ces peuples consentent à dégrader la majesté de la figure
humaine du type le plus élevé que la nature ait créé, qui peut dire où ils
s'arrêteront ?
Au Turc costumé à l'européenne ne faut-il pas ensuite l'architecture
européenne ? Pourquoi donc s'étonner si, sur les rives du Bosphore, le cot-
tageanglais ctla villa italienne viennent s'asseoir sur les ruinesdu kiosque?
Le palais de l'ambassadeur français à Constantinople, bâti par un de
nos confrères de Paris, est terminé ; M. de Bourqueney y est déjà installé.
A la fin de septembre dernier, Reschid-Pacha, ministre des affaires étran-
gères, a posé, en grande pompe, la première pierre de l'Université qui va
être érigée près de la mosquée de Sainle-Sophie, et on comtnencera aussi
sous peu la construction d'une Académie de Médecine. Les plans de ces
monuments sont les trophées exportés de nos contrées.
>©o-
Fetite Correspondance.
A M. P. M., à Londres. Oui, il existe des vestiges de tunnel passant
sous un lit de rivière, et de construction fort ancienne déjà. Je n'ai pas
reçu de renseignements positifs sur l'ancien tunnel passant sous le port de
Marseille cl qu'on disait avoir retrouvé ; mais on a dernièrement découvert
quelques portions d'un tunnel qui passait sous la Penfeld (1), à l'entrée
du port de Brest. I^cs traditions du pays disent que ce n'était qu'un passage
destiné à maintenir, en cas de siège, les communications du château de
Brest avec l'extérieur. Il ne peut servir qu'au passage des personnes, et
devait, par la nature môme de ses fonctions, être tenu secret. 11 a dft
être entièrement enlevé dans le roc vif, schiste, quartz et granit.
— M. V. B., à Lille. Les planches de l'ouvrage des PP. Alartin et
Charles Cahier, sur les vitraux de Bourges, peuvent, en effet, s'acheter
par feuilles détachées. On s'adressait autrefois, h Paris, chez Hauser, 3,
boulevard des Italiens; aujourd'hui, il y a avantage, je pense, à s'a-
dresser chez Victor Didron, place Saint-André-dcs-Arts, 8.
(t) Le port de Brest est creusé dans le lit de la Penfeld.
Errata. A la col. GI, teite et note, au lieu de « Léon Cahier, lisez:
Charles Cahier ; et ù la place de «cure d'Juno/, » mettez curé d'Aurial
(dans le Limousin).
CÉSAR D.\LY,
Direcleur et rédacteur en chef,
membre honoraire et correspondant de l'Académie royale des Beaux-Arts
de Stockholm, de l'Institut royal des Architectes britanniques, etc., etc.
Paris.— Imrrimmc de L. Mautinet, rue Jacob, 30.
129
REVUE OE LAUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
IM
MEMOIRE
SUR THENTE-DEUX STATUES SYMBOLIQUES OBSEnVÉES DANS I.A
PABTIE HAUTE DES TOUBEILES DE SAIiST-DEKVS.
(Troisième article. V. col. 49, 05 et 97.)
DEUXIÈME PARTIE.
ZOOI.OCli: HYSIBOIilQVE
DES TOURELLES DB SAINT- DENTS.
CHIEN.
Au point de vue de ses qualités et jugé comme serviteur,
compagnon et ami de l'homme, le chien a dans la Symbo-
lique un rôle noble et élevé; au xiii* siècle et dans les sui-
vants, les chiens danois, les chiens lévriers et tous ceux de
races élues, marquaient sur les pierres tombales au\ pieds
des dames de haut rang la fidélité conjugale et d'autres vertus
du manoir. Mais déjà, avant cette époque (1), on avait rat-
taché il l'idée de différents vices les chiens errants, les chiens
vulgaires, les chiens malappris ou hargneux, ceux des races
dégénérées qui multiplient h l'infini, mènent une vie vaga-
bonde et sont poussés par leur nature et leurs extrêmes priva-
tions à des excès de toute sorte. Les Hébreux, les Grecs, les
Romains, lesOrientaux, avaient fait aussi du nom de ces chiens
l'injure la plus flétrissante que pussent exhaler jamais la co-
lère et l'indignation. Quant au chien que le moyen ôge char-
gea du rôle de péché, il représenta cet état de dégradation
non-seulement par sa figure, mais par quelques-uns des actes
ignobles qui lui sont le plus familiers. Ainsi, par divers ca-
ractères, par sa langue ou ses dents souillées, par ses pattes
et par sa queue, par ses hurlements ou son silence intem-
pestifs, par les extrémités repoussantes auxquelles le porte
sa faim ou sa voracité, le chien réunit en lui-même des allu-
(i) Ce qui se voit dans tous les Pères d« l'Eglise et dans les corotnenUiteurs
de la Bible.
T. VIL
sions aux sept péchés oa à dtt *ice« qui en dérifeot, et ^
les remplacent «ouvent dans ta Symbolique chrétienne. C'ect
donc dans ses espèces les plus communes, et comme vag*-
bond, errant et représentant la misère spirituelle et iMBOeoop
de vices abjects, que le chien fournit par son nom, è tOM là
peuples de la terre, l'expression la plus iosullanle d'un bra-
tal et profond mépris. Aussi sa race spécifique, ceux de K*
membres mis en scène dans les compositions hvbrides, et se*
diverses attitudes , ne sont pas chose indifférente dans le*
bas-reliefs symboliques où il marque et personoiGe quel^M
flétrissante acception.
1' Le Démon, quand il est représenté sous la forme d'an
animal, a presque toujours quelque membre, quelque ca-
ractère du chien. C'est par ses instincts faméli<|ues et par se*
appétits gloutons que le chien figure ce prince du mal et
l'enfer lui-même, avides de perdre les âmes, et, selon le
style figuratif, impatients de les dévorer. C'est ainsi qn'oa
lit dans un psaume : « Seigneur, délivrez mon âme de l'épée,
et de la main du chien (1). » Mais c'est surtout par la réu-
nion des sept péchés capitaux, dont il personnifie l'ensemble,
que le chien figure l'Esprit de ténèbres, l'auteur du mal f$r
excellence, l'instigateur de tout péché (2).
2° Le chien aboyant avec rage et se jetant sur une proie
figure souvent les pervers et les persécuteurs des justes, les
profanateurs incapables de discerner les choses sacrées et
qui en doivent élre écartés. Ces chiens font allusion aux
persécuteurs dans ce passage du psalmiste : « Seigneur,
une multitude de chiens (dévorants) m'ont environné » ; et
ils signifient les profanateurs dans celui-ci de l'Évangile :
« Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, de peur qu'ils
ne se retournent et ne se précipitent sur vous pour vous dé-
pecer (3). » De là aussi l'usage de cette formule : a Saocta,
sanctis : foris canes », prononcée tout haut par le diacre dans
les premiers Ages chrétiens au moment oà l'action du saint
sacrifice allant commencer, les excommuniés, les énergo-
mènes, les |)énitcnts publics, etc., étaient expulsés de l'é-
glise (4).
3° Le chien hurlant contre la lune était TemblèaM im
envieux.
Le dogue préposé souvent i la garde des boucheries, et
dont les dents et la langue sont fréquemment souillées de
sang, représentait la Détraction, l'une des filles de l'Envie.
Ainsi, dit Vincent de Beauvais, les dents et la langue des
détracteurs sont-elles imprégnées de sang, celui des àaei
malheureuses frappées de mort spirituelle par les bkatares
(1) D« manu cjnii. (Pt. xxi, SI.) — Cmm, iateaw Wilii
canine cuocta avide vont. (Odd«a. Attaos. ia Piata. joa.)
(2) Canis aulem, ipa« diabote Mt, qui eaa wi
Utrare non cessât. (Brun. Âti. in Psalm.> — ta* «t
ilùm illud... • Eripc.. . de manu canis anicaaa mmb. • (Bw il hk.)
(3) MatUi., VII, 6.
(1) Même idi^ dans ce« parole* d« VÂfaatjfm, M mM ** >■
JcTUMlem : • Foris rjnes, et rcatld, «t taipaiiei, il kMrieito, «1 i
viciites, et omni* qui Ikcit et aaul MMiMiaa. • (Af«c. XIII, i&.)
«SI
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
152
du péché (1). Ces détracteurs, ajoute-t-il, sont de vrais «bé-
nitiers du diable, pleins de l'eau maudite du diable ! leur
langue..., goupillon du diable (2)! »
II' Le chien hargneux, le chien jappant, le chien s'apla-
tissant à terre, ou qui gronde et montre les dents, figure
l'esprit de litige et de contention, génération de la colère (3).
Ce péché répond à la noise et à la lenczon, qui, dans la
hiérarchie des vices au moyen âge, suivent Veslrif et le con-
tens, et qui sont suivis des ledenges{k). « Tiex bons rescnble
le porc espi..., et quant il est irez... resemblil lemastin fel
(félon) qui mort et abat toz ceulz quil peut. »
Il figure aussi le murmure, ou le péché de celui qui veut
être « mestre sus Dieu : et de quanque se fait en terre si il
ne le fait à sa volenté, tanlost murmure contre Dieu et
chante la patenostre au singe, certes mes la chanczon au
deable. Car aussi corne li sains Esperiz... fait les esliz chan-
ter en leurs cuers le doulz chant du ciel ; cest Deo gracias
de quanque il fait, aussi li mauves Esperiz fait chanter ses
deciples le chant denfer. Cest murmure... (5). »
5» Les pattes du chien qui s'enfuit, sa queue ramenée
sous son ventre, sa gueule fermée et muette , spécifient la
lâcheté 5 elles marquent le chien poltron qui n'ose point
donner l'alarme, qui bat en retraite au plus vite et sans
avertir du danger, qui, loin de tenter la défense, laisse dé-
vorer le troupeau. Isaie (6) et tous les docteurs comparent à
ces chiens muets, fuyants ou blottis dans leur niche, les pas-
teurs sans force et sans zèle qui briguent la faveur humaine,
ou qui, pour se la conserver, n'ont garde d'élever leur voix
en faveur de la vérité et de la justice (7).
6° Par sa gueule nauséabonde qui reprend son vomisse-
(1) Pensée analogue à la sentence que saint Auguslin avait fait tracer, à
Hippone, en face de la table où il prenait ses repas : « Si quis amat diclis
absenlum rodere vitam, hanc mensam indignam noverit esse sibi. »
Ce dépècement du prochain par les dents de la Délraclion est la lierce et la
quarte fueille de la branche de Detraccion qui naît du pechie de la langue :
« La tierce est quant il (le détracteur) estaint et met a néant touz les biens
que li bons fait... Cil menjue lome tout entier. La quarte ne le menjue pas
tout, mais il le mort et en prent une pièce. Et cest la quarte foille de ceste
branche... » {Lapocalipse , Manuscril du xiii'' siècle, Bibliothèque royale.)
Canes, homines rixosi -vel detractores alterutros se lacérantes, ut in Apo-
stolo : « Quod si invicem mordetis et comeditis, videte ne ab invicem consuma-
mini. » (Hraban. Maur., De universo, lib. VIII, cl.)
(2) ... Orcelli diabolici, pleni aquâ maledictâ diaboli... Lingua eorum,...
diaboli aspersorium. (Vinc. Bellovac, Spec. mor., De invidiâ et tiliabus ejus.)
(3) Boec. — Vinc. Bellov., Spec. raor., De ira et filiabus ejus. — Hiero-
glyphic. Colleetan. verb. Convicia.
(û) Estrif et contenz est quant l'un dit à l'autre : Si est, non est : Si fust, non
fust... Apres \ienent les ledenges. Cest quant il peignent lun lautre et dient
les grans félonies. {Lapocalipse, Manuscril du xiu" siècle. Bibliothèque royale.)
(5) Même manuscrit.
(6) Canes, intelligitur muti sacerdotes vel improbi, ut in Isaïâ, canes muti,
non valenles latrare. (Hraban. Maur., De univ., VIII, 1.) — Isaï., LVI, 10. —
S. Gregor., in Pastor., LVI, 10.
(7) Péché qui est la « septisme branche d'orgueil : « foie paor », foie ver-
goigne, quant len laisse a bien feire por le monde que len ne soit tenu a ypo-
crite ou a papelart. Et doutent (ils redoutent) plus le monde que Dieu. Cette
vergoigne vient de mauvese plaisance que len veut plaire aus mauves et por ce
ele est folle et fille d'orgueil et la septisme branche principaus, et fait moût de
fois lessier le bien et faire le mal por plaire mauvaisement au monde. (Même
nisc. du xiH= siècle, Bibliothèque royale.)
ment (1), le chien figurait les relaps, c'est-à-dire les pé-
cheurs qui, ayant détesté leurs crimes et désavoué leurs
égarements, retournent avec ardeur dans les voies du vice.
« Et ce que (dit le Bestiaire] li chiens repaire à ce que il a
rendu, senefie cels qi rcpaireiit folement à lor pecies dont
ils ereiit devant confes (2). « Le chien occupé de cet acte
représentait aussi les moines qui, ayant renoncé au siècle
par leurs engagements votifs, nourrissent au fond de leur
cœur une cupidité sordide et recherchent les biens tempo-
rels. Vincent de Beauvais flétrit ce péché du nom exprès
de sacrilège, dans un chapitre spécial sur la cupidité des
moines (3).
7° Le chien barbet, le chien roquet, le chien gredin,
le chien caniche, et tous ceux d'espèces errantes, représen-
tent, par ces espèces ou par leur ventre insatiable, d'abord
le cynisme effronté, ensuite la voracité, la gloutonnerie (4),
et tous les excès de la table dont la honte était consacrée par
les noms de gastrimargia, de ventrisingluvies, de horrenda
voracitas (5).
8° Enfin, la queue du barbet, parce qu'elle est courte,
représente l'oubli de Dieu, et le mépris le plus complet du
souvenir des fins dernières (6). Ainsi, l'espèce la plus humble
et la plus abjecte du genre chien, figure l'effet et la suite de
l'habitude des sept vices répartis aux autres espèces; le mé-
pris de Dieu est la fin et le plus extrême degré du mal. « Im-
pius, cùm in profundum venerit peccatorum, contemnit (7). »
En récapitulant ces diverses acceptions prêtées au chien,
on trouve en lui, outre l'emblème du démon, celui des sept
péchés capitaux.
1° Quand il figure le démon, cette intention ressort de
ses accessoires. 11 marque dans ce mauvais ange la soif de la
perte des âmes et la réunion des sept vices.
2° Féroce, agresseur ou furieux, il dé.signe la persécu-
(1) Facta sunt eis posteriora détériora prioribus. Melius enim erat illis non
cognoscere viam justiliae, quàm post agnitionem retrorsùm converti ab eo,
quod illis traditum est, sacro mandate. Contigit enim eis illud veri proverbii :
Canis reversus ad suum vomitum. (II. Epist. Petr. 2, v. 23.) — Sicut canis
qui revertitur ad vomitum; sic imprudens qui itérât stultitiam suam. (Prov.
XXVI, H.) Canis... cùm vomit, profecto cibum, qui pectus deprimebat, pro-
jicit; sed cùm ad vomitum revertitur, unde levigatus fuerat, rursus oneratur:
sic qui amissa plangunt, profeclô mentis nequitiam, de quà malè saturali
fuerant, quae eos intus deprimebat, projiciunt confitendo ; quam post confes-
sionem, dum repetunt, resumunt. (Hrab. Maur., De univ., VII, 8. — Et ibid.
AUegor.)
(2) Li livres des natures des bestes, msc. du xiii« siècle, Bibl. de l'Ar-
senal.
(3) Est enim proprietarius sacrilegus... retrogradus, ut canis reversus ad
vomitum, ad ea quœ dimiserat, ut dicitur 2. Petr. 22. Ilem Lucae, 9: Nemo
mittens manum suam ad aratrum, et respiciens rétro, aptus est regno Dei...
Lambunt animalia cutem, id est animales monachi delectantur imitari ea.
(Vinc. Bellov., De avaritiâ clauslralium. Spec. mor.)
{Il) Hraban. Maur., De universo, VllI, 1.
(5) Les hideux excès de ce vice sont traités avec un grand détail dans les
moralistes du moyen âge. Le vomitus même y a place, et compte parmi les
péchés. — V. Hraban. Maur., De Inslit. clericor., III, 38.— Albin. Flacc.,
De Divin, offîc, in capit. Jejun. — Hug. de S. Victor, Vinc. de Beauvais, le
manuscrit Lapocalipse, etc., etc.
(6) V. ci-après, à l'article Queues.
(7) m. Beg. VIII, 21.
133
lŒVUE DE L'Al'.CniïECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
134
tion, l'oppression inique et perverse, ou la profanalioii et le
sacrilège, effets ou générations de Vorijueil.
3" Soit aboyant contre la lune, soit par sa gueule et par
ses dents souillées du sang des viandes crues, ce qui peut
se supposer du dogue ou chien de boucher, il marque Venvie
ou la déiraclion.
h" Hargneux, jappant, grondant, inquiet, il représente la
colère ou deux de ses générations, la contention et le litige.
5° Cachant sa queue entre ses pattes, fuyant, muet ou
cherchant à se blottir, c'est la pusillanimité, le lâche silence
du prêtre, péché classé parmi les générations de la pa-
resse.
6° Ouvrant la gueule pour lapper, ce qui peut vouloir
indiquer qu'il reprend son vomissement, c'est ou la re-
chute dans le péché, ou la cupidité du moine, génération de
Vavarice.
7" Par sa physionomie ignoble ou le caractère grossier
particulier à son espèce , il peut indiquer le cynisme et la
gloutonnerie brutale, c'est-à-dire la luxure et la gourman-
dise.
8' Par sa queue, absente ou très courte, il spécifie l'oubli
de Uieu.
CRAPAUD.
1° L'Orgueil, le premier des sept péchés capitaux, est ap-
pelé par tous los Pères, tumeur ou enflure du cœur. Ainsi
défini, il a pour représentant le crapaud (1), qui est le plus
entlé des reptiles (2). .Quand on pique cet animal, le venin qui
sort de sa plaie augmente encore sa bouffissure, et il roule
des yeux monstrueux et allumés par la colère jusqu'au mo-
raenl où celte enllure les rapetisse et les éteint. Ainsi en
est-il du superbe : l'orgueil trouble l'œil de son âme, c'est-
à-dire son jugement, en lui faisant voir toute chose au point
de vue de sa passion (3).
2° Par ses jialtes et par son ventre qui pétrissent la vase
infecte des marais, le crapaud représente aussi la luxure,
rapport justifié du reste par ce qu'on sait de ses instincts;
(t) Vincent, lîellov. Spec. moral., I. 3, He superbiâ ol filiabus fjus.
(2) C'est comme père de l'orgueil, qui ett la source de tous les vices, que le
Démon a été quelquefois représenté M noyen ife sous li Qgure du crapaud.
V. Vincent. IJellov. Spec. moral.. De purgcUorio.
(3) Co rapprocliement, accepte par les moralistei du moyen fige, détenni-
nait ■<ussi l'allu-sion prêtée à l'/ij/dropsaie ; car le* maladies corporelles pei-
gnaient dans la langue mystique les maux s^itaols de l'àme. En vue de
l'endure, qui est son essence, l'Iiydropisic figurait spécialement l'orgueil:
et nii^nic, considérée au point de vue de l'enllure qui lui est propre, et qui
sufl'oque l'hydropique, cette maladie repnaentait très sourcnl la réumo» des
sept péckés capitaux, dont l'orgueil est d'ailleart 1* p^e. Les théologiens ont
subtilisé avec un grand rallincmcnt sur ces allusioas de l'hydropisie. Nous
dirons plus tard, dans notre loi^ogie complète, le* ai^ caraclèrea aigoali* par
enx dans ce mal, et dont ils appliipicnt chacun i l'un des sept péchés moriela.
L'art clirétien a consacré cctlo allusion de l'hydropisic dans ne» nombreases
représentations de diables ventrus, dont le type, bien loin d'être envisagé
par nos pères dans un sens boulTon et grotesque, était pour eux une leçon
montrant le vice, niiséiablc jiUis encore que ridicule. I*lusieurs de ces diables
ventrus dévorent les chapiteaux karlieus, et par conséquent très antiques, du
caveau appelé royal dans la crypte de Saint-Denys.
mais, bien qu'il figure deux vices, rarcneat oo peal te «é>
prendre sur celle de ses acceptions qui lui e«t prêtée «r les
monuments, et il les réunit sans doute, li où l'une on l'autre
acception n'est pas nettement caractérisée.
Quand le crapaud représente Vorgueil, il est toujours
très remarquable par son gonflement eicessîf, ou bien il s'at-
tache ù la tête, et quelquefois même aoi oreilles sur les
corps humains qu'il dévore : a la tète, parr« qu'elle est te
siège de l'orgueil, et que ce vice se décèle dans son port et
son expression ; aux oreilles, parce que celles du superbe M
souffrent jamais patiemment les paroles de contradiction oa
de réprimande (1).
Quand le crapaud marque te vice qne l'art catholique et
les Pères montrent sous des formes brutales jamais voilées oi
attrayantes, et auquel, plus moraux que nous, ils ne don-
nent jamais le nom de plaisir, le crapaud flétrit et dévore le
corps humain de manière à ne laisser aucune incertitude sur
le genre de péché qu'il caractérise : tels sont, parmi les bet-
reliefs du porche de l'abbaye de Moissac, la femme rongée
par un crapaud et l'homme qui lui .«aisit le poignet ; cclui-d
n'est pas comme sa compagne la proie de l'impur animal, il
l'envoie en le vomissant à l'oreille de cette femme : expres-
sion claire et explicite des paroles licencieuses qui amènent
souvent le désordre précisé dans l'autre statue (3).
GRENOUILLE.
La grenouille qui pétrit la fange des marécages et qui ha-
bite les eaux stagnantes, fut assimilée aux luxurieux. C'est
ce que désignent sou ventre, sa pose et ses pattes; tandis
qu'ouverte et coassante, sa gueule marque la colère (irs tii-
mida;) (3) et l'intarissable loquacité (i!|}.
Fatigués dès les premiers siècles des ravages des hérésie*,
et témoins des maux de l'Kglbe, les Pères et les docteurs
flétrirent les hérésiarques de cet emblème dégradant (5). Ib
remarquaient dans l'hérésie trois caractères distinctifs, et il.«
croyaient les retrouver dans l'emblème de la grenouille :
1* l'immoralité, qui accompagne presque toujours l'hérésie
et qui en fut souvent le principe : ce sont le ventre et les
(lattes de ce reptile ^ 2° l'esprit disputeur et cooiroverstste
des hérétiques : ils le comparaient au coassement odieux de
tgsirtsCisia*»
(1) CeUe sttscepUbililé de l'orgoeil est soimat, aa neyai â(e, h i
• la btessaf* au tniUm far ««m laplMas sca^pU*. — T. Tiac
BettoT. Spac. awca».. U Ul. toC 1», fn. ». tMpKMmimgtmrtU, DtfÊtMÊ
ditni» «IfécOms.
Ci) U enpaadsst scalpU daas etUa i
Saint^ouin de Maracs, Saial-Hikire da
Hontmorilloe, etc.
{i) Rana. irscaodia el (amilitas... (S.
nibus. c. »».)
(i) S. Bran. Astaaa., in Psatoi. i07.
(5) Raaas... kcreUei,... qoi et loqaaciiala
muoditii oaacu tsaiMacnlant .. (&. Bnak. Atl.. ia bat,^ TU.) — I
id est hiprelicorum lo^aaeiHteai. aie. (Mé., Aal. ia hri*. iW.) — 1
Iwrelici, qui in ceeao viliidaMraa sai
trare non desinunt. (Hrabsa. Ilaar., Da aaiiana, I. TM, c S.) — &. I
PhyùoU>g*% \W\.
135
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
136
cet animal; 3° leur adresse à interpoler les textes sacrés et à
en détourner le sens par des interprétations fausses : c'était
le piétinement de la grenouille dans les eaux mortes, qu'elle
contribue à troubler (1).
HYÈNE.
1° L'hyène était appelée unebieste mauves et orde ; car,
au rapport des Bestiaires, « en quel lieu qe mort home est
» enfois, ele le grate hors de la tombe et le mangue: et laime
» plus et convoite por le amangier, qe nule autre cose qe ele
» puisse trover (2). » Cette nature de l'hyène symbolisait
la détraction, car en publiant les péchés des autres, marqués
par la corruption des cadavres, on exhume et dévore dans
l'ordre spirituel ceux dont l'âme, aux yeux de la foi, est con-
sidérée comme morte (3). Le traité manuscrit intitulé Lapo-
calipse (x\n° siècle) donne une variante à ce commentaire,
mais il maintient à l'hyène l'emblème de la délraction :
a Ce sont, dit-il, li médisant dont Salemons dit que il mor-
» dent come serpens en traison... » «Cest la tresplus cruele
beste que len appelle hyène, qui desterre les corps des gens
mors et les menjue. Ce sont cil qui mordent et deuorent les
prodesomes de religion qui sont mors au seicle. Il sont plus
cruel que enfer qui ne deuore fors les mauves. Mes cil corent
surs aus bons. » (Manuscrit de la Bibliothèque royale, 7018.)
2° Par cette exhumation des corps montrant dans une
immonde proie ce qui plaît le plus à l'hyène, cette bête
marquait encore la cupidité dégradante qu'entraîne la dissi-
pation née de la luxure : « Hyena (dit Philippe de Thaun)
cupidum hominem significat »; il indique en anglo-saxon
quelle est la source de ce vice :
« Hyène signefie
» Ne lerrai ne'l vus die
» Hume aver cuveitus (cupidité, convoitise)
)) Ky est luxurius ...»
3° C'était une croyance répandue au moyen âge, que
l'hyène change de sexe annuellement; par cette métamor-
phose, elle figurait alors, comme elle l'avait fait dans l'an-
tiquité, même sous l'empire du paganisme (4), l'instabilité
des mœurs, et les hommes que la débauche, la dissipation.
(1) Les eaux fangeuses et les eaux pures ont des acceptions différentes dans
la symbolique chrétienne. Les eaux stagnantes ou bourbeuses, séjo\ir favori
des grenouilles, ont elles-mêmes plusieurs sens; là où il s'agit de poissons,
emblème des créatures humaines, et de la grenouille, figure de l'homme li-
cencieux, elles représentent le monde, et leur vase est prise pour les passions
et les habitudes coupables, principalement la luxure. — En rapport avec les
grenouilles représentant les hérétiques, les eaux mortes sont les Écritures sa-
crées, soit obscurcies ou mal rendues, soit interpolées et altérées par les dissi-
dents (S. Brun. Asiens., Sententiar. lib., serm. â. — Ibid., in Psalm. 17. —
Ibid., in Cènes. — Oddon. Astens., in Psalm. 17); tandis que l'eau courante
et pure, frappée des rayons du soleil, correspond à ces mêmes livres élucidés
par J. C, dont le soleil est le symbole.
(2) Li livres des natures des bestes, msc. de l'Arsenal.
(3) Vincent Bellov. Spec. moral, 1. III, dist. 3, p. 1.
(â) Hornpollinis hieroglyphica, § 70.
la cupidité, amènent à l'inconsistance et à la versatilité de la
femme : androgynes spirituels désignés dans les Bestiaires :
« Et Physiologus
» De la beste dit plus,
« Que maie et femele est,
» Pur çeo orde beste.
» Hume . . . deit estre estable
» Et en ben permainable
» Et quant est cuveitus (convoileux, cupide),
» A femme Irait des murs (1);
» Hume est de ferme curage
» Et femme de volage,
» Et içeo signefie
» Reste de tel baillie (2). »
LION.
Le lion exprime la force (3) et l'impétuosité des passions
violentes, tantôt celle de la superbe (4), tantôt celle de la
colère, tantôt celle de la luxure (5). Le lion sur lequel on
voit Samson affourché dans l'ornementation romane (6) fi-
gure la force et la résistance du paganisme soumises au joug
de Jésus-Christ, dont Samson est l'un des emblèmes (7).
LOUP.
1° Le loup signifie la rapine, cauteleuse dans les moyens,
violente dans l'exécution, péché que les théologiens classent
parmi les générations de l'avarice. On connaît les loups re-
vêtus de peaux de brebis, spécifiés dans l'Évangile ; la marche
tacite du loup a donné lieu à un proverbe; et si la foi car-
thaginoise sonnait mal parmi les Romains, les allures des
loups d'Afrique ne sont pas mieux venues des Pères. Si l'on
en croit leur témoignage, ces loups, blottis au fond de leurs
tanières, imitant à s'y méprendre le cri de rappel des ber-
gers, ralliaient les brebis trompées, et malheur ensuite au
troupeau (8)!
2° Le loup avait double allusion : jamais cette bète per-
(1) He imitâtes the manners of voman.
(2) Philippe de Thaun, The Bestiary. — Ceste bieste nen doutes mie... est
Li hom doubles, faus et fagnans En nule eure n'est parmanans. (Li Biestiaires,
msc. de la Bibliothèque royale.) — Homes dobles de corage, qi nest estables
en oevres ne en ses voies. (Li livres, etc., msc. de l'Arsenal.) Au sujet de cette
tradition, V.Terlullian., De paiiio, c. 3. — Clem. Alex, m Pœdagog.c. 10. —
Eustath. in Hexaemer. pag. 39. — Et les Anciens : ^lian. histor. I, 5. —
Oppian. Cynegetic. I. III. — Plin. VIII, 30, etc.
(3) Diabolus... corpus habet leouis, quia detinet fortiter. (Vinc. Bellov.
Sp. mor., 1. 3, De prœservanlib. a peccato.) — Ibid., Hrab. Maur., De
universo. II, 2.
(i) Peccatores... habent corpora leonina per superbiam. (Ibid., De peccato
in generali.)
(5) Pier., 1. I, cap. 33.
(6) Façade de l'église de Vouvant (Vendée) ; chapiteau de Saint-Sauveur,
Nevers, etc.
(7) Passim, dans les commentateurs.
(8) Matth., VII Vinc. Bellov. Spec. mor., 1. III, pars 3, dist. 10, 19,
et a/iàs. — Rupert. Tuit., De divin. ofTic, 1. XII, c. 8. — Boec, etc.
137
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
verse ne proportionne le carnage à la mesure de ta faim,
mais elle ^"gorge, tue, étrangle, ne quittant le champ de
bataille que lorsqu'elle y est en péril. C'est par te second
caractère que le loup marqua la dissolution, comme ardente
et désordonnée, comme insatiable d'excès {ij. Ainsi, dit le
Miroir moral, la grande joie du dissolu est-elle bien plus
dans le nombre que dans l'espèce de ses crimes. Cette insa-
tiabilité s'entendait aussi de celle de la dissipation et de la ra-
pine. « Por ce, disent les Bestiaires, sont a|iclées les foies
fcmes louves, qeles degastent les biens de lor amans (2).
MANICORE.
La Manicore, Manticore ou Martichore, animal Tantas-
tique très renommé au moyen Age, était, de l'avis de nos
pères, l'un des plus terrifiants carnivores. Il a, dit le Trésor
de Brunello Latini, « face de home et coulor de sang, œil
jaune, coue de scorpion, et court si fort, que nule bestc ne
peut escaper devant lui; mais sur toutes viandes aime char
d'home. » Vincent de Beauvais lui prête en outre le sifflement
du serpent, le corps du lion et trois rangs de dents, et
montre que la manicore figure l'Esprit de ténèbres. On
trouve dans le Spéculum , que la tète humaine et le siffle-
ment du serpent assignés à la manicore marquent les insi-
nuations rusées de Satan, parce qu'elles s'adressent à la
raison et semblent inspirées par elle : que les trois rangs de
dents acérées sont les trois concupiscences qui dévorent
l'homme en ce monde et qui en feront dans l'autre vie la
proie de cet être pervers : triple source de tout péché bien
connue des théologiens et des moralistes, et désignée dans
les Ëpitres de saint Jean sous les noms de concupiscence de
la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie (3) : ce
sont, en termes plus vulgaires, la soif des plaisirs, celle des
richesses, et l'avidité des honneurs. Les membres antérieurs
du lion, qui sont la partie de cet animal spécifiquement prêtée
à la manicore, signifient l'extrême violence avec laquelle le
démon domine ses faibles esclaves. On voit dans la queue de
scorpion le dard pénétrant des supplices qu'il leur réserve
après la vie; dans le vol d'oiseau, sa vélocité; dans son goiit
effréné pour la chair humaine, le signe de son ardeur à per-
dre les hommes (4).
Placée sur la dernière ligne de la riche et brillante page
(1) Comedent et non salurabuntur ; fornicali sont, et non cesaaverunl.
(Osea», 4.) — I.iixiiriosiis... in hoc lupo est similis, qui venions in ovili omnes
oves jugulât, non putans aliter famem >uam posse extinguere, ci'im tamen una
ovicula sufliceret ei. (Yinc. Bellov. Spec. mor , I. III, De luxur. «( lUiab.
cjus.)
(2) Légendes en vers, Li livres des natures des bestes, msc. de l'Arsenal.
(3) Concupiscentia narnis, concupiscemia oculorum, superbia vite. (I,
Jean., 2, 16.)
(i) Vincent Bellov. Spec. mor., III, D. 6, p. 1, De quadruplici génère ten-
tationis.
La queue de scorpion signifle quelquefois la détraction empoisonnée, et
souvent aussi les suggestions insidieuses et funestes du mauvais Ksprit. <• La
quarte... (branche de la dôtraction) c'est li escorpions qui blandist do la far*
et envenime de la coue. » (Msc. du xiii* siècle, Bibliothèque royale, 7018.)
I ajoutée a l'histoire de l'art chrétien par les tourellet <le Saiot-
Denys, la manicore y occupe une belle place; c'est un rare
et dernier reflet de cette zoologie labaletue da xii* et du
XIII' siècle, si féerique et si roensoDgère, dont Tenipire était
l'idéal, et toute fleurie de légeodes, de descriplioot imagi-
naires et de spectacles merreilleus : tradition» tonte* poéti-
ques, qui ont jeté là, en expirant, l'image de la manicore,
comme un souvenir attachant de ce règne de la 6ctioa.
OREILLES.
Les oreilles un peu dressées (1), sentiblement écartée» de
la tête, larges de pourtour et bien ouverte», sont, dan» les
statues humaines emblématique», l'indice de l'attention et
de la docilité à la voix de Dieu. Dans les repré»entatioM
d'animaux, elles marquent également l'attention, soit i la
voi^, soit ù la proie.
La convergence des oreilles ver» le sommet du front et le
peu d'espace laissé entre elles h leur extrémité supérieure
ont la signification opposée : ce sont des caractères d'endur-
cissement et de résistance à la voix de Dieu. Le « Béhénot>,
ou Léviiktlian symbolique des catacombes, est toujours aio«i
figuré.
Couchées ou renversées en arrière, les oreilles de» ani-
maux sont le signe de la frayeur, ainsi qu'on le voit chei le
lièvre poursuivi ou effarouché : elles sont celui de l'entête-
ment et de l'irritation, comme chez l'Ane; de l'impétuottlé
et de la fureur, comme chez les bêtes féroces.
h'oreitle bouchée ou voilée, soit naturellement, c'est-i-
dire par sa structure, soit accidentellement, c*est-è-dire par
la volonté de l'individu, spécifie l'endurcissement et la ré-
sistance à la voix divine. Elle est voilée de sa nature, par
exemple chez le pourceau (2), dont les oreilles sont pc>-
danles et balaient presque le sol en retombant sur leur ori-
fice. L'oreille est bouchée accidentellement dans l'aspic,
que les Bestiaires représentent, d'après les Psaumes (3), se
prémunissant par cette industrie contre les ronjuratioos dea
enchanteurs qui s'efforcent de l'assoupir. « Li veneor (disent-
» ils) portent estrumens avoec els por lui en dormir : et lan-
» tosqilot le son, se il ne lui plaist bien, il a tant de sens de sa
» nature meismc qe il estoupe lune de ses oreilles del bout de
» sa keuc : et lautre frote tant a la tere qe il la emplie tote de
a boe. Kt qant il est ensi asordi, si na garde qe on len donae
» car il ne puct oir la vois de lencanteor qi le vclt endormir. >
Les Bestiaires ajoutent que par cette queue de l'aspic il faut
entendre les « péchiés », et par ce limon de la terre dont il
(I) < Arrectit auribos >. disenl le*
tention .
(3) Il est i remarquer que cet animal tftcO^ dijk par
lude envers Dieu elle matérialisme.
(3) Sicut aspidis sorte M oktanolà
iocanUnUum et venefld latirtM Ih MpiMtar. (H. LVIO, S.) — b
la miniature abeenle. on Ut dans Piulippe <« TlkaM : c ■•
quomodù obturât aurei. ■
rat»
,H
139
HEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
liO
travaille à « s'enbocr », « les terienes convoitises » et les ra-
pines de a li riche ome (1) : si », ajoutent-ils, « qils nont
oreille dont ils voelent oir les comandemens de Dieu : mie
œil dont il puisent regarder vers le ciel, et penser a celui qi
tos nos done bontés et justice (2). »
PIEDS, PATTES, GRIFFES, SERRES, CORNES.
Les pieds et les jambes tortus figurent dans les saintes
lettres et dans toutes les œuvres d'art le retour fréquent au
péché et les habitudes perverses (3).
Les pieds et les jambes du cheval, du taureau et des au-
tres animaux indomptés ou capables de rébellion, marquent
l'impétuosité du mal, l'ardeur effrénée des passions, l'indé-
pendance et l'insolence.
Les patles de la bête fauve, parce qu'elles courent et
fuient alors qu'elle ravit sa proie, sont le signe de la rapine
réunie à la lâcheté.
Dans les représentations des péchés et dans celles de dé-
mons, on prend toujours en mauvaise part les pattes d'oiseau
palmipède, celles de crapaud, de grenouille et des reptiles de
marais, parce que ces animaux pétrissent et fouillent la fange
des eaux croupissantes où ils cherchent leur aliment. Ces
pattes sont prêtées dans l'art aux statues d'hommes transfor-
més figuran lies âmes abjectes plongées dans le bourbier du
vice, et au démon, faisant sa proie de quiconque vit dans
la fange, c'est-à-dire dans le gouffre impur des passions. Ces
vices ignominieux, qui sont la luxure et ses suites, sont égale-
ment ligures par les pattes de la poule (4) , piétinant et por-
tant partout un mastic immonde et fétide, et la plus repous-
sante odeur.
Les griffes tranchantes et acérées caractérisent, selon
qu'elles appartiennent au lion, au chat ou à tels autres ani-
maux, la cruauté, ou la malignité et la ruse du démon qui
déchire l'âme, et des passions qui la maîtrisent.
Les serres des oiseaux de proie, tels que le milan, l'éper-
vier, etc., sont le signe de l'avarice et de ses filles, l'extor-
sion, la rapacité, la rapine (5). Ces serres des oiseaux pil-
lards marquent aussi dans l'art chrétien les tristes effets du
péché et l'acte final de Satan, qui sont de saisir et de préci-
piter les âmes dans l'abîme de perdition j c'est dans ce sens
que l'on voit des serres de toute sorte prêtées au démon, et
(1) « De ilel manere sunt— La riche gent del mund : — Lune oiaille uni
en terre — Pur richeise conquerc, — Lallre cstupe (bouche) pechet, — Diint
il sont enginnet : — Par eue de serpent — Entent péchez de gent... » (Phi-
lippe de Thauu, The Bestiary, p. 102.)
(2) Légendes en vers, manuscrit de l'Arsenal: Li livres, etc., fol. 283. —
Même explication dans Hraban. Uaur. De univeno, VIU, 3, et dans tous les
commentateurs bibliques.
(3) Pier. XXXV, 49. — « Quid claudicalis ab utrique parte? » (Pro-
verb. XVllI, 3.)
(4) Voyez ce mot à son article.
(5) Brun. Astens., Index allegor,, t. II. — Ibid. in Levilic, XL— Hesych.
hierosolymit. — Vine. Bellov. Spec. moral, III, D. 2, p. 7, et D. 38, p. 10.—
P. Eucher, in Psalm., etc.
des serres de faucon à la sirène, emblème des richesses qui
fascinent l'homme et qui plus lard perdent son âme comme
ces serres des sirènes qui le saisissaient endormi et l'étouf-
faient au sein des flots (1). Les serres du vautour ont le même
sens : « Cil oiseaux est example deDiiible... quand il (li vice
» home) sont de cest mortel siècle trespassé..., que Deable
» enporte lame en enfer, et la est dévorée et mangiée par le
» fait que li cors prennoit et roiboit, contre la raison et droi-
» ture (2). »
Les cornes, armes naturelles et souvent très pernicieuses
des animaux qui fuient le joug ou qui essaient de le secouer,
signifient toujours, en fait de péchés, l'insolence, la rébel-
lion, l'agression violente, la force, la ténacité obstinée, et
souvent la triste puissance du mal (3) et des démons qui le
suggèrent. C'est pourquoi, et non dans une intention de
bouffonnerie, les démons sont presque toujours cornus (4)
dans les œuvres d'art hiératique : tels sont ceux que l'on voit
dans la voussure du portail central de l'église de Notre-Dame
(Paris), à Saint-Gilles en Dauphiné, sur les bas-reliefs de
l'abbaye de Moissac, etc.
La suite prochainement.
Madame Félicie d'AYZAC,
Dame de la Maison royale de la Légion d'honneur (Saiut-Denys).
(1) E de femme ad failure — Entresque la ceinture — E les pez de falcun
— E eue de pcissun — ... Les richeses del munt... Par pez prennent e noent,
— par çeo del falcun Les Sereines peignum..., etc. (Philippe de Thaun, The
Bestiary.)
(2) Légendes en vers, manuscrit de l'Arsenal, Li livres des natures des bes-
tes, etc., fol. 205. — Aquilam et grifen et alietum et milvum ac vuUurem...
rapaces et alienum cibum malè scclanles quœstibusque injusUs gaudenté»
per praedicta significat... Quaidam autem ex his alias aves invadunt et ex
venationibus earum iiutriuntur. Alia vero in domos ingredientia diripiunt quas
repererint, ne quidem gerenlium se obsoniis pacentia... (Hraban. Maur. De
universo, 1. VIII, c. .ï.)
(3) Cornua... soient eminentiam designare fidei et virlutum... Sicut è con-
tra nonuunquàm bella vitiorum qua; nos expugnare moliimlur, cornuum no-
mine soient indicari. Quod utrumque breviter complexus, per Prophetam Do-
minus diccbat : « Et omnia cornua peccatorum confringam, et exaltabuntur
cornua justi. » (Hrab. Miiur. in Kxoi. IV, 9.)
(4) Faciès... cornuta, mentis est pertinacia et inobedienlia. (Vinc. Bellov.
Spec. moral.. De luxurià., etc.)
141
REVUE DE LARCHITECTl.'RE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
la
NOTE
SUR UN HOPITAL EN FER,
CONSTRUIT AL' CAMP JACOB.
(ai lie LA r.i'ADELOui-F.).
(Suite et On. Voyeï col. 108.)
DESCRIPTION DES PLANCHES.
Planche 4.
Fig. 1. Façade principale. On y voit les comparliments
formés par les clouures des tôles et des pièces en fonte, et, à
chaque extrémité, les colonnes servant à la descente des
eaux.
Les fenêtres sont fermées ; nn des vantanx de la porte est
aussi fermé; l'autre, ouvert, est glissé entre les deux parois
du mur du bâtiment; on en aperçoit seulement la partie h
laquelle est fixée la poignée servant h les faire mouvoir. Les
lucarnes de ventilation so voient sur la toiture. Dans la ma-
çonnerie formant le soubassement, on distingue quatre ou-
vreaux servant aussi à la ventilation. C'est par eux que l'air
extérieur pénètre dans la cave.
Fig. 2. Coupe suivant IS du plan (pi. 5). Les planches
du doublage sont vues clouées sur les montants en bois : les
poutrelles du plancher, le plancher lui-même, le plafond et
la partie du doublage au-dessus de la porte à gauche, sont
en coupe. Au-dessus du plafond on voit le profil d'une rosace
par laquelle s'échappe l'air vicié de la .salle. Dans la toiture
on dislingue les tôles, les pannes, les fermes et les fausses
fermes, ainsi que les poinçons. Une lucarne est ooverte, et
l'on voit le mécanisme au moyen duquel on en règle l'ou-
verture.
Fig. 3. Coupe suivant SK du plan (pi. b). Dans cette
moitié nous avons indiqué seulement le squelette du bAtiment.
Au-dessus de la fondation, entièrement déchaussée, et dans
laquelle on aperçoit les ouvreaux, s'élève des montants
qui y sont engagés par le pied. Ces montants supportent
l'ensemble de la charpente. I^ colonne d'angle n'eti pai
dessinée , non plus que le soele.
Fig. 4. Coupe suivant LS du plan {pi. 5). Une de*
poutrelles du |ilancbcr e«t vue de face, enfiagëe dam le lba>
dation. Le mouvement tenant è ouvrir la lucarae da toit te
diftingue aussi.
Fig. 5. Elévation d'un des petits cétés du bâtiment.
fidèmes remarques que pour iàfig. 1.
Planche 5.
Fig. f. Plan, à la hauteur A de la fig. f {pi. J), re-
présentant la maçonnerie des fondaliont et le» poolrelles pla-
cées sur un retrait ménagé pour les receroir. Les ouireaui
y sont visibles.
Fig. 2. Coupe horizontale à la hauteur Q delà fig, |
(pi. 4). On y voit le plancher, la coupe de» deui enveloppes
formant les murs, ainsi que celle des deux portes qui sont re-
présentées ouvertes. Les ouvreaux sont visibles.
Fig. 3. Coupe horizontale à la hauteur C de la fig. i
(pi. 4). Le plafond, représenté déchiré, laisse apercevoir
le plancher. On distingue également les entraits des fermes
auxquels le plafond est suspendu, ainsi qu'une des rosaces i
jour par lesquelles se fait l'aérage de la salle. Les deoi paro»
du mur et les ouvreaux sont visibles, ainsi qne le dessus des
chambranles des portes et des fenêtres. Les portes et Ici
fenêtres sont représentées ouvertes, et leurs guides ea fer se
reconnaissent aisément.
Fig. 4. Plan de la couverture. On y voit les chéneaux,
les lucarnes, ainsi que les boulons d'assemblage des tôles.
Fig. 5. Squelette du bâtiment vu en perspective. ' Le
socle en fonte, les maçonneries des fondations et les oa-
vreaux sont visibles.
Fig. 6. Vue perspective de l'intérieur. On »oit les fon-
dations, une poutrelle, le plancher, les deux enveloppes, les
portes et les fenêtres, deux rosaces, la coape des rbéaeaax
et une ferme entière supportée par deux montants eocagés
dans les fondations. Les barres servant i récouicmeni du
lluide se distinguent à la partie inférieure des monlanis
en fer.
Planche 6.
Fig. 1. Vue de la face extérieure dCun fragment de h
paroi en tôle, ainsi qtie d'une portion de dmrfenêe. Le
montant 6 en fer, dont le sommet s'aswmble atec le pied de
l'arbalétrier, est indiqué derrière les téiet par des lijtofls
ponctuées. Son pied est visible au-dcssoaa 4a socle en Ibotea.
Fig. 2. Coupe à la hauteur \ de la fig. i.
Fig. â. Elle reproduit les aéaws élén>ents que \t fig. î;
seulement ils sont vus de l'intérieur du bétimenl.
Le montant est indiqué par 6, la clef par c et les roodae-
teurs du fluide électrique par d,
Fig. 4. Élévation d'une demi- ferme avec mm mmÊÊKtêt
sa cornière. Mêmes assemblages que ceoi décrits an fi§. i,
2 et 3.
143
REVUE DE L'ARCUITECTUUE ET DES TRAVAUX PURLICS.
144
Fig. 5. Plan de la ferme ci-dessus.
Fig. 6. Coupe suivant e( de la fig. 4, montrant
l'assemblage du poinçon avec les autres parties de la char-
pente.
Fig. 6 his. Assemblage du 'poinçon, de l'entrait de la
ferme extrême., d'un tirant d'écartement et des deux enlraits
des arbalétriers de croupe.
Fig. 7. Colonne en fonte placée sur le socle à chaque
angle du bâtiment. Les montants b sont Gxés aux pattes kk.
Fig. 8. Coupe horizontale et plan de la fig. 7.
Fig. 9. Coupe, grandeur d'exécution, de V assemblage de
deux tôles ff. Elles sont recouvertes de la bande /), et assem-
blées avec la cornière e, au moyen du boulon g. La cor-
nière e est fixée contre le montant b par un boulon.
Fig. 10. Chambranle en fonte d'une fenêtre.
Fig. IL Coupe des montants d'une fenêtre et plan de
son appui.
Fig. 12. Détail de la toiture. Les tôles kk sont portées
sur les pannes 7i, et maintenues sur les petites pièces mj on
voit en op un boudin qui recouvre les bords relevés des tôles j
les autres bords relevés sont indiqués sans boudins.
Fig. 13. Détail de l'assemblage des boudins sur les tôles.
Deux tôles kk sont recouvertes par un boudin, et l'on aper-
çoit engagée dans la panne n, la pièce m, qui assemble la
couverture avec la charpente,
Fig. 1/|. Coupe verticale passant par une fenêtre. On y
voit une portion de ferme à laquelle est suspendu le plancher
r; la portion dfe la cloison en boiss5, au-dessus de la fenêtre,
est vue également en coupe; il en est de même de l'archi-
trave intérieure de la fenêtre, aussi en bois, ainsi que des
lames des jalousies, et de l'architrave en fonte sur laquelle est
assemblée la tôle de la paroi extérieure.
La fenêtre en bois porte sa roulette : le rail t, sur lequel
elle glisse, est vu en coupe; on comprend comment ce rail
est fixé au doublage en tôle.
Un montant en bois uu, sur lequel sont clouées les plan-
ches de la cloison intérieure, est figuré assujetti par une patte
en fer v, au montant en fer b, qui soutient la ferme.
EXAMEN GÉNÉBAL DU SYSTÈME.
Ventilation. — Nous avons déjà expliqué comment nous
sommes parvenus à satisfaire aux conditions hygiéniques de
l'intérieur. On sait que nous plaçons à 0 m. iO des parois mé-
talliques une cloison en planches, et que l'air frais afflue con-
stamment dans l'espace intermédiaire. La ventilation devient
d'autant plus active que les tôles s'échauffent davantage sous
l'action des rayons du soleil, et l'atmosphère intérieure de la
salle se conserve à une température convenable. Ou con-
çoit aisément qu'il est plusieurs moyens artificiels de rafraîchir
l'air circulant entre les deux parois, et de le faire passer dans
les appartements.
La couche d'air ascendant qui s'échappe par les chemi-
nées dans le toit vient en aide à la ventilation intérieure de
la salle, grâce à quatre plaques à jour ou rosaces situées au
plafond; celles-ci permettent à l'air vicié de la salle de passer
aussi par les cheminées de ventilation ; bien entendu des
prises d'air de la cave sont ménagées dans le soubassement.
Dans les pays chauds, on pourra, au moyen de soupapes,
distribuer de l'air frais dans les chambres. Dans les pays
froids, on y enverra, au contraire, de l'air chaud provenant
d'un calorifère situé dans les caves.
Le vide que nous recommandons entre les deux enve-
loppes a aussi un autre but, celui de ne pas permettre à une
masse liquide provenant soit des pluies, soit de toute autre
cause, de séjourner entre la tôle et le revêlement intérieur;
si cette masse venait à se congeler, elle pourrait occasionner
des bris, etc.
Avantages économiques de la tôle sur la fonte. — Nous
employons pour muraille extérieure la tôle et non pas la
fonte, parce que : 1° dans les pays exposés aux tremblements
de terre, la tôle résiste à toutes les secousses, et que la
fonte n'offre pas cet avantage; 2° il faudrait, pour obtenir en
fonte une force équivalente à la résistance que présente la
tôle, quintupler au moins l'épaisseur de la fonte ; et en con-
sidérant les prix où sont cotés aujourd'hui ces deux produits,
les consommateurs paieraient les maisons en fonte deux ou
trois fois le prix des habitations en tôle. Le poids se trouvant
augmenté avec la quantité du métal employé, le prix du
trans[iort accroîtrait dans la même proportion. Dans le cas
de l'hôpital du camp Jacob, l'excès de dépense provenant
de la substitution de la fonte à la tôle eût été de 2,500 fr.
En général, on doit donc rejeter l'emploi de la fonte, bien
que sous le rapport de l'art, la fonte soit préférable à la tôle,
et qu'elle joigne à une beaucoup plus longue durée l'avan-
tage d'avoir moins d'élasticité que la tôle. L'élasticité de
cette dernière matière est telle, qu'une muraille en tôlede
3 millim. d'épaisseur, de 15 à 20 m. de longueur, bien qu'elle
soit fortifiée de cornières, s'infléchit néanmoins sous la moin-
dre pression.
De la décoration des habitations en tôle. — On doit donc,
provisoirement, se borner à construire des maisons en tôle
portant quelques rares décors en fonte; ceux-ci, ainsi que
les encadrements formés par des boulons d'assemblage, sont
les seuls reliefs que l'on doive chercher à obtenir en se
préoccupant de la question d'économie.
Les constructions en tôle ont un défaut capital qui mérite
d'être signalé. Elles manquent de relief, de cette opposition
d'ombre et de lumière nécessaire pour en faire ressortir le
dessin. Vues de loin, elles sont massives et privées de ces
fortes saillies que dessinent les lignes harmonieuses des an-
ciens monuments; mais comme, pour leur conservation, on
est obligé de les peindre, et qu'un choix heureux, une dis-
position convenable des couleurs appliquées n'augmente pas
le chifl're du devis, il suit que, vues de près, la légèreté, la
netteté et le fini de l'ornementation, quelques dorures sage-
ment et modérément placées, leur donnent un aspect riche,
coquet et élégant, qui satisfait et étonne les yeux.
145
REVUE DE L'ARCFIITECTURE ET DES TRAVAUX PL^ICS
IM
C'est ici le lieu de faire remarquer que les tôles pourront
être un jour façonnées et ornées par imprmwn: niais flans
l'état actuel de l'industrie, le prix des cylindres serait très-
considérable, môme pour produire des dessins d'un ou de
deux millim. de saillie (I).
De l'Incendie. — Si le feu se déclarait dans l'habitation,
les cloisons seules brilleraient, et le dommage serait peu con-
sidérable ; les maisons voisines ou môme adjacentes cour-
raient très-peu de risques ; il n'y aurait de danger que dans le
cas où elles seraient accolées à la maison incendiée, et que les
tôles en fussent rongies. Si elles étaient écartées l'une de
l'autre de un mètre ou deux, le feu ne pourrait pas se com-
muniquer de l'une à l'autre.
Tous les ans, quelqu'un des grands bazars de Constanti-
nople, de Smyrne et des villes de l'Inde, devient la proie des
flammes (2), et (500, 1.000, 1,500 maisons sont réduites en
cendres. Que l'on réfléchisse aux observations que nous ve-
nons de faire sur notre mode de construction en fer, et l'on
verra si de pareils désa.stres sont à redouter en l'employant.
En France, les usines à gaz .sont couvertes en fer, et cela
par ordre de l'autorité. Cette prééaution ne devrait-elle pas
s'étendre au moins aux charpentes de toutes les forges,
hauts-fourneaux, et à tous les magasins remplis de spiri-
tueux, sucres, bois et autres matières inflammables?
De rOurnrian. — Les effets de l'ouragan sur les con-
structions de ce genre ne peuvent être désastreux en raison
de l'élasticité du métal, qui permet aux extrémités de céder
à la pression et de subir pendant quelques secondes une in-
flexion de deux ou trois centimètres ; l'effort cessant, elles
reprennent leur position première, pour la perdre de nou-
veau, les insufflations du vent pouvant être considérées
comme les oscillations d'un pendule, ainsi que cela est rendu
évident par les arbres qui y sont exposés.
L'ouragan enlève successivement les diverses parties du
toit d'une maison ordinaire, puis la charpente, les murs,
tout est balayé par son souffle, mais pièce à pièce.
Pour détruire l'habitation du camp Jacob, comme toutes
les pièces en sont liées solidairement, il faudrait que le vent
enlevât, en l'arrachant des montants engagés dans le sol,
un cube de IG m. X 8 m. X 4 m. dont le poids total, fer
et bois, sans le mobilier, est de 35,000 kilogr.
Du Tremblement de terre.— L'élasticité des matériaux
que nous employons rend inutile tooîe démonstration sur
la confiance que devront avoir les personnes habitant nos
demeures (3).
(1) Ces remarques sur lomploi de la tôle et la façon dont on doit la déco-
rer, cto.. ont l'tii prodiiilcs par nous dt^ l'année I8it dans notre brochure inti.
tuli'e : Notes sur les constructions en fer.
(2) Dans l'AniiTiquo méridionale, les trois quarts des maisons sont en bois.
A Surinam, ville tros-commervanto et trùs-populeuse, l'hôtel du Uouverneme n
est seul en pierre.
(3) Le mouvement du soinc peut Ctro communiqué au centre de gravité de
la masse supposée concentrée en ce point, qu'au moyen d'une force l'ftale .iu
produit de la masst! par l'a..-célération do la vitesse, .icct>lération qui a lieu
d'une manière variable à chaque instant. Vouloir traiter un pareil problème,
serait se livrer à des calculs hors de proportion avec les limites de ce travail.
T. VU.
Garantie contre len effet» de la foudre. — Les édifices CD fer,
établis comme celai dont nous venons de donner U descrip-
tion, seront-ils plus exposés aux effets de la fondre que les
constructions ordinaires? Il semble que l'on ne peut pM
hésiter à reconnaître que cette question doit ttn réMÉM
négativement. Voici sur qnoi est fondée cette opinion.
Un paratonnerre agit de deux manières différentes. 0
neutralise l'électricité des nnages parcelle de nom caavmn
qu'il leur fournit et qu'il soutire au sol ou aux corps con-
ducteurs avec lesquels il se trouve en communication; et
quand cet effet n'a pas le temps de se produire, parce que le
nuage orageux est trop surchargé d'électricité, oa arrive
trop brusquement, le paratonnerre agit comme coodoctenr
pour attirer sur lui la foudre et la conduire dans le réser-
voir commun.
Pour bien remplir ces conditions, il faut que la pointe do
paratonnerre soit bien aigué; qu'elle soit préservée delà
rouille : que la tige ait une hauteur suffisante (5 mètres poor
les bâtiments isolés) ; que les objets qui doivent être garantis
des effets de la foudre ne s'étendent pa.s en dehors d'un
rayon de 10 mètres; que le corps ou la conduite do para-
tonnerre présente une surface au moins égale à celle da fer
carré de 1 3 millimètres, et de préférence plus grande si la
condition d'économie ne s'y oppose pas; que les racines oa
les ramifications inférieures de la conduite aboutissent à OB
puits plein d'eau ou à une couche de terre humide, oa se
terminent par un nombre de points aussi considérable qa<>
possible si elles ne peuvent atteindre qn'un terrain sec on
peu humide ; enfin, que depuis la pointe de la tige jusqu'aux
extrémités des racines, il n'y ait pas de solution de conti-
nuité.
\^ simple énoncé de ces conditions, qui sont le résnmt*
de la théorie confirmée par l'observation de tous les phéno-
mènes de l'électricité atmosphérique, «uffirait, à la rigaenr,
non-seulement pour justifier l'opinion déjà émise en oom-
mençant, mais encore pour établir qu'avec les cooitrae-
tions en fer on a plus de garantie contre les effets de b
foudre qu'avec les constructions ordinaires. Néanmoins.
pour ne pas laisser subsister la moindre appréhension, noos
ajouterons quelques mots.
Pour prévenir l'explosion, il faut que la pointe pgiaee
fournir, dans un temps très-court, une quantité saffisaote
d'électricité, au nuage orageux qui s'en approche. Les para-
tonnerres, placés sur des édifices construits avec des maté-
riaux non conducteurs, doivent la soutirer en entier an ré-
servoir commun avec lequel ils ne sont en contact que par
un petit nombre de points, tandis que ceux des édifices ei
fer peuvent recevoir, presque instantanément, celle qni se
développe par influence dans la snrface métalliqae qu'ib
doivent abriter, et communiquent en outre arec le sol por
les ramifications qui se rattachent k chaque BOOtuM te
parois.
Enfin les arêtes et les pointes mnlUpliées que présentent
les ferrures du toit et des parois sont auunt d'issoee, d*aM
U7
REVUE DE L'ARCinTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
14S
part à l'électricité que le nuage attire et que la tige du pa-
ratonnerre ne doit plus seule fournir, d'une autre part à
l'électricité que le nuage repousse et qui n'a plus besoin de
s'écouler en entier dans le réservoir commun.
Nous ne pousserons pas plus loin cette comparaison; le
lecteur n'aura pas de peine à s' assurer que, sur les points
secondaires, elle n'est pas moins à l'avantage des construc-
tions en fer, que sur ceux précédemment indiqués.
Durée de l'édi/ice. — Les données nécessaires pour dé-
terminer la limite probable de cette durée manquant com-
plètement, nous ne pouvons que former des conjectures
appuyées sur quelques observations.
Nous pensons qu'avec du soin et très-peu de dépense, on
peut préserver ce bâtiment d'oxydation considérable pendant
cinquante ou soixante ans, et à l'appui de cet avis nous ci-
terons les deux faits suivants :
Le gouvernement belge a couvert la gare de Verviers en
tôles ondulées (1), et l'entrepreneur s'est engagé à la ga-
rantir pendant vingt ans, moyennant une prime de 10 cen-
times par mètre carré de surface. Du petit liangar a été
élevé au milieu de la station de Braine-le-Comle, aussi en
Belgique ; la toiture est en tôles plates, de 1 millimètre d'é-
paisseur, sur lesquelles on a passé un enduit qui inspire à
l'entrepreneur assez de confiance pour qu'il ait pris le même
engagement que l'entrepreneur précédemment cité.
Ces engagements semblent prouver une chose, c'est que
la tôle, bien entretenue, et à peu de frais, peut durer
longtemps en Europe : on le savait, du reste, par l'expé-
rience faite depuis longtemps, en Russie, de couvertures en
plaques de tôle. Mais pour que ces couvertures ne tombent
pas en morceaux, au bout d'un an ou deux, ainsi que nous
l'avons vu à Liège, il faut qu'elles soient recouvertes d'une
peinture métallique, et que celle-ci ne soit pas enlevée par
des chors accidentels, par l'action chimique de certaines
vapeurs, ou par la dilatation du métal. C'est seulement à
ces conditions qu'on peut construire en fer aux colonies.
Afin de mieux apprécier les dégradations qui pourront
survenir à l'hôpital du camp Jacob, nous lui avons appliqué
une teinte blanche, sur laquelle les traces d'oxyde seront né-
cessairement apparentes. Nous eussions certes pu dissimuler
entièrement les traces d'oxydation en donnant une couleur
jaunâtre aux peintures ; mais comme, en entreprenant cette
construction, nous avons été surtout animé du désir de ré-
pondre à la confiance qui nous était témoignée, et à l'hon-
neur que nous faisait le ministre en nous invitant à exécuter
sur nos plans un bâtiment modèle, nous avons pensé que
(1) Les liangars à cliarpente en fer, que le gouvernement belge a fait con-
struire dans les diverses stations de son chemin de fer, covivrent une étendue
totale de terrain d'environ io,300 mètres carrés.
La dépense exigée pour ces constructions s'élève à peu près 620,000 fr.
Beaucoup de stations étant encore à l'état provisoire, on va les établir
d'une manière définitive, et le gouvernement se propose d'y généraliser, au-
tant que possible, l'application du système des charpentes entièrement en fer
et en fonte.
nous devions laisser toute latitude aux leçons de l'expérience,
qu'elles fussent ou non favorables à notre système.
Nous avons vu, à la Basse-Terre, les grilles de l'ancien
palais du gouverneur, établies pendant l'occupation des An-
glais, il y a quarante ans, et elles sont dans un état de par-
faite conservation : les arêtes en sont très-vives.
Les gardes-fous du pont jeté sur la ravine Rouge, dans la
même ville, et qui sont de la même époque, ne présentent
non plus aucune trace d'altération.
Nous pensons, et que l'on nous permette cette expres-
sion, que le fer a été calomnié, quant à sa durée dans les
pays tropicaux. L'on peut s'en convaincre par ce fait, que le
niveau du thermomètre y parcourt un nombre beaucoup
moins grand de degrés qu'en Europe : si, aux Antilles, il
atteint quelques degrés de plus que dans les pays tempérés,
il ne s'abaisse pas non pins au-dessous de zéro; il reste
vers 10" dans les temps les plus froids, de sorte que l'é-
chelle thermométriqne parcourue est d'un tiers moindre à
la Guadeloupe qu'en France.
Comme le fer en s'oxydant s'exfolie, et que les pellicules
s'en détachent par l'effet des variations brusques de la tem-
pérature et de l'hygrométrie de ces couches d'oxyde, il s'en-
suit que la durée semblerait devoir être plus longue aux
•Antilles qu'en Europe.
Les fers galvanisés que nous avons vus à la Basse-Terre
étaient parfaitement conservés. Notre intention avait été de
galvaniser toutes nos pièces en Europe ; nous ne le pûmes
pas, à notre grand regret, car il n'y avait pas d'atelier dis-
posé à cet effet dans la localité où nous avons exécuté les
pièces de notre construction.
La fonte que nous avons employée n'a presque pas été
travaillée au burin; nous recommandons particulièrement
d'employer les objets en fonte moulée, tels qu'ils sortent de
la fonderie : à la fusion, il se forme à la surface de l'objet
moulé, avec le sable du moule, une vitrification, un émail
naturel qui estnn grand préservatif ; dès qu'il est enlevé, le
métal est promptement attaqué par la rouille. Si l'on avait
un nom.bre de pièces suffisant pour permettre cette dépense,
il serait bon de les mouler en coquilles (1) comme les cy-
lindres de laminoir, afin qu'elles conservent, en se refroi-
dissant, les lignes droites ou courbes du modèle.
Facilité de transporter en quelques jours sa maison dans
un autre lieu. — Toutes les parties de la salle étant liées
par des boulons, les réparations sont très-faciles, et, de plus,
on peut aisément la démonter et la remonter ensuite à une
autre place ; il suffit pour cela d'en numéroter avec soin
chaque pièce f2).
(1) Fondre en coquilles, c'est fondre dans des moules en métal. Ce système
procure une très-grande dureté à la fonte et assure un admirable fini aux
pièces fondues.
(2) Au Brésil, à la Havane, au Texas, etc., les planteurs brûlent les forêts,
les défrichent ensuite, et les cultivant pendant quelques années, jusqu'à ce que
le sol appauvri ne leur donne plus qu'une récolte médiocre; ils abandonnent
alors cette terre pour brûler et défricher de nouveau une autre partie de
149
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TILWAUX l'LBLICS.
ISO
MODIFICATIONS SOr.CÉIlÉKS PAH l'kXPÉRIENCE,
Dps Fermex en fer. — Le fer doit ûtre travaillé dans des
conditions manufacturières. Cette remarque ress«;mhle à un
hors-d'œuvre, et cependant rien n'est plus négligé. Nous
connaissons des charpentes en fer présentant des difficultés
de forge telles, que le prix de la irain-d'œuvre a dû fitre
triplé, et cela sans aucun avantage pour la solidité; le fer
d'une pièce qui doit être mise nu feu plusieurs fois est pres-
que toujours brûlé, sans qu'on puisse s'en apercevoir quand
il est refroidi ; il est alors très-cassant. Si ce fiT, au lieu de
faire partie d'une charpente, était une pièce de mécanique,
en mettant la machine en train, et en lui fai.sant faire l'effort
auquel elle est destinée, la pièce brûlée casserait et on la
remplacerait; mais pour wne charpente, elle ne peut s'é-
prouver complètement que par un coup de vent, par une
surcharge de neige, épreuve qui se fait accidentellement.
Pourquoi n'essayerait-on pas une maison, comme on le fait
d'un pont, d'un viaduc, etc.?
II faut éviter les attaches en fonte, telles que sabots, culs-
de-lampes ou poinçon, etc., parce que la vapeur contenue
dans l'atmosphère, venant à se condenser contre cette fonte,
se dépose entre elle et les parties en fer, les joints n'étant
presque jamais faits au minium; elle peut alors se congeler
et faire casser la fonte par l'effet de la dilatation.
On doit se préoccuper aussi de la constitution chimique
du fer ; il y a quelques années, nous avons vu sur la section
du chemin de fer de Tirlemont à Liège, 12 ou 15 rails se
briser pendant une nuit très-froide; cet accident peut se
répéter pour des charpentes.
Les toitures en tôle peuvent, par les mêmes raisons, durer
à peine un an ou deux
Arantnge île .substituer des fers plats aur fers ronds. —
Nous avons employé, pour la charpente du toit, des fers
ronds et taraudés en plusieurs endroits : il en est résulté
que les filets du pas de vis se sont usés par le frottement,
soit pendant les transbordements, soit pendant les voyages
et la traversée, et il a fallu beaucoup de temps pour les re-
mettre eu état. Il se pourrait rencontrer des circonstances
telles que, par défaut des outils et des ouvriers indispen-
sables à ce travail, il fût impossible de l'exécuter. Afin
d'obvier à cet inconvénient, les fers ronds sont aujourd'hui
entièrement supprimés dans nos constructions, et remplacés
foi^to. Il suit de ce système de culture. <{De leurs li«l>iutions lont dopU-
eues pt'riodiqueniunt : ils auraient dune avaalafe à ae tenir de maisoDs en
fer.
I.a sallo dont nous donnons les plans, ofTrr 1)8 niiHrps rarn<s de surfarc ha-
bitable, et ne |ic'>.sit <|iiu lU tonneaux, que l'on peut mettre en le:>t à fond de cale
d'un navire. En snppo^uil (pi 'elle eût rtr ilevi'O aux Iles .Man|nisesou à Taiti,
lors des pn>niii'rs jours de l'occupation français»', elle eilt si-rvi deiuafraiiin à
l'abri du feu et des attaques des sauvages; la b.ille traverse diflU-ilemeni la
double enveloi)]ie. Par suit>! des cx|H>riences qui ont lité faites sur la ri-si^anc<<
de la tûle aux projectiles, les volets et les portes de plusieurs des eorps-de-
(jarde de Paris ont élé doubles inliTieuremenl en liSle.
par des fers plau d'au moins G remiaètWi «or 1 ceati -
mètre d'époiaieur.
Les extrémités des entraiu sont liées à r«rb«létrier et tu
monunt, au moyeu de deux plaques de t6le «ysat 0 m. 01
(i'épais.seiir. Ces plaques recouvrent toutes les pièces d'une
manière analogue à ce que l'on peut voir /fy. 4, pi. 6, poor
la réunion des deux arbalétriers et do poinçon. L'eninh,
brisé à son milieu, est formé de deux demi-entimiU réonis
ensemble sous le poinçon par des vis de rappel, dont le
serrage augmente ou diminue l'écartement, et, par suite, la
longueur de l'entrait brisé.
Les poinçons, les faux-poinçons et b s pannes, aoasi en ter
plat, sont bridés par des plaques de tâle, réunissant tontes
les pièces qui doivent être placées dans no même pUn.
Celles qui doivent se trouver dans des plans perpeodicnlaires
entre elles sont «issujetlies iutariablement les unes aux au-
tres par l'intermédiaire de morceaux de cornières, dont les
deux côtés sont laminés d'équerre.
Par suite de cts mo<lifications apportées au système de
construction en fer exposé ci-dessus, aucune pièce, soit de
la char|)ente, soit de la toiture, soit des monlaiiis, etc., ne
se trouve exécutée eu fer forgé. Les barres de fer sont em-
ployées telles qu'elles sortent du laminoir : pour fabriquer
les pièces de nos habitations, il suffit de les couper à lon-
gueur et de les percer. Ces travaux se font à froid.
On évite ainsi l'emploi du fer de qualité supérienrc, et
une notable économie en résulte sans aucun désavanU^
pour l'acheteur, car le fer d'une qualité supérieure n'offre
souvent pas plus de résistance qu'un fer d'une qualité
moindre; il peut seulement être forgé plus aisément.
La distance entre deux fermes consécutives est réduite
de :) mètres à 2 mètres au plus; le nombre des montants se
trouve ainsi multiplié, et ils sont placés de chaque côté des
chambranles des portes et des fenêtres ; on diminue afam
leur dimension et celle des arbalétriers, et ils n'ont plus qw
0 m. 06 sur 0 m. 015. Le mur en tôle obtient parce moyeo
une plus grande tension.
Assemblmje éronomique des tôln fortna»! In MHntiMe». —
Le périmètre entier des tôles des murs est simplement aerrt
par la bande extérieure h (/(j/. 9, pt. 6), et la comiète
intérieure e (d'une manière analogue à celle représentée
fi(j. 0, fd. 0 ). Les deux tôles ne se recouvrent pas; Jean
extrémités sont distantes entre elles de pins de la larfeor
du boulon g: il y a 3 millimètres entre les bords extfflaes
des tôles et le boulon. Pour les mettre en place, il y a
des trous réservés, dans lesquels passent pruvlsoirement de»
goupilles qui les maintiennent à la distance voulue; si Ton
ne prenait pas ce soin, il serait très-difficile de tendre le>
tôles.
L'i bande h, dans cette nouvelle disposition, est évidéf
intérieurement, de manière à présenter approximatJ%'en>eiii
le même profil à l'intérieur qu'à l'extérieur : k aerra^ e»t
alors plus complet. Ces dis|)osiljoas simplifient benoooop la
construction, et perractient d'avoir des télee bien planes.
151
REVUE DE LARCHITECTUUE ET DES TRAVAUX PUBLICS
152
La tôle la plus rapprochée des fondations a 1 millimètre
au moins d'épaisseur de plus que les autres tôles du mur,
et la distance entre les parois de l'habitation est portée à
60 centimètres, de façon que l'on puisse opérer aisément
les réparations qui seraient jugées nécessaires.
Chacune des pièces en fonte du socle a de longueur 1 ou
1 m. 50 au maximum. 11 y a toujours avantage à les diviser,
elles peuvent être placées plus aisément en ligne droite,
elles sont moins fragiles et d'un transport plus facile.
L'aménagement des pièces dans les navires de commerce,
d'un tonnage souvent très-faible, et dont l'entrée de la calle
est de peu de largeur ; les transbordements à bord des ga-
barres qui transportent les colis depuis les navires jusqu'aux
quais ou jusqu'aux embarcadères; toutes ces choses doi-
vent être mises en compte dans la question de dimensions
et de poids des différentes pièces en fer fondu et en fer
forgé.
Pour les constructions en fer à envoyer outre-mer, il est
préférable de n'employer que du fer forgé ; on évite ainsi les
bris que causent les transbordements, malgré tout le soin
des ouvriers chargés de ce travail. Si les localités pour les-
quelles elles sont destinées sont exposées aux tremblements
de terre, on ne doit avoir aucune confiance aux attaches en
fonte qui sont évidemment trop fragiles.
En indiquant ces différentes variantes, nous croyons ren-
dre service à ceux qui voudraient entreprendre des construc-
tions en fer. Dans les colonies de quelque peuple que ce
soit, loin des bords de la mer, une route bonne ou mêsce
passable n'est qu'une exception heureuse sur laquelle il ne
faut pas compter. En outre, les ouvriers y sont très-chers et
fort inhabiles : il faut donc leur rendre le travail le plus fa-
cile possible. A cette condition seule, on peut réussir.
INFLt'ENCE DU FEU SUR LAVENIR DE l'aRT.
Celte question est immense, et nous ne saurions que l'ef-
fleurer; nous laissons à d'autres plus habiles que nous le
soin de discuter et de poser la théorie des meilleures formes
proportionnelles à donner aux pièces de ce métal.
Pour de telles questions d'art et d'avenir, nous nous en
rapportons à ces natures d'élite, malheureusement peu nom-
breuses, qui tendent la main aux inventeurs, et qui figurent
toujours à l'avant-garde de l'armée du progrès.
Défendus et protégés par des hommes comme M. Jobart,
le savant directeur du Musée de V Industrie belge ; comme
M. César Daly, qui dirige si habilement la Revue de l'Archi-
tecture, les industriels et les artistes qui se hasardent dans
des régions inconnues, pour enrichir le vieux mondede quel-
ques nouvelles conquêtes, réagissent plus résolument contre
le ricanement du béotisme et l'inertie de la routine.
Les règles suivies jusqu'à ce jour pour l'établissement de
constructions dans lesquelles le fer n'avait qu'une médiocre
importance, doivent être nécessairement modifiées par l'em-
ploi d'une matière qui, sous un volume de quelques centi-
mètres, résume la solidité de plusieurs décimètres de bois
ou de pierre, et l'on n'imitera pas toujours certains con-
structeurs qui, sous l'influence de la routine, conservent aux
colonnes en fonte les dimensions de celles en pierre.
Pour employer convenablement la fonte, on est forcé de
lui donner des nervures qui lui procurent une solidité plus
grande que celle qu'elle aurait à poids égal, mais sans ner-
vures; des ornements sont également nécessaires pour mas-
quer les joints. Les pièces d'une grande dimension ne peu-
vent pas être coulées sans qu'elles s'écartent sensiblement
des lignes droites ou courbes du modèle. Les assemblages
sont faits par des boulons qui peuvent servir de motif pour
décorer l'édifice. Ces boulons ne doivent être que rarement
dissimulés ; et jamais, s'ils sont placés à plus de deux mètres
de hauteur, il ne faut les remplacer par des pas de vis enga-
gés dans le métal et coupés à la surface ; car, par suite de
l'ébranlement du terrain, la vis engagée se desserre et fait
écailler les peintures, et si des réparations sont nécessaires,
elles deviennent difficiles. Ce reproche s'adresse à ceux qui
exécutent journellement à Paris des portes et des grilles en fer.
On voit que le caractère décoratif des constructions mé-
talliques se rapproche davantage du style du gothique Heuri
et de la renaissance, que de tout autre.
L'élévation du prix du fer, par suite de l'exécution des
rails-ways, arrêtera encore longtemps la révolution qui doit
se faire dans l'architecture, mais, d'un autre côté, l'énorme
consommation de billes en chêne et autres bois force les
constructeurs à employer le fer pour les charpentes : cepen-
dant, dès que le prix du fer sera devenu normal, des cargai-
sons de maisons en fer seront transportées dans les pays où
elles sont dès aujourd'hui indispensables, et où chaque jour
on en sentira davantage l'utilité.
La France, il faut l'espérer, ne restera pas en dehors de
ce mouvement, et des maisons de luxe, des palais, seront
construits dans ses ateliers. Ce sera l'article Paris de cette
nouvelle industrie.
Conclusion. — Nous ne saurons terminer ces lignes sans
remercier .M. le ministre de la Marine de l'appui qu'il a
bien voulu nous prêter en France et dans les colonies. Nous
sommes heureux d'avoir à constater que tous les rapports
officiels faits sur les travaux dont nous avons été chargés,
prouvent que nous avons mérité la confiance dont il nous a
honoré.
Simple pionnier d'une industrie encore dans l'enfance,
nous lui avons consacré quelques années de notre vie; plus
heureux que bien d'autres, grâce à la haute protection du
gouvernement, nous avons vu la réalisation de notre idée;
nous la livrons à l'appréciation de la critique, sans laquelle
il n'est pas de sanction pour une chose nouvelle. Que d'autres
posent après les nôtres des jalons sur la route de l'avenir ;
aucun de ces jalons ne sera le dernier, parce que le progrès
de la science en tient toujours en réserve.
Nous nous félicitons d'avoir été appelé à fournir notre
part dans un travail destiné à préserver une portion de la fa-
^
153
REVUE DE LARCHITECTUHH ET DES TRAVAUX PUBLICS.
IS4
mille humaine des grands désastres causés par les tremble-
ments de terre.
A. ROMAND.
Archilfcle-tBfftriiiir.
NOTE ADDITIONNELLE.
MAISON SOUS VERRE.
Habitation construite dans un milieu parfaitement clos, et
pouvant servir au traitement des maladies spéciales. On pour-
rait construire une enveloppe formée en verre, une vaste
jserre, assez résistante pour qu'elle ne pût pas être facilement
brisée; dans ce milieu, <|ui pourrait être considérable, s'élè-
verait l'habitation, dont toutes les pièces auraient une tem-
pérature douce, égale et bien réglée, au moyen de calorifères
échauffant l'air destiné à k respiration des habitants.
Ces constructions intérieures seraient faites d'après notre
système de colonnes en fonte ou en fer forgé reliées par de
simples entrefonds.
On peut apprécier tout le confort que procureraient de
pareilles habitations : leur prix serait nécessairement élevé,
mais en les utilisant comme hôpitaux pour des maladies
particulières, telles que celles de poitrine, etc., qu'impor-
terait l'excès de dépense?
L'atmosphère intérieure serait adoucie et régularisée ; dans
les pays brumeux, comme les polders de la Hollande, on la
purifierait aisément de ces exhalaisons putrides qui, dans
certaines saisons de l'année, pénètrent dans les habitations
ordinaires ; dans les pays très-froids, on aurait l'avantage et
l'agrément de n'avoir pas à subir les variations de la tempé-
rature. A l'entour de la maison on aurait une belle et vaste
serre, véritable jardin d'hiver, et les verres de celle-ci,
éclairés le soir par des lumières placées à l'intérieur, pro-
duiraient un effet très-agréable à l'extérieur, si cette serre
était ornée de rosaces et de dessins eu verres colorés.
LE NOUVEL OPÉRA DE PARIS *
Examen des Projets proposés.
Que devienlle projet d'opéra? Y aura-t-il un concours public?
Choisir a -t-on un emplacement sur les boulevards? Près de la
place du Palais-Royal? Où, enfln? Ces questions, etcenttotm,
circulent par toutes les bouches. Peu de gsnssoot instruits de
ce qui se passe, et ceux qui pourraient peut-être le dire.cboee
remarquable, sont parmi les questionneurs.
La construction d'un Grand-Opéra pour Paris, pour ce eenlie
de la vie élégante, pour cette reine du goût moderne, un Opéra
pour la capitale du pays qui se déclare é la bile des beaux-arta,
est certainement bien digne d'agiter les architectes et le pabHe
parisien. Mais lorsqu'à son importance propre vient s'ajouter
tout l'intérêt qui s'attache à d'autres questions de la plnahaole
gravité, telle que celle du décentiement de Paris, par mite de
l'émigration de ses habitants vers le N.-O. de la ville; ceOe de
la libre circulation dans les rues; celle de la réunion du Louvre
avec les Tuileries, de l'achëTement de la rue de Rivoli, de
l'assainissement du quartier de la place du Palais- Royal, etc.,
etc. ; alors, l'intérêt que réveille la question du nouvel Opéra
de Paris redouble nécessairement.
D'un côté, donc, voici l'Opéra lui-même et le* questions d'art
et de service qui s'y rattachent naturellement; de l'autre côté,
se range une série de questions accidentelles, mais de la plus
haute gravité pourl'édilité parisienneet même pour l'art, pui»>
que la beauté des environs du Palais>Royal et le projet deiéo-
niou du Louvre et des Tuileries, ainsi que la construction d'une
nouvelle Bibliothèque royale, sont venues se rattacher i l'éta-
blissement du nouvel Opéra.
Parmi les projets dont on discute le mérite, nous dteroos
ceux de MM. Hector Iloreau, Lusson et A. Couder, rtmwttpff
ayant été l'objet de l'attention de la presse, ou de pétitkna ii>
gnées des habitants de certains quartiers. Noos rappellenjos
aussi que nous avons donné dans celte Revue un projet de
M. Meynadier [Voy. pi. 24 et col. 453, etc., du vol. h.]
On prétend qu'un auguste perâonoage, qui a toujours eu une
grande faiblesse pourl'architecture, s'occupe aussi, depuisquel»
ques mois, de trawr un plan d'Opéra, qui se rattacherait au
projet d'achèvement du Louvre et des Tuileries. Noussommea
bien désolés de ne pouvoir communiquer à nos confrèras le
résultat des travaux de ce noble concurrent qui ne Qgura pas
encore dans les rangs de la Société centrale des ArchUecia, "«»<«
à son défaut, et sans prétendre offrir une compensation im-
possible, nous pouvons leur donner connaissance des notes que
nous ont communiquées MM. H. llureau, .K. Couder et A. L.
Lusson, sur leurs projets.
Nos lecteurs trouveront A les lire attentivement trois avan-
tages :
i" Les artistes de Paris trouveront l'avantage de se mnsni
gner sur une question d'art et d'iutérétlocal très-grave ettite-
controversée, par l'organe d'hommes distingués qui en ont
fait une étude spéciale ;
2» Les artistes des départements et de l'étranger entendront
exposer, de points de vue différents, quelle peut étie l'ia-
Quence qu'exerce sur l'aveuir d'une ville, remplacement d'an
important monument comme l'Opéra de Paris;
3° Les uns et les autres pourront comparer les dispoeitiaiw
matérielles do plan et d'élévation proposées par leaattialeBqQe
nous avons uommés, et dont lea deasins aoot «w»»*»^ ^ q^
travail.
La solution du problème d'un grand Opéra, contient œllede
tous les autres tliéûtres ; partant, elle inléreaae tous ceux qui
155
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
tM
peuvent être appelés à projeter ou à concourir à. l'adoption
d'un théâtre quelcon(|ue.
Comme la Revue a publié déjà, dans ses volumes antérieurs,
un travail très-complet et très-éteudu sur le déplacement du
centre du Paris actif, par suite de l'émigration qui se fait vers
leN.-O. et que l'influence des monuments publics sur ce mou-
vement a été aussi longuement traitée, nous n'allongerons pas
les Exposés des motifs qu'on nous communique, par de nou-
veaux commentaires.
Chaque auteur, en défendant son projet, fait tout naturel-
lement la critique dts autres projets. Nous livrons ces plai-
doyers, rédigés par des avocats de bonne foi, à l'appréciation
du lecteur.
projet de m. a. couder.
Monsieur,
Au moment où l'administration et le public se préoccupent
de la création d'une salle définitive pour l'Académie royale de
Musique, je pense qu'il est opportun de signaler de nouveau à
votre attention un projet qui a été ex pesé au salon de 1845,
par M. Amédée Couder. Il mérite un examen spécial, et par le
sentiment d'art qui le caractérise, et par l'idée fondamentale
qui le met en harmonie avec les exigences du plan favori de
Napoléon et de Louis-Philippe ; je veux dire la réunion du
Louvre et des Tuileries.
Le Conseil général de la Seine, dans sa soUicitude pour le
vieux Paris, dont la vie s'échappe tous les jours et va s'épa-
nouir aux extrémités, s'efforce de ramener le mouvement au
cœur de la grande cité par toutes les améliorations nécessai-
res. Le pic à la main, il défriche avec vigueur les quartiers
ruinés et déshérités, les assainit par le percement de rues
nouvelles, les transforme et les dote de leurs éléments de
prospérité.
La construction de monuments publics est aussi un moyen
efficace pour concentrer cette activité vitale qui déserte une
moitié de la ville et va chercher au loin un milieu plus libre et
plus favorable. Cette consécration guide a juste titre leConseil
dans le choix de l'emplacement de la nouvelle salle d'Opéra. Le
temple de la Poésie et de la Musique sera toujours le rendez-
vous obligé du monde riche et des classes polies. Toutes les
constructions qui l'environnenttendent naturellement à repro-
duire ces conditions de luxe et d'élégance qui peuvent seules
attirer les classes opulentes et les retenir. Il fallait donc profiter
de la circonstance pour continuer l'œuvre de régénération
commencée dans la Cité, à l'Hôtel-de- Ville, aux Halles, dans
les quartiers Saint-Denis, Saint-Martin, etc.. Aussi, la muni-
cipalité a-t-elle accueiUi avec faveur toutes les études et tous
les travaux conçus dans cette vue.
Les projets n'ont pas manqué. Il en existe neuf. Passons-les
rapidement en revue.
Le point capital, qui consiste à vivifier un quartier populeux
en le remaniant, en lui rendant l'air, le soleil et le mouvement
commercial dont il est privé, nous fera rejeter d'abord parmi
•- ces projets ceux qui ne remplissent point le but proposé.
c Un vice radical entache tous les projets qui placent l'Opéra
aux boulevards ou dans leur voisinage. Les boulevards n'ont
pas besoin qu'on y attire la foule par de nouvelles séductions.
La multiplicité des théâtres, des cafés, des riches magasins, et
le charme de la promenade en feront toujours pour la circula-
tion une artère privilégiée. Ce seul argument élimine d'un coup:
L'emplacement de la mairie de la rue Grange-Batelière;
Celui de la salle actuelle ;
Celui du Timbre et des Affaires étrangères ;
Celui de la rue Basse-dii-Rempart, sur le boulevard des Ca-
pucines ;
Celui des Menus-Plaisirs et du Conservatoire de Musique ;
Celui des Bains chinois, avec l'espace compris entre la rue de
Choiseul et la rue de la Michodière ;
Celui qui est adjacent au passage Sandrié.
Nous voulons aussi garder la place Louvois avec ses ombra-
ges et ses nappes d'eau. Ce n'est pas trop d'une place où l'on
puisse s'arrêter et respirer en été, dans toute la longueur de la
rue Richelieu.
Notre opinion paraît avoir été partagée par le Conseil-Géné-
ral. Parmi les divers emplacements qui se prêtent à la con-
struction de l'Opéra, il a préféré celui qui sépare le Louvi-e de
la rue Saint-Honoré. Le choix ne pouvait être plus intelligent-
On est frappé de suite de ces deux grands avantages : la posi-
tion est centrale, et le monument magnifique qui doit s'y
élever fera disparaître une grande partie de ces maisons hi-
deuses, de ces rues étroites, fangeuses, et sombres qui désho-
norent les alentours de la demeure royale et de deux palais
somptueux.
Toutefois, une observation reste à faire. L'excellence du pro-
jet dépend en partie du mode d'exécution.
On a proposé de placer notre premier théâtre lyrique â l'ex-
trémité et dans l'axe de la rue de Rivoli, sur les terrains
occupés aujourd'hui par les rues de Valois, de Chartres, Saint-
Thomas-du-Louvre, jusqu'à la rue Fromenteau. Cette Idispo-
sition laisse subsister un horrible pâté de masures noires, in-
fectes et mal famées, qui couvrent plusieurs mille mètres
avec la rue du Chantre et la rue Pierre-Lescot. Plus tard, elle
masquera le Palais-Royal et le Louvre continué. Ces inconyé-
nientssont graves, et ils ont été sentis par le Conseil. Il est à dé-
sirer qu'on les évite lorsqu'on fera l'emploi des quatre millions
votés par la municipalité pour aider à l'exécution du projet.
Pour entrer dans des conditions parfaites, il faut faire table
rase de l'espace enfermé entre la rue Fromenteau et la rue de
la Bibliothèque, et yasseoirle monument (1).
Il semble que dans une matière qui intéresse à un si haut
degré la ville de Paris, on ne saurait se dispenser de faire un
appel public aux artistes français. Ils suffiront à la tâche, «ans
qu'on aille chercher inutilement à l'étranger un nouveau ca-
valier Bernin. Vous avez. Monsieur, traité la question de con-
cours avec toute l'autorité qu'elle réclame. Vous avez fixé,
avec l'argumentation rigoureuse qui vous est habituelle, les
conditions nécessaires d'un concours sérieux. Si elles sont
remplies, nous ne verrons pas cette fois exclure delà liste les
talents qui ne seraient pas enrégimentés sous la bannière of-
ficielle. L'œuvre la plus remarquable devra être préférée pour
elle-même, sans distinction d'origine. Un jury d'examen,
offrant les garanties que vous réclamez, ne connaîtra que de
l'idée. Quant à l'auteur, Tros Rululusve fual, qu'il soit ou non
de l'Institut, les jurés ne feront point intervenir son nom et
sa qualité comme des éléments dans leur décision.
^S
(1) Voyez tes dessins à la page suivante.'
1S7
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
158
Description du projet.
Le monument, isolé de toutes parts, est construit en maté-
riaux incombustibles. Sa situation est indiquée par la lettre 0
dans le plan de la place du Carrousel, donné ci-dessous (1). La
ta<;ade principale est tievie à l'Ett de U place du Palais-Bojal ;
les laçafies latérales s'éteodent sar lame de Rivoli proloiigte
et sur la rue Saint-Honoré, jtuqu'à la rue de la UiblioUièqiie,
où s'élève la façade postérieure (\ oy. pU 9).
Sur la place du Palau-Iioyai, la bçade, d'ordre coiDpo>
site, est formée de deux avant-corps reliés par une colon-
nade en retraite, au-devant de laquelle s'élève un vaste per-
ron.
Au front de la colonnade est une frise représentant l'his-
toire du théâtre lyrique, de la musique et de la danse. Les
acrotères de cette partie de l'ôdiflce sont décorés des statufs
des Muses, la Musique donnant lieu à un groupe principal placé
au centre.
Un allique orné de statues enveloppe la scène et la salle, et
masque le comble. D'antres statues, placées aux angles des
avant-corps, com[ilèlont la décoration de la partie supérieure.
Lesfarades latérales se composent d'un portique en harmo-
nie avec celui de la rue de Rivoli. Ce jwrtique, ajoutant sa lar-
geur à celle de la rue Saint-Honoi-é, offre aux piétons un pré-
cieux abri contre les voiti -' croisent sans cosse dans
cette direction, (.luaranîe ii. :^ .. .< y sont destinés au com-
merce.
Au premier et au second étape, des colonnes et des pilastres
détachent les croisées, au-devant desquelles s'étend, dans
toute la longueur de l'édifice, un balcon sculpté.
La façade postérieure présente deux avant-corps ayant en
soubassement des corps-de-garde pour les cavaliers, les sa-
peurs-pompiers et les gardes de police, une grille et une cour
spacieuse: en façade rentrante, des entrées pour les artistes,
pour l'sidministration et le service du thédtre.
Intérieur de la salle. L'Opéra est l'expreraioa ootnpièle et
prestigieuse de tout ce qui peut charmer nos yeiu, fiapper
nos esprits, émouvoir nos Ames Tous les arts Tienoeol y dé-
ployer et y confondre leur magie. C'esl le trépied harmopieui
qui reçoit les pieds divins de la Muse, et qui lait dire à aas
lèvres les choses du ciel ; c'est le royaume palpitant de la pas*
siun humaine, riiùtellerie de ses nives enchantés, de ces
ombres adorées, de ces formes idéales et flottantes qui
s'appellent désirs, aspirations inquiètes, soif de l'infini;
c'est le monde de ces promesses mysiérienses par lesquelln
nous pressentons une vie supérieure et des ravissements in-
connus.
L'Opéra, tel que nous venons de l'esquisser, mériterait cer-
tainement d'être construit par la laguette des Génies.
L'extérieur de l'édiflce doit en indiquer, dès l'abord. la
destination. Quand nous pénétrons dans l'enceinte, noos d»>
vons retrouver cette expression rendue avec encore plus d^
nergie.
Sans doute, les grands eflets sont réservés i la toèiie. Li .
rayonnent toutes les fascinations et tous les mingaa; li^ae d^
roule et s'enlace, en mille ciixxtnvoluliooa înTisiblee, ooUp
M) Les dessins ci-dessus repn'sentent, l'un la ri'union du Ixtuvri- et des Tuilerie*, et le» ahonlo de en<l<«x p»lai< Xti* q»e M. A.
l'autre, un croquis de Kontuine-Hhare qui occuperait le ceulro de la place da Caruuscl. CooTieodrail-U de <aapcr ainsi la nM mr l'ai* i
palais ?
139
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
i6è
chaîne d'or aux anneaux magnétiques qui entraînent les âmes,
et les asservissent à l'aimable empire de la fantaisie et de la
fiction. Le sarcasme de Don Juan, le rugissement d'Othello,
l'angoisse de Robert, la plainte d'Elvire, le soupir de Desdé-
mone et d'Adélaïde, le défi hautain, l'irrésistible prière; haine,
amour, frissons de la terreur, larmes de la pitié, hymnes de
l'allégresse; la beauté, la majesté, la grâce et leur tyrannie ;
en un mot, le surhumain, le divin, habitent de l'autre côté du
rideau. Mais leur présence prochaine doit être dignement
annoncée. L'hémicycle est le péristyle de la scène ; son
aspect doit prépnrer les esprits et les initier, comme un splen-
dide programme, aux sensations élevées, aux voluptés tour à
tour sévères et délicates, à ces nobles élargissements de l'exis-
tence dont les beaux-arts, célestes messagers, composent leur
gloire. Il aura pour caractère principal le symbole, langue
suprême, universelle et impérissable, lumineux alphabet de
toutes les poésies. Une symbolique puissante sera donc em-
preinte sur tous les détails de l'ornementation : elle vivra par-
tout, dans les lignes, dans les formes, dans les couleurs; elle
les fera concourir à un effet unique et certain, par la combi-
naison et la fusion de leur propriétés secrètes, ou, si vous vou-
lez, de leurs valeurs emblématiques ; comme une effluve in-
cessante, elle versera dans les âmes ce rhythme préliminaire
et souverain qui est indispensable pour les discipliner et les
faire obéir sans résistance aux impressions diverses dont le
poète et le musicien vont les assaillir tout à l'heure.
Pour montrer en quelques mots que l'artiste a bien compris
sa tâche, je dirai seulement qu'il a figuré d'une façon magis-
trale toutes les idées dont nous réclamions plus haut la repré-
sentation.
Enfin, ce théâtre a des dégagements nombreux et faciles :
de vastes passages, pratiqués dans le soubassement, condui-
sent à chaque étage de la salie. Ils facilitent l'arrivée et la
sortie, et servent au stationnement des équipages pendant le
cours des représentations. ,
Distribution générale.
Soubassement. — Portique sur les rues de Rivoli et Saint-
Honoré. — Quarante magasins à l'usage du commerce. — En-
trées des voitures. — Entrées du public. — Entrées des ar-
tistes et des employés. — Corps de garde pour les cavaliers,
pour les pompiers, pour les gardes de police ; magasins et
accessoires. — Entrée des décors.
Étage au-dessus du soubassement. — Côté de laplace du Palais-
Royal. — Un vestibule. — Deux galeries pour attendre l'ouver-
ture des bureaux. — Deux escaliers conduisant aux premières
places. — Deux escaliers conduisant aux deuxièmes loges. —
Deux escaliers conduisant à l'amphithéâtre. — Parterre, or-
cheslre pour le public, orchestre pour les musiciens. — Six
loges d'avant-scène avec salon. — Salon pour M. le commis-
saire du roi. — Bureau de police.
Côté de la rue de la Bibliothèque. — Entrée des décors. — Bu.
reaux de l'administration. — Salon de réception. — Foyer des
artistes. — Vingt loges pour les premiers artistes. — Magasins
à décors. — Escahers.
Entre-sol. — Loges d'avant-scène avec salon; galerie à stalles.
Premier étage. — Côté de la place du Palais-Royal. — Foyer
avec péristyle pouvant servir de salle de concert. — Deux sa-
lons en prolongement du foyer. — Vestibule desservant les
loges. — Loge du roi avec deux loges pour ses officiers, cha-
cune avec salon. — Un rang de loges avec salon. — Six loges
d'avant-scène avec salon.
Côté de la rue de la Bibliothèque. — Bureau de l'administra-
tion. — Foyers- pour les artistes. — Loge d'acteurs. — Scène.
Deuxième étage. — Un rang de loges avec salon. - Six loges
d'avant scène avec salon.
Troisième étage. — Côté de la place du Palais-Royal. — Un
rang de loges. — Six loges d'avant-scène avec salon. — Une
galerie à stalles. - Un amphithéâtre. — Un atelier de pein-
ture pour les décorateurs.
Côté de la rue de la Bibliothèqu£. — Ateliers des costumiers.
— Magasins pour les costumes — Logement des employés. —
Atelier des machinistes.
Proportions.
La surface totale, compris les marches de l'escalier exté-
rieur, est de mètres superficiels : 6,344 m. 00. — Longueur
totale, 122 m. 00. — Largeur totale, 52 m. 00. — Largeur du
foyer avec la colonnade, 13 m. 00. — Sans la colonnade, 10 m. 00.
— Sa hauteur, 15 m. 00. — Ouverture de la scène, 14 m. 50.
— Largeur de la scène, 28 m. 00. — Sa profondeur, 33 m. 00.
— Hauteur totale intérieure de la salle, 24 m. 50. — Surface
de la salle, couloirs et orchestre compris, 800 m. 00. —Hau-
teur totale du sol au sommet de l'attique, 40 m. 00.
Nombre et désignation des places.
Orchestre, 200. — Parterre, 410. — Galerie d'entre-sol, 170.
— 6 loges d'avant-scène au rez-de-chaussée, 36. — 21 bai-
gnoires à l'entre-sol, 126. — 21 premières loges, 126. — 6
avant^scènes des premières, 36. — 21 deuxièmes loges, 126.
— 6 loges d'avant-scène, 36. — 21 troisièmes loges, 126. — 6
loges d'avant-scène, 36. — Deuxième galerie, 450. — 6 loges
d'avant-scène, 36. — Amphithéâtre, 800. — Total, 2,714.
Dépense.
La ville prenant à sa charge la différence de valeur qui peut
exister entre le terrain de l'Opéra actuel et celui de l'Opéra
projeté, il ne reste à évaluer que les frais de construction.
D'après un devis détaillé, on est arrivé au terme moyen de
1,500 fr. par chaque mètre superficiel, soit 9,506,000.
Tel est, monsieur, le projet que des artistes éminents ont
approuvé dès le moment de son apparition. Aujourd'hui l'heure
est venue de le soumettre de nouveau au public, et je me figure
qu'en raison de ses convenances particulières, il vous paraîtra
digne d'être communiqué à vos lecteurs.
Veuillez agréer, etc.
E. 0.
I6f
REVUE DE LAKCIHTECTLHE ET DES TRAVAUX P( BfJCS.
fis
pho;et de m. h. horeau
A Monsieur César Daly, rédacteur de la Revue d'ArcMUclure.
Monsieur,
Les édifices publics, par les importantes questions qui se rat-
tachent à leur exécution, réclament de sérieuses études; à ce
titre, je viens vous prier de vouloir Lien communiquera vos
doctes lecteurs quelques observations sur l'emplacement à
choisir pour un important monument de notre capitale, je veux
parler du /jrcmd Opéra qui, dit-on, va être mis au concours, et
pour lequel la question d'emplacement ne me parait pas avoir
été jusqu'ici suffisamment étudiée. Pour beaucoup d'hommes
compétents, il n'y a qu'a opter entre l'emplacement que je pro-
pose et celui ultérieurement désigné par le Conseil municipal
de Paris ; je me bornerai donc à mettre en parallèle le pour et
le contre de ces deux emplacements.
D'après mon projet, qui remonte à 18i3, l'Opéra serait placé
sur la ligne des boulevards, entre la rue Grange-Batelière et le
prolongement de la rue Chauchat (1).
Il serait construit sur trois différentes propriétés : sur une
partie de la rue Pinon et de la mairie ; sur une partie de l'Opéra
actuel, et sur une partie d'un immeuble à acheter, immeuble
situé sur le boulevard à l'angle de la rue Grange-Batelière.
Diverses combinaisons d'échange, d'abandon, d'acquisition
ou de vente, entre l'État et la ville de Paris, permettent d'obtenir
l'emplacement proposé qui offre les avantages suivants :
1» De laisser l'Opéra au milieu de son public, là où les habi-
tudes de ce ihéiître sont depuis longtemps assises ; dans un
quartier où il prospère et qui, avec le temps, s'est façonné au
voisinage de ce théâtre ;
2o De mettre l'Opéra dans de bonnes conditions de prospérité
en le plaçant sur le boulevard, qui est la voie naturelle des
théâtres :
3» D'élever un édifice public dans un quartier qui en est privé,
particulièrement-sur la ligne des boulevards, où l'on ne voit que
des maisons depuis la Madeleine jusqu'à la porte Saint-Denis ;
4» D'isoler complètement l'édifice et d'offrir des arrivages
faciles par le prolongement de la rue Chauchat jusqu'au boule-
vard, et par ceux de la rue Grange-Batelière jusqu'à la rue de
Provence et jusqu'à la rue Chauchat ;
5» D'offrir, derrière l'édifice, dans les parties non utilisées de
la mairie, un espace qui peut devenir plus ou moins vaste pour
le stationnement des voitures ;
G» D'offrir quelque latitude pour la largeur et la profondeur
de l'édifice, comme aussi pour la largeur des isolements
latéraux ;
7» De ne pas avoir à suspendre les représentations de l'Opéra
actuel ;
8» De faciliter le déménagement ;
9» De pouvoir facilement surhausser le sol actuel, opération
indispensable pour ne pas exposer le dessous du théâtre aux
inondations ; cette opération viendrait concourir à la fois au
nivellement du boulevard et à un meilleur effet du monument ;
10" De rendre l'exécution des travaux plus facile et relative-
ment moins onéreuse, en édifiant le nouvel Opéra progressive-
mont, sur des terraius rendus sucessivement disponibles, et en
(i) Voy. pi. 10, la situatiuu des rues.
T. VU.
N. du D.
Utilisant les constructions au fur et à metan àe leur achè-
vement.
Bien d'autres considérations importantes pourraient coootv
être mentionnées.
Les inconvéDiente de l'emplacement de la place du Palafa-
Royal sont :
1» Oue l'édifice serait obliquement planté par rapport A la
façade du Palais-Royal ;
2» L'Opéra, vu de la place du Palais-Royal, sur a* (açade
principale, serait placé entre deux rues d'in^ales Itt^eon ;
3o II n'y a que 47 mètres entre l'alignemeot d« la me 8afol>
Honoré et de la rue Rivoli prolongée, largeur insolBsanle pour
le grand Opéra de Paris ;
4» L'alignement ordonnancé de la rue Saint-Honoié oe
donne qu'une largeur insuffisante à celte rue pour isoler une
édifice aussi important, aussi élevé que serait l'Opéra, surloat
en égard à ce qui suit ;
5o Les caves des maisons situées sur l'emplacement propoaé,
quoique très-peu profondes, sont annuellement iotmàtm par
les crues de la Seine ; il faudrait élever exlraoïdioairenient
l'édifice ou exécuter de dispendieux travaux poor aanver les
enfers de l'Opéra des inondations ;
6» La rue des Bons-Enfants, et surtout celle de Valois, se-
raient interceptées dans leur prolongement ;
70 En plaçant l'Opém dans celte localité, il faudrait renoncer
à l'espoir d'élever un édifice relier pour la réunion du
Louvre aux Tuileries ;
8» Enfin le but du Conseil municipal, d'appeler la populatioo
au centre, ne serait pas atteint, l'Opéra n'étant animé que pen-
dant quelques soirées de l'année, et cette animation pouvant
quelquefois être fâcheuse pour les musées, les demeures royales
et les nombreuses voitures qui ont à circuler jour et nuit Am*
ce quartier.
En résumé, vouloir enlever l'Opéra du quartier où il proepèie
pour le transplanter place du Palais-Royal, c'est l'exposer, sans
raison, A un fatal dépérissement. On ne devrait pas oublier que
Paris est un composé de plusieurs quartiers ayant chacun leors
caractères particuliers, leurs intérêts, leurs habitudes résultant
des éléments qui les composent, et que ce serait froôsergratid-
tement des intérêts et des habitudes respectables que de repor-
ter dans un quartier ce qui exiote dans un antre.
Toutefois, j'applaudis d la pensée d'un édifice dans ce quar-
tier, et surtout d'un édifice qui, comme le désire le Cooaeil
municipal et comme je le propose, donnerait réellement la vie,
appelant constamment du monde dans ce quartier qœlqne peu
délaissé. Pour atteindre ce but, je propose d'y élever un édifloe
pour les Sociétés savantes, édifice dont je parlerai plus laid,
après avoir présenté une description sommaire de mon aranU
projet d'Opéra, description qui, je crois, fera mieux ressortir les
avantages de l'emplacement que j'ai proposé, etqoi, je l'espère,
l'em portera sur l'emplacement adopté par le Conseil mnak^id.
L'édifice proposé se compose dequatre parties bien distinctes ;
d'un foyer salle de concert, de la salle, du théitra, de Tadmi-
nistratiun et de ses dépendances. Ces diverses partiea sont reliées
entre elles par des galeries, des vestibolea e( daa eaealian. An
rez-de-chaussée le monument secompose,duoAlédn booleraid,
d'un vaste portique circulaire dissimulant l'angle du boalevaid
des Italiens et du boulevard Montmartre. Ce portique oOk« un
41
"^
i63
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
ICâ
accès et des issues faciles aux piétons ; il communique avec les
galeries qui enveloppent tout l'édifice, près desquelles les voi-
tures peuvent arriver à couvert de quelque côté qu'elles se pré-
sentent. Ces galeries offrent un abri à toute heure du jour et de
la nuit ; elles sont animées par d'élégants magasins, qui rappor-
teraient un précieux revenu et dèU-uiraieut le triste aspect trop
souvent réservé à nos édifices publics.
Le portique circulaire donne ensuite accès à un vestibule
central, en communication avec le café du théâtre, avec le
corps-de-garde, le dépôt, les escaliers secondaires, avec les
galeries latérales, enfin avec les deux grands escaliers condui-
sant à la salle et au foyer. De plus, des entrées et issues indé-
pendantes ont été ménagées aux différents escaliers desservant
à volonté tout ou partie des galeries de la salle.
Au premier étage, on trouve un foyer pouvant servir de salle
de concert ou de salle pour des réunions nombreuses. Ce foyer
serait extérieurement décoré de colonnes portant les statues de
la Poésie, de la Musique, de la Danse, de la Peinture, de l'Archi-
tecture, etc., etc. De ce point on voit dans tous les couloirs de
la salle, et réciproquement. Les quatrième loges sont au niveau
de la tribune du foyer, éclairée, sur le boulevard, par les croi-
sées d'attique. Le foyer communique en outre, par le centre ou
par les galeries latérales, avec la salle, avec le théâtre et l'admi-
nistration. Pour être plus sonores et avoir moins de chances
d'incendie, ce foyer et la salle pourraient être construits en
métaux qui seraient colorés, dorés ou argentés, et rehaussés
de quelques pierreries.
En prolongeant la scène à travers les magasins de décors et
le foyer des acteurs, le théâtre, plus vaste que le théâtre actuel,
permettrait des points de vue très-élendus. Dans l'administra-
tion, faisant suite au théâtre, on trouve tout ce que nécessite le
service du grand Opéra, notamment des entrées particulières
pour acteurs, décors et grands objets ; enfin des baies ont été
ménagées pour que l'on puisse voir clair dans toutes les parties
de l'édifice sans le secours d'une lumière artificielle.
Pour les bals et fêtes, des dispositions ont été prises dans le
but de relier, en quelques minutes, la salle de spectacle au
théâtre etouvrir une large baie du foyer à la salle, de telle sorte
que l'on puisse bien voir toute l'étendue, toute la profondeur de
l'édifice ; enfin, pour les fêles extraordinaires, l'administi-ation
pourrait céder tout son premier étage dans lequel il n'y aurait
que des cloisons mobiles, ce qui donnerait une surface totale
d'environ 8,000 mètres, qui permettrait de recevoir facilement
douze mille personnes. Si même on voulait se laisser la possibi-
lité de donner l'attique pour les fêtes, on pourrait recevoir
jusqu'à quinze ou seize mille personnes.
La construction serait en matériaux incombustibles, tels que
pierre, marbre, granit, brique, faïence, métaux, cristaux ; les
planchers seraient en fer et poteries, les combles en fer, la cou-
verture en métal, les cloisons en tôle, les escaliers en fonte. Il y
aurait, en outre, pour donner toute sécurité contre les chances
d'incendie, des réservoirs avec des pompes à demeure, placés
dans les parties supérieures de l'édifice, et le chauffage général
se ferait à l'air chaud ; enfin on emploierait le système d'éclai-
rage le plus convenable.
La dépense, subdivisée selon l'ordre dans lequel les travaux
devraient être exécutés, peut être évaluée à :
fr. fr.
Pour l'administration. . . . 1,740™ à 800 1,392,000
Pour le théâtre (sans machines). 1 ,575 à 400 630,000
Pour la salle 1,575 à 700 1,102,500
Pour les escaliers et le foyer. . 2,136 à 900 1,922,400
Pour les machines, déménage-
ments, faux frais 439,100
Pour l'imprévu 514,000
Pour l'immeuble à acquérir 2,800,000
Total général 8,800,000
Je ne sais si, par ce que je viens de dire, j'aurai porté la con-
viction dans l'esprit de vos lecteurs, mais ce que je puis dire,
c'est que je n'ai pas encore rencontré une critique de quelque
valeur sur l'emplacement et le mode de construction que je
propose pour l'Opéra. Quant à l'avant-projet en lui-même, je
fais toute réserve, puisque je me propose de prendre part au
concours que l'on va ouvrir.
Pour mieux combattre l'emplacement rival du mien , je dirai
quelques mots de mon avant-projet d'édifice pour les réunions
des sociétés savantes.
Cet édifice, dans une position centrale, entre le Louvre et le
Palais-Royal, serait isolé de toutes parts : il assainirait le quar-
tier et en améhorerait sensiblement la circulation.
11 contiendrait, au rez-de-chaussée et sur les quatre faces, des
galeries ouvertes au public, qui pourraient être animées par
quelques magasins particuliers, un grand restaurant et un beau
café Au premier étage, une galerie, pourtournant l'édifice, ser-
virait à la fois de bibliothèque, de musée pour les collections de
diverses sociétés et pour communiquer avec les salles destinées
à ces sociétés. Une plus grande salle, au centre de l'édifice, con-
tiendrait des tribunes et des amphithéâtres correspondant aux
étages supérieurs. La disposition du deuxième étage ne différe-
rait de celle du premier étage que par la suppression du grand
escalier qui ne monterait qu'au premier, et parce que la salle de
moyenne grandeur, du côté de la rue delaBibhothèque,s'élève-
railjusqu'au comble et serailéclairée par le haut pour favoriser
les expositions que l'on y voudrait faire. Les salles de réunion ,
de diverses grandeurs, et qui seraient éloignées de tout tapage
extérieur, pourraient être au nombre de 13, sans compter celles
que l'on pourrait établir dans les galeries de pourtour. Le troi-
sième étage contiendrait les bm-eaux, les archives et quelques
logements d'employés.
Cet édifice, qui est un des besoins de notre époque, pourrait
s'élever avec le concours de diverses ressources :
lo L'État veut et doit encourager les sociétés savantes, qui
honorent le pays et qui sont dans une certaine mesure un élé-
ment de prospérité pour lui ;
2» Le Conseil municipal, désirant tout à la fois rappeler la po-
pulation au centre et détruire de sales habiiations, a offert au
gouvernement de concourir à l'exécution d'un édifice public sur
l'emplacement dont il s'agit. Le but du Conseil serait certaine-
ment atteint plus sûrement a\ec l'édifice proposé qu'avec un
Opéra ;
3» Dans l'état actuel des choses les sociétés payent toutes un
loyer pour des locaux épars dans Paris qui, en général, ne sont
pas disposés pour les recevoir ;
4» Enfin des salles, qu'on prêterait aux réunions de bienfai-
sance, pourraient être louées pour des réunions industrielles
16»
HEVLE DE L'AHCHITKCTLUE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
166
pour dos expositions particulières, et créer, avec les locations du
rez-de-chaussée, un beau revenu qui faciliterait la construction
de l'édifice proposé.
De la sorte, le gouvernement aurait un contrôle plus direct
sur les sociétés; une seule administralion remplacerait avec
avantage toutes les administrations offlcieuses des diverses
sociétés. L'Kiat hériterait tout naturellement des collections
des sociétés éteint'js. Le Conseil municipal, en réunissant
toutes les sociétés dans un même édifice, offrirai! un attrait de
plus aux étraug' rs, et faciliterait les études des sociétés, dont
la prospérité est liée à la prospérité générale de Paris. Enfin,
les membres des sociétés pourraient assister, sans déplace-
ment, à plusieurs séances, et trouver, dans un salon commun,
avec les publications des sociétés, les hommes iotelligenisde
tous les pays. Paris, capitale du monde civilisé, doit élever le
premier édifice pour. les réunions des sociétés savantes; c'est
plus que son intérêt, c'est sou devoir.
Puisse celle pensée, qui a déjà été favorablement accueillie
par plusieurs sociétés savantes, obtenir le concours éclairé des
hommes appelés A statuer sur son exécution. Une compagnie
se formerait aussitôt pour réaliser ce projet, qui seiait un grand
pas vers cette civilisation, dont toutes les sociétés ont tant besoin.
Une telle entreprise serait une source de prospérité, un fiùt
glorieux pour notre capitale.
Veuillez agréer, etc.
H. HOREAU.
projet de m. a.-l. lusson.
Monsieur,
Avant de m'occuper du plan de l'Opéra même, je me suis
demauaé quelle i)Ouvait éiro l'influence d'un semblable édifice
sur la vie du quartier où il serait situé, et je me suis confirmé
dans l'opinion que cette question pouvait être résolue en consul-
tant l'expéiience, en considéraut lu mouvement de la popula-
tion, la richesse immobilière et commerciale qui règne autoiu-
des principaux théâtres de Paris et des grandes capitales de
l'Europe, en pesant, enfin, les avantages et lei inconvénients
inhérents aux abords des théâtres en général.
Commençons par poser en fait qu'un théâtre, monument
froid dans le jour, puisqu'il n'est alors au mieux qu'une déco-
ration archilecturale, no peut contribuer en rien au mouve-
ment commercial d'un quartier. L'étranger, le citadin, au
moment où ils se rendent au théâtre pour assister à la repré-
sentation scéuique, ne font certes pas d'emplettes, et moins
encore quand ils en sortent, à une heui-e fort avancée de la nuit.
Ensuite, les voitures bourgeoises, comme les voitures de place
qui affluent en si grand nombre à l'heure du spectacle, effrayent,
détournent les promeneurs au lieu de les attirer ; et enfin, les
ordures, que pendant le spectacle les domestiques qui attendent
leurs maîtres, et les spectateurs dans les entr'actes déposent
aux alentours, sont autant d'enipi'chemenls à ce que le voisi-
nage d'un théâtre devienne un lieu favorable aucomnierccou
soil habité parles familles à grande fortune. Des cafés.des res-
taurants occuperont les boutiques les plus proches; des hôtels
garnis s'établiront dans les étages supérieurs, ou de moyennes
fortunes s'y logeront à cause du bon marché des locations ;
certes, de tels éléments de vie pour un quartier ne méritent
pas que l'autorité s'en préoccupe quand U t'agit de remplace-'
ment à choisir pour l'OiJéra, Auwi, noui étODOons-nous des
démarches que font les propriétaires des environs du Palait-
Itoyal, afin de le poeséder; eux qui ne tirent aucun avantage
appréciable de la présence du Tbédtre'Français et dn théâtre
Montansiur. N ont-ils pas dix autres exemples i joindre aux
deux que nous venons de signaler {«ur les persuader de l'inU'
tilité d'un théâtre au bien-être d'un quartier? Qu'ils jettent k-s
yeux autour du théâtru de l'Odéon, de l'Opéra-Comique, du
théâtre Veotadour, et ils reconnaîtront leur erreur. Qo'ils
con.sidèreQt eubuite cette réunion de théâtres laogés sur ooe
même ligne au boulevard du Temple, qui ne donna de \ie
aux environs que pendant quelques heures de la soirée ; «t
quelle vie ! Ils seiont alors complètement déailloaioanés, car
ils verront partout la population aisée fuir les approches des
speciacles. Ouant aux acteurs et employés des théâtres, ils sont,
en général, trop mal rétribués pour être de quelque avantage
au quartier, et ceux favorisés de la fortune sont trop peu nom-
breux pour donner plus de prix aux locations voisines. Talma,
mesdemoiselles Mars et Duchesnois n'ont procuré aucun bien-
être autour du Thëâlre-Frunçais; ils avaient ailleurs leur rési-
dence. Les mêmej circonstances se retrouvent autour des
autres théâtres royaux.
Ce qui arrive à Paris, a lieu dans les autres grandes TÎOes de
l'Europe. Nulle part le théâtre ne fait la fortune de la partie de
la ville où il est situé. Si ses alentours ont été de tout tempe,
avant comme après son installation, un lieu de prédilection,
soit pour la promenade, le commerce, ou lliabitatifm des
riches, le théâtre ne change rien, à la vérité, aux habitudes
prises, mais jamais non plus il n'a attiré l'oisif, ni transformé
en quartier commerçant un quartier habité par les gens à
équipages. C'est ainsi que nous avons vu les choses, à Naples,
à Milan, à Florence, à Madrid, à Vienne, à Berlin, a Munich
et dans nos grandes villes de France, Lyon, Marseille, Bor-
deaux, etc., etc.
Dans les villes modernes, la fortune d'un quartier tient à des
circonstances tout autres que celles de la présence ou de la non
présence d'un ihéâire. Elle naît bien plutôt de la créstioade
beaux, de larges et de nombreux {«rcés, de la présence d'éla>-
blisseraents publics fréquentés chaque jour par les gens d'af-
faires, par les étrangers et celte classe d'hommes de loisirs qw
la curiosiië ou le désir de s'instruire attirent incessamment
Elle est fort souvent aussi la conséquence du classement natu-
rel de la population.
La société se partage en grandes catégories ayant chacooe
un centi-e d'action et des besoins difKrenls.'Tout ce qui dé-
pend d'un même centre d'action se range autour de lui : la no-
blesse foncière autour du souverain, la noblesse financière
autour de la Bourse, la noblesse judiciaire autour de son pa-
lais, la noblesse cléricale auprès du prélat, etc., etc.
Ceci explique, ce nous semble, puuniuui le laubouig Saint-
Germain est resté, comme sous Ixtuis XV, qui l'a vu se meo-
bler d'hutels fa.stueux, le quartier des nobles nés; et pourquoi
le faubourg Saint-Honorè, commcncéi peu pris dans le mène
temps, est devenu une annexe du premier : le palais du souve-
raui était leur point de mire, comme aux nobles q\d, les pre-
miers, ont habité les environs de la place Vendôme. Ceci
expliiiue pourquoi aussi la haute linauce s'est agglomérée aux
167
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
168
environs de la Bourse, et a établi sa résidence jusqu'au delà
des boulevards des Italiens, de la Chaussée-d'Antin ; pourquoi
les grands manufacturiers d'étoffes, qui ont des intérêts si
grands à soigner à la Bourse, se sont placés dans le quarlierdu
Gros-Chenet ; et pourquoi les quartiers Montmartre, où ces
riches négociants ont établi de splendides maisons de débit,
sont devenus en peu de temps des bazars où fout ce qui peut
flatter le goût dn riche ou satisfaire aux besoins des classes
moyennes se trouve exposé aux regards d'un chacun pour le
tenter. De tout temps, l'industrie a appelé l'industrie, le com-
merce le commerce, la finance la finance, le luxe le luxe.
Quand la résidence royale était au palais des Tournelles
(1410 à 1559), les quartiers Saint-Antoine et du Marais étaient
le séjour des nobles ; lorsque Charles IX habitait la partie du
Louvre élevée par Pierre Lescot, les principaux seigneurs
avaient leur hôtel dans les environs.
La population industrielle prit peu part au déplacement. Les
alentours du palais du Temple, ancien lieu privilégié, restè-
rent le centre de la fabrique des objets d'usage. LesruesSaint-
Martin et Saint-Denis continuèrent à approvisionner la ville et
les campagnes des toiles, fils, rubans, étoffes destinés aux
besoins des classes moyennes, comme les rues des Lombards,
Sainte-Avoye leur fournissaient les drogues et les épices, état
de choses qui s'est maintenu jusqu'à nos jours. Les faubourgs
Saint-Antoine, Saint-Marcel, Saint-Victor, sont 'aussi restés à
peu près ce qu'ils étaient dans les siècles passés. On voit par ce
rapide exposé de la migration successive des habitants opulents
de la grande ville, et de l'espèce de permanence des popula-
tions industrielles dans certaines localités, que tout a sa cause.
Au nombre des causes de transplantation des classes aisées, il
faut placer, en première ligne, ce besoin de certaines commo-
dités introduites dans nos habitudes de vie par les Crésus mo-
dernes, notamment cette confortable distribution d'ensemble
et de détail de nos appartements, distribution que nos archi-
tectes s'évei'tuent à rendre de plus en plus agréables dans leurs
constructions nouvelles, par conséquent, de plus en plus indis-
pensables. De là, sans nul doute, la faveur dont jouissent les
quartiers neufs de la capitale, où chaque habitation, quelle que
soit l'échelle de sa proportion, présente la réunion des diverses
pièces constituant un appartement complet, avantage fort diffi-
cile à procurer aux maisons des siècles passés, construites sous
l'influence de besoins difTérents des nôtres. A cette cause, il
faut ajouter le bien résultant de la quantité d'air nécessaire à la
vie et à la santé qui circule autour de chacune des maisons
nouvelles, par suite d'une surveillance active de l'autorité à cet
effet, air dont les anciens quartiers de Paris sont et seront en-
core longtemps privés, malgré les soins incessants de l'admi-
nistration municipale pour le leur procurer. Qu'on cesse donc
de s'étonner de la migration d'un quartier dans un autre, et si
les boulevards de la Chaussée-d'Antin jusqu'à la rue Poisson-
nière, comme les quais qui bordent la Seine depuis l'hôtel des
Monnaies jusqu'au palais de la Chambre des Députés, sont tous
meublés de si beaux hôtels, et si leur voisinage est devenu le
rendez-vous des grandes fortunes.
Si de ce qui précède il résulte la conviction que ni l'in-
térêt particulier ni l'intérêt public ne seraient favorisés par
l'installation de l'Opéra dans une localité plutôt que dans
une autre, la question d'économie, pour le Trésor, à lui
donner tel ou tel emplacement, devient plus facile à traiter.
Il suffira de peu de mots pour établir que, dans l'intérêt du
Trésor national, l'Opéra définitif ne saurait être construit
autre part qu'au lieu où se trouve aujourd'hui l'Opéra provi-
soire. Les considérations à faire valoir pour appuyer cette opi-
nion, sont :
1" L'inutilité de consacrer un capital énorme à l'acquisition
d'un terrain : celui sur lequel repose la salle actuelle avec ses
dépendances, n'ayant besoin, pour suffire aux exigences du
nouvel Opéra, que de peu d'accroissement;
20 La possibilité d'exécuter les travaux de construction de la
salle nouvelle sans interrompre le cours des représentations
dans la salle actuelle, si ce n'est durant une année seulement,
temps pendant lequel l'Opéra alternerait ses représentations
avec celles de l'un de nos grands théâtres ;
3° De pouvoir être franchement monumental, si l'autorité le
désirait, c'est-à-dire le temple d'Apollon et de ses Muses, ou
n'être qu'un bel édifice d'utilité publique, réunissant les avan-
tages les plus importants de sa destination, si la parcimonie
devait présider à son érection.
Avant nous, plus d'un architecte a eu l'idée de laisser l'O-
péra à peu près où il est. Les uns le veulent en regard de la
rue Richelieu, sur l'emplacement de la mairie du deuxième ar-
rondissement ; d'autres l'ont projeté sur le boulevard, entre
la rue Grange-Batelière et les passages actuels de l'Opéra, sans
s'inquiéter ni du prix des propriétés à acquérir pour cela, ni se
rendre compte s'il y avait moyen de permettre aux voitures
d'approcher du théâtre pour y déposer ou prendre leurmonde.
Ils avaient cependant, pour appeler leur attention à ce sujet,
l'exemple de tous les théâtres ayant leur entrée sur une prome-
nade publique, notamment celui des Variétés. L'Opéra, plus
qu'un autre théâtre, a besoin d'avoir une entrée accessible aux
voitures, surtout à Paris, où le ciel est loin d'être toujours pur.
L'étude sérieuse que nous avons faite et des localités de l'Opéra
actuel et des exigences du programme d'un théâtre qui, comme
celui-ci, doit être isolé de toutes parts, autant pour la sécimté
des immeubles qui l'avoisinent que pour faciliter la circulation ;
la connaissance acquise des prétentions des propriétaires à dé-
posséder, et notamment de celles de la ville de Paris qui, dé-
sirant aujourd'hui placer l'Opéra près le Palais-Royal, exagère
le prix du terrain de la rue Grange-Batelière, nous ont démon-
tré l'espèce de nécessité où se trouvera le gouvernement de
prendre plus ou moins nos plans en considération.
Afin d'imprimer à notre projet d'Opéra, autant que possible,
un caractère monumental, nous avons fait saillir sa façade sur
la rue Grange-Batelière, de manière qu'elle soit vue en profil
de la rue Richelieu (voy. pi. 12) (1). Cette disposition nous
(1) Dans un premier projet, resté dans nos cartons, nous avions cédé au dé-
sir de placer la façade sur le boulevard Italien et dans l'alignement de ce bou-
levard. Deux rues régnaient sur ses flancs; l'une formait un angle aigu avec
la rue Grange-Batelière; le beau point de vue du monument était du boule-
vard Montmartre. Un tel parti devant priver l'Opéra de l'accès des voitures,
nous fîmes justice de notre projet. Dans un second, nous placions le théâtre
sur le terrain de la rue G range- Batelière, en regaril d'une autre rue qui eût
abouti au boulevard Italien. En avant était une place spacieuse; autour du
théâtre régnaient des abords faciles et nombreux. L'énormité du capital à em-
ployer en acquisition d'immeubles particuliers pour obtenir le seul emplace-
ment, rendant nos plans inadmissibles, nous les abandonnâmes également et
fîmes celui que nous soumettons aujourd'hui à la critique de nos émules, nos
juges naturels.
169
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
176
a procuré un avantage que n'offre aucun de nos thédlres,
celui de placer en avant de portiques réservés aux piétons un
doublo portique sous lequel les voitures arriveraient en droite
lignedu boulevard et pourraient,aprè8avoirdépo8é leur monde,
' continuer leur marche, toujours en ligne droite, par la rue
Grange-Iîatelière, prolongée jusqu'à la rue de Provence sur une
partie du terrain de lamairie, pour déboucher ensuite par celle
même rue de l'rovence dans les rues Chauchat, Pinon, Lepel-
letier, Lafïitte et le faubourg Montmartre. Tout ce mouvement
s'opérerait sans occasionner le moindre encombrement dans le
quartier, les voitures bourgeoises ayant un lieu de station
commode sur la chaussée du boulevard Italien.
Une rue de douze à quatorze mètnis de largeur qui, régnerait
tout autour de l'édifice etle séparerait des habitations, permet-
trait aux piétons d'arriver au thôdtre par des chemins divers; un
large promenoir régnant autour du monument, procurerait au
public le moyen d'attendre à la prise des billets d'entrée sans
être exposé à l'injure du temps. Ce môme promenoir, pendant
les entractes, permettrait aux spectateurs de venir un mo-
ment respirer l'air pur quand celui de l'intérieur de la salle
leurdeviendraitinsupportable. L'une des deux rues qui côtoierait
le thédtre donnerait accès au passage actuel de l'Opéra. Comme
l'expérience l'a prouvé, il eût élé fort difficile, pour ne pas dire
impossible, d'obtenir ces nombreux et importants avantages,
si la façade du théâtre eût été sur le boulevard.
En plaçant la façade sur la rue Grange-Balelière, nous avons
eu en vue de servir deux intérêts précieux, celui du public, en
lui ménageant, comme on l'a vu, certains avantages qu'il
n'eût point rencontrés si cette façade eût été placée sur le bou-
levard ou en regard de la rue Richelieu; celui du Trésor, en
lui économisant une dépense d'environ quatre millions.
Sans doute, la capitale gagnerait un magnifique point de
vue si l'Opéra pouvait, comme la Madeleine ou la Bourse, se
dessiner sur une voie publique assez large pour que l'œil puisse
contempler sa façade d'un peu loin ; sans doute aussi , quand il
s'agit d'un monument public où le luxe des arts est naturelle-
ment appelé, il ne faut pas trop regarder à la dépense, mais il
est des répugnances auxquelles on a peine à céder.
Cette considération a fait notre loi. Ayant reconnu la possibi-
lité d'installer la nouvelle salle de l'Opéia sur le terrain occupé
parla salle actuelle et ses bâtiments de dépendance, nous avons
avisé au moyen de disposer les choses de manière que le gou-
vernement, s'il le désirait, pût à l'instant même, sans inter-
rompre les représentations, commencer les travaux. A cette fin,
nous avons adossé au mur du fond du théâtre actuel, notre
salle nouvelle, et tourné la façade de cette dernièi-e sur la rue
Grange- Batelière. Ainsi toute la salle, le vestibule, les escaliers,
les portiques latéraux et ceux de la face du monument, en un
mot tout ce qui est long à construire, môme la partie décora-
tive, pourrait s'exécuter d'abord ; et, comme les quatre murs
du théâtre proprement dit, aussi bien que l'établissement des
machines, ne demanderaient seulement que peu de mois de
travaux, il s'ensuit que le déplacement forcé de l'Opéra, pour
attendre l'achèvement de la salle nouvelle, serait au plus d'une
année. Dans tous les cas cet inconvénient serait inévitable.
Que le nouvel Opéra soit construit aux environs du Palais-Royjil,
ou sur le terrain de la mairie du deuxième arrondissement, il
faudra toujoiu:s ou interrompre les représentations, ou transfé-
rer l'Opéra quelque part pendant six mots, pour laifter «'opé-
rer le déplacement et le replacement des ni«f|iifUM et da ma-
tériel de l'aocienne salle dans la lalîe déflnltiTe. Mais r^'mmf
l'Opéra pourrait s'inalaller provisoirement saosda grandes d^'
penses dans la salle Ventadour, qui est libre six uhms de l'an-
née, et n'est occupée par les Iinliens que trois jours ptr se-
maine pendant les autres six muin, on voit que noti« projet ne
présente réellement que forlpe^i d'inconvénients.
Pendant le temps des travaux, l'administration kmenit,
pour elle et le logement de ses directeurs, une majfon à la
proximité du théâtre, en attendant qoe les bélimenls spédaox
qui devraient lui être afliectés soient construits, car aucune ha-
bitation ne doit être tolérée dans l'enceinte du théltre.
Si nos idées sur l'emplacement â choisir, pour l'Opéra, n'é-
taient pas goûtées, un seul partiserait à prendre, parti exti^me.
il est vrai, mais qui trancherait au moins la difficulté d'argent:
ce serait de placer l'Opéra, non auprès du Louvre, entre la me
de Rivoli prolongée et la rue Saint-Honoré élargie, car Vetftoù
manque et le monument se présenU'rait de flanc sur les deux
rues sans avoir de reculée devant sa façade, et l'eau delà Seine
serait dans les caves du théâtre pendant plusieurs mois de l'an-
née; non dans l'ensemble des Mtimenis projetés pour lier le
Louvre aux Tuileries, attendu qu'un théâtre, menacé chaque
jour d'incendie par la nature de son spectacle, demande à étra
isolé de toute pari, et qu'il serait là un hors-d'œuvre qoi défi-
gurerait le beau plan de M. Fontaine ; mais sur le terrain occapé
aujourd'hui par la mairie du deuxième arrondissement, em-
placement où il serait possible de lui procurer la plupart des
avantages offerts par nos plans, et qui est le plus éconr<mique
après ctlui de notre projet, car il suffirait, pour le compléter,
de raser deux maisons particulières d'une médiocre importance.
Description du projet.
On sait pourquoi nous plaçons le tliéâtre de l'Opéra autrement
que ne l'ont placé ceux qui, avant nous, s'en sont occupés; on
a vu quels soins nous avons pris pour ménager à notre Opéra de
nombreux abords, des dégagements faciles (voy. />/. il et I?j;
on a pu apprécier les avantages du vestibule afl^lé aux gens à
équipages, sous lequel six voitures de file peuvent leniràla fois,
et combien seraient commodes pour les gens de pied les porti-
ques continus régnant tout autour du théâtre et élevés de pio-
sieurs marches, afin de pré8er>-er les allants et venants de tout
accident de voilure. L'intérieur de l'édifice n'a pas été étudié
avecmoins desoin que l'extérieur. Voici la marche denotreplan:
Rez-de-chaussée (voyez planche 12}. — Après les deux vesti-
bules ou portiques extérieurs atTectés aux gens en voiture et aux
gens à pied, vient le vestibule du centre, d'où partent deux es-
caliers à double rampe, dont la cage aurait quarante mètres de
longueur sur neuf mètres de largeur, un tiers de plus que l'eaca-
lier de l'Opéra actuel ; quatre autres grands escaliers deaaervi-
raient tous les étages et faciliteraient la circulation dans loale*
les parties de la salle. Au côtés du théâtre seraient quatre antres
escaliers affectés à son service; et à&u anirea, dorière l'avanl-
scène. seniraient, l'un pour la loge et les sakwsdo Roi,raotre
pour la ou les loges delà direction. Las dessoudes deux escaliers
à double rampe seraient occupés par des corpa-de-garde et les
bureaux de vente des billeU. Du Testihnle central on arriverait
au parterre. Dans le vestibule d'entrée, en Awe h porte, serait le
m
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
172
contrôle. Outre ces dépendances, il serait réservé deux cours de
trois mètres de largeur sur treize mètres delnngueur, pouraérer
des latrines publiques. Le grand magasin de décorations serait
placé derrière le théâtre, et aurait son entrée sur la façade pos-
térieure de l'édifice. Deux escaliers circulaires, pour les acteurs
et gens de service, auraient leur entrée sur les deux faces laté-
rales, près de la façade postérieure. Quant à la salle et avi théâ-
tre, ils auraient chacun la dimension qu'ils ont à l'Opéra ac-
tuel ; seulement ils jouiraient de dégagements plus larges. •
Premier étage [voyez planche 12). — Ce bel étage comprend-
drait, du côté de la façade principale, outre les deux grands
escaliers à double rampe montant de fond, un grand vestibule
formant un avant-foyer, lequel avant-foyer se répéterait à tous
les étages. Au moyen de cette combinaison, les habitants des
loges pourraient se dispenser de descendre au véritable foyer
établi au-dessus des doubles portiques du rez-de-chaussée, ce
qui permettrait de consacrer parfois le grand foyer à des bals
ou à des concerts. Ce foyer principal serait le plus grand de
tons ceux qui existent ; il aurait environ neuf mètres de largeur
sur quarante mètres de longueur et une hauteur proportion-
née de plafond.
Après ces foyers, à l'usage du public, les pièces principales
du bel étage seraient, sur les flancs du théâtre deux grandes
salles pour l'étude du chanl et de la danse, quatre foyers affec-
tés aux choi'istes, aux danseurs, aux comparses, etc. Plusieurs
de ces salons auraient environ dix mètres de longueur et sept
mètres de largi ur, grandeur plus que suffisante pour les di-
vers services.
Outre ces distributions, il y aurait des magasins d'habille-
ments, d'armes, etc. , etc. , et un atelier de tailleurs. Douze petits
salons ou loges d'acteurs et d'actrices trouveraient leur place
au fond du théâtre, et se répéteraient à plusieurs étages, si l'on
voulait. Enti.i le cabinet du directeur, les bureaux de l'admi-
nistration, le bureau de police, la salle des agents, celle des
pompiers, etc., seraient établis dans les grands entresols des
différents étages. A droite et à gauche du parterre, et à tousles
rangs de loges, seraient des Litrines à l'anglaise aérées sur les
cours longues ménagées à cet effet. De même, les ouvreuses de
loges auraient chacune sous la main un vestiaire au service
du public. Le tout serait desservi par les dix escaliers montant
de fond, indiqués au plan, qui permettraient, en cas de sinis-
tre, d'évacuer en moins de dix minutes toutes les parties de
l'édifice et de lui porter les plus prompts secours.
Décoration intérieure. — La décoration intérieure de la salle
serait à l'instar de celle de l'Opéra actuel, dont le parti pris a
été généralement approuvé ; mais des loges couvertes et décou-
vertes à chaque étage jetteraient du pittoresque dans l'ensem-
ble. A plusieurs de ces loges, nos plans permettraient de join-
dre un salon particulier, comme au théâtre de la Scala, à Milan,
et autres de l'Italie. Ce serait, chez nous, une nouveauté dont
le luxe ne tarderait pas à s'emparer.
Façades. — L'étude des façades ne se terminant qu'au mo-
ment où l'on doit procéder à leur construction, nous n'avons
rien à dire de celles de notre projet, si ce n'est qu'elles seraient
toutes régulières jusqu'à la hauteur du premier étage. La fa-
çade principale serai t la plus riche d'ornementation , et cette orne-
mentation contribuerait à lui donner le caractère de sa desti-
nation.
Il nous reste maintenant à constater le fait que le vaisseau de
l'Opéra projeté est plus vaste que celui de l'Opéra actuel, et que
ce dernier l'emporte de beaucoup sur les plus grands théâtres
de la capitale. A cet effet, nous donnons ici (voy. pi. 11), sur
une échelle commune, les plans de l'Odéon, des Français, de
Ventadour, de l'ancien Opéra de la place Louvois, de l'Opéra-
Coraique, de la Porte-Saint-Martin, et, l'un au-dessus de l'au-
tre, de l'Opéra actuel et celui de notre projet...
Veuillez, etc.
A.-L. LUSSON.
LES SCULPTURES DE NINIVE, AU LOUVRE
Une partie des vénérables débris des sculptures ninivites est
déjà installée dans l'aile septentrionale du Louvre (côté de la
rue du Coq), et le public a été admis à la visiter le jour de la
fête du Roi.
Les travaux d'installation, très-simples à la vérité, marchent
avec une activité à laquelle la direction des musées ne nous
avait pas accoutumés. Il semble que la vue de ces restes d'un
art que plus de vingt-cinq siècles éloignent de nous ait fait
passer une ardeur junévile dans l'honorable administration.
Les has-reliefs de Diane Leucophryné se sont aussi ressentis
de ce bon mouvement; ils ont été relevéssur champ, et on les
voit poindre maintenant au-dessus de l'herbe du jardin où na-
guère encore ils étaient couchés.
En entrant dans la première salle, on est frappé tout d'abord
de l'aspect imposant de deux colosses de nature hybride, es-
pèces de sphinx à tête d'hommes, au corps et aux jambes de
taureau, avec les épaules armées d'immenses ailes déployées.
La tête est coiffée d'une espèce de modius richement orné ; la
chevelure, la barbe et jusqu'aux poils du corps sont longs, et
bouclés avec une intention manifeste de raffinement.
Ces deux colosses, d'environ quatre mètres de haut et autant
de long, étaient monolithes. Ils semblent avoir fait partie de
la hase des deux piliers d'une porte ou d'un pylône. Ils parais-
sent avoir été engagés dans un massif de maçonnerie, l'un par
son flanc droit, l'autre par son flanc gauche. La tête seule se
détache entièrement du massif, sur lequel le reste de la figure
se dessme en relief.
Ces deux gigantesques satelhtes de pierre, d'un style grand e'
énergique, devaient donner à l'entrée de l'édifice un aspect im-
posant et même terrible. Au Musée, on les voit de trop près, et
l'efl'et estnécessairement amoindri. La matière est une sorte d'al-
bâtre ou de gypse translucide, d'une couleur grise. La gran-
deur de ces masses, de 25 à 30 mètres cubes, et du poids de 60
à 80,000 Ivilog., et la difficulté de les transporter à travers un
pays barbare et sans ressources, et peut-être aussi lo désir d'éco-
nomiser sur les fra is de déplacement, ont donné l'idée de les scier
en six morceaux. Nous déplorons vivement cette funeste mesure.
Notre but n'étant pas d'entrer aujourd'hui dans des détails
descriptifs, nous ne mentionnerons qu'en passant deux figures
colossales, en haut-relief, d'hommes à mine rébarbative, por-
tant chacun sous le bras une espèce de lion grondant. Nous
ne décrirons pas non plus le caractère artist'que des bas-reliefs
qu'on achève de fixer aux murs des nouvelles salles du Louvre.
Ces bas-reliefs sont disposés par groupes contre les murailles,
et noyés dans une masse de plâtre, consolidée par quelques
173
REVUE DE L'ARCflITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
I7i
chaînes en brique ; le tout entouré d'un cadre en plâtre d'un
style fort peu ninivite.
Nous aimons à penser que cet ajustement n'est que provi-
soire, autreiuenf, nous demanderions à quoi servent l'expé-
rience et les averlissements. Nous demanderions si la routine
est intronisée à tout jamais au palais du Louvre, et si ce n'est
point assez d'avoir vu une partie des piédestaux et des revêle-
menisen marbre du Musée des anliquos, la bt-lle mosaïque de
la Melpomène et bien d'autres objets à l'École des Beaux Arts
et ailleurs, dévorés, brisés même par le salpêtre (1).
Peut-éire, lorsque le trésor public sera venu en aide à la liste
civile, remplacera-t-on les encadrements en plâtre par des en-
cadrements en pierre ou en marbre; mais changera-l-on le bli)-
cage en plâtre dans lequel sont noyés les bas-reliefs? Nous crai-
gnons qu'il n'en soit rien. Alors l'humidité du sol s'élèveradans
le scellement en plâtre, malgré le modeste socle en pierre ton-
dre qui porte le tout; il s'y formera du salpêtre qui rongera la
substance gypseuse des bas-reliefs, substance qui est peu résis-
tante de sanature. Et alors même que le socle en pierre entraîne-
rait l'action corrosive du salpêtre, les larges portions d'enduit
en plâtre qui remplissent les lacunes des bas-reliefs et les joints
des pierres n'en seraientpas moins constamment rongés, mal-
gré la peinture dont on les aurait recouverts. On n'a pas même
mis une feuille de plomb, un préservatif quelconque entre le
socle et les bas-reliefs pour intercepter l'humidité du sol.
Il fallait employer les mortiers hydrauliques et les ciments
romains à ces scellements.
On nous dira peut-être que le gypse se trouve mal du con-
tact de la chaux : soit; mais on pouvait recouvrir les surfaces
scellées d'une peinture préservatrice, telle, par exemple, que
le goudron minéral. Cet enduit empêcherait, en tout cas, l'hu»
midité des murs de pénétrer dans les bas-reliefs.
Nous appelons vivement l'attention de la direction des Mu-
sées sur ces fâcheux travaux. r,e plâtre offre un moyen de scel-
lement commode et très-facile à employer, mais dans les rez-
de-chaussée, la présence du plâtre est funeste, et on ne saurait
le proscrire avec trop de rigueur.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Paris. Les nouveaux bâtimentt de la Douane se lézardent et 3*811318-
scnt dans toute la partie qui longe la rue, de la Douane! Il paraît que les
fondations ont élé mal faites et qu'elles ont été assises sur un mauvais
sol ; d'où les tassements et les déchirements qui se manifestent de tous
côtés. Il y a là une bien grave question de responsabilité. L'archilecle de
cet établissement est M. (irèterin. .Mais lors de la construction des bâti-
ments, M. Gréterin n'était qu'architecte inspecteur; l'architecte en chef
était M L'entrepreneur général qui était chargé des travaux se
nomme M. Thomas.
Nouveaux musées au Louvre. Le Louvre est lui-même un magniGque
monument; mais cha>]ue année les richesses artistiques qu'il reçoit, lui
donnent un nouvel intérêt. D'après les ordres du roi, toutes les anti-
quités de la Grèce, de l'.^lgério, de l'Asie Mineure et de l'Égyple, vont
^1) M. le comte do l.almrde a étti nommé récemment directeur du .Miuîoe
des Antiques, en remptaccraent de -M. le comte do Ctarai-, qui est déomo.
M. do Labonle mettra ccrtainoment à profil la malheureuse expt'rience de
ses prtklecesseurs. Le nouveau directeur du musée Ninivite, M. de LoDgpcrier,
fera bien de reiller sur les précieux restes confiés à ses soins.
6tre saccewiTeraent dispotéct dans d«i ulle* ao m-de-duonéa da
Loane.de manière à remplir tout fecptee qui te trouve mira le p<r{tt|le
ducfilé de la rue du Coq et cf-jniqai ragnrdelapoatdM Arto.Lapaiîi«
du rez-de-chan<sëe du Uuvre qui ragwde Mol-GenaaiB PAasemit
Mt destinée à recevoir les antiquité* recoeillie* dans FAaie MiMon,
dans la Grèce et dans rAlgérie, et les flMMMUBMli éfffUiÊm i
classés dans la partie du rez-de-< h .u»aée Uiait Cwa 1 b rivièr*.
Bibliothiquê rogaU. I.a commission d'enquête nommée par le |
de la Seine, à l'efTet d'examiner le prujet rt'laeliiwwil «t Je unwMlm
tiun de la Bibliothèque royale sur l'emplaceaMut qu'elle occvpe aqiew-
d'Iiui, a terminé mjh travail. Voici mss conclusions :
« i" Il n'y a pas iieu de donner suite au projet de coiMruira otf ■Mo-
ment destiné à loger la Bibliothèque royale dans le périmèlre coaipfte
enirc les rue.^ Vivienne, Culbert, Richelieu el Nenve-des-Petits-Cbaaif*.
> 2o De toutes les localités indiquées dans feaqaHs, le Louvre et la
place du Carrousel sont celles qui, sont tous la* rapports, méritenl
d'être préférées pour l'établissement de la Bibliothèque royale.
■ •l» Toutefois, pour te cas où le projet sowak à reoquèlp devrait Un
exécuté, il faudrait ne conserver aucun des béUmenIs eu<taots, ■•!■
procéder, au contraire, à une reconstruction toule, et adopter dw
alignements propres à assurer une largeur de 12 mètres an ■ailB à
chacune des rues qui borderaient le nouveau bitinient. >
C^s conclusions sont tout à fait conformes à celles furmulée* par la
Revue dans son avant-dernier numéro (voy. col. 87).
— L'ancien Restaurant de$ Vendanges de Bourgogne, dont le Boa se
mêle à tant de souvenirs de la vie parisienne, qui pendant de si kmgue»
années tut le témoin cbtigé de tant d'emporlemmU joyeux, de lut de
réunions politico-gastronomiques; ce restaurant, qui aur<it pu être dM>é
parmi nos monuments historiques, tombe à celle heure soua le marteaa
et la pioche, et une cunstruclion neuve s'élèvi-ra Irès-procbaiMoient
sur l'etiiplaceuient où fut le célèbre restaurant des Vendam^ de Bomr'
(jogne.
— Un ponte iita/(o se construit à Paris; mais bâtons-nous de dire quil
n'a aucunement la prétention d'éclipser la gloire légitime de son rival de
Venise. Le canal Saint-Marlin coupe la rue du Fanbourg-du-Temple ; et
à son tour la rue enjambe le canal au moyen de deux ponts; mais lor»-
qu'arrivent des hateanx, la me rède le pas au canal, les pAnU se retirent,
et alors, tel pressé qu'on soit, il faut attendre et voir couler l'eau jus-
qu'à ce que les bateaux aient franchi la passe. C'e»t contre celle tynonie
du canal que la rue du Fauhourg-iiu-Temple est eu voie de piote>ler . ao
moyen d'un pont-escalier, fornié d'une grande arche i-u foule et qai
s'élève si haut qu'il (rancliit à la fuis canal el txlejux. birn entendu, lat
chevaux et les voitures de tous rangs, ainsi que leur* conducteur* con-
tinueroui k prendre patience el à regarder couler l'eau. Les fenow
aduptéeb .:on\iennent atsez bien & la fonte, el deux candélabna, m^à
en fonlo, serviront à décorer, le jour, el i cciaiicr, la nuit, les aatrésa
de ce petit, mais Irès-ulile monument.
— En parlant de la décoration dupant des Seunt-Ptrtt dans notre der-
nier numéro, nous finies la critique de* piéde»laux en foule, auxquels
nous reprochions de reproduire les formes qui ronvienneni essentielle-
ment à la pierre. L'auieur de ces piédestaux partage prnhnbhwurt mum
avis, car il les a revêtus d'une couche de peinture imiUnl le loa de la
pierre.
Nous ne laisserons pas passer cette architecture poetiche et kpecrile
sans crier karo. Que nous rencontrions U comédie dan le inade poli-
tique, le mensonge dans le commerce, les falsificalioiis dams IlodMlrie,
c'est bien assex, c'est trop mêroe,^
par des liens intimes-, que dans i
pâles et des ciments imiUnt la pierre et le marbre, aoit encore, cv c'est
là le luxe de ta petite propriété, et c'est un pragrèi fa* de *air 1* petit
bourgeois rechercher Vefftt et la dhoratieit, ifÊuA mêam MBMlMt
seraient en pl&tre aluné, ••• ma* Cellini en chanvre hilMBé et aee ■••
175
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
176
saïques en asphalte colorée ; mais introduire le faux, le mensonge, l'es-
camotage dans les monuments publics, dans un pont, un monument qui
vil au grand air, et qui doit avoir toutes les qualités sérieuses : solidité,
force, intégrité dans sa structure intime; du point de vue du l'art, c'est
là tout simplement une tentative pitoyable, misérable. Nous sommes
heureux d'ignorer le nom de l'auteur de ce chef-d'œuvre, et nous espé-
rons qu'il ne porte pas le titre d'architecte.
DÉPARTEMENTS. Une nouvelle mosquée vient d'être bâtie dans nos
possessions d'Afrique. Le commandant supérieur de DeUiys a profité de
la solennité du i" mai pour inaugurer la mosquée construite par l'admi-
nistration française, en échange de celle qui sert d'hôpital depuis les
premiers jours de l'occupation.
Nos alliés se pressaient autour du commandant supérieur; les mara-
bouts, les tolbas, nos aghas, nos kaïds, tout ce qui porte un nom dans
le pays, trois cents cavaliers du maghrzen, des goums et un concours
considérable d'indigènes voulaient assister à la remise des clefs de la
nouvelle mosquée.
Cette cérémonie accomplie, le muphti de Dellys a prié M. le comman-
dant Périgot de transmettre au gouvernement les vifs remercîmentsde
la population musulmane. Une brillante fantazia a terminé la solennité.
— Un monument sera élevé à la mémoire du général Drouot. La ville
de Nancy a ouvert une souscription à cet effet.
— Des bijoux antiques en or et en argent, et une collection de médailles
d'empereurs romains (Trajan et Lucius Verus), ont été découverts, il y a
quelques jours, par un habitant de Barleux, près Péronne, en bêchant
son jardin. La Société des antiquaires de Picardie a fait un choix parmi
ces précieux souvenirs d'un autre temps, pour les placer au Musée
d'Amiens.
— Des services civils, des services militaires, et des décorations. Ré-
cemment, lors de la discussion à la Chambre des députés du projet de loi
relatif aux crédits supplémentaires et extraordinaires de 1846, il s'éleva
une discussion an snjetdugrand nombre de décorations distribuées cha-
que année. Les spécialités sont toujours injustes les unes envers les
autres; et c'est facile à comprendre : un vieux soldat de l'Empire qui a
exposé vingt fois sa vie dans de rudes combats, un brave qui a lutté pen-
dant de longues années contre les habitants et contre le soleil de l'Afri-
que, sont très-pardonnables de ne pas comprendre tout d'abord au nom
de quelle espèce de justice on donne, à un homme qui n'est jamais sorti
de Paris, la même décoration qui honore une poitrine sillonnée de
blessures. De même, le plus souvent, l'homme de cabinet et l'artiste
apprécient fort mal l'importance des services militaires. II y a une rai-
son au fond de ce préjugé. Pourquoi, en effet, donner la même décora-
tion à deux ordres de services aussi distincts?
M. de Salvandy, en répondant aux attaques de ceux qui accusaient le
ministère de prodiguer les décorations, faisait observer que sur la tota-
lité des décorations distribuées chaque année, les services civils ne figu-
raient que pour un quart. Nous regrettons de ne pouvoir désigner la pro-
portion pour laquelle les beaux arts, et particulièrement l'architecture,
entrent dans ce quart. Nous ne disons rien des travaux publics, car tous
les ingénieurs du gouvernement sont appelés à leur tour à recevoir la
décoration de la Légion d'honneur; mais combien d'architectes restés
toujours étrangers aux spéculations pécuniaires, passent leur vie àun tra-
vail ingrat: celui-ci, à projeter des plans d'embellissements de la ville;
celui-là, à tracer des projets d'utilité publique, qui serviront plus tard
à donner du relief à des gens à savoir faire I Voilà des hommes dont le
travail, pécuniairement improductif pour eux, mériterait au moins des
récompenses honorifiques. Et cependant, jamais l'auteur d'un projet
envoyé à l'exposition du Louvre n'a été décoré pour son travail.
Ne nous plaignons pas du grand nombre des décorations, il y a assez
d'hommes en France qui les méritent; mais plaignons-nous plutôt de
la manière dont on les distribue.
BIBI.IOC1BAPHIE nE ÛHÛU
Construction, IcKlalatlon et économie des chemins de fer.
Nous sommes un peu en retard avec notre bibliographie ; mais en distri-
buant par ordre de matiùres la bibliographie de l'anni'e 1846, nous rendons
plus faciles les recherclies de nos lecteurs. Si notre retard a donc irrité quel-
ques impatiences, il aura eu pour elTet définitif cependant un classement mc-
tliodique et plus d'ordre.
Chemin de feb atmosphébique de Saimt-Germain. Notice descriptive des tra-
vaux d'art et calculs relatifs à l'application des principes atmosphériques ;
par .M. Ch. Etienne. In-12 d'une feuille. Imp. de Fournier, à Paris. —
A Paris, chez Matliias (Augustin), quai .Malaquais, 15.
Chemin de fer AniospHÉnigiE. Mémoire, etc.; par M. Arnolel. In-8» d'une
feuille. Impr. de Lange-Xxivy, à Paris.
.NocvELLE VOIE ATMOSPHÉRIOUE applicable aux chemins de fer, aux canaux et
aux rivières; par Cossus. In-S" d'une feuille. Impr. de Maulde, à Paris. —
A Paris, chez Magen, quai des Augustins, 21.
Notice sur le chemin de fer d'essai établi à Saint-Ouen pour expérimenter la
soupape longitudinale Hédiard, dans le système de progression atmosphé-
rique. In-4<> de 3 feuilles 1/2., plus 3 pi. Impr. Lacrampe, à Paris. Signé :
E. Vuigner.
Chemins de fer atmosphériques, systèmes Zambeaux et Arnolet. In-S» d'une
feuille. Impr. Fournier, à Paris.
De l'application de l'air atmosphérique aux chemins de fer. Bésumé des opi-
nions dei ingénieurs français et anglais, sur les cliemins de fer atmosphé-
riques ; par H. A. Dubern. In-8» de .3 feuilles. Impr. de Rlondeau, à Paris.—
A Paris, chez Matliias, quai Malaquais, 15.
Chemin a vent, ou locomotion par air comprimé. (Système Andraud), 1846.
In-4» de 3 feuilles, plus 2 pi. Impr. de Chaix, à Paris. — A Paris, chez Gnil-
laumin, rue Richelieu, 14.
Quelques considérations sur l'ordre et la précision qtie semble devoir réclamer
le service de la locomotion à la vapeur sur les voies de fer; par Perselet et
fils. In-S» d'une feuille, plus une pi. Impr. de Fain, à Paris.
Des chemins de fer en France et des différents principes appliqués à leur
tracé, à leur construction et à leur exploitation, accompagné d'un examen
comparatif sur l'utilité des différentes voies de communication, etc. ; par J.
Lobet, in-12 de 30 feuilles, plus 3 pi. Impr. de Belin-Mandar, à Saint-
Cloud. — A Paris, chez Parent-Desbarres, rue Cassette, 28; chez Mathias.
Prix 5 fr.
Des \o\es de communication en Fra7ice; par M. le baron Bourgnon de Layre.
In-8° de 4 feuilles 1/4. Impr. de Saurin, à Poitiers.
Essai sur les chemins de fer en général et sur le chemin de fer de Paris à Cher-
bourg en particulier ; par un habitant du département de l'Eure. In-8» de
b feuilles 1/4, plus une carte. Impr. de Crapelet. — A Paris, chez Deiaunay,
rue Saint-Dominique-Saint-Germain, 38.
La vérité sur les chemins de fer. Avis au public. In-4'' d'un quart de feuille. .
Imp. de Maistrasse, à Paris.
La vérité sur les chemins de fer. Avis au public. 2' partie. In-4* d'un quart
de feuille. Impr. de Maistrasse, à Paris.
Les chemins de fer, les entreprises de roulage et le commerce. Leurs rapports
entre eux. A MM. les administrateurs des chemins de fer. In-S" de trois quarts
de feuille. Impr. de Schneider, à Paris. — Signé: Un homme désintéressé
dans la question, mais qui l'a sérieusement approfondie, Emile Quellain
rue Faubourg-Saint-Denis, 56.
Considérations sur les chemins de fer, sur l'emploi et la consommation des
houilles. In-8» d'une feuille 1/2. Impr. de Courcet, à Lons-le-Saulnier.
Note sur le chemin de fer de Cltarleroy à la frontière de France et sur l'état ac-
tuel des travaux de cette ligne: par A. Dumont, ingénieur des ponts-et-
chaussées. In-8'' d'une feuille 1/2. Impr. de Claye, à Paris.
Projet de cliemin de fer de Valenciennes à Méziéres, avec embranchement sur
Cambrai. Présenté par M. Chanard Philippe et compagnie, auteurs du pro-
jet; coordonné et rédigé par M. F. Lefort. In-S" de 3 feuilles 3/4. Imp. de
Cosse, à Paris. — A Paris, chez Carilian jeuue , quai des Augus-
tins, 25.
CÉSAR DALY,
Directeur et rédacteur en chef,
membre Je l'Aïadémie royale des B< auxArls de Slookbolm, de l'InsUtuI
royal des Arcliitecles britanniques, etc., etc.
Iiii|i. de L. TUINON «I C«. à Siiiit-Geniiaiii.
i77
HEVUE DE LARCIIITECTLHE ET DES TUAVALX PUBLICS.
178
^'VT^'KWr'
MÉMOIRE
SUR TnKNTE-DFXX STATUES SVMnOM0l.'F.S , OBSERVÉES DANS LA
PARTIE H ACTE DES TOURELLES DE SAINT- DENY8.
(Quatrième article. V. col. 49, 08, «7 et 139.)
DEUXIÈME l'AimS.
KOOI.OCJIE: SY.TIBOIilQlR
DES TOURELLES' DE SAINT-DENÏS.
POISSONS EN GÉNÉRAL.
l'OISSONS A NAGEOinFS — POISSONS A tCÂtU.T.S. — POISSONS A PEAC ET f.V!<S
NAGEOIRES. — POISSONS A COQUILLAGES OU CARAPACES. — POISSOMS-VOLAMS
DE RHABAN-MAUR.
On sait que la loi mosaïque, en déterminant aux Hébreux
les animaux dont il leur était permis de manger, ne leur ac-
cordait, parmi les poissons, que ceux à nageoires età écailles :
ils vivent à 1^ surface des flots et dans leur région supérieure,
on les voit sauter sur les ondes ; la loi les distinguait des au-
tres et elle les appelait « purs » ; elle interdisait au contraire
toutes les sortes de poissons sans écailles et sans nageoires,
qui ne sautent point sur les flots et qui se plaisent dans la
vase, et elle les nommait « impurs » (1).
Les flots, selon tous les docteurs (2), étant de nature à
purifier, symbolisent le sacrement de baptême ; en même
temps, par leurs ténèbres, leurs tempêtes, leur pesanteur et
la vase qui en est le fond, ils figurent mystiquement la mer
périlleuse du monde. Les poissons, vivant dans les flots, re-
présentent la race humaine, et leurs caractères divers mar-
(1) Levilir., XI, '.», 10, 11, IS.
(S) Origon., Hmnil. 7, in Leritic, XI. — Bcd., in Job, lib. I, W. — Ibid. in
Luc, c. 11, lib. 111. — S. Ambros., Oe Sncramenl,, 111, 1. — S. KuoIht.
Foi-niul. «j)ifit.. c. IV. i>li-.
T. \ll.
quent les diflTérents états de» iuies. Daoâ la myilagogie
ctirétienne ainsi que dans les œuvres d'art, ou voit quatre
ordres de poissons :
1" Les poissons k nageoires ;
2" Les poissons à écailles (I ) ;
3** Les poissons revêtus de peau, sans écailles et sans na-
geoires ;
i" Les poissons à coquillages adhérents ou à carapaces.
r Les poissons à nageoires sont les élus ; leurs oageoires
sont la connaissance et la méditation de la loi divioe, des
Propliètes, des Ecritures ; nageoires qui, parmi la nuit et
les pièges de cette vie, élèvent l'homme à la surface, c'est-
à-dire au-dessus de l'attrait des sens, des fascinations eni-
vrantes et des amorces des pattsions. Le Sauveur, marque
l'Ecriture, trouve ces poissons aux rets de la foi, et les {dâce
dans ses réserves (2).
2" Les poissons « revêtus d'écaillés » sont ceux qui, encore
charnels ou du moins conservant encore quelques affections
aux choses vaines, sont pourtant disposés i se convertir et
à suivre l'appel de Dieu, ce qui dans les Écritures s'appelle :
« i>e dépouiller du vieil homme ])Our se revêtir de i'honune
nouveau (3). » C'est ce que marquent ces écailles, emblème
des choses terrestres et de l'ignorance spirituelle, mais qui
tomjjent facilement et qui cèdent aa.as résistance à ce que les
livres sacrés nomment le « couteau de l'Esprit de Dieu, «le
<< glaive de la pénitence et de la parole, ■ cultrum Spiritit,
(jladius pwnitent\œ,gladius terhi (A).
Les commentateurs font remarquer que les poissons dé-
clarés a purs » c'est-à-dire à écailles et à nageoires peuvent
seuls sauter au-dessus des flots et habiter à leur surface (6).
Ce sont, selon Origène, saint Brunon d'Asti, Rhaban-Maur et
tous les autres mystagogues, ceux qui tendent par leurs dé-
sirs et par les ailes de la prière, de la doctrine et de la con-
templation, vers la liberté véritable et les espérances d'en
(1) On en voit aussi à nageoires eci écaillei, et rx-uoivunt par rnairqwt
les deux allusions.
(i) L'Évangile a contiiiutf, plu expUdMOMiit eooore, l'albfforia coalMW
(l.insli! Li-viti(iiii- au «njot des poissons qui y sooldils • pars • et decMSfirtl
appelle • impurs. > C«si dans le Léfitiqae «t dut rÉnafOe ^m \m ttm-
luviitatt'urs d'abord, ensuite les artiiMs da aoyea Ift, «M |«M Ih aMMiiM
prières aux poLisons. Voici le texte ^«nféliqM : • :
rum .sagenx missœ in mari, et ex oani fcoere pbeiaa i
cum impleta eaaet, edocenlei et leaia liUM «dealei; eletwl hmm ta t»-
cabulo, vasa sna : malos utem foras misenuiL • (Maltlk XIU.) — KmHi
aulem (dit Rliaban .Uaur). aliquandu boni hoataes, alifsMido fcr&aaii ia
si-ripluris dosign.inlur. ut est illud in Eranicelia, qao Sahraier ia panbela 4*
sajcna missa in mari narrât, diceos, etc. (Harab. Maar. Ùt ■iHan«,TIU.)
(3) F.phes. IV, M. — Colos... III, 0 et 10.
(4) Gladium Spirilâv assomile (Epbes. VI, 17), id (*t spirilaaiea prariiea-
lliinoin e\cr(-eu<. filadius Spirilùs est verbam, de qao dicîlar :... • Oaan ir.
nrntcs gladium, et ad bella fortiv«imi (Caot. III, 7, 8), prxilieatio sayer
linnianilatem suam ut ejns soperenlur molifaas ; i
prunt.. oe rcprobi fiant. • (liraban. Maur. AUt/m. — I
Kt piuiim d.ins 1» glossateurs. )
(5) Soli illi piscfs (munJi) .<aper aquas saltos dan |
nuU'i et squamas habeol. per qao* iaieUifùBas. ^ i
tunt et i-irlcilia desiderant, et qaaaivis advcrsili
Apxstolo lanien dieunt : • Nosira roarersatio ia calis aM. • (S.
Sxfont.t*rtr PtmMtmt.)
L —
179
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
180
haut (J) : ceux qui, bien que battus des flots (2), des oura-
gans et des tempêtes, luttent contre les tentations, et disent
ainsi que l'Apôtre : « Notre conversation est au ciel (3J. »
Les écailles brillantes et nuancées qui revêlent certains
poissons ont paru à quelques docteurs l'emblème du vête-
ment de justice et la cuirasse défensive et spirituelle des
bons. L'interprétation des écailles dans le sens des imper-
fections est pourtant la plus générale : quant à celle des
poissons à écailles, elle est sans aucune exception.
Bède a enrichi le poisson d'une autre allusion accessoire.
Par l'indifférence qu'il montre aux chocs nombreux des ou-
ragans, le poisson figure la foi [II), énergique et inébran-
lable. Le poisson ne redoute point la puissante pression des
vagues ni leurs combats tumultueux : ainsi la foi demeure
ferme parmi les chocs et les épreuves, s' avivant dans les
tentations, appuyée sur celui qui a dit : « Ayez confiance
et ne craignez point, j'ai vaincu le monde (5). ;>
On rencontre très-fréquemment, sur les plus anciens bas-
reliefs de la période romane, un motif offrant un poisson cou-
vert d'écaillés, mais sans nageoires, élevé en l'air par une
femme à demi-poisson, qui élève de son autre main un cou-
teau, quelquefois un glaive. On voit aussi decessyrènes élever
de chaque main un poisson, en glissant sur des flots ondes et
peuplés d'animaux semblables. Ces poissons, ce sont les pé-
cheurs, plus ou moins plongés dans le mal ou dégagés de
ses entraves selon ce qu'on leur voit d'écaillés et de nageoires,
et selon leur place à fleur, d'eau ou au plan inférieur des
ondes. La syrène est la religion, ou l'attrait de la parole
divine. En les tirant du sein des flots pour les élever vers le
ciel, elle leur fait perdre la vie ancienne, cette vie sous les
aux profondes qui sont le domaine du mal, cette vie qui
était « une mort, » et leur donne une vie nouvelle, avec
une âme transformée et vivant de la vie de Dieu (6). Au
(1) Quid ego per pisces, qui ex eis (aquis) oriuntur, nisi fidelium po-
pulos, qui aquis baptisiSatis regenerantur ? Quorum quidem alii sapientiic et
scientiîc atque cacterarum virtutum alis adsuniplis, usque ad cœlcstia contem-
planda volare nituntur? (S. Brunon. astens., Expos, sup, Pentateuc. I. — Et
V. Bed., in Job, 1, 12. — Ibid., in Luc, III, cap. H. — S. Euchcr, Formul.
spirit. IV.)
(2) Piscis in mari est, et super nndas est. In mari est, et super iluctus
natat. In mari lempcstas furit, stridunt procellas : sed piscis natal, non de-
mergitur, quia nalare consuevit. Ergo tibi sa>culum lioc, mare est. Habet
diversos fluctus, undas graves, s;cvasque tcmpestates. Et tu eslo piscis, ut
SBDCuli te unda non mergat. (S. Ambros. De Sacranunt. III, 1,)
Illi vero pisces qui pinnuUs juvantur et squamis muniuntur, ascendunt
inagis ad supcriora, et aeri huic viciniores sunt, vclut qui libertalem spiri-
tùs qu;erunt. Talis est ergo sanctus quisque, qui inlra retia fidei conclusus,
bonus piscis à Salvatore nominatur ; qui etiani mittitur in vas, veluti pinnas
liabens et squamas. Si enim non babuisset pinnas, non resurrexisset de cœno
incredulitalis, nec ad rete fidei pervenisset, nisi pinnis adjutus ad superiora
pervenisset. (Origen., Homil. 7, tji Leritic, c. X).
(3) Philipp., m, 20.
(4) Bed., in Job. 1, cap. i2. — Ibid., in Luc. lib. III, cap. 2.
(5) S. Eucher, Formul. spirit. IV. — S. Ambros., De Sacramr.ni. III, 1. —
Hug. Cardin, in Lue, XI.
(6) Per mare, sicut jam diximus, multitude peccatorum designatur. Pisces
vero, cùm ab aquis subtrahuntur, animas amiltunt. Electi ergo quamdiù in
aquis vitiurum suorum versantur, animas marinas habent, peccatorum vide-
U«et tenebris involutas ; cùm vero aut per baptismum, aut popnitentiam a
nombre de ces bas-reliefs est le poisson couvert d'écaillés du
cloître de Saint- Aubin d'Angers (1), qui a préoccupé les sa-
vants sans avoir reçu jusqu'ici de solution satisfaisante : ce
poisson n'a point de nageoires, et la syrène qui l'élève en
l'air de sa main gauche élève en même temps la droite, dans
laquelle on voit un couteau, ces inspirations de la grâce
[ciiltriim spiritûs) qui dépouillent l'âme de l'homme de ses
sentiments trop terrestres et de l'affection au péché. Telles
sont encore les figures de poissons pris ou montrés par des
syrènes sur les bas-reliefs de Cunault, sur le tympan de la
porte d'entrée de la chapelle de S. -Michel du Puy, et ceux
d'un chapiteau antique observé par nous à Paris, dans l'église
de Saint-Germain des Prés (collatéral nord, avant-nef).
3° Les poissons à coquille ou à carapace, c'est-à-dire à
loge adhérente, sont dans la mystique chrétienne les aveu-
gles volontaires et obstinés : hommes matérialisés, qui ne
veulent ni s'élever par la prière, la science et la contempla-
lion, ni déposer leur vêtement d'ignorance et d'ignominie,
niouvrir les yeux de leur âme àla vraie lumière, qui est Dieu.
4" Les poissons dont le corps est mou, sans nageoires et
sans écailles, vivant dans un limon impur et au plus profond
des abîmes, sont les hommes absorbés par la multitude des
soins temporels et des intérêts de la vie ; ceux qui ne pren-
nent nul souci d'observer les divins préceptes (2) , et qui sont
appesantis par de vils penchants. Plongés dans l'immonde
bourbier de leurs habitudes mauvaises, il semble qu'ils ne
puissent point en sortir ; ils sont dépourvus d'écaillés brillantes
(soit des œuvres de la justice, soit des imperfections légères
dont on se corrige aisément), et ne peuvent plus se dépren-
dre des œuvres de dépravation qui leur sont comme incor-
porées. Origène nomme et précise ces rangs trop nombreux
de pécheurs (3) : Ce sont, dit-il, les orateurs savants à bien
dire, mais vivant et agissant mal : les poêles aux chants su-
blimes, mais désordonnés dans leurs mœurs ; les juriscon-
sultes cupides pleins de convoitise et d'avidité ; les doctesj
scrutant la nature mais auxquels son auteur demeure incon-
nu (4) : ce sont les turbots, les anguilles, les lamproies, etc.,
dépourvus d'écaillés, que la statuaire chrétienne stigmati-
sait (5) ; on les voit dans les miniatures des Bestiaires et des
aquis vitiorum perlraliuntur, animas pristinas quasi aniitlunt, cùm ex malis
boni eltictuntur : moriuntunjue diabolo, ut vivant Deo. (Sanct. Ambros., in
Apoc. VIII.)
(1) Cette syrène marine est gravée dans le Cours d'Anliquilés mo7iumentalet
de M. de Caumont, 4" partie. Moyen âge. Architecture religieuse, pag. XIV,
Adtlitions.
(2) Per pisces maris, divites, negotiisque sœcularibus implicites intelli-
gimus. (Oddon. astens., m Psalm. 8.) — Per pisces, homines curiosi,... vitae
hujus profundis immersi (llraban. Jlaur. AUegor), etc.
(3) Origen., y/oinif, 7, in Luc, cap. X. — Voyez, pour le même détail et
pour celui de toutes les allusiojis du • poisson, • Rhaban. Maur. Eiiarration.
in Levitic., lib. III, cap. I (texte cité à la fin de cet article).
(4) Il est dit de cet auteur inconnu, c'est-à-dire de Dieu, dans les Ecri-
tures, qu'il était porté « sur les eaux. • [Gènes. I.)
(5) Les poissons chasseurs et voraces désignaient de plus la voracité; ils
étaient aussi l'hiéroglyphe des démons, errants à travers les (lois de la vie de
l'homme pour tâcher d'en faire leur proie, et faisant leur demeure dans leurs
beaux amères et corrosives qui figurentl'iniquité. (Jonath. Chald.)
im
HEVUE DE L'ARCIIITECTL-BE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
im
manuscrits religieux se précipiter trestot emnvle m la gueule
de la cetus, monstre aquatique et gigantesque qui
Les transglot a une alaine
Kn sa pance kl est si lée
Conie scroit une valée.
Ce monstre qui, dnns l'angle des rétables et de beaucoup de
chapiteaux, engouffre ou revomit les hommes sous l'allégorie
de poissons, c'est, comme on le pense, le diable
Oui la gueule bée durement
Viers la gent de petite foi,
Tant qu'il les a atrais a soi (1).
Ces diverses allusions des poissons, et leur distinction par
«nageoires, écailles, carapaces, [séjour fangeux, » se voient
partout au moyen âge ; passées dans la langue de l'art comme
dans celle de la science, ce sont des figures connue» et se-
mées jusque dans les homélies et dans les sermons. Un pas-
sage de Rhaban Maur les résume presque au complet : frag-
ment remarquable et curieux, par lequel nous terminerons
cet article :
« Dieu, dit ce savant mystagogue, veut que les hommes
» (de la loi nouvelle) aient des nageoires, ce qui signifie une
n vie sublime et céleste, avec la méditation de la loi; mais
» cette loi doit être la sienne, c'est pourquoi il leur veut des
» nageoires (2), et non une seule nageoire : car l'ignorance
» de la divine Écriture avait tenu tous les Gentils; ils n'a-
» valent reçu en effet ni la loi ni les prophéties, et n'avaient
» en eux nulle connaissance de Dieu véritable et surnaturelle.
» Afin donc qu'ils ne soient pas à jamais rongés de ce mal, il
» veut qu'ils aient des écailles qui puissent facilement s'en-
» lever : écailles signifiant l'ignorance temporelle qu'on peut
1) diiisiper aisément, ce qui est prouvé par le récit des Actes
»' (des Apfttres) touchant S. Panl, dont il est dit que
» les écailles (jui couvraient ses yeux tombèrent lorsqu'il eut
» reçu l'Évangile par Ananie
» Ainsi qu'il est certaines espèces de poissons qui ont pour
Hosychius entend, par • les écailles • des poissons, le voile do l'ignorance
spirituelle qui peut i^lre docliiré et enlevi'. C'est ainsi qu'il interprèle les
écailles mystérieuses que la parole d'Anaiiie lit loinbcrdes yeux de S. Paul,
(m Act. Apust. IX.)
• Si quis est in a(|uis istis, et in marc vila: hojos, atqoo in fluctibns 9a>culi
positus, tanien débet satis agere, ut non in profundis jaceat aquarum, sicut
sunt isti pisces, qui dicunlur non liahere pinna.s, neque squanias. Il»c n.im-
quc eorum natura perhibctur, ut in iniis seniper et circa ipsum co-num (U>-
morontur, sicut sunt anguilliU, et buic siuiiUa, qna" non possunt ascendere ad
aqu.i' suminitatem, nec ad ejus superiora perrmire. (Origen., Homil. 7, in
Levilic. X.)
(1) ti Diestiairei, manuscrit de la liibliolbèque ruyule. — IMiilip. doTbaun,
Tlu! Bestiary.
(î) Les nageoires, ailerons ou petites aile» qui soûlèrent les poissons i fleur
d'eau, et qui permettent à quelques-uns dos saut» semblables à un vol, sont
l'emblème des saints désirs, parce qu'elles font passer le poisson, des flots,
symbole de la vie, des tentations et du piobi', dans la rvgion aérienne figu-
rant la vie do la grâce, le ciel et la sainte liberté des enfants de Dieu.
• Pinnula- sunt saiicla ilesideria ; quod illi in corpus electorum tran.seunt
qui per sancta desideria ad superua se transferunt. (llrab. Maur. Allfijorite),
» peau une carapace (leutnm) et non des écailles qa'on
» puisse ôler, ainsi sont, parmi les chrétiens, cenx qu'il e«t
I) impossible de dépouiller de leur écaille, c'est-à-dire de
» l'ignorance de la parole divine, et dont on ne peut appro-
» cher le couteau de lEnpril Csarrt'). Ceux-là, bien que
1) trouvés dans la mer du baptême et dans celle de la péni*
» tence (1), sont néanmoins abominables parmi tout ce qoî
» se meut et vit dans les eaux. Quoiqu'ils aient reçu la rie
» (spirituelle) par le baptême, ils ont corrompu lenr vocation
» comme leur régénération : aussi n'ont-ils ni nageoires ni
n écailles, c'est-à-dire ni connaissances sublimes ni vie cé-
K leste, et leur cœur est plongé dans l'aveuglement et dans
» l'ignorance ; c'est pourquoi ils ne comptent point parmi les
1) pois.sons à écailles. Remarque du moin» (6 lecteur!) de quelle
» Mibliliy de discours le législateur s'est servi, pour enseigner
n par ces poissons d'admirables allégories ! Car, de même que
i> les poissons à écailles ont invariablement des nageoires,
» ainsi ceux qui ont une ignorance temporelle et (par consé-
» quent) susceptible de cesser, sont admis à la connaissance
» de la vie sublime et céleste. Quant aux autres (ils sont
» odieux), on ne doit ni manger leur chair, ni toucher leurs
». corps morts, ni communiquer avec eux en nnlle manière,
i> ce que coi^rme S. Paul, en disant : « Si l'un de ceux que
w vous nommez vos frères est fomicateur ou avare, ou ido-
» lâtre, ou médisant, ou adonné à la bois-son, ou ravissear
» du bien des autres, vous ne mangerez pas même avec lui. ■
» (1. Corinth. V, v. H.) Les adultères, les avares, les bn-
» veurs et les détracteurs sont tous destitués d'écaillés, car
« ils mènent une vie honteuse et immonde. Celui qui adore
» les idoles ne peut être compté non plus parmi les poissons
» à écailles, étant frappé d'une ignorance dure comme une
» carapace et réellement incurable; autrement, après avoir
1) été uni à Dieu, eût-il pu retourner jamais au service de
I) ses idoles? De plus, il est à remarquer que les poissons à
I) écailles et à nageoires sont seuls à sauter sur les flots.
» Quel est donc leur sens symbolique, si ce n'est qu'ils re-
» présentent les élus? Car ceux-là seulement passent (du
» corps de l'Église terrestre) au corps de l'Église céleste,
» qui, revêtu.^ de leurs mérites comme le poisson l'est d*é-
» cailles, savent sauter (en quelque sorte) par l'élan d'un àétâr
» céleste et tendre à la contemplation, bien qu'ils retombent
» sur eux-mêmes à cause de la mortalité de leur chair. Cenx-
R là seuls, donc, passent dans le corps de l'Église élue comme
» une nourriture élue, qui, quoique retenus encore aux choses
» célestes et humbles, savent s'élever néanmoins jusqu'à la
n région supérieure par leurs élans spirituels, secouer le
» poids accablant des sollicitudes mondaines, et aller aspirer
Il en haut les haleines vivifiantes de l'amour du souverain
» bien. Occupés des soins extérieurs, ceux-là savent les
» disposer : ainsi ils reviennent en hite à leur solitude inté-
(1) On sait qae la P'
de ritglise, rompar.i*.'
it^me U conpooctioa >o«i,4aMb
«83
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
i84
» rieure, vivent détachés par le cœur des agitations du de-
» hors et des bruits mondains et terrestres, et sont recueillis
i> en eux-mêmes au sein d'une immuable paix (1). »
POULE.
V homme-poule et la femme-poide figurent non-seulement
sur les tourelles de Saint-Denys, mais sur les chapiteaux
romans restés dans cette basilique, sur ceux de Saint-Ger-
main des Prés et de beaucoup d'autres églises. Leurs ailes
courtes et pesantes dénotent l'ab&ence de la prière et le dé-
nûment de vertus, et ils ont une tête humaine contournée
sens devant derrière et entée sur un corps d'oiseau du genre
des gallinacés; ainsi adossés l'un à l'autre, ils se regardent
néanmoins. Le christianisme, sans doute, fut, à l'égard de
Y homme-poule, d'accord avec l'antiquité, qui faisait de cette
espèce de syrène l'emblème de la dissolution. La dégrada-
tion qui suit le désordre et l'empire tyrannique des penchants
mauvais sur les sens, s'assimilaient, dans cette image, au
fumier visqueux et fétide qui s'agglutine aux doigts des poules
et qu'elles pétrissent sans cesse, sans pouvoir s'en débarras-
ser. On trouvait encore un emblème de la dilapidation et des
habitudes dissipatrices qui suivent les mœurs dépravées,
dans ces pattes de la poule accoutumées à éparpiller le grain
et tout ce qui sert à sa nourriture. Les harpies dont parle
Virgile (2) n'avaient pas seulement les pieds de la poule,
elles en avaient le corps comme celles-ci, et le grand poëte
les représente souillant et infectant tout ce qu'elles touchent.
L'homme sans honneur souille tout, même ce qui est saint,
et ces têtes uniformément retournées pouvaient ajouter à ces
énergiques enseignements l'emblème d'un troisième eifet des
])assions brutales, qui est de pervertir la raison (3) : leçon
éloquente et sévère, jetée sur les basiliques romanes parmi
des semés de coquilles, des enroulements et des fleurs.
POURCEAU, BOUC, CHÈVRE, TRUIE, -^SATYRES,
FACES, ou VISAGES CORNUS.
Le pourceau (4) et le bouc fétide (5) répondent encore au
septième parmi les péchés capitaux : représentants de la
(1) Hraban. Maur. in Levitic, lib. Ill, cl.
(2) ^n., I. III, V. 227.
(3) Qui fabulas... comment! sunt, syrenas confixôre, quse blanditiis araa-
toriis et voluptuosà nequitià homines ad se traherent, illeccbrisque irretirent,
apud quas moUitudinis omnifaria; luto inhicsitantei f f<ii; romputrescerent.
Harum pedes gallinaceos fuisse Iradunt, intellect» à superiore nun dissimili.
Scribunt etiam hujusmoJi fabularuni interprètes, significari ex lioc liominem
libidinibus deditum, fortunas suas perseveranti studio dispergerc, inutiliter-
qae prodigere, cujusmodi esse gallinarum morera, cùm pleno acervo pascun-
lur, aspicimus. — Pier. XXIV, 13.
(4) Peccalores, licet babeant corpora humana, cor habent ferinum, ut
habeant corda... porcina per luxuriam. (Vinc. bell. Spec. mor. De peccatis, in
generali). — Merilo luxuriadicitur liominem facere bestialem, sicut porcum...
etc (Ibid., De luxuriâ). — Porcina vitia. (S. Brun., astens. in l'salm). —
Homo. . foedis immundisquc libidinibus immergitur? Sordidâ suis voluptate
detinetur. Ita homo, probitate déserta, vertiturin belluam.J(Boëc.).
^5) Hircos immolare, est carnis macerationc libidinosum sensum occidero
luxure, ils marquent dans ses caractères la dégradation
poussée à l'excès. L'auteur du livre des Proverbes et celui
du Miroir moral comparent la femme livrée à ce vice, l'un
à un brillant anneau d'or passé au groin d'un pourceau, et
l'autre à ce pourceau lui-même plongeant dans un fnmier
immonde et son groin et cet anneau (1). « Ainsi est la femme
insensée, lit-on dans Vincent de Beauvais : le lit de fleurs
qu'elle préfère, les parfums qu'elle aime entre tous, ce sont,
comme le vil pourceau, les plus ignobles immondices et le
bourbier le plus infect. >
Le pourceau, dont la voracité est impétueuse et qui re-
çoit sa nourriture sans manifester nul instinct reconnaissant,
représente par cette action l'abrutissement de l'ingratitude
spirituelle (2).
La truie, emblème de fécondité, est représentée sur nombre
d'éi;lises tenant la quenouille et filant. Peut-être la mission
de cetle figure était-elle de rappeler la consolation que saint
Paul adresse aux femmes chrétiennes, appelées, pour le plus
grand nombre, à pratiquer la vie active, commune, et toute
séquestrée qui leur est tracée ici-bas (3). Mais d'autres fois,
la truie prend place, dans les œavres de l'art mystique,
parmi les péchés capitaux; alors, ainsi que le pourceau, elle
marque le plus abject et le plus flétrissant des vices, indi-
quant, par les marcassins dont on la voit accompagnée, la
foule de dérèglements que produit ce genre d'excès.
Les satyres aux pieds de chèvre, ceux qui ont quelque
chose du bouc, comme ses cornes ou sa barbe, monstres que
le Miroir moral appelle des « faces cornues, » figurent les
voluptueux, ceux qui ont, sous les dehors de l'homme, l'in-
solence, la pétulance, les instincts dégradants de bouc (4).
QUEUE.
La queue, qui est la partie postérieure, la dernière de
l'animal, symbohse toujours la fin, le terme des oeuvres de
et superare. (S. Brunon astens. in Num. Vil). — Per bircum, mortificatio
fornicari;e voluplatis ^lnlelligitur). (S. Hieron,, Op. edit. Veron., t. I, col.
1107, à propos des sacrifices d'animaux). — Jam vero sacr;e littera^, dùm
bircos liiL'dosque immolandos monent, nequiliam oinnemque libidinem jugu-
landam indicani, ut interpretatur Adamantius. (Pier. X, 10). — V. aussi
Yvon. Carnol. De rébus eccl. serm. De Convenientià. — Lraban. .Maur. De
unir, vin, 8.
(1) Ciiculus aureus in naribus suis, mulier pulcbra et fatua. (Prov. 1). —
Sus, propter aurii circuli speciositatem et preliositat:m, non dimillit quin
nares suas immergatin slercus. Sic... mulier fatua... Libentiùs dormit ut sus
in luto, quàm in floribus. (Vincent, bellov. Spec. mor. De luxuriâ).— Luxu
riosi... sunt sicut sus, qui libentiùs babet nares iu stercoribus, quàm in flori-
bus. (Ibid., ibid.).
v2) Multi... porci sub illice, non levant oculos ad eum qui sibi glandes
cxcutit, nec eum agnoscunt, nec gratias ei reddunt; ideo, impinguati et
ingrati ut porci, subito comedendo sa?pè percutiuntur et occidunlur. (Vinc.
bellov. De pwnilentiâ).
(3) -Mulier... salvabitur autem per filiorum generationem, si permanserit
iu fide, et dilectione, et sanctificalione eum sobrietate. (I, ad Timotb., II, 15)
(4) Luxuriosi... similes illi. sunt capricuraio illi monstro de que ibidem
qui bomunculus cornutam babebat faciem, et infcriorem parleni capri : quia
sub forma liumanà est vita luxuriosa et bircina. (Vinc. bellov. Spec. mor. De
luxuriâ et filiabus ejus).
183
REVUE DE L'ARCIIITECTL'RE ET DES TRAVAUX PUBLrC^
IM
rijomme, ce qui est à la fois le mobile, et le point de mire
(le ses actions (1 ).
La queue longue est un caractère positif de persévérance,
quand elle marque des vertus (2) : mais dans les personnifi-
cations des vices et dans celles des esprits mauvais, la queue
longue désigne l'instinct dominant et le genre de perversité
propre do l'animal auquel elle est empruntée. D'après ce
principe, la ^/He«e^rfK//ort marque la violenceet l'impétuosité;
celle du sinye, la malice ; celle du chat, la mollesse et l'in-
dépendance. La queue très-tonijue, fantastique, et souvent
hérissée dépiquants, fréquemment prêtée au démon, marque
sa nature perverse, sa dévorante soif de nuire, sa puissance
pour torturer (3). Les queues lonijuex, serrées contre le flanc,
marquent l'attaque insidieuse, la violence et la spontanéité
d'un assaut traître et imprévu (4).
Par un motif de môme genre, puisé dans l'observation du
caractère des animaux, leur queue, cachée entre leurs jambes
et serrée le long de leur ventre, comme on le voit alors
qu'ils fuient ou qu'ils sont frappés de terreur, dénote la ruse
perverse et la lâcheté ou la fraude.
La queue de dauphin représentait dans l'antiquité les
passions libidineuses (5).
La queue de serpent ii\gn\{\e la ruse, la perfidie, la séduc-
tion, quelqiiefois la malice du péché (6), et est l'attribut or-
dinaire de toute passion qui perd l'âme.
La queue de dragon, identique à celle du .serpent, est
plus grosse et plus vigoureuse : sa pernicieuse vertu était la
force irrésistible de cet animal fantastique; car il n'était
point réputé venimeux, mais il passait pour étouifer infailli-
blement ses victimes dans les nœuds puissants de sa
queue (7). Cette queue, toujours sinueuse, figurait dans la
Symbolique la tortuosité des actes, la fourberie astucieuse,
les voies détournées des passions et de l'esprit qui les fo-
mente. Elle indiquait en même temps, par son volume et
par sa vigueur, la violence des concupiscences charnelles qui
entraîne ou précipite l'âme des hauteurs du ciel sur la terre,
c'est-à-dire, de Id vie chrétienne et angélique aux passions
des sens et au mal (8) .
(1) Cauda pro Tine punitur, qnoniam fiais corporis, cauila. (S. Druiion, ast.
sup. Exod. XXVll).
(i) Au sujet do ces paroles de l'Exode : • ... Tulle... cnudam. • on lil diins
S. Hrunuri d'Asti : • Tulle et laudiim ninrljruin..., ut suni illl de quibus
loquiinur, ita et lu us(|ue in llncin in lM)no opère persévéra : qui cnim pcrsc-
veraverit us(|ue in lineiii salvus «rit. • (S. Brun, asi., in Exod. XXIX, il).
(3) De Visiono cujusdum Tundali (Viuc, 1m-IIov. Spcc. inor., I. Il, De
infeiiio, etc., etc.).
(4) V. tous les commentaires du cliap. Xli de l'Apocalypse.
(5) Pier. V, 30.
(6) Ilraliani .M.-iuri, De uiiiverso, VIII, 3. De ser|MMitibus. au sujet de la
queue île l'aspic. — Philip, de Tliaun, Tlie Bestiary, p. lOS. I>cgendos en vers,
DISC, de l'Ar:ienal. L.I livres des natures, fol. 183. D'une besie qi est apeléu
aspis.
(7) Vim autem non in denlilius, scd in caudl liabet, et verbcro potiusqiiàm
rictu nocet. Innoxius est à venenis..., sed idc<^ liuic ad mortcm facirndaiu
TCneiia niin esse necessaria, quia si quem ligirit, occidit. (Mrabani .Maur.. />«
tinir., VIII, 3).
(8) Cauda ejus (Draconis), id est ipsius calliditalis el lia-reticir privitatis
La queue du renard spécifie la fraude, l'astuce, la trompe-
rie et la malice, souvent la fourberie des flatteurs, li Lo$en~
giers. « Dont il sunt bien comparez a coue de goapil, por
lour barat et por leur tricherie de traÎMii (\]. »
La queue du loup représente le pouvoir fatal du démon et
la violence qu'il exerce sur les |M:cheur8 pour les détourner
de la pénitence, et surtout du recours à Dien. Ce symbo-
lisme avait pour principe une tradition légendaire. On
croyait au moyen âge que les loups ravissaient quelquefois
de petits enfants, qu'ils nourrissaient dans des cavernes, et
qu'ils contraignaient à marcher sur les pieds et sur les maios
à la façon des quadrupèdes. Quand c^s enfants, croissant eo
âge, se dressaient parfois sur leurs pieds, ces loups les frap-
paient, disait-on, à la tête et sur le visage, et les contrai-
gnaient à grands coups de queue à reprendre l'atiitude des
animaux (2). Triste image de l'âme humaine assrvie à ses
passions et ayant perdu tout recours à la prière, qui est ce
regard levé au ciel, et tout appel à la raison, qui est cette
altitude dressée odieuse au loup infernal.
La queue absente ou e'courtée, celle du barbet, par exem-
ple, est un indice incontestable de l'oubli coupable et pro-
fond des fins dernières et de Dieu, c'est à-dire celui d'un
complet matérialisme (3).
RAT.
Sur une fresque allégorique des catacombes de Calixte,
où l'on voit Jésns en Orphée attirant à lui les pécheurs sons
la figure de divers animaux, le rat placé aux pieds du Christ
et très à portée de l'entendre, mais seul parmi son auditoire
à prendre deux soins à la fois, grignote avec activité, tête
basse et oreilles droites. Sons le règne du paganisme, qui
a laissé dans les catacombes des réminiscences éparses, le
rat figurait le gourmet et ceux qui, plaçant leur bonheur
dans la bonne chère, trouvent leur ruine inévitable et leur
perte dans leurs excès. Le rat devait ce symbolisme à ss
prédilection pour l'huttre et à la mort qu'elle loi donne en
se refermant tout à coup lorsqu'il croit en faire sa proie. Il
avait le renom très-juste de choisir entre tous les pains ceux
dont la [)âte est h pins fine, et méritait la confiance pour
son goût silr et infaillible à l'endroit du choix des nielous.
Connaisseur fin et délicat, il ne faisait point de méprise, se-
lon les écrivains du temps. On y lit que les gourmets fai-
deccplio, terliani partrm slellanim nrli, mullot videticrt q«i ia FfiWrt M-
gere vidcbontur, lrahpl>at, el misil eo» in terram nt ooa jaia <
terrena cl transitoria diligerent. (S. KmnoD, asMu. booùl. ia I
post Pasch. — Ibid., in Apec, XI!). — Cauda DraeMÏi, FnaMcMia. (Otn.
à lapide super. Apoc. XII, 4). — Pier. IV, n. Care*.
(I) llss. de la Bibliothèque royale, xiii* aèck.
(1) Vinc. belloT. Sftt. «or'. III, iO. <f oiiù. Sic diakolw. (^MMe-l-Q)
facit, al isli (peccatores) ad Irrrrna semper inteadaaL
(3) Caada... curta, in divinis litlerit oMMUl «Oi, firihw Bail* de fatarit
cura, ()ui dirin novissimnm falammqiie Dei jadidaai Mpcraaniur. qai i^
indè dicunt : — • Bdanos M biltamos. perral qui crutiita curai; eraa cafca
forte moriefflur, quia mon aarrm rellens : VïTite, ait, veoio. • (net.
I XXXIX, «).
MJ7
HEVUE DE LARCHITECTUBE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
188
saient d'importantes études d'après ces décisions du rat, et
aimaient à voir sur leur table le melon marqué de sa dent {i\.
On retrouve cette allusion dans la Symbolique chrétienne,
mais sous des formes plus sévères ; la morale de Jésus-Christ
ne se borne pas à montrer le vice pour appeler sur lui le rire,
elle le dénude en entier, elle en fait voir la turpitude, elle
le frappe et le flétrit. Le rat, parasite et larron, représente,
dans son langage, la sensualité cupide, la soif déréglée des
délices mondaines et des raffinements du bien-être, la ruse
et l'indélicatesse qui les font conquérir frauduleusement aux
dépens d' autrui (2).
RENARD.
Il n'est, dans tout le moyen âge, commentateur ni mo-
raliste, qui ne conte les trescheries, les mille finesses mau-
dites et les malins tours du renard, surtout sa ressource
d'hiver quand il est pressé par la faim et que la terre est dé-
pouillée, et les bergeries si bien closes qu'il ne reste plus
nulle part de matière à ses pilleries. 11 n'est pas un seul Bes-
tiaire où l'on ne voie maitre Goupils (3), dans une belle
enluminure, gisant piteusement à terre tout roide et tout
ébouriffé, laissant pendre une longue langue et barbouillé
« de rouge tierre. . . si quil paërt estre sanglens ; » là, en le
voyant sur le dos sans mouvement et sans haleine et les deux
pattes antérieures repliées contre sa poitrine à la façon d'un
chien dansant, quiconque ne remarquerait son œil toutétin-
celant de malice le croirait payé de ses œuvres et passé de
vie à trépas. Mais cette allure scélérate est « pour prendre
» as dens et as pies (pieds), » et puis, « estrangler etman-
guer 11 oisel, » qui le voyant « issi gésir estendu a la tere si
1) laidement enboe (emboué) et enflé, quident qe il soit
» mors, » et descendent «por lui becquier (4). » Cette bête,
qui « porte la figure al deable, » méritait d'exprimer la ruse,
l'astucieuse fourberie, toutes les petites rapines, tous les
genres d'escroquerie, d'extorsions et de vols adroits (5). Le
renard répond en effet dans le langage hiératique à toutes
(i) Hieroglyphic. collectan., verbo PanuUi, Guloti. — Pier., hier XllI,
32. — Horapollin. hieroglyph., | 30.
(î) Mysticè... mures significant homines capiditate terrenâ inhiantes et
prxdam de aliéna substantiâ surripientes. (Hrabani Mauri, De unitxno,
1. VIII, 2).
(3) Le renard, appelé aussi, dans la même langue romane, li Volpiz, oa
WoupUls, ou Volpis reinhart.
(4) Nam dùm non habuerit escani, fingit mortem, sicqne descendentes
qaasi ad cadaver ayes rapit et dévorât. Vulpis enim mysticè diabo'um dolo-
stun... sive peccatorem hominem significat. (Hraban. Manr , De universo,
VIII, 1). Vulpes... cùm esurit et ciIk) caret, aprica loca adit, et humi strata
animamque continens, ac simulans se mortuam, supina jacet, oculis et pe-
dibus sursum erectis Aves itaque dilabuntur ut ipsà vescantur • illa vero
arripit eas subito, ac prolibita dévouât. Nec aliter diabolus, cùm illaqueare
hominem vult, tentât ipsum ut qu.^m negligenter se... gerat. Sicque facilUmè
irretitur (S. Epiphan., Physiolog. XK).
(5) Vinc, bellov. Spec. mor. III, D. 3, 10 et 21, part. 3. — S. Bernard,
in Cantic. — Boët. — S. Brunon. astens. in cantic. et aliàs. — Rupert. Tuit.
De divin, offic. VIII, 4. — Philip, de Thaun, The Bestiary . — Li Biesliaires,
msc. de la Bibliothèque royale. — Légendes en vers, msc. de l'Arsenal, Li
Livres des natures, etc.
ces fines malices et à tous ceux qui les exercent, et Ballirsi
prœpositis, ajoute Vincent de Beauvais.
SANG.'^UE.
La sangsue, animal aquatique de ]a classe des « Anné-
lides » et qu'on trouve dans les eaux vives, se complaît spé-
cialement dans les eaux dormantes. Cette habitation dans les
mares et son avidité extrême à se gorger outre mesure du
sang dont elle se nourrit, lui a mérité dans le livre des
M Proverbes » l'expression de deux vices les plus brutaux,
la gourmandise et la luxure (1). Impures comme la sangsue
qui habite un immonde séjour, l'une et l'autre sont signa-
lées dans l'antiquité chrétienne et dans les âges postérieurs
comme les plus insatiables et les plus avides passions. Ainsi
les avait montrées aussi le prophète Osée, et l'on sait com-
bien les textes de l'Ecriture ont fait loi dans le moyen âge.
La comparaison des « Proverbes » consacrée par les mora-
listes, le fut aussi dans l'art chrétien : on la trouve dans
RJiaban-Maur, Vincent de Beauvais, les doteurs ecclésias-
tiques : et l'Iconologie de Ripa marque qu'au xvii*' siècle
cette allégorie subsistait (2) .
SALTERELLE.
Lasauterelle, classée parmi les animaux rongeurs, compte
dans l'histoire de quelques peuples parmi les fléaux les plus
désastreux; quand elle s'abat par essaims, elle flétrit, dé-
vore, affame et dépouille en entier les champs.
Cetinsecte dévastateur a représenté plusieurs vices, prin-
cipalement la luxure ennemie de la chasteté (3;, et l'esprit
d'hérésie (4), non moins dangereux pour la foi. La foi, la
chasteté craintive ne pouvant subsister qu'intactes, réjwn-
daientàla couleur verte, celle du manteau de la terre tou-
jours jeune et toujours brillant (3) ; les deux vices qui les
combattent devaient donc avoir pour emblème celui entre
tous les insectes qui ronge le plus promptement les blés
tendres, les verts gazons et l'émail riant des campagnes.
Les pattes de la sauterelle, par leurs bonds saccadés et
brusques, figuraient l'orgueil des voluptueux et des héré-
tiques et en même temps leur légèreté et leur facilité extrême
à courir d'excès en excès; elles les montraient franchissant
(1) • Sanguitugœ duœ suni filûe, silicet gula et luuria, sont dos filix car-
nalis voluptatis, dicentes alTer, affer. Vincent bellov. Spec. mor. 10 Dist. 3.
pars 9. De luxurià. — V. aussi Hraban Maur. Commentar. in Pro-
verb., XXX, 13, et tous les commentateurs du livre ■ des Proverbes •.
(i) Posta a sorbire il sangue altmi, non si stacca mai per sua natura, fincbi
non crêpa. Cosi gl'ingonli noA cessano mai, finche l'ingordigia istessa Don
gli afToghi. (Iconolog. di T^sare Ripa.)
(3) Vinc , bellov. Spec. mor.
(i) S. Hieron. in Osea- XIII et in Ezech. XIII. — Gloss., in Proverb. XXX.
27, et in Apoc. S. Brunon, astens.
(3) B. Anselm. cantuar. in Apoc. XXII. — Ludolph. saxon, vit. Christ.
— Corn, à Lapide. — Tynn. — Francis. Uibeira.
La couleur verte ne figurait pas seulement la chasteté, mais surtout la vir-
ginité, et c'est principalement pour cette raison que l'apôtre S. Jean a, parmi
les douze pierreries désignées dans l'Apocalypse, l'émeraude pour attribut.
189
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
IflQ
et comptant pour rien les obstacles, incapables d'hésitation,
inaccessibles à la honte, et emportés par une fougue sans
nom, sans mesure et sans frein (1).
SINGE.
Le singe, en vue de ses passions, personnifiait plusieurs
vices : 1" la Dér'mon, l'une des générations de l'envie, 2" la
Colère, et 3° la Luxure.
1* Le vice nommé dérision n'est pas jugé à la légère par
la morale d'autrefois; on savait la triste portée et l'effet trop
sûr de cette arme contre ceux que la calomnie n'ose pas
attaquer de front; aussi, l'homme qui en fait usage n'a-t- il
point dans les moralistes d'autre titre que Derisor, mot qni
spécifîe le plus lâche et le plus cruel des envieux (2). En lui
donnant pour attribut l'animal le plus ridicule, la Symbo-
lique moutre au doigt tout ce que ce vil caractère recèle et
voile d'autres vices. Ainsi elle fait voir le singe trônant aux
fenêtres du riche ou sur l'étal du bateleur, et là, contrefai-
sant chacun avec hardiesse et impudence, tandis que sa
croupe pelée fait rire à meilleur droit encore tous ceux parmi
les survenants il qui elle échoit en spectacle (3). Cette croupe,
qu'oublie le singe, lui est reprochée sans pitié dans tous les
traités de l'époque : vraies et trop justes représailles qui re-
cherchent dans l'envieux ses travers et ses démérites, afin de
les mettre au grand jour. On lit au-dessous de la miniature
dou singe, dans un Bestiaire manuscrit du xiu° siècle :
« Une autre bcste est moult vilaii.
o De laidure et d'ordure plaine
» C'est li singe ke vous vees,
» Dont li haut home sont cieves (4) :
» Singes est les et malostrus
» Soventesfois laves veu.
» Jasoit ce qu'il soit les devant
» Derrière esl trop mésaveuaDt... (5). »
Vincent de Beanvais donne le coup de grâce à l'envie, en
en faisant le Singe du diable (6), et la met par cette épilhète
au même rang que la luxure, qu'il en a nommée le citerai (7).
Vincent de Beauvais fit école : chacun peut voir à Notre-
(1) Locustx pro mobiliUite leviutis ■ci-ipienda* sunt, Umquàm Taga; et
lalientes animip in seriili volnplate?. dr. (Ilnibao. Maur. Deonivers. VIII, 6).
(J) Dans les Traitt^ de morale H de tliéolugie du moyen Age, on voit tou-
jours la dérision occuper l'un des premiers rang» parmi les (ilialions de l'or-
gueil on de Fenvie : elle n'en esl pas une (urUlr. mais bien l'un des pins gros
geton». • Le quint geton de cet eseol (i e<' Car cest constumc dor-
guillous sorquide Car il ne sonOsI pts desi' '>t) en son cuer les au-
tres qui nont pu ses grares que il cuide avoir, aii» en fait ses gas et ses déri-
sions. Et que pis esl se moque et tmfle des prodethomes et de cens qoe il voit
a bien torner qui est moût grand p<Thie et mont pifrilloiis. Qoar par leurs
mauveses langues il destomcnt mool de gens de bien faire. • (Manuscrit da
nii* sii'-cle. Bibliothèque royale.)
(3) Vinc. bellov. Spec. moral. III, D. i. p. i.
(4) De eitt ou cief, \.Hf : coiffés.
(5) lÀ Biesliain nianuscril de la Bibl. royale. — De ia Saturt dou Siitff.
(Sj Vinc. twilov. Spec. moral. III, D. 4, p. i.
(7) Ibid. Spec. mor. III, D. 3, p. 9, De luxuria cl filiabos ejns.
Dame ces deux bêtes dansleors fonctioos; l'une, ardente et
le mors anx dents, bondit sous monseigneur li dMble; l'autre
égayé Sa Majesté par les façons les phis grotesque».
2* et 3* Qnant à ce qui est de la colère et des déporte-
ments brutaux, les fureurs du cynocéphale, le plus inweible
du genre, et l'odieux cynisn<o du singe (1), motivent aaiec
par eux-mêmes leurs rapports svec ces passions dans la
symbolique chrétienne.
SYRKNE.
L'esprit poétique du moyen âge a maintenu dans Tait
chrétien ces magiciennes renommées qu'ont illastrées les
chants d'Homère et les antiques traditions. Classées en tro'is
différents ordres, elles représentaient en elles, chacune se-
lon son espèce, les caracières attrayants des trois pièges fa.v
cinateurs tendus à la faibles.se humaine et qui étaient peints
en même temps dans l'idéale manirore par trois rangs de
dents acérées : ce sont l'amorce des richesses, le vain pres-
tige de la gloire, l'appât trompeur des voluptés, représentés
par ces syrënes qui ont le visage de la femme, et à partir de
la ceinture un corps d'oiseau ou de dauphin (2;. Ct-s tenta-
tions insidieuses se tradui.saient par l'harmonie et le charme
de leurs concerts : « Chantent totes, dit le Livres des natures
des bestes : les nnes en bussines et les autres en harpes, et
k>s tierches en droite vois. » Ainsi les voit-on figurées dans
la miniature correspondante : celle qui chante en hiunine a
h corps et les serres du faucon : ce sont les trésors mal ac-
quis et arrachés par la violence (3) ; la seconde, qui chante
en harpe, doit être la gloire mondaine, car c'est du luth on
de la harpe que s'acromfagnaient les ballades qui disaient
les hautes prouesses et les largesses des pui.ssanLs; celle
qui chante en droite rois, se termine en corps de dauphin,
marque des p.issions sensuelles (4), et on la voit très-souvent
au moyen âge représentée se dressant sur la pointe d'un
écueil au milieu des flots agités, tenant tin peigne et un
miroir. Telle est celle de Saint-Denys (5). Le miroir ainsi
(1) Qaadru|ies voluptarii... qiue eoiia uiimalia saper muas awholini.
manus et ocolos et lolam firiea ad'Ierraa dcprianal, sifiiScaal illn h»,
mines, qui boni sopenu aupw rien» despicieair*, oauri «adio et openlidM
omni mentis intuilu, et toil cordU iotentioae, soU lerrcaa d tnaâloria CB-
gunt. (S. Brunon. astens.. inl-evitir , XI.]
(1) Les Syn'nes sont nommiies dans Isaie (XIII, S». . Re^oadebwl fti
nIal.T in .i-ditms ejos, et Syrrnes in delobris volnplalis. • EBm «Ml 4e TimI»-
gie avec le monstre im-iginaire noaiiné Lawùa dans le* Écritarct, qai lai ftt-
lent les traits de la femme avec des juabes de chenal : iliy, discal l«t
commentateurs, de r«j\ qui paraissent i l'exlMear awai cl tÊkmàmét, ef ^êA
au dedans sont brataax et luxnheax. • Laaiir bafaeaf fccfal IrariacMi.
pedes eqainos quia mniti in apcflo saat BMlIct «I diMoM, aad iaivifti bn-
ules et loxuriosi apparent • (Tiae. bellov. Sp«. tÊfonL UL D. 7, f. S.
(S) Voyet ei-de»so!i, article Serre».
(() Vo;ei d-desMM, article Qiwiws.
(5) Il ne reste ptas de vestige de miroir dans le* aalM * ertie Matai, ai
Mir le roc reprAvat^ ; nais il est probable qae le anrair fUit tialfM fMi jftH
d'elle. Du rerte, eelle fnt)0i»t swae s'npliqne tri*-M(a *mm m art*»-
soire.
191
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
iH?
que le peigne étBÎent consacrés à Vénus, clans l'antiquité (1) ;
ils figuraient le soin de plaire et les artifices décevants de la
séduction.
Mais les Restiaires nous disent tout ce que ces semblants
perfides cachaient de noires trahison :
Cette « Seraine a si dous chant qele déchoit cels qil nagent
» en mer. Et est lor mélodie tant plaisant a oir que nul ne
» les ot tant soit loing qil ne li conviegne venir. Et la Seraine
« les faisit oblier qant ele les i a atrait qe il sen doripent. Et
» qant il sont en dormi eles les asaillent et ocient en traison
» qe il ne sen puevent garder. Ensi est de cels qi sont es ri-
» choises de cest siècle et es delis en dormis qui lor aversaire
» ocient. Ce sont li diable : les Seraines senefient les femes
« qi atirent les home par lor blandissemens par lor decheve-
» mens a els de lor paroles que eles les mainent a pouerte et
» a mort Les eles de la Seraine ce est lamor de la feme qi
» tost va et vient (2). »
TAUREAU.
Le taureau répond à l'orgueil considéré dans la jeunesse,
et l'immolation de ce vice, c'est-à-dire sa répression, est
marquée aux livres bibliques dans le sacrifice des sept tau-
reaux offerts par les amis de Job, figure des hérétiques
revenant à résipiscence (3j.
Le taureau a aussi rapport aux générations de l'orgueil
relatives à la jeunesse; il en marque V indépendance, la
fougue at les emportements (4), quelquefois aussi la Luxure
autre résultat de l'cjrgueil (5). Les pieds de taureau par les-
quels il fuit, ses cornes qui frappent et qui résistent, figurent
souvent à eux seuls ces genres divers de désordres dans les
œuvres de l'art chrétien (6).
La vache piquée par le taon, s'échappant comme saisie de
vertige et ne reconnaissant plus la voix des pasteurs, figurait
la désobéissance aux lois de l'Église, l'une des générations
de l'orgueil (7).
LIÈVRE (8).
Parmi les quadrupèdes faibles, le lièvre est l'un des pins
débiles et le plus craintif entre tous. Interdit aux Juifs par le
(1) Pier. XLI, De Pectine. — De Spécula.
(2) Légl^ndes en vers. Li livres des Natures des Restes, manuscrit de la Bi-
bliothèque de l'Arsenal, fol. 207, 208. • Seraines... (dit un autre manu-
script), sont uns monstres de mer qui ont cors de famé et coue de poison et
ongles daigles et si doucement chantent queles endorment les mariniers et
puis les dévorent. » (Manuscrit de la Bibliothèque royale, xiii' siècle )
(3) Job, XLII. — S. Brunon. astens. in Job. — Yvon. Carnot, De rébus
ecclesiasticis, Serm. De convenientià. — S. Brunon. et S. Oddon. astens. in
Psalm. 13, 21, 31, 67, etc. — Deuteron. XXXII et Ecclesiastic. VI, 2, in
Gloss.
(4) Ludolph. Saxon. Vit. Christ. I, 79. — Vincent, bcllov. III, D. 3, p. 9,
De Luxuria.
(5) In bobus ergô, aliquando luxuriosonim dementia;... Quod enim bovis
nomine per comparationera luxuriosorum dementia designatur, Salomon in-
dicat... (Hrab. Maur. De universo VII, 8.)
(6) Faciès cornutip, mentis pertinacia et inobedientia. (Vinc. bell. Spec.
moral. III, D. 3, p. 9.)
(7) Ose»! IV. — Vinc. bellov. Spec. moral., III, D. 23, p. 3.
(8) Selon l'ordre alphabétique, l'article Lièvre aurait dû occuper la place
Deutéronome et le Lévitique (1), il fut déclaré impur, parce
que, bien que ruminant, ce qui marque l'audition et la mé-
ditation de la parole divine, il n'a pas les pattes bisulques,
figure des deux Testaments, de l'esprit et de la lettre des
Écritures, et de la double charité. Il montrait par ce ca-
ractère, versés dans la science sacrée, mais pourtant rejetés
de Dieu, soit les Juifs charnels et aveugles qui admettent
l'ancien Testament, mais qui repoussent le nouveau : soit
ceux des Juifs et des chrétiens qui suivent la lettre de l'Écii-
ture, mais qui n'en suivent pas l'esprit au mépris de cette
parole : « Mes discours sont esprit et vie (2); » soit enfin les
chrétiens qui n'ont pas la charité double, celle de Dieu et
du prochain (3).
En dehors de ces distinctions appliqué-js au lièvre, ses in-
stincts craintifs et timides, ses yeux ouverts dans le sommeil,
son oreille toujours aux écoutes, sa vie cachée et fugitive, en
ont fait principalement, de tout temps et chez tous les peuples,
l'hiéroglyphe de la frayeur. Dans la symbolique chrétienne,
il est presque toujours l'emblème de la pusillanimité et de
ce que les moralistes nomment inordinatus timor, « sixième
branche de l'Accide (4), selon les traités « de clergie. » « En
cest vice, ajoutent-ils, sont cil qui ont paor de néant, qui
nosent comencer a faire bien quar ils ont paor que Diex leur
faille. Cest la paor de songeus qui ont paor de lors songes.
Cist resemble cil qui nose entrer au sentier pour le liniaz .
qui monstre ses cornes, et l'enfant qui nosent aler a la voie
por les oies qui suflent (5). »
Le taureau est, selon l'ordre alphabétique que nous avons
adopté pour cet aperçu, le dernier des animaux exposés sur
les tourelles de Saint-Denys. Cette Zoologie mystique, un peu
longue, mais nécessaire, pouvant laisser une certaine con-
fusion dans les souvenirs des lecteurs, nous croyons devoir
leur donner le tableau suivant, courte récapitulation des
noms et des allégories de cette série d'animaux.
entre Hyène et Lion, comme dans le tableau qui résume tonte la Zoologie
mystique des tourelles, et qui termine cette deuxième partie du travail de
madame Félicie d'Ayzac. Nous réclamons l'indulgence des lecteurs de la
Berue pour celte petite irrégularitii typographique. [Note du D.).
(1) Lerilic. XI., 6.— Deuteronom. XIV, 7.
(2) /oan., VI., 6i._
(3) Lepus est quilibet iniqnus, et lamen doctus in lege. • Lepus, nam cl
ille ruminât •, quùd nonnulli iniqui, et tamcn docli sunt. (Hraban Maur.
A Hegor. } .
Cyrogrillus et lepus immundus est quoniam etsi ruminât, ungulam lamen
non dividil... h;cc aniem ungula, in lilleram et spiritum, sive etiam in vêtus
et novum dividitur Tostamentam. (S. Brunon. astens., in Levitic. XI.;
Lepus et cyrogrillus. . ruminant... et ipsa scd ungulam non dividunt : in
populari autcm multitudine Judiporiim utrumque accipitur, debilia qpiippe
esse animalia h.rc dicuntur, testante David et Salomone utrorumque anima-
lium débilitâtes iPsalm. 103), quorum unum est velox et timidum cum infir-
mitate, id est, lepus... quod omni plebeio, maxime autem juda?orum inest
populo : de qnibus dixit David : • Veloces sunt pcdes eorum ad effundendum
sanguinem. » (Hraban Maur., in Levitic , 1. III. c. 1. — Ibid., in Deuteionon) . ,
1. II. c. 6).
(4) • Acedia • , la paresse.
(o) Lapocalypse,msc. du xiii» siècle. Bibliothèque Royale.
193
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
DE LA ZOOLOGIE SYMBOLIQUE DES TOURELLES DE SAIKT-DENYS.
Ailes .
En vue de leur essor en haut. — Prières et vertu» chré-
tiennes.
De grande envergure. — Vertus solides et célestes.
Impuissantes au vol, et surtout quand elles sont dé-
ployt'c.s et dressées. — Ostentation et hypocrisie.
Petites et d('l)il('s. — InsulTisance des vertus : langueur
ou absence de la prière.
De cliauve-8ouri.s. — Hypocrisie : alTection charnelle
aux choses terrestres.
Abb Abattu, vautré, ou ruant et se débattant. — Victoire
et des sens sur l'esprit : paresse, entêtement, igno-
Onocentadrb. rance, stupidité et orgueil des sols.
Par SCS ailes. — Hypocrisie et ostentation.
Par sa voracité. — Insatiable gourmandise.
Bi5lier nivalités : querelles : imbécillité opiniâtre.
BODC Insolence, pétulance de la luxure. (V. à l'arUcle Pour-
ceau.)
AL'TRDCHE.
Chameau.
Chat.
Centaure .Surtout figuré au nalop. — Emportement de la luxure,
et principalement adultère. (V. à l'article Cheval.)
Par le port allier de sa tète. — OrRucil.
Par la lourdeur de son instinct. — .Stupidité : affection
aux choses abjectes.
Par sa tortiiosiié. — l'ourberie.
Par la facilité avec laquelle il avale les objets les moins
digestibles. — Hypocrisie et sacrilège.
Par SCS implacables ressentiments. — Colère, haines
invétérées.
(— Flatterie : malice insidieuse et perfule.
Accroupi. — Mollesse : paresse : vices qui en sont le
1 résultat.
Courant ou elTarouché. — Indépendance incoercible.
Il'ar sa conformation équivoque. — Hypocrisie.
Par son amour pour les ténobrcs. — Ignorance spiri-
tuelle, volontaire et opiniâtre : aveuglement spirituel.
i Par son vol qui rase la terre. — AlTeclions terrestres,
f charnelles, incapables de s'épurer et de s'élever lers
\ le ciel.
Oheval (
Centaure, { ~ '"«"'''"ce, ruade, enlélement.
Hippocentaure. | ^''- "" S^'op. — Luxure, emportée jusqu'à l'adultère.
^"^^"^ — Quelquefois orgueil et luxure. (V. à l'art. Pourceau.)
Sauvage, féroce, dévorant. - Démon et esprits infer-
naux.
Agresseur ou acharné sur une proie. — Persécution et
haine des méchanis contre le juste (l'une des géné-
rations do Vorgiifil).
Aboyant contre la lune. — Knvie.
CHIEN J ^'"'S'ie de boucherie, et pouvant avoir, à ce litre, les
\ dents cl la langue souillées de sang. — Calomnie et
déiraction, effets de Vetivie.
Hargneux, jappant, grondant, inquiet. - Colère.
contention : litige.
Cacliani sa queue en ses pattes, fuyant, cherchant à se
blottir. — Pusillanimité : Idcheté : silence coupable
du prêtre (générations de la paresse).
T. VII.
Crapaud.
Grenouille....^
Hyène..
^ nepmaiit son vomtoemeai. — UOmt : fgMUe et
( coupa le capidlK : violation des vcrax modatilqMa,
I onivret lordide* de l'avarice
} D*e«pèce ifinoble et vagabonde — CraMièrdé et laifa-
Cauii "v dcDce dan* le» ma-.ut* : déboNoMala de la gomr-
à mandiu el cyoUme de U luxure,
' Barbet, avec queue écoon^. — Oubli de Dira et des
fins dernièie* : nialériali»aie qui suit la d<pra*atiMi
et les sept péché* capiuax.
Corne» (V. article l'ieds.)
Par sa bouffissure. — OrguciL
I>ar son ventre et »e» paUes pélrlManl une ntt isiecie.
— Ignominie de la Inxnie.
Par ses paile» et par son ventre en contact avec le boar-
bier. — Ignominie de la luxure.
Par sa gueule. — Loqnadlé.
Par ses yeux allumé*. — Colère.
Quelquefois, par tout son ensemble. — IlérMe, péebé
qui réunit ces troi» caracière*.
Griffes (V. article /'ifdf.)
Parce qu'elle déterre le* corp* morts. — Délractioa,
sordide cupidité des avares.
Parce qu'elle était réputée changer de «exe loos Icsmk
— Instabilité dans les mœurs.
(A raison de ce qu'il ramine.— Étude de la science sacrée.
Par sa patte non bisulce. — Accepution des livres 4e
l'.\ncion Testament i l'exclusion de ceiuf du Non-
veau. — Mise en pratique de la lettre de* Ecritmvs,
j i l'exclusion de leur esprit. — Absence de U cbariié
r évangéliquc, c'esl-^-dlre de l'amoar de Dieu et de
'\ celui du prochain.
— Force dominante du mal : iropéloosilé des paariOMk
— Itapine cauteleu.<te et violente : empécbearnt qne
met le diable i toute prière vers Djen et au retour de
la raison : Insatiabiiilé de la luxorr.
{■ar sa léte humaine et son sifflement. — !•-.
siimations frauduleuses
Par ses trois rang* de denu traoclun-
. Concupiscence de la chair.
tes. — I Concupiscence d«a jrent.
'orgueil de la vie .... ,
l'arson corps de lion. — Agression violenlef
de la tentation
Par sa queue de scorpion. — Perdition 4t%[
âmes perverses et leur lortorc
l'enfer
Par ses instincts aniliropophages. — Soif 1
de perdre le genre humain. . .
', Par ses ailes au vol rapide. — Ardeur pour
\ fondre sur sa proie
Oxocentacre.. (V. aVtide Ane.^
Dressées, divergentes (1). — Alienl!on à la voix on i U
proie.
Convergentes (2). — Lndordssemeai el rfililinu tft-
niitre i la voix divine.
Couchées ou renversées. — Frayeur : Ucbeié : enlMt-
menl et irritation : impétuosité el fureur.
Lion.
Loup.
Mamcorf.
(animal fantas-
tique et
hybride).
Caraciirr*
du
démon.
Oreilles...
(1) Comme dans le Loup ravisseur, le BAmmiA das CalaaaMkw, lastu-
tues du démon cl des mauvais ao^es.
(2) Exemples : le Békémolb des Catacombes et le* suiaes de* mauvais
ange*.
IS
195
HEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
196
Oreilles.
Pieds, Pattes, 1
Griffes,
Serres,
Cornes,
faces et \isages ,
cornus.
Poissons.,
POOLE.
PODRCEAO .
Qdeie.,
Bouchées, ou voildes et traînantes (1). — P.ésistance à
la voix divine : endurcissement aux inspirations et
aux avertissements de Dieu : amour déréglé des
choses terrestres.
riedset jambes tortus. — Retour dans les voies du péché.
Pieds dn cheval et du laureau. — Insolence : indépen-
dance criminelle : résistance contre Dieu : ruade :
orgueil : fougue des mauvaises passions.
Pattes de bêle fauve. — Fuite sournoise des voleurs,
des escrocs, des spoliateurs : retraite des ravisseurs
d'âmes et des hérétiques hors du sein de l'Église et
loin des pasteurs.
Griffes tranchantes. — Malignité : férocité : désir du
mal : soif de nuire.
Serres. — Extorsion : rapine violente : rapacité : téna-
cité de l'avarice.
Cornes. — Opiniâtreté : résistance : force et fatal pou-
voir du mal et du démon qui le suggère.
A nageoires. — Justes : élus : chrétiens aspirant vers le
ciel.
A écailles. — Pécheurs, en tant que disposés à la péni-
tence et à la conversion.
Sans écailles bien apparentes et sans nageoires très sen-
sibles. — Pécheurs absorbés par les sollicitudes de la
vie et l'amour désordonné des biens temporels.
A carapaces ou à coquilles. — Aveugles dans l'ordre spi-
rituel, volontaires et obstinés.
Volants. — Ames élevées et contemplatives.
Par la pesanteur de son vol et l'impuissance de ses
ailes. — Indigence de vertus et désuétude de la
prière.
Par ses pattes souillées de fiente. — Ignominie, empire
et ascendant invétéré des habitudes dissolues.
— Abjection de la luxure : abrutissement caractéristi-
que de l'ingratitude spirituelle.
— Fins de l'homme : but et motif de ses actions.
Longue. — (En fait de vertus) Persévérance.
Id. de lion. — Violence et impétuosité.
Id. de singe. — Malice.
Id. de chat. — Mollesse et générations de ce vice :
flatterie : quelquefois, tous les caractères du chat
simultanément , indépendance , indocilité , intolé-
rance de tout frein, etc.
Fantastique, hérissée de piquants. — Nature perverse:
férocité et soif de nuire : puissance pour torturer.
Serrée contre le flanc. — Attaque insidieuse : violence
et spontanéité d'un perfide assaut.
Cachée entre les jambes. — Terreur : ruse perverse :
fraude : lâcheté et contumace.
Tortueuse, de dauphin.
Id.
de serpent,
malice.
Passions libidineuses.
Uuse : perfidie : séduction :
I l'ar son volume, — puissance
l violentcet forces entraînantes
Id. de dragon. <^ du mal.
Par sa tortucsité, — astuce :
insinuations détournées.
De loup. — Malice et pouvoir violent du démon, empê-
chant tout retour vers Dieu.
Absente ou écourtée. — Oubli et mépris de Dieu et des
fins dernières : matérialisme complet.
(I) Comme dans le pourceau, et dans les représentations de l'Aspic au
moyen âge.
Rat — Sensualité des gourmets, menant au matérialisme.
RKNARD — Fourberie : ruse : astuce : larcin : tricheries (tres-
cheries) et pilleries fines des exacteurs, baillis, gens
de loi, etc.
ÎPar son habitation dans les eaux dormantes, — habitude
de l'intempérance et des autres passions des sens.
Par son insatiabililé de succion, — avidité désordonnée
desmêmes passions sensuelles,
Sadterelle i ^^^ ""^^ ravages,— la luxure et l'hérésie.
* ( Par ses bonds, l'orgueil des luxurieux et des hérétiques.
Serres — (V ariicle Pieds.)
Singe — Dérision : colère : luxure.
Syrène (.Seraine). — Amoree et attrait des trois
/ Soif des plaisirs,
concupiscences. 7 Soif des richesses.
\ Soif des grandeurs.
Taureau Par ses cornes et par ses pieds, — impétuosité de l'or-
gueil : fougue : instincts indépendants, et luxure
dans la jeunesse.
Trdie — Fécondité du mal, jointe aux acceptions du pour-
ceau (V. article Pourceau.)
La suite prochainement.
Madame Félicie d'.WZAC,
Dame de la Maison royale de la Légion d'honngur (Saint-Denys).
PROJET D'EGIJSE PAROISSIALE {PL 7).
La planche 7 représente le plan, la façade principale, la
façade latérale, la façade postérieure, une coupe tranversale
et des détails, à une grande échelle, d'une église parois-
siale. — D'où? — De l'atelier de M. Nicolle. — C'est donc
un projet que vous nous donnez, monsieur le directeur? —
Oui, c'est unprojel; car nous avons pensé que quelques projets
de cet ordre pouvaient rendre d'utiles services. Les élèves
de deuxième classe de l'École des Beaux-Arts de Paris ont
un concours périodique de construction générale. Le su-
jet du dernier concours était une église paroissiale, et trente-
deux projets furent exposés dans la salie de l'École des Beaux-
Arts. Aujourd'hui, nous donnons le projet deM. Dubel; dans
le prochain numéro, peut-être, nous donnerons ceux de
MM. Dainvilleet Fromugeot, Ces trois projets sont ceux qui
197
RRVUE DR L'AMCHITRCTURE ET DBS TRAVAUX PUBLICS.
198
nous ont paru le» plus remarquables du concours, par la nou-
veauté (le plusieurs de leurs dispositions. Le |(rojet de
M. Dubel offre un système d'écoulement pour les eaux plu-
viales, qui est un composé de gargouilles et de tuyaux de
descente, qui pourrait recevoir d'heureuses applications.
Nous reviendrons sur le projet de M. Diibel lorsque nous
publierons ceux de IMM. Daiiivillc et Fromageot.
TOMBEAU
ÉI.BVK AU CIMETIKBE MONT-PARNASSt , A PARIS , SUR LIS DB86IK8
Di M. H. Labrouste.
Le plan, la lace principale et la face latérale de ce petit
monument sont représentés sur la pi. 8.
Celte composition est d'une grande simplicité ; la silhouette
en est ferme, mais la roideur et la sévérité habituelles des
formes engendrées par des combinaisons de lignes droites
sont ici heureusement tempérées par quelques petites courbes
qui arrondissent à propos certains angles, et qui donnent de
la douceur et de la flexibilité à refTct général.
La tête de la stèle est décorée d'un ornement inspiré du
règno végétal, et dont les lignes ondoyantes et gracieuses
enserrent un champ ovale, espèce d'écussori, de blason ou de
signal, qui porte cette inscription empruntée à l'Evangile :
Operihus eorum cognoscetis eos, qui recommande de juger
de l'arbre par ses fruits.
Le corps de la stèle porte une inscription relative au dé-
funt. La légende est fort simple ; mais par une particularité
de forme elle mérite l'attention des artistes, et par quelques
mots étranges elle jette l'esprit dans la rêverie et donne car-
rière il l'imagination.
Expliquons-nous d'abord sur la forme. Les caractères de
l'inscription sont alternativement grands et petits. Dans au-
cune des lignes les deux espèces de caractères ne sont mê-
lées. Il en résulte qu'au premier aperçu l'œil saisit les lignes
écrites on grands carart(';res, et ces lignes otïrent un .sens
complet. Lisez plutôt :
A LA MÈMOIRK
DU BARON ANDRÉ DE RIUËLE
NÉ A VIENNE EN AUTRICHE
PRISONNIU DCTAT
DÉLIVRÉ PAR l'aRMKE FRiNÇAISB
MORT A PARIS
Approchez maintenant de plus près, et lisez régulièrement
l'ensemble de l'inscription :
A LA MtMOlU
chMe et révérée
DU BAtOX AXDtÉ DE «lOktB
téyiilateur de* vougei
julianit vindobonemù
Né A TinOII KH AtmUCBE
le \k tepUinbre \lUi
PlllbO.'CNUR U'tlAT
le 24 juUlet il9k
DEUVRB PAR CkKHÈ* rBARÇAIM
le M leptembrt 1809
NORT A PAMS
/e 15 février \m
dan» *a qualre-vingt-neuvihHe année
Un peu plus bas, on lit :
«M diiei/de» et $et amii
Puis encore un petit intervalle, et on trouve :
vere hic homo justut erat...
et crucifijcerunt eum!
Ainsi, du premier regard, on apprend tout ce que l'on
doit apprendre, c'est-à-dire que le baron André de Ridèle,
un étranger dont la vie fut traversée d'un grand malheur, el
qui contracta une dette de gratitude envers la France, est
mort à Paris ; que ses dépouilles mortelles reposent sous les
fleurs et les potit-j arbustes qui s épanouissent sur les deux
mètres carrés de terre qui s'étendent devant celte pierre com-
mémorntive.
Au second regard, — combien en est-il qui y regarderont
deux fois ? — Mais pour ceux-là , Ames religieuses ou soaiïantes,
esprits méditatifs ou cœurs reconnaissants qu'an souvenir
iimène devant ce tombeau, pour ceux-là, il j a commen-
cement d'iniation à la vie de celui qui eut pour nom baron
André de Ridèle. Ceux-là apprendront qu'.André de Ridrie
eut des disciples et des amis qui chérissent el qui véuèreiU
sa mémoire; que ce fut un homme jwie, qui ne craignait
pas d'être jugé sur ses œuvre» : — Operibui eorum eognos-
cetis eos! — que ce fut un de ces hommes d'élite qui font le
bien et ne recueillant que l'ingratitude : — f'ere hic homo
jusltu erat... et cmeifiaxrunt eum!
Cette inscription est si Mge et en même temps si dépour-
vue de prétention plastique, que nous voulons encore y ar-
rêter un moment l'attention de nos plus jeunes lecteurs.
N'est-il pas vrai qu'il faut réserver le meilleur de son eœor
et de son esprit pour ceux qu'on aime le plus, pour ceux
qui nous comprennent le mieux? N'est-il pas vrai que cer-
tains sentiments perdent leur charme et lear fraîcheur à se
prodiguer ; que les choses les plus distinguées, en traversant
une nature vulgaire et banale, peavent descendre dans la
194)
REVUE DE L AUCH[TECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
200
classe «les lieux communs? Le soir, nprès le coucher «lu so-
leil, lorsque la nature s'est enveloppée de mjstères, le sen-
timent «le l'inconnu qui saisit l'âme n'est-il pas plein de
charme? Et à l'aube dujour, lorsque la terre sortant des té-
nèbres se dévoile lentement à nos jeux, devant cette initia-
tion graduelle aux splendeurs du monde, peut-on se défendre
d'un sentiment d'enthousiasme?
Artistes, profitez de cet enseignement.
II est des natures auxquelles iesoleil de midi seul convient ;
c'est aujourd'hui même le grand nombre, ce sont les masses,
malheureusement sans aucun des raffinements que donne
l'éducation, car ils vivent sous le coup de circonstances trop
souvent propres à atrophier les facultés élevées de l'àme.
Ceux-là n'apprécient pas les nuances délicates du soir et du
matin ; il leur faut de vives lumières et des ombres tranchées ;
mais pour les natures cultivées, il faut toutes les variétés
et toutes les nuances possibles. Une oreille inculte ne
peut suivre à la fois que le chant d'un seul instrument ; tandis
que le musicien exercé entend simultanément tous les in-
struments de l'orchestre. La mélodie seule est goûtée par les
peuples barbares ; toutes les ressources de l'harmonie sont
mises en jeu pour satisfaire les peuples familiers avec les
beautés de l'art.
C'est ce principe de la dégradation, ce sentiment de la
nuance et de la variété qui nous plaît dans l'inscription, si
dépourvue de prétention d'ailleurs, du tombeau du baron
André de Ridèle, et nous avons profité de l'occasion qui
s'offrait à nous pour montrer comment un artiste éminent
comme M. Henri Labrouste savait mettre dans les choses les
plus simples un sentiment de convenance et un cachet de
distinction.
Maintenant, qui était ce baron André de Ridèle? Il avait
des disciples et des amis ; ce fut un homme juste, victime de
la folie de ses semblables. Etait-ce un philosophe? — Il fut
législateur des Vouges, prisonnier d'Etat, et délivre par
l'armée française. Etait-ce un politique idéaliste, un Savo-
narole du xix= siècle? — Et quel est ce pays des Vouges,
dont aucun géographe ne parle?
Que vous importe ? Vous inquiétez-vous de la biographie
de chaque passant que vous rencontrez dans la rue ? C'est un
tombeau que nous avons sous les yeux. Sans doute les disci-
ples et les amis du mort y trouvent plus d'un sens qui nous
échappe, et il doit en être ainsi. Ce tombeau est tout ce qui
reste pour vous d'André de Ridèle. Les tombeaux qui l'entou-
rent de toutes parts dans le cimetière représentent un peuple
de morts. Chacune de ces pierres doit laisser deviner au public
tout juste ce que les survivants qui ont connu et qui hono-
rent la mémoire du mort veulent bien leur communiquer.
Ces pierres ont divers degrés de signification pour ceux qui
les regardent. Et, en cela, elles sont comme les mots de
notre langue usuelle : ainsi, le mot (en'e signifie pour l'agri-
culteur le champ qu'il laboure; pour le chimiste, un com-
posé de corps simples ; pour le géologue, le résultat d'une
série de créations et de bouleversements successifs; pour
l'homme politique, une suite de circonscriptions géogra-
phiques occupées par des nations que régissent des gouver-
vemenls différents ; pour l'astronome, c'est une sphère qui
roule dans l'espace, conformément à de certaines lois. Ainsi
en est-il des individus, dont chacun est apprécié par les autres,
suivant la nature et les connaissances de ceux-ci. Ainsi en
est-il des tombeaux, où ceux qui ont connu le défunt trou-
vent mille significations qui doivent nécessairement échapper
aux autres. Aussi aurions-nous désiré que M. Henri La-
brouste consentît à expliquer lui-même son œuvre; car, pour
nous, nous ne pouvons que faire ressortir ce que nous y
voyons, et si nous avions connu le baron André de Ridèle,
son tombeau aurait pour nous une signification plus nette et
plus étendue.
Nous dirons seulement qu'a notre avis, l'art n'ayant pour
objet que d'exprimer extérieurement le sentiment, la vie
intérieure, on ne saurait adopter indifféremment pour toutes
les personnes les mêmes forces tumulaires. Une jeune fille
pleine de beauté et de grâce, qui périt victime d'un accident,
inspire des sentiments de regret bien différents de ceux qu'on
éprouve à voir s'éteindre un vieillard qui a fourni pleinement
sa carrière. Ecoutez ceux qui adressent leurs derniers adieux
aux morts que la terre va recouvrir, et admirez jusqu'à quel
point le ton de l'orateur se conforme instinctivement à ce prin-
cipe. Eh bien ! pourquoi les architectes, dans leur langage
monumental, ne s'efforceraient-ils pas de se conformer plus
généralement à ce principe de la convenance des choses? Dans
le costume, le magistrat et le prêtre recherchent les formes
simples et sévères; la jeune fille, les formes simples aussi,
mais jolies et gracieuses; à la mère de famille qui achève de
parcourir l'été de sa vie, les formes et les couleurs un peu
sombres conviennent, tandis qu'à la jeune femme et au jeune
homme, au luxe de la santé, à la plénitude de la vie, cor-
respondent naturellement le luxe et la richesse des formes et
des couleurs. Pourquoi ne pas traduire ces relations et mille
autres dans les tombeaux, qui sont, par leur nature même, si
individuels?
Mais quelques uns de nos lecteurs nous accusent peut-être
d'avoir abandonné le baron André de Ridèle, et persistent à
nous demander quelques renseignements sur lui, ne fût-ce
que pour mieux rechercher dans l'œuvre de M. H. Labrouste
cette expression individuelle que nous disons devoir se ren-
contrer dans un monument funèbre. Nous ne l'avons pas
connu personnellement; mais un homme fort distingué, qui
fut son élève et son ami, nous a donné une note que nous
reproduisons ici. Elle donnera la clef des quelques mots mys-
térieux de l'inscription, et permettra de mieux juger l'œuvre
d'un confrère dont le nom suffit pour exciter l'intérêt des
artistes.
« Le baron André de Ridèle est né à Vienne le 14 sep-
tembre 1748, et il est mort à Paris le 15 février 1837, à
l'âge de quatre-vingt-neuf ans. C'était certainement l'un des
hommes le:- plus distingués, les plus extraordinaires qui aient
existé, lî cœur le plus noble, le plus généreux, le plus
201
REVUE DE L ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
302
grand. Il a passé sa vie h organiser dans sa tète un système
social tout entier, et il avait donné à son peuple le nom de
Vouges. Il était impossible de l'entendre parier de ses Vouges
sans être vivement frappé de ses idées, profondément louché
de ses récits. Il n'en a rien voulu publier. Suivant lui, quand
on ne peut pas faire les choses soi-mémes et d'une manière
complète, il faut s'abstenir; les essais incomplets, gênés et
malheureux compromettent pour longtemps les meilleures
idées.
« Le baron de Ridèle a composé quelques poésies alle-
mandes et latines ; il les signait Julianus V indobonensis. Il
avait pris pour devise ces paroles de l'Écriture : Operibus
eorum cognoscetis eos.
» Son père était colonel autrichien. Dans sa jeunesse, il
avait été page de Marie-Thérèse, et fort aimé de l'impéra-
trice. Il était l'ami et le confident de l'empereur Joseph II
et du grand-duc de Toscane Léopold, qui devint empereur
après son frère Joseph. Quand Léopold partit pour Florence,
il emmena avec lui le baron de Kidèle, elle pria de prendre
part h l'éducation des archiducs sus enfants. L'archiduc Fran-
çois, qui succéda plus tard à l'empereur liéopold, son père,
fut ainsi l'un des élèves du baron de Ilidèle pour les sciences
mathématiques ; d'autres personnages de la cour impériale
étaient chargés des autres parties de l'éducation.
« Quand Léopold retourna comme empereur à Vienne, il
ramena avec lui le baron de Pvidèle. C'est alors que par les
conseils de l'empereur, son ami, sur les renseignements
qu'il lui fournissait lui-môme, et sur ses vives instances, le
baron de Ridèle composa et fit imprimer un livre sur l'a-
ristocratie. Il avait dévoilé les secrets de celte redoutable
puissance; malheur à lui s'il était découvert ! 11 le fut après
la mort de Léopold; on le comprit dans un des procès aux-
quels les affaires hongroises donnaient lieu, et on le con-
damna à passer le reste de ses jours dans une prison d'Etat.
L'empereur François, son élève, l'archevêque de Vienne ,
son collègue dans l'éducation des archiducs, ses amis, ne
pouvaient le soustraire aux vengeances de l'aristocratie : il
fut jeté dans la forteresse de Moucats, transféré ensuite ù
Briinn, et enfin, à l'approche des armées françaises, enfermé
dans un couvent. Le cor(;s d'armée commandé par le maré-
chal Davoust s'empara du couvent et délivra le baron de
Ridèle, le 3 septembre 4809, après une détention de plus de
quinze années.
» Quelque temps après, il vint h Paris, où il vécut, d'abord
d'une modeste pension que lui firent quelques uns des hauts
dignitaires de l'Empire. Mais la pension cessa, et M. de
Ridèle fut obligé de donner des leçons pour vivre. Il accepta
et souffrit celte dure nécessité avec un courage admirable.
Pendant de longues années, on l'a vu parcourant tous les
quartiers de Paris pour aller donner des leçons de malhé-
maliquos, de grec, de latin, d'allemand, d'anglais, d'ita-
lien, soutenu dans ce pénible labeur par la force de son en
ractère, par sa résignation philosophique, par son inalté-
rable bonne humeur, et trouvant encore dans le petit revenu
qu'il s'était créé le mojen de soulager de plus pauvres que
lui. Mais'quelques jeunes gens, qui ataient éii ses élèves et
qui étaient restés ses amis, résolurent de ilonoer enfin k
cette noble et reifpeclable vieillesse le repos qu'elle méritait
si bien, et décidèrent, non sans peioe, M. de Ridèle i
accepter une pension, qui mit ses derniers jours à l'abri Ja
besoin. Il s'est éteint dans sa quatre-vingt-diiièine année,
entre les bras d'un de ses élèves, qui lui a fait construire, sa
nom de ses amis, le simple monument dont la Reçue tient
de donner le dessin.
" Ces jeunes gens sont aujourd'hui des hommes ; plusi«nir«
occupent de hautes positions daus la société, dans l'Ëtat ; ib
ont tous conservé un tendre souvenir du bon vieillard : mais
.ses principes d'ardente philanthropie, les ont-ils tous con-
servés fidèlement ? »
Nous ne pouvons mieux terminer ce petit article que par
l'extrait d'une lettre que M. IL Labrouste écrivit à l'orcation
du tombeau de M. André de Ridèle. « Voici mon programe,
disait il : c Marquer la place où sont disposés les restes
mortels d'une personne rejinttable. Protéger un coin de Urre
contre d'indiscrètes profanations. Honorer et conserver la
mémoire d'un homme par un monument durable, par un
monument plus durable que la vie d'une génération.
»Suns doute la mémoire chérie el révérée de M. de Ridèle
sera longtemps honorée et conservée dans le rœor de set
avxis et de ses disciples ; mais eux-mèn.es devront un jour
quitter ce monde : ils confient a l'architerturr, à un mo-
nument, le soin de faire connaître et respecter leur ami,
leur maftre. C'est, .selon moi, le caractère de durée qui doit
dominer dans un tombeau, et cependant je n'approuve pas
ces lourds mausolées dont on écrase quelquefois le corp» d'un
ami ; je veux laisser voir la terre qui reçoit tous »es enfants
dans son sein. La véritable séj)ullurp, lelombeau, selon moi.
c'est un peu de terre entourée d'une grille, quelques fleurs
et une inscription. »
CEst» D.ALY.
GRILLE ET r.HARPE.NTES DE Lv GARE DU NORD Taris}.
Pour se faire une idée exacte de l'ensemble de la grille de
la cour d'entrée, car c'est de celle-là que nous voulons par-
ler, il faut consulter la vue de la façade générale de la Gare
publiée dans notre 6' *olume; la pi. 13, que nous offrons
aujourd'hui à nos lecteurs, ne donne que les détails de la
grille.
Les fg. i , '2 et 3 , représentent trois parties de la
porte : la (ig. 1 , la colonne autour de laquelle roule le teo-
tail gauche et la première colonnelte du ventail loi-roMne ;
la (ig. 2, une colonnelte de chacun des deux venlaux de la
porte, et la double colonnelte formée par la rencontre des
\entaux; et la (ig. 3. la colonne laropad-vire autour de la-
quelle roule le ventail droit de laperle. Par la fig. 4, on com-
prend la coupe de la grille, et la manière dont les colonnes
203
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
20â
sont assemblées avec le socle en pierre; et par la fig. 5,
on saisit le plan de la porte, le mode de rotation des ven-
taux, leur emboîtement sur la ligne de leur rencontre, etc.
Les fig. 6 et 7 donnent des détails de forme et d'assem-
blage à une grande échelle, et la fig. 8 montre le système
de crémone adopté pour les portes.
La grille est exécutée en fonte avec lisses en fer forgé.
Les colonnes sont scellées dans une assise en pierre de taille.
Celles qui portent les ventaux mobiles sont en outre main-
tenues chacune par un fort collier en fer, muni de quatre
branches. Trois de ces branches embrassent le socle en
pierre (Voyez fig. 1, 3, 4 et 5) et sont scellées dans une
forte lambourde placée au-dessous, et la quatrième est scel-
lée sur la face supérieure du socle.
En examinant la planche de la façade principale de la
gare (Voyez vol. 6), on verra que la partie dormante de la
grille est divisée en travées par des colonnes semblables à
celles données;)/. 13, vol. 7. Ces colonnes, de quatre en
quatre, sont maintenues par des colliers à deux branches en
fer, pareilles à celles des colonnes fig. 1 et 4, pi. 13.
La lisse de la frise qui s'ajuste avec la partie inférieure
du chapiteau est fixée sur la colonne par des vis.
Chacune des colonnes lampadaires offre un vide cylin-
drique correspondant à son axe, pour donner passage au con-
duit du gaz.
Le chapiteau s'assemble à emboîtement sur la colonne, et
il y est également maintenu par de fortes vis.
La lisse supérieure traverse le chapiteau à la hauteur du
tailloir, et s'y trouve assujettie aussi par des vis.
Les candélabres et les boules s'assemblent à emboîtement
sur les chapiteaux.
Les candélabres sont formés chacun de trois parties
{fig. 3) qui s'emboîtent les unes dans les autres.
Par les j^^. 6 et 7, on voit que les petits montants octo-
gones de la frise sont creux, et qu'ils sont traversés par des
tiges en fer rond (ponctuées dans le dessin) de 0 m. 2 de dia-
mètre. Ces tiges sont goupillées d'une part sur les balustres
en fonte, de l'autre sur la lisse supérieure. Les chapiteaux
des colonnes et le haut de leur fût sont aussi fixés sur cette
tige par des goupilles.
Les ornements en forme d'étoiles sont fixés par des
prisonniers (indiqués en ponctués ^gf. 6) dans l'une et l'autre
lisse et dans les montants qui les avoisinent.
Enfin, la crête qui couronne la grille est fixée dans la lisse
supérieure de la frise, au moyen de prisonniers goupillés,
qui se distinguent parfaitement dans les fig.. 6 et 7.
Nous ne pouvons que louer la composition de cette grille;
les formes en sont heureuses, élégantes, variées, et bien en
rapport avec la matière ; la construction en est simple, et
nos lecteurs trouveront, dans la pi. 13, à la fois des formes
dignes d'imitation et une construction d'une grande simplicité.
Passons aux charpentes :
La pi. \li représente la charpente et le plafond de la
Salle d'Jttente.
La fig. 1 est une coupe transversale du haut de la salle
d'attente. Elle montre la disposition de la charpente, la rela-
tion de l'extérieur de la salle avec l'intérieur, et celle de la
construction avec la décoration.
La /îg'. 2 est le plan du plafond. La partie teintée repré-
sente un vitrage.
La fig. 3 représente, à une plus grande échelle, la coupe
de la panne inférieure et des parties qui l'avoisinent, telles
qu'elles se voient sur le côté gauche de la fig. i.
La fig. 4 donne la coupe transversale de la fig. 3, par
conséquent, une coupe faite entre deux pannes, et parallèle-
ment à celles-ci.
Ces deux figures (3 et 4) montrent en croupe trois revê-
tements parallèles entre eux ; le premier, à partir du dehors,
représente la couverture en zinc avec volige qui la porte ;
le troisième représente le plafond, exécuté en plâtre, et
peint couleur de chêne, et le deuxième, intermédiaire entre
les deux autres, représente l'enduit en mortier hydraulique,
qui abrite le plafond contre toutes les infiltrations qui pour-
raient se faire par la couverture.
Les fermes de cette charpente ont les entraits et les faux-
poinçons en fer rond, les premiers de 0 m. 041, et les seconds
de 0 m. 018 d'équarrissage; les autres parties sont en bois
de sapin, excepté les blochets, qui sont en chêne.
Il y a un très grand préjugé en France contre le sapin,
et un préjugé contraire en faveur du chêne; ces prétentions
tendent beaucoup plus à augmenter les dépenses que la so-
lidité des constructions. Le sapin résiste mieux que le chêne
à la traction, et il est bien rare que le poids d'une couver-
ture soit suffisant pour refouler les fibres du sapin par suite
d'un accès de pression. En Angleterre, dans la plupart
des contrées du Nord et dans plusieurs pays d'Allemagne,
la plus grande partie des charpentes, tant des constructions
privées que des édifices publics, se font en sapin. Pourquoi
ne pas imiter cet exemple en France? et pourquoi ne pas
employer dans nos charpentes, à la fois le sapin et le chêne
chacun suivant sa nature?
A la hauteur du faux entrait règne un châssis vitré horizon-
tal, qui se prolonge d'un bouta l'autre de la salle d'attente,
excepté au droit des fermes, les faux entraits divisant le châssis
en une série de compartiments. Le verre blanc du châssis ho-
rizontal est dépoli, et il est encadré dans une bordure de verre
bleu. Les entraits et les faux entraits sont vernissés en rouge
et le plafond est peint couleur de chêne.
Le châssis horizontal est abrité par un châssis extérieur
à deux pans, qui s'inclinent parallèlement à la couverture.
L'effet de ce plafond est charmant, et réellement digne
d'éloge. Beaucoup d'architectes étrangers et des départe-
ments en ont fait des croquis, et plusieurs d'entre eux nous
ont exprimé le désir de le voir dans notre Piecueil.
La pi. 15 donne les détails d'une des fermes et du plafond
du vestibule de la Gare du Nord.
La fig. 1 donne une des fermes ; la fig. 2, un compartiment
du plafond, et la fig. 3, un grand détail du profil du plafond.
205
HEVUE DE L AhCHITECTUHE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
2M
A droite et à gauche de la fuj. 1, au bas de la couverture,
se voient de très petites lucarnes; on en voit une aussi vers
le haut de la croupe droite. Elles ont pour objet d'entretenir
un courant d'air, précaution très-bien entendue pour la con-
servation du bois.
Cette charpente est bien comprise, et le plafond d'un bon
effet; nous préférons cependant le plafond de la salle d'at-
tente, en ce sens, que nous y trouvons un rapport plus direct
entre la construction et la décoration.
Il existe un principe élémentaire de construction qu'il est
bon de ne pas contredire môme dans une décoration, à «a-
voir : que les résistances doivent être proportionnées aux
charges; or, dans le plafond du vestibule de la Gare du Nord,
les caissons paraissent encadrés dans des pièces de môme
équarrissage, et cependant ces pièces doivent être plus char-
gées les unes que les autres. IN'aurait-il pas autant valu
accuser cette différence dans la décoration du plafond? A
Ja vérité il y a des précédents qui autorisent le parti adopté
par M. Reynaud, mais celui-ci a l'habitude de faire passer
les précédents devant le tribunal d'une raison sévère, et de
rejeter comme vicieux tout ce que la raison condamne. Peut-
être, au reste, s'estil trouvé des motifs particuliers que nous
ignorons pour faire adopter ici cette disposition.
C. D.
DE L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU XIX' SIÈCLE.
Nous donnons plus bas une lettre qui nous est adressée par un
(le nos confrères, M. Magne, relativement k l'architecture reli-
gieuse chrétienne au xix' siècle M. Magne, au lieu d'adopter le
principe du laisser aller, Inifser /josser, comme la plupart de
nos confrères, apprécie la juste importance de cette grave ques-
tion; il nous fait connaître -^ .m k ce sujet, et il critique
en passant une de nos appr tourliant la direction im-
primée aux études architectoniqnes sous l'influence de l'Inslitut.
M. Miigne est d'avis que dans les édifices religieux modernes,
on ne doit s'inspirer ni de Vanlii/uc ni du gothiqui-, mais du su/et
lui-même, conçu dans des conditions d'harmonie avec notre cli-
mat, nos mœui*s et notre civilisation.
A la honm heure ! nous n'avons que des louanges pour cette
tendance vers la liberti'; de niénie cependant que nous protestons
contre ceux qui voudraient faire de Varc/iilecfure moderne tout
simplement Varl de corulruire eauform^meiU <mx dmmiet de fhù-
toire, de même aiuoi nous crierons gare! à teax qui préteB-
druient créer de toutes pièces un art nouveau sans aucna lien
avec les formes de l'art historique. La tnufiliOB, le |WMé, eat te
haâc sur laqoeile il faut fonder tout progrès; car c* pwié» cTcst
i'ex|)érieiice humaine tout entière, c'est '* 'q iiMwl 4m
siècles.
Mais nous ne prêtons pas à M. Magne aoe aiMM-gr«ade |«é-
tentiun ; nous voukMU seulement lui faire ofasenrer que ka ^tos
du moyen âge avaient été inspirées par l'étude de lear deatÙM-
tion, de leur objet; que {lar conséquent, en voulant créer au-
jourd'hui des églises « nouvelles uniquement iospiréca du «wjfl
même » et en harmonie avec notre cltniat, nos moHurs et notre
civilisation, il propose tout twouenteot de marcher dans aae
voie dont une partie notable est identique avec celle parcourue
déjà par les artistes gottiiques. Car les besoins et lesoonveuanc«s
auxquels il laut satisfaire en bâtissant une église, étaient pour la
plupart les mêmes au moyen &ge que de nos jour& Donc les
édifices religieux du moyen âge doivent contenir des eoaei-
gnements nécessairement précieux pour l'artiste moderne, et r»-
serait de la témérité que de prétendre les mépriser.
.Si M. Magne traçait d'un côté la liste des ooovcaaneei d'aae
église du xni' ou du xit* siècle, et de l'autre œiloi d'uae é%lme
du XIX* siècle, il verrait du coup quels sont les termes commuas
(|ui figurent sur les deux listes et en quels points les égtisos ■■>-
dernes doivent innover; il saurait qu'il est dans les édiieaa du
moyen âge des choses très bonnes à conserver, des rraiillaliii 4|al
n'ont été obtenus qu'à la suite de lAtonnuments, d'béailatiooa et
de recherches qui ont duré de longues années, et qu'il ttadrait
bien recommencer si, se fiant à ses forces individuelles, et ou-
bliant la solidarité naturelle et providentielle des aièctes, il too-
lait repousser à la fois l'antiquité et le moyen Age pour se na-
fermer exclusivement dans l'élude des convenances de son sojM.
et puiser toutes ses solutions en lui-même pour ne rien devoir à
ses devanciers.
I Nous pourrions ajouter quelque clmse en faveur de l'art an-
tique; mais sur ce point, H. Magne est à peu près couvertid^ii,
du moins c'est l'impression que nous laisse l'ensemble de sa
lettre, et particulièrement la critiqu>- qu'il nous adresse peraoo-
nellement : « Vous reprochez à MM. de l'instilul, dit-il, de ré-
» compenser de préférence, dans les concours, les compositioa»
» que nous appelons clamqties ; je ne partage point cette 0|n-
u nion. Je ftenu qu'il est itéet$ioire f«w le* ilnet m mrtemt paàu
» de cette voie classique, an s'en écarUfU peu tant fm'Ut frtqmemlmt
» les écoles, et lors des premières études surtout, parce que les um»-
» numents de la Grèce et de l'Italie emstituent desétudttièrmmes:
» parce qu'il s'agit d'un style primitif (celui de la 4*rèee du
» moins) et qu'entin à leur sortie des éeoUt, ces étèves aérant en
» mesure d'apprêter ef d'utiliser les dimna époftsitfmi tmt âme-
» cédé à ces mommients. >
M. Magne ajoute qu'à VmOiqiÊe on ferait bien d'ajouter l'étude
des monumenU de la Nemiissmce, dont lesdiaposiliona peuveat
être facilement appropriées à nos besoins.
Avions-nous tort de dire que M. Magne n'avait pas besoin df
nos observations pour rendre hommage à l'art antique? Il l'aiae
jusque dans ce style de convention qu'on désigne à rt>oole ao»
le nom de elmssiqve.
M. Magne commence sa lettre par un appel à te /i*fT#r ; il me
207
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
208
veut ni de l'antique ni du gothique; puis, il nous blâme, nous,
de ce que nous n'approuvons pas ces professeurs exclusifs qui
ne veulent absolument j'i/e de rarchitecture classique! Y a-t-il
ou non contradiction?
Il est question de résoudre le difficile problème de l'architec-
ture religieuse au xix" siècle, de l'architecture chrétienne, et
M. Magne, qui commence par demander la liberté, déclare qu'on
doit enseigner exclusivement dans nos écoles l'art antique, c'est-
à-dire, l'art fondé sur l'idéal des lempa païens. Il admet la re-
naissance, à la vérité, sans doute parce que la renaissance est une
réaction en faveur de l'idéal païen; et il repousse quoi? tout
juste la seule forme de l'art éclos dans notre pays sous une in-
fluence exclusivement chrétienne.
Plus bas, M. Magne ajoute, en parlant d'un projet d'église qu'il
vient de tracer, et que nous avons examiné avec un grand plai-
sir, « que dans ce travail il s'est écarté des règles tracées par
» MM. les architectes de l'Institut, règles que nous admettons dans
î les ÉTUDES, dit-il, mais qui ne doivent point présider exclusive-
» ment aux compositions des projets c^'exécotion. »
Tantôt M. Magne louait la direction imprimée à l'enseignement
par l'Institut; maintenant il déclare cet enseignement insuffisant
pour la pratique de l'architecture !
Il nous semble que si quelqu'un pèse ici un peu lourdement
sur l'Institut, et met en lumière l'inefficacité de ses enseigne-
ments, c'est bien M. Magne, qui trouve le régime de l'art classique
excellent à \' Ecole, mais mauvais dans le monde; bon pour
l'enseignement, mais franchement insuffisant pour la pratique.
Faut-il conclure de ceci que M. Magne veut que l'on pratique ce
que l'on n'a jamais appris, et qu'il ne veut pas qu'on enseigne à
l'École ce qu'on sera appelé à pratiquer dans le monde.
Voilà cependant quelques-unes des conséquences de l'exclusi-
visme !....
Nous pourrions relever encore quelques incorrections ou con-
tradictions contenues dans la critique de notre honorable cor-
respondant, qui confond, avec une bienveillance qui a bien son
côté honorable, le style classique de l'Ecole avec le style des mo-
numents antiques. Dans quels monuments grecs trouve-t-on la
symétrie excessive qui est de principe à l'École? Pourquoi les
ordoimances qui s'éloignent des prescriptions des maîtres ita-
liens de la renaissance sont-elles si mal accueillies à l'École"?
Est-ce que M. Magne supposerait que ces prescriptions sont con-
formes à la pratique des anciens, que Vignolle, Scamozzi, Pal-
ladio, etc., étaient profondément versés dans les formes de l'art
grec, de l'art étrusque, et même de toutes les variétés de l'art
romain? Alors comment se fait-il que M. Magne, artiste distingué,
esprit cultivé, demande que l'enseignement ne sorte pas de celte
voie classique?
C'est dans un sentiment d'honorable bienveillance pour ses
anciens maîtres qu'il faut sans doute chercher cette explication;
mais les élèves ne méritent-ils donc pas qu'on soit juste envers
€ux?et l'avenir de l'architecture en France ne vaut-il pas la
peine qu'on s'y intéresse?
Nous ne voulons pas prolonger inutilement cette discussion.
Si même nous avons répondu à la critique de notre honorable
confrère, c'est uniquement parce que son talent donnait du
poids à ses observations, et qu'en les publiant nous-mêmes sans v
répondre, c'eût été pour quelques-uns une reconnaissance tacite
de notre adhésion.
Si la question du style moderne de l'architecture religieuse
était résolue, celle du style de toute l'architecture moderne serait
bien près de l'être aussi ; car, de même que la religion d'un pays
colore profondément toutes les institutions sociales de ce pays, de
même le style de l'art religieux jette un puissan t reflet sur le style
de l'art tout entier.
On a publié bien des mémoires déjà à l'occasion de celui où
l'Institut lança sa protestation contre les églises modernes de
style gothique; mais aucun auteur, que nous sachions, ne s'est
posé régulièrement ces deux questions, les premières à résoudre
cependant pour arriver au but :
Qu'est-ce qui constitue un style d'architecture?
Quelles sont les conditions sous l'influence desquelles un style
d'architecture se transforme?
Un style d'architecture répond à un certain système de con-
struction; il affecte de préférence telles ou telles combinaisons
géométriques particulières; il correspond à un idéal du beau,
idéal nécessairement en relation harmonique avec un certain
état de l'âme humaine, puisque cet idéal est, pour cette âme, l'ex-
pression la plus élevée du beau en architecture. Un style d'ar-
chitecture répond aussi à une forme sociale déterminée, à un
sentiment religieux plus ou moins éclairé, à un climat donné,
à une industrie plus ou moins avancée, à de certains maté-
riaux, etc., etc.
Ces deux questions sont immenses. A notre avis, on a déjà
fait un progrès notable lorsqu'on est arrivé à en comprendre
toute la grandeur, à formuler pour ainsi dire le programme du
travail à accomplir, des sujets à traiter, pour répondre à ces
seules questions en apparence si simples : Qu'est-ce qui constitue
un style d'architecture? Quelles sont les conditions de la trans-
formation d'un style d'architecture?
11 nous reste maintenant à exprimer nos regrets de ce que si
peu d'architectes aient répondu à l'appel que les circonstances
leur adressaient, car une question importante, immense pour l'art
moderne, était à l'ordre du jour : celle de la liberté en matière d'art.
L'Institut, au nom de la liberté, condamnait les églises moder-
nes de style gothique. Au nom de la liberté encore, les adver-
saires de l'Institut condamnaient l'art antique. Au nom de la li-
berté aussi, nous sommes venus à notre tour, et nous avons dit :
Qu'on laisse chaque artiste libre de consulter et d'interpréter sa
propre nature, ses forces, et le sentiment public; et qu'à
l'exemple du grand Molière, il prenne son bien partout où il le
trouvera.
Nous avons répondu aux critiques de M. Magne ; il nous reste
à le féliciter de ses courageux efforts. Lui, du moins, a pris ses
crayons pour aller à la recherche de ce terrible inconnu que le
monde attend, et bien qu'il ne soit pas ami, il paraît, de la
liberté d'enseignement, dans sa pratique du moins, il a voulu
être libre au point de repousser toutes provenances de source
antique ou gothique, de s'isoler du passé, et chercher en lui-même
tous les trésors d'imagination et de pensée que demande un bon
projet d'égli.se catholique au xix" siècle.
Nous disons qu'il l'a voulu, et non pas qu'il l'a fait. L'impos-
sible ne se fait pas ; mais enfin, il a pratiqué, autant qu'il était en
lui de le faire, le principe de Y écart absolu, et il est arrivé, à notre
avis, à une très gracieuse composition dont le style rappelle les
monuments de la Rcnaisfance.
CÉSiR DALY.
209
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DRS TRAVAUX PUBLICS,
210
Monsieur et r.nEii coNFrtKRE,
Récemment, dans votre Itevun, vous vous êtes occupé de la
lettre signée de M. le secrétaire perpétuel de l'Académie des
beaux-arts, qui condamnait l'érection, au xi.V siècle, d'églises
de style gothique.
A l'époque où nos honorables maîtres de l'Institut adressaient
cette protestation à M. le ministre, j'eus occasion de manifester
à M. le comte i^éon de Laborde mes convictions à ce sujet :
M. (le Laborde me demandait alors s'il n'était pas possible de se
servir, en dehors du gothique, pour les monuments religinux,
d'un autre style que celui de l'éternel porche di's temples païens.
Sur niii vé[)on.se allirmative, M. de Laborde m'engagea à faire
pour la place Bellechasse une composition nouvelle puisée non
plus à leile source de l'antiquité, comme le sont les églises bâ-
ties de nos jours, ni à telle époque de l'art gothique, mais in-
spirée du sujet môme, et en harmonie avec notre climat, nos
mœurs et notre civilisation au xix° siècle.
Le sujet était plein d'intérêt, d'actualité, je n'hésitai point à
l'aborder.
Avant d'aller plus loin, permettez-moi de revenir sur un pas-
sage de votre article, relatif à la direction des études à l'KcoIe
royale; vous reprochez à ces messieurs de l'Institut de récom-
penser de préférence dans les concours les compositions que nous
appelons classiques ; je ne partage point à ce sujet cette opinion :
Je pense qu'il est nécessaire que les élèves ne sortent point de
CETTE voie classique, ou s'en écnrtenl peu tant qu'ils fréquentent les
écolçs, et lors des premières études surtout, parce que lesmonu-
ments de la Grèce et de l'Italie constituent des études sérieuses,
propres à développer et h former le goût et le jugement, et aussi
parce qu'il s'agit d'un style primitif (celui de la Grèce au moins),
et qu'enfin, à leur sortie des écoles, ces élèves seront en mesure
d'apprécier et d'utiliser les diverses époques qui ont succédé à ces
monuments, et qui s'y sont la plupart du temps inspirées. Nous
pensons cependant (\\\e l'on devrait élargir le cadre, et joindre à
ces éludes les monuments d'une autre époque fertile en résultats,
ceux de la fin du xv" siècle et tout le xvi' siècle dont les disposi-
tions peuvent être facilement appropriées à nos besoins, tout à
fait en rapport avec l'échelle des constructions de cette époque.
Je reviens à mon sujet :
Je vous ai dit en commençant que jo ne pensais point que,
de nos jours, les monuments religieux eussent été assez sé-
rieusement étudiés (I), qu'ilsavaient été créés en dehors de cette
préoccupation essentielle du climat, des mœurs, des croyances et
de la civilisation ; aussi ces questions graves devaient-elles pré-
sider à notre composition que nous essaierons d'esquisser en
quelques mots.
Vous le savez, ce monument n'est point gothique, car il est le
complément de la protestation de M. Raoul Rochette, quoi<|ue
s'écartant des règles tracées par MM. les architectes de l'Institut,
règles que nous admettons dans Us études, mais qui ne doivent
point présider exclusivement aux compositions des projets d'exé-
cution; en voici la raison :
Et d'abord, ne pensez- vous pas, cooUM nous, qu'il répugne à
(I) J'eiceplc de la qucsliun les petites églises de M. Lequeus dans les-
quelles ce vice géuérai de la ronipositiou, que nous sigaaious, u'eiiste point;
il } a là évidemment les qualités que nous voudrions trouver aillears.
T. VU.
un artiste de copier servilement les époques qui nous ont pré-
cédé? Ne doit-on point se contenter de t'inipirer de ce qui a été
fait avant nous, et ne faut-il {wint avant tout approprier l'art k
notre époque ?
Nous |>ensons aussi qu'il faut éviter le caradère imprimé k
nos monuments religieux d'aujourd'hui, p«ree qu'il fiiiMiebl
composition essentielle du monument, et que œ caractère ne
peut s'harmoniser ni nvet; nos mœurs, ni avec notre climat;
n'est-il point regrettable, en effet, de masquer par de grands
murs froids décorés en avant de quelques colonnes surmontées
d'un fronton, et percés latéralement et postérieurement d'ouver-
tures sans cnrnclërc, les emménagements intérieurs, dignesd'étre
tous rigoureusement accentués avec l'imp^irtance qu'ils doivent
avoir. On cherche en vain dans ces églises une nef, des bas côtés.
des chapelles ; tout est confondu et s'abrite derrière un mur ett
terrasse, sorte de paravent qui ne laisse rien soupçoimer des
dispositions intérieures, comme s'il y avait là quelque chose de
honteux qu'il fallût cacher.
C'est ce vice général de la composition moderne qui tait l«
supériorité des églises gothiques sur celles bâties de noi jours.
Nous avons signalé l'écueil ; maintenant l'esfiaisse que nous
devions faire n'est-elle pas en grande partie tracée ?
Le programme ainsi résolu, nous avons mis à nu toutes les
parties essentielles du monument, en accusant rigoureusement
les nefs, les chapelles, etc., ainsi que leurs divers abris; nous
avons décoré ensuite ces nouvelles silhouettes, commandées par
les besoins du monument et appropriées aussi à notre climat, qui
exige non pas des combles plats masqués [Mr des attiques, mais
des combles nécessairement rapides qu'il est inutile de déguiser,
d'autant mieux que cette disposition est vraie et grandiose tout
à la fois.
Le style, c'est celui des monumcnis religieux au xix* siècle;
l'ogive ne se trouve que là où les raccordements des voAles le
commandent, et dans la voûte qui ferme la nef principale; car
nous pensons que cette forme seule permet de donner le cachet
d'élévation imprimé aux voûtes de nos cathédrales gothiques,
élévation que ne peut atteindre l'arc plein-cintre. D'autres dis-
positions contribuent encore à cette élévation de style que l'on
ne rencontre point dans nos églises modernes, et cependant,
quoi de plus simple que cette décoration sans saillies, <|ui per-
met à l'util de mesurer d'un seul coup la hauteur de la nef, sut
être arrêté par ces lourds entablements modernes, bons à l'exté-
rieur parce qu'ils abritent lesconslruriions, mais qui ne peuvent
trouver place dans une décoration intérieure où ils ne sont point
motivés et où ils produisent de si fâcheux résultats.
Le portail est formé d'arcades en harmonie avec la nef et les
bas cdlés qu'elles accusent ; au-dessus du pignon de la grande
nef s'élève la tour qui reçoit les cloches, elle est surmontée d'une
pyramide à base octogone; à la hauteur du transsept^s'élère un
vaste dôme embrassant les trois nefs comme celui de Sainte-
Marie des Fleurs à Florence ; enfin, îes diverses chapelles, celle
de la Vierge à l'extrémité de l'abside, les sacrislies, k cbspelle
des instructions religieuses et le beptisIènB s'exprima» lonf à
l'extérieur avec la décoration qui leur est propre. Le porche
donne entrée à ces deux dernières chapelles tout k (ait diUiacm
des autres ; de cette façon, les besoins de ces ciupeiles «"excroeat
en dehors des cérémonies de l'église et sans troubler son colle.
Ce projet avait été disposé pour les terrains de l'ancieo ooarent
là
«11
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
212
de Bellechasse; aujourd'hui, la question est jugée : j'ai cru néan-
moins devoir compléter mon travail dont l'intérêt a grandi en
présence de la détermination de M. le ministre.
Ce monument, sous l'invocation de sainte Marie, s'élèverait sur
l'un des îlots de la place d'Europe, formé par les rues de
Saint-Pétersbourg, de Hambourg, d'Amsterdam et de Berlin ; il
comprendrait aussi, comme dépendances, un presbytère et des
écoles.
Le nouveau quartier de la Chaussée-d'Ântin et les Batignolles
ont pris une grande extension, ce faubourg de Paris n'a qu'une
fort petite église insuffisante pour sa population, et le nouveau
quartier n'en a point; nous espérons appeler l'attention de M. le
ministre sur la nécessité qui se fait sentir depuis longtemps déjà,
de donner à cette nouvelle population un monument où il puisse
abriter ses croyances.
Il serait intéressant de pouvoir établir la comparaison entre le
retour au gothique dans le foubourg Saint-Germain, les rémi-
niscences des temples antiques dans la Chaussée-d'Antin et le
faubourg Poissonnière, et le style religieux du xix" siècle sur la
place d'Europe.
Agréez, monsieur et cher confrère, les affectueuses salutations
de votre dévoué serviteur,
A. MAGNE.
EXCURSION DANS PARIS.
MONSIEDR LE DlRECTEnn,
Vous avez plus d'une fois réclamé de vos lecteurs des renseignements
sur tout ce qui se fait dans Paris au point de vue architectural. Permet-
lez-moi de vous soumettre ù ce sujet quelques impressions de voyage
intramuros. Ce n'est pas, à diie vrai, une mince besogne par ce temps
de bâtisses et de démolitions; car il faudrait, jouissant d'un don de pré-
sence multiple ni plus ni moins qu'un génie fantastique, se trouver à la
fois aux quatre coins de la grande ville, ou, pour mieux dire, aux cinq,
puisque Paris est un immense pentagone dont les cinq angles principaux
ont pour sommet les barrières de Passy, de l'Étoile , de la Villelte, du
Trône et d'Enfer.
De ces cinq angles, le plus favorisé sous le rapport du développement,
c'est... la barrière de Clichy, que je n'avais point comprise dans la no-
menclature écrite ci-dessus, attendu que ce point est vers le centre d'une
immense ligne droite qui prend naissance à la barrière de Chartres, voi-
sine de l'Etoile, et s'étend jusqu'à la Villette. Ce quartier envahisseur
semble affronter la menace d'une vieille prédiction qui annonçait (je ne
sais plus en quels termes, vu qu'il y a bientôt trente ans que je l'ai lue)
que, quand Montmartre serait dans Paris , Paris serait détruit. En
dépit de cette effrayante prédiction, les Batignolles, Orsel, Clignancourt,
la Nouvelle-Flandre, tendent incessamment à absorber cette fatale butte
au pied de laquelle le chemin de fer du Nord vient fièrement apporter son
tribut de richesse et d'activité en semant autour de son embarcadère
une foule de maisons nouvelles dans le clos Saint-Lazare qui n'était hier
encore qu'un vaste désert.
Il y a quelques années, si je ne me trompe, on parla sérieusement d'a-
battre la butte Montmartre, à demi rongée depuis des siècles par les
vastes exploitations de son excellent plâtre. C'était un moyen un peu
brutal d'éluder la terrible prédiction, et cet exploit de tranche-montagne
aurait privé Paris de l'un de ses belvédères naturels, du haut desquels le
bourgeois badaud est si heureux d'aller contempler la cité reine enve-
loppée de brouillard et de fumée, sous prétexte de faire le dimanclie une
partie de campagne.
Ce projet destructeur n"a pas eu de suite et n'en aura pas. M. de Bara-
buteau, préfet de la Seine, a visité ces jours derniers les carrières gyp-
seuses de Montmartre, accompagné de M. Héricurl de Thury, inspecteur
général des mines, et de l'ingénieur en chef du département. Il est des-
cendu dans tous les souterrains : il a fait reconnaître et constater l'état
de tous les fontis. Les mesures nécessaires ont été prises pour combler
les excavations et consolider le sol dans les parties de la montagne qui
pouvaient offrir des dangers. On fera cesser et les exploitations clandes-
tines et celles qui, pratiquées à l'aide de la poudre, lançaient des pierres
et des débris dans des propriétés éloignées.
Ces mesures sont sages et valent mieux que la destruction de Mont-
martre ; une infinité de raisons militent ponr sa conservation. D'abord la
démolition d'une montagne, si mignonne qu'elle soit, n'est pas une petite
affaire, et le résultat ne vaudrait pas le travail. Puis Montmartre, pour
une grande partie des beaux quartiers de Paris, sert d'écran contre la
bise du nord. Enfin, le sol de la capitale est si peu accidenté, qu'il faut
bien se garder de toucher à cet ornement naturel que la Providence a
élevé pour l'agrément et surtout pour l'utilité de la grande ville. Paris
brisant la butte Montmartre, serait coupable d'un véritable matricide ;
car, nourrice féconde, la vieille colline n'a-t-elle pas donné à la ville le
plus pur lait de son sein ? le sulfate de chaux qu'elle produit entre pour
moitié dans la construction des rues et des édifices bâtis à ses pieds. Voilà,
ce me semble, assez de motifs pour conserver la bulle Montmartre. Donc
laissons-la tranquille et n'en parlons plus.
Descendons de ses hauteurs au centre de Paris. Nous voici rue de la
Paix, une belle rue, large, aérée, riche, si riche même qu'elle vient de se
passer la fantaisie d'un trottoir en porcelaine! Plaisanterie chinoise,
direz-vous. Non, monsieur, c'est tout simplement la vérité, je ne me
permettrais pas vis-à-vis de vos lecteurs cette irrévérence exotique. Le
trottoir est bien en porcelaine ; cette substance si blanche, si délicate,
jouissant, il n'y a guère plus de cent ans, de la considération accordée aux
pierres précieuses, après avoir été l'objet d'une haute industrie honorée
d'un privilège royal, s'est d'abord généreusement laissée mettre à la portée
de tout le monde par sa docilité à se prêter à toutes les tentatives mo-
dernes. Et maintenant, la voilà descendue au modeste rôle de trottoir!
la voilà foulée aux pieds comme le grossier bitume ! Certes M. Brongniart
dans son exellent traité des arts céramiques, n'avait pas prévu cet em-
ploi nouveau du kaolin.
Mais enfin, puisque le sacrifice est accompU, voyons un peu comment
la porcelaine remplira la fonction qu'on lui impose. Vous avez deviné
sans doute que ce trottoir est à la porte d'un fabricant de porcelaine ;
cela va de soi-même. Vous ne pourriez pas accuser le conseil muni-
cipal d'une pareille prodigalité au moment où la cherté des subsis-
tances lui prescrit une tâche si lourde et si noble, qu'il remplit si digne-
ment.
Revenons à notre fastueux trottoir et disons quel est son mode de
construction. 11 est formé de demi-cubes en bitume, de 30 à UO centimè-
tres de côté sur 20 centimètres d'épaisseur environ, à la surface desquels
sont incrustées de petites plaquettes carrées, juxtaposées, sans intervalle
entre elles. Ces plaqueUes, qui ont environ U cent, de côté, n'ont guère
plus de 5 a 6 millimètres d'épaisseur. Elles sont en porcelaine de deux
couleurs, blanches et vertes d'un vert terne. On a disposé ces plaquettes
de manière à former un dessin absolument pareil à ceux que l'on fait
avec des perles sur le canevas. L'effet du dessin n'est pas heureux par la
raison que celte mosaïque est trop rapprochée de l'œil de l'observateur;
les carreaux sont trop grands, et ce n'est qu'à la fenêtre du quatrième
étage de la maison d'en face qu'on peut jouir de l'effet produit par cet
arrangement symétrique.
Dirai-je que les pieds des passants ajoutent à cette composition des
arabesques invraisemblables qui, sans doute, n'entraient pas dans la
pensée de l'auteur et troublent tant soit peu l'harmonie générale et les
reflets du coloris ? C'est un essai, me répondra-t-on. Soit. Mais qu'il
prenne fantaisie à chaque industriel de poser ainsi sur la voie publique
des échantillons de sa fabrique , nous aurons des trottoirs en fonte , en
213
REVUE DE LAHCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
214
zinc, en acajou, en cuir bouilli, en carton-pierre, en caoutcbouc ! 0"'
peut dire où cela s'arnMcrnit 7 Dt'jà nous avons transformé les murailles
veuves de fcni^ircs en niriclics gëanie», qid feraienl croire aux «îlrangers
qnc nous sommes un |>ciiplo de myopes. Les couleurs les plus discor-
dantes solliciipnt, que dis-je 7 braient le» regards de la foule. U's grandes
opérations Indnslriolles, les (.'rands journaux, les grands magasin», les
grands libraires fonl de grandes annonces, de grandes aflicbes, et souvent
aussi, bêlas 1 — de grandes cbutes !
A propos d'aflicbes, monsieur, passez-moi une courte observation.
Depuis quelque temps je vols placarder devant les maisons en construc-
tion, N.... entrepreneur, rue.... n"... C'est bien ; mais tr('s souvent aussi
je Ils, N... propriétaire. Quant i l'archilecie, je ne vois jamais son nom.
Pourquoi 7 le jugernit-on par hasard Indigne de la publicité 7 Ou, ce qni
me paratir.iil pins élraniie, se passerail-on de son concours 7 Plusieurs
architectes m'onl dit que la spéculation s'étant emparée du bâiimeni, cet
étal de choses nuisait aux Intérêts des véritables arcbitecies. Est-ce qu'il
y aurait de faux architectes? Ceci passe mon Intelligence. Je ne sache
pas qu'il existe au monde de fauxpeintres et de faux sculpteurs, et J'avoue
ne pas mieux comprendre une maison sans architecte qu'une statue sans
sculpteur. Ct^pendan', des archllccles, de tTOjx architectes, sans doate,
se plaignent. Venlller, donc, monsieur le Directeur, me tirer de perplexité
et altaclicr le grelot, puisque les individualités souffrent sans que les cor-
porations apportent le remède au désordre.
De quoi vous parlerai- je encore? Vous savez qu'on démolit le côté
droit de la nie Montmartre dcpids son entrée jusqu'à la rue Tiquelonne.
Cet élargissement est un véritable bienfait pour ce point si actif et si
plein de mouvement. Vous savez encoie que l'on construit sur le canal,
au point où II ir.iverse la rue I'"aul)ourg du Temple, une passerelle en fer
entre les deux ponts tournants. Cette passerelle a pour but de laisser la
circulation des piétons constamment lilire à cet endroit où le paange fré-
quent des bateaux l'interrompt forcément à chaque instant. Il y a là, en
cITct, un grand nionvcuierit de voilures, et deux lignes d'omnibus faisant
le service de Bellcvllle. 11 en résultait des encombrements fréquents et fà-
•chcux.... I^a cnnsiruclion nouvelle y portera remède. Elle sera terminée
avant que ma lettre ne parvienne i vos lecteurs, l'ne passerelle semblable
à celle dont nous parlons existait déjîi à 200mMrès environ delà place de
la Bastille, entre les rues Amelot et d'Aval. Mais comme on a maintenu
le passage de service sur l'une des écluses placées au bas de ce petit
pont, la force de riialiiliide ou peut-être la paresse de gravir douze ou
quinze marches, lait que l'on passe presque autant sur l'écluse. D'ailleurs,
le voisinage de la .place de la Itastille diminue la fréquentation de ce lieu
de transit.
Puisque je suis en train de passer les ponts, un mot, si vous le touIcz
bien, sur celui de Constantine, dont le tablier a l'air d'être fait avec les
vieilles douves des tonneaux de la Halle aux vins, à laquelle il aboutit.
Une des poutrelles trjnsversalcs suspendues aux grands cibles et qui
supportent le tablier, est dans un étal de pourriture inquiétant. On la croi-
rait posée là depuis quatre siècles. Si par malheur clic vieut quelque jour
à se rompic, les douves iront tout droit à la rivière, et malheur au pas-
saut 1 il verra fuir sous lui ce sol tremblant qui semble toujours le porter
à regret.
Donc traversons bien vite le (loat de Constantine si nous ne voulons
être la première victime, étalions voir le pont de laToumeile. Son tablier
si accidenté, les arceaux en fonte dont on Ta flanqué de chaque côté pour
l'élargir, et sou parapet à jour, également en fonte, lui donnent un air de
jeunesse tout à fait rassuiant, et font oublier le danger auquel on vient de
s'exposer en franclii.ssani la passerelle de Constantine aux rides préma-
turées comme celles des femmes arabes.
Liie large rue va s'ouvrir sur les terrains dits du cardinal lx;moine, en
face le pont ilc l.i 'l'uurno'le, pour aller aboutir à la rue des I-"ossés-Saint-
Victor. En attendant, pa.ssons par la rue des Eossés-Saint-Bcrnard. Cette
belle rue est bordée à gauche par la longue grille de la Halle aux \ins et de
l'autre par dos maisons (|ui tendent à se renouveler; car nous en avons
déjà remarqué deux toutes neuves k l'entrée du quai.
Nous voici près da quartier de l'École poirtecfaotqoe. Une me qui |
le nom de celle école vient d'Ctre ooverte et amtUmt et qoHlier |
leox et méphitique. La fontaine Sainle-Geiie*ièl« «'fthiw de «encr Ma
eand'Arrueil aux habitants d'akotour, mais il s'est pw préMaHUefnToB
la maintienne k la place qu'elle occope. Malgré lotit omm retped pow le*
antiquités (cette fontaine date de la Rf nalMance), j'aiaerais aoUot b voir
ailleurs. Dans le quartier où nous somme* i préMat, plvs de trottoir* ea
[Ktrcelaine. Il n'y en a même d'aucune sabataace oooaw. Pourta*!. mh
lieurions des contrastes. An t>aa de b moatagM Saiate-Ccaevièit CK Je
pendant de SaintGiUt'-l'arith, la rue Tniiiifcii et aea aflaaML As
sommet de la montagne, nou< sommes en plein quartier blia, futta
ainsi nommé parce qu'on j trouve de* moDoiaeois grecs, leb qse IXMéta,
le Panthéon, et de* élaUbacsMatt Iraacab, comme to SorboMe, le
Collège de France, l'Ecole de Droit, l'Ecole des Wse*. Je «Icm de seasMr
le Panthéon... Ce monument attend loofoois *e* *latses, «e* portes ct^
j'allais dire ses grands tiomme* : mais Voltaire et RoiHMsa jr sost — es
effigie.
En attendant, on parle beaucoup de construire b mairie du Xll* arroo-
dissement sur un terrain qui fait pendant au portique csnil%Bede
l'École de Droiu Si j'osais me permettre un déiesuble 6m mot. Je dbtii
qu'il est surprenant que le plan de l'édifice où l'on »«Hb^ le droit mU
une courbe: mais l'amour de la symétrie appliquera le même syslèsMde
portique à la municipalité, ce qui démonéliaera moo Jeu de mou. Tasdi*
que nous sommes place du l'antliéoo, remarquons 1rs travaux de bss»-
velle bibliothèque Sainte-Geoeviêve ; le gro* oeuvre ea cM ptesqae eslit-
rement terminé, de grosse* pierres saUbntesappclleni le dsera de* acaip-
leurs, des cavités pratiquées dans b frise nous promettent de beawx niÊtk
en bronze. La fievue, sans doute, ne se cosieslen pas de i
une description de ce monument, nos* eapéross qse le
de ses dessinateurs et le burin si pur de ses graveur* noo* ea oftrirosi
une image consciencieuse et Adèle.
L.a rue Soufflot vient de faire la trouée si longtemps projetée do fta-
théon au Luxembourg, de sorte que d'ici à quelque temps MM. le* prin
du royaume pourront contempler des fenêtres de leur palais b coapolede
leur Saint -Denis. N'y a-t-ll pas déjà une dynastie de sénateur* dass la*
cryptes du Panthéon T
llecevez, monsieur le directeur, mes dvililés afliectneiMes.
Dh de txw Udemn.
P. S. J'oubliais de vous dire que l'andea pool aux Doubles <ai
nommé parce que deux personnes passaient pour on ao« i l'épefse oè
s'observait le péage de ce pont) est en démolition cosiplète. Il <
de le remplacer par un pont d'une seule arclie. Oa derraii ca
pour tous les ponts jetés sur le bras gauche de U Seine, et sartoot se pae
éublir de péage; car à cette extrémité de b cité, le* pontspayanls se sasl
donnés rendez-vous et forment un groupe. Depub celui d'Arcole Jasqal
celui de l'Archevêché, j'en compte quatre ; c'est un abus. .%in»i le |
du moins les habitants de la place MauberL On refait aussi le quai 1 {
du pont aux Doubles jusqu'au pont de l'ArcfaeTêcbé. Les scnlptares g»-
thiques du pont de la até ne sont pas terminées da tM de Hh J
Louis. Cela n'a rien d'étonnant, il passe deux peraosses aa platpir I
sur ce petit pont qui va d'un désert à une province (Ile Saiai-LMi*) <
l'berbc croit partout dans les ruea.
■ «»o »0coo««
i\OUV£LLES ET FAITS DIVERS.
«•nuMirr. — Pàbis. De* pasufcs. — Jury de l*£col« de* btasx-arts. —
Nécrologie. — Eipotiliouduconcourf pour le* vitraux de USaialr-Ckafellc.
— Soppretiion de la voirie de Uootfaaeoa. — Nontérolate de* raet de
Paris. — Un vrai ihéllre nautique. — Pnolt de M. Sayet, todaar. —
DiTjtiTEaE.vrs. Ecrmitaneat d'un docker. — Da aai d* rarchiicclar* pas!
être ennemi de* aMwaawiiU funèbres. — Vilbci* ceWqsM. — iaaa|B-
ralion du canal de Uarteille. — Pai» timA^cia*. Arckiicttme de* pralé-
215
REVUE DE LAUCIUTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
2ift
taircs - TClégraphos électriques. - Vente dos maisons de Schiller et de
Shakespeare - Miss Bunlett Coutrs et IVglisc «aint-ElIcnne. - Première
église rongienne. - Mosquées et synagogues.- le tombeau de la reine
Vrédériquc. — les Hippodromes. — Nouveau gaz hydrogène de Madrid.
— Une Académie de sciences et d'histoire constituée à Vienne, Autriche.
Travaux d'utilité publique en Egypte. — Monuments turcs foudroyés.
Paris. — Des passages. L'ancienne église Saint-Benoit , qui était de-
venue le théâtre du Panlliéon, a fait place à un passage qui fournit une
communication directe du Collège de France à la Sorbonne.
I.cs passages deviennent de plus en plus à la mode, non pas seulement
à Paris, mais dans toutes les capitales, et en France dans toutes les
grandes villes. Un passage, c'est une rue couverte, et les boutiques y sont
généralement prospères. Les promeneurs se réfugient dans les passages
pendant les mauvais temps, et ce qui est une porte pour les boutiques des
rues découvertes devient un bénéfice pour les boutiques des passages.
L'important est d'y ménager le jour et une bonne ventilation.
Nous avons rappelé plus d'une fois qu'à Londres, la plupart des rues
trop étroites pour servir au passage des voilures, avaient été converties
en passages découveris, c'est-à-dire qu'elles ont été dallées dans toute leur
largeur, l'écoulement des eaux se faisant par un canal couvert. A moins
de l'avoir vu , on se ligure difTiciiement combien cette simple mesure
améliore prompiement un quartier. Les piéions désireux d'éviter les
éclaboussures lancées par les voitures et les portefaix chargés de leurs
fardeaux, cherchent de préférence ces rues dallées; les propriétaires rive-
rains y ouvrent promptement des boutiques pour meltrc à profit cette
nouvelle circulation, le passage s'anime de plus en plus, et bientôt on ne
retrouve plus rien de son ancien aspect.
La première mesure à prendre ponr amener ce résultat est si simple,
que nous la recommandons vivement à l'attention des municipalités et des
spéculateurs intelligents.
La section d'architecture de l'École royale des beaux-arts (Paris)
vient d'élire un nouveau membre en remplacement de M. Achille Leclère.
promu à l'emploi de sccrélaire-archiviste. Le nombre des votants était
de 17, la majorité absolue de 9.
Les candidats élaient MM. Carrez, Morey, Lequcux , Vancleempute
et de Gisor.s. Au 1" tour de scrutin, M. Carrez a obtenu 11 voix, M. de
Gisors 5 voix, M. Lequeux 1 voix. En conséquence, M. Carrez a été pro-
clamé membre du jury.
Nécrologie. — M. Millardet, ancien architecte de la ville de Rennes,
avait été nommé, il y a quelques mois, aux mêmes fonctions ù Valen-
ciennes. Installé dans cette ville le l" mai 1847, il est mort le 15 juillet
des suites d'une paralysie du côté gauche.
L'exposition du concours des vitraux de la Sainle-Chapelle aura
lieu dans quelques jours au palais des Beaux-Aris, aussitôt qu'on aura
fini de disposer la salle qui doit les recevoir.
Nous examinerons avec soin cette exposition, nous ^proposant, d'en
rendre un comple détaillé.
Assainissement de Paris par la suppression de la voirie de Mont-
faucon. — Les émanations pestilentielles de la voirie de Montfaucon sont
tout au moins très désagréables pour la ville de Paris. Nous apprenons
donc avec plaisir que l'administration municipale vient de faire exécuter
un travail qui permettra prochainement la suppression totale de ce cloaque.
Il ne s'agit de rien moins que de fosses d'une immense capacité propres
ù contenir toutes les vid.mges. Une forte machine mettra en mouvement
des pompes afin de refouler par un gros tube de conduite la partie liquide
de ces vidanges jusqu'à la voirie qui est établie au milieu de la forêt de Bon-
dy. Ces travaux sont à la veille de leur achèvement, et l'essai pourra en
être fait dans quelques mois. On éviiluc la dépense à 300,000 francs.
Numérotage des rues de Paris. — Le numérotage des maisons et bâ-
- timents de Paris, qui date de la fin du dernier siècle, va être complète-
ment renouvelé, ainsi que cela résulte d'un arrêté pris par le préfet de la
âeiue, placardé dans tous les quartiers de la capitale. Cet arrêté , fondé
sur le décret impérial du II février 1805, et sur les délibérations du
conseil municipal des 10 juin 18i2, 7 avril 18/|3, 31 janvier 1845, 12
août 1840, et 'J9 janvier 1847; porte : «A partir du 1" juillet 1847, il
sera procédé à la régularisation et au renouvellement du numérotage de
toutes les propriétés et bordures sur la voie publique dans la ville de Paris.
Cette opération, qui sera faite aux frais de la Ville, aura lieu au moyen de
plaques en porcelaine émaillée, avec des chiffres blancs sur fond bleu.
Chacune de ces plaques sera incrustée avec scellement dans les façades
des propriétés ainsi que dans les murs de clôture, et attachée par des
crampons de bronze. »
« Un nouveau privilège de théâtre vient d'être accordé. Il s'agit
d'un théâtre nautique, mais celte fois d'un véritable théâtre nautique,
n'ayant d'autre rapport que le nom avec celui qui barbota quelque temps
dans la salle Ventadour, où il reçut de son corps de ballet une passade si
perfide qu'il coula au fond de sa cuve et y rendit sa belle âme de théâtre
aquatique. Le nouveau théâtre nautique, dans la personne de son direc-
teur-pilote, M. Bucquet, est autorisé à exploiter sur le bassin de la gare
de .Saint-Ouen un spectacle de curiosités qui se composera de jeux nau-
tiques, de natation, d'exercices maritimes, de joutes, de régates, appa-
reillages, manœuvres et simulacres de combats, et généralement de tous
jeux et exercices dans lesquels l'eau sera le moteur principal.
» Ses jours de représentation seront les lundi, mercredi, vendredi et
dimanche. Le prix des places e.st fixé à 1 fr.
•a On ne sait pas encore si ce seront des gardes municipaux ou des pom-
piers qui feront la police de la salle ; mais ce que l'on sait déjà, c'est
que la surveillance ne sera pas exercée par un commissaire de police
comme dans les théâtres ordinaires, mais par un inspecteur de la naviga-
tion.
» A défaut de souffleur, quatre barques montées par des mariniers ex-
perts seront préposés au repêchage des acteurs qui ne sauraient pas bien
leurs rôles.
» Les représentations ayant lieu en plein jonr, on ne dit pas encore si
les ariistes mettront du rouge; mais ce qui paraît certain, c'est qu'ils
mettront un caleçon.
» A propos du projet aquatique de M. Bucquet, quelques-uns de nos
lecteurs vont pent-ctre crier au canard. Nous leur affirmons que ce projet
est parfaitement sérieux. L'arrêté de l'autorité porte la date du 9 juillet
1847, et le privilège est accordé jusqu'au 18 octobre 1850. Bientôt nous
aurons donc le Théâtre Nautique, si toutefois ce projet ne tombe pas dans
l'eau. « [Gazette des Théâtres).
Procès de M. Soyez, fondeur. — Un déplorable événement vient
d'attrister profondément tous ceux qui portent intérêt aux arts et aux
hommes qui les cultivent. M. Soyez, le célèbre fondeur de la rue des
Trois-Bornes, à qui l'on doit la colonne de Juillet, travail géant dont la
Revue de l'Architecture a longuement entretenu ses lecteurs, avait, au
commencement de juillet, pris la fuite, après déclaration officielle de
faillite. Or, dernièrement, M. Soyez avait été chargé de couler les bas-
reliefs et les ornements du tombeau de Napoléon, pour les travaux qui se
poursuivent aux Invalides. Le ministre de la guerre avait, en conséquence,
mis a la disposition de M. Soyez, avec autorisation préalable des deux
chambres, de vieilles pièces de canon de la valeur de 100,000 francs,
pour que leur bronze entrât comme matière brute dans le monument
élevé à la mémoire de celui qui les avait conquises sur l'ennemi. A la suite
de la déposition du bilan, il fut constaté , par une enquête, que les
pièces de canon, partie encore en nature, partie réduites en saumons par
la fusion, avaient été enlevées frauduleusement de l'établissement de
M. .Soyez et vendues à différents fondeurs et négociants de métaux, qui
furent immédiatement arrêtés ainsi que l'associé de M. Soyez. Une ins-
truction criminelle est commencée. Un mandat fut décerné contre le fu-
gitif, et la police, après quelques jours de recherches, découvrit que
M. Soyez avait trouvé un refuge chez un ami dans le département de
Seine-et-Oise. Le lendemain, une descente de justice eut lieu au point du
jour chez M. le baron de F... et M. Soyez, trouvé encore au lit, fut arrêté
217
«EVL'E DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
218
et remis entre les mains du procureur du roi. Depuis ce moment, le tri-
bunal poursuit activement l'enquête, et d'ici à quelques mois auront lien
les débats de ce procès funeste. >ous plaignons sincèrement le malheu-
reux accusé s'il a terni par un crime sa gloire acqu se, en même temps
que nous déplorons pour l'art la perte d'un travailleur habile.
DÉPABTEMEKTS. — Ecroulemiînt d'un clocher — Les Journaux annon-
cent que la tour de l'église de Nogent-Ic-Bernard (Sarilie) et la sui>erl)e
flèche qui la couionnall se sont écroulées récemment avec un liorrible
fracas et ont entraîné dans leur cliule la ruine presque totale de l'édifice.
neureiiscmcnt personne n'a péi i, cl jusqu'à présent H n'est survenu aucun
accident on relevant les décombres. I.a cloche, que tout le monde pensait
avoir été brisée dans sa cliuie, a été retrouvée intacte. Le fait est d'autant
plus extraordinaire qu'elle est tombée d'au moins cent pieds.
Un ami de l'archileclure fieut être ennemi des monuments funèbres.
La preuve de cette apparente contradiction se déduit d'iui fait arrivé ré-
cemment à Lyon. Un sieur Danton est mort dernièrement dans celte ville,
et son testament commence ainsi : « Ayant gagné sur la place de Lyon ce
que je laisse, mon intention est de lui rendre ce qu'elle m'a confié, afin
que la grande famille profite de mes économies. En conséquence , je
nomme et institue mon héritière et légataire universelle la ville de Lyon,
à' laquelle je fais cette donation, à la condition expresse qu'elle sera em-
ployée à des travaux d'utilité publiiiue. »
Ailleurs M. Danton indique ainsi le premier emploi à faire de son legs :
« Comme je laisso, ditril, à la ville de Lyon mon patrimoine pour être
employé à des travaux d'utilité juiblique, ayant demeuré longtemps sur la
place de la Préfecture, j'ai remarqué qu'il manquait à cette place une fon-
taine monumentale. Mon désir serait que le premier emploi que l'on fera
de ce que je laisse servit ù l'élévation de cette fontaine. J'en recommande
le dessin, la proportion d'après la grandeur de la place, afin que la
postérité ne blâme pas mon intention et n'en critique pas les exécu-
teurs.
Quant aux monuments funèbres, nous l'avons dit, M. Danton ne les
aimait pas : cette illustration posthume que chacun peut acquérir moyen-
nant de l'argent (bien ou mal acquis, il n'importe) ne le tentait pas ; son
ambition était évidemment b la fois plus noble et plus sensée : en laissant
toute sa petite fortune (131,000 fr.) à la ville de Lyon, il s'est inscrit sur
la liste des bienfaiteurs de la seconde ville du royaume, et la fontaine mo-
numentale qu'on élèvera avec ses deniers donnera à son nom un lustre
plus brillant et une renommée plus durable que n'importe quel tombeau
qu'il aurait pu se faire bAtir, « Je veux être enterré sans faste, écrit-il en-
core dans son testament; le convoi du pauvre, un seul prêtre avec son
clergeon portant la croix, accompagnés de quelques amis, si j'ai eu le bon
esprit d'en conserver ; je ne veux [pas de monument, c'est trop com-
mun aujourd'hui. » 11 y a près de six ans (voy. vol. 2 de celte Revue,
col. 573), nous écrivions, à propos des monuments funèbres : < Un
homme de génie meurt pauvre, et il attend peut-être un siècle avant que
ses concitoyens pensent à lui élever une simple pierre. Lu agioteur heu-
reux, un de ces frelons qui vivent aux dépens de la fortune publique,
meurt comblé des faveurs de la fortune, et aussitôt les arts sont appelés à
mentir avec grâce en son himncur Au cimetière du Père-Lachaise,
on a élevé un maigre petit monument au grand Molière, tandis qu'à peu
de distance le bronze et les marbres précieux appellent l'attention sur je
ne sais quelle nullité. >>
La ville de fiyon a accueilli l'expression de la Tolonté dernière de
M. Danton d'une manière digne d'.'lie et du défunt. Le conseil municipal,
sur le rapport du maire, M. Terme, a accepté l'héritage de M. Danton ,
en témoignant de sa vive reconnaissance. En outre, il a été exprimé le
Toeu (par M. Bouillier, appuyé par M. Vauxonne) que le nom de M. Dan-
ton filt inscrit sur le premier monument qui sera élevé avec le prodnil
de son legs. A coup stlr, ce monument honorifique et utile, qui rappel-
lera un bienfait de M. Danton, sera plus lionorable et moins commun
que ne l'eât été un monument funèbre acheté ù beaux deniers comp-
tants.
Villages celtique». — En partant de Saoronr, fi l'on dirige m* pa» «ir
la roule dn Mans, on rencontre, avant d'avoir franchi le Iroiatène kilo-
mètre, une vallée marécageuse détrempée par Vt» débonteoMiiU de la
I/)ire. Au milieu de ces marais, par-d par-li, t'élivent dn plaieaax q«i
dominent légèrement la aurface environnante, et (onnenl comme de* Bois
oâ l'on peut reposer le pied sans craindre de ae noyer daoa la booe.
Il y a peu de temps, l'un des propriétaires de cea ptateora, y MmM
exécuter un défoncement extraordinaire, découvrit de* trace* évidealcs
et nombreuses d'habitations ru»liques trfes ancienne*.
L'emplacement de ces buttes ou cal»anra éuit icdiqoé par la coultiii
noircie du terrain, par les pierres calcinées d« fojrer do— illgoe, cl por
des débris d'armes en silex, et antre* inatrunenl* et ostensUrs.
Ces liuties devaient éire de Ibrme circulaire, et leur aMieite te trwi-
vant couverte de cendres et de charbons, on suppose qu'elles forent dé-
truites par le feu. On en a compté plus d'une centaine.
A l'emplacement de l'une d'elles, on découvrit un amas considérable de
pointes de flèches et de bacbcs en silex, ainsi que des cailloux propre* ft
la confection de ces armes. On jr trouva aussi le squelette d'an cbevaL
On suppose que ces tiois furent habités par des tribus celtiques, qni
communiquaient entre elleset avec la terre ferme au moyen de bateaux,
ou par des cliaussées ou des gués à elles connus.
Inauguration du canal de Marseille. — Marseille a célébré, le 8 juillet,
par une fête, l'arrivée des eaux de la Durance dans ses environs, par le canal
nouvellement construit. On sait tout ce que celle œuvre immense a reo-
conlré d'obstacles sur les terrains qu'elle avait i parcourir. Ces obstacles
ont tous été vaincus, grâce à l'habileté do chef de l'entreprite. griee i
l'incessante activité des bras que dirigeait sa pensée. L'aqoedK de Ro-
quefavour est terminé. I^puis la prise jusqu'au vallon de .Saiot-AaioiM
les grands travaux d'art ont reçu la dernière main ; dès lors on a pooavrir
la voie aux eaux du fleuve et elles n'ont pas lardé à venir réjouir le*)w«s
des cultivateurs. Celte première épreuve a été couronnée d'an plcia
succès. Aucun accident n'a été signalé par le passage du dot coolant sur
un espace de vingt lieues, sur cent six aqueducs et par quatre lienes do
souterrains, trois lienes en tranchées, deux lienes en remblai, quatre lieues
à mi-coteau et seulement six lieues de plaine On sait combien est tour-
menté le soi qui s'étend des bords de la Durance an territoire de Mar-
seille : aussi le parcours a-t-il lieu tantôt à plus de 80 mètres i
de la terre comme i Itoqiiefavoor, et tantôt à nne profondeur i
de 80 à 100 mètres au-dessous du niveau du sol, comme dans les percées
des Taillades, de l'Assassin et de Notre-Dame. Ce parcours oompread
cent vingt sept ouvrages d'art qui ont tons pariaiieroent résisté i l'é-
preuve.
Pats étrargers. — Architeelmnde$prolfiaires. — La mnnlripalllé
de Copenliague fait construire en oe BKWent deux grands étabUsseoMBI*
de biiins spécialement destinés aux pauvres, qui y seront admis gratoiie-
ment. Noos avons annoncé déjà que dan* le* priacipale* «ille* d'Angle-
terre, à Londres particulièrement, de grands énMliWWlIl de
avaient été fondés, où le pauvre pouvait chercher la santé et la |
moyennant une rétribution excessivement minime. La Belgique ae préoc-
cupe aussi des logements, des lavoirs publics, des boulangerie* éooaoaii-
ques et des établissements de bains pour les classes pauvres. Avis k la
France.
Télégraphe électrique. — Londres ae troave on est déji lor le poiM
de se trouver en communication par le télégraphe électrique avec dn-
quante-nenf villes. Le même mode de transoaiMioa de* mwvcUc*, si nfàét
et si sûr, (si également très répandu en Aitériqne. cl aria à h dliporiliMl
de tous les citoyens. D'où vient que la France, an lieu de pngreaaer avec
les deux pays que nous venons de dier, est si ea retard poor rodapKaa
de la télégraphie électrique 7 Et pourtant, qoeb •erviee* IM readnll pao
au commerce l'emploi habituel /d'un système sidésirahleT II serait la
cause immédiate d'une égalité salutaire entre les divers degrés de Itndo*-
irie. Les petits banquiers dont les capitaux ne peuvent pas anjoord'hui ea-
iretenir des volées de pigeoM vqofetta, atndent i même de receiok t
219
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
220
temps les messages loiniains utiles à leurs spéculations tout aussi bien que
les financiers millionnaires. Ce serait alors justice égale pour tous. Espé-
rons que le gouvernement français, comprenant l'iniporiance de celte
mesure, ne tardera pas à rivaliser parle nombre de ses télégraphes élec-
triques avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. Quand il aura sagement
organisé cette bienfaisante innovation, il n'aura plus à craindre des fraudes
semblables à celle qui vient de nécessiter une enquête et des arrestations
dans le département du Loiret au sujet d'un télégraphe nocturne fonc-
tionnant clandesiinement et sans autorisation.
Vente des maisons de Schiller et de Shakespeare. — Une corres-
pondance de Weimar (Grand-duclié de Saxe-VVeimar) nous apprend la
vente publique de la maison où Schiller demeurait dans cette ville et où
il composa la presque totalité de ses œuvres. Cette maison, qui est très
petite et très délabrée, dont la valeur matérielle serait tout au plus de
3000 thalers (12, 000 francs), a été adjugée à la municipalité de Wei-
mar, au prix de 5,025 thalers (20,100 francs). A la bonne heure! cet
achat est une belle action qui fait honneur au conseil municipal de
Weimar. Un sentiment noble et patriotique lui a fait comprendre que la
maison du grand poëte était désormais devenue un monument national
qu'il était du devoir de la ville de conserver comme un glorieux sou-
venir '.
La vente de la maison de Schiller nous rappelle qu'il y a peu de temps
on parlait, en Angleterre, de mettre aux enchères la demeure de l'auteur
du Roi Lear, et que la société Shakespearienne avait l'intention bien
arrêtée de l'acquérir, à quelque prix que montât l'encan. Un citoyen an-
glais nommé Georges Jones, historien et auteur d'un discours prononcé
publiquement, en 1836, sur la vie et les ouvrages de Shakespeare, voulant
empêcher que la spéculation américaine ne s'emparât de cette maison
pour la transporter aux États-Unis, en a offert une somme de 2,000 livres
sterling (50,000 francs), pourvue qu'elle lui soit vendue directement et à
l'amiable, et que la mémoire du grand homme ne soit pas livrée à l'ou-
trage d'une vente à l'enchère. Cet immeuble ne vaut pas d'ailleurs intrin-
sèquement plus de 5 à 6,000 francs.
Ces faits révèlent encore des intentions nobles et dignes. La France
aurait dû prendre depuis longtemps l'initiative de ce respect pour les
lieux habiles par ses grands poètes ; la maison de Molière ne serait pas
aujourd'hui convertie en mont-de-piété. Ou du moins, s'il y avait impos-
sibilité matérielle à l'achat de ces édifices, les autorités devraient faire
poser à la façade des inscriptions commémoratives qui témoignassent de
la vénération légitime accordée au génie.
Miss Burdett Coutts et l'église Saint-Étienne. — La première
pierre de l'église Saint-Étienne dans Rochester-Row (Westminster) vient
d'être posée par miss Burdett Coutts avec les formalités observées en pa-
reil cas et en présence d'une foule nombreuse. Outre l'évêque de Londres
qui dirigeait le cérémonial, les évêques d'Oxford, d'Adélaïde et de Tas-
manie étaient présents, ainsi que quelques lords, plusieurs doyens, archi-
diacres et autres dignitaires de l'Église anglicane. Les dépenses de la
construction de l'église, ainsi que les frais de premier établissement et
d'entretien pour une école de 230 garçons et 170 filles, tout .sera aux
frais de miss Burdett Coutts. Le terrain a été offert par le doyen et les
chanoines de Westminster. L'église pourra contenir mille personnes.
La truelle d'argent avec laquelle la fondatrice devait poser la première
pierre lui a été présentée par les habitants du quartier ; elle portait une
inscription analogue à la circonstance.
Première église rongienne. — Nous avons lu, il y a quelques jours,
les lignes suivantes dans une lettre datée de Liegnitz (Silésie prussienne;.
« On vient de poser dans notre ville la première pierre d'une église ger-
mano-catholique. C'est la première église que l'on ait commencé à bâtir
en Prusse pour le culte dont M. Ronge est le fondateur. Jusqu'à présent,
les catholiques allemands de la Prusse ont célébré leur service divin soit
dans des maisons particulières, soit dans des églises appartenant aux autres
communions protestantes. »
Mais dans quel style architectural construit-on cet édifice? la lettre n'en
dit rien. Et cependant c'est là un fait très intéressant à constater. Un culte
novateur comme celui de M. Rongea besoin d'un art nouveau pour élever
un temple on harmonie avec ses cérémonies et ses dogmes. Autrement il
y a contradiclion et désaccord.
Mosquées et synagogues. — Tandis que nous construisions une mosquée
dans nos possessions du Nord-Ouest d'Afrique, pour nos alliés arabes, le
vice-roi d'Egypte en construisait une au Nord- Est du même continent,
dans l'immense citadelle du Caire, doninotre confrère M. H. Uorcau nous
a donné une si belle idée dans son « Panorama d'Egypte et de Nubie. »
C'est à la citadelle qu'habite Méhémel-Ali quand il séjourne au Caire, et
c'est auprès de sa nouvelle mosquée, dont il a dirigé lui-même la con-
struction, qu'il veut établir sa sépulture et celle de sa famille. La nouvelle
mosquée est en albâtre.
A AltSirelitz, dans le grand-duché de Mecklembourg-Strelilz, on vient
d'inaugurer une nouvelle synagogue.
Le tombeau de la reine Frcdérique. — La chapelle sépulcrale, en
style gothique, que le roi de Hanovre a fait bâtir dans le parc de la rési-
dence royale de Herrenhausen, pour feue la reine Frédérique-Caroline,
née princesse de .Mecklembourg-Strelilz, vient d'être terminée, et dès que
cette chapelle aura été consacrée par l'évêque du Hanovre, le sarcophage
contenant les restes mortels de la reine Frédérique, qui est déposé dans
la chapelle du palais royal de Hanovre, y sera transféré.
Les hippodromes sont à la mode.— Font-ils fortune ? nous n'en savons
rien, mais on achève de construire un hippodrome près de l'établisse-
ment des bains de Schénemingues (Pays-Bas), et il se forme une compa-
gnie dans le but d'en construire un antre à Londres.
La société européenne, depuis un demi-siècle, est devenue de plus en
plus démocratique ; le caractère des plaisirs publics se transforme sous
cette influence, et l'architecture, avec sa souplesse habituelle, obéit à la
pression des nouveaux besoins. Dans les hippodromes de grandes masses
de .spectateurs peuvent se réunir pour assister aux jeux; les prix des
places peuvent être très modiques, par conséquent à la portée de toutes
les bourses comme les scènes représentées sont à la portée de toutes les
intelligences. Qu'on varie un peu les jeux de l'hippodrome, et bientôt à
ces bâtis en planches se substitueront des constructions en pierres, et
nous rivaliserons avec l'antiquité.
— Madrid nous prépare un gaz hydrogène obtenu par un nouveau
procédé, disent les journaux espagnols; ce gaz, qui donnerait un éclairage
très brillant et sans mauvaise odeur, s'obtiendrait à un prix sensiblement
au-dessous du prix actuel du gaz d'éclairage. L'auteur du nouveau pro-
cédé, M. Calderon, aurait été chargé de l'éclairage du palais de la reine,
et de la place sur laquelle s'élève l'habitation royale. Voici bien des fois
que les journaux annoncent des procédés perfectionnés et plus économi-
ques pour l'éclairage public ; mais jusqu'ici ces annonces n'ont pas été
suiviesde faits très importants ; l'ingénieur espagnol sera- t-il plus heureux 7
Espéronsie ; il est temps que l'Espagne industrielle s'éveille, et d'ailleurs,
dans tous les pays, un trop grand nombre de villes de second et de troi-
sième ordre sont encore fort mal éclairées.
Expositions industrielles. — L'idée d'exciter l'émulation des fabricants
par des expositions des produits industriels commence à se propager en
Europe d'une manière effective. Ainsi une sociéiéde riches négociants vient
de se former à Hambourg, afin de fonder dans cette ville une exposition
perpétuelle des produits industriels de tous les pays de l'Europe sans ex-
ception. Cette société espère par là doubler l'ardeur industrielle des fabri-
ques allemandes, et augmenter en même temps les relations commerciales
de Hambourg avec les étrangers qui y trouveraient une collection de mar-
chandises provenant de toutes les manufactures européennes. L'exposition
se fera dans un immen.se bazar qui sera construit exprès sur un des quais
de l'Alstcr, et qui sera décoré avec un luxe et une magnificence asiatiques,
La Belgique aussi a ouvert son exposition : mais celle-ci est seulement na-
tionale et temporaire. Elle a lieu à Bruxelles dans les vastes bâtiments du
nouvel entrepôt de cette ville et se continuera pendant les mois d'août et
221
REVUE DE L AUCniTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
de septembre. Le ministère du commerce fiançai» »c pr(;|)ari! à y envoyer
une commission, sous la présidence de M. Legeuiil, de la cour des pairs.
— Une Académie des sciences et d'histoire ylent d'êlrc déliaitive-
ment constituée à Vienne, en Auiriclie, Elle se divise en deux classes:
l'une consacri'e aux sciences physiques et matli(<mati(|ues, l'autre aux étu-
des liistoriques, arcliéulo^iques et linguistiques. Chaque classe se compose
de iU membres, lis sont nommés par l'Empereur parmi ^candidats dési-
gnés par l'Académie. Les membres tiouoraircs et correspondants sont dé-
signés directement par l'Académie.
L'Académie distribuer.) annuellement quatre prix, et l'imprimerie Im-
périale est mise gratuitement à sa disposition. Cette dernière disposition
devrait bien être adoptée en France, au moins pour ce qui touche aux
comptes-rendus des séances de noire Institut, qui pourraient ainsi deve-
nir plus détaillés, et se compléter par des dessins qui font trop souvent
défaut.
— Travaux d'utilité publique en Egypte. — L'absolutisme a son
boncôlé. — En arrosant les champs on fait poasser des munumenlt. —
Barraye du Nil. ■- On prétend généralement qu'autrefois, en fcgypic,
la meilleure partie de la population était employée 'a la construction de
.monuments gigantesques qui avaient i'urtout pour objet la gloire du roi
régnant. Cette interprétation nous semble d'une étroiicsse singulière, et
nous tenons à en faire robser>alion au moment où nous allons dire deux
mots des immenses et utiles travaux qui s'exécutent en ce moment parla
volonté, despotique tant qu'on voudra, mais certainement très heureu-
sement dirigée et très bienfaisante de Méhémet-Ali. M. le docteur Gaèlani-
Bey, premier médecin du vice-roi d'Egypte, vient d'adresser une lettre
à l'un de ses amis de Paris, dans laquelle il dit que les travaux d'assainis-
sement, qui se poursuivent en Egypte, sont réellement immenses, et tels
qu'on ne pourrait guère les effectuer dans un pays qui ne serait pas,
comme celui-ci, soumis à un souverain absolu. On disimse pour ces tra-
vaux de la majeure partie de la population égyptienne. Méliémet-Ali, dit
le docteur, est résolu de faire disparaître la peste des contrées qu'il gou-
verne. En olTi:t, partout on comble les mares d'eau, si nombreuses dans
ce pays; on construit un barrage à travers le Ml pour en régulariser la crue,
pour distribuer des eaux pures partout où il en est besoin, pour préparer
toutes lus conditions favorables aux bonnes récoltes, assurer et garantir
les subsistances. Quels sont les pays constitutionnels qui montrent une plus
grande sollicitude pour la prospérité générale 7 Qu'on ne se trompe pas,
toutefois, sur nos intentions. Nous ne voulons pas donner le régime actuel
de l'Egypte comtnc le beau idéal auquel il faut tendre à s'approcher, mais
de ce contraste entre un pays barbare et nos contrées civilisées on peut
tirer cette utile conclusion : c'est que pour la prospérité générale, pour
l'essor des grands travaux publics conçus en vue de l'intérêt collectif,
pour le bien-être de tous, pour l'essor des beaux-arts, il faut réaliser
des conditions qtii permettent une grande unité d'action, une action qui
ait avant tout riuiérét collectif pour objet. Aujourd'hui, en France, les
questions les plus graves d'intérêt général sont compromises par des in-
térêts particuliers. M. de Uasparin, dans un rapport récent adressé à l'A-
cadémie des sciences, a démontré avec une admirable lucidité et une rare
précision, qu'il serait aisé de doubler les produits alimentaires de la
France; mais à la pratique son idée rencontrerait des obstacles invinci-
bles. Tout le monde connaît aujourd'hui de quelle importance serait pour
la France un système général d'irrigation ; mais quand pourra-t-on k
réaliser 7
L'ardiitecture ne peut prendre on grand essor que lorsque les richesses
abondent, et il est strictement vrai de dire qu'en arrosant convenablement
notre sol avec ces mêmes eaux qui le ravagent chaque année, on ferait
pousserde' beaux monuments en même temps qu'une belle végétation et
d'immenses ricliesses. Toujours la ricliesse et l'aisance rendent hommage
aux arts.
La pose de la première pierre du barrage du Nil a eu lieu le U avril.
&0,0UO personnes assistaient à la cérémonie, dont le procès-verbal,
imprimé d'avance, eu lettres dor, sur une feuille de parcbemin, reçut
l'enipreiaie du sceau de Iklébémet-AI, qui iariu la ;
k apposer leur signature k côU de la deaae. L'pc peiiie <
contenant des médailles d'or et d'argent frapp<e« pour la drcoaMaace,
ainsi qu'un échantillon de loote* les monoaica balloca ca tgjpe dorant
le cours du gouvernement de .S. A., a reçu le procte-vertMl, aiMl fa'oa
dessin du barrage. La bolie en plomb a été ensuite tcdlée daaa lae ae-
conde caisse et déposée dans la cavité pratiquée dan» la pterre dcMMe k
la recevoir. Avec un marteau d'argent Méliémet-Ali a bappé le Uocde
granit, et il y a étendu ensuite une couche de mortier a«ec HK trade
d'or. Pendant ce temps, l'artillerie grondait, les ulémas adnaHkat étt
prières au ciel, et, comme li Coostautiaopte, dans une drcaMHM* fé-
cente. on sacrifiait des animaux.
Monuments turcs foudroyés — La fondre est tombée daas lea der-
niers jours de juin sur le minaret de la moaqoée du sultan Ba|aaet, à
Consiantinople. Cette tour, écritOD, s'est entièremêiU ffiiiiifii et aCi
débris ont écrasé deux personne*. Mais babitneUement 1 hm ca lalwllu
des nouvelles venues de loin. C'est, cependant, la troisième moaqoée de la
ville byzantine qui ait été frappée cette année dn fen du ckL Le lonacne
est aussi tombé depuis {leu de temps sur difers autres édifices de Vttu,
tels que la résidence impériale de Tcberaglun, la porte d'Aadrtoopie, et
la caserne d'artillerie près de Péra. H semblerait vraiment qoe le cM ail
condamné ces témoins de la grandeur passée des Tores, et il ne bat pa»
s'étonner que ces effets de la foudre aient répandu le Jécoorafeacat
parmi la populace turque, assez superstitieuse pour ; voir le prftiff d'ié-
véoements malheureux pour l'empire ottoman.
BIBLIOGBAPHIE DE 1846.
(SttiU. \oj.coL. 176.)
Xt«l>lMt«ineot, légi»l«lio« el éconmnie des OlMana* da 9m.
CiiEMiM DE FER DE pAsis A MASiULLc, de la traccTsét <U Lyom ; par M. L. laa-
nardet. Io-S° de 7 feuilles 3/i. Imp. de Boitcl, k Lyon.
Chemin de fei deToiesa Names. Ordonnance d'boaiolagaUBB de* siatnia. —
Slatult.— I.x>i de coDCCMioD.— Cahier des charges.— I»-8*de S fMuUcsI/t.
Impr. de Dupout, à Pari*.
Cbemin de fer d'OkUass a Bosokavx. Exploiution, coaspUbiUld ipéfiaW»
in-8° de 3 feuille* 1/2. Impr. de Dupont, à Paris.
Enquête lur le chemin d» fer de \arb<mm»à Ptrfigmam. Aikhtom m» tratéé»
Karbonna à la Kouvelle, par Bofit, Pvyraeéê Jtsr «C Sifsaa; tmttit
d'une noie sur le port de la Xouvelle ; par M. Hip|iolyte Faare. la-t* de
2 fenilles 1/2. Impr.de Boulé, i Paris. — A Paru, cket Uaitvia mVm-
taloe, paiiige des Panofaaaa.
QuATsiÉHK LCTTSK à M. I» msuttitre dt$ travaux fmbUc», niaii— è !'«
chentenl des chemifu de fer de Vimm» sur CraaoUa; par M.
député de l'Isère. Io-4* d'une (enille. Imp. de Bonté, k Paria.
Dt ijk TIAVERSÉS DK Lvoii par <« chentimàtfer. !■-•* d'ane farilla i/1. iBpr.
de Wittersheitn. k Paris.
Accident du chemm de fer du Nord. In-folio d'une desM-feuille. lap. daStat,
k Paris. — A Paris, place Manbert, 10. Accideolda 8 jaillct.
Note lur {'accident arrivé sur- le chemm de ferduSord, («SjuaiM 1816 : par
M. Lamarle, iugéoicur des poots-el-cbaussées. Ia-8* d*nDe feaille. bapr.
d'Adam Auber, i Douai.
Tiuis LETTRES à il. le minislr* des travaux pMiet, déMMraar la eaaM
réelle de la catastrophe du cAentta d« fer du JVord, tt I» i
imminent avec les machines actuêltes ; par M. AnolM, I
In-8* de trais quiru de feuille. Imp. Foumier, 1 Paris.
De la cadk é» àéraUimmmU dt wagons sur les «»«*•»*§€*•■*« d» jlr;
par M. Théadora OUrier. ia-8* de 6 rtuilles. plus S pi. Impr. da Cla|«. 4
Paru. — A Pari*, cbei Maihias (Aafartia'. quai Malaqnaia, f S. Pria. S •
Mémoire préseolé à MM Iri nieaibfea de l'Académie d«* Wiawii (lacliaa de
mécanique), sur un mécauisme destiné à provenir lea accidMM lar les
chemins de fer. io-4° d'une feuille, plu» une pJ. la^e. di timtj itt, i
Lyon. Signé : Benoit Roubier, Ibadear k Lyoo.
NoTiCK sur la amsiruction des luimtU de SaiiU-Clamd «t de 1
de considérations sur Pé
223
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
224
nant les dimensions principales, les prix, etc , de soixanle-six Itmnels éta-
blis en France, en Angleterre el en Belgique ; par Toni Fontenay, ingénieur
civil. In-8°de 5 feuilles 1/4, plus 9 planches. Impr. de Fain, a l'aris. —
A Paris, chez Carilian-Cioeury et Dalmout, quai des Augustins, 39-41.
Prii * 50
Tbaité de la police et de la voirie des chemins de fer, et de la législation des
locomotives qui les desservent, avec un formulaire des actes, etc. ; par
M. Gand, in-8° de 26 feuilles 1/2. Impr. Poussielgue. — A Paris, chez
l'auteur, rue Montmartre, 171 ; chez tous les libraires 7 50
Traité théorique et pratique de la législation et de la jurisprudence des che-
mins de fer, où sont expliqués les droits et les obligations des compagnies,
des actionnaires et du public, etc. : par MM. Bibel et Juge. ln-S° de
30 feuilles 1/i. Impr. de Cosse, à Paris. — A l'aris, chez Cosse et Dela-
motle, place de la Bourse, 27. Prii. 7 50
La Locomotive, livre général des services de tous les chemins de fer parlant
de Paris. Édition du mois de janvier 1846. la-S" de 2 feuilles. Impr. de
Dupont. — A Paris. Prix 0 15
La Locomotive, livre général dés services de tous les chemins de fer partant
de Paris. In-S" d'une feuille 3/4. Impr. de Paul Dupont. — A Paris, rue
Grange-Batelière, 9. Pris 0 15
Avis DE J. P. Maes sur l'emplacement de la Gare de A'anfes. In-S" d'une
feuille l/l. Impr. de madame veuve Mellinet, à Nantes.
GtiDE du voyageur sur le chemin de fer de Paris à Tours, avec tous les ta-
bleaux des heures de départ, etc. ln-16 d'une feuille 1/2. Impr. de Pollel,
à Paris. — Paris, chez Gcrvais, rue de la Gare 0 50
Chemin de fer du Nord. Les fêtes de l'inauguration ; par M. Alfred Asseline.
In-S" d'une feuille 1/2. Impr. de Lacour, à Paris. — A Paris, chez Le-
clère, rue des Grès, 5. (En prose).
Le Chkmin de fer d'Orléans, journal des voyageurs. Littérature, mœurs,
théâtres, modes, itinéraires, voyages, industrie. In-S" de 2 feuilles. Impr.
deCbaii, h Paris.
Sciences, machinei, topographie, etc.
Air comprimé. Description générale de l'emploi de l'air comprimé comme force
gratuite, envoyé comme les gaz à des distances indéterminées, pour V expiai.
talion des chemins de fer et usines. Deuxième édition. Par J.-B. Roussel.
In-S" de 2 feuilles. Impr. de Kléfer, à Versailles. — A Versailles, chez
l'auteur, rue Hoche, 23. — A Paris, chezMalhias.
Mémoihe sur un nouveau mode de construction de lavis d' Archimède, par E.-
N. Davaine. In-S" de 11 feuilles 3/4. Impr. de Danel, à Lille.
Notioss de statique et de mécanique industrielles ; par J.-M.-M. Peyré. Qua-
trième édition. In-8" de 10 feuilles, plus 4 pi. Impr. de Momalant-Bou-
gleux, à Versailles. — A Paris, chez Mathias, quai Malaquais, 1 5. Prix. 4 50.
Traité théorique et pratique des moteurs, destiné à faire connaître les moyens
d'utiliser tous les moteurs connus, etc., etc. ; suit'i de l'application des mo-
teurs aux machines, par C. Courtois, Tome l", première partie. Moteurs
animés, ln-8" de 18 feuilles 3/4. Impr. de Fournier, à Paris. — A Paris,
chez Mathias (Augustin), quai Malaquais, 15. Prix 5 »
Perfectionnement des machines locomotives et fixes, par M. G. Cosmel, In-4°
de 6 feuilles, plus 3 pi. Impr. de Cosnier, à Angers. — A Angers, chez Cos-
Dier ; à Paris, chez Mathias (Augustin).
Cours de mécanique de l'École polytechnique, par M. Duhamel, membre de
riustitut. Deuxième partie. ln-8" de 22 feuilles 1/2, plusuoe pl.Impr.de
Bachelier, à Paris. — A Paris, chez Bachelier, quai des Augustins, 55.
Prix de chaque partie 5 50
Eis^i sur la poudre-coton, par Frédéric Lobstein. In-12 d'une demi-feuille.
Impr. de Baulruche, à Paris. — A Paris, chez Moquet, cour de Bohau, 3,
passage du Commerce.
Traité suc les machines à vapeur. Ouvrage divisé en deux grandes sections,
par MM. E.-M. Bataille et C.-E. Jnllien. Livraisons 1 à 4. In-S» de
12 feuilles, plus 6 pi. Impr. de Gratiot, à Paris. — A Paris, chez Mathias
(Augustin), quai Malaquais, 14. Prix de chaque livraison 2 >
L'ouvrage aura 2 vol. 10-4° avec atlas.
L'art de lever les plans, etc. ; par Camille Bonnard. In-i" de 25 feuilles 1/2,
plus 7 pi. Impr. de Morisset, à Niort. — A Niort, chez madame Clouzot.
Le Néopentomètre, iustrument de géodésie et topographie, suivi de Stadia et
Sladia Alidades ; par MM. A. Testor et F.-J. Sécrétant. In-4° de •* feuilles,
plus 4 pi. Impr. lith. de Imbert, à Toulon.
L'ari de lever les plans et du nivellement, avec planches explicatives ; par
E. Debrun. 10-4° de 4 feuilles, plus 7 pi. Impr. de Dembour, à Metz. —
A Metz, chez Dembour.
Traité élémentaire de topographie et de lavis des plans, illustré de nombreuses
planches coloriées avec soin, et prccédé de notions de géométrie ; par
M. Tripon. In-i" oblong de 4 feuilles 1/2, plus 12 pi. et un frontispice.
Impr. de Pion, à Paris. — A Paris, chez Langlois et Leclercq, 81, rue de
la Harpe. Prix g ,
Archéologie, architecture théorique et pratique, Beaux-Art« etc.
Propositions pour l'achèventent des Tuileries au Louvre ; par A. -F. Mauduit.
In 8" de 2 feuilles 1/2, plus une pi. Impr. deF. Didot, à Paris. Prix 0 75.
Etudes sur la réunion du palais des Tuileries au palais du Louvre, présentées
aux expositions de 1814, 1845 et 1846; par Alei.L. Badenier. In-folio
d'une feuille Impr. de Malteste, à Paris.
Notice historique de l'arc de triomphe de l'Étoile, publiée par J. Thierry et
G. Coulon. Nouvelle édition. In-8" de 2 feuilles, plus une vignette. Impr.
deSchneider, à Paris. — A Paris, chez Thierry, rue Sainle-Appoline, 15;
chez Rosseliu ; à l'Arc de triomphe, chez le gardien. Prix o 50
La chapelle de Saint-Feiidi.vand, publiée avec l'autorisation de Sa Majesté la
reine, par Pierre Sudu. Faux titre, titre, description, et noms des sous-
cripteurs. In-folio de 4 feuilles. Impr. deClaye, à Paris.
NoTiCK EXPLICATIVE des peintures à fresque exécutées par M. Victor Motte, sous
te portique de l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois. In-12 d'une demi-
feuille. Impr. de Maulde, à Paris. — A Paris, à la Sacristie. Prix. 0 25
Nouvelles observations sur le projet d'agrandissement et de construction des
halles centrales d'approvisionnement pour la ville de Paris, soumis à l'en-
quête publique en août 1845. Suite d'un examen critique publié en oc-
tobre 1845; par Hector Horeau, architecte. In-l" d'une feuille. Impr.
do madame Boucbard-Huzard. à Paris.
R.VPPORT sur un projet d'ouverture de la rue Keuve-Hivoli, depuis la place cte
l'Oratoire-du-Louvre jusqu'à la rue Saint-Antoine, à la hauteur de l'é-
glise Saint-Louis-Saint-Paul. In-4'' d'une feuille 1/2, plus un plan. Impr.
d'Appert, à Paris.
Projet d'une nouvelle cité avec salle de concerts et Orphéon ; par Henri Bar-
thélémy. In-fol. d'une feuille, plus une pi. Impr. lith. de Binetcau, à
Paris. — l'aris, rue Hauteville, 6.
Agrandissement de la Sorhonse. Établissement de la faculté des lettres, de
théologie et des science."!. In-8" d'une feuille 1/4. Impr. de Dupont, à Paris.
L'inauguration de la halle au blé de Lectoure (Gers) ; par un Lcctourois. In-S"
de 2 feuilles. Impr. de Foix, ù Auch.
I.N3T1TUT ROYAL DE France. Académie royale des Beaux-Arts. Séance publique
annuelle du samedi 10 octobre 1846, présidée par M. Remay, président.
In-4'' de 10 feuilles. Impr. de F. Didot, à Paris.
Principes du dessin d'architecture ; par Naviet. Deuxième édition. In-18 de
S feuilles 1/2, plus 8 pi. Impr. de Martin fils, à Châlons-sur-Marne. —
A Châlons-sur-Marne, chez Martin fils, chez l'auteur, rue des Scpt-Mou-
lins, 1. Prix 2 75
L'art de composer el de décorer les jardins, par M. Boitard. Deuxième édition.
In-S" oblong de 11 feuilles 1/2, plus un atlas in-8° d'un quart de feuille
et 120 pi. Impr. de Cardon, à Troyes. — A Paris, chez Roret, me Haute-
feuille, 10 bis. Prix 15 »
Art de construire et de gouverner les ser?es, par Neumann. Deuxième édition.
In-4'' oblong de 30 feuilles 1/4, plus 23 pi. Impr. de Pion, à Paris. — A
Paris, chez Audot, rue du Paon, 8. Prix 7 »
Des Ballons dans les fêtes publiques. In-12 d'une demi-feuille. Impr.de
Schneider, à Paris.
Petite Correapondance.
M. G., libraire d Nancy Si vous n'avez pas reçu la suite de voire
abonnement au 6" volumedela Revue, c'est parce que votre correspondant
a refusé de payer le 2' .semestre. — Si vous voulez, à l'avenir, ne plus
éprouver d'interruption, mieux vaudra faire prendre votre abonnement
pour l'année entière.
César DALY,
Directeur et rédacteur en chef,
membre de rAcade'mie royale des Beaux-Arts de Slockboim, de Plnstitut
royal des Architectes hrilanniques, etc., etc.
Paris. —.Imprimerie de L. MART1.NET, rue Jacob, 30.
22fr
IJEVUË DE LAIlCHITKCTUnE ET DES THAVAUX PUBLICS.
2»^
NOUVELLE ECOLE DES PONTS ET CUAUSSÉES.
]?ar ordonnance en date du 22 mai 1842, l'aocien liôlel
Fleury (rue des Saints-Pères, 20), après avoir servi suc-
cessivement aux ministres des cultes et des travaux publics,
a été aiïecté à l'Iilcolc des ponts et chaussées, et la belle
construction de l'auteur des bâtiments de l'hôtel des Mon-
naies (1) reçut une destination toute différente de celle que
l'on s'était proposée.
Une somme de 80,000 fr., consacrée à des travaux d'ap-
propriation, ne remédiait cependant en aucune manière à
l'insuffisance des bâtiments qui n'offraient pas, pour la col-
lection des modèles, l'étendue que son importance toujours
croissante réclamait. Une nouvelle voie de communiciition,
la rue Neuve de l'Université, ouverte derrière les jardins de
l'école, permit au gouvernement d'acheter une portion de
terrain pour y faire bâtir la suite des galeries des modèles qui
occupaient déjà un bâtiment en aile.
Un projet fut rédigé en ce sens, et un crédit de 285,000
francs fut ouvert sur l'exercice 1845, pour subvenir aux frais
d'acquisition du terrain, à la construction et au mobilier de
ses galeries.
Le nouveau projet approuvé comprend une longue salle
divisée en trois zones pour la classification des modèles (*oy.
le plan, pi. 16), un double rang de hautes tables et des ta-
blettes fixées contre les lambris du soubassement. La façade
sur la rue Neuve de l'Université ne devant recevoir que des
jours secondaires, puisque les principaux jours sont tirés sur
le jardin, on a di\ ménager l'emploi des fenêtres et ne les
traiter que comme moyen de ventilation. (Voy. l'élévation
de cette façade, pi. 16.) Les fenêtres correspondantes à la
tête du bâtiment en aile (voy.p/, 17) et à la cage de l'escalier,
sont traitées autrement que celle de la grande salle, pour
répondre à un service différent et accuser extérieurement
cette différence.
Pour éviter de faire traverser inutilement tous les bâti-
ments de l'école, une porte pour l'entrée des modèles a été
(I) Antuinp.
T. vu.
pratiquée dans l'angle à gauche (voy. l'élétalfon, pi. 16);
mai» l'auteur de ce projet, M. Garrez, ancien pensionnaire
de Uomc, a trouvé cette porte trop peu importante pour
troubler, en l'accusant, l'économie régulière de sa façade.
Nous parlons de la régularité de cette façade et cependant
elle n'est guère régulière en ce moment, mais elle pourrait
au moins le devenir. Il serait en eiïct à désirer, pour le com-
plément de cette façade, que l'administration supérieure en-
trât dans les vues de l'école, et que, dans on aienir plus oa
moins éloigné, on complétât, par un pavillon répétant celui
qui fait tête de salle, l'extrémité gauche de celte façade. A la
vérité, telle qu'elle est, l'architecte a Lien atteint le Lut qu'ii
se proposait, en accusant nettement à l'etlérieur, avec le»
formes graves et sérieuses qui conviennent è on tel établisse-
ment, les besoins de l'intérieur.
Par l'ensemble de ces travaux, terminés en 1846, on vient
de doter le pays d'un établissement assez complet; et, grâce
au zèle intelligent et aux connaissances de M. Garraz, noos
avons un édifice qui, sansoiïrir une parfaite unité de style, est
cependant digne de recevoir une école de haut enseignement.
Planche 16. On voit ici le plan de la salle des modèles et
la nouvelle façade exécutée sur la rue Neuve de l'Université.
Les fig. 1 et 2 donnent la coupe de la portion de cette
façade qui correspond h la grande salle, et les fig. S et 4,
les pilastres qui décorent intérieurement la salle du rez-de-
chaussée et celle du premier étage.
Les profils de ces détails ont h la fois de la finesse et de
la fermeté; mais nous leur trouvons un air un peu âpre, oo
peu sévère, pour une décoration intérieure.
Planche 17. Cette planche reproduite une grande échelle
la portion du plan, donné pi. 16, où se voit l'arant-corps
du bâtiment en aile. On y trouve aussi l'éléfation de cet
avant-corps.
Planche 18. Ici sont réunis tous les détails décoratifs de
la façade : l'ordre du premier étage, l'entablement du rez-
de-chaussée, les petites fenêtres de la grande salle des mo-
dèles et les grandes fenêtres de l'avant-corps formant tête du
bâtiment en aile. La réserve que nous avons faite, en parlant
des détails intérieurs, n'existe plus ici; et plus d'un confrère
voudra emprunter à M. Carrez, qui le couronnement de
l'entablement où le chéneau entre dans la déroration gé-
nérale, qui telle autre partie, car il y a ici à prendre et à
apprendre.
PROJETS D'ÉGLISES PAROISSIALES (P/. 19 et 20).
Ces deux projets, l'un par M. Dainville et l'antre par
M. Fromageau, élèves de M. Constant-Dufeax, figuraient
parmi les trente-deux projets exposés à l'École des Beani-
Arts lors du dernier concours de construction générale, entre
les élèves de deuxième classe. Nous avons déjà donné, p/. 7,
un projet que nous avions remarqué à ce concours. Voici
quel était le programme :
15
227
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
228
* PROJET D'UNE ÉGLISE PAROISSIALE.
Celte église aura environ 100 mètres de long et 33 mètres de large
mesurés extérieurement. Elle comprendra :
Un porche, pronaos ou narthex, avec le clocher et le baptistère.
Une nef (naos), avec chœur et sanctuaire terminé par une abside, au-
tour de laquelle devront être la chapelle de la Vierge et celles dédiées à
différents saints.
Deux bas-côtés ou collatéraux, au-dessus desquels seront des trifo-
rium ou galeries pour les catéchumènes et pour recevoir les fidèles dans
les grandes solennités.
Un transsept ou nef transversale, au milieu duquel sera érigée une
coupole sur pendentifs ou trigoni, avec dôme au-dessus.
Deux sacristies. — L'église sera chaujfée et éclairée. Une partie du
sol, des murs et des voûtes sera revêtue de mosaïques, de peintures
murales et de sculptures monumentales.
On emploiera (selon l'occurrence), à la construction de cette église, la
pierre de taille, la brique, le moellon, les poteries, le béton, le bois,
le fer et les autres métaux. On observera, dans l'application de ces maté-
riaux, les principes consacrés par l'expérience et par les progrès des
sciences.
La distribution et la décoration, ainsi que les dispositions des dilTé-
renlcs parties de cet édifice, sont laissées au choix des concurrents. On
ne proscrit ni ne prescrit rien, néanmoins on devra éviter les arcs-bou-
tants apparents, ainsi que les arcs ogives qui servent dans le même
cas. On cherchera un caractère religieux, sans s'attacher à copier les mo-
mimenls de telle ou telle époque.
L'église se composera du plan de rez-de-chaussée à l'échelle de 0"',0025
pour mètre, de la moitié de la coupe longitudinale du transsept et de la
moitié de celle de la nef et des collatéraux, à l'échelle de 1 centimètre.
Toute esquisse mal dessinée et faite avec négligence, motivera la mise
hors de concours.
L'étude au net comprendra :
1° Les plans des fondations, du rez-de-chaussée, des naissances des
voûtes et des combles h l'échelle de 0",005 pour mètre.
2° Les trois principales coupes et les trois principales élévations, à
réchelle de 1 centimèlrc.
3° Les détails de construction des fondations, du rez-de-chaussée,
des voûtes, des combles, de la coupole et du dôme du clocher et de son
befTroi, etc., à l'échelle de 2 centimètres.
k" Les détails des charpentes, fers, fontes, menuiseries, marbrures,
mosaïques, couvertures ; reliefs à la toiture, à la sacristie, aux chapelles,
au maître-autel, au ciborium, à la chaire à prêcher, au rétable, au banc
d'œuvre, aux confessionnaux, aux balustrades et lambris.
Enfin, ceux concernant les vitraux, l'éclairage par le gaz et le chauf-
fage au moyen de la vapeur ou tout autrement. L'échelle de tous ces
détails sera de 0",05 pour mètre.
Il est bien entendu qu'on se dispensera de répéter le dessin des mêmes
figures, afin d'employer moins de temps et moins de papier. Le nombre
des feuilles grand aigle ne devra pas dépasser six.
5° Enfin, un mémoire descriptif et un devis estimatif devront accom-
pagner les dessins.
L'objet principal de ce programme était iroiïrir une base
à un concours de construction ; c'est dotic surtout de ce
point de vue qu'il faudrait l'examiner; nous exprimerons ce-
pendant notre regret d'y reconnaître des traces de l'esprit
exclusif qui distingue si malheureusement, depuis vingt ans,
l'enseignement de l'École des lîeaux-Arts de Paris. N'est-ce
pas pousser un peu loin le respect du passé que de mêler
les usages d'autrefois aux usages modernes? Que signifie,
en effet, cette évocation des catéchumènes, qui n'existent
plus? Les catéchumènes étaient des personnes qui aspiraient
à devenir chrétiennes et qui recevaient les instructions né-
cessaires pour se rendre dignes du baptême. On les clas-
sait en audientes, genuflectentes, compétentes et electi.
Le catécliuménut était une précaution que l'Église jugeait
nécessaire pour ne pas admettre dans son sein des esprits mal
éclairés ou des cœurs faibles qui auraient pu devenir plus
tard un sujet de scandale pour les fidèles en retournant aux
pratiques des idolâtres. Aujourd'hui que tous les pays civilisés
sont chrétiens, le catéchuménat est sans objet; aussi l'Église
occidentale y renonça-t-elle il y a onze siècles déjà. A quoi
bon nous rappeler les catéchumènes à propos d'une église
du xix° siècle?
« On ne prescrit ni ne proscrit rien », dit le programme,
qui se hâte aussitôt de proscrire les arcs-boutants et les
ogives apparents, c'est-à-dire l'architecture gothique, dont
les plus belles manifestations se trouvent dans les églises
qui embellissent les principales villes de l'Europe et qui
furent construites, alors que les architectes étaient souvent à
la fois moines ou prêtres et artistes. Nous regrettons vive-
ment de rencontrer celte négation artistique dans un pro-
gramme qui a surtout la construction pour objet. Nous la
regretterions partout, mais ici il convenait, ce nous semble,
de laisser parler avant tout la science du constructeur; il
fallait, comme le dit le programme, que l'élève consultât
« les principes consacrés par l'expérience et par les progrès
des sciences. » Or, la science réclame parfois l'emploi de
l'ogive et même des arcs-boutants. Pourquoi alors les cacher
dans le cas où il conviendrait de les employer? Est-il sage
qu'on professeur de construction recommande de dissimuler
des formes dont la science peut recommander l'usage? La
bonne construction fut-elle jamais ennemie de l'art véri-
table?
A part ces critiques, le programme de M. Jay offrait une
large carrière aux concurrents; et si quelques formes, jugées
contraires à l'orthodoxie classique, étaient exclues du con-
cours, la matière du moins, sous tous ses aspects, y avait
ses libres entrées. Tous les bois, toutes les pierres, tous les
métaux, tous les produits de la nature et de l'industrie
étaient invités à figurer à ce concours, à jouer leur rôle
dans ce concert architectonique, à la seule condition d'éviter
les fausses notes et de contribuer à l'harmonie générale.
Ajoutons qu'tine fois le concours jugé, le professeur de
construction consacra une de ses leçons à faire aux élèves
des observations sur leur composition. Nous assistâmes à
cette séance, et nous devons déclarer que, dans son dis-
cours, plein d'observations judicieuses et de bons conseils,
M. Jay apprécia les tendances artistiques des concurrents
avec une libéralité d'esprit que nous n'avions pas espéré,
d'après les restrictions fâcheuses du programme.
D'après le projet de M. Dubel (/)?• 7), les voûtes sont en
maçonnerie; dans celui de M. Dainville, elles sont en fer, et
M. Fromageau a voulu les faire en bois. Le rapport qui doit
exister entre la matière et la forme artistique a été remar-
quablement bien étudié dans les projets pi. 19 et 20, oîi les
229
REVUE DE LAUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
au
voûlcs sont construites avec nervures et panneaux de rem-
plissage comme toutes les voûtes du moyen Age.
On remarquera comme une chose singulière que les arcs
formercts de ces trois projets sont elliptiques. C'est une forme
introduite dans les projets des élèves depuis pru d'années. Ce
sont les élèves de M. Constant-Dufeux qui ont donné le signal
de cette hardiesse è l'École des lîcaux-Arts, ou il est d'usage
(le jurer plus souvent par l'autorité de tel vieux monumentou
de tel vieil architecte, que par celle de la science moderne
et du sens commun. L'exemple a été suivi à l'atelier
de MM. Nicollc et Caristie. Nous n'entrerons pas ac-
tuellement dans l'examen des motifs qui ont pu conduire à
l'adoption de la forme elli|iliqiie, parce que nous aurons
prochuinemcnt l'occasion de donner à nos lecteurs le tableau
des princijiaux projets exposés à l'École des Beaux-Arts de-
puis quelques années, et dans lesquels cette forme a été
employée.
Description des planches \9 et 20.
Planche 19. Au bas de la planche se voient le plan géné-
ral, les élévations |)rincipale, latérale et postérieure, ainsi
que les coupes transversale et longitudinale.
Les détails sont à une plus grande échelle. La fig. 1 re-
présente deux travées de la façade latérale, et la fig. 2, deux
travées de la grande nef. La fig. 3 est la moitié de la coupe
transversale montrant l'abside. La fig. o est un détail de la
«rôle du toit j 5, le chapiteau des colonnes de la nef, avec le
sabot en fonte, qui embrasse la naissance des nervures en
fer; 6, la coupe de l'entablement, et 7, le fragment du
plan qui correspond aux fig. l et 2. Dans \afig. 7 se voient la
projection des voûtes sphériqucs en fer des bas-côtés, et un
fragment de la couverture et des chéneaux de la galerie ex-
térieure parallèle aux bas-côtés.
Planche 20. Comme dans la planche précédente, les
ensembles du projet occupent le bas du dessin, et les détails
la partie supérieure. Les fig. l cl 2 montrent l'extériear et
l'intérieur du corps de l'église, et la fig. 3, la portion du
plan correspondant aux fig. 1 et2. La projection des voûtes
est tracée dans ce plan. La fig. l\ est la moitié de la coupe
transversale de la nef, vue du côté de l'autel ; la fig. 5 est le
chapiteau des colonnes de la nef. Il est surmonté d'un sabot
en fonte, qui embrasse la naissance des nervures en bois. Un
détail des nervures, du mode de leur construction et de l'ar*
rangement de la voûte, est re|)résenté par la fig. 6.
Ces deux projets, comme celui de la />i. 7, ont été étudiés
par des jeunes gens très intelligents, sous l'habile direction
de deux hommes qui, ù des titres diftérenls, ont acquis le
respect mérité de leurs confrères. Les qualités des maîtres
se reconnaissent aisément dans les œuvres des élèves, et, dans
certains projets signés de noms encore inconnus en dehors
des ateliers, on trouve plus de choses nouvelles sous le
rapport de l'art qu'on n'en rencontrerait peut-£tre dans
vingt édifices nouveaux pris au hasard. C D.
DE OIVEBS
SYSTÈMES DE FERMFi» EN FER ET EN BOIS
HPLOTtU MM AHCLEmu.
Première ferme. Planche 21 .
I.,a figure première de la planche 21 représente l'enfcmblc
d'une des fermes du dépôt des marchandises h la station de
Cambden, sur le chemin de fer de Londres k Birmiogham.
L'une des extrémités de celte ferme repose sur on roar
de face, et l'autre s'appuie sur une plate-bande en Ibnle
établie sur une rîlc de colonnes aussi en fonte, formant les
différentes divisions de l'ensemble de ces magasins.
Chaque ferme se compose d'un entrait principal ou ti-
rant .\ B, en fer rond, divisé en trois parties réunies par im
moufles articulées. L'ensemble de l'entrait forme une ligae
brisée dont la partie du milieu est horizontale, et dont Im
deux autres s'inclinent à droite et i gauche vers les points
d'appui (1).
( 1 ) Ce retro%usement, qu'on ««gère parfoif , mm te doMcr ^'o* diainoe
aioti la rigidiië des rernio, cU loujoun d'un bou eCet q«aM il mi tait
avec modéraUoo, c'e«i-à-dire l'il ne dépatae pai la CMtièoM partit é» b
longueur de l'entrait. Noui diroiM tntme qu'il ett iodiapcoiablc, car ai l'an
établit l'entrait fur une teule ligne droite, pour peu qa'il fléthiaae (et il
en est toujours ainsi), lelTel est det ploa déaagrtabltfc U fMt, daa» i«H Im
cas, comme dan* la ferme que Booa déerivoM, M Bteafer la Cacalié4e
relever l'entrait au moyen d'un long pas de vis mnoi d'on éma à la |
inrérieiirc des poinçons. On n'a pas pris cette précaution au feroM* d<- ta i
d'attente du chemin de fer du Nord ; il en résulte qa'oo im p««t i
entrails qui ont Dccbi par le tassement de la (cnac, et ila mtaat
en dessous d'une manière regrettable.
Ajoutons en passant, que, dans un édiCce quelque pM aManMalal, k
charpente apparente en bois, comme est cette salle d'aUwta, •■ m dtnait
jamais substituer à l'entrait en buis un mince Uraol da fer ; car l'citftae
maigreur de cette tringle en métal, doot rieo M motive impériMMOBnC
l'adiiption, est du plus mauvais effet. Il semble même, dMM le «•• ^ mm
occupe, que les deux tronçoii* d'enlrait en bois, eofiM par dn^M eUttmUé
du tirant en fer, soient les reste* d'oo eolrail en bai* qa'oa amait coapé pM
suite d'un accident.
Du reste, un entrait filiforme m p«ot résister qu'à la traciieo, et il
peut se présenter des cas oîi il est néceaaaire qu'il s'oppeae an rrf
Si, par eiemple, le local couvt-ri par une charpente de cette I
placé entre deux bttimeots latéraux qui, par suite de <
tendraient à se déverser de son câté, le* entrait* filiforme* i
srr la moindre résisunce à la poaa*ée (qMjc aoppeee ptM tort* fM t
comble), les arbalétriers seraient soulevé* par le rappn
Les bàtimenU latéraux pourraient donc s'écrouler du cUé et MUc aille, ce
qui ne serait peut-être pas arrivé avec des entrait* ca bois à'wmm gniÊmm
convenable qui auraient résilié an rapprocbeatcnt im mm mumIi 0»
auraient terri pour ainsi dire d*élr<ailloaa.
RtmarguM du dir*c(Mir d« la A«ew. — Nm leclMi* «aveul comMm mm
nous tenon* en garde contre tout ce qni «e reasent d* l'eapril de oégaliaa *•
d'ficlusivisroe. Si une mauvaise application, on mois* encore, h rapplicaliM
imparfaite d'un sjalème devait entraîner la caodeaMiiM de cnajattee, il
faudrait renoncer à tous le* style* d'art, à loM le* ||||Ibmi 4t <
car on a fait de roanvais monuments de tous le* *tylc* et 4* i
siriictions d'aprê* ton* le* (ysiime*. Nous rtfreltoM doM ^m mU* mtà,
M. Janoiard, se décide à afBrmer qu'on ne doit jonais Mbalifer, 4aM IB
édince un peu monumental, à l'entrait en boia «a linM M fir.
Le fer employé pour réaister à la tractiM IkMliaaM caafctMiMCM A n
nature ; c'est à l'artiste à en tirer le meilleM parti pMHMc, et R aiaMe aa
moins hardi d'affimier à prioti parce qn'M Mm» M firi a Mé Ml, M^'W
ne confoit pas immédiatencol tUM manière de bien UÈn ém» ke mlm*»
V
'2âi
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
252
Un second enirait C, en fonle, à section cruciforme,
contre-bute les tôtes des deux arbalétriers en bois D, dont
celui de p;auche s'emhoîte par le pied dans un sabot en
fonte E. Celui-ci repose sur une sablière en bois, et est en-
Jilé pnr l'extrémité du tirant en fer AB, laquelle est filetée
€t garnie d'un écrou pour tenir l'écartement.
Le sabot de droite E', semblable au premier, est porté
far une plate-bande en fonte I, posant sur les colonnes (1).
conditions, que jamais un autre ne sera plus heureux que nous et les artistes
■dont nous blinnn; les travaux.
Quant au cas particulier cilé par M. Janniard, c'est-à-dire celui de la
salle d'attente de la gare du Nord, nous ne partageons pas son avis. L'adop-
tion de tirants en fer en place d'cniraits en bois a eu pour effet d'agrandir
■considérablement cette salle; l'œil du spectateur, au lieu d'être arrêté à la
^hauteur des entraits par une série de grands poutres horizontales, s'élève
librement jusqu'au sommet des fermes; l'air et la lumière circulent aisément
et on jouit du sentiment de l'espace et de la grandeur. Avec des entraits en
bois, la salle abaissée, rapetissée, paraîtrait moins hante de moitié.
Bien entendu, quand une ferme doit avoir pour objet à la fois de porter
«ne couverture et de contre-buter des constructions voisines, cas que suppose
M. Janniard, alors des entraits en bois vaudront mieux à coup sûr que des
.tirants en fer. Nous ne voulons pas de tiranis en for quand même; c'est
■contre leur proscription absolue dans des nionumenls importants que nous
nous inscrivons, en attendant qu'on démontre scientifiquement leur insuffi-
sance mécanique. Jamais aux belles époques de l'art, pas plus dans l'anti-
tjuité qu'au moyen âge, les artistes ne reculèrent devant les conséquences
naturelles résultant de l'emploi dune matière utile. C'est au point que, de
nos jours, des artistes éminents de l'une et de l'autre école, pleins d'adnii-
Tation pour les ressources artistiques que de tout temps on a puisées dans les
propriétés naturelles des matériaux, en sont venus à définir l'architecture :
aV Art d'orner la construclion . » Construisons donc bien! A. l'arlislc de
■chercher la forme décorative correspondant à chaque progrès nouveau que la
science apporte dans l'art de bûtir. D'ailleurs n'a-t-il pas été écrit : o Cher-
chez et vous trouverez. » Encourageons donc ceux qui cherchent, au lieu de
■déclarer par avance impossible ou mauvaise la solution que nous n'avons pas
trouvée nous-mème.
En voyant cette franche et amicale discussion entre nous et l'un des plus
éminents collaborateurs de c recueil, nos lecteurs comprendront que la lievue
de l'architecture cherche avant tout la vérité. Ils estimeront davantage une
publication où chaque rédacteur exprime librement ses convictions, à la seule
condition de les laisser discuter; carun grand amour de la vérité et une estime
Téiiproque méritée, peuvent seuls absorber, dans de telles circonstances, les
Téclamalions naturelles de l'amnur-propre. (Ccsar Oaly.)
(I) Nous signalerons ici la forme vicieuse donnée généralement à l'inté-
Tieur des sabots en fonte qui reçoivent le pied des arbalétriers, conire-fiches,
-arcs ou toutes autres pièces de bois inclinées. Ici, elle est moins imparfaite que
dans beaucoup d'autres exemples, puisque la sole est horizontale, tandis que,
dans bien des cas, elle est inclinée vers l'intérieur du sabot, et voici ce qui
en peut résulter.
En ras de chute d'eau pluviale sur les pièces de bois en question, ce qui
arrive quelquefois, surtout aux ponis, ces eaux s'introduisent dans le sabot
par la capillarité du joint, et y séjournent même quand l'intérieur ne peut
former réservoir. En peu d'années l'assemblage peut se trouver pourri. Dans
les hangars les mieux couverts, on n'est pas à l'abri de cet inconvénient ; car
dans les élévations brusques de température, après une forte gelée, l'humi-
dité de l'air se condensant sur la charpente, surtout si elle est peinte à l'huile,
voule vers la partie inférieure et s'introduit dans le sabot ou dans tout autre
assemblage. Il importe donc que cette eau ne puisse y séjourner.
Pour parvenir à ce résultat, il est de rigueur que le bas du sabot, ou, si
■l'on veut, la semelle, soit en pente vers l'extérieur, et que sa surface soit
rayée de cannelures convergeant à une ou plusieurs issues par lesquelles
■s'écouleront les eaux qui auraient pu s'introduire dans le sabot (voy. n, fig. 9
«t 10). Il serait bon aussi de peindre à l'huile l'encastrement de la pièce de
bois avant l'assemblage.
Les précautions que nous venons d'indiquer sont indispensables, surtout
dans les ponts en charpente dont les courbes et les conire-fiches sont souvent
«ncastrées dans de profonds sabots dans lesquels l'eau pluviale s'introduit
■aisément et d'où elle ne peut sortir. On voit au pont sur l'Ouscburn, près
La tête des arbalétriers est reçue dans un sabot en fonte F,
portant deux autres emboîlures, dont l'une s'assemble avec
l'entrait C, et l'autre avec le pied du faux arbalétrier G.
Une fourchette ménagée sur la tête de ce sabot reçoit l'une
des pannes. Il est traversé par le faux-poinçon ou aiguille
pendante H.
Les faux arbalétriers G, beaucoup plus légers que les
autres, reçoivent la partie vitrée du comble et s'assemblent
en coupe biaise avec le faîlnge composé d'une planche posée
de champ.
La portée de chaque arbalétrier est soulagée à son milieu
par une contre-fiche en fonte J, à section cruciforme, portant
par le haut une fourchette boulonnée sous l'arbalétrier, et
par le bas un empâtement boulonné sur l'une des moufles
du tirant et enfilé par le faux poinçon. Celui-ci est en fer
rond, et il traverse le sabot F par une douille dans laquelle
il est arrêté par une tête fraisée.
Ainsi qu'on peut le voir en regardant la figure avec
quelque attention, celte ferme est tronquée dans son en-
semble et se termine à l'entrait C ; car les faux arbalétriers G
sont indépendants du reste, auquel ils ne tiennent pour ainsi
dire que par leur poids. Sa forme réelle est donc un trapèze
et non un triangle.
Les eaux du comble sont reçues dans des chéneaux en
bois doublés en métal.
Les fermes sont reliées entre elles par deux cours de trin-
gles en fer a, fig. 2, 3 et 5, assemblées dans les moufles du
tirant par un boulon, et dans les murs par un scellement.
DÉTAILS.
Fig. 3, Il et 5. Coupe horizontale, élévation et plan
d'une des moufles du tirant.
Fig. 6. Coupe transversale du deuxième entrait et de la
contre-fiche J.
Fig. 7. Portée des deux fermes juxtaposées latéralement
sur la plate-bandeen fonle. a Sabot recevant le pied de l'al-
balétrier; celui de l'autre ferme est ponctué, b Coupe trans-
versale de la plate-bande en fonte composée de deux ju-
melles appliquées l'une contre l'autre et reliées d'une travée
à l'autre par deux oreillons c boulonnés ; mais rien ne paraît
les réunir entre elles que les talons des sabots et les deux
mamelons d de la colonne, e Chapiteau des colonnes.
Fig. 8. Plate-bande vue de face à sa portée sur une co-
lonne; a est le sabot de la ferme de gauche vu de face, et a'
celui de la ferme de droite vu à l'intérieur.
Nous désapprouvons la position de ces fermes dans deux
plans différents de chaque côté de l'axe des colonnes, jiar
Newcastle, un exemple remarquable de cette disposition irréfléchie (voy. pi.
li, les fig. !i, 7, 8, 9 et 10 du -I" volume de cette Revue, représentant le
sabot qui reçoit le pied des grands arcs eu bois composés de quinze épais-
seurs de planches superposéçs).
Nous signalerons aussi le sabot qui reçoit les jambes de force des fermes de
la gare du Nord (voy. fig. 3 et 4 de la pi. 43 du 6" volume de cette Reçue) .
23^
REVUE DE L'AUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
nh
suite (lu peu (le Inrgeur de la pinte-hanclc servant de support,
par plusieurs rnis(jris :
1° Los mamelons d, fig. 7 et 8, sont insuffisants pour
Tclier les plates-bandes aux colonnes ; ce qui, joint au peu de
largeur de la section de ces plates-bandes, peut les faire
déverser par l'action du plus léger mouvement transver-
sal.
2° Rien ne relie les deux jumelles l'une à l'autre, si ce
n'est le talon des sabots et les deux mamelons du cha-
piteau.
3° Un faible tassement vertical ou une légère poussée
transversale briseraient les deux oreillons c.
Voici les modifications que nous proposons (\o\.fig.9,l0
et 11). La (ig. 9 est une coupe de la plate-bande et du sabot
suivant la ligne fghi du plan/îr/. 10. Cette dernière donne
à gauche la coupe horizontale de la plate-bande sur j A; de la
fg. 9, et à droite le plan de la partie supérieure du sabot et
de l'élrier.
Le pied des deux arbalétriers convergents a et & est reçu
dans un double sabot c, qui est relié aux deux tirants des
fermes d d' par un double étrier horizontal o. Celui-ci porte
à son milieu un œil rcnllé pour le passage d'un boulon tra-
versant la sole du sabot.
La jonction de deux travées de plate-bande porte un ren-
flement formant douille cylindrique pour recevoir le tenon /
ménagé dans le chapiteau. Quatre oreillons m boulonnés et
renforcés par le rcnllcment du collet servent ù réunir solide-
ment les plates-bandes.
Cette nouvelle disposition offre d'abord l'avantage de pro-
longer le su|)port jusque sous la charge représentée par les
fermes qui se trouvent ici dans le même plan : voilà pour l'œil.
Knsuite la résistance de la plate-bande à la traction est dou-
blée, comme le nombre des boulons. Le tenon /relie solide-
ment la colonne à la plate-bande. La résistance du joint au
tassement est plus que doublée tant par le nombre que par
la disposition des boulons; et la résistance à la rupture trans-
versale du joint est augmentée considérablement par le
nombre des boulons et par leur plus grand écartement hori-
zontal qui double presque la longueur du bras de résistance
du levitr.
D'après les principes que nous avons émis dans la deuxième
note (col. 231), nous avons percé le sabot c d'un orifice n
(fg. 9 et 10), auquel communiquent les stries pratiquées
dans la sole pour l'écoulement des eaux qui auraient pu s'in-
troduire dans le sabot.
Quoique nous ayons indiqué, comme dans l'original, la
division de la plaie-bande en deux jumelles séparées, nous
j)ensons qu'il serait préférable de la faire d'une seule pièce
pour chaque travée. On pourrait, sans affaiblir la solidité,
donner ù la plate-bande unique un peu moins d'épaisseur
qu'aux deux jumelles réunies. (Voy. la coupe horizontale,
fg. l'i.)
Deuxième ferme. Planche 22, fg. 1 .
La ferme fg. 1" de la pi. 21 a quelque analogie a»ec la
précédente.
L'entrait principal ou tirant est è peo près semblable en
tout point. Les extrémités traversent aussi les saboU co (bote
qui reçoivent le pied des arbalétriers.
Ceux-ci, de même que le second entrait, sont en bois, et
s'assemblent par le haut, à droite et i gauche, dans un double
sabot en fonte détaillé fg.2ei 3, et portant fourchette è sa
partie supérieure pour recevoir l'une des pannes. Comme
dans la figure précédente, le sabot est traversé par le fans
poinçon.
Les sabots inférieurs, détaillés fg. li et 5, sont moois
par-dessous d'un mamelon entaillé dans une dalle en pierre
dure dont la saillie est profilée à l'extérieur et porte le cbé-
neau. (Voy. fg. i et 6.;
Les deux arbalétriers se terminant aux sabolii qui les réii>
nissent à l'entrait supérieur, le reste du comble jusqu'au faî-
tage est formé par les chevrons qui viennent s'assembler en
coupe biaise sur les flancs du faîtage. Cette ferme est donc
de forme trapézoïde comme la précédente, et d'une simplicité
encore plus grande.
Le bord de chaque égoutest garni d'un chéneau en fonte
scellé dans le mur, et dont le profil extérieur simule une cor-
niche de couronnement.
EXPLICATION DES DÈTAIU.
Les fg. /i et 5 représentent la coupe et la face du sabot
qui reçoit le pied des arbalétriers; 6 le mamelon incrusté
dans la dalle : celle-ci est en schiste dans le pays. Nous vou-
drions que la sole de ce sabot fût inclinée du cdté de l'entrée
et striée pour l'écoulement de l'eau qui aurait pu s'y infil-
trer. (Voy. n, fg. 9 et 10 de la pi. 21.)
Fig. 6. Profil du chéneau en fonte et de la dalle qui le
porte. Les différentes pièces qui composent ce chéneau sont
réunies par des boulons traversant des collets a saillants &
l'intérieur.
Cette disposition est vicieuse en ce qu'elle forme un étran-
glement qui retient les ordures et gêne le passage de l'ean.
Ensuite, rien n'indiquant de quelle façon est ajusté le reste
du joint, il semble, à voir le dessin, qu'il n'est formé que pr
la jonction bout h bout de la simple épaisseur du chéneau.
Or, il est impossible de bien lutcr un joint d'une si faible
surface, et surtout dans une matière susceptible de dilatation.
Une fouille de plomb b engagée sous les cherrons c retombe
sur le bord intérieur du chéneau et ne permet pas i l'ean
pluviale de s'infiltrer derrière celui-ci.
Nous donnons, fg. 7, une modification du joint de re
chéneau, qui n'aurait pas les inconvénients de l'original.
On donnerait h la mouchette du larmier une saillie un peu
plus grande (environ 2 ccntim.) et chaque joint sorailpourvn
d'un collet d'une saillie égale i celle de la mouchelle, afin de
recevoir une série de tîs à tète fraisée pour serrer le joint.
235
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
23d
Par derrière le chéneau, le collet serait à l'extérieur et
caché dans la maçonnerie, et, par devant ce collet, beaucoup
plus étroit, porterait par le haut une partie saillante pour re-
cevoir une vis.
Pour fixer ce chéneau plus solidement au mur, nous
avons ajouté à chaque collet un talon a, s'incrustant dans
la dalle, et, de distance en distance, des crampons à scelle-
ment h sur le bord supérieur. On laissera dujeu latéralement
dans l'incrustement de chaque talon et collet, afin d'éviter
les effets de la dilatation, dont il faut tenir compte dans les
grandes longueurs.
Il ne faut pas se dissimuler qu'on ne peut obtenir de la
pente intérieure à des chéneaux du genre de celui que nous
avons modifié ; car, comme il forme corniche et qu'il doit en
cela conserver son niveau extérieur, la pente intérieure ne
pourrait être obtenue que par le moulage, ce qui deviendrait
fort dispendieux.
Le mieux serait de faire le collet à l'intérieur, et après
avoir formé la pente avec un enduit en mortier ou en plâtre,
garnir l'intérieur d'une feuille de plomb. Ce mode serait
coûteux, mais encore faut-il obtenir le résultat qu'on se pro-
pose: pente intérieure et lignes de niveau à l'extérieur. On
ferait ainsi disparaître sous l'enduit les disgracieux collets a
de la pg. 6.
Les fig. 8 et 9 donnent l'élévation et le plan des moufles
d'assemblage du tirant et des faux poinçons.
Troisième ferme, pi. 22, fig. 10.
Elle se compose de deux enlraits A et B; de deux arbalé-
triers C; de deux contre-GchesD, et d'une doublure ou se-
melle E, boulonnée avec l'entrait. Elle sert à maintenir la
butée des contre-fiches. Toutes ces pièces sont en bois.
Le pied des arbalétriers est reçu par une semelle en fer
fondu posée sur le dos du grand entrait, et portant trofs
talons, l'un en dessous, a, entaillé dans l'entrait, les deux
autres en dessus. Le premier de ceux-ci, 6, maintient la
butée del'arbalétrier, conjointement avec un étrier en fer, c,
qui relie les deux pièces de bois. Le troisième talon, d, re-
tient au moyen d'un boulon qui le traverse la plate-forme sur
laquelle sont fixés les chevrons.
La tête des arbalétriers et les abouts du deuxième entrait
sont reçus dans un double sabot F, lequel est traversé par
l'un des faux poinçons en fer rond qui soulagent la portée de
l'entrait A. Ce sabot, détaillé dans les fig. H, 12 et 13,
qui en donnent le plan, la coupe et la face, porte une four-
chette avec boulon pour maintenir la panne supérieure qui
relie les fermes entre elles.
Sous l'entrait principal sont des tringles en bois recevant
le lattis du plafond.
Comme les deux précédentes, cette ferme est tronquée
dans son ensemble, et les chevrons sont chargés de terminer
le comble jusqu'au faîtage sur lequel ils s'assemblent.
Les eaux pluviales du comble sont reçues à l'égout de
gauche, dans un chéneau en métal, caché dans l'épaisseur d&
l'entablement en maçonnerie. Celui-ci est lui-même revêtu
d'un profil en fonte.
L'égout de droite est aussi garni d'un chéneau en métal
formant le larmier de l'entablement.
H. JANNIARD,
Architecte du Gouvernement.
MODÈLE D'UN CAHIER DES CHARGES
ET DES CONDITIONS A IMPOSER AUX ENTREPRENEUBS D'OUVRAGES
A FORFAIT.
Mon CHER CONFRÈRE,
Votre excellent journal est appelé, par le fait de sa spé-
cialité, à élucider toutes les questions qui touchent à notre
profession, non seulement dans les hautes régions de l'artj.
mais aussi dans celles plus humbles de la pratique.
A une époque où le temps est apprécié ce qu'il vaut, où
chacun de nous doit être désireux de simplifier les rouages
de la machine compliquée que nous faisons fonctionner, j'ai
pensé que ce serait rendre un service à nos jeunes confrères
que de leur préparer un modèle (le mot est ambitieux), di-
sons un guide, qu'ils pourraient peut-être consulter avec
fruit pour la rédaction d'un Cahier des charges et conditions
à imposer aux entrepreneurs qui acceptent des travaux à
forfait.
Dans ces sortes de marché, les conditions générales surtout
revêtent à peu près les mêmes formes pour toutes les affaires.
Les modifications à celles que je propose seraient donc
rares, et le type resterait en indiquant, je crois, suffisamment
la marche à suivre, même pour une rédaction qui s'en écar-
terait légèrement.
Quant aux conditions particulières, quanta la description
détaillée par nature d'ouvrages, on sent qu'elle varie à l'in-
fini et qu'on ne peut l'entreprendre qu'après les plans ache-
vés. Il suffisait d'indiquer les ouvrages sous la rubrique de
leur titre, laissant à l'architecte à appliquer à chacun d'eux
les détails nécessités par le mode de construction qu'il adop-
terait.
•237
IIEVUE DE L'AIICIUÏECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
2ta
J'ai terminé par une oblif^ation de la part du propriétaire
tl'acquiltcr les honoraires de l'architecte à un taux admis de-
puis deiix cent» ans, et j'ai dil, pour la validité du contrat,
demander qu'il fut fait en triple expédition.
J'évite ainsi toutes les diflicultés à propos de la rémuné-
ration de nos travaux ; vous savez qu'elles sont incessantes,
«tque, dans la situation où nous place le silence de lu loi, il
faut bien que de nous-mêmes nous prenions une position qui
sauvegarde nos intérêts. Je le fais d'une manière patente,
légale, et je ne pense pas qu'il y ait là lieu à objections.
En tête de mon travail, je place un abrégé chronologique
sommaire des lois, arrêts et ordonnances, que nous devons
consulter au besoin. C'est un devoir de notre profession que
de connaître la législation spéciale qui régit la matière, afin
de ne pas contrevenir. Au moyen de cette table sommaire,
on pourra recourir aux textes mêmes pour les éclaircisse-
ments qui paraîtraient nécessaires.
Je crois que l'état qui clôt le marché présente des avan-
tages pour la comptabilité, dont la situation est toujours
claire parce moyen. C'est du moins ce que j'ai reconnu dans
ia pratique. On sent, de reste, que cet état peut se modifier
«n raison des conditions de paiement : c'est une question de
•colonnes à ajouter ou à retrancher.
Ënfm, mon cher confrère, je soumets cet ensemble de
vues à votre appréciation éclairée, et, comme je sais que vous
accueillez avec une excessive obligeance tout ce qui vous pa-
raît utile à notre profession, je souhaite que mon travail,
malgré sa concision, ou plutôt peut-être (car c'est le but que
je poursuivais) par cette concision même, vous semble de na-
ture à mériter une place dans votre excellente publication.
Il irait, par ce moyen, à l'adresse de nos jeunes confrères,
qu'il pourrait diriger dans la pratique des affaires qui leur
sont confiées.
Agréez, mon cher confrère, l'assurance de tous mes bons
sentiments.
Brunet de Baines.
modèle d'un cahier des charges pour une construction
A FORFAIT.
Cahier des charges et conditions générales et particulières
d'un marché à forfait pour la construction
sur un terrain sis à , rue , n"
■appartenant à
-demeurant à , rue , n°
et pour le compte de ce dernier. Ladite eomiruetion élevée d'après
les plans et sous la direction de M.
architecte à , y demewant, rue ,
«* , par M. , entrepreneur général,
<e acceptant, demeurant à
rue , n"
CmmIMImm
Les travaux h exécuter comprennent :
La terrasse, la maçonnerie, le carrelage, la charpente,
la serrurerie, les gros fers, la fonte, la couvertare, la plom-
berie, la menuiserie, le pavage grès et bois, la otarbicrie,
la fumisterie, la peinture, la vitrerie, la tentare, la donire,
la sculpture, la miroiterie, les appareils d'éclairage, les con-
cessions d'eau.
Ces divers travaux seront exécutés suivant les règles Al
l'art, avec toute la perfection qu'ils comportent chacun iam
leur nature et en matériaux de premier choix dans les esfèMt
qui seront indiquées.
L'architecte qui, de condition expresse, est reconnu et ac-
cepté par les parties comme juge souverain prononçant sans
appel dans tout ce qui est relatif soit à la matière fournie,
soit à la main-d'œuvre, pourra refuser les ouvrages qui oe
satisferaient pas aux conditions ci-dessos, et si dans les trois
jours l'entrepreneur n'obtempérait pas à la demande qui loi
serait faite par une simple lettre de remplacer tes objets qoe
l'architecte lui aurait signalés comme non recerahie», ce rem-
placement serait opéré aux frais de l'entrepreneur et à la
diligence de l'architecte, sans qu'il soit besoin d'autre min
en demeure que la lettre d'avis de celui-ci.
Le coût de ces remplacements serait dédoit à l'eotrepr»»
neur sur les paiements auxquels cette dépense pourrait s'ap»
pliquer.
Si des travaux de peu d'importance, mais nécessMras»
avaient été omis dans la description détaillée de ceux à exé-
cuter, l'entrepreneur devra néanmoins les fournir sans pao-
voir réclamer à ce sujet aucune augmentation de prix.
L'entrepreneur est tenu de toutes les reprises, réCeeliMM
et reconstructions, des murs contigus existants partout oi
s'appuiera la construction neuve, si l'architecte ja§eeea tra-
vaux nécessaires ; comme aussi de toutes les répwatiou i
faire chez les voisins, par suite soit de la construction neote,
soit des reconstructions, réfactions ou reprises qui auraient
été ordonnées.
L'architecte aura le droit pendent les travaux, etsana^e
l'entrepreneur prévenu en temps utile puisse s'y opponr,
de faire tous les changements qui n'augmenteraient pas la
dépense.
il sera tenu compte au propriétaire de toutes les sappra»'
sions qui seraient faites pendant l'exécution, et ce d'après aii
état dressé par l'arciiilecte qui en Kiera la valeur. Le cas
échéant, il sera fait compensation de ces suppreisiaiis <
les travaux supplémentaires qui auraient pttètra
étant bien entendu que, dans un aucun cas, ces ders
seront jamais admis que dans la forme et aux cooditioos
imposées par le Code civil, art. 1792.
L'entrepreneur devra acquitter tous les droits d'exlMi^
sèment et de mitoyenneté incombant à la propriété, ceux de
petite et de grande voirie, ainsi que toutes les amendes et
indemnités qoi seraient encourues pour l'inebiariaùaB des
239
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
24a
lois (lu voisinage, des règlcmcnls sur les constructions ou à
raison de contraventions quelconques dont l'entrepreneur
reste seul responsable, quand bien même les plans de l'ar-
<;hitecte y auraient donné lieu.
A la réception des travaux, l'entrepreneur justifiera par
pièces régulières du paiement de toutes les charges auxquelles
il est astreint par le paragraphe précédent: il devra aussi pro-
duire les procès-verbaux de réception des administrations
compétentes pour les fosses d'aisances, les trottoirs, appareils
d'éclairage, etc.
Les paiements seront faits par à-compte partiels éche-
lonnés suivant le degré d'avancement des travaux. Ils ne
seront délivrés que huit jours après la constatation par l'ar-
chitecte de l'état des travaux.
L'entrepreneur ne pourra recevoir le premier paiement,
même lorsque les travaux seraient arrivés au degré d'avan-
cement voulu par le marché, s'il ne justifie préalablement de
conventions écrites signées et acceptées par tous les entre-
preneurs qui doiventconcourir avec lui à l'entier achèvement
des travaux.
Immédiatement, il sera dressé un état (1} indiquant par
nature d'ouvrage la répartition des sommes à payer à chacun
des entrepreneurs, au prorata du marché général et des
traités particuliers. Cet état signé de l'entrepreneur général
et de ses sous-traitants, formera la loi des parties pour tout
ce qui est relatif à la délivrance des à-compte et au solde
des travaux ; les époques et la quotité de chaque paiement y
seront indiquées en même temps que la concordance de
ceux-ci avec l'état d'avancement des travaux.
Le prix accordé pour l'exécution et le parfait achèvement
de la construction, conformément aux plans et détails de
l'architecte et aux conditions générales et particulières du
présent marché, toutes de rigueur, mais dont aucune n'est
réputée comminatoire, est fixé à forfait à la somme de
que l'entrepreneur, après examen, reconnaît suffisante
pour exécuter et parfaire les travaux^ ainsi qu'ils sont décrits
et détaillés aux plans et cahier des charges qu'il déclare ac-
cepter et vouloir exécuter sans aucune restriction.
Les paiements partiels se subdivisent ainsi qu'il suit, sa-
voir :
Après les caves voûtées et les escaliers desdites posées,
l'entrepreneur recevra sur la proposition de l'architecte qui
devra constater les travaux exécutés et l'accomplissement des
conditions du marché, un à-compte de
Après la pose du troisième plancher et aux mêmes condi-
tions que dessus, un à-compte de
Après la couverture terminée et aux mêmes conditions
que dessus, un à-compte de
Après l'achèvement des ravalements intérieurs et extérieurs
et aux mêmes conditions que dessus, un à-compte de
Après l'entier achèvement des travaux et leur réception
(1) Voyez le modèle de cet état à la fin de la description détaillée.
définitive par l'architecte, et aux mêmes conditions que des-
sus, un à-compte de >
Enfin le solde six mois après la réception définitive des
travaux, soit ,
Les travaux devront commencer le pour être
entièrement achevés le et se poursuivre aveo
activité et sans interruption, en employant toujours le nom-
bre d'ouvriers nécessaires pour arriver aux époques fixées.
Tous les travaux de maçonnerie, les plâtres intérieurs et
ravalements compris devront être entièrement achevés dans
mois, à partir du jour indiqué pour le commence-
ment des travaux.
Si ces diverses conditions n'étaient pas exactement rem-
plies, l'entrepreneur subirait une retenue de par chaque
jour de retard, jusqu'à parfait accomplissement des conditions
ci-dessus, et le propriétaire est et demeure autorisé par les
présentes à exercer ces retenues sur les paiements à faire à
l'entrepreneur, après une simple sommation pour constater
le retard motivant la retenue.
Si, pendant l'exécution l'entrepreneur discontinuait ou
suspendait les travaux plus de trois jours consécutifs pour une
cause qui ne serait pas du fait du propriétaire, ou s'il ne
mettait pas les ouvriers nécessaires, ce dont l'architecte sera
seul juge, après une simple sommation constatant le fait, le
propriétaire aura le droit par les présentes de mettre immé-
diatement des ouvriers au compte de l'entrepreneur et de
retenir le montant de leurs travaux sur les paiements à faire
à l'entrepreneur, sans préjudice des indemnités stipulées ci-
dessus auxquelles le propriétaire pourrait prétendre par suite
des retards apportés à l'exécution des travaux.
Toutes les retenues à exercer pèseront sur les paiements
auxquels elles peuvent s'appliquer, et le propriétaire est
autorisé par les présentes, le cas échéant, à opérer ces re-
tenues, savoir : celles pour malfaçons, rejet de matériaux et
remplacement desdits d'après l'estimation qu'en donnera
l'architecte, celles pour retard dans l'exécution, en comptant
les jours écoulés depuis la sommation qui a dû constater le
retard, jusqu'à la reprise des travaux, ou par la sommation
qui constatera et qu'aux époques fixées par le marché les
travaux n'étaient pas arrivés à l'état d'avancement voulu, et
le moment où ces conditions seront remplies.
Lorsque les travaux seront terminés, l'entrepreneur sera
tenu de les faire recevoir par l'architecte qui ne pourra se
refuser à remplir cette formalité.
A cet effet, il sera dressé par celui-ci un procès-verbal de
réception, qui constatera si les plans et marchés ont été fidè-
lementsuivis, ou les différences, s'il en existe. Tous les objets
manquant, les malfaçons, vices de construction ou autres,
les travaux incomplets, les réfections demandées y seront
consignés et l'entrepreneur ne pourra recevoir son solde
qu'après avoir satisfait aux réclamations indiquées au procès-
verbal et après une déclaration de l'architecte que les travaux
sont définitivement reçus.
Conformément à l'article 1798du Code civil, les sous-trai-
241
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
242
tants, ouvriers fournisseurs de l'entrepreneur général, ne
seront jamais admis à répéter contre le propriétaire aucune
somme à raison soit de leurs travaux, soit de leurs fournitu-
res, l'entrepreneur général devant leur donner toutes ga-
ranties à ce sujet, et insérer par conséqnent cette clause
dans ses traités particuliers avec les entrepreneurs, ouvriers
et fournisseurs dont il réclamera le concours.
Si les retards dans l'exécution provenaient dn fait du
propriétaire, si quelques difficultés s'élevaient à propos du
voisinage, l'entrepreneur ne serait plus responsable de faits
qui lui seraient étrangers, et le propriétaire sera tenu de
lever les obstacles qui s'opposeraient à l'exécution des tra-
vaux et de mettre l'entrepreneur en mesure de les conti-
nuer.
Toutes les difficultés auxquelles pourrait donner lieu
l'interprétation des présentes conventions générales et parti-
culières se résoudront par voie d'expertise.
L'architecte directeur des travaux représentera le pro-
priétaire, l'entrepreneur se fera assister d'un architecte de
son choix, et ces deux experts sont autorisés, en cas de dis-
sidence, à s'adjoindre un tiers expert-architecte dont ils con-
viendront ou qui sera nommé d'office par le président du
tribunal du ressort et à la diligence de la partie qui le re-
querra.
Aucune des contestations qui pourraient s'élever pendant
l'exécution entre les signataires des présentes conventions
générales et particulières, ne sera suspensive des travaux
qui devront toujours continuer et se poursuivre avec activité,
nonobstant tout litige et toute décision à intervenir, excepté
toutefois les questions de voisinage dont le propriétaire pro-
curera la solution immédiate, tout retard à ce sujet devant
lui ppéjudicier.
Si les payements stipulés n'étaient pas faits aux époques
fixées, toutes les conditions du marché ayant reçu d'ailleurs
leur exécution, l'entrepreneur aura le droit de suspendre
les travaux et de se refuser à les continuer, jusqu'à l'ac-
complissement du payement en retard et l'assurance que les
payements subséquents seront faits dans les délais prescrits
au présent marché.
Dans les présentes conditions génc^rales et dans celles
particulières qui suivent, il n'est nullement dérogé aux lois,
arrêts, règlements, ordonnances et actes relatifs aux con-
structions auxquels, de condition expresse, l'entrepreneur
s'engage à ne pas contrevenir, ni aux articles du Code civil
concernant les marchés à forfait, la garantie et la responsa-
bilité générale et particulière afférente à ceux qui les con-
tractent.
Les frais d'expertise ou autres, faits à l'occasion de l'exé-
cudon des présentes conventions générales et de celles par-
ticulières qui suivent, seront supportés par la partie qtiiy
aura donné lieu, pour être déduits des payements à faire à
l'entrepreneur, s'ils ont été motivés par ce dernier.
DESCHIPTION DÉTAILLÉE ET PAR NATCllE DOmiBACES, DO
TRAVAUX A CSÉCtTElU
1 TeiraMc;
2 Maçonnerie;
3 TroUoir»;
4 Carrelage;
5 Charpente;
6 Gros fers ;
7 Serrurerie;
8 Fonte;
9 Couverture;
10 PlomI>erie;
11 Menuiserie;
12 Pavage;
13 Marbrerie;
H Fumisterie;
15 Peinture;
16 Vitrerie ;
17 Tenture;
18 Dorure;
19 Sculpture et orDcments en pàt«;
20 Miroiterie;
21 Appareils d'ëclainge;
22 Concession d'eau.
Telle est la description détaillée des travaux à exécater
par l'entrepreneur général, sousùgné, ponr le compte de
M. sous les ordres et direction
de M. architecte, dont les honoraires fixé» à
cinq pour cent du montant de la dépense seront pajés dus
la même proportion que les à-comptes de l'entreprenear et
devront être entièrement soldés six mois après la réceptioo
des travaux.
L'enregistrement des présentes sera au compte de la par-
tie qui l'aura occasionné.
Les présentes conditions générales et particulières accep-
tées après lecture et examen des plans et détxiils figuratib
de la construction dont s'agit, déclarant l'entreprenear gé-
néral que le prix accordé lui suffit et qu'il en est content.
Fait triple entre les parties à
le 18
T VII.
I«
24a
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
244
Êtai' de répartition des à-comptes entre les divers Entrepreneurs.
DÉSIGNATION
FAR
NATURE d'ouvrage.
Maçonnerie, terrasse, trottoir et
carrelage
Charpente
Serrurerie, gros fer et fonte
Menuiserie
Couverture el plomberie
Peinture, vitrerie
Dorure et tenture
Marbrerie
Fumisterie
Sculpture
Pavage
Miroiterie
Éclairage
Concession d'eau
Total
Honoraires de l'arcliitecte . . .
Total général
APRÈS
LES CAVES
VOÛTÉES.
fr.
c.
» »
» »
APRÈS
LA POSE
DU DEUXIÈME
PLANCBER.
APRÈS
LA
COUVERTURE
TERMINÉE.
fr.
»
»
»
APRÈS LES
RAVALEMENTS
INTÉRIEURS
ET EXTÉRIEURS.
fr.
» »
» »
APRES
L'ACHÈVEMENT
DES
TRAVAUX.
fr.
»
»
SIX MOIS
APRÈS
LA RÉŒPTION
DES TRAVAUX.
fr.
TOTAL
PAR NATURE
D'OUVRAGES.
fr. C.
» »
La présente répartition acceptée pair les enlrepreneii/rs soussignés .
Bibliograpbte sommaire par ordre de date des ouvrages it consulter.
1600. 22 septembre. Ordonnance du prévost de Paris.
1607. Décembre. Édit sur les droits du grand voyer.
1667. 18 août. Ordonnance de police sur les pans de bois.
1674. 26 janvier. Ordonnance du Châtelet sur les cheminées.
1683. 3 août. Arrêt du conseil d'État, caves sous les rues.
1683. 29 octobre. Jugement du maître général des bâtiments.
1693. 16 juin. Déclaration du roi sur les droits de voirie.
1697. l»"" avril. Ordonnance du bureau des finances, voirie publique.
1712. l»"' juillet. Règlement du maître général des bâtiments.
1724. 13 octobre . Règlement du maître général des bâtiments sur les
pans-de-bois.
1729 et 1730. 18 août. Déclarations du roi sur les démolitions des
bâtiments.
1733. 16 février. Ordonnance de police sur les cheminées,
1747. Coutume de Paris, depuis l'art. 186 jusqu'à l'art. 219, publiée
par Bourjon.
1747. 12 décembre. Ordonnance du bureau des finances, travaux sur la
voie publique.
1753. 1" décembre. Ordonnance du bureau des finances concernant
les couvreurs.
1760. 27 juin. Ordonnance pour travaux de pavage à la charge des
propriétaires.
1764. 13 juillet. Ordonnance de police sur les gouttières.
1763. 27 février. Arrêt du Conseil, permissions d'alignement.
1776. 29 mars. Ordonnance du bureau des .finances sur les saillies.
1779. i"" septembre. Ordonnance de police sur la reconstruction des
maisons.
1783. 17 janvier. Ordonnance du bureau des finances sur les saillies.
1783. 10 avril. Déclaration du roi sur les alignements et ouvertures
des rues.
1784. 2a août. Lettres patentes sur la hauteur des maisons.
1790. 15 août. Décret, droit de ■voirie et de propriété.
1790. 12 septembre. Réforme de l'art. 10, ou décret du 13 août pré-
cédent.
1797. 2 août. Arrêté du directoire sur les alignements.
AnlO. 29 floréal. Loi sur le jugement des contraventions en matière
de grande voirie.
12. 29 prairial. Ordonnance de police sur les auvents.
13. 13 pluviôse. Décret sur le numérotage des maisons.
1807. 23 mars. Avis du conseil d'État sur l'interprétation de la loi du
11 frimaire an viii sur le pavage.
1807. 16 septembre. Loi sur les alignements.
1807. 27 octobre. Décret sur les droits de voirie pour Paris.
1808. 11 janvier. Décret sur les constructions autour de, Paris.
1808. 7 mars. Décret sur les constructions aux abords des cimetières.
1808. 27 juillet. Décret qui fixe un délai pour la délivrance des aligne-
ments partiels.
1808. 27 octobre. Décret sur les droits de voirie.
1809. 10 mars. Décret sur la construction et vidange des fosses d'aisance.
1816. 29 février. Décision royale qui proroge le délai accordé pour la
délivrance des alignements.
1819. 24 septembre. Ordonnance du roi pour la construction des fosses
d'ai.=ance.
1819. 23 octobre. Ordonnance de police pour l'exécution de la; pré-
cédente.
1822. 1" mai. Ordonnance du roi sur les constructions autour de Paris.
1823. 24 décembre. Ordonnance royale, règlement sur les saillies à
Paris.
1824. 9 juin. Ordonnance de police pour l'exécution de la précédente.
1824. Loi des bâtiments Desgodets. 2 vol.
1824. Loi et règlements sur la voirie, Davenne. 1 vol.
1827. Traité du voisinage, Founiel. 2 vol.
1829. Traité des servitudes. Pardessus. 1 vol.
1844. et suiv. Recueil administratif de la préfecture du département de
la Seine, etc.^ etc.
3«6
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBU».
RAPPORT
SDR l'ECOlE DES BElllX-ABTS ET DES SCIENCES IIIDVSTBIELLEJ
DE LA VILLE DE TOULOUSE
Adreué à M. le minitlre de l'Intérieur.
(Voy. les Rapports «or les Écolea de Pari», de Dijon et do Lyon.)
Si l'on considère la place importante qu'occupent les beaux-
arts, non-seulement dans l'ensemble des gloires nationales,
mais encore dans toutes les branches de l'industrie qui con-
courent à la fortune publique, on se convaincra que l'ensei-
gnement de l'art et des sciences qui se rapportent à son appli-
cation, ne mérite pas moins d'intérêt que l'enseignement
des belles-lettres et des sciences pures. Jusqu'ici, toutes les na-
tions du monde se sont reconnues tributaires de la France
pour tout cequi concerne lesproduilsdesbeaux-arts, etchaque
année, une exportation qui dépasse 60 millions, attestait que
le goût français régnait en maître chez tous les peuples. Mais,
de leur côté, les nations étrangères font des efforts inouïs pour
s'affranchir de cette dépendance ; les artistes étrangers mon-
trent la plus louable émulation pour imiter les artistes fran-
çais; c'est donc par un travail constant, par un enseignement
habilement dirigé, que la France peut seulement conseiTer le
rang qu'elle occupe, et l'on doit avouer que, dans le relevé des
douanes de 1843, l'exportation des produits de l'industrie ar-
tiste a diminué d'une manière sensible.
Depuis longtemps, la pensée du gouvernement était d'orga-
niser toutes les écoles du royaume sur des bases qui pussent
donner aux villes manufacturières les éléments qui leur man-
quent ; c'est-à-dire, des artisans habiles, instruits et familiers
avec les arts du dessin, dans leurs applications les plus variées.
Les vœux de plusieurs conseils généraux faisaient au gouver-
nement un devoir d'examiner attentivement cette question im-
portante, et l'on s'est convaincu que la plupart des écoles
d'art en France, sans en excepter celles de Paris, avaient be-
soin de recevoir des améliorations notables, ici en réformant
des méthodes reconnues défectueuses, là en créant des bran-
ches d'enseignetnent aujourd'hui indispensables, et qui man-
quaient aux élèves.
Une commission de surveillance et de perfectionnement des
écoles des beaux-arts a été instituée par le ministre de l'Intérieur,
et de nouveaux règlements ont été rédigés par cette commission
pour les écoles de Paris.
Le Conseil général de la Seine a prouvé sa sympatliie pour
ces mesures si longtemps attendues, en doublant presque la
subvention que la ville donne à l'École royale de dessin. Le
ministre a voulu que les principales villes de France fussent
les premières à participer aux améliorations apportées aux
écoles de Paris ; il a chargé le commissaire royal près les éta-
blissements des beaux-arts, d'inspecter les écoles de Lyon,
Dijon et Toulouse (1) ; ces deux dernières villes sont entrées
complètement dans les vues du gouvernement, c'est-à-dire
qu'on a compris que l'enseignement " " levait être assez
développé et assez positif pour que , liève, sortant de
l'école après quelques années d'études, fût apte à exercer une
profession. Chaque ville ayant une industrie prédominante,
doit diriger les études de ses élèves vers celle qui demande le
(1) Voyez los rapports ipie nous avons publiés sur les écoles de Paris (toI.6,
col. tao et m), de Dijon et de Lyon (coi 2M et MS).
plus de sujets. La fabrique de Lyon a besoin de
habiles, elle a prié le ministre de complélar les
qui manquent.
ÉTAT GÉNÉHAL OB L'auEumoirr.
La sollicitude éclairée que l'administration mimicipale a toa-
jours montrée pour l'école des arts de Toulouse, a élevé «t
établissement à un degré de renommée qui le place àoUéâm
écoles les plus célèbres, et les artistes distingués qui sont sor-
tis de son sein, prouvent que la partie de l'enseignement ap-
pliquée aux beaux-arts proprement dits, est donnée d'aprte
des principes louables. Mais, comme je l'ai dit, ce ne sont pas
seulement des artistes que l'on veut former ; l'École royale des
beaux-arts de Paris offre à ceux-ci tous les genres d'instruction
qu'ils peuvent désirer : c'est la majorité, la totalité des élèves,
presque tousQls d'artisans, que l'on doit diriger dans la bonne
voie et dans l'application des méthodes utiles, en formant non-
seulement leur main et leur coup d'œil, mais encore leurgoûL
C'est ce mot qui domine la pratique de l'art, ce ne sont pas des
artisans adroits que l'on demande, les étrangers savent en for-
mer d'aussi habiles que les nôtres, et certes, sous ce rapport,
l'Angleterre n'aurait rien à nous envier; mais ce qui lait notre
prééminence, c'est cet instinct artiste si général danslanatioQ
française, ce goût et cette variété d'invention qui sont innés en
nous. Il est donc nécessaire, en formant un jeune dessinateur,
de former son goût en même temps que son coup d'œiL Les
principes du dessin de la figure humaine sont seuls propre» 1
faire sentir à l'élève ce que c'est que la pureté d'im contour^
l'harmonie d'une forme ; que l'on mette les très-jeunes élèves
pendant quelques mois à tracer des lignes droites et des lignes
courbes pour délier leurs doigts, cela peut leur être utile, mais
que l'on substitue en entier aux principes du dessin un dessin
géométrique de corps, qui pour les élèves sont complètement
inertes, puisque pas un seul n'en connaît ni la propriété ni la
construction géométrique; c'est, je pense, tout à fait dépUœr
la question des principes. Dans une école d'arts et métiers, où.
l'élève, après avoir dessiné les solides .géométriques, serait
appelé dans la classe suivante à en connaître toutes les cons-
tructions et les propriétés principales, cet enseignement peut
être utile, mais il ne remplacera jamaisavec fruit dans nneécole
des beaux-arts les principes du dessin, de la figure htunaine :
c'est à tort que le Conseil d'administration de l'école de Touloose
a substitué à ce dernier enseignement qui était institué d^nis
la fondation de l'école, et qui était dans la bonne voie, un en-
seignement qui ne donne aux élèves ni connaissances mathé-
matiques, ni adresse de la main, et d'où il ne ressort que de
froides lignes incomprises par les jeunes gens.
En soumettant cette opinion au Conseil, je dois dire qœ ce
n'est pas seulement une pensée individuelle, mais que je os
fais qu'exprimer ce qui se fait dans les écoles de Paris et de
Lyon. Les premiers principes enseignés dans ces deux *f«>l^n
sont ceux du dessin de la figure humaine. Il est A désirer
qu'on en revienne là dans l'école de Toulouse. Je don d'au-
tant plus insister sur cette pensée, que c'est tout i fait aux dé-
pens du dessin copié que se fait le cours de dessin linéaire.
Si, cependant, le ConseU ^-eut ne pas changer tout à coup ua
enseignement établi seulement depuis pea d'années, il serait
possible de scinder en deux les élèves, et d'en remettre mie
247
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
248
partie à la copie de la figure humaine. L'enseignement du
dessin linéaire serait classé avec les arts graphiques.
Le troisième degré des éléments n'offre pas tout ce qu'on
pourrait en attendre, par la raison que les élèves passant dans
cette classe n'ont pas le moindre élément de l'emploi du crayon
et de l'estompe : aussi leurs travaux sont-ils d'un aspect peu
agréable ; c'est la grande exception qui paraît comprendre les
formes générales des modèles.
ESTOMPE, COPIE DES TÊTES.
Si de là nous passons dans la classe de copie de figure, nous
trouvons seulement vingt-cinq à trente élèves, tandis qu'on en
voit cent quatre-vingts ou deux cents, dans les trois sections
qui précèdent.
Les trente élèves qui suivent le cours de dessin de la figure
humaine ne prennent par jour que deux heures de leçon, et
encore le professeur est-il obligé de se partager entre cette classe
et la classe de détail d'après la bosse, c'est-à-dire, en un mot,
que pour trois professeurs qui enseignent le dessin graphique
sans aucune démonstration, on offre aux élèves un rfemt-pro-
fesseur de dessin de la figure humaine.
C'est tout le contraire qui devrait avoir lieu ; et, sans vous
citer de nouveau la preuve tirée des écoles de Paris et de Lyon,
vous le comprenez facilement; car un élève ayant suivi pen-
dant un an chacune des trois classes d'éléments, ne serait pro-
pre à rien, puisqu'il peut à peine comprendre les modèles qu'il
copie et qui se composent des soHdes dont les projections sont
les plus difficiles à comprendre, tandis qu'un élève qui aurait
dessiné pendant trois ans la figure humaine, depuis les élé-
ments jusqu'à l'académie, saurait déjà copier toute espèce de
dessin et se créer des ressources, soit chez un lithographe, soit
chez un fabricant.
J'ai donc l'honneur de vous proposer de créer pour les classes
des principes :
Un professeur d'élémejits, tête, etc. ;
Un professeur d'académie, dessin copié au trait, ombré au
crayon età l'esiompe.
C'est véritablement lorsque l'élève sait manier un crayon ou
une estompe, quand son maître lui a bien expliqué le jeu de
la lumière, les causes des reflets, enfin, tous les principes des
ombres de la figure humaine, d'après le dessin plan, que l'é-
lève peut être placé avec fruit devant un relief, et en compren-
dre les différents effets.
D'ailleurs, pendant les séances de principes, les modèle?
dont il fera les copies, puisés aux meilleures sources, forme-
ront son goût et lui présenteront plus d'attrait que des lignes
froides et incomprises (1).
On voit que, sans avoir connu les dispositions prises par le
gouvernement pour l'enseignement dans les écoles de Paris,
la ville de Lyon avait compris que le moment est venu de don-
ner une impulsion nouvelle aux études d'art, et de créer des
cours qui manquent aux jeunes gens.
Il y a, en effet, dans les écoles de Paris (voyez le Règle-
ment) (2), un cours de dessin copié des plantes, et un cours
(1) Nous supprimons ici un passage un peu long où l'auteur fait observer
toute l'importance du dessin de la plante, dessin qui n'est pas enseigné à l'é-
cole de Toulouse. Le dessin de la fleur, dit-il, est enseigné à l'école de Lyon
par un professeuT spécial.
(2) Voy. Doi 6, col. 21.
de dessin de l'ornement. Ce sont deux classes dont la création
serait de la plus grande importance pour la ville de Toulouse.
Toutes les industries qui se rattachent à l'art de la sculp-
ture, et elles sont nombreuses, y trouveraient de grandes res-
sources.
L'enseignement de la sculpture, de l'ornement en relief et
de la statuaire, se trouve très-bien professé à l'école de Tou-
louse. Il serait à désirer seulement que, pour les élèves, la du-
rée des classes fiit de quatre heures.
Il est une classe vivement désirée par la ville de Lyon, et qui
existe à l'école de Paris, c'est celle de la composition d'orne-
ment; son utilité est incontestable, mais je ne puis cacher la
difficulté de trouver un professeur qui remplisse les conditions
exigées pour un cours aussi difficile. Démontrer aux jeunes
gens comment se composent les ornements de tous les peu-
ples et de toutes les époques, c'est les mettre à même de don-
ner aux arts industriels une impulsion des plus heureuses.
En s'entourant des lumières des hommes compétents, peut-
être serait-il possible de rencontrer un professeur qui remplît
bien ces fonctions, mais je ne saurais en désigner un de prime-
abord.
DES CLASSES d'aRCHITECTL'RE ET DE MATHÉMATIQUES.
Le programme des cours relatifs à l'architecture ne laisse
rien à désirer, mais il est absolument nécessaire qu'il soit
donné aux élèves plus de temps pour leurs études. Le dessin
architectural exige tant de connaissances variées, il est d'une
exécution si longue, que l'élève qui ne travaille que deux
heures [par jour ne peut faire aucun progrès. Pour ne pas
sortir du cadre proposé pour les autres enseignements, je
pense qu'il faut donner aux élèves quatre heures de séance
par jour.
Le petit nombre des originaux et de bons modèles qui se
trouvent dans les classes d'architecture est tout à fait insuffi-
sant. La ville a le plus grand intérêt à former pour cet art des
hommes qui puissent devenir des entrepreneurs habiles; il
faut, autant que possible, que l'enseignement désigné au pro-
gramme sous le titre de second degré, reçoive tous les déve-
loppements qu'il comporte.
Quant au quatrième degré (composition), les élèves qui,
indépendamment des cours de l'école, ne travailleraient pas
chez eux ou chez un architecte, qui en un mot ne feraient pas
de ces études leur occupation spéciale, ne pourraient arriver
qu'à des résultats insuffisants pour exercer la profession d'ar-
chitecte.
mathématiqdes, arts graphiques.
L'enseignement des 'mathématiques est surtout destiné aux
jeunes gens qui veulent suivre la carrière des travaux publics.
Il est indispensable aux architectes, entrepreneurs, arpenteurs,
et à ceux qui veulent être attachés au cadastre. Mais pour des
jeunes gens encore peu initiés aux calculs, des cours faits au
tableau sans répétitions, sans cahiers de notes, sont pour la
plupart mal compris. Aux écoles de Paris, il y a dans les
classes de mathématiques des élèves répétiteurs ; ils sont choi-
sis dans la division supérieure, parmi ceux qui ont montré le
plus d'intelligence; ces élèves répétiteurs sont chargés d'ex-
pliquer, après la leçon d'un professeur, les parties qui n'ont
pas été bien comprises par les élèves ; de voir si les cahiers
240
M^PBE DE L'AIlCniTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS
sont bien tenus, et, avant la leçon du professeur, de s'assurer
au tableau si chacun a bien profilé de la leçon préaidente. Ces
répétitions sont surtout nécessaires pour les cours de géomé-
trie descriptive; car personne n'ignore combien les premières
définitions sont obscures pour des commençants, et quelles
peines il faut au professeur pour faire comprendre à ses élèves
l'art des projections.
II est à désirer que chacun des élèves qui suit le cours de
géométrie descriptive, trace lui-même l'épure de la leçon avec
tout le soin possible ; ce sont là, en fait d'art graphique et de
dessin linéaire, les meilleures études qu'il soit possible de faire.
Si le Conseil tient à consei-ver les classes de dessin d'après
les solides, on pourrait en former une section annexe du coui"»
de géométrie descriptive : les jeunes gens, ayant déjà des no-
tions de géométrie et de perspective, pourraient tracer d'après
le raisonnement les solides qui leur seraient donnés, mais il
ne faut pas que ce dessin nuise en rien à l'art véritable.
La Commission de surveillance des écoles de dessin s'est as-
surée par expérience que, toutes les fois que deux enseigne-
jnents directs se trouvent confiés à un même professeur, il
peut y on avoir un qui finisse par péricliter. En portant à
quatre heures la durée des classes dans l'école des arts, c'est
pour un professeur une lâche suffisante; bien entendu, la
ville tiendrait compte aux professeurs du surcroît de travaux.
Ce que je dis d'après l'avis de la commission, le Conseil mu-
nicipal de Lyon l'a également compris ; c'est pour cela qu'il
demande au ministre de distraire l'enseignement de l'orne-
ment du cours d'architecture.
BATIMENTS, MATÉRIEL DE l'ÉCOLE.
L'édifice dans lequel sont placés aujourd'hui le musée et l'é-
cole, monument historique d'un vieux style, offre toutes les
dispositions les plus convenables pour un semblable établisse-
ment; mais l'augmentation incessante des collections tt l'a-
grandissement nécessaire de l'école exigent des acquisitions
nouvelles, que la ville serait à même de faire en complétant
l'appropriation .de l'ancien réfectoire et des terrains coutigus ;
on aurait alors un ensemble des plus complets sous le rap-
port de l'art, on sauverait de la destruction une partie des
plus intéressantes de l'ancien monastère : alors le conserva-
toire de musique pourrait avoir des salles d'étude distinctes,
on pourrait agrandir la bibliothèque ; enfin, l'école des arts
serait de tout point digne d'une ville qui marche rapidement
au rang des villes de premier ordre.
Un des soins du Conseil doit être de maintenir la bibliothè-
que au courant des publications d'art qui se font annuelle-
ment à Paris ; le gouvernement souscrit à toutes les grandes
publications qui offrent quelque intérêt ; il suffirait que de
temps à autre le Conseil, par l'organe du directeur, demanddt
aux ministres de l'Intérieur ou de l'Inslruclion publique de
participer aux distributions d'ouvrages qui sont faites aux bi-
bliothèques des déixirtemenls.
En proposant au Conseil quelques changements aux règle-
ments aujourd'hui en vigueur dans l'école, le commissaire royal
s'estslrictement renfermé dans ses iusli-uclionsetdauslerègle-
men délibéré auministère de l'Intérieur pour les écoles de Paris.
11 est un dernier point, sur lequel le commissatire royal croit
devoir appeler l'attention du Conseil : les écoles des divers dé-
partements où les art» «ont en bonnenr, portent toutes le titre
d'École royale des beaux-arts. L'école de Toulouse ne tient pas
un rang moins distingué que celles de cet cbeb-lieux de dépar-
tements, et se trouve [ar sa position et son influence ao-deiiae
d'une école communale; ne aerait-il paslogjqoe que le Cooieil
municipal de Toulouse demandât au ministre de l'Intérieuiif
que ce bel établissement fût, par ordonnaoce royale, élevé ca
rang d'Écrile royale des beaux-arts de la ville de Toulouse?
Les professeurs de l'école royale de dewin i Paris reçoivent
1 ,500 fr. par an, ceux de l'école de Lyon touchent 2,400 fr. :
ils sont tenus d'assister A l'école pendant tout le temps des
leçons qui est de quatre heures par jonr.
En con8er\'ant le traitement aux profess'eura aujourd'hui en
exeicice, l'état du traitement des proféseeurs s'élèverait i la
somme suivante :
Professeur de peinture 1,500 fr.
— de dessin, académie, etc. . . 1,500
— .dessin des plantes 1 ,200
— dessin de l'ornement. ... I ,'^00
Sculpture de la figure humaine etde rome-
ment 1,800
Composition d'ornement 1,200
Mathématiques, deux professeurs. . . . 2,400
(arithmétique, géométrie.)
Architecture i,200
Perspective, dessin linéaire 1,200
Chimie appliquée aux arts 1 ,200
Total 14,400
L'ancien budget est de. . . 10,500
Excédant. . 3,000
C'est donc une dépense de 4,000 francs de plus qu'exigerait
l'établissement des professeurs nouveaux, somme qui est de
beaucoup inférieure aux traitements des professeurs de Paris et
de Lyon.
COURS DE CHIMIE APPLIQUÉE AUX ARTS.
Le titre de l'école indique que les arts industriels sont égale-
ment professés dans l'établissement ; l'extension toujours crois-
sante des manufactures dans le département de la Haute-G»-
ronne fait sentir le besoin d'établir un cours de chimie appliqnée
aux arts. Les vœux, plusieurs fois exprimés par des membre* du
conseil municipal, ne sauraient être plus longtemps ajournés ;
car il est indispensable qu'il y ait dans la ville un enseigne-
ment qui offrirait dans l'avenir des résultats aussi importants.
11 n'entre pas dans les instructions du Commissaire Royal
de proposer la création d'un tel cours ; mais il croit être l'inter-
prète de la majorité des membres du Conseil, en consignant
ici tous les vœux qui ont été faits pour qu'un cours de chimie
appliquée aux arts soit créé à Toulouse.
Ch. TEXIER.
DEJA LA FONTAINE MOLIÈRE S'EN TA
Le monument de notre grand auteur oomiqne est achevé de-
puis trois ans à peine, et déjà d'importantes dégradations s'y
manifestent en dépit du (actionnaire qui veille à sa oonterv*-
tion ; au lieu de poursuivre imperturbablement sa marche i
251
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
SS2
travers les siècles, ce périssable souvenir de l'immortel Molière
s'avise déjà de tomber en lambeaux.
Doit-on conclure que la manie du clinquant et du bon marché,
l'une des plaies de notre siècle, s'est aussi infiltrée dans la
construction de nos édifices publics, ou bien faut-il supposer
que la conscience des maçons n'a point été suffisamment
scrutée par le maître?
La corniche en marbre qui couronnait le stylobate portant la
statue de la Muse comique, et la fausse plinthe qui la surmontait
pour déguiser les irrégularités et l'insuffisance de la plinthe
réelle de la statue, se sont détachées. Le massif en blocage qui
remplit l'intérieur du piédestal montre aujourd'hui sa misère
aux passants.
Qu'ils étaient -loin, ces bons passants, de se douter avant la
catastrophe, que ces deux piédestaux de marbre, à la tournure
monolithe, n'élaient que des coffres dont les minces flancs
étaient bourrés de ce gâchis que les maçons en belle humeur
appellent de la musique, et que Vitruve eût nommé, lui, opus
fraudulosum.
En effet, l'intérieur, ou, si l'on veut, l'âme du piédestal
de cette statue, et celle de l'autre aussi, sans doute (nous n'o-
serions pas ajouter celle du grand piédestal), est formé d'un
blocage en moellonnailles de toutes sortes, jetées à bain de
plâtre comme dans un moule. Et c'est sur une telle substruc-
tion que sont montées les deux statues allégoriques, pesant
chacune plusieurs milles kilogrammes. Pauvres muses ! quel
Pégase on vous donne pour vous conduire à la postérité !
La corniche correspondante, sous la 3îuse sérieuse, a été aussi
poussée au vide et ne tardera pas à se détacher à son tour : des
mêmes effets on peut remonter aux mêmes causes.
On s'étonnera moins de cette dégradation prématurée quand
on saura que, indépendamment de la qualité de ['âme du pié-
destal, sa corniche, dont la saillie est d'environ 0 m. 15 c., n'a
que 0 m. 015 millim. d'incrustement dans la masse ci-dessus
décrite, à laquelle elle n'est rattachée par aucune agrafe, quoi-
que les deux parties formant retour d'équerre sm: les deux
faces apparentes du soubassement soient d'un seul morceau
évidé à la scie. On conçoit qu'il ait sufQ que l'une des branches
soit sortie de son faible incrustement, par ime cause quelcon-
que, pour faire chavirer l'autre en la faisant tourner sur elle-
même par l'action du levier.
Il est trés-présumable que les pièces de marbre ont été dé-
tachées par l'effet de la gelée sur l'eau absorbée par le remplis-
sage en plâtre.
Pourtant, par extraordinaire (et nous devons louer ici l'inten-
tion), on avait employé le ciment romain au lieu de plâtre dans
le scellement de cette corniche. C'eût été un progrès à signaler
si l'on eût appliqué ct procédé avec plus d'adresse et de discer-
nement, mais on a jeté le ciment à pleines mains, et mal gâché
peut-être, dans le cadre formé par les parois de marbre et les
flancs du noyau portant la statue, comme on met de la terre
dans une caisse à orangers. On a hssé le dessus à fleur de la
terrasse de la plinthe, et tout a été dit.
En se rappelant le malencontreux blocage à bain de plâtre,
blocage sujet à se retraiter sous la double influence de la dessi-
cation et du poids de la statue, et offrant peu d'affinité pour le
ciment romain, on comprendra qu'il a dû s'y produire des tas-
sements accompagnés de fissures dans la terrasse en ciment
romain. Puis, viendra l'infiltration des eaux pluviales; en-
suite, la gelée cristallisant le liquide, la corniche, la plinthe
et les autres placages pousseront au vide.
Si, quand nous voulons déployer de la magnificence, la ques-
tion d'argent nous force à recourir au placage, rem plaçons par
un solide remplissage en pierre de taille le vide que la scie aura
ménagé. Si, plus parcimonieux encore, nous voulons recourir
au simple blocage, ne le faisons pas du moins d'une manière pé-
rissable et avide d'humidité comme le plâtre, ce générateur du
salpêtre et des misères qu'il traîne à sa suite ; employons les meil-
leurs mortiers de chaux et de sable, et ayons ensuite la patience
d'attendre qu'ils soient secs pour y appliquer nos placages.
Les Romains, qui avaient parfois l'air d 'être très-prodigue dans
leurs constructions, déguisaient souvent les murs de vastes
édifices avec des placages en marbre, ou avec des enduits en
stuc ; mais ils se gardaient bien, à coup sûr, de revêtir ces
murs de leur robe mensongère avant qu'ils fussent bien secs,
autrement, le retrait des mortiers du blocage intérieur l'eût
bientôt déchirée malgré la triple assise en briques ; chaînage
dont l'alternance périodique dans la masse des murs leur fut
vraisemblablement dictée par l'expérience.
L'imitation mal raisonnée des meilleurs procédés conduit à
des mécomptes ; la déception engendre ensuite la réprobation :
et voilà souvent comme on écrit l'histoire.
En règle générale, on devrait couronner d'une assise d'un
seul bloc les petits monuments exposés aux intempéries de
l'air. La plinthe d'une statue, par exemple, devrait couvrir
entièrement le sommet du piédestal, et si le bloc de la statue
s'est trouvé insuffisant, au moins faudrait-il que la fausse
plinthe fût monolithe. On y incrusterait alors la plinthe réelle,
et le joint serait parfaitement fermé ; on intercepterait ainsi
l'infiltration des eaux pluviales dans l'intérieur du piédestal,
ce dont, en général, on ne s'inquiète guère; voyez pour
exemple les piédestaux du jardin des Tuileries.
LETTRE D'UN VIEUX MÉDEaN A UN JEUNE ARCHITECTE,
SUR L'IMPORTANCE D'UN LOGEMENT SALUBRE.
Mon cher ami,
Vous me demandez mon opinion et des conseils sur une ques-
tion importante qu'a déjà traitée, dans trois brochures, un de
mes confrères le docteur Voillot, de Beaime. Gomme ce qu'il a
écrit est excellent, je vous recommande vivement ses lettres sur
l'importance de la salubrité des maisons; et au cas où vous ne
pourriez pas vous les procurer, en voici la brève analyse. Ce
sera en même temps la réponse à votre demande.
La santé veut un air pur, et rien ne lui est plus nuisible qu'un
appartement sombre et humide. Il faut qu'une maison soit bien
exposée, les distributions judicieusement conçues, les ouver-
tures suffisamment nombreuses, les courants d'air ménagés avec
intelligence ; il faut que les rayons salutaires du soleil y pénè-
trent abondamment ; autrement, de par la faculté et le docteur
Voillot, € je vous condamne à manger sans appétit, à boire sans
» soif, à dormir sans sommeil ; je vous condamne à l'engourdis-
» sèment, à la paresse, à l'ennui, au dégoût de toutes choses;
» enfin, je vous vois cloué sur votre fauteuil, y prendre racine
» et végéter comme une misérable plante privée d'air et de
» soleil. I) Ces inconvénients sont le résultat de nos habitations,
ina
REVUE DE L'ARCHITECTUHE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
obligés que nous sommes de nous conformer aux localités et
de prendre les choses comme il a plu de les faire à MM. les
architectes, ou plutôt à MM. les propriétaires, dont l'esprit
spéculateur s'inquiète peu de la santé deô locaiaires, et dirige
les architectes de façon à rendre les constructions le plus pro-
ductives qu'il est possible. Tdchez, autant que vous le pourrez,
mon jeune ami, dans l'intérôt de l'humanité, de soustraire
votre art à cette tyrannie de l'argent.
Quand vous aurez une maison à construire, et que la localité':
vous le permettra, choisissez d'abord une bonne exposition,
c'est-à-dire un bon vent et un bon soleil. Le levant me parait
le point préférable. On y jouit d'un air excellent et de la meil-
leure moitié de la course diurne du soleil, attendu que les
rayons de cet astre sont moins brûlants le matin : en effet, le
soir ils traversent une atmosphère déjà échauffée, tandis que
le matin ils passent par un milieu qu'a rafraîchi la nuit.
Après l'exposition, vousdevez apporter une attention sérieuse
au choix du terrain. Évitez un sol ai-gileux ou marécageux.
« Le terrain argileux est imperméable à l'eau ; il a la propriété
» de la retenir et de l'empêcher do se perdre dans les parties
» inférieures ; d'où il résulte qu'elle s'infiltre dans vos murs,
» s'élève en vertu de la capillarité et entretient constamment
» dans les appartements une humidité dangereuse (1). »
Du reste, vous pourrez le plus souvent prévenir cet inconvé-
nient en interceptant l'iiumidité pai- une feuille de plomb ou
une couche de bitume placée dans le joint de la partie où l'on
craint le suintement. Ce conseil peut vous servir beaucoup, je
l'espère, caries terrains humides sont communs en France :
l'étenduedesmaraissecsournouillés, salants ounonsalants,nc com-
prend pas moins de six cent mille hectares. Choisissez, de préfé-
rence, un pays découvert : les forêts attirent la pluie. « La
» basse Egypte en est un exemple ; depuis que Méhémet-Ali y a
i fait planter vingt millions d'arbres, il y pleut beaucoup plus
» souvent qu'autrefois. » De plus, il faut éviter le voisinage des
lieux pestilentiels et desélublissementsméphitiques.Évitezdonc
d'entasser trop les maisons les unes sur les autres, évitez surtout
le voisinage des cimetières : car, ainsi que moi sans doute,
vous avez entendu le récit d'événements déplorables causés par
le séjour des morts, tels que « la fin subite de ce fossoyeur qui
» tomba mort en ouvrant le cercueil d'un homme mis en terre
» un an auparavant; le décès de ces pénitents qui périrent en
» enti-ant dans le caveau sépulcral d'une égUse ; le trépas de
» quinze personnes causé par le dérangement de cercueils qui
1 durent faire place à celui d'un seigneur de village ; la perte
» malheureuse de ces cent trente-(juatre petits enfants, qui,
• ainsi que le curé et le vicaire qui les catéchisaient, succom-
» bèrent à la fièvre qui leur vint d'une tombe mal scellée; et
» ces cent quarante-neuf personnes qui prirent toutes le typhus
» pour avoir respiré l'air d'une certaine église; et celte peste
» sortant d'un puits renfei-mant des cadavres, et qui fit un
» grand nombre de victimes; et mille autres catastrophes du
» même genre dont je pourrais vous faire ici la nécrographie,
» si je savais qu'elle pûl vous amuser. >
Je m'aperrois, en teiminant cette lettre déjà bien longue,
mon ami, que je n'ai fait que vous répéter les faits exprimés
dan» les brochure» de mon confrère ; c'est qu'en vérité, je fe
répète, elles renferment de trèfrexcelleut* aperçus.
Je vous les recommande donc encore une Ibis, et je vous
serre affectueusement les mains.
H.rdoeUur-mAtUfin,
(1) Voir sar les moyens d'emptVJier l'ijumidit»! de monter dans les mnrs,
le vol. 8, col. S67 et suiv. de cette Rtvm.
LE CHATEAU DES FLEURS.
— M. de Lamartine dlwit, il y a qaelqoe temp» : . La France
s'ennuie. » Le grand po«e avait ralton ; cette patine Fraoce est prias
d'un tjA^n immense, elle bâille i louie heure, se lord linpiaai
ment sans pouvoir se distraire, et demande i toat esprit de boa *e«Mr
de s'ingénier on peu i trouTer le moyen d'amuier aoo oiaifi-ié. Pto-
tiears voix complaisantes ont répondu ft cet appel ; les nns altrilKient
cet élan sympalhiqae à la spéculation, d'autres (et noos Toaloot blea
nous ranger de ce nombre) n'y voient qu'on généreux teotim«ot de
patriotisme. Donc, pluKienrs entrepreneurs de plaisir se sont inis i la
besogne pour tâcher d'égayer la France. Elle n'a pas encore sooh OM
seule fois, c'est vrai, mais enfin ils ont esuyé de leur mieux; on lev
doit compte de leurs intentions excellentes.
Les uns ont pensé que le principal motif de l'ennui de Paris, c'était de
forcer le Parisien à ne trouver de rendez-vous de fêtes que dans l'en-
ceinte des barrières... et vite, vite, ils lui ont offert l'occasion de sortir la
têtu hors de sa grande carapace de rues mal bities pour aller dilater set
poumon< à l'air des boulevards extérieurs. Ils ont pris la baguette des
fée^ depuis si longtemps jetée an rebnt, ils ont prononcé les formolet Imt*
métiques dii moyen ige. frappé trois fois la terre près de Tare de Hfotf»^
|ihe... et voici qu'aussitôt a surgi l'ovale moresque de lllippo-trome avec
les chars romains, le tleeple-chate anglab, la parade gothique et la che-
vauchée des lorettes. Le g<'nle qui a fait jaillir tout cela de la leiTe
comme une décoration de l'Opéra dans un ciiangemenl à vue, n'a ooblid
qu'une chose... des premières loges sospendaes en Leilon ! Grice à ce
perfectionnement indiqué depuis longtemps par le directeur de la Rtim*
de l'architecture, l'Hippodrome eût été complet..., et peut-étn alon la
France aurait-elle ri aux éclat», de plaisir bien entendu, car ce projet
n'est point une utopie ridicule, c'est une charmante innovation que noM
applaudirons des deux mains quand on aura le bon esprit de l'appliquer.
Ne serait-ce pas délicieux, dites-moi, de planer i dix ou quinze mètres
au-dessus des autres spectateurs, dans des aérostats retenus de distance
en dislance par des câbles de soie ? L'œil embrasserait i la Ma les ae>
leurs et le public, la scène et les payage* voisiiM, des laabean 4e
Paris à travers les arbres et par-Oessns leurs cimes. Cee places oA faa
serait mollement bercé dans le ciel qoand le vent agiterait la nacelle, M
seraient pas des moins recherchées; on se lee armcherail comme une
loge d'avant-scène aux jours de premières représealBliMa, M plelMi
pour faire une comparaison plus juste, comme on se dispala le asiT
citadines, Oacres, et milords en sortant du Cb&tean-Rouge.
A propos de Chàteau-Rouge, voili encore une création réetateiew
désennuyer la France. Tivoli était mort. Vive Tivoli I Cli4t«aa-BoMi la
remplace et le fait oublier, en attendant le théâtre nautique qu'on aeas
promet pour le mois prochain sar la gare Saint Ouen, loi^oun d'afrit
le même principe que hors de Paris sealement est le plaiûr.
Je ne veax pas contredire ceux qui pensent ainsi ; pourtant, aes hali>
tudes casanières me font préférer le* fêtes que je nesaiepaeoMff dVtar
chercher si loin. Je remercie donc 11. Dumas d'avoir veahiMaseidarae
peu en construisant son Tbéâlre-llislorique ; il noos a, jas^alci, fait
bâiller double, j'en conviens, mais comme je n'ai pas la sar la parte de
ce nouveau séjour du vieux drame le vers ddcMngtaat de D— te AU-
gliieri : Latciata ogni tpemmxa voi ch« iafrote (Lalan
vous qui entrez ici), j'espère et j'attends toejour». MM.
s'y prendront si bien un soir qu'ils nous feront Hre six heores Je i
ni plus ni laoins que si nous étions des dieux d'BOaiAre.
^»
255
REVUE DE L'ARGinTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
256
D'ici là ciierclions ailleurs, au Château des fleurs, par exemple. C'est
un ravissant palais que ce'châteaupanaclié, rayonnant, lumineux, ver-
doyant et par-dessus tout fleuri. Je confesse naïvement que, si je n'avais
pas été Français, j'aurais joyeusement passé la soirée que j'ai consa-
crée à le visiter.
M. Hector Horeaii, son créateur, y a semé des merveilles qui rivalisent
avec les futures splendeurs du Jardin d'hiver, son voisin.
Tout d'abord, avant d'entrer, saluons la porte extérieure avec son ar-
chivolte demi-circulaire, surmontée d'une frise portant écrits les mois :
Château des fleurs, en lettres géantes de feu ; la grille de fer rocaille qui
remplit la partie inférieure de cette porte est d'un goût excellent; mais
ce n'est encore là que la préface. Quelques pas de plus dans la première
avenue, et à gauche un spectacle magique va nous éblouir, Partout des
fleurs, des fleurs et encore des fleurs ; partout des lumières empruntant
toutes les couleurs du prisme. A droite, un orchestre ; au milieu, les
sièges du public, entre quatre grands n:âts à doubles étagères pleines de
fleurs ; en arrière, encore des sièges et un plan incliné large de 60 pieds,
formant un immense bouquet, derrière lequel se dresse un château mau-
resque. Cette composition n'a coûté à M. Horeau que le travail d'une
nuit c'e.slle rêve d'un pinceau animé, souriant, fantastique; rêve coloré.
Ce château est de très-petites proportions, trop petites même, lorsqu'on
le compare à la dimension de l'orchestre. L'artiste voulait faire croire,
par un efl'et de perspective, au prolongement indéfini du jardin ; mais un
défaut de proportions, dû à la rapide improvisation de l'œuvre, a em-
pêché cette illusion d'optique. Elle a été mieux obtenue du côté droit
du jardin, par les lanternes chinoises appendues comme de gros fruits
lumineux non-seulement aux arbres compris dans l'enceinte, mais encore
aux arbres des propriétés voisines. De ce côté sont plusieurs bouquets
de verdure, de peiiis bosquets entremêlés de platebandes semées de
fleurs. Derrière l'orchestre, même système de décoration, avec un petit
bâtiment servant de foyer et de cabinet aux chanteurs; en face de l'es-
trade, quelques bosquets, encore des cafés, des estaminets, puis un ter-
rain fleuri en pente, borné par une porte devant laquelle est un petit
pont décoré sous son arche de globes de feu. Des deux côtés de ce
pont s'inclinent des plans couverts de fleurs qui reçoivent et renvoient
le reflet de la lumière.
Une création neuve et ravissante qui produit des effets inconnus jus-
qu'ici, c'est celle d'avoir répandu entre les fleurs des verres de couleurs
diverses qui étincellent comme de gros vers luisants, parmi les corolles
et les feuilles... Je renonce à décrire les merveilleux feux de la lumière
rouge, bleue, verte, jaune, violette; on dirait un semis de pierres pré-
cieuses, réalité visible d'un rêve de l'Orient.
Somme toute, le Château des fleurs mérite beancoup d'éloges, il
agrandit l'horizon de l'art en indiquant les fleurs comme matière d'or-
nementation dans les travaux d'architecture. Cet heureux essai aura,
nous l'espérons, des imitateurs, et nous procurera un nouvel ordre de
chefs-d'œuvre.
Georges OLIVIER.
mniiiOGRAPinE de is46.
(Suite. Voy. col. 176 et 222.)
Architecture théorique et pratique, Esthétique, Construction
et Hyssicne.
Projet d'un théâtre et d'un foyer de commerce, pour la ville de Rouen;
par F. Léger, arcliitecte. In-8» de trois quarts de feuille, plus une pi. Impr.
de Kivoise, à Rouen.
Orgce de l'église royale Saint-Denis, construit par MM. Cavaillé Coll père et
fils. Rapport fait à la Sociiité libre des Beaux-Arts; par J. Adrien de Lafage.
Seconde édition, ln-8» de 6 feuilles, plus une pi. Impr. de Ducessois, à
Paris. — A Paris, au comptoir des Imprimeurs-Unis, quai Malaquais, 15 ;
chez Bictiault, étiez MM. Cavaillé Coll, rue Pigale, 48.
Les principaux monuments funéraires du Père Lachaise, de Montmartre, du
Montparnasse et autres cimetières de Paris, dessinés par Rousseau, arclii-
tecte, et lithographies par Lassalle, accompagnés d'une description succincte
du monument, et d'une notice historique sur le personnage ç[u'il renferme,
par Marty. Première livraison. In-4» d'une demi-feuilIe, plus 2 pi. Impr.
de Schneider, à Paris. — A Paris, chez Bédelet, rue des Grands- Augustins,
10. Prix de la livraison 1 25
L'ouvrage aura 43 livraisons.
Principes du dessin d'architecture; par Navlet : Deuxième édition. In-18, rue
Jacob, 36.
L'artiste en bâtiments. Cours d'architecture, etc., composé, dessiné et gravé
par Louis Berthaux. In-4° oblong de 2 feuilles. Impr. de Loirean-Fenchon,
à Dijon. — A Paris, chez Maison, chez Rorel ; à Dijon, chez l'auteur.
Motif et possibilité d'élever une tour de mille pieds au centre de Paris. In-4,
d'une demi-feuille, plus une planche. Impr. de Prevot, à Saint-Denis. —
A Paris, chez Carilian-Gœuryet Dalmont.
Le vignole des ouvriers ou MèlJwde facile pour tracer les cinq ordres d'archi-
tecture,et donner à toutes les parties d'un bâtiment des proportions en rapport
arec sa hauteur, son caractère, sa desiinalion,etc.; à l'usage de tous ceux
qui s'occupent de l'art de bâtir. Ouvrage utile aux peintres-décorateurs, aux
sculpteurs-ornemanistes et aux marbriers. Première partie, composée de
34 planches ; par Charles Normand, architecte, ancien pensionnaire à l'A-
cadémie de France, à Rome. Nouvelle édition, revue et corrigée d'après le
système métrique. 10-4° de 8 feuilles, plus 34 planches, 2 frontispices et un
portrait. Impr. de Pillet aîné, à Paris. — A Paris, chez Nonnaud aîné, rue
des Grands-Augustins, 7 ; chez Pillet aîné, chez Carilian-Gœury et V. Dal-
mont. Prix 10 »
RÈGLEMENTS pour Ics coucours aux grands prix de V Académie royale des beaux-
arts. In 8° de 4 feuilles. Impr. de F. Didot, à Paris. A Paris, chez F. DidoU
Dissertation sur les différents styles d'architecture employés jusqu'à nos jours
pour la construction des églises; par C. L. Fléchet jeune. In-S" de deux
feuilles. Impr. de Boursy fils, à Lyon.
De l'architecture contemporaine et de la convenance de l'application du
style gothique aux constructions religieuses du xix« siècle, à propos du ma-
nifeste de l'académie des Beaux-Arts et des réponses qui y ont été faites par
M. Lassus et par M. Viollet-Leduc; par Gabriel Laviron. In-8» de 2 feuilles
1/2. Impr. de Pion, à Paris. — A Paris, chez Amyot, rue de la Paix, 6; chex
Didron.
Controverse artistique entre un Rémois et le comité archéologique de Soisson»^
10-4° d'une demi-feuille. Impr. de Lacour, à Paris.
De l'imitation considérée dans ses rapports avec la philosophie, la morale et la
médecine; par P. Jolly. ln-8° d'une feuille 1/4. Impr. do L. Martinet, i
Paris. — A Paris, chez J.-B. Baillière, rue de l'ÉcoIe-de-Médecine, 17.
Fragments et mélanges; par L. Vitel. Tome premier : Beaux-Arts, critique
littéraire et artistique. Tome II : Archéologie du moyen âge. Deux volume»
in-12, ensemble de 37 feuilles. Impr. de Pion, à Paris. — A Paris, au comp-
toir des Imprimeurs-Unis, quai Malaquais, 15.
Le guide des constructeurs, ou Traité complet des connaissances théoriques
et pratiques relatives aux constructions ; par M. B.-R. Mignard. Première
livraison in-8" d'une feuille. Impr. de Vinchon, à Paris. — A Paris, chez
Carilian-Gœury, quai des Augustins, 41.
L'ouvrage aura 2 vol. in-8» et un atlas in-folio de 82 pi. Il sera publié
en 52 livraisons. Prix de la livraison » 80
Le guide du charpentier et du menuisier des villes et des campagnes, conte-
nant, etc. ; par Pioche, architecte, à Metz; précédé de la Théorie de la force
des bois, par E. Debrun. In-4» de 3 feuilles, plus 12 pi. Impr de Dembour,
à Metz.
De l'emploi des tuiles pour les couvertures dans l'arrondissement d'Avran-
ches, par M. L. Marchai. In-S» d'une feuille. Imp. de Forlain, à Avranches.
Nouvelles études sur les pouzzolanes artificielles, comparées à la pouzzolane
d'Italie dans leur emploi en eau douce et en eau de mer; par L.-J. Vicat.
In-4» de 17 feuilles 1/2, plus 12 pi. Imp. de Fain, à Paris. — A Paris,
chez Carrlian-Goeury et Dalmont, quai des Augustins, 39-41. Prix 8 •
Recueil de tarles à l'usage des ingénieurs, faisant suite à l'ouvrage sous le
même titre, de B. Genièys, et formant le 2« vol., parB.-E. Cousinery. In-8»
de 20 feuilles 1/4, plus 4 pi. Impr. d'Hennuyer, aux Batignolles — A
Paris, chez Carilian-Gœury et Dalmont, quai des Augustins, 39-41.
Prix 12 •
Tables des superficies de pavage correspondant à un nombre quelconque de
pavés, depuis 1 jusqu'à 4,216; par Cormon. In-12, d'une feuille 1/6. Imp.
d'Escuyer, à Compiègne. — A Compiègne, chez Escuyer, et chez Dubois.
CÉSAR DALY,
Directeur et rédacteur en clief,
membre de l'Académie royale des Biaux-Aits de Stoolîholm, de l'inslitul
royal des Architectes britanniques, etc., etc.
Iiiip. de L. TOINON etC", k Saint-GemiaiH.
267
REVUE DE L'ARCHITECTUBE ET DKS TRAVAUX PUBUCS.
2M
MÉMOIRE
SDR TRENTE-DEtTX STATUES SYMBOLIQUES , OBSEHVÉES DANS LA
PAOTIE HAUTE DBS TOURELLES DE SAIM-DENYS.
(Cinquième article. V. col. 49, 65, 97, 129 el 177.)
TROISIÈME PARTIE.
«ommnirc. — Discussion sur le caractère hybride attribué dans ce Mémoire
aux statues des tourelle» de Saint-Denys. — De leur Facture, de leur style
de leur type pbysianomique. — Circonspection apportée dam la ipéciiica-
tioD de leurs membres. — Quelques-unes de ces statues, ouvertement
aII(?gorique8. — Retour sur les deux Physiologues. — Description et expli-
cation raisonnéc des statues qui sont l'objet de ce mémoire. — Le moyen-
âge fournit-il dans ses monuments des statues mystiques hybrides, et des
collections de Péchés identiques à celle de Saint-Denys? En est-il resté
dans les livres, les manuscrits , les enluminures des même» siècles? —
Exemples. — L'esprit du thème des Péchés sur les basiliques chrétiennes
donne l'eiplication directe de sa populariialion. — Conclusion.
Comme nous l'avons annoncé, la zoologie sculptée sur
les tourelles de Saint-Denys tient simultanément de la fantas-
magorie et de la réalité. Quelques unes de ces statues sont
la reproduction bien franche d'un genre d'unimal connu, tel
que i'àne, le chien, le singe, et le caractère de vérité qui se
fait remarquer en elles ne permet pas de supposer que les
étningetés des autres aient pour motif une ignorance de dessin
qu'on ne peut d'aucune mnniére attribuer à leurs sculpteurs
En vain nous objecterait-on qu'au xni' siècle et au début
du XIV* ceux-ci étaient bicu en retard pour la zoologie
sculptée ; l'analyse des monuments appartenant à ces épo-
ques restreint beaucoup cette opinion, et tout porte à croire,
du reste, que les statues de Siiinl-Denys sont dues ou ciseau
italien et à des mains très exercées à l'étude de l'art antique,
mais trempées aux sources divines de l'art religieux et chré-
tien. Tel est le jugement des connaisseurs sur deux groupes
très remarquables placés aux angles inférieurs du pignon
ouest de la basilique, et le mémo coup de ciseau semble avoir
taillé dans le bloc la décoration des tourelles. Cenx-là avaient
étudié et savaient rendre la nature, qui ont pu exécuter ces
T. VII,
tètes d'une expretsion si énergique et d'un tel ordre ie
beauté. Pour peu qu'on soit sans prérentioa et qo'on étudie
cet ensemble, on y reconnaît aisément une page du plus
grand style, telle qu'en a semé dans l'art ie dédia de* teaps
hiératiques. Qu'on nous permette de le dire, il a Iillu k leur
auteur de la science et quelque génie pour que ces créations
hybrides n'aient pas tourné au ridicule et n'aient rien de cho-
quant pour l'œil. Ces sujets fantasmayriygl réonMient ■<>■
sans harmonie des éléments divers sans doute, nabipi n'ont
rien d'hétérogène, bien qu'il soit contre l'habitude qu'on lea
voie ainsi ass^nnblés. I..a beauté, si on peut le dire, faroudM
et vraiment effrayante qui domine dans ces Bgures saisit l'at-
tention, l'intéresse, et y ressort de plus en plus par l'étude
et par l'examen ; beauté grandiose et sublime qui a nurqné
de son sceau puissant, comme nous l'avons dit ailleurs,
l'œuvre inimitable du Dante et tant de sombres traditioM
surgies en foule au moyen âge : beauté d'ailleurs si idéale
dans son ordre tout d'exception, qu'on croit voir dans cluqoe
sujet la dernière et la plus extrême expression de ce qu'il
veut peindre, et presque le génie fatal du rioe qu'il pertoo-
nifie. Il semble que Satan lui-même ait comme allumé sa
violence dans chacune de ces statues, images des instincts
pervers, comme on voit, dans la Sy mbolique, le Christ, source
de toute grftce, imprimer un saint caractère, une ineflable
pureté à des pierreries, k des plantes, parCiM i des animani
même consacrés dans la Symbolique à 6gurer soit sa per<
sonne, soit ses admirables vertus (1). Ainsi, toit respire la
fougue, la puissance d'action du mal dans ces images espre»>
sives, triste personnification de tous les excès de la bnite et
de tous les instincts du crime que peut nourrir le cœur hu-
main. Ces appétits de l'animal sont la masse et le corps du
monstre, son espèce, et les habitudes dont il est capable ou
doué ; pour ce qui est des passions humaines, elles reasortent
fortement dans l'animation hors nature qui éclaire sa phy-
sionomie et qui a là un style plus noble qu'on ne le peut
voir chez la bête, infernale, mais grandiose et très juste cooi-
binaison qui a su poétiser la brute par tout ce que l'ardew
du mal peut donner à la créature d'inspiré et de sorhumaia,
afin de faire bien entendre que cette brute en apparence
c'est l'àmc déchue et tombée, mais toujours immatérielle «(
toujours image de Dieu, quoique maintenant asservie et
comme étouffée par les sens. Ce caractère d'éaergie et et
haute idéalité ressort non moins évideauMalBiàBe sor ee«x
parmi ces monstres qu'on voit à peine dégwiii oa qae le
(1) Le* doute pierreries nommée* dam t'Eio4«ootél4«
principiles vertus du Christ juMjae dant le ravn éamflliUH. (▼. CMwri.
à Lapid. in k'jMé., e. XXVIM). — Le H*, la tMt al i
raient aussi le Sanvenr, le premiet k lilr* de gloire des kaaMa, €*
et modèle des humbles, de rémuoénlear de l'haaailil<; la i
prince el le modèle de* martyrs. (V. S. Bmmom.)
Anselm., Camtuar. — Ludolph. Saioa.. m Vit, CkHMi. — Hnkaa
/> «nivrrto, I. XIX, r. 8. — Ibid. « iU«f«r. — PImIm, L Vf, «te.
parmi le* aDimaax. le Imo, l'afiiwaa, le veaa, la paMMt*. n^i, la |
can, la colombe, la calandre, le dauphin, et kaa MBÉn fanfewdl
différents rapports de* emblèmes de J.-C
17
r»»-
250
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
260
temps a rendus frustes; et il domine avec puissance dans
leur altitude emporléc, dans la crispation de leurs grilTes et
dans l'érection toujours brusque et presque irritée de leurs
ailes; cachet saisissant et marqué qui nous frappa profondé-
ment le premier jour où nous les vîmes, et que plus d'un
habile artiste y a reconnu à son tour. Ce sceau suffirait à lui
seul, indépendamment des détails, des attributs, des diffé-
rences, pour révéler dans ces images tout ce qu'y découvre
la science, tout ce que l'art chrétien y mit.
Frappé de ces observations, nous avons été convaincu
que ceux qui ont combiné cetœuvreavaicnteu, en l'élaborant,
l'intention qui, aux mêmes siècles (1), meublait en France
les verrières, les archivoltes des portails, et jusqu'aux murs
des basiliques de monstres qu'on a crus grotesques, mais
qu'alors et avec raison on savait seulement hybrides. Pour
discerner leurs éléments, nous avons souhaité le concours et
l'avis d'un naturaliste qui pût prononcer à coup sûr et fixer
nos incertitudes sur les solutions de détail, et un professeur
distingué, M. Covilbeaux (2), a bien voulu nous assister, ju-
geant avec circonspection et môlant à ses théories les quel-
ques modifications indiquées par l'état de l'art et de l'esprit
au moyen âge, et résultant des harmonies et des rapproche-
ments logiques qui relient tous ces caractères. Il est ressorti
de l'étude de ces animaux composés, qu'un bon nombre
d'entre leurs membres ont un caractère idéal, mais qu'il n'en
est presque pas un qui n'ait des analogies évidentes avec des
caractères vrais et parfaitement distinctifs. Ceux qui sont de
pure invention sont à leur tour des traditions consacrées dans
le moyen âge et acceptées dans l'art chrétien; tels la queue
tordue du serpent (3), le corps marin de la syrène, la queue
appelée « de dragon ». S'il fallait ajouter un mot pour per-
suader mieux encore les esprits circonspects à croire et lents
à admettre les nouveautés, nous leur répéterions ici que
l'Ane abattu dans la mare, que In Syrène à sa toilette, que
l' Homme-lion et gourmand', que le Buveur. Vllippocen-
taure, que la Femme à queue de sangsue, VOnocentaure,
le Lion, le Lièvre h allure effarée, la Truie avec ses cinq
petits, sont, ou des motifs explicites qui se font entendre
d'eux-mêmes, ou des allégories connues même au sein de
l'idolâtrie, des images semées partout dans les pages des
livres saints et dans celles des moralistes, et des proverbes
répandus et très bien compris de nos pères. Le peu qui reste
d'animaux à sens un peu moins explicite sont du même stvie
et du même esprit.
Nos explications de ces thèmes supposent et exigent môme
leur confrontation attentive avec leurs Ggures gravées. Ces
gravures, nous avons la satisfaction de pouvoir le dire, offrent
la reproduction parfaite de l'œuvre complet des tourelles
jusque dans ses moindres détails; les physionomies elles-
(1) Le 12% le 13% le 14'.
(2) Membre de la Société de pharmacie de Paris, professeur d'histoire na-
turelle dans l'kistitutioa de madame Descauricl.
(3) V. statue d" 10.
mêmes y sont on ne peut mieux rendues, autant que le peu-
vent permettre des proportions aussi restreintes. Elles ont
été exécutées sous les yeux et sous la direction de M. Daly.
M. Uainville, jeune artiste plein de talent et d'avenir, a
voulu, avant de graver les planches, assurer aux dessins eux-
mêmes, levés à de grandes distances, la plus extrême exac-
titude. C'est du haut des échafaudages et des degrés aériens
disposés au liane des pignons, c'est même du faîte et des
combles des anciens bâtiments claustraux qu'il a complété ces
dessins et reproduit plusieurs détails qui ne peuvent être
saisis d'aucun point de la basilique, et nous devons à ses
crayons la revue consciencieuse de la collection tout en-
tière et quelques-uns de ses dessins. Les imperfections des
figures, jugées au point de vue de l'art, appartiennent à
leurs modèles, par exemple, le sujet 16, l'Ane ventru et
fourvoyé, dont l'embonpoint abdominal est un caractère mys-
tique placé là avec intention par le génie du moyen âge (1),
peu occupé, comme on le voit, de mieux modeler la statue
par laquelle le principal, c'est-à-dire l'idée chrétienne, est
rendu admirablement.
Dans cette troisième partie, nous compléterons par des
notes les explications et les preuves auxquelles notre court
glossaire n'a pu suffisamment fournir. Nous continuerons de
citer les autorités qui motivent ou qui peuvent fortifier nos
applications : parmi elles ce Physiologue, l'un des plus an-
ciens Bestiaires écrits depuis l'ère chrétienne, puisé de plus
près que les autres et sans doute directement dans le Bestiaire
sacré que donnent les livres bibliques. Et puisque nous avons
nommé cet écrit de saint Épipliane, qu'on nous permette
encore un mot pour éclaircir et compléter ce qu'on a lu à
son sujet dans notre première partie ; c'est le fruit de nos re-
cherches récentes et postérieures à la publication des pre-
mières feuilles de ce mémoire. Un fragment de ce court
traité, œuvre toute mystagogique, est parvenu à notre épo-
que (2). Gesner n'avait pas eu le temps de le traduire, mais
peu d'années après sa mort, un religieux bénédictin, Gon-
salve Ponce de Léon (3) , accomplit cette noble tâche. Malheu-
reusement sur les trente-neuf animaux traités dans le manus-
crit grec, trois se trouvaient presque effacés et tout ii fait
indéchiffrables, et des altérations impies, glissées à dessein
dans le texte, le dénaturaient à tel point qu'il en dut retran-
cher onze autres, ce qui réduit à plus d'un tiers l'élégante
version de Ponce. Quelque chose de remarquable, c'est
que dans cet écrit lui-même saint Épiphane cite un autre
traité ou un autre auteur portant aussi le même titre, celui
de Physiologus. Dans le cours du iii° siècle, c'est-à-dire
plus d'un siècle après saint Épiphane, Origène aussi avait cité
ce Physiologus. II y a donc eu deux Physioiogues, celui d'un
auteur anonyme et celui de saint Épiphane (4). Celui de
(1) Vincent de Beauvais le spécifie expressément : il montre cet âne en-
graissé, avant de le montrer ingrat.
(2) Il est répandu en entier dans les notes de notre Zoo%ie inédite.
(3) Né en Espagne, à Valladolid.
(4) Indépendamment d'un troisième P/it/sioJofluie écrit en latin, attribue à
261
FŒVUE DE LAUCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
2«S
l'auteur anonyme a été attribué à Salumon, à Aristotc, au
glossatcur inconnu des rsaumes,et ù bien d'autres écrivains;
mais son nom étant cité par saint Épiiihanc h côté et h la
suite des témoignages d'Aristole et de Salomon, et cela dans
la môme phrase, on en peut induire, ce semble, que ce Phj-
siologue ne doit être l'ouvrage ni de l'un ni de l'autre. Quoi
qu'il en soit, ce qui importe, c'est qu'il nous parait démontré
que ce n'est pas l'œuvre anonyme, mais celle de saint Épi-
phane, que les Bestiaires désignent quand ils citent le Phy-
siologue, car ce docteur n'invoque de l'ancien que des tradi-
tions d'histoire naturelle, des détails d'instincts ou de moeurs,
jamais nulle allusion chrétienne ni aucune allégorie doctri-
nale ; tandis que l'on voit ressortir parmi les citations em-
pruntées à leur Physiologuepar la plupart des Bestiaires, dc8
allusions mystagogiques et des eiiplications chrétiennes qui
ne peuvent laisser de doute sur l'orthodoxie de l'auteur : ce
ne peut être qu'un docteur ou un théologien catholique
nourri des saintes Ëcrilures, sur lesquelles son œuvre est
calquée.
Mais revenons à nos statues. Dis|iosécs, ainsi qu'on l'a vu,
sur la partie aérienne des tourelles de Saint-Denys, h l'ex-
trémité du transsept, elles forment une couronne au sommet
de leur haute base, étant disposées circulaircment au point
d'où s'élève l'aiguille, c'est-à-dire à trente-huit mètres un
tiers au-dessus du sol. Comme nous l'avons annoncé, cha-
cune des quatre tourelles est décorée de huit statues.
En nous plaçant par la pensée sur la grande place de
Saint-Denys, en face do la basiliqoe, et procédant de gauche
à droite, selon l'ordre adopté dans les grandes compositions
monumentales du moyen âge, nous commençons notre ana-
lyse par la tourelle nord-ouest; nous expliquerons après
elle, d'abord la tourelle nord-est, ensuite celle du sud-est,
enfin celle du sud-ouest.
TOUBELLE NORD-OUEST.
Sur cette première tourelle, avec sept statues fantastiques
d'animaux tout à fait hybrides, on en remarque une au
nord-est, simple et entièrement humaine; elle renferme, ce
nous semble, une pensée d'introduction, et nous la plaçons à
ce titre à la tète de la série.
IV« 1. statue hamalae (Bénédlëtla).
la prévision.
Le costume de ce sujet est celui de l'ordre de saint Benoît,
c'est-à-dire la tunique, et la coulle ou le capuchon (1). Son
âge, qui est l'adolescence, semble caractériser un novice, ou
plutôt un de ces enfants-moynes (2) qui étaient élevés dans
saint Ambroisc, et déclaré apocrjphe par le pape Gelase 1", ta 494. {Coticil.
t. IV, p. 12(!0. — Fleury, Uist, ecclàiastique).
(i) Rcgul.S. Bene>iicU,c. S5.
(2) « Puer monachus. » — Hraban Maur. passim. — Legtnd. aur. pai~
sim, etc.
les monastères, et qui, formé» par Jcn abbét et au milieu des
cénobites à la sainteté de la vie et i l'obserraoce de la règle,
prenaient de bonne heure l'habit. Sous les traits de cet aspi-
rant il la perfection monastique, est bgarée probablement
par une double allégorie conforme au goût du mojen
Age (1), l'Ame clirétienncet commençante; ce sujet est donc
montré jeune, soit pour rendre explicitement l'enfance pro-
longée de l'âme au début de «a conversion, soit pour consa-
crer ce principe, que c'est au matin de la vie qu'il faut
commi!ncer le combat. La lAche imposée au novice est de
résister sans relâche aux ennemis spirituels qui vont se dis-
puter son âme, savoir : les dangers du dehors menaçant sur-
tout les cinq sens; et les assauts de l'intérieur, plus subtils
et plus redoutables. Le religieux, selon la règle, n'est autre
cho.se qu'un soldat enriMé contre ces attaques sous la disci-
pline des statuts et de son abbé (2). De même, selon
l'Ecriture, la vie du juste est une arène où ni triomphe, ni
succès n'obtiennent de trêve à la lutte qu'après d'Apres et
longs combats.
Le novice est, A ce qu'il semble, la seule parmi ces statues
qui soit investie d'un rôle passif en dehors de ce grand tableau
(igurant la lice chrétienne. Si nos présomptions ne nous
trompent, disposé là pour la bataille entre le nord et l'occi-
dent qui ont leur attribution mystique, il y voit passer ea
esprit devant le regard de son Ame, dans les trente statue*
voisines, les périls qu'il doit surmonter. Du reste, ce n'est
point de front que ces agresseurs innombrables attaqueront
l'Ame chrétienne ou qu'ils fondront sur le novice, mais par
la droite et par la gauche, marquant les deux genres de ten-
tation, la prospérité et l'épreuve, les délices et les souf-
(1) Ces allusions simultanées sont nombreuses et admirables daas l*art
chrétien du mojen kge. Nous donnerons dans notre oovnte imiiMfa Jmliis
des fresques et des bas-reliefi des caucombet romaine*.
(2) « (Genus) primum coenobiuram (est) militan* Mk nglli, «d ■hbala.a
(Reg. S. Bentdict., c. l). Pendant l'année de proltalioa m liMit irai* M(
celte règle au postulant, retenu dans le quartier de* noiiies : c Voilà, lai
disait-on chaque fois, la régie sous laquelle tous demande! à i
« Kl si promiserit de stabilitate soA perstverantiam, |
circulum legatur ei bac regala par ordinem, et dicaliirci : Ecn la «ak ^
inilitare vis ; si pote* olMervare, laptien : si vero non potes, likcr «tnia.»
(Heg. s. Benedkt., cap. 58). — Dan* le Prolopie de m rèile, $ttaH Bnsk
s'adresae ainsi à celui qui upire i la vie du cloltr« : « QaiHma abnaMciMs
^*'c) propriis voluntatibos Domino Chrislo rero Régi militalonM «hodtanlia
forlissiroa, atquc prcclara arma sumis, etc. > (Prolog. KêgaL S. B»-
nedict.).
On lit dans les ouvres de Rbaban Manr on IraiM loiilalé : c IM Agom
christiani, agens de Viriutibus et VitHs. »
« Fili, arredeos ad servitutem Dei,... prcftara animam Uua ad loMa-
tionrni. • (Eccli., I, 2,1).
« Militia est vil» boniinis super terram... {Job. VU). HincMMcat bMIM
Job qualiler in hle rili militare debearau* insinuai, qui in n i
liler mililarcfil eiemplum ponit. Uilitia enimest vital
quia quanto tempore in htc viti sumos, per arma JmIMb A éaMt H A
sinisiris conUa vitia et roalignoa spirilos pogoare deliinw, «MIMÉS lallA
militii, pro viclorii coronemur. (5. Bmaoa. atUms. n /oS, M^ VIO-
En rapport direct et fréquent avec cet ordre de pensées, le ckréliM «M
souvent représenté sur les moaninnu dn omtm Ag* •••• *• P*»* «• *•>
|iour guerroyer contre l«s vie». On le voit flgwi siariMr «M JsHa aWalM*
au folio 1 15 du ms*. intitnié : Du fttkkmt 4u Saiml-KtprU- (BMMM^m
royale}.
MS
REVUE DE L'ARCHLTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
26A
frauces (1), la présomption inconséquente et la pusillanimité.
Symbolisées par tous ces monstres marqués d'une expression
terrible, sombre et presque surnaturelle comme le pouvoir
de l'esprit pervers, ces tentations sont détaillées dans la règle
de saint Benoît, investies pour le plus grand nombre d'une
allusion spirituelle exposée dans le commentaire en surplus
du sens littéral, et toutes, tenant une place parmi les légions
des péchés; celte armée y passe en revue sous l'œil attristé
du lecteur, et le novice y est instruit sur chaque athlète
séparé de cette milice infernale. Au premier rang sont :
l'homicide temporel et spirituel : l'adultère, comprenant
l'idolâtrie (2), les affections désordonnées, etc. : le vol,
s'étendant au scandale et à tout ce qui ravit les âmes à Dieu :
les trois concupiscences : le faux témoignage et la dissimula-
tion : l'orgueil : les désirs de vengeance : l'immortification
des sens : puis, pêle-mêle, le mensonge, la fausseté : l'hypo-
crisie : la simulation : la mollesse : la somnolence volontaire
ou négligente et l'inertie spirituelle : la luxure : l'intempé-
rance : l'ivrognerie et la crapule ; la paresse et la noncha-
lance : le murmure : l'indépendance : l'affranchissement delà
règle : les discordes : la cupidité : l'avarice : l'affection aux
biens temporels : le dérèglement des pensées : la loquacité :
le rire insensé : l'envie avec la dérision, la détraction et la
jactance : la dissension : la haine : le ressentiment : la colère :
l'oubli des fins, le désespoir, etc. (S). Ce sont ces escadrons
de vices qui nous semblent, dans le détail, se dérouler sur
les tourelles sous le regard du jeune moine; c'est à travers
ces ennemis qu'il aura à franchir la lice, contre eux qu'il
aura à combattre, à se défendre et à lutter.
Cette galerie de tableaux parcourue et analysée, on arrive
à la conclusion, à ce qu'on nomme « le bouquet » dans la
langue spirituelle. Mûris par les longues épreuves de cet âpre
et patient combat, le chrétien et le cénobite ont atteint la
virilité, qui est la consistance de l'âme et la réformation du
cœur. La trente-deuxième statue, où sans doute encore une
fois ils sont figurés l'un et l'autre, est un religieux d'âge
mûr, qui « se dépouille du vieil homme » et, selon l'expres-
sion biblique, a se revêt de l'homme nouveau. »
Jeté en avant du massif, dans une pose gracieuse qui n'est
ni tout à fait debout, ni tout à fait agenouillée, le novice bé-
nédictin, la tête à demi enveloppée de son capuchon, est
(1) Sinistra, adversitas, ut in parabolis : « Non déclines ad dexlram ne-
que ad sinistram, » id est, nec prospéra te élèvent, ncc adversa te franganl.
(Hraban Maur. Allegor.).
A dexlris. . Iseta, à sinistris... trislitiam habemus. (Hraban ilaur. in
Hiezechiel, lib. I, c. 1). — Ihid. in S. Brunon. aftens. Op. — S. Anselm.
Cantuar. Op.— Ludolph. Saxon in Vit. Chr-isli, etc., etc.
Eshibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros in tribulationibus, in suavi-
tate, pcr arma justitia;, à dextris et à sinistris. (II Cor. VI, 7).
Cadent à latere tuo mille, et à sinistris tuis decem raillia. (Psalm. XC, v. 7,
et Commentar. S. Brunon. astens. et S. Oddon. astens. in ibid.).
Inter hostes versâris, et à dextris et k sinistris impugnâris. (De /mit. Christ.
XXXV, 2).
(2) Initium fornicationis est exquisitio idolorum ; et adinventio illorum
corruptio vitae est. (Pap. XIV, 12).— V. aussi Hraban Maur. , in Regul.
S. Benedict.
(3) Regul, S. Benedict. — Et Hraban Maur., Comment, inibid., cap. 4.
placé au côté du nord, qui, dans le commentaire même de la
règle de saint Benoît et pendant tout le moyen âge, est mon-
tré comme la région de l'esprit du mal et l'arène des tenta-
tions de la vie (1); attitude et combinaison faisant allusion
à la lutte intérieure de la vertu et de la grâce contre le*
suggestions du mal. Son front, comme celui du moine sur la
tourelle sud-ouest, se tourne un peu vers l'occident qui
figure les fins de l'homme et le suprême jugement où seront
discutées .ses œuvres (2), et son corps tout entier s'incline en
signe du sentiment humble qui doit dominer chez le moine;
mise en action très explicite de deux préceptes de sa règle,
l'un lui imposant de ne jamais perdre de vue la mémoire des
fins dernières (3), l'autre de garder en tout lieu l'inclinaison
de l'attitude, considérant ses démérites et s'affligeant sur se»
péchés [li).
(1) Per prophetam dicilur : « omnes cogitationes lerr* «b Aquilone ve-
nient. u Régna Aquilonis vitia sunt, quae in ipsis portis, id est, in ipsis sen-
sibus animse rcgnanl. (Hraban Maur., Commentar. in regul. S. Beneiicli,
cap. 7).
Aquilo, ventus frigidut, diabolum sigDiûcat, qui statu tentationum cordt^
bomioum congelât, et inrrigidat ab amore Dei. (Hug. à S. Victor, Erudit.
theolog. in specul. Ecoles., c. 7).
Septcntrionalis pars mundi, unde gelu et siccitas precedunt, per figurant
ostendit diabolum vel frigus infidelitatis. (Hraban Maur., De universo, iX, 1).
Remarquez ce verset de VEcclésiasle (c. XI ^ 3) : « Si cecidcrit lignum ad
Austrum, autad Aquilonem,in quocumque loco ceciderit, ibi erit, » entendu,
par tous les docteurs, de l'état de grâce ou de crime où la mort trouve et sur-
prend l'homme : il y reste, dit l'Écriture, soit qu'il soit tombé au midi, c'est-
à-dire mort dans la grâce, ou qu'il le soit à l'aquilon, c'est-à-dire dans le
péché.
C'est parce que l'aquilon figurait la région du mal, qu'à partir du milieo
du ix' siècle le diacre se tourna, en France, vers ce côté pour chanter l'Évan- .
gile : allusion à la conversion des gentils par la parole évaugélique. « Sed
verba Evangelii Levita pronuntiaturus, vcrtit faciem contra Aquilonem, ut
ostendat verbum Dei dirigi contra eum, qui per Aquilonem designatur, scill-
cet contra diabolum, qui diccbat in corde suo : Sedebo in latere Aquilonis
(l'Orient, le côié de Dieu), et ero similis Altissimo. » (Ludolph. Saxon., Vit.
C/ins(.,parsIl, c. LXXXH).
Et V. B. Yvon. Caruol. De rébus ecclesiasticis, Serm. De convenien.tia. —
Gemmaanimœ, c. 16.— Oddon., Astens. in Psalm. 88. — Rupcrti tuitiens,
Dedtvin. OfJic.lU, 22.
(2) La plupart des docteurs chrétiens du moyen âge tout entier ont pensé
qne J.-C. crucifié sur le calvaire avait le visage tourné vers l'Occident. Ce
côté figurait les fins dernières de chaque homme, celle du monde et le juge-
ment dernier. Jésus, mourant sur la croix, avait déjà jugé le monde ; il
le jugera de nouveau en dernier ressort par la croix ; c'est l'une des raisons
pour lesquelles le plan cruciforme des églises dans l'antiquité chrétienne et au
moyen âge regardait toujours au couchant. De même leurs crucifix hiérati-
ques, ceux qui étaient suspendus à l'arc triomphal ou placés sur le maître-
autel faisaient toujours face au couchant. Le symbolisme des points cardinaux
touche à l'une des questions les plus intéressantes et peut-être les moins
scrutées de l'archéologie chrétienne; nous la discuterons à fond dans notre
travail sur la Symbolique, et nous y appuierons nos dires de nombreuses
autorités.
(3) Instrumentum bonorum opcrum, Dei judiciuni timcre, gehennam
expavescere, vitara a;ternam omni concupiscentiâ spirituali desiderare, mor-
tem quotidie auto oculos suspeclam habere. (Regul. S. Benedict., c. -4. —
Et Hraban Maur., Commentar. inibid).
(4) In monasterio, in horto, in via, in agro ; vel ubicumque sedens , am-
bulans, vel stans, inclinato sit semper capite, dcGxis in terram aspectibus ;
reum se omni horâ de peccalis suis existimans, jam se tremendo judicio Dei
praîsentari existimet, dicens sibi in corde semper illud quod publicanus ille
evangelicus, Ciis in terram oculis, dixit : Domine, non sum dignus ego pcc-
cator levare oculos meos ad coelum. (Régula S. Benedicti, cap. 7. — Et
Hraban Maur., Commentar, in ibid.).
266
REVUE DE L'AHCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
Le combnt moral et chrétien, caractère de la statue, est
spécifié en surplus par ses attributs et se» accessoires. Les
moyens défensifs du moine dans ce long assaut des passions,
sont, en premier lieu, lu prière, expression qui embrasse le
culte, les sacrements et tous les remèdes spirituels; ce sont
l'exacte obéissance et la stabilité votives, l'assiduité au tra-
vail telle que les Bénédictins se la prescrivaient; surtout,
l'étude de la règle, imprescriptible loi du moine. Ici, In
prière est rendue par la douloureuse ferveur qu'exprime la
physionomie ; par ce que la pose de ce personnage a de sup-
pliant et d'agenouillé; par le mouvement de sa tête, qui, dans
l'inclinaison du corps, cherchant presque la verticale, ne peut
se redresser un peu qu'en se retirant entre les épaules,
mouvement qu'elle semble faire comme pour retrouver le
ciel dans les lignes de l'horizon, et en recueillir les secours
que semble implorer son regard. Enfin, l'objet probléma-
tique qu'on voit serré dans sa main droite nous semble, par
tine partie, rappeler une feuille de parchemin à moitié dé-
roulée ; l'autre a assez de ressemblance avec l'écritoire
allongée que l'on remarque à cette époque dans la mains des
évangélistes et des personnages qui écrivent. Ces attributs
sont-ils la règle, cette règle de saint Benoît si bien possédée
en détail par le sculpteur de ces statues, et quelque emblème
de l'élude ou quelque instrument de travail... ?
La stabilité, la clôture, peut-être encore le silence, ces
cautions des vertus du moine (1), ont leur attribut dans les
clefs dont on voit celui-ci muni et qui se voient auprès de lui
sur l'amorce même où il pose. On ne peut, tant la pierre est
fruste, discerner s'il a existé jadis quelque communication
entre ces clefs et la statue, et si elles se rattachaient à son
bras, à l'objet qu'il tient dans sa main ou à sa ceinture; mais
telles qu'elles sont restées, elles semblent marquer surtout,
outre ces vertus spécifiques, l'arme défensive du moine, l'un
de ses plus puissants recours contre toutes les tentations,
l'étude des livres sacrés et le souvenir de ses textes, recom-
mandés par Jésus-Christ (2) et représentés par les clefs dans
la symbolique chrétienne (3).
Il n'y a pas la beauté des traits ou du moins la beauté pro-
fane sur ce visage adolescent reproduit par notre gravure,
mais ce type, fort expressif, est frappant de naïveté et riche de
(1) Le texte de la règle de S. Beoult moalrc awcz eiplicilenieot l'impor-
tance altachée par le fondatrur « l'observance de ce vœu. « Qiiarluni vero,
genus monachorum . noniinatur gyrovaguin, qui lolA vilà suA per diversas
provnicias trinis aiitquaternlsdiebus prr divcrsomni collas liospilantur, sein-
per vagi et nuiiquàm slabiles, propriis voluplatlbtis et guljp illrccbris ser-
vientes. Per omnla détériore* Sarabaïtis. de illoniin oniiila miserriiui conver-
taiione ineliùs est silerc, quàm loqui. (Krgul. S. Bcuedict. — Et Hrabaii
Maur., Commenlar., in ibkl.,c. l. — lbid.,e. 7).
(2) D'après le ri'rit des Évangélistes, N.-S. dans le d<<$crt n'oppose aiii
luggestious de l'esprit du mal que des texte* da* Écritures, et tous les coni-
mentatcurs et les glossalcurs de l'Éviofil* l'oulnMarqué. La première ré-
ponse de J.-C. au (Icnion est tirée du Dcntérooooie. Ylll, 3; la seconde, du
p*aume XC, Il ; la troisième, du Dcutéronome, VI, 16; U quatrième, encore
du Dcutérouomc, VJ, 13,
(3) Clavis (dit le bénédictin Rhabau Maur), aperlio sacrx Scriplurc, ut in
ProphctA : « Et dabo clavcm doniils David, » id est, rcscrationeni sacre
Scriptnro! pouam iu ccclesil Clirisli, etc. (Àlkgoriai . i»w»iv, script^r.).
physionomie. Cette tète, pleine de vie, de pensée et de ._
timent, rend une douleur calme et pieuse mélangée de
sérénité. Là »e révèle non le trouble, mais la patience et le
combat, expression d'autant plus sailUote qu'elle oflre bo
contraste complet avec l'énergique violence, l'emportement
désordonné et la férocité ardente qui animent les autre*
ligures. L'oreille, large, bien ouverte et très dëUcbée de la
télé, est dans toutes les conditions de celles qui marquent,
dans la statuaire mystique, l'attention à U voix de Dieu.
Kétiolution, prière, étude, retraite sscflaeot cardée
lutte contre les tentations, tous ces secr«U conservatean
de la noble essence de l'âme sont résumés dans ce novice
dont le corps est irréprochable sous son ample et long vête-
ment.
M- ». M»— «>o hjhHé*,.
TraDiformatioD presque complète.— OmrgiuU m lepi peekéêM éâ$ft^Ê$.
La tête inclinée vers le sol comme tous les autres péchés
sculptés au front de ces tourelle», pesamment aflbordié
comme eux sur l'une de leurs huit arêtes, ce monstre ouvre
une horrible gueule ; il garde de l'Homme les yeux, le nex,
partie du front ; il a du Chien les deux oreilles, dressées et
sensiblement convergentes, la barbe, presque tout le corps,
la physionomie de la face; ses dents sont de Chauve-souris;
sa queue, de Chat et de Renard. Ses pattes, de digitigrade,
accusent une vigueur et un nerf spéciaux è la Bêle fjuve; sa
pose, son aspect d'ensemble et son extrême bouftissure rap-
pellent les Batraciens (1). Les ailes, antiques par la moitié
qui tient à leur racine, et resUnrées è l'autre extrémité
d'après les indications de cette partie, étaient et sont restées
fantastiques. ^
A peine conservant de l'homme le front où siège la pensée,
le nez qui dans la Smybolique signifie, à raison du flair, le dn-
cernement du bien ou du mal (2', et le regard qui peut
encore se lever pour implorer Dieu, cet être, par tout ce qui
reste, est ignominie et péché. I^es inspirations de l'orgueil et
les excès de la luxure, liés partant d'affinités (3), se décèleal
dans son ensemble par les caractères empruntés aux Batra-
ciens ; l'affection immodérée aux biens temporels se voit dans
les dents de Chauve-souris ; l'habitude de la rechute, la gonr-
(1) Grenouille, crapaud, etc.
(2) Allusion consacrée au \\n' *ièrle. Vinrent de Braotrab itytiMMc Iw
sept péchés capitaux *oa$ l'allégorie de lepi aguaaawa atla^MM l> i
imprcvo)aot et assoupi. Il les montre le A<\wmk\ïnt et mm i
matique, dont il donne l'eiplicalioD : ensuite ils le eoavtcol de fXtitt. *!■
boliques comme se» armes. I.'rnvie attaque tes Darimts, parce qae. rnnlium
l'auteur, reovieut devient iocapaUe de supporter le paiftuBdM «CftaaCaa-
tnii : • loviilia vulnerat in narib*$, ne bonom odvff proiiMi fMlJMet. >
(3 I.a luiure, dénotée ici par l'aspect d'enseaMe éo tripead, cM ptecde
invariablement i la suite a* Mtee à cdié de rMfMH étm IM mmm» 4Î Tart
mystique ainsi que dans les moralislet. La vigia cUeHaêaa de S. IimII ■'•
pas omis ce rapprorbement. ■ Nunmnqaiai peMia» «Wa cMiliHaf è Dia-
bolo ap(>etilur, et occulto per rIatiooeM, et paèliea pv IWdtaHa, Md dfea
vital quis libidincna, cadil in elaliooeai; ke* dèa iatMlè darihM
nem, cadit in libidinen. Sicqne ei Mcalto eiatioaia vit» itar in
libidinis, et de apcrto libidinis iiur in ecrallaa
Comment, in Reg. S. BniMel., c. 4). -
•267
REVUR mi L'ARCHITEGTUUE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
268
mandise, la crapule, l'impitoyable liétraction semblent
exprimées par la gueule, le ventre et les pattes du Chien ; la
malice, l'adulation (1), la détraction qui en est si proche,
l'ignoble et lâche hypocrisie, les recherches de la mollesse,
paraissent dans la queue touffue lenantdu Renard ctdu Chat.
Les ailes Actives et impuissantes marquent parmi tous ces
désordres l'oubli complet de la prière et l'hjpocrisie des
vertus.
L'orgueil, le premier des sept péchés capitaux et la source
de tous les autres, devait marquer au premier rang parmi ces
figures des vices; il ne devait pas non plus y ressortir seul ;
les plus odieux et les plus ignobles sont montrés dans cette
statue, première et triste allégorie de l'affinité dangereuse
qui existe entre tous les péchés. Ainsi, dans la lice chrétienne,
on a quelquefois au début tous les ennemis à combattre.
K" 3. Blonstrc hj'bridc.
Transformation complète. — Uomecide spirituel par la tentation de luxure.
OEil plein de feu et de malice, oreille attentive à la proie,
gueule menaçante et vorace de Loup et de Chauve-souris ;
pattes aperçues de profil et pourvues de doigts rétractiles
de l'ordre des Digitigrades, et parmi eux des Bêtes fauves,
c'est-à-dire des animaux faisant allusion à la soif de perdre les
âmes par scandale et par perversion. Corps et ailes de Pal-
mipèdes.
Le rapprochement établi dans cette figure entre la tête
vorace du Loup et le corps d'Oiseau palmipède, nous semble
marquer nettement l'intention dominante de la statue. Le
Loup désignant la rapine, le meurtre et la soif du carnage,
et répondant par allusion au meurtre spirituel, celui qui
dans l'ordre moral corrompt et fait périr les âmes; «e
monstre semble préciser un péché détaillé dans la règle de
saint Benoît, oii il est dit que le religieux doit « s'interdire le
meurtre, «expression qui étonne d'abord dans une règle mo-
nastique. Mais « ainsi (dit le Commentaire) qu'il y a le
meurtre par le fer, il y a le meurtre par la haine, il y a celui
par le mensonge et par tout péché scandaleux... C'est de
tous ces différents meurtres que prétend parler saint Benoît
quand il interdit l'homicide... et il défend à ses disciples,
non seulement de donner la mort au prochain par le fer, mais
surtout de donner la mort spirituelle à son âme par la haine. . .
ou par tel péché que ce soit... Injonction intimée au moine,
et dans sa personne à tous les chrétiens (2). »
C'est donc l'homicide spirituel que nous croyons recon-
naître dans ce sujet qui a pour correspondants au meurtre la
tête et la gueule du Loup et les pattes de bête fauve. Le
genre précis de scandale qui doit déterminer ce meurtre
(1) Li loseiigier (les flatteurs) sont les norrlces au deable qui les enfants
aleitent cl endorment en leur péchiez par leur beau chanter. Cist péchiez se
devise en 5 parties qui sonj aussi comme failles en cesle branche. Li quinzest
quant li flaleour excusent et cuevrent les vices et les péchiez de ceulx que il
veulent flater, dont il sont bien comparé a coucde goupil por lourbarat et par
leur tricherie déraison; losengier, mesdisant, sont d'une escole. » {L'Apo-
calipse, msc. de la Bibliotli. royale).
(2) Hrabau Maur, Commentar. in liegul. S. Denedict.
paraît être l'incontinence, caractérisée aussi par le Loup,
comme on l'a vu à son article, et répétée dans la statue par
le corps d'Oiseau palmipède, animal en contact fréquent avec
les eaux marécageuses. L'hypocrisie, l'aveuglement spirituel
et l'affection désordonnée aux satisfactions temporelles mar-
quées par la chauve-souris, sont aussi, dans l'ordre moral,
les fruits ordinaires de la licence et du dérèglement du cœur.
Enfin, les ailes impuissantes et orgueilleusement dressées
marquent l'absence de prière, la criminelle ostentation, le
dénùment de vertus, la bassesse des habitudes, caractères qui
se retrouvent sur presque toutes ces statues.
X" 4. Uonstrc hybride.
Transformation totale. — Foie vergoigne. — Hypocrisie. — Losengerie,
— Hérésie.
Sujet Singe (1) et Chien par la tête, Lièvre par deux lon-
gues oreilles, Batracien par l'altitude, Fauve et carnassier
par les pattes, et Palmipède par les ailes (2). Ses caractères
dominants sont la pusillanimité, l'hypocrisie et l'adulation :
c'est ce que semble dénoter l'association du Singe, du Chien
muet, de la Grenouille, et de ces ailes impuissantes soule-
vées par l'ostentation. Les pattes de la Bête fauve qui fuit
en emportant sa proie sont encore un trait de pinceau qui
spécifie l'adulateur, le losengier (3) du moyen âge vivant
« aux dépens de celui qui l'écoute, » et s'éclipsant avec son
gcin alors que ses fins sont atteintes.
On retrouve aussi dans ce monstre les qualités assignées
par les docteurs du moyen âge à l'hérésie, qu'ils classent
parmi les générations de l'orgueil ; son hypocrisie dans le
Singe, et sa défection dans le Chien muet; son ardeur pour
perdre les âmes dans les pattes de la Bête fauve, sa ténacité
de dispute et son esprit contentieux dans l'ensemble de la
Grenouille, les goûts vicieux et charnels qui en sont le prin-
cipe et les suites dans la pose de ce reptile, son ostentation
dans ces ailes tout à fait dépourvues de force, mais ce non-
obstant déployées, et dressées comme pour l'essor.
^'° 5. Slonstre hybride.
Transformation totale— Affinité entre trois vices : Accide.—Glotonie.
— Luxure.
Statue très caractérisée qui a la physionomie, l'ensemble,
et divers caractères du Chien. On retrouve aussi le Pourceau
dans quelques détails de la tête ; la barbe et le poil soyeux
de la croupe semblent appartenir au Bouc, et ces deux pattes
vigoureuses sont dues au genre carnassier. Aile impuissante
et pose du genre Gallinacé ; queue fantastique et équi-
voque, rappelant le Coq ou l'Autruche, ou la queue écourtée
du Bouc.
(1) Espèce de cynocéphale.
(2) Le péché de « losengerie » est la « troisième branche chevetain du pechié
de la langue, dont les foilles » (feuilles), figure des «malcs paroles, » sont,
selon les commentateurs, ces feuilles du figuier stérile, maudit du Christ à
cause d'elles et parce que, parmi ces feuilles, il n'avait pas le moindre fruit.
(3) Modernes par le bout des plumes, ces ailes n'ont point cependant perdu
leur caractère antique, la moitié existante et mutilée antérieurement ayant
été exactement complétée d'après ce qu'elle offrait d'éléments, et d'après les
indications fournies par les ailes analogues, nombreuses parmi ces statues.
269
REVUE DE L'AKCHITECTU«E ET DES TRAVAUX PUBUCS.
Î70
Rien n'est à nu que cette (jucue, ces fortes et puissantes
pattes, le bout des ailes et la tôle. Une ample coulle bien
(lra|)ée enveloppe tout l'animal, indice premier de cet être,
soumis à la métamurphosc qui traduit ses dépurtements.
Entre les deux uniques pattes de ce chrétien dégénéré
sur<;;it et se dresse de face un petit être aux membres grêles,
llenard par sa tète eflilée, Uragon (1) par une queue énorme
et notablement sinueuse, glissant tout le long de son ventre
et venant pendre par devant entre ses pattes antérieures.
Cet assemblage d'éléments à analogies de même ordre
paraît réunir les trois vices qui maîtrisent le [dus les sens et
quelques unes de leurs suites. Os trois vices sont la paresse,
la gourmandise et les autres dérèglements sensuels. C'est ce
que semblent témoigner, dans l'analyse étudiée, la gueule
muette du Chien représentant la lâcheté et la désertion du
saint joug, filles de 1' « Accide » du moyen âge, et le Porc,
marquant avec l'ingratitude, génération du même vice, lacnt-
Bule, la sensualité, les plus ignominieux dé>ordres, la haine de
Dieu qui en provient. La barbe et la longue fourrure trahis-
sant les instincts du Bouc conviennent à ces mêmes vices
et caractérisent l'audace et l'ascendant de ces passions. La
queue de Galliiiacé, de Bouc ou d'Autruche, dénote les
mêmes rapports (2), et, par sa nature très courte, fuit res-
sortir l'oubli de Dieu, celui des intérêts spirituels et l'odieux
matérialisme. Les ailes collées sur le corps,et visiblement im-
puissantes par leurstructure fantastique et par leurs analogies
rappelant les Gallinacés, marquent une unie appesantie et
sans essor par les vertus ou par l'élan de la prière. Enfin,
les pattes de Bêle fauve marquent à la fois la retraite loin
des pasteurs, et l'ardeur qui porte aux œuvres mauvaises.
Le petit réfugié sous cet animal, et que celui-ci semble
très disposé à défendre de gueule et de griffes, peut marquer
la fécondité de ces vices, pères d'innombrables générations
ou, par son aspect de Renard, les ruses, les fraudes, les ra-
pines, suite des habitudes dissipatrices qu'entraînent toujours
ces désordres.
La queue de cette statuette, quoique destituée d'écaillés,
se rapporte fidèlement par sa forme très accusée, par ses in-
flexions caractéristiques ayant un sens très répandu, et par
son monstrueux volume, à la queue de l'animal fantastique
nommé « dragon » au moyen âge. Le sens de la queue du
dragon tenant surtout à sa sinuosité et à sa vigueur et nulle-
ment à ses écailles, on a pu, dans cette œuvre d'art si essen-
tiellement mystique, omettre ici cet accessoire. Le Béhémoth
ou Léviathan des Catacombes, monstre essentiellement hy-
bride et toujours identiquement caractérisé (ce qui montre-
rait à soi seul que sa figure est symbolique), a partout une
queue semblable, à l'exception de ses trois dards, qui ont
aussi leur sens spécial, et celte queue est sans écailles (3).
(1) V. ci-après les raisons qui nous portent i spociQer ainsi ccUe queue.
(2) V. (]an.>i notre Glossaire 30oiogiqu« (2* partie «le ce mémoire), led<lail
des alliisidiis do ces finimaui.
(3) ISosio, Roma sottcrran , p. 343, 373, 377, 383, 391, 463, 473, 533,
&13 et jiassim.
Parmi les staloes qui nous orcupentclqui, travaillées a l'eflet
quoique d'un admirable type, ne (ont presque que <lé|;roMies
comme pour être vues de loin, on remarque les N** 3 et 7,
qui présentent des corps d'oiseau; le sculpteur s'est borné
pour eux h rendre lo masse du volatile et k la bien accentuer
sans s'embarrasser du plumage : ce corps est abaoluamt
lisse, comme sont les membres humains. Il en est tout i
fait de même pour les membres de mammifères reproduits
dans ces statues ; fort peu y sont montrés velus. La Syrène
fait exception ; on lui a sculpté ses édillcs, soit peut-être |*ar
courtoisie, soit pour que sa queue de dauphin ne pût être
confondue avec des queues d'autres espères, ^inus devons
pourtant dire ici que nous sommes à cet égard en dissidence
assez formelle avec les hommes spéciaux et avec MM. les ar-
tistes qui ont bien voulu nous prêter leur concours pour non*
aider a reconnaître les membres de ces animaux. I^ queue
de dragon sans écailles leur a paru peu admissible : ces mes-
sieurs ont pour eux la science avec ses classiGcalions, nous,
l'étude du moyen Age. Nous nous en tenons au dragon d'après
nos nombreuses recherches. On pourrait, k son exclusion,
classer cette queue fantastique, d'après quelques analogies,
parmi celles des serpents nus (2), ou encore da poissons
mous (3), et même aussi des annélides (&), dont l'interpré-
tation mvstiquc est l'aiïection désordonnée aux satisfaclions
dégradantes assimilées à cette fange, où ils aiment i s'en-
foncer. jNous nous en tenons néanmoins au sentiment le plus
probable en écrivant : « queue de dragon, s On a vu dans
notre Glossaire que, par cette queue tortueuse, on représes»
tait les cmbAclies, les détours adroits, la violence, le fatal
ascendant du mal.
Les vices ignominieux réunis dans ces deux statues, la
lâcheté spirituelle, la désertion des voies du bien, la sensua-
lité, la haine de Dieu, la criminelle ingratitude, l'empire des
passions sur l'âme, la crapule et ses résultats; de plus la
ruse scélérate, ensuite le vol frauduleux, les extorsions et la
rapine, signalent, parmi les péchés capitaux, la pareSM,
source des autres ; mais plus encore la gourmandise et Ifls
excès de la luxure, dont ils sont aussi les rameaux. Ces ana-
logies se retrouvent dans les moralistes chrétiens. Là ils em-
pruntent des couleurs de la plus brutale énergie : • Le
septisme chief (tête) de la beste (&)(dit un traité manus-
crit sur les Peschiex), si est li pechiex de la boiche..., et c'ea
le peschours d'enfer qui prent le poisson par la goule o le
(I) Troisième genre • Ophidiea. > — Now D'ifoatpM fait entrrr leirrynil
dans notre Glossaire zoologiqne. ci-de«sas , Ils |Mrtie: M* «MatiM «( tn»
connue; tout ce qui rampe sur $on ventre • iMiiMri It pi* ■■■««<• Mai
dans I» symbolique chilienne, et les queae* de lerpcaU y Mat iM^iiwi ^iwa
dans la plus odieuse acception.
(ï) Os poUiom MOM (wjwwioa *n écrivaiw 4a mmytm ifp) «mM : U
classe des Malacopt<nr»iens apodes, mfntUn, CM«r«t, itr/ma 4* mfr, m»-
rênes, gymnoirt, et la classe desMMant, priacipaiHHat IM itmfnim.
(3) l.« classe des Annélides dqMM tww é» ioie» H Je im/Unatm, ^wl è <w
les sangsumi.
(4) C*Me bèu. «Wcrito dani l'Apoealypa* (ch. XII, .♦ S), j »tmn ajMiqM
ment les « SafI p<cMt c^mUui. . A e« UUne , eUt «« un<lwMe k}bti4e
sur les bas-reliefs el dam les Trrrières d« ■*!«• kgt, tvtc *tpi Ut» iTmi-
maui diffcreots, correspondanlM à ces \
271
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
272
clavel... Cist glouton... tout engloutent corne fait li goffres
de Satanie... Apres... la lecherie..., vient la gloire... du
recorder. Et après, souhaitement que il eussent coul de
grue (1) et ventre de vache por ce que li morseau li demo-
rast plus en la goule, et plus peussent dévorer... Cist vices
desplaist moût a Dieu car il li fait moût grant honte quant il
fait son dieu d'un sac plain de fumier. C'est à son ventre que
il aime plus que Dieu et le doute et le sert... ci a mauves
dieu. Cist vices maine home a honte, car primier il devient
tavernier, puis joue aus dez, puis vent le sien, puis devient
ribaus et lierres, puis le pent len, cest lescot que il en paie
souvent (2). »
Ainsi, dans ce traité encore, voit-on après la « glotonie, »
la crapule, puis la licence, puis la rapine, enfin la corde;
celte conclusion exceptée, la gradation est identique dans la
statue de Saint-Denys, où l'on trouve en rapport intime le
pourceau, le bouc, le renard.
L'œuvre que nous venons de citer était écrit pour les
laïques, comme on le peut lire en ses pages. Mais le Com-
mentaire de la règle de saint Benoît avait été fait pour les
moines, il devait être familier aux religieux de Saint-
Denys (â). Voici comment il développe l'article oîi est traité
ce sujet, et qui a pour titre collectif : Du renoncement aux
délices, « Delicias non amplecti. »
« Par ces délices (interdites), il faut entendre en même
temps leur souvenir ouleur pensée, dans lesquels on se com-
plairait; car le désir, la volonté, sont entendus dans cet ar-
ticle sous cette expression de« délices.» Celui qui (au milieu
des jeûnes) pense avec quelque jouissance qu'il assouvira le
soir sa voracité, savoure tout le long du jour l'espérance de
celte joie, et un tel jeûne est criminel. Ainsi les délices char-
nelles rendent le moine à jeun avide, et le moine repu pesant
et porté à la somnolence. Les délices spirituelles, au lieu de
le rassasier, le font désireux d'elles seules et donnent la paix
à son cœur. Une triste satiété succède aux délices charnelles,
une louable et sainte soif est le résultat des joies pieuses.
Les délices charnelles entraînent toujours à leur suite l'obs-
curcissement de l'esprit; les délices spirituelles ont de purs
torrents de lumière qui illuminent l'œil intérieur. Celles-là
causent la torpeur, elles engourdissent les sens et semblent
paralyser l'âme ; celles-ci excitent le corps et les facultés aux
veilles sacrées. Celles-ci versent aux cœurs purs l'amour de
Dieu, les joies du ciel, celles-là portent au péché ;... celles-
(1) Tel était, eu effet, le vœu de Philostène , philosophe épicurieu : H
riconologic de César Ripa montre comme image consacrée de la gourmandise,
une femme dont la tète est supportée par un monstrueux cou de grue. {Ico-
nologia del Ripa, § Gola).
(2) VApocalipse, msc. de la Bibliothèque royale, § le Seplisme chief de la
besle.
(3) La règle de S. Benott et l'usage de la psalmodie perpétuelle furent éta-
blis à Saint-Denys par le roi Dagobert l", qui fit venir, à cet effet, des
moines du célèbre monastère de S. Maurice d'Agaune, en Valais. De là,
l'autel de S. Maurice élevé dans la basilique de Saint-Denys, et la dévotion à
ce saint pratiquée de temps immémorial dans ce monastère. {Invent. msc. des
Chartres, 1. 1 et II, aux archives du royaume. — Felibien, Histoire de Vabbaye
de Saint-Denys. — D. Doublet [Antiquités de Saint-Denys.)
ci cherchent un royaume : celles-là tout ce qui dégrade,
couvre de honteetabrutit; celles-ci, les vives splendeursd'une
gloire immuable et chaste, rayonnante parmi les saints au
milieu des pompes du ciel : celles-là recherchent l'opprobre
et des lieux et des compagnies qu'il n'est point permis de
nommer : celles-ci désirent le Christ et ses pompes inénar-
rables;... elles rendent le religieux ami de toute pureté,
rempli de force et de courage, ferme contre les tentations;
elles seules sont dignes d'être souhaitées (1). »
IV° C. Honstre hybride.
Transformation absolue. Sorguidance et Rebellions.
Rien de plus hideux que ce monstre : cornes naissantes de
Taureau ; tête de ce même animal et tenant aussi du Chameau;
gueule béante ; deux pieds seulement, et bisulques ; vigou-
reuse queue fantastique rappelant, soit la Salamandre, soit
quelques uns des Poissons mous (2); corps et ailes de Pal-
mipèdes; pose et gonflement des Batraciens.
Ses caractères dominants, tels que la tète, les pieds, les
cornes naissantes du Taureau, conviennent à la fougue des
passions en général dans la jeunesse; la sorquidance, c'est-
à-dire l'indépendance, l'obstination, l'insolence, la pétulance,
l'indocilité et la rébellion, suites de l'orgueil. Les ailes, rap-
pelant celles des palmipèdes, marquent l'absence de prière,
celle de tout recours vers Dieu et le dénùment des vertus
qui pourraient le rendre propice. La queue, si on l'attribue
à la Salamandre, marque les péchés de la langue (â), et par
conséquent les injures, les calomnies et tout ce que dicte
l'irritation. Si on l'adjuge aux poissons mous qui passent leur
vie dans la vase, elle doit figurer ici les vils et dégradants
excès auxquels précipite l'orgueil, et qui, selon les moralistes,
sont le châtiment de ce vice, caractérisé par la pose et le gon-
flement des Batraciens.
lie vice appelé sorquidance, qui est le même que l'arro-
gance, résume dans les moralistes plusieurs des branches de
l'orgueil, dont ils le font» la tierche branche. » La rebellions
montrée ici était le « sisiesme geton » de cette forte et riche
branche, et comptait encore des aïeux dans une famille col-
latérale, celle du « pechie de la langue » dont elle était en
même temps la « disiesme » maître.sse-branche. Attaquée
deux fois et de front par la règle de saint Benoît {l\), elle est
(1) Hraban Maur, Commentar. in Regul. S. Benedict.
(2) Les anguilles, les serpents de mer, les lamproies, les annélidcs ou
sangsues, etc.
(3) L'incombustible Salamandre, à laquelle le moyen âge attribuait la pro-
priété d'éteindre le feu, et par là, figure du juste triomphant de la tentation,
avait d'autre part ses légendes. D'après les traditions d'alors, elle envenimait
de son dard la masse des fruits d'un pommier, ou en tombant au fond des
puits elle en empoisonnait les eaux : rien de venimeux et de délétère comme
le devenaient les choses qu'elle détériorait ainsi. C'est à ce dernier point de
vue que la salamandre symbolisait les péchés » de la langue, » et quelquefois
en général la perversité de tout genre et l'auteur même de tout mal. (Vinc.
bellovac,, Specul. moral., 1. III, D. 3, p. 1, etc.).
(4) Hraban Maur., Commentar. in Regul. S. Benedict. , cap. IV, § Non
murmurosum. — Ibid., cap. V, De obedientia.
CÉSAR DALV, Directeur.— Paris, Imprimerie de L. MAltTlNET, rue Jacob, 30.
273
HEVUK m LARCIIITECTUm: KT DES THAVAIX l'UULICS.
27»
signalée et honnie dans tons les traités sur les vices, oMale
chose est de murmurer (dit l'un deux au xni* siècle); mes
trop vaut pis rebellions. Rebellions est uns péchiez qui vient
de cuer qui est rebelles et durs et rebours.... C'est vices a
quatre brandies ; cer tiex cunrs sont rebelles et rebo'irs a
conseil croire ; ,-inx comendeniens a Dieu faire ; a chastiement
soulTrir ; a doctrine recevoir. »
Il est parmi les animaux d'autres correspondants à la Sor-
quidance; le Taureau a été choisi pour la symboliser ici, s.ins
doute comme résumant, dans la langue tropologique, le
principe et la fin honteuse de ce résultat de l'orgueil. Le
taureau traduit au complet le paragrapha do In règle de.sainl
Benoît qui désigne la jactance et la luxure comme les suites
inévitables de l'enflure du cœur, principe de la t. rébellion. »
Avec ce vice détestable, le Taureau, nous l'avons marqué,
personnifiait la licence qui marche si près de l'orgueil (I).
Quelques caractères du chameau répandus dans cette
statue, semblent rappeler que de l'arrogance naissent les
aversions, les haines et les implacables ressentiments.
N» f. L'Iioinme canard.
Transformation presque complète. — Grant lécherie.
L'absence de physionomie, d'énergie et d'animation
très-sensible dans cette tête : la différence de la pierre qui
n'a ni la qualité ni la nuance de celle qui a fourni le corps,
le style enfin qui nous a paru d'un autre cachet, nous por-
tent à attribuer cette importante partie de la statue à un
temps et à un ciseau très-rapprochés de notre époque.
Le corps sur lequel est entée cette tête non symbolique
est à la fois batracien et palmipède par la pose, et palmi-
pède seulement par la structure et par les ailes. A voir son
allure embourbée et ses pieds tournés en dedans, c'est un
canard à raarcliB lourde, sans doute aplati dans sa mare et
en plein contact par son ventre avec la fange qui est au
fond. Ce corps pesant, ces courtes ailes semblent caractéri-
ser l'abjection des esprits qui ne savent ni s'élever en s'é-
clairant, ni s'ennoblir par les vertus; ils ont toujours des
ailes courtes, ailes presque toujours dressées, ainsi que sur
cette statue, par l'hypocrisie et l'ostentation.
Les jambes et les pieds humains restés à cet être abruti
et par lesquels, s'il les redresse, il peut se relever lui-même
et rentrer dans le droit chemin, auraient-ils quelque allusion
vague à ce cri de l'enfant prodigne : « Surgam, et ibo ad
imlrem. Je me lèverai, et j'irai à mon père... » lorsque dé-
pouillé, dégradé, tombé dans l'avilissement et plus malheu-
(1) Nonnnn({Ukni grmino riliu ClirislUncs a diabolo appetitur, et occullo
pcr elalionpiii ot pnMico. Sert diim vital quis libidinem, radit in elntionem.
Itpm diim inrauti^ déclinai elationem, cadil in lihidinem. Sicque ex orcullo
clalionis vitiu itur in aperliun libidinis, et de aperlo libidinis ilur in occullo
elationis. Seil Ooi sitvik disrrele «tnimi|ue pensans cavel liliidinom ut non
inairral in elationom: sic vital olatiunrni, ut non resolval animum in libidi-
nem. (/fctd. in ibiâ., c. IV.)
T. VII.
reux que les brotes, il songea i se relever e» i cooquétir
son pardon (1) ?
Ne ponrrait-on conjecturer, en Toyaot la statue voîsioe
(le n« 8 d'à côté) figorer aussi on canard h bras bunuûin et
tête humaine, que la lente transformation commeocée dans
cett'? ligure e-st dan» celle-ci en progrès ?
M* tl. l<e haatcar 4c l'eacalc as •raM«.
Tranifurmatioa partieik. — L'Ebridw (t).
Sec, amaigri par le désordre, portant sur sa physionooiie
cette stupidité méchante et cette expression querelkow
propre aux buvears de profession, ce sujet, qui a les tnits
de l'homme, en a deux attributs : c'est, sur sa tête à
cheveux rares, la casquette à bords retroussés qui apparat
déjà quelquefois avant Je xiv« siècle ; et, de plus, une main
humaine entée au bout d'un bras sans oom, et serrant contre
sa poitrine son inséparable trésor. Ce trésor, c'est un pot à
boire, à anse, de forme très-longue et tari par son pmMft-
seur ; du moins y a-t-il lieu de le croire, à voir ce regard hé-
bété, ces yeux qui doivent être ternes, cette booche ouverte
à l'injure et aux propos les plus grossiers. N'oublions pas,
sous cette tête, ce cou tendu par la colère, conime poor
porter la menace plus près du visage quelconque apostro-
phé par ce courroux.
On n'est point étonné de voir un croupion d'oiseau pal-
mipède et deux ailes faibles et courtes compléter ce sym-
bole ignobip, mais a.ssurément expressif, du vice qui est la
seconde génération de la gourmandise.
Quant aux ailes de palmipède, naissantes et très-haut
dressées que porte ce dos de canard (S), elles ne peuvent
sur ce monstre désigner la .simulation. Ce corps d'oiseaade
marécage étant la figure des vices enfantés par l'ivrognerie,
ces ailes courtes et sans force sont le dénûœent des vertos
et l'abrutissement de l'âme ; mais leur érection animée est
l'expression matérielle d'un paroxysme de colère. Ce sujet,
par son attitude, rappelle la pose agressive d'un oiseau d'é-
tang au combat ; c'est un des hauteurs de taverne signalés
dans le Spéculum, chapitre De rbrietate : • Les tavernes, dit
son auteur, sont des repaires de dragoi» ; c'est là qu'arri-
vent après boire les batailles, les rixes et les mêlées ; là
(I ( El cupiehal iniplere veotmn raum de Mli<pù«
et nemo illi dalial. l.i se autrui ntverMu. divil : QaaMi
palris moi «Itundani panibo*. efo autem hir hm» ftnoi Swfia
patrem meum, et diraoi ei : PUcr, peecavi ia tmtmm M atnm w.
sum dignus rucari filins tans : bue m» mcM aa^ d*
(Luc. XV.)
.i) Mol pw^ dans l'idionie aofloHioniiaiHl do xiir> wM». Nom T\
dans un fragment du Itotiaire de Pliilip de Tbaaa.
(3) L'aile droite, oeil» q«e aolrt |i«inir» repradul, «M
partie : mais ce qvi «■ wt iMIé tfaneiaa i n
très-netloiucnl le caractère et la diraetioa à»
d'apnVi cette iadiealioa q«e la wlptaai mMMMnr a MiM Fi
quante, et c'est sar elle éfaleawM qm
I essai d'inlerprAatioil.
«•
et il» ad
<
275
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
27ij
qu'on se mord, qu'on se lacère par querelles et voies de fait,
ainsi qu'on le voit faire aux chiens (1). »
Cette leçon sur la taverne est donnée dans un même style
par cette figure avinée, par ce texte du Spéculum, par tous
les traités de péchés composés à la même époque (2). Il y a
unité de couleur, et, en parcourant du regard la description
de la taverne dans le manuscrit des péchés intitulé : « La-
pocalipse, » on croit voir la demeure propre et attitrée de ce
buveur, tant ils semblent faits l'un pour l'autre.
« La tauerne est lescole au deable ou ses deciples estudient
» et sa propre chapelle ou len fait sou service et là ou il fait ses
1) miracles ciex comme il afiert (appartient) au deable. Au
» moustier sont (solet, a coutume) Dieu faire ses vertus et
» monstres (prodiges) : les aveugles enluminer, les contraiz
» redrecier, rendre le sens aus forcenez, la parole aus muz,
» l'oie aus sours. Mes le deable fait tout le contraire en la
» tauerne, car quant li gloutons vait en la tauerne, il i vait
» touz droiz ; quant il revient il ua pie qui le puisse soustenir
» ne porter. Quant il i vait il voit et oit et parole bien et en-
» tendiblement. Quant il revient il a tout ce perdu, come cil
» qui na sens, ne reson ne mesure. Ciex sont les miracles
» que le deable fait. Etqueles leczons list-il ? toute ordure.
» Ou len apreut gloutonie, lecherie, iurer, pariurer, mentir,
» mesdire, renoier Dieu, mesconter, barater, et trop d'au-
» très menieres de péchiez. La sourdent les tenczons, les
)> meslees, homicides. Leans aprent len aambler (escroquer);
» et a dire proprement, la tauerne est une fosse a larrons
» et fortereceau deable por guerroier Dieu et ses sains. »
Ne croit-on pas, dans ce tableau, lire comme un signa-
lement du « buveur » de notre tourelle ; et quoi de mieux
approprié et plus seyant à ce visage que « faire œuvre de
gloutonie, iurer, mentir, renoier Dieu ? » Mais ce conseil de
tempérance placé là pour tous les fidèles a eu peut-être en
même temps pour le bénédictin lui-même une mission plus
spéciale en mettant en action sa règle, où un chapitre inti-
tulé « Des instruments des bonnes œuvres, » lui rappelait
parmi les vices auxquels il avait renoncé toute accoutumance
du vin (3). « La sobriété dans le boire, dit la Glose de cette
règle, est la santé de l'âme et du corps. L'excitation qui
suit l'ivresse est la perte des imprudents. L'ivresse trouble
la raison, produit la fureur, le désordre, et bouleveree tant
la tête, que l'on ne sait plus où l'on est. Aussi ne peut-on
plus juger, une fois qu'on est enivré (4), des excès auxquels
on se porte. »
(1) Vincent, bellov., Spec. mor., 1. III. — De Gala el filiabtis ejus.
(2) Ces traites no font que traduire et que commenter l'Écriture : • Cui
vae f CHJus palri va; ? cui rixa; ? cui fove» ? cui sine causa vulnera ? cui suffusio
oculorum? Nonne his qui commorantur in vino, et student calicibus epotan-
dis» . (Proverb., XXUl, 29, 30.)
(3) • Primum instrumentum... Deuin diligere, deindè proximum, non
esse superbum, non vinolenlum. • (Régula sancU Benedicti, cap. IV. • Qua?
sint instrumenta bonorum operum.) >
(i) Hraban Maur. • Contmenlarium tn Regulam S. Benedicti, cap. IV. >
TOURELLE NORD-EST,
!V<> 9. IMonatre bydride.
Transformation complète. — Avarice.
La tête de cet animal tient de plusieurs genres de mam-
mifères, du Chien, du Porc, du Héris.son, mais principale-
ment du Loup ; l'oreille est du même animal; la patte digi-
tigrade se termine par une serre d'Oiseau de proie tenant
et pressant une pomme. Les ailes sont de Palmipèdes, un
peu dressées, et modernes par leur extrémité seulement.
Corps fantastique, rappelant le genre batracien par sa bouf-
fissure et sa pose.
Nous indiquerons seulement les caractères accessoires.
Ceux du Hérisson, figure du pécheur et de ses actes en gé-
néral, conviennent à toutes les figures de vices. Le Chien,
par sa faim dévorante, s'harmonise parfaitement avec l'allé-
gorie du Loup, qui semble être montré ici au point de vue
de l'avarice, quenulle prise, nulle captnren'arrivent à rassa-
sier (1) ; c'est ce qu'indique clairement cette serre d'Oiseau
de proie marquant la cupidité, la rapine, la ténacité, l'extor-
sion. Si l'attribut qu'elle a saisi est, au lieu du métal funeste
qui est la cause de tant de crimes, une simple et vulgaire
pomme, c'est qu'il représente sans doute quelqu'un de ces
fruits calcinés des rivages de la mer Morte que l'on disait
remplis de cendre, bien qu'ils fussent en apparence appétis-
sants et savoureux. Ces fruits marquaient les œuvres mortes,
les soucis cuisants et stériles de l'avare, qui amasse pour ne
point jouir et à qui ses trésors échappent sans qu'il reste rien
pour le ciel (2). Ces pommes, dites rfe Sodome, partageaient
cette allégorie avec certaines noix de l'Inde, fruit trompeur
et imaginaire que l'on disait rempli de serpents venimeux.
L'avarice n'est pas nommée dans la Règle de saint Benoît,
seule entre les péchés mortels à ne pas y avoir sa place, tant
il a semblé odieux de la supposer dans un moine. Le goût,
de la propriété en est la seule provenance qu'on y trouve
stigmatisée; il l'est très-laconiquement, et l'article qui en
fait mention dans le commentaire de Cassien semble être
plutôt l'injonction d'un détachement sans limites, que la flé-
trissure de l'avarice : n Que nul n'ait l'audace, dit-il, de
nommer quelque chose u sien, » car c'est un grand crime
pour un religieux que d'oser dire ma tunique, mon livre,
(1) Tel il est encore montré au xvn« siècle lui-même. Dans Vlconologia de
Ripa, cet animal sert d'attribut à. l'image de l'avarice : ■ Il lupo, (dit-il) è
animale avido, e vorace : il quale non solamente fa preda dell' altrui, ma
ancora con aguati e furtivamente e se non c scopcrto da' pastori o da' cani,
non cessa, fmo a tanto clie tutto il gregge rimanga morto, dubitando sempre
di non avère preda abbastanza. Cosi l'avaro, ora con fraude e inganno, ora
con aperta rapina toglic r,allrui, ne pero puù accumular tanto, che la voglia si
sazia. (Iconologiadel Ripa, Aiarizia). •
(2) < Juxta mare Mortuum, poma livida, apparentiâ exteriori; sed cùm
matura creduntur et aperiuntur, scintillis plona inveniuntur. • Selon Vincent
de Beauvais, ces fruits sont l'emblème des joies trompeuses, et des biens
qu'amasse l'avare; ■ curaï avarorum, Sodomorum poma, • dit-il; et ailleurs
en parlant des mêmes sollicitudes : Sunt (dit-il) ut poma Sodomorum, plena
favillâ. . (Spec. moral., 1. I, D. II, p. 7. — Et Ibid D. X, p. 3).
27:
REVUE DE LARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
Hiw tablettes, mon style (ou burin : graphium). Que si ces
expressions échappent par surprise ou par ignorance,
qu'aussitôt prosterné en terre, le coupable demande grâce,
et qu'il satisfasse dignement pour cette infraction. »
Tel est. dans les règles claustrales ce qu'on lit sur l'ava-
rice : mais quant aux « clergies » des laïques, on y voit
pulluler à l'aise une multitude effroyable de branches « rain-
seaiix, raincelés, getons et feuilles menuettes qui de ceste
racine nessent. » « De la racine davarice issent moût de
raincelés qui sont moût grant péchiez morte». .. ; et chescuns
de ces rainclés se divise en moût de menieres... A ceste
clergie, a dame avarice moût descoliers et de clers, et de
lais espiciaument... qui tuitsi estudient... » Et on lit dans
ce manuscrit jusqu'à soixante -neuf espèces de ce vice igno-
minieux, qui d'ailleurs, dans les saintes lettres, étend sa
domination h l'amour des biens de la terre.
C'est là sans doute, on à peu près, la moralité de cette
statue. La queue de dragon de ce monstre, perceptible seu-
lement du côté opposé à celui d'où le dessin a été levé,
marque, ainsi que nous l'avons dit, l'empire, la violence,
la tortuosité prêtés dans tous les moralistes à tous les péchés
capitaax.
K* lO 31<nutre hj'dride.
Transformation complète. — YpocrUie (1).
Ailes collées contrôle corps, et rappelant par leur struc-
ture celle des Oiseaux palmipèdes. Tête fine et rusée du
Singe. Oreilles dressées du Renard. Deux pattes seulement,
rappelant les Digitigrades. Corps fantastique, se transfor-
mant à son extrémité en crotale à articulations gonflées et
écailleuses passant sous le ventre de l'animal à la manière
d'une queue et venant pendre par devant.
Combinaison d« caractères convenant à l'hypocrisie, à la
ruse et à la simulation. ,4i7Mtoutà fait impuissantes mar-
quant l'absence de vertus ; pattes dénotant la retraite furtive
et précipitée ; queue adaptée au moyen âge à toute sorte de
serpents : au tentateur d'Adam et d'Eve dans les catacombes
romaines (2) , et dans les mêmes catacombes, au Léviathan
(le Bébémotb). représentation du démon (3); au basilic
(serpent ailé), dans l'Iconologie de Ripa, c'est-à-<lire au
commencement du xvu* siècle. Quant aux théories raison-
nées de la zoologie classique, elles montrent dans cette
queue celle du serpent à sonnettes, le plus cruel, le plus fé-
roce, le plus redouté des serpents. Celui-ci est d'une gros-
seur, d'une longueur démesurée, et quel serpent, en vérité,
plus monstrueux que l'hypocrite ? Nous l'avons dit dans le
Glossaire en caractérisant l'.Vutruchc : il n'est point de vice
que les moralistes aient plus flétri. ■ Il est (dit un traité des
vices) une ypocrisie orde, une sote, une soutire. Cil sont
(1) Orthographe du xui' siocle.
(3) Bosio, Roma soUerranea, p. S73.
(3) Bosio, Roma tollerranea, p. SK.
ypocrite ort qui font les ordures en leur* repotailles e» te
prodome davant le gient... Cil sont ypocrite $ot qni aaaeto te
gardent netement quant au cors et font mont de pealttMKt
et de bones eiivres principanment por le los da monde pdr^
que len les tienge a prodomes. 01 sont bien sot. Car de bon
métal font fause monaie. Cil sont ypocrite toutif qni soali-
vement veulent en haut monter, et embler les dignelés 6t
les bailliées. Cist font qaanqoe prodons doit faire si que Bta
ne les peut reprendre ne conoistre inques [unijiuim, jamaii^.
adonc que (jusqu'à ce que) ils sont parcreut eten bant moti-
tes en dignetés. Et a donc monstrent il les nuius en UpiMe-
ment enracinés en leur cuers. C'est à savoir orgueil, avariée.
malice et autres fruits mauves... (I). *
C'est cet ypocrite soulif, superbe, méchant et avare, que
semble figurer ce monstre.
N* tl. L'hoaiaie.||«a.
Transfomution partielle. — Curioiilez 4$ Irthtrit.
L'abrutissement sensuel consommé au numéro 5 est id à
son origine ; on y voit la transformation commencée, mais
très-incomplète. La tête, la partie supérieure do corps et
tous les membres antérieursapparliennentencoreà l'hoaime ;
la croupe, les deux fortes patte.-) caractérisent le Lion; la
queue, monstrueusement large, revenantpassersous le ventre
et pendre aux yeux du spectateur, tient à la fois des Poissons
plats, du Dragon et de la Sangsue ; les ailes sont de Palmi-
pède. Quelle verve et que d'expression dans l'agencement de
ces monstres ! L'ignoble est évité partout, et pourtant l'idée
dominante et plusieurs d'entre les détails sont plus expres-
sifs que l'ignoble. Couché, vautré, faudrait-il dire, sur un
épais monceau de fruits qu'il semble couveret défendre, celui-
ci savoure l'un d'eux avec une expression visible de délec-
tation et de joie. C'est encore la « lécherie, quinte branche
de glotonie, ■> qu'exprime cet homme-lion, et lui-mène 6st
un tt lécheour (2) ; ■ bâtons-nous de saisir ses traits pen-
dant qu'il garde ceux de l'homme, car ses yeux sont dé|à
noyés dans une vague et molle ivresse; bientôt cet étui fo^
tcrieur taillé aux formes de la brute va s'étendre encore et
monter, tout envelopper, tout couvrir ce qui reste là d'hu-
main, et marquer au sceau de la bête ce front stupideet
somnolent ; ces lèvres à demi ouvertes et remarquablement
avides, et cette face, illuminée d'un sourire si bienheureux.
Ne soyons point surpris, du reste, de voir àespattetJg
lion à ce faiseur de bonne chère ; passé à l'état de passion,
ce goût a toute la violence, toute Fardeur impétueuse que
personnifie le lion. C'est du moins ce qui se pensait et s'é-
crivait au moyen âge, où le péché de « lécherie, » quand il
prenait ce caractère, passait pour la troisième branche du
^1) lise, de U BU>IioUi<!qnc royale.
(S) On eoiend par \es Ltduoun, ceux • qvi ne qnierail qae le Mit i
leur goule. • (Mac. de la Bibliothèque nnraie). c'esl-è-dire lai i
279
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
2S0
vice appelé « de la boiche. » « La tierche branche de cest
vice est trop ardaument courre à la viande, comme fait li
chiens a la charoigne. Et come plus grant est lardour plus
est grant li péchiez... Nest ce pas péchiez de mengier, mes
que ce ne soit trop ardaument et trop desordreneement.
Toutes viandes sont bones aus bons, a cens qui par reson les
prennent... a la sausse de la paour nostre Seigneur, car len
doit tousjours avoir paour que len niesprenge por outrage
(excès). Et doit len Dieu louer et rendre grâce de ses dons.
Et par la douceur de la viande qui saouler ne peut, doit len
penser la douceur de Dieu et a celle viande qui saoule le
cner. Por ce, list len aus mesons de religion au mengier.
Por ce, quant le cors prent sa viande d'une part, que li
cuers prenge la soue dautre part (1). »
N» f S. Va Syrène,
Transformation partielle. — Tentation par délit (2) des yeus.
Charmante petite statue d'un ensemble très-gracieux et
remarquablement facile, quoique l'attitude en soit contour-
née et que le sujet ne puisse être aperçu que par derrière.
La pose de cette Syrène étant tout à fait renversée et la
montrant la tète en bas, la queue de dauphin, emblème des
passions des sens (3), d'abord dirigée vers le ciel, se re-
courbe à son bout extrême dans la direction opposée. De sa
main droite et délicate, la jeune fille a rassemblé et tient au-
dessus de sa tête les boucles de sa chevelure qui retombent
sur son épaule. Son autre bras est étendu et semble ramas-
ser contre elle une espèce de draperie faisant office de filet,
et d'où un poisson, dont on n'aperçoit que la tête, semble
chercher à s'échapper (4).
Des flots forment un fond onde à cette suave figure, et
les poissons qui les habitent semblent représenter les
hommes (5) ; aussi n'est-ce point un filet, mais le léger voile
flottant ou l'écharpe de la Syrène, qui a su capturer celui-
ci. On sait et on a lu plus haut les traditions sur les syrènes.
Selon toutes les apparences, l'obligation où fut l'artiste de
conserver à ce motif l'unité qu'on voit dans les autres ne le
laissa pas maître d'y adjoindre une nef et des nautoniers;
mais y placer un accessoire de très-petite dimension n'offrait
pas le même inconvénient ; un poisson y a donc pris place;
et ce poisson cherchant le sud tandis que l'enchanteresse
regarde au nord (6), a eu peut-être l'avantage d'ajouter à
(1) LapocaU])se {mac. de la Bibliothèque royale) .
(2) Non pas dans le sens de Miclum, mais dans celui de deleetatio.
' (3) On voil perpendiculairemenl fiches dans les flots, au-dessous du bras
droit de cette statue, trois objets à peu près cunéiformes et qui pourraient
bien être autant de poissons, attinis par cette Syrène et se dressant sur les
flols pour la contempler. Il nous a été impossible de nous en assurer : la diffi-
culté invincible qui provient de l'éloignement et celle qu'y ajoutent les ombres
portées ont rendu tous nos examens nuls en résultat.
(4) V. notre artic'e Poisson. 11' partie de ce Mémoire.
(5) Dans notre 11' partie, à l'article de la Syrène.
(6) Nous avons déjà eu lieu de rappeler, dans le | concernant la statue
n* 1, que le Sud était symbolique à la grâce, et le Nord à toutes les inspira-
tions de l'esprit du mal.
cette leçon un souvenir de vigilance et de fuite des séduc-
tions non moins recommandé aux justes et aux vétérans
dans l'arène qu'aux moins affermis dans la foi.
Contournée ainsi qu'elle l'est comme pour chercher un
miroir dont il ne reste aucun indice, la tête de cette Syrène,
qu'on n'aperçoit que par derrière, laisse distinguer un ovale
correct et entrevoir les traits du profil (1). On suppose un
charmant visage à cette habitante des mers, mais il faut s'en
teuir à la conjecture; dirigé contre la mui aille et un peu
toiirné vers le nord, ce visage est là invisible, ainsi l'a voulu
l'art chrétien. Ces traits, dérobés à la vue, rappelaient expli-
citement que les passions insidieuses qui arrivent aux sens
par les yeux ne doivent point être affrontées. C'est cette es-
pèce de danger qu'indique l'Ecclésiastique par ces mots
passés en proverbe : « Quiconque aime le péril périra (2). »
La Syrène de Saint-Denys traduit et rend à sa manière
ce précepte de précaution qui prend mille formes diverses
dans les contes et les fabliaux du xui' siècle, mais qui reste
grave et sévère sous la plume des moralistes, dont pas un
ne l'a oublié. « La femme, dit le Spéculum (3), doit être évi-
tée comme une bête formidable... On la doit fuir en toute
hâte comme un implacable ennemi. .. Ceux qui surmontent
ce péril sont ceux qui l'évitent en lièvres, et non pas ceux
qui le recherchent et qui le défient en lions ; » et ailleurs :
«Poursuis le lion, poursuis le dragon et le scorpion, mais
fuis les traces de la femme ('!). » Le moyen âge tout entier
a répété le même thème sur cette influence terrible et fatale
des filles d'Eve et sur ses déplorables suites ; il les montre
plus effrayantes que les monstres les plus horribles consa-
crés dans ses traditions, que l'Ydrus, que la Manicore, que
la Wivre qui « aime char d'home » et que la féroce Harpie,
qu'il investissait d'un si grand pouvoir de perversité. Du
xii" au xye siècle se reproduit le même avis, se redit le même
anathème, toujours en style de leçon, s'adressant tantôt aux
Syrènes, tantôt à ceux qu'elles séduisent et qui s'en laissent
capturer. « Ces dames, dit Lapocalipse, et ces damolseles
parées et apareillées qui souvent se parent et sapareillent
pluscointement pour faire muser les musarz a clés...,, ne
cuident pas gravement pechier pour ce quels nont talent de
leuvre faite ; mes certes els i pèchent moût grefvemeut quar
par acheison (occasions) teles, périssent moût dômes et sont
moût de gent mis a mort et a pechie, car si come dit le pro-
verbe, dame debelatour est arbaleste a tour. i>
(1) La grande nageoire dorsale, l'une des extrémités de la fourche formée
par le bout de la queue, et le bas du visage seulement à partir d'au-dessous
du nez appartiennent à une restauration exécutée dans le cours du siècle
actuel.
(2) EccU. m, 27. — On voit les livres de Clergie enchérir sur cette sentence
par une foule de proverbes encore en vogue aujourd'hui : • Tant va la buie a
levé qele se ront le col; et tant vole le papeillon en viron la chandelle que il
sart. Aussi peut l'en (on) tant querre ces achesons (occasions) de pechie, que
len chiet (tombe). • (Msc. de la Bibliothèque royale: ce sont les dignetez de
larhre de cluistee.)
(3) Vinc. bellov.. Spéculum, mor., I. 111; Dist. V, part. 9.
(4) Leonera et draconem et scorpionem sequaris, mulierem non. (Vinc.
bellov., Spec. mor., I. III, Dist. 111, pars. 1.)
281
HEVUE IJE L'AHCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
^
Le même adage se retrouve jusque dans l'empire des bêtes
sur les feuillets des Bestiaires, parmi l'iiistoire variée des
pierres et des animaux ; on lit dans le Bestiaires de la Biblio-
thèque royale, que
« Cil ki a Dieu se vocllent rendre
Et ki mainent la bonne vie,
Fuir doivent la compagnie
Des lames entent! vement ;
Car celle flaine et celle ardor
Ri vient de la carnel amor
Ar (1) tous les boins ki en aus sont
Ke Diex ki est sires dou mont
A en aus par sa grase mis,
Cur en poi deure sont malmis
Li bien u celé flame court. »
Il poursuit par ce commentaire :
« Por vérilés savoir devons
Que tousjors li angle félon
Agaitent por faire pechier
Le caste home et le droit urier
Et la caste famé ensement.
Eve des le coniencement
Peça par inobedience :
De cel pechie remest (2) semence
Ki tousjors croist et molteplie,
Diables ue souLlie mie.
Por la llame de cel pechies
Ont maint home été engignies.
Joses fut temples et Sauison
Lim fu veucus et l'autre non... etc. »
Les abbés savaient cette histoire ; avant la naissance de la
syrène de Saint- Denys, l'abbé lUiaban Maur appréhendait
pour ses disciples cette destinée de « Samson; » non content
d'avoir interdit aux femmes l'approche de son monastère
pour le présent et pour l'avenir, il leur défendait à perpé-
tuité la porte septentrionale de la cité même de Fulde don-
nant sur la route du cloître (3), et jusqu'à la fin de sa vie il
fit respecter cette loi.
N* IS. L'HIppocratsure.
Transformation partielle. — Caducité lietntieiue.
Tête de vieillard à barl>e courte, marquée d'une odieuse
expression (4) et enveloppée du capuce. Au côté gauche du
poitrail, une seule jamb»; antérieure de solipède portée en
avant an galop, mais terminée par un sabot infléchissant et
replié.
(1) Art, (lu lat. ardel: brûle, consume.
(3) Lat. manrt: itul. Hmane : demeure, reste, survit.
(3) Hrahnn Maur. Vita, por Joann. Trilliemium édita, 1. Il, in fine.
(4) A en juger par une suture qui a été examinée avec soin, la tAte doit
avoir titc dt'lacliée et celle qu'on voit, aujourd'hui wMnble devoir Ure celte
Deux jambes postérieures, tenant à la fois de l'homme et
du singe remarquablement décharnées et plus longues qu'il
n'est de droit, rappelant par cette longueur et par leur im-
mondealtitude les pattes de la sauterelle. Podagre, à eojoger
par la chaussure; ce sont des bottines trop larges, prodi-
gieusement ouvertes au-des.<'i 4 du coo-de-pied, sans appa-
rence de laçure et sans présence de lacet ; leur fente longi-
tudinale est arrêtée sur le c< i-de-pied par une lanière de
cuir transversale qu'on voit bouclée sur la cheville. Au-
dessous de cette lanière, de:>cend une .sorte de bandage
moelleux, d'un tissu léger quoique ferme, enveloppant com-
plétenient la partie du pied antérieure et laissant passer le«
cinq doigts. Ceux-ci, complètement à nu et en contact avec
le sol : chaussure semblant indiquer, otitre le plus complet
désordre, un état infirme des pieds {l).
La vieillesse licencieuse se montre dans cette statoo sons
l'aspect le plus dégradé, mais aussi le plus énergiqne. On y
voit que l'arbre caduc cède et tombe, avec les années, du
côté où il a penché (2^.
Cette invitation à la continence, si bnitalenient expres-
sive dans ce hideux hippocentaure, n'a pa.<« non plus été
omise dans la Règle de saint Benoit ; mais elle y e!'t moins
explicite, et elle y paraît sous d'autres couleurs. Le but de
la statue hybride semble avoir été de saisir énergiquement
par son cachet d'ignominie ceux sur qui la voix de la règle et
les attraits de la vertu n'auraient point eu assez d'empire ;
celui du glossateiir célèbre de la Règle de saint Benoît a été
de gagner le cœur pur le tableau des saintes joies attachées i
la continence ; il l'a fait en de pieuses lignes embaumées de
mansuétude et pleines d'un charme attirant, qui H-.>mblent
comme un noble exorde de l'invitation complétée dans un
autre style par l'auteur de cette statue. Celle-ci ne montre
l'horreur et l'ignominie du désordre qu'après que la Glose
bénigne a eu exalté ses contraires, et montré dans la chas^
teté, en commentant ces mots du texte : « Insîrumentum
bonornm oiiernm... non mliillerari (8),» l'étal le plus pur,
le plus tligne, la vertu la plus radieuse et la plus souhaitable
pour l'homme, qu'elle élève et qu'elle eimoblit. « Le moine,
lit-on dans la Glose, appréciera sur tonte chose la beauté de
môme tiMe, probalilement n>mis« en place par \ei soint de Tun des resUora-
teurs de ce monument. C'est do moins ce qne doone i craite b qaaiité <ie U
pierre qui est la mi^nie que colle de la sUtuc, «t c« qui mable mwrtir dn
style et dn travail de cette t<^te, l'un )>t l'autrr trèa-rmurqaablc* cl parftilr-
menten rapport avec l'expressioa du saj«t. Si l'iM prane qa'ail* fM r<i«vr«
d'une restauration moderne, elle devrait fair« fnai boonear aa ciseaa qai
l'uurait soulpt>-e. Quoi qu'il en soit, nos explicatinos suoi basé» prioripalr-
ment snr les autres di-tails que noua avoM développés. La cooconlaacc d« la
tête avec ces divers cartrt^res et ce qu'elle y peut ajouter n'en est qu'eue
simple confirmation par l'expri-ssion physionomique.
(I) Voir, pour le «mis mystique des pieds dénudr* et «a eoMact iaar4iu
avec le sol. l'article relatif .i la itaWe de Ittaatralasfv (le ■* Ml.
ti\ Errli. XI, ,t — Adolescens jnxla viam suan: etia« eèai soinet^ aea
reretlel ah eA. ll*r«reWi. XXIi. 6i. • Si œeiderit liiroum ad anstniui. aat ad
aquilonem, (c'est-à-dire s'il finit sa viedaat la seosualité, «m dans les pcckés
d'un autre onlre», in qunrnmqne loco jecideril, ibtrrtl. • EniL XI. 3w
(:l) Hraban .Maur, CiMiiaeHtor. in Hff. S. BmHl., t. iV. | JVea atfaUerari
— Et y. Ihùl , l»frà, | t^stUalrm i
m
REVUE DE L'AHCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
284
^9, chasteté ; c'est elle qui est représentée par la ceinture de
jpur or (au livre de l'Apocalypse), et sa douceur inexprimable
l'emporte sur tous les plaisirs : c'est un fruit de suavité, l'un
des ravissants sacrifices qee les saints immolent à Dieu, la
sauvegarde de l'esprit, et même la santé du corps; par elle
l'homme atteint au ciel et vit parmi les chœurs des anges. »
N» 14. Le Singe du Diable.
Transformation complète. — La Dérision.
Ce Singe à figure effrontée a laissé tomber en arrière le
capuchon qui l'affublait; il a relevé aussi l'autre extrémité
de sa coulle avec une disinvolttire qui étonne peu dans un
magot, et s'en est fait comme un collier qui laisse et montre
à nu ses jambes, sa croupe et son corps presque entier. C'est
dans ce costume léger qu'il est affourché sur l'amorce oîi l'a
consigné son facteur. Incliné sur l'arête aiguë avec un air
d'insouciance, il porte en avant sa main gauche pour s'en
faire un point d'appui, levant l'autre vers son museau, mo-
derne aussi bien que la pomme logée dans son hiatus. L'an-
tique main de l'animal prend bien le chemin de sa gueule :
mais était-ce pour cette pomme qui aurait existé autrefois,
ou bien seulement pour montrer sa bouche, ses incisives et
sa langue, ce foyer et ces instruments du vice appelé « Dé-
rision ? 1)
Le Singe, qui ressemble à l'homme par l'ensemble de sa
structure, mais qui en diffère tant d'ailleurs, et de plus ma-
licieux, fo\irbe, odieusement dépravé, figure avec la déri-
sion l'hypocrisie astucieuse, la licence et l'irritation. Aussi
a-t-il dans l'art chrétien, en surplus de ces caractères, le rôle
de l'ange pervers, auquel l'assimilent les Bestiaires, en l'ap-
pelant <( makés et ort (1). » On prêterait volontiers à celui-
ci toutes ces intentions ensemble, tant son allure a le cy-
nisme et la résolution moqueuse attitrés à l'esprit du mal.
Néanmoins le soin de l'artiste à ramener la draperie sur le
cou et sur les épaules pour dénuder tout l'animal et sa croupe
ignominieuse où ressort l'absence de queue (2) nous ramè-
nent en dernier lieu à notre présomption première. Selon
toutes les apparences, c'est ici le Sincje du Diable : ce repré-
sentant de l'Envie, montré par Vincent de Beauvais, escor-
tant l'Esprit de ténèbres pour l'égayer incessamment par sa
causticité maudite : ce représentant de la Dérision, qui trône
aux fenêtres du riche ou sur l'étal du bateleur, parodiant
par ses grimaces les allures de tout venant, et dont la croupe
à queue absente lui attire sans qu'il y songe un bien autre
assaut de lazzis.
C'est de cette absence de queue, figure de la perdition
(1 ) Ort ou ord (de ordure) , impur.
(2) L'absence totale de queue, caractère très-important dans la zoologie
mystique, distingue le singe proprement dit, c'est-à-dire le Jocko, le Pithéque,
le Magot, le grand et le petit Gibbon. C'est dans ces espèces surtout que sont
choisis, pour la plupart, les singes figurant le démon dans les bestiaires et
ceux qui jouent le même rôle dans les bas-reliefs légendaires et les représen-
tations du jugement dernier sur les portails des basiliques.
résultant du mépris de Dieu et de l'oubli des fins suprême,
que les docteurs du moyen âge menaçaient les licencieux,
les emportés, les hypocrites et le lâche essaim des envieux
compris sous l'emblème du Singe : le Biestiaire manuscrit
montre le démon privé de sa queue, et tombant au fond de
l'enfer en punition de son envie, de sa présomption et de son
orgueil :
Cies a, mes keue na il mie ;
Ot clef, car au comencement
Fu il angles, mes par envie
Perdi la keue, ce est voir
Si caï en infier le noir
Dont il James ne resordra.
Mes sans fin en doler morra (1).
Ce péché de Dérision n'est pas traité à la légère dans les
pages des livres saints : il y est signalé comme l'un des vices
les plus odieux, menacé de la damnation (2), flétri de cou-
leurs énergiques. C'est plus tard, dans le moyen âge, le
;i quint geton de lescot nommé Sorquidance (présomption), »
troisième branche de l'Orgueil, et qui tient aussi de l'Envie.
« Après, dit un Traité des Vices, en parlant de la Dérision,
sont les bourdes et les truifles plaines d'ordure et de menc-
zonges que ils apelent paroles oiseuses. Mes certes non sont.
Ains sont puans et envenimeuses. Apres, resont les gas et
les escharnissemens que il dient sur preudomes et sur tous
ceulx qui bien veulent faire. Ten set Dieu autant de gre
come feroit li rois si tu li avoies son filz tue ou son trésor
emble (3). »
N° f S. Statue en partie fantastique.
Transformation complète. — Hyène exhumant une proie. —
Tierce faille de detraccion.
Cet animal, fantastique en grande partie, a des ailes de
Palmipède, ailes restaurées et modernes par l'extrémité seu-
lement. Son ossature, sa mâchoire et plusieurs caractères
physionomiques accusent en elle « la très plus cruelle beste
que len apelle Hyène, qui desterre les corps des gens mors
et les menjue. » On ne voit point entre ses pattes la moitié
de cadavre humain qu'elle tient dans les Bestiaires, et qu'on
y lit qu'elle préfère aux plus exquises venaisons; en place.
(1) des ou chief (de chef), tète. — Ot, il eut. — Si caï (de cadit, par
eadere), il tomba. — iVe resordra (de resurgere, resourdre), ne ressortira, ne
ressuscitera. — Morra, demeurera.
(2) Qui erudit derisorem, ipse injuriam sibi facit; et qui arguit impium,
sibi maculam générât. Xoli arguere derisorem, ne oJiet te : argue sapientem,
et diliget te... — Ejice derisorem, et exibit cum eo jurgium, cessabuntque
causa; et contumelia'... — Parata sunt derisoribus judicia : et mallei percu-
tientes stultorum corporibus. {Prorerb. IX, 5 et 8. — XXII, 10. — XIX, 29.)
Et si reprobi (ajoute le Commentaire), jussionis et comminationis dirin»
judicium dérident, parata tamen cos expeclant Judicia damnationis, quse ut
mallei ferrum candens, ita eos in fornace gehenna; sine fine verberent.
(Hraban Maur., in Proverb. XIX, 29.)
(3) Msc. de la Bibliothèque royale, xtii* siècle.
2»S
REVUE DE LAKCmriîCTLHE ET DES TRAVAUX PUBLICS,
elle presse et triture un ajn;i8 de membres informes à l'état
de dislocationetrespectivement disproportionnés, ce qui peut
vouloir indiquer la décomposition où peuvent être divers
membres, les autres demeurant intacts. Cette proie, exhu-
mée sans doute et évidemment inanimée, a-t-elle été substi-
tuée au squelette ou au corps humain pour atténuer l'ignoble
effet d'un pareil spectacle, ou est-elle le résultat d'un calcul
de l'artiste, obligé de demeurer dans l'unité dont nous avons
eu à parler dans l'article de la Syrène ?
Nous avons montré la llyhti- violant et fouillant k s tom-
beaux, se repaissant de leurs cadavres, et symbolisant par
cet acte le vice nommé « Délraclion. » Nous croyons pou-
voir supposer ce rôle à cette quinzième statue : son absence
ferait lacune dans cette riche collection. Les ailes de Palmi-
pède, dressées et sans facultés pour l'essor, conviennent
merveilleusement à ses autres détails mystiques : l'hypo-
crisie est la voisine, l'accompagnement de la détraction, qui
va rarement sans ce masque, et qui parodie, grâce à lui, le
zèie loyal, la franchise, le culte de la vérité, quelquefois
même l'alTection et une estime spécieuse pour l'objet que
flétrit sa langue, et sur qui s'épand sans mesure l'acre venin
de ses discours.
Les moralistes, qui se fixent toujours des bornes quand
ils traitent de l'homicide, du vol, même du sacrilège, ne
savent jamais s'en prescrire quand il s'agit d'hypocrisie,
d'envie ou de ses provenances, la dérision, la détraction.
Cette dernière est définie : « Une diminution du bien qu'on
devrait louer dans les autres, ou une scélérate adresse à con-
vertir le bien en mal (1). »
Ce lâche péché a cinq fuilles (2) :
i( La primiere est quant il trove la menczonge et le mal
pour autrui alever blasme.
» La segonde est quant le mal que il oit dautrui il raconte
avant c i adjouste du sien.
» La tierce est quant il estaint et met à néant tous les biens
que li ons fait, et le fait tenir pour mauves. Cil menjue lome
tout entier. »
(Nous verrons, aan° 27, la quarte fuille de ce vice).
« La quinte foille est quant il pervertist et tome tout en
la peour (3) partie que il voit et oit. »
Ces péchés ne sont pas omis dans la Règle de saint Benoît :
ils ont leur place dans sa Glose, et la détraction y est mise,
du moins selon l'ordre moral, plus bas encore que l'adul-
tère (4). »
(1) Dt'tr.iliere <licitiir (|iii bonuiii iiiuUil in malam... (Hrab. Maiir, Coin-
ment, in lirgul. S. Hfiiidid . cap. IV.)
(2) Les foiiilli-s sont appclivs dans ce mx., Untât fuille», tsintài foitUt.
(3) Msc. (le la llililiotlit^quo royale.
(i) .Majiis peccaluni rat, si ficri polest, ddralierc qtijim fornir.iri. Qui
nam(|ui' fornicalur, se tantùni ocfidit. Qui vi-n'i deiraliil, et so et consen-
tientcm sibi in niorlis foveani mergiL {Commentai: in Hegul. S. Beneilitl.,
cap. IV).
n* !•. Aae alMMta *»»% ■■ boarltler.
TransforinalioD complète. — Triomphe de» uni $wr Cetfrit.
Ane de grandeur naturelle et d'nn emlwnpoint respecta-
ble, complet dans sa conformation, agenouillé par ses deux
jambes antérieures et se roidl-isant par les autres. Sur le
bloc où pose cet âne, dés (nidulations sculptées daiui Is
pierre, et atteignant' jusqu'à lo ventre, accusent un amas
de fange où il se vautre avec dôlices.
L'indocilité obstinée, la stupidité vaniteuse eila résistance
invincible ordinaire aux sots orgueilleux, sont souvent figo-
rées par l'âne dans les œuvres d'art « de Clergie ; « mais il y
a ici davantage : les moralistes et les pères montrent, et non
pas sans justesse, les sens l'emportant sur l'esprit, dans
l'âne rétif et rebelle, gras, rebondi, boufli de ventre, qui
s'abat par choix dans la fange et au plus bourbeux du che-
min, y précipitant, avant tout, le digne et débonnaire maî-
tre dont il est l'ingrat serviteur (1). Celui-ci est bien dans ce
rùle et s'y fait voir résolument : c'est bien celui qui se rend
maître du maître qu'il devrait servir, et c'est ce que mon-
trent sa chute, son embonpoint, son air mutiu et la force de
résistance que ses deux jambes postérieures puisent dans
son mauvais vouloir.
TOURELLE SUD-EST.
M» IV. Chiea allé cacapuchoaac.
Transformation complète. — Ire et Alumauon par Emrie.
Tète de Chien coiffée d'un béguin à oreilles rappelant le
capuchon de l'époque. Hiatus furieux, de la gueule marquant
tout ce que la colère peut avoir de plus excessif. Barbe de
bouc. Pattes postérieures bisulques. Pattes antérieures de
quadrumane. Ailes fantastiques dressées (2), tenant de la
Chauve-Souris (3) et des élytres impuissants des Coléo-
ptères (4).
Corps et pose de ruminant. Kxpression totale du pins
grand style et d'une effroyable beauté.
Ce Dogue gronde, hurle, aboie ; roulant au fond de leur
orbite, ses prunelles lancent l'éclair; tout, dans sa pose
menaçante, rend la plus féroce agression.
La tète de ce chien est furieuse : les pieds, qui, à litre
d'agents de locomotion, figurent le principe des actes, sont
de deux animaux hardis, jaloux, enclins aux passions viles ;
leur combinaison collective semble dénoter les dépits, les
fureurs, la rage effrénée que l'envie fomente et produiL Les
ailes de coléoptère, si incapables de l'essor, s'accordent
aussi à ce vice, si grave, si plein de malice, et accompagné
(I) Vini-ei\t de He.invahi, d>tt« son Spreulnm. rerient ptasican fob Mf
celte fiptre.
(i) Ces ailes, lisse* et veini^>», sont restaurée» <ic«l«BW«il i le«r boH «I*-
rieor ; le corps en est incontestablement antique.
(3) V. dans notre II* partie les article* Aile* M ilkamrt-Stturù.
(i) Hannetons, scarabées, escarbots. qui n'ont qu'un toI lourd « pck
fniqoent.
287
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
288
d'ordinaire d'un si grand endurcissement, qu'il est rare que
l'envieux revienne à résipiscence et puisse obtenir le par-
don (i).
Le dessèchement de ce monstre, effroyablement décharné,
est l'effet de l'Alumeison, la première branche de Vire :
c'est elle qui a semporte lome... et le fait choirs en une
fièvre, en tel Iristece que il en prentlamort... C'est un feus
qui gaste tos les biens de la meson (2). »
Le portrait de YAiumeison porte partout ces caractères :
« Le visage des envieux est épouvantable et féroce ; leur front
est hideux de pâleur; leurs lèvres sort souvent tremblantes,
l'émotion fait grincer leurs dents, leur parole est pleine de
rage et d'injures; leurs mains seraient promptes au meurtre,
et si elles sont désarmées, la violence de la passion leur
prête une autre sorte d'armes. Les envieux nourrissent les
uns contre les anti-es des haines cachées et profonde? : ils sont
rongés à l'inlériiuir au sujet de ceux qui les entourent (3);
ils voient avec désolation l'augmentation de leurs mérites ;
ils favorisent les mauvais, jouissent des traverses des bons,
s'affligent de leurs prospérités, brûlent de haines gratuite?,
tremblent surtout qu'on ne pénètre les honteux secrets de
leur cœur (i). »
(!n lit dans l'expression de tête et dans les détails de ce
monstre ce feu caché, ces joies sinistres, ces tortures dissi-
mulées, ces fureurs de l'Alumemn (5).
N<* 18. L'Onoccntnure.
Transformation partielle. — Dècliéance par les passions.
Jeune homme qui a toutes les allures d'un petit- maître :
barbe courte et un peu frisée, soignée avec affectation ; che-
velure frisée aussi, finissant im peu au-dessus de la naissance
des épaules ; chapeau rappelant le pétase (6) et approchant
de la casquette appelée plus tard à la Buridan (7). » Mem-
(i) . Cist péchiez est si perilleus que apaine en peut len venir a droite
pcnitance car il est contraire au saint Esperil. • Car il pèche de sa propre
rnalice. Et doit len ce sainement entendre. Car il nest nul pechie si grant que
Dieu ne ))ardoint en cest secle sil se repent de bon cuer. Mes apeine avient
que len se repente de tel pechie... Cist sont contre la honte du saint Esprit.
Et sont si grant que apaines en vient len a droite repentence. Et porce sont
apaines pardonne, (Msc. de la Bibliothèque royale).
(2) Msc. de la Bibliothèque royale.
(ÎV) Partout nw'me définition : « Li cuers denvieus est si envenimes et si
bestornes que il ne peut veoir autrui bien que il ne lui en poise (pésel de-
dans le cuer, et juge niauvesement. Et ce que il voit et ce que il oit prent
losjors en mauves sens... Apres quant li cnvious voit ou oit autrui mal quel
quil soit ou mal de corps... ou mal de fortune... ou mal espirituel corne quant
il oit que aucuns que len tenoit a prendome est blasmes daucun vice, de tex
choses se.sjoist il en son cuer. Apres quant il voit ou oit le bien daulrui soit
biens naturel ou biens de fortune ou biens de grâce... lors li vient une doleur
et une tristece au cuer que il ne peut estre ae.se ne fere belle chiere ne bel
semblant. {Msc. de la Bibliothèque royale.)
(i) Hraban Maur, De Peccati satisfactione.
{a) Le rapprochement de la colAre à un feu qui s'allume se trouve partout :
• Sicut carbones ad prunas et ligna ad ignem ; sic homo iracuudus suscitât
fixas. {Proverb., XXVI, 21.) Et passim dans les livres saints.
(6) On voit plusieurs fois le pètase sur les fre^ques des catacombes. (Bosio,
Ronia sotterranea, p. 257. — Bottari, Homa sotterranea , t. 111, p. 1, HO
et 218.)
(T'i Bibliothèque royale: Miniatures d'un msc. de Nicolas Flamel, intitulé:
hres postérieurs du genre humain, mais avec les jambes an-
térieures de l'âne; les autres, grtMes, amaigries, imitant par
leur attitude la po.se de la sauterelle ; ailes naissantes et dres-
sées d'oiseau palmipède.
Sans expression, la tête droite et les yeux fixés sur l'es-
pace avec un air d'indifférence, il paraît tenir peu décompte
du babil vif et animé de la dame qui l'avoisine ; mais l'on
peut prédire à coup sûr, d'après le livre des Prorrrhes, que
cette froideur apparente aura cédé dans peu d'instants. Le
chapitre Vil de ce livre donne la fin de l'épisode, et avertit
bien à l'avance (1), mais en vain, ce jeune insensé des maux
où il se précipite ; ils ressortant, dans sa statue, des deux
jambes de solipède qui reposent sous son poitrail, et de l'at-
titude de sauterelle affectée par les postérieures ; les sens
l'emportant sur l'espiit se trahissent dans les premières, et
la fougue des passions viles est sensible dans les deux autres.
La chaussure des pieds humains, montrés sans souliers ni
bottines, est analogue à cet esprit, et dit assez au specta-
teur combien le texte fut prophète (2) : a Ne vous laissez pas
surprendre, dit-il, à ses regards affectés (ceux de la femme
sans honneur). Lafemmecorrompuecaptivel'âmederhorame,
ce trésor inappréciable... Un homme peut-il... marcher sur
des charbons (ardents) sans se brûler la plante des pieds ? »
En effet, dans cette statue, la plante des pieds est brûlée,
ce que semble indiquer du moins l'état où est montrée la
chaussure. Ce sont des chausses à mi-jambe (3) ou plutôt un
reste de chausses, débris presque nauséabond de cette partie
du costume qui emboîtait la jambe et le pied, fragment,
chacun peut s'en convaincre, veuf de son antique semelle et
réduit à l'état de guêtres tout effdées et sans attaches. La
chausse de la jambe gauche, ainsi mutilée laidement, est en
surplus interrompue avant Id naissance des doigts, et la peau
du pied elle-même remplace la semelle absente. La chausse
de la jambe droite bâille par un Irou identique ouvert sous
la j)lante du pied, mais traversé par un lambeau assez sem-
blable à un sous-pied, attestaiiou non équivoque de la nature
prin'.itive de celte chau.ssure sans nom; le talon en deçà de
lui, le reste du pied t-n delà, sont vus à l'état de nature,
saut l'orteil et le doigt voisin. Ainsi, non loin de cette tête
les Merveilles du monde. — Et miniatures d"un autre msc. commence en 1291
et termin(i en 1294.
(1) Chapitre VI.
(2) Non concupiscat pulchritudincm ejus (mulieris malae), nec capiaris
nutibus illius... Mulier autem viri pretiosam animam capit. Numquid pôtesl
homo abscondere ignem in .sinu suo, ut vestimenta illius non ardeant? Aul
anibulare super prunas, ut non comburantur pIant.T ejus? (Proverb. VI,
2o, 26, 27, 28.)
(3) La jambe droite du sujet, la seule qui soit app.nrenle sur notre gra-
vure, est fruste à re.\cés : il n'y reste plus de vestige du point de séparation
entre la tige supérieure de la ch.iusse et la jambe, entièrement nue Le rebord
en .saillie qui a dû l'indiquer autrefois a totalement disparu, mais .subsiste
encore à la jambe gauche; c'est un bourrelel bien marqué, indiquant le haut
de la tige d'une espèce de demi-bas commençant à se rouler quelque peu par
le sommet de sa bordure. On le voit très-distinctement, à l'.iide de la lunette
d'approche, du préau des bàtimenis claus;raux (au moment où nous écri-
vons, la maison royale de S. Denys), et c'est de là que nous l'avons observé
nous-mème.
28»
REVUE DE L'AKCHITECTl'HK ET DES TRAVAUX PUBLICS.
ioo
frisée avec quelque recherclie, se décèle hideusement la mi-
sère la plus abjecte qui suive la dégradation, cachet honteux
et explicite dont chacun saisit la morale, et qui, mystifjue-
ment traduit d'après le texte des l'rorcrbes, montrait en
surplus aux lettrés, comme source de ces désordres, l'aflec-
tioa coupable et brutale h tout ce qui flatte les sens. C'est ce
que marquait dans cet âge, sur les statues emblématiques,
le contact immédiat de la plante des pieds, signe des affec-
tions de l'homme (1), avec la poussière et la fange, marque
des goûts bas et abjects et des habitudes du vice (2) Seule-
ment, sur notre statue, cette nudité est montrée à deux points
de vue différents, selon le degré de lumières de ceux qu'elle
avait à instruire : pour les clercn, elle aviVit sa cause (selon
le livre des« Proverbes ») dans cette combustion des chausses,
marquant les affections du cœur égaré hors du droit che-
min en se prostituant au vice, et se dénaturant ensuite dans
(1) V. dans noire II* partie, article Piedt.
(2) La semelle, inlerpo*'(! entre le S(il fiijurant les soins temporels, et les
pieds, emhlèiiie des affiliions qui inspirent les actes, représentait le détaclie-
mcnt et l'alini'gation. Les sandales, indispensables à la si'curité des pieds dans
les voyages de long cours, rappelaient la promptitude à ulx'ir à la voix de
Dieu et l'abnégalion de la volonté propre selon ce précepte : • Kstote parati, ■
et l'autre commaiidonicnt du Sauveur ne permettant à ses apôtres que li's
sandales : • Et pnecepit cis ne quid tollerent in via, nisi virgam tantùni.
non peram, non panem, neque in zund »!s, seU calcealoi landaliit (Marc, VI). •
De plus, <lesliluies (ie l'empeigne formée de puau.\ d'animaux morts et dea-
tini'e à préserver les pieds des chocs, des intempéries des saisons, etc., elles
signiliaienl le renoncement aux œuvres appelées mûrie» et à toute vaine re-
clierclie des satiafaclions temporelles. Aussi, la chaussure des saints dans les
œuvres d'art hii'ratiques, quand elle n'est pas déterminée par le caractère
historique, est-elle les .simples sandales empécliant le contact avec le bourbier,
mais sans empeigne, c'est-à-dire sans amour dos choses purement terrestres.
« Non peram, non calceamenta ; uirumque de corio mortui animalis conli-
citur. Nihil aulem in nobis Dominus Jésus muriale vult esse. > S. Ambros.,
in cap. X, Luc, lib. Vll.j S. Augustin dit en parlant des ■ souliers couverts ■ :
« Coria mortuoruni sunt, nobis tegmina (courer/ure et non pas s?me(/e) peduni.
Por hoc jubemur renuntiare mortuis operibus. Hoc in ligurl .Moyses admonc-
batur, quundo Dominus loquens ait : • Suive calceamenta de pedibus tuis ;
locus cnim in quu stas terra cancta est. • Quid terra suncta, quam Dei Kccle-
siaî In illà... calceamenta >olvamus, id est, mortuis operibus renuntiemus.
(S. Augustin, Serm. XLll de Sauciu., il de Aposluln.) Dans ce passage.
Terra tancta, c'est-à-dire un sol sans bourbier et sans poussière des vices;
Dieu ordonne d'y quitter ou d'y découvrir les souliers • couverts < ; et dùl-un
même y cheminer sans la siunelle symbolique, on n'y serait i)oint en cont;ict
avec le bourbier des passion*. Il en est tout contrairement pour la représen-
tation de rOnocenlaure : placci dans la région du mal, il a le cou-de pied cou-
vert, ce c(ui est la mollesse excessive et la recherche outre mesure des dédom-
magements sensuels; et la plante de ses pieds est nue, en signe d'adhérence
extrême aux habituilcs du pi'cln'.
Ce ()ue nous avons cite de S. Augustin se trouve dans nombre de Pères,
ootaninient dans U<':de et dans S. An.selme. • Marcus (lit-un dans le premier)
dicendo calceari Apostolos sandaliis, vel soleis, aliquid hoc calceamentum
mysticeu^ signiiicationis hak're admonel; ut pes neque teclut sit, neque nudiu
adterrmn; id est, ne occulteturEvangelium (les pie<ls, flgure de la prédication
évangéliijue, objet lies actions des aptitres, et dans les laïques, des afTeclions
déterminantes), nec terrenis commodis innitalur (Bed. io Marc. VI). >
Nous devons remarquer pourtant qu'il y a dans la statuaire monumentale
une nudité absuluo accordée aux pieds des apôtres : c'est ainsi que nos basili-
ques nous les montrent sur leurs |>ortails, pieds nus, comme indigents et
pauvres. Ils y ont d'autres fois des sandales en signe de pureté et d'abnéga-
tion, mais bien rarement ou même jamais des ^uliers tout à fait couverts :
c'eût été leur prêter des vices. (Juant k l'Onocentature de Saint-Denys, ce
n'est point, tant s'en faut, un ap6tre. Sa chaussure dessemeléo et couvrant
la partie supérieure des pieds est suflisamment expliquée par les principes
que nous veiiiins d'exposer, et qu'on a dû raodiOer par d'autres allusions
niysti(iues quand il s'est agi dos apdtres.
ce foyer de corruption comme un membre livré aux flammes ;
pour ceux moins versés dans la Bible, la déoudatioa de ces
pieds semblait seulement provenir de la déchirure hooteose
et humiliante des chausses et de leur décompositioo par U
vétusté, témoignage assez explicite de la déchéance en toat
genre qu'entraîne l'oubli des devoirs.
On voit pour dernier attribut à ï'Onoceutaure des ailes
d'oiseau palmi]>ëde. Ces courtes ailes déployées, caractère
d'ostentation, indiquent que ce petit-maltre sait composer
sa vie publique, et que, s'il manque de courage pour se
prescrire la sagesse, il eo sait garder les dehors.
La suite prorhainemeul.
Madame Fkucik u'AYZAC,
Oane de la Maison royale de la Légion d'IlooMur. (Saint- Dea)ra.)
Voy. les déuiU des sutiwt, pi. 23, M, K, M, et TemmmUe de* umnUm,
pi. «.
1 OMK Ml.
SOLIDARITÉ ENTRE L'INDUSTRIE ET L'ART.
9ISTB1BUTZOV SSS VmiX
DE L'ÉCOLE ROYALE SPÉCIALE DE DESSIN.
Solidarité ! Solidarité I c'est le prand cri de ce siècle. Poar
que l'ordre subsiste il faut garantir la liberté ; solidarité entre
l'ordre et la liberté.
Pour que les droits de la propriété soient respecté», il bat
que la propriété arcomplisse ses devoirs ; solidarité entre le
droit et le devoir.
Pour que Vidée soit arcueillie avec empressement, il faut la
revêtir des charmes de la forme: solidarité entre la t»cienee et
l'art.
Pour que l'industrie soit couronnée, il lui faut rendre hom-
mage à l'art ; solidarité entre l'indiiîMri^et l'art.
So/idari/*.' mot merveilleux quisignifle pourl'esprit principe
universel, pour le cœur fralerniié, pour le» sens utililé, pour
l'homme unité el harmonie.
Il y a deux mille ans déjà qu'un guerrier de la vieille Rome
païenne racontait à des soldats révoltés la fable du \ entre et
des Membres. Rome le comprit, et sa lourde epée conquit l'#
nité matérielle, mais compressive de l'ancien monde.
Le Christ proclama la fralerniié, et l'uuilé spirituelle et iibtc
du monde civilisé s'est constituée ; mais l'uuité matérielle s't«l
n
REVUE DE L ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
aaa
dissoute depuis longtemps. A notre siècle de la reconstruire dans
des conditions de liberté. A nous de donner au principe de la
solidarité humaine, au principe d'unité matérielleet spirituelle,
une large et noble expansion. A nous de réaliser ces vœux gé-
néreux de 93, la liberté dans la fraternité.
Savants, proclamez la loi d'unité scientifique. Dites que la loi
d'ordre qui régit le ciel gouverne aussi la vie dii moindre insecte.
Artistes, reconnaissez dans chaque art un magnifique langage
propre à exprimer les sentiments de l'âme humaine, toutes ses
joies et toutes ses douleurs. Ne condamnez aucun style, car
chacun d'eux rappelle un cri de l'humanité heureuse ou souf-
frante; ce sont les diverses modulations de l'hymne merveil-
leux que les hommes chantent depuis l'origine du monde.
Artistes, proclamez la loi d'unité et de variété dans l'art.
Mais sortons de ces régions métaphysiques, cessons un mo-
ment de regarder en nous, d'interroger nos esprits et nos
cœurs, et entrons dans le monde des faits, car nous y rencon-
trerons la question vitale des intérêts matériels. Voici un gros
vol. in-folio ; il s'intitule : Reports from the sélect committee on
arts and ther connexion with manufactures.
Ce qui peut se traduire ainsi :
Rapport de la commission élue, sur les arts et leur connexité avec
l'industrie manufacturière.
Cette Commission fut nommée en 1 ?35 par la Chambre des
communes d'Angleterre, pour étudier l'état des arts dans la
Grande-Bretagne et leur influence sur l'industrie manufactu-
rière. Question de solidarité, d'action réciproque, soulevée par
des nécessités commerciales et les exigences de la concun-ence
industrielle. La Commission fut autorisée à acquérir tous les
écrits, tous les documents, et à faire comparaître devant elle
toutes les personnes qu'elle jugerait pouvoir l'instruire.
Ce sont les minutes des séances et le rapport de la Commis-
sion, qui composent le volume que nous avons devant nous.
Le rapport commence ainsi :
« En examinant l'ensemble de la question qui nous est sou-
mise, la Commission se voit forcée à regret de reconnaître,
d'après les documents et les renseignements qui lui ont été
communiqués, que les arts du dessin, dans leurs manifesta-
lions les plus poétiques, comme dans leur rapport avec l'indus-
trie, n'ont été que peu encouragés dans ce pays. »
Voilà un fait. En voici la conséquence ; nous continuons de
citer :
« Trop souvent, pour ne pas dire toujours, les personnes in-
terrogées par la Commission se sont vues forcées d'établir un
parallèle entre nous et nos rivaux du continent, de la France
particulièrement, beaucoup plus favorable pour ceux-ci que ne
l'auraient souhaité les témoins et la Commission... »
« Pour nous, peuple essentiellement industriel et manufac-
turier, la connexité qui existe entre l'art et l'industrie est im-
portante au plus haut degré. »
L'influence de l'art sur l'industrie et le commeice ; l'influence
du beau sur le bien-èti'e matériel et la richesse d'un grand pays
est-elle mise assez en relief? Voici l'économie politique amenée
à déclarer la solidarité du beau et de l'utile, de la poésie et delà
mécanique, de l'art, de la science et de l'industrie, de toutes les
facultés humaines, de l'homme enfin. Ils reconnaissent plus en-
core, ils proclament la sohdarité des peuples, car ils admettent
notre sentiment supérieur de l'art, comme nous, nous recon-
naissons leur supériorité industrielle. La conclusion est logi-
que, mais elle sera repoussée par tous les hommes qui s'appel-
lent jj7-a/i(/wei, par ces hommes qui sont impuissants à recevoir
et;i conserverune conception théorique quelconque, incapables
de faire sortir une conséquence de ses prémisses, devoir au delà
du fait brutal et mort. Nous qui n'avons pas l'ambition de nous
faire admettre parmi ces hommes pratiques, nous qui sommes
artiste et qui avons le droit de ne pas nous atrophier l'imagina-
tion, de ne pas détester l'harmonie et de ne pas demander à
grands cris la perpétuation de la guerre parmi les peupks, nous
voyons dans cette reconnaissance réciproque des deux grandes
facultés qui distinguent l'Angleterre et la France, un germe
d'imion future qu'il appartient aux siècles de faire éclore. Il
faut, dit-on, l'union de l'art et de l'industrie pour que les pro-
duits manufacturiers atteignent leur plus grande perfection :
la France est artiste, l'Angleterre est industrielle, et vous ne
concluez pas à une association inévitable de ces deux forces
sous l'influence des progrès et du temps?
Mais revenons au fait pratique, contingent matérieL N'est-il
pas vrai que voici une Commission chargée de faii-e gagner de
l'argent à l'Angleterre et qui se trouve conduite à faire un
cours de philosophie pratique, à proclamer la loi de solidarité
comme la sauvegarde de l'industrie et du bien-être matériel ?
Encore un extrait :
a En Angleterre Vai't est cher; en France, il est à bon marché,
parce que le sentiment et l'habitude des arlsy sont généralement
répandus. En Angleterre, un grand fabricant peut se procurer
des modèles d'un ordre supérieur, car nos riches orfèvres ont
demandé des compositions aux génies de Flaxman et de Sto-
thai'd; mais celui qui fabrique l'argenterie ordmaire, la bijou-
terie courante, ne peut pas se procurer des modèles compara-
bles à ceux de la France, sans supporter des frais hors de
toute proportion avec le prix de vente de ses produits. »
Donc, de par l'argent, de par le commerce, l'industrie et la
banque, il faut dresser des autels à l'art et adorer le génie, du
beau. Comment se fait-il alors que, récemment, à la Chambre des
députés, un de nos élus ait pu trouver déshonorante pour l'é-
paulette, la mission donnée à une frégate de guerre de trans-
porter aumont Athos M. Papety, dont la brillante palette fait
honneur au pays? Comment se fait-il qu'un ministre français
n'ait opposé à ce ridicule reproche qu'une dénégation menson-
gère? A défaut d'un ministre du Commette, comprenant les
intérêts du commerce français, à défaut d'un ministre des
Beaux- Arts ou de l'Industrie, il ne s'est donc pas trouvé à la
Chambre même un économiste à la hauteur de la Commission
anglaise ! Pas un seul représentant de la ville de Lyon, de Mul-
house, de Paris, dont les produits doivent leoi" supériorité au
goût de nos artistes! Il n'y a\ait donc là personne pour dire
qu'en 1843 nos exportations industrielles, bronzes, bijouteries,
etc., dont l'art fait le principal mérite, sont montées au chiffre
de 60 millions, et que, grâce aux efforts de nos rivaux, aux
écoles de dessin qu'ils ont établies et qu'ils cultivent soigneu-
sement, la somme de nos exportations s'est amoindrie les
années suivantes !
L'industrie a besoin de l'art pour pi-endre de grandes propor-
mi
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PL'BLICS.
lions ; c'est !e génie inrtiiBiric! de l'Angleterre qui vous le dit,
et croyez-l(! ; c'est »on intérM fjui parle.
L'artdestiné à commémorer les grandes gloires nationales par
la peinture, la sculpture et l'architecture ; le génie qui chante
l'idéal et qui nous entraîne à sa suite dans les royaume» infinis
de la poésie, ne prête que rarement un concours direct à l'in-
dustrie manufacturière ; pour rendre de grands service» au
manufacturier, il est bon de connallre un peu le» procédés de
la fabrication ; il faut souvent que l'artiste lui-même soit un
peu fabricant, qu'il consulte le goût public et qu'il »'y prête
avec une flexibilité qu'ignore l'artiste franchement poète.
De là la nécessité d'écoles spéciales pour l'étude du dessin
industriel, écoles où puissent s'instruire les enfants d'ouvriers
dont le temps est compté, qui sont destinés A auhte la carrière
de leurs pères, el à tirer immédiatement un profit pécuniaire
de leur habileté. C'est un rare privilège de la fortune que de
pouvoir consacrer à l'art tout le temps nécessaire au plein
développement de sou talent.
. La France compte plusieurs Ecoles royales de dessin et de
mathématiques appliquées aux arts industriels. Il y en a une
à Lyon, une autre à Dijon et une troisième à Toulouse ; mais
l'Ecole modèle, c'est l'École de Paris. Non pas que l 'édifice soit
considérable, les salles vastes, les modèles aussi variés qu'on
pourrait le désirer; au contraire, celte École qui date du siècle
dernier, et qui a fait éclore les talents de MM. Percier et Fon-
taine, Samson (général), Ramey, Baltard,Duperrey (capitaine),
Couture, etc., etc., qui compte aujourd'hui 900 élèves et qui en
comptera peut-être plus de mille l'année prochaine, est établie
dans de vieilles constructions faites à différentes époques, et qui
n'offrent que de misérables salles dont tout le talent d'un archi-
tecte éminent, M. Constant^Dufeux, n'a pu dissimuler l'insuffi-
sance et la pauvreté. La rémunération des professeurs est
digne des bâtiments dans lesquels ils enseignent, mais certai-
nement au-dessous de leur mérite et hors de toute proportion
avec le degré d'encouragement que mérite une telle École.
n ne se passe guère de mois sans qu'un étranger visite l'École
de Paris, attiré par le renom de ses enseignements et l'habileté
de ses élèves. L'Angleterre, surtout, envoie chaque année des ar-
tistes pour s'instruire des méthodes de cet établissement.Nous-
niême, nous y avons conduit il y a peu de temps M. Barry,
l'architecte des maisons du Parlement (1), et M. Poyn1er,un ar-
chitecte très-distingué chargé par le gouvernement anglais d'é-
tudier cette question de l'enseignement du dessin industriel.
Profondément pénétré, comme nous le sommes, de la haute
importance de l'enseignement général de l'art en France, de
son heureuse influence sur les mœurs aussi bien que sur notre
industrie et notre commerce, on conçoit combien nous avons
dû mettre d'empressement à nous rendre d la distribution des
prix de l'École de dessin de Paris.
La cérémonie, présidée par .M. le préfet de la Seine, a eu lieu
le 22 de ce mois, dans la grande salle Saint-Jean, à l'Hùlel de
Ville. M. dellambuteau adressa d'abord quelques paroles affec-
tueuses et paternelles aux élèves, el M. Belloc, l'actif et intelli-
gent directeur de cet établissement, prit la parole à son tour.
(1) Cette construction, en style gothique anglais du xvi* sitele, est le monu-
nent le plus colossnl fiu'on ail constniit depuis un siècle. Ou y compte onze
toun dont une a plus de 3UU pieds anglais.
Tout en rendant un juste hommage aux professeun Herr et Re-
bout (géométrie), J«y (dessin d'architecture), Lecoq de Bol»-
baudran (dessin des animaux), et Jacqnot (sculpture), M. BeHoe
non» a initié à quelques améliorations introdniies cette année
encore dans l'enseignement de l'École, et dont nous recnm-
mandons l'adoption aux professeurs de Lyon, de Dijon, de Too-
louse, etc. Ainsi, dans le cours de M. Jay, les élères se sont ap-
pliqués à mettre au net les figures tracées par le profcwoiir
dans les cours oraux. Mais rinnovation la phis importante eM
celle de M. de Roisbaudran : elle consiste à faire reproduire
exactement, et de souvenir, des dessins étudkHi d'avance. Cn
dessin est confié à l'élève ; il l'examine à ses heures de loisir,
il l'étudio, il l'analyse dans toutes ses parties; revenu A l'École,
l'élève rend le modèle et le reproduit de souvenir. Nous avons
examiné une série de dessins faits ainsi de mémoire par les
jeunes élèves de l'École, et nous avons élé extrêmement sur-
pris de la fncilitë avec laquelle ils avaient sa retrouver sous
leur crayon les formes les plus compliquées. Le haut du corps
d'im écorcbë avait été reproduit ainsi de souvenir, avec nne
fidélité étonnante.
Horace Vemet, dont chacun contait la grande facilité de
dessin et l'étonnante mémoire des formes, s'adonna de bonne
heure à cette culture de la mémoire des lignes. < Voua vous
rappelez bien votre cambuse, dit-il un jour à un chirurgien 4e
l'armée d'Afrique, eh bien, je n'ai fait qu'y passer, et cependant
si vous le voulez, je vais vou» en faire le croquis, et cba jue
botte d'oignons aura exactement le nombre qui lui appartient.»
Une telle mémoire doit être d'un puissant secours dans la com-
position, surtout si, comme le dit pitloresquement Saint-I.,am-
liert, « l'imagination n'est qu'une mémoire sensible. »
Un passage du discours de M. Belloc a excité vivement l'at-
tention. Job connut-il la locomotive? Vous riez. Il n'y a pas
de quoi. Lisez plutôt :
« Le programme du grand bas-relief offrait beaucoup de dif-
ficultés. Il s'agissait de l'ornementation d'une locoiiwtue : deux
systèmes étaient en présence. Peraonuifierait-on cet le puiamnle
machine qui, passant des manufactures aux navires, sillonnant
l'Océan, les rivières, dévorant l'espace sur nos grandes routas,
défrichant des provinces (ou l'a récemment attelée à la cbtmie
en Angleterre), étonne le présent et recule dans ravenir les
bornes du possible? Devenue aujourd'hui familière aux plus
ignorants, elle réclame son droit de cité dans le domaine des
arts, comme le gigantesque véhicule, non plus de quelques
privilégiés, mais de nations entières.
» S'iuspirant des caprices de l'imagination, en &:ra-t-oa un
dragon, im hippogriffe, ou mieux encore un de ces monades,
restes, dit-on, des animaux antédiluviens que décrit Job, loi«>
qu'il dit : * Voilà le Béhèmoth, sa force est en ses ûanu', ses os
» sont des barres d'airain et ses muscles des banvaux de fer.
» Il engloutirait une rivière en buvant, une fumée sort de ses
» narines comme d'une chaudière. Son souffle embraserait des
» cliuibuus, et uue flamme jaiUit de sa gueule ; la terreur
» marche devant lui... »
Ou 'en dit le lecteur? Un tel programme était certainement
grandiose, mais il était difRcile A traiter. M. Belloc est de ort
avis. Ce n'est pas la même chose, dit-il avec raaon, d'arriver à
l'imagination par les oreilles ou par les yeux.
■ >
299
UEVUE DE L'AIICIUTEGTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
300
bien à ceux qui dirigent. Ainsi, sans nous en excepter nous-
même, c'est à notre génération tout entière que nous nous
adressons, voulant exciter chez elle, et en particulier chez les
artistes, cet esprit de véritable indépendance, exempt de pré-
jugés, qui seul peut engendrer une architecture nouvelle qui
serve le pays dans le présent, et l'honore dans l'avenir.
L'Académie des beaux-arts, dans sa séance du 11 septem-
bre 1847, a décerné le premier grand prix au projet de
M. André, élève de MM. Huyot et Lebas, et le deuxième grand
prix à M. Claudel, élève de M. Lebas.
Nous ne laisserons pas partir M. André sans lui souhaiter un
bon voyage et un utile séjour dans les contrées qu'il va parcou-
rir {!). Il verra la Grèce et l'Italie ; puisse-t-il, après avoir terminé
sa pension, et avec les ressources que peuvent lui fournir sa
retenue et ses économies, aller aussi au Caire et à Thèbes! En
étudiant les architectures antiques et en recherchant leur rai-
son d'être, il découvrira des principes qui chez elles se mon-
trent souvent à nu ; alors il comprendra mieux les beautés qui
se trouvent dans l'architecture du moyen âge, et qui abondent
aussi dans ces contrées. De retour en France, nos beaux monu-
ments se montreront à lui sous un jour tout nouveau, et il lesap-
préciera ce qu'ils valenl.ll y retrouvera les mêmes grands prin-
cipes qui leur sont communs avec ce que l'antiquité païenne
et chrétienne a créé de plus beau. Ces principes gouvernent le
fond, et non la forme qui se modifiera sans cesse dans l'avenir,
comme elle s'est modifiée sans cesse dans le passé. L'esprit ou-
vert par les sérieuses études qu'il aura faites, il sera reconnais-
sant envers ces hommes de lettres, ces savants et ces artistes
qui, chez nous, par leurs utiles et persévérants travaux, ont fait
sortir nos monuments nationaux du honteux oubli dans lequel
on les laissait depuis tant d'années, et il reconnaîtra que si
l'archéologie n'est pas le seul flambeau de l'architecture, elle
en est pourtant la sainte et respectable bible.
S. C. CONSTANT-DUFEUX.
(1) Nous l'engaiieons à remarquer que dans tons les édifices qu'il va étu-
dier, à l'exceplion seulement des monuments de l'Egypte construits sous un
climat où il ne pleut pas, on reconnaît partout un soin attentif apporté dans
l'établissement des couvertures pour faciliter le prompt écoulement des eaux ,
l'éclairage, et l'aérage des salles. Il verra que tous ces avantages sont obtenus
par les dispositions qui permettent l'emploi des combles à deux égouts simples
ou échelonnés comme dans les Basiliques et les Thermes.
Tous les temples greis, romains, latins, normands, gothiques, etc., sont
à deux, égouts simples ou échelonnés. Les Thermes même, qui à première
vue semblent un entassement de salles, sont étudiés avec un soin remar-
quable sous ce rapport. Les salles s'échelonnent avec art les unes sur les
autres, et des cours de toutes formes sont ménagées de la façon la plus heu-
reuse pour faire arriver l'air et le jour, et servir en môme temps à l'écoule-
ment des eaux pluviales.
Là, ce n'est pas comme dans nos compositions académiques où l'on groupe
beaucoup de pièces pour obtenir des communications faciles, acceptables et
avantageuses si elles n'étaient pas acquises aux dépens des conditions vitales
de l'édifice, les boas écoulements des eaux, l'éclairage naturel, et U ven-
tilation.
Combien de fois avons-nous vu ces dispositions vicieuses figurer dans nos
concours 1 Combien de salles d'assemblées, de galeries parallèles accolées, qui
ne s'éclairent que par les plafonds, et n'ont aucune aération possible ! Combien
de chéneaux sur toute la longeur des murs de refend qui les séparent, et
dont la présence se révélerait à chaque accident par de très-notables dégra-
dations auxdits mursl
Pourquoi voit-on chaque année ces conceptions aux grands concours? C'est
que, comme disent les Italiens, sopra la caria lullo regge.. S.-C. C.-D.
TOMBEAU DE NAPOLÉON.
Les travaux du tombeau de Napoléon sont poussés avec une
grande activité. Déjà les fondations sont faites, dans le dôme,
et on a atteint le sol inférieur qui est tout ce qu'on pouvait
espérer de meilleur, c'est-à-dire sec et solide. Une immense
grue mobile, pivotant au centre de la crypte, permettra de
mettre très-facilement chaque morceau à sa place, quels que
soient d'ailleurs son poids et son volume. Déjà les colonnes
de l'autel sont taillées, polies et mises en place. Les marches
de l'escalier de la crypte sont aussi posées. On emploie un
grand nombre d'ouvriers à la confection des motifs de décora-
tion des pavements qui seront en mosaïques et incrustations.
Les marbres les [>lus beaux, et des plus grandes dimensions,
se débitent et se façonnent de toutes parts, beaucoup même
sont entièrement terminés et prêts à poser.
Les douze grandes Victoires, confiées au ciseau de M. Pradier,
sont en partie ébauchées, et seront bientôt prêtes à recevoir la
dernière main du maître. On assure que cet habile artiste a su
se conformer ici aux règles prescrites par l'art monumental, et
que nous n'aurons pas ii subir l'aspect désagréable des poses
tourmentées, dont il abuse quelquefois.
L'administration a enfin pris un parti relativement au dix
bas-reliefs qui doivent représenter d'une manière symbolique
la vie civile du grand homme, et M. Simart est définitivement
chargé de l'exécution de cette grande tâche. Nous félicitons de
toute notre âme tous ceux qui ont pris part à cette mesure, et
nous sommes vraiment heureux de voir qu'on a compris qu'une
pareille œuvre réclamait une grande unité de pensée, d'étude
et d'exécution. Nous disons ceci d'abord, abstraction faite de la
personne; mais nous nous empressons d'ajouter que nous, qui
avons vu les ouvrages de M. Simart, et en dernier lieu les dix
compositions qu'il a faites des sujets dont il s'agit, nous sommes
entièrement persuadé qu'il ne faillira pas aux légitimes espé-
rances qu'il a déjà fait concevoir.
Beaucoup de combinaisons avaient été cherchées pour salis-
fah-e à la fois un plus grand nombre de prétendants. On avait
pensé, tout en donnant la haute main à M. Simart, auteur des
compositions, lui adjoindre un certain nombre d'artistes qui
auraient été chargés d'exécuter sous sa direction. Mais de trop
justes susceptibilités qu'il fallait ménager, ont dû faire renoncer
à ce parti mixte qui aurait, d'ailleurs, bien certainement nui à
l'unité de style qu'on doit surtout rechercher dans une suite de
sujets symboliques qui se tiennent tous, puisqu'ils sont l'exprès-
304
REVUE DE L'AHCHITECTL'RE ET DES TKAVAIX PUBLICS.
•MU.
sion (le la vie d'un seul et même homme, qui doit nécesHaire-
ment figurer dans chacun d'eux.
Quelques personnes, très-haut placées, ont blâmé le parti
pris des allégories, et pour les VicUjires et pour les bas-reliefo.
Nous sommesLicn loin de; partager k'ur avis à ce sujet ; et nourf,
qui nous sommes exprimé franchement et librement lors du
quasi-concour8,sur le projel0iis'exécule maintenant; nous ne
pouvons être suspecté de partialité en soutenant aujourd'hui le
sens de cette partie du projet. Non I nous ne comprenons pas
qu'on raye tout d'un coup la poésie de l'archileclure ; qu'on lui
interdise les expressions générales qu'elle ne peut obtenir que
par les allé^iries et les symboles. Non ! nous ne comprenons
pas qu'on veuille la réduire aux expressions matérielles qu'elle
serait bien souvent impuissante à rendre. Dans les longuts
pages d'une histoire on jieut tout dire et tout raconter. Dans
le champ restreint d'un point d'appui, d'un mur, il faut des
expressions concentrées résumant mille faits dans un seul
signe. Les douze Victoires diront tous les combats aussi bien
que toutes les grandes batailles. Les dix bas-ruliefs diront, par
des généralités, tous les actes du souverain législateur.
• Il est vrai qu'en raison du parti pris on semble pouvoir être
plus précis dans les bas-reliefs que dans les Victoires qui ont
naturellement dans la composition un caractère plus indéter-
miné. Il serait possible, ce nous semble, de les préciser davan-
tage sans cependant entrer dans uae expression trop matérielle
et trop vulgaire. 11 serait possible d'en faire des monuments par
lants et tout napoléoniens; des monuments qui, réduits dans
les temps à venirà l'étal de fragments, seraient encore expres-
sifs. Il suffirait de couvrir les draperies de légers ornements à
travers lesquels seraient écrits tous les noms des batailles et
combats.
Cette ornementation, exécutée finement sur toutes ks drape-
ries qui pouriaienlélre en partie doi'ées, aurait aussi l'avantage
de présenter à l'œil un travail doux, qui, différenciant les étof-
fes, ferait mieux ressortir les nus.
Nous nous bornerons à cet e.xposé de l'état d'avancement des
travaux, et à l'avis que nous avons ouvert. Nous ne voulons pas
être de ceux qui, passant devant une Bibliothô(jue ou fout autre
monument en construction, portent étourdimenl un jugement
prématuré, et le qualifient d'épitliètes injurieuses, qu'il leur
serait bien difficile de motiver suffisamment en présence d'une
œuvre à l'état d'ébauche. Quel est l'écrivain, le i)eiutre, le
sculpteur qui voudraient étx-e jugés avant d'avoir dit leur der-
nier mol? Par quelle raison excepterait-on l'architecte?
Quanta nous, nous ne regretterons jamais de nous être abs-
tenu et d'avoir attendu le résultat final pour nous prononcer
dans ces questions, et mms faisons des vœux pour que le tom-
beau de Napoléon soit en tout digne Si sa haute destination.
S. C. C-D.
PONT DE LA CONCORDE.
On refait en ce moment la cliai.i .lu ^junt de la Concorde, et
l'asphalte trouve là une nouvelle application (1).
Nous croyons que c'est une heureuse idée et que l'expérience
(1) Nous applaudissons d'autant plus volontiers à cette mesure que la
Kevue en a oonseillo l'emploi à plusieurs reprises. (Voy. xiA. 2, col. 96.)
en rendra l'usage plus général, car c'est peut-être rurijeimeîl-
leiirs empois qo'oa puinefàirede cette mstière, rinconTéniaet
de l'aspbalte étant d'être trfeg ■emrible aux variations d« temp^
rature. Appli^uèaur une eotu:b« de béton bm éUbU* m dwiM
des voiissoirs, et sous une épaisse forme de sabte, il y a peu 4e
chances de rupture et les voûtes aerootbien ffatMiie* de l'in-
filtration des eaux (1),
Nous craignons qu'au pont de la Concorde l'épaisseur de la
forme de sable ne soit trop fa l>le, et n'amortisse pas asset les
chocs pro(^laits par le passage (fes voitures (2).
On ne peut parler du pont de la Concorde sans former des
vœux pour l'achèvement de sa décoration. Le projet de M. ff.
Lal>rouste, qui a été exécuté en plâtre lors de la cérémonie des
funérailles, et dont chacnn a [« recnniuilire le mérite, nous
faisait espérer voir bientôt sa réalisati< n. Vjë serait un aiCfeM
d'iiideniuieer les artistes sculpteurs dont lesesp-rancasontélé
déçues lors de la question des dix bai>-r«liels du teaibeMBde
Napoléon donnés àM. Simari.
Le projet de M. H. Labrouste com[iorte quatre colonne*
triomphales placées aux deux entrées du pont, et quatre lions
couchés, puis, huit figures sur les socles intermédiaires qui
fourniraient à lastatuaire monumentale de beaux motifs pour
se déployer. S. C..C-D.
DES PLACES PUBLIQUES A PARIS.
DU CHOIX DE LEia SITtATlO.N ET IX. LKCH KaMUTKM.
Les places publiques n'ont point chez noua la même inw
portance que chez les anciens. Athènes s'y réunissait poor
apprendre les nouvelles, entendre les sophistes, délibérer
sur les afTaires; Démostbënes nous l'apprend. Chez nous le
climat, les usages, et surtout l'extension donnée à la mo-
derne découverte de la presse périodique, qui va dire à cha-
ctm à son chevet tout ce qui l'intéresse, empé<:l)ent les
grandes réunions en plein air. La place publique a changé
de rôle ; elle a seulement pour objet de faciliter les commu-
nications au croisement de plusieurs rues, de rendre leur
voisinage moins hisaluhre.et d'ajouter aux embellissements
de la ville.
Dans toutes les cités construites d'après un plan régulier
on trouve des places publiques dont la situation et les décors
répondent aux besoins et à l'agrément des habitants; n>yi8
les villes de vieille date, lentement agrandies, maison i
maison, rue à rue, par la force des événements et sans prè-
(I) La chape se réunit sur l« rire* à on r«T<leiB(«l de bril|M(l«i
aspliatte de 0«S5 cent, de loDg, 0* IS de l«r|e «I (^00 d'^
detwut contre la face de la fondatioa des Intttoin. Ce mtMaMU
avec soin se raccorde arec la chape pjr an fort solin eo aiyhailt.
Les eaux pluviales qui auront Xnrtné le fui et sa fanne iVmalruMii
vers chaque culée Ju pont en suivant le* deux pente* oppoata de h càaM,
(3) Cette épaisseur n'otaot que de 0> SS cent, non* mrion* nmhi ^'«s
eût protégé l'enduit en asphalte par une aire en mortàer de S i 6 .«m. d'4>
paisseur. Cette aire eût emptVhé le* cailloux de perrer la coaehe de I
par l'action incessante du mouvonent de* Toitnr«, et la farantinil de* (
de pioche lors du remaniement dn pané o« de la pUplalion d«k poteau paw
les feux d'artifice. {Jhlméi M. R. J.)
30»
RliVUE DE LAUCIIITECTL'HE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
304
vision de l'avenir, sont ordinairement privées du même avan-
tage, parce que l'espace nécessaire et convenable pour l'éta-
blissement d'une place publique, lorsqu'on veut en crér une
nouvelle, se trouve occupé par des constructions antérieures
toujours difficiles à acquérir.
Paris subit encore de nos jours cette conséquence mau-
vaise d'un lent accroissement. Quoique siège du gouverne-
ment depuis plusieurs siècles, cette ville n'a pas encore,
malgré la munificence d'une longue série de rois, le nombre
suffisant de places que réclament son étendue et sa popula-
tion. On pourrait classer dans l'ordre suivant celles qu'elle
possède :
La place de la Concorde, la plus belle du monde en-
tier (1);
La place Vendôme, l'une des plus belles de l'Europe;
Quatorze autres places régulières, mais de peu d'étendue ;
Enfin, quarante-trois places irrégulières plus ou moins
vastes.
Parmi les places régulières, les places Royale et Dauphine
ne sont guère que des cours.
Parmi les places irrégulières, il y en a qui méritent peu
le nom de place à cause de leur étroitesse; telles sont celles
du Chevalier-du-Giiet, Cambrai, de l'Abbaye, etc., qu'on
devrait agrandir dans l'intérêt des rues voisines : presque
toutes celles qui ont de l'étendue affectent désagréablement
la vue par la bizarrerie de leurs formes et le désaccord des
bâtisses de leur pourtour; les places du Carrousel, de la
Grève, de Saint-Sulpice, etc., sont dans ce cas, et mérile-
raient d"être régularisées et embellies.
Mais cela ne suffirait pas; car, nous l'avons dit, Paris
manque encore de places vastes et régulières dans plusieurs
points oii elles seraient d'une grande utilité, c'est-à-dire à
ses principaux carrefours, presque tous étroits, sales et dan-
gereux. Cette amélioration pourrait être effectuée :
1° Derrière le chevet de la nouvelle église Notre-Dame-
de-Loretle, au carrefour des Martyrs, où sept rues abou-
tissent;
2» A la rencontre des ïdes de Cléry, Poissonnière, Bour-
bon-Villeneuve , du Petit-Carreau , et Neuve-Saint-Eus-
tache ;
3° Devant le portail Saint-Eustache , oîi viennent se
joindre cinq rues qui causent des embarras continuels ;
4" Au bas de la Montagne Sainte-Geneviève, à l'est du
marché des Carmes, où six rues se rencontrent ;
5" Au carrefour de Bussy, point de réunion de cinq rues
très-fréquentées, où les voitures menacent souvent la vie des
piétons ;
(1) Impossible de trouver nulle part un aspect comparable à celui dont on
jouit du milieu de cette place : au nord, l'église de la Madeleine, la rue
Royale et les deux colonnades; à l'est, le palais des Tuileries et son ma-
gnifique jardin; au sud, la Chambre des députés et la perspective des
monuments qui l'avoisinent; à l'ouest. l'Arc de Triomphe, l'avenue des
Champs-Elysées et ses beaux massifs d'arbres. Toutes ces magnificences
réunies forment un ensemble merveilleux : aussi rien n'égale la surprLse et
l'admiration des étrangers qui arrivent à Paris par cette place.
G» A la rencontre des rues de la Har|)e, des Mathurins-
Saint-Jacqucs. Ra.iiie, de l'École -de-Médecine et l'ierre-
Sarrasin, m ((ui (ihgageraii vtilcuient le palais des Thermes,
où l'on a placé sijudicieusemi nt le Musée archéologique;
7° Au carrefour de la Croix-Rouge, constamment embar-
rassé par les voitures qui y arrivent de sept rues.
L'achat de la surface nécessîftre à la création de ces places
coûterait moins qu'on ne pourrait le croire, la plupart des
maisons à démolir étant anciennes et d'une mince valeur ma-
térielle. La construction des nouvelles façades serait laissée
à la spéculation des particuliers, avec l'obligatiog de suivre le
phm prescrit par l'autorité municipale.
La décoration du centre de ces places pourrait également
être peu dispendieuse; ici un bouquet d'arbres, là une fon-
taine à vasque et à jet suffirait. Cependant, s'il était possible
de consacrer quelques fonds à l'enibellissement des plus fré-
(|uenlées, nous formerions le vœu d'y voir ériger des statues
à ceux des princes qui ont laissé des souvenirs chers à la
France, ou particulièrement à la capitale : les empereurs
Julien et Charlemagne, les rois Philippe-Auguste, Louis IX,
Charles V, Louis Xll, et François l"' compléteraient, avec
Henri IV, Louis XIV et Napoléon, la série des souve-
rains auxquels le pays do^ en partie sa splendeur. Le sou-
bassement des statues pourrait, tout en servant de fontaines,
offrir le caractère architectural du règne de cbacnn de ces
rois, et en rappeler par des bas-reliefs les principaux évé-
nements.
A mesure que le nombre des places augmenterait, on y
érigerait les statues des hommes célèbres que Paris a vus
naître : celles de Catinat, de Turgot, de Cassini, de Cochin,
de Voltaire, de Boileau, de Mansart, de Lebrun, etc., ac-
coQipagneraienl convenablement celle que l'on vient d'ériger
à Molière. Toutefois, il serait à déi-irer que ces statues fus-
sent toujours décernées par la représentation nationale, et
non par des sociétés particulières, comme cela se fait main-
terant très-abusivement.
Le dégagement des communications, l'assainissement de
quartiers jusqu'ici privés d'air, l'embellissement de la ville
sur plusieurs points importants, enfin un hommage public et
éclatant rendu aux bienfaiteurs du pays et aux citoyens illus-
tres qu'il a produits, telles seraient les conséquences de
l'accomplissement de nos propositions.
Bidault.
PAVAGE DE LA PLAGE DU CARROUSEL.
Enfin ! !.... on pave les marais du Carrousel ! enfin !.... on
va exaucer les vœux formés depuis vingt ans par la population
parisienne. Très bien ! mais dût-on nous taxer d'ingratitude, ou
seulement d'exigence, nous dirons que ce n'était pas ainsi qu'on
devait dépenser les trois cent mille francs que devra coiUer ce
pavage. Il ne suffisait pas de faire un grand relevé à bout, et de
garantir nos voitures des terribles chocs auxquels elles étaient
exposées depuis nombre d'années ; il fallait songer à établir le
305
HEVIE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
906
meillour et lo plus pins prompt écoulement des eaux, et donner
àlaplace laforme la plus convenable pour le bonefl'etdes grands
édiflces qui l'entourent. Nons ne pensons pas que ce double but
soit atteint par le dispendieux travail qui s'exécute maintenant,
et qui aura pour résultat final de remettre à neuf tous les dé-
fauts qui existaient précédemment; c'est-à-dire de rétablir une
place bombée dans le milieu, espèce de montagne du sommet de
laquelle tous les édifices environnants paraissent petits et mes-
quins, une place n'ayant pas assez d'issue pour les eaux plu-
viales, puisque les bouclies d'égouts d'ailleurs peu nombreuses,
(dix seulement) sont actuellement placées vers les bâtiments,
c'est-à-dire à plus de ' 30 mètres du centre de la place. N'élait-il
pas facile et tout naturel d'abaisser le sol en continuant la pente
de la cour du Carrousel et de diriger les eaux vers dix grilles d'é-
gouts établies elliptiquement autour du centre et dans la partie
moyenne de la place, sans toutefois abandonner celles existantes
àson pourtour? Par cemoyen, on donnait une vingtaine d'écbap-
pées aux eaux, et on asséchait suOisamment ce vaste espace. On
obéissait d'ailleurs à ce principe élémentaire de salubrité et de
conservation des bâtiments, qui prescrit d'éloigner les eaux le
plus promptement possible de leur pied ; et de plus, on rendait
àceux-ci la noblesseetlegrandiose qu'ils perdent loujoui-s lors-
qu'on les place à l'extrémité inférieure d'une pente. Au con-
traire, par le moyen que nous indiquons ici , et auquel on pourra
revenir un jour, du milieu de la place, l'arc de triomphe, les
Tuileries et les galeries latérales reprendraient leur grandeur
effective, et on aurait fait un premier pas vers cet achève ment
du Louvre désiré depuis si longtemps par tout le monde.
Nous avons indiqué, pi. l'8, flg. .'J et 4, au moyen d'un plan et
d'une coupe, l'ensemble des dispositions que nous venons de
décrire, et pour expliquer leur utilité actuelle et future, nous
avons du indiquer aussi quelques modifications dans les entrées
de la place. Ainsi, délimitant la place par une ligne partant,
comme dans le projet de M. Fontaine, du pavillon du pont des
Saints-Pères à la rue de Rohan et Richelieu, nous établissons
les entrées ainsi qu'il suit :
l" Entrée sud-est, en face le pont des Saints-Pères. Le guichet
actuel serait donné aux piétons, et deux des arcades de l'oran-
gerie données aux voitures pour faire un va et vient.
2° Entrée sud-ouest, vers le pont Royal. Les quatre guichets
actuels conservés. (On pourrait en rendre un à l'orangerie, il
resterait un va et vknt pour les voitures et un guichet pour les
piétons).
3o Entrée nord-ouest, vers la rue de l'Échelle. Les deux
guichets actuels, plus un à ouvrir. (On pourrait en compen-
sation rendre à l'habitation celui qui est presque en face la
rue Saint-Nicaise.)
4" Entrée nord-est, à la rue de Rohan, Elle pourrait rester
telle qu'elle est maintenant. Néanmoins nous avons indiqué
les deux guichets projetés par M. Fontaine pour faire le va et
vient des voilures.
Maintenant, par l'inspection du plan on verra que quatre
bouches d'égouts sont disposées autour d'une espèce de plateau
(lieu de refuge pour les piétons) établi au milieu de la place. Six
autres bouches sont ouvertes vers le centre de chacun des six
triangles dont les côtés parallèles aux bâtiments sont horizon-
taux, et les autres qui tendent au centre sont légèrement eu
pente de manière à éloigner les eaux du pied des bâtiments.
T. VII.
Douze autres bouches, dont six existent déjà, sont distriltiées
au pourtour de la place. En toot viogt^euz ooTertures, qui
pourraient être réduites à vingt, parce qu'on pourrait autour
du plateau n'en faire que deux au lieu de quatre. 8. C. C.-D,
BIBLIOTHÈOUR ROYALE.
Au moment où les ouvriers sont occupés an repavage de la
place du Carniusel, une autre question s'agite, celle delà reom-
struction de la Bibliothèque royale. Déjà M. Jayr, ministre des
Travaux publics, s'est rendu sur divers emplacements, eotm
autres sur celui du quai Malaquais, entre les mes des Saint»*
Pères et des Petits-Augustins. Certes, un grand et bel édiâc«
érigé en ce lieu contribueraità l'embellissement de Paris. Mais
est-il convenable que ce soit la Bibliothèque royale, et l'em-
placement Bufflt-il ? Nous ne le pensons pas. Le projet serait de
l'isoler du palais des Beaux-Arts, en pratiquant une lai^ rue
latérale, percée en prolongement de la rue de Lille jusqu'à odle
des Petits-Augustins. Cette nouvelle rue, prenant une partie des
bâtimeats essentiellement utile au service de l'école, nécessite-
rait leur reconstruction dans un autre emplacement; on pense-
rait le faire dans celui du Mont-dc-Piélé, situé, comme oo le
sait, à côté de l'école. Après ce grave et dispendieux change-
ment apporté dans le palais des Beaux-Arts, le déplaconent du
Monl-de-Piélé, et rétablissement d'une rue bordée par deux pa-
lais, et pour ainsi dire déserte (1), que resterait-il à la Bibliothè-
que? un emplacement insufBsant, puisqu'il serait approchant
égal à celui actuel de la rue Richelieu. Nos architectes pense-
raient-ils se tirer d'affaire en entassant.comme ils le font, hélas!
trop souvent, étage sur étage, et en accouplant salle contre
salle, tâtiment contre biiliment; dispositions toujours vicieuses
auxquelles nos lévea avaient la sagesse de ne pas recourir, afin
de laisser à l'air et à la lumière de larges arrivages, pour l'assai-
nissement et l'éclairage complets de leurs ëdiflces.
Poui-quoi donc, après tant de tâtounenieuts infructueux, ne
revient-on pas à étudier sérieusement cette question sur le
teiTaiu du Louvre? Partout ailleur.<, des difficultés réeUesel
sans nombre; ici, aucune objection sérieuse. Étendue plus que
suffisante; lieu convenable en raison de son éloignement des
habitations privées; centre des collections précieuses d'art et
d'antiquités, ayant un lien tout naturel par les cabinets des
estampes et des médailles; enfin, projet tellement populaire
qu'il est dans tous les esprits.
Selon nous, si jamais on peut espérer le concours des Cham-
bres pour une aussi grande construction, c'est en réunissant
l'iutérét qui se rattache à l'idée de réédifier la Bibliothèque
royale, à celui non moins puissant de terminer le Louvre, objet
de toutes les sollicitudes nationales. S. C. C.-D.
NOUVELLE PIUSON MILITAIRE.
Une grande construction en meulière et pierre de taille s'é-
lève eu ce moment rue du Cherche-Midi, sur l'empUoemeol
de l'ancien magasin des vivres, en face la rue du Regard. Cet
(t) L'ttsratMiie |ioteale des <>!eci«nn da X'
, •*«! iraHSsé* i rananimilr coam e*
m
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
308
édifice doit servir de prison militaire, et remplacera l'Aljbaye
dont le mauvais état nécessitait de très-grandes réparations.
La nouvelle prison, beaucoup plus étendue que l'ancienne, est
établie suivant le système cellulaire.
Ce travail est dirigé par un capitaine du génie qui a adopté
im mode de bâtir déjà employé dans les forts, notamment à
celui d'Aubervilliers, c'est-à-dire une espèce à'opus incertum
pour les trumeaux exécutés en meulière. Ce mode de bâtir, en
usage chez les anciens, est parfaitement applicable de nos jours
surtout avec la meulière qui se grippe parfaitement avec le
mortier, et finit par faire de tout le mur une seule masse. Il y a
solidité et de plus économie, car il est évident que les déchets
sont moindres.
Toutefois, il n'y a que le mur de face du bâtiment donnant
sur la rue qui soit construit ainsi, tout le reste est en pierre et
moellon.
Nous donnons, pi. 28, fig. 2, une partie de la façade du bâ-
timent d'administration où nous avons indiqué cette manière
de bâtir. S. C. C.-D.
NOUVEAU MOYEN D'ECLAIRER
LES PIÈCES SUR LES COURCELLES.
Les exigences de la distribution dans les maisons à loyer
de Paris et des autres grandes villes, obligent fréquemment
les constructeurs à ménager dans le massif du bâtiment une
ou plusieurs petites cours par lesquelles on éclaire les cui-
sines , les escaliers, etc.
Le plus souvent ces courcelles fermées de tous côtés par
des murs élevés de six étages, sont des sortes de puits de
deux ou trois mètres au plus d'ouverture en carré, et de plus
de vingt mètres de profondeur, dans lesquels la lumière ne
pénètre que verticalement ; les rayons du soleil ne frappent
jamais que les bords de l'orifice supérieur. De là vient que
lespiècesdes étages inférieurs ne sont éclairées que de reflet,
et de quel reflet ! puisque la lumière ambiante peut seule pé-
nétrer dans ces Momies. Aussi les pièces qui ont leurs fenê-
tres sur ces courcellessoat-elles ordinairement fort obscures :
on est obligé d'y avoir un éclairage factice en plein midi.
M. l'architecte Saint-Père vient d'appliquer à une maison
qu'il fait construire à Paris, rue Neuve-des-Martyrs, n° 3,
un assez bon moyen de remédier aux inconvénients que
nous venons de signaler.
Toutes les cuisines de cette maison à six étages s'ouvrent
sur une courcelle de 2 mètres carrés fermée de toutes parts.
Chacune de ces pièces est percée d' une fenêtre aussi large
que la cour, et s' élevant d'un appui de 0 m. 75 jusqu'au
plafond. Mais ces baies, toutes grandes qu'elles sont, eussent
été, vu leur position, insuffisantes pour éclairer les étages
inférieurs. Les façades des 1", 2«, S*' et 4° étages, au lieu
de ne faire qu'un seul et même mur à plomb, sont établies
en retraites de 0 m. 40 les unes sur les autres.
Cette disposition réduit la cour à 0 m. 80 de largeur
seulement au 1'"' étage. Mais au 4", après plusieurs retraites,
la cour reprend sa largeur de 2 mètres et le mur s'élève ver-
ticalement jusqu'au faîte. Chaque retraite longue de 2 mè-
tres, large de 0 m. 40, est couverte d'un vitrage en pente
pour l'écoulement des eaux pluviales. Ainsi, la lumière qui
descend au fond de la cour, tombant à plomb dans l'inté-
rieur des cuisines, y répand un jour tel, que bien que la
surface de ce châssis ne soit qu'environ la sixième partie de
la croisée verticale, il fournit au I'"' étage plus de jour que
la croisée elle-même tout entière.
La cour ne descendant que jusqu'au premier plancher,
on a disposé sur celui-ci un châssis vitré pour éclairer une
arrière-boutique.
Nous donnons, pi. 28, fig. i, les plans, coupe et éléva-
tion de celte ingénieuse disposition.
N'ayant pu avoir assez tôt les plans de M. Saint-Père, le
dessin a été fait d'après la description ci-dessus.
H. J.
CHEMIN DE FER DE ROUEN AU HAVRE.
QUELQUES MOTS SUR SA NOUVELLE GARE.
Le séjour qu'on est obligé de faire dans la salle d'attente
d'un chemin de fer est en général peu récréatif, surtout lors-
que, comme à-toutes les gares de Paris, moins celle du Nord,
on n'a pour perspective que les quatre murailles et le plafond,
plus la foule hétérogène qui fourmille entre les rares ban-
quettes dont se sont emparés les premiers venus.
Pour remédier à cet inconvénient des gares primitives, on a
tâché d'égayer un peu les salles d'attente en les éclairant par
de larges baies ouvertes sur la gare elle-même, afm que l'effet
de la perspective, le mouvement des wagons, des machines et
des ouvriers pût occuper l'attention des voyageurs, en atten-
dant le bienheureux coup de cloche qui fait ouvrir les portes
de leur prison.
On a pris des dispositions de ce genre à la nouvelle gare du
chemin de fer de Rouen. Cette gare se trouve à cheval sur la voie
de fer du Havre, dans une tranchée entre deux tunnels qu'«lle
touche par ses deux extrémités. Les salles destinées aux trois
classes de voyageurs sont disposées à la suite l'une de l'autre sur
l'un des côtés de la gare, la salle des premières d'un bout, celle
des troisièmes de l'autre, et la salle des secondes au milieu.
Les deux premières de ces salles ont accès aux portes vitrées
donnant sur la gare, et chacun peut aller voir de près ce qui s'y
passe; mais il n'en est pas de même de la salle des secondes.
Comme on est obligé de la traverser pour aller du vestibule à la
salle des premières, et comme il faut éviter le mélange des deux
classes de voyageurs, on a établi aux dépens de la salle des se-
condes, et sur toute sa façade, un couloir de 2 m. de large. Une
cloison pleine en menuiserie de 1 m. 40 de haut, équivalant à
un mur de clôture, la sépare de ce passage. L'entrée de la salle
est ouverte dans cette cloison qui projette une ombre large et
noire sur le plancher de celte pièce, et la rend d'une tristesse
extrême. Aussi, la majeure partie des voyageurs de seconde
classe, ennuyés du séjour de cette espèce de prison, se tiennent-
ils dans le couloir même, dont ils obstruent le passage malgré
le rappel à l'ordre des employés de service. On s'est vu obligé,
afm que le grand couloir restât libre, de poser au-devant de l'eu-
309
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
JfO
trée de la salle une petite barrière à claire-voie se prolongeant!
jusqu'au vestibule et partageant en deux le grand couloir. Par,
suite de cet arrangement, le grand couloir se trouve étranglé;
les voyageurs, ne pouvant approcher des croisées, et voulant
à tout prix ne pas rester â l'ombre de la malencontreuse
cloison, se tiennent dans le couloir secondaire, et il faut l'in-
tervention perpétuelle des hommes de selrvice pour faire en-
trer les nouveaux arrivants dans la salle à travers la foule qui
en obstrue l'accès.
Il était pourtant bien simple de ne point se mettre dans ce
mauvais cas; il suffisait d'établir le couloir au fond de la salie
des secondes, et non sur le devant. La communicatiofi de celle
des premières au vestibule eût été tout aussi facile, et l'on n'eût
eu qu'une seule porte à ouvrir pour la sortie des voyageurs,
au lieu de deux, celle de la cloison et celle de la gare.
Puisque nous sommes sous la porte qui donne issue dans la
gare, et, quoiqu'il ne soit pas sans danger d'y faire un long
séjour, ainsi qu'on va le voir, elle nous a semblé assez curieuse
pour y an-êter un instant nos lecteurs.
• Cotte porte, ou plutftt les dix ou douze portes communiquant
du vestibule et des salles d'attente à la gare, au lieu de tourner
sur des penturcs comme toutes les portes du monde, moins
pourtant celles qui glissent dans des rainures horizontales, se
meuvent dans des coulisses verticales; en un mot, c'est ce
qu'on appelle des portes à guilloline, mais à guillotine perfec-
tionnée, puisqu'elles sont munies de contre-poids cachés der-
rière le lambris, et suspendues à des cordes passant sur des
poulies qui en facilitent la manœuvre.
Mais les cordes qui suspendent sur la tête des voyageurs ces
formidables épées de Damoclès de près de deux mètres de large,
ne s'useront-elles jamais, ou bien aura-t-on le soin de les re-
nouveler à temps? admettons que cela puisse être; mais s'il
plaisait à quelque souiis, domiciliée derrière le lambris, de se
nourrir aux dépens de l'administration en rongeant la corde,
il pourrait bien en arriver malheur.
Lorsque ces portes à guillotine sont levées par des hommes
de service de petite taille, il s'ensuit que n'étant pas suffisam-
ment haussées,' les voyageurs sont obligés de se baisser pour
passer sous ces moàernes fourches caudines. Nous en avons Tait
nous-même l'expérience.
Il serait donc prudent de remplacer les cordes des contre-
poids par des cliaines à la Vaucansonqui seraient beaucoup plus
durables et braveraient la dent des rongeurs. Il faudrait aussi
que la manœuvre des portes fût faite par des hommes de haute
taille, à moins d'y adapter un mécanisme qui permit à un Lilli-
putien même de les élever assez pour que les voyageurs petits
et grands pussent passer sans courber leur échine. H. J.
DESCRIPTION D'UNE HABITATION MOLDAVE.
Les ouvertiires étroites par lesquelles le jour pénètre dans
l'intérieur sont bouchées par des cbilsBis dont les carreaux
sont imbibés d'huile. Un très-petit nombre ont des carreaux do
verre. Des chambres irrégulières n'ont d'autre pavé que le sol,
et sont ornées d'une multitude d'images de saints. Le premier
meuble des chambres habitées est un grand poêle; les tables
et les autres meubles dont les Européens ont coutume de se
servir manquent entièrement. Un dirao, composé de planches
de la hauteur de nos sofas, règne le long de l'on des murs de
l'appartement. Chez les pauvres, il est couvert d'une couvertare
de laine ; chez ceux qui sont un peu plus aisés, d'un matelas
et d'une couverture plus riche. Ce divan est le lit de la famille,
sur lequel les Moldaves, après avoir vaqué â leuts affaires,
passent le reste de leur temps. La plus grande saleté rtgne
ordinairement dans ces maisons. Elle est portée à on degré
horrible dans les rues de toutes les villes et villages, sans en
excepter même Jassy. Il est très-commun d'y rencontrer d«s
cadavres d'animaux, dont une quantité innombrable de chiens
déchirent les lambeaux qu'ils dispersent çà et là. Ils répandent
une odeur pestilentielle qui, jointe à celles qui s'exhalent des
autres ordures répandues dans les rues, doivent, dans les
chaleurs de l'été, exercer la plus dangereuse influence sur la
santé deshabitants. (Extrait d'unelettre du chevalier P. Moncke,
sur la Moldavie, insérée dans la Revtu du Midi.)
A Monsieur César Daly, ridacttur de la Revue dCArchUeclure.
Mon cher oirectel-r.
Vous avez bien voulu publier daus la Revue la première partie
de mon étude d'une sMe dC Opéra (i), et annoncera vos lecteurs
la suite au prochain numéro. Je n'ose compter les mois qui te
sont écoulés depuis cet engagement, que je vous ai mis dans
l'impossibilité de tenir.parceque je me suis trouvé, moi-même,
détourné momentanément de ce travail, par une occupation
que je n'ai pu refuser et que je croyais devoir être moins
longue : l'exécution commencée d'après mes plans du Jardin
d'hiver en construction aux Champs-Elysées.
Avant que je vous prie de publier la description de cet édi-
fice projet»', tel que je l'ai conçu, veuillez réclamer en ma
faveur l'indulgence de vos abonnés, et me réserver dans vos
publications les plus rapprochées la place nécessaire à mon
travail d'Opéra, que les circonstances ne me permettent pas
de laisser incomplet.
Je suis positivement en mesure de vous donner, toujours
en temps utile pour vos livraisons, les différentes parties de
mon manuscrit.
Recevez, avec mes excuses, l'expression de mon bien ainoèfe
attachement.
H. MEYNADIER.
Nos lectejirs verront par cette lettre que si le travail de
M. Mejmadier est resté inachevé, c'est bien malgré nous. Noos
avons prié M. Meynadier d'envoyer au moins la légende qui
devait servir à compléter la description de son dessin, mais
jusqu'aujourd'hui nous n'avonspu l'obtenir. Nous ai-fensespésé
queM.Meynadiercomprendraitqu'ilyavaithlpourluiundevoir
i\ accomplir, qu'il avait contracté une obligation morale envers
nos lecteurs; nous le lui avons dit, mais nous n'avons jHi ob-
tenir de lui que d'aimables paroles et des promesses.
ro(. V, mi. 454 H »W.
m
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
312
NOTICE NECKOLOGIQUE.
Dans notre 5« numéro nous avons annoncé la mort préma-
turée de M. Charles Millardet, architecte et professeur de
l'Académie de la ville de Valenciennes. Voici quelques notes
sur la trop courte carrière de cet architecte dont le talent
inventif promettait encore de remarquables ouvrages.
M. Charles Millardet, enlevé à l'architecture à l'âge de 47 ans,
était un de ces hommes qui, nés sans fortune, ont eu à lutter
contre les obstacles sans nombre que rencontre toujours celui
qui doit faire son chemin sans autre appui qu'un penchant
naturel très-prononcé, et une force de volonté inébranlable.
Ce fut l'École royale gratuite de dessin qui mit le crayon à la
main de Millardet. Admis ensuite dans l'atelier de M. Debret, il
ne tarda pas à entrera l'Ecole royale des beaux-arts qui venait
d'être divisée en deux classes. Dès ses débuts, i! se fit remarquer
par la hardiesse et l'originalité de ses compositions, et particu-
lièrement par l'entente desplansauxquelsil savait toujours don-
ner un cachet spécial pour caractériser l'édifice projeté. Il passa
bientôt en première classe, et fut reçu en loge en 1827 sur une
composition très-remarquable d'un Muséum d'histoire naturelle.
Seul, parmi les concurrents, il avait supposé l'édifice construit
sur le penchant d'un coteau, de manière à accuser en façade par
des constructions qui s'échelonnaient les trois musées destinés
aux collections des trois règnes de la nature.
Les salles du règne animal occupaient le premier rang dans
la partie inférieure du coteau. Celles du règne minéral étaient
dans la partie moyenne de manière à être vues au-dessus des
premières. Enfin , les galeries du règne végétal placées au
sommet du coteau dominaient le tout. Des portiques et des
escaliers mettaient en communication ces trois parties princi-
pales de l'édifice, et les rattachaient aux bibliothèques et aux
bâtiments d'administration. Un vaste jardin botanique, dans
lequel se trouvaient toutes les mé;jageries, enveloppait sur
trois côtés ces constructions monumentales.
Rien n'était plus judicieux que cette disposition, qui donnait
pour les jardins des sols accidentés de toute nature, en pente
et de niveau, humides dans les parties basses, tempérés dans
les parties moyennes, et secs sur le haut plateau de la colline.
L'aspect de l'ensemble des bâtiments s'échelonnant les uns
sur les autres, et se détachant en silhouette sur la végétation
et sur le ciel, était des plus heureusement pittoresques.
Seule, parmi toutes les compositions, elle avait le mérite de
donner aux trois musées des grandeurs respectives difiièrentes,
et appropriées à chacun d'eux. Ainsi, le musée botanique, placé
dans le haut et ne devant contenir que des herbiers, était le
plus petit; celui de minéralogie, qui demande plus d'espace,
était situé plus bas, et de grandeur moyenne, tandis que les
galeries du règne animal, tout à fait dans la partie inférieure,
avaient de très-grandes dimensions. En effet, les collections
renfermées dans des herbiers, et les minéraux qu'on place
dans des montres et dans des tiroirs, occupent peu d'espace
relativement au règne animal, dont les sujets doivent être
exposés en squelette, et avec leurs formes extérieures.
Avec toutes ces qualités du premier ordre, Charles Millardet
n'eut pas le prix, et à Dieu ne plaise que nous voulions ici ac-
cuser l'Académie qui lui préféra le travail d'un élève qui est
maintenant l'un de nos architectes les plus distingués, et qui
alors l'emportait de beaucoup par des qualités que Charles Mil-
lardet n'avait pas au même degré. Architecte plein d'invention
et de ressources, il lui manquait l'habileté de la main qui fa-
cilite les études et conduit à la réalisation du beau. Qualité
bien essentielle dans un concours, puisque c'est pai- elle qu'on
peut se faire comprendre et séduire.
Obligé de travailler pour vivre pendant l'âge des études, il
se trouva entraîné de bonne heure dans le chemin des affaires,
et peu de temps après être sorti de loge il dut accepter une place
avantageuse dans un dépaçtement. Il quitta l'école ayant encore
plusieurs années à concourir, s'éloignant à regret de ses amis,
et de ce champ qui lui avait fourni les moyens de donner un
hbre cours à son imagination.
Nommé architecte de la ville de Rennes, il s'occupa de suite,
de concert avec M. de Lorgeril, alors maire, des embellisse-
ments de la ville. Un théâtre et des constructions ornées de ga-
leries ouvertes comme celles de la rue de Rivoli, firent dune
des places de la ville un ensemble remarquable. Une chapelle
funéraire fut élevée par lui à l'entrée du cimetière. Il planta et
décora une promenade publique dans laquelle il sut répandre
l'agrément sans nuire à la grandeur. C'est là qu'il éleva un mo-
nument à la mémoire de l'étudiant Vanneau, enfant de Rennes,
mort à Paris victime de la Révolution de Juillet. Un perron
monumental conduisant à une place élevée, des travaux à la
salle des Étals, à la mairie, et un pont, sont les ouvrages qui
recommandent son talent à la mémoire des habitants de
Rennes.
Tous ces tra^ aux terminés, voici maintenant, et avec eux, les
plus belles années de la vie de l'artiste écoulées. Les vues de
l'administration n'étaient plus les mêmes, et le temps des éco-
nomies était venu à la suite de longs débats relatifs à l'établis-
sement des facultés universitaires qu'on voulut construire sur
celte même place de la Motte, où Charles Millardet avait, dans
des prévisions d'avenir, établi ces grands perrons dont nous
a\ons parlé. Chaque projet, quelque restreint qu'il fût, était
trouvé trop cher, et après bien des ajournements et de longues
hésitations, poussé toujours par l'esprit des économies exagé-
rées, on finit par mettre en question la position même de l'.ar-
chitecte. On trouvai t au sein du Conseil municipal que l'impor-
tance des travaux n'étant plus la même qu'autrefois, il fallait
modifier la position de l'architecte, rétribué 6,000 fr.,et la
réduire à celle d'agent--\oyer au traitement de 1,500 francs.
Cette mesure fut adoptée.
Dès lors Millardet fut mis à la retraite de 700 fr., et ne pou-
vant, sans fortune et avec de grandes charges, rester à Rennes,
il revint à Paris ayant dans le fond du cœur un chagrin dévo-
rant qui a certainement avancé sa fin.
Toujours homme énergique et amant passionné de son art,
il cherchait à se consoler en pensant que cette circonstance lui
fournirait l'occasion de se retremper dans les nouvelles doc-
trines qu'il avait appelées de ses efforts et de ses vœux, et qu'il
embrassait avec encore plus d'ardeur qu'autrefois.
Enfin, après de bien cruelles années passées à Paris sans pou-
voir se caser convenablement, il fut nommé architecte et pro-
fesseur de l'Académie de la ville de Valenciennes. Il regardait
son entrée en fonctions, le 1" mai 18i7, comme l'inauguration
d'une nouvelle vie d'artiste, loisque le 25 du même mois il fut
atteint d'une attaque de paralysie, dont les suites funestes l'en-
313
REVUE DE L'AKCHITECTUUE ET DES TRAVAUX PUBLICS,
314
Jevèreut le 1 5 j uillet suivant à sa famille dont il était le soutien,
et à ses amis qui le regrettent comme un homme de talent et
un excellent cœur.
M. P. Féraud vient d'être nommé à la place qu'occupait
M. 0. Millardet.
Cette nom ination donne à la ville de Valenciennes un artiste,
et nous avons lieu d'espérer que M. P. Féraud trouvera l'occasion
de se distinguer dans les travaux qui lui sont confiés, et de réa-
liser quelque heureuse conception, comme celles que nous
avons remarquées lorsqu'il était élève de l'École royale des
beaux-arts. On se rappelle encore un baptistère, une piscine ou
bain public, un lombeau de famille et une borne initiale, où
les meilleurs combinaisons de constructions s'alliaient aux
formes les plus appropriées au sujet.
La Hevue donnera incessamment un fragment de la piscine,
qui se trouve compris dans le travail des voûtes à nervures, et
à pénétrations et baies elliptiques.
VOYAGE EN GRÈCE (1840 et 44).
HOTES ET CR0Q0I3, par André Cnucliaud, architecte. (Petit in-fol.)
Sous ce litre, l'auteur vient de publier la première livraison
d'un ouvrage qui promet d'offrir un grand intérêt à tous ceux
qui s'intéressent n l'histoire, àl'archéologie, ou à l'architecture.
M. Couchaud annonce que son ouvrage formera un itinéraire
complet de la Grèce, que tous les principaux monuments des
Hellènes, ainsi que les édilices élevés au moyen âge, et qui
existent encore sur le sol grec, y seront reproduits. Le cahier que
nous avons sous les yeux, écrit avec charme et facilité, donne
une très-bonne idée de l'objet que se propose l'auteur.
Le Pausanias moderne admire le beau partout où il le trouve,
et sur le sol privilégié de la Grèce, qui vit naître et fleurir l'art
antique et l'art byzantin, l'œuvre païenne et l'œuvre chré-
tienne, à chaque pas, l'œil est attiré par une beauté, l'esprit
par une vérité pratique, le cœur par un souvenir.
La livraison que nous avons sous les yeux est d'un luxe typo-
graphique qui repose la vue; les dessins sont de ceux que les
hommes positifs aiment à rencontrer, pleins de naïveté et de vé-
rité. Nous souhaitons bonne chance à M. Couchaud, qui a bien
mérité de l'art et des artistes par ses efforts persévérants et sé-
rieux, et nous ne manquerons pas d'entretenir nos lecteurs de
la marche de la nouvelle publication.
I^a description du mouastère de Saint-Luc, en Livadie, sera
faite par M. Didron alué.
L'ensemble de l'ouvrage comprendra environ 30 hvraisons,
qui se vendront séparément au prix de 4 fr. 50.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
Pari». — Maison rtnaistanee. — H. Tourette fait bâlir en ce mo-
ment une maison de plaisance sur le Cour«-laReine qui rivalisera avec
sa voisine, la maison dite de Franfoih l", que le colonel Brack lit venir
de Morel pierre par pierre, sous la restauration.
Lu colonnade, les perrons, les fenôlros, les enlablenieDls et les quatre
groupes des Saisons, qu'un de nos meilleurs sculpteurs termine en ce
moment, pourront faire un tout charmant que Paris artistique ira voir.
Embarcadère de chemin de fer. — Oo a commencé les premiirM
constructions de l'embarcadère du chemin de fer de Strasbourg, dao*
le faubourg .Saint-Denit.
Une large tranchée, crruiU'e poor le pansage Ja raflway d'arrirée,
intercepte eo ce moment la circulation dans la rae Lalayetie.
Un peu au-deatui de celte ruu, on jette sur le railway un aquodoc
en fonte, pour le canal de ceinlar<: qui alimente d'eau l'ouett de Plri«.
Hôpital des Cliniquei. — Le mini tre de llnaUiiction publique vient
d'ordonner racbèvement de rb6| ii«l de* Cliniquea de la Fa<:uit^ de
médecine, situé sur la place et en bce l'Ecole d« médociiM.
Travaux ditem à Pari*. — \a iMe de la Cité eal m es MMOtM
encombrée d'ouvriers qui exécutent des travani.
On reconstruit le quai de Moniebello avec un chemin de baliga m
bas.
Le Ponl-aux-Doubles subit une trun^fomiation. On dragM le pttit
bras de la .Seine pour lui donner de la profondeur.
Une sacristie s'élève au midi de la cathédrale, sur l'emplacement de
l'ancien ardievêclié.
Enfin des centaines d'ouvriers, perchés sur des écbaCiadagM iiiii4a
à cent ou deux cents pieds aa-dessai du niveau du sol, «ont occupés I
restaurer l'église Notre-Dame.
Potoû du Timbre. — On vient de reprendre dernièrement les Ira-
vaux des bâtiments du timbre et de l'enregiitremeot, interrompM
momentanément par suite d'erreurs de sondage pour les foodatîow.
Sulun toute apparence, l'édiGce pourra être livré ver« la Go de 1848 oa
dans le premier semestre de 1849.
Uôlel du prétident de la Chambre dei député*.— Tout le gros oearra
de l'hôtel du président de la Cha^ubre des députée e*t terminé. Cet I
a un étage avec combles couverts en zinc au-dessus du ret-de cli
et treize croisées de face du c6lé de la Seine.
Une belle galerie, servant au passage du président, phinit cet bAtd
à la Chambre des députés. Aussitôt que les menuisiers auront terminé
leurs travaux, les décurateurs se mettront à l'cuvre. L'hôtel sera pro-
bablement terminé eu 1818.
Quand les nouvelles constructions qu'on élève dânsIVuceiule du Palais-
Bciurbun seront terminées, ce palais et ses dépendances auiont coûté i
l'État, depuis près d'un demi-^iècle, environs 45 uiilliotià de fiaocs.
Bibliothèque royale. — Pendant les vacances, le local de la Uiblio-
thè ju(! royale .«ubit quelques modifications. Ou supprimerait la salle
des globe» atin d'affecter ce local à la reliure. De plus, ou établirait au
rez-de-chaussée de la galerie Mazarine le dé(>ôl des estampes, silné
aujourd'hui à l'entresol, dans un local humitl»:, sombre et beaucoap
trop étroit.
Un sommo d'environ 60,000 francs est allouée pour ces travaux.
Tonr Saint-Jaeque»-la- Boucherie. — La restauration de la loor g^
thiqne de .'^aint-Jacqu>•s-la-lloocherie vient d'être déridi^ sar arrêté
pris en conseil de M. le préfet de la Seine. Une belle foBiaiiM iHii
établie à la base de cet édifice et contribuera i assainir ce quartier
populeux, qui a dt'jà tant reçu d'amtWiorations.
Puis c'est un grand souvenir bisiorique t conserver que la tNr
Saint-Jacqucs-la-Boucherie. On sait qu'elle sertit de deanu* et et
lieu de travail à l'un des plus célèbres alchlaiilM 4u mejuB |§i.
Nicolas Flamel y passa presque toute sa vie en compa^mie de Jeaaue
l>ernelle, sa femme. Outre ce* souvenirs, la lour Saint-Ja
chérie se recommande à l'alteniion des antiquaires par i
architecture el ses sculpture* symboliques du plus grand iolérM.
La Halle aux Drap*. ~- Le grand bUiment si négligé et de si Iririe
apparence qu'on nomme la Halle aux Drap*, situé eulie le* hms de h
Poterie et de la Friperie, cousiruiteu 1786, sur les dessins de Lcgraod
et Muliuos, architectes, est devenu, par suite de* ciicoBiluces, Téla-
bli>s«menl de Paris le mieux «t le plus i
315
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
316
'il loge aujourd'hui : 1° L'Association polyteclinique, qui répand la
science applicable parmi 12 à l',500 ouvriers tous les ans; 2o la Société
des Orphéonistes, qui y tient ses cours; 3» deux écoles primaires pour
400 garçons et pour 3S0 jeunes filles; 4° une salle d'asile pour l'enfance ;
50 les fourneaux de la Société philanthropique; 6» un poste de sapeurs-
pompiers et un poste de municipaux; 7° les bureaux des inspecteurs
des halles. C'est encore dans les salles de la Halle aux Draps que se font
les grandes élections du IV» arrondissement.
Exposition au Panthéon. — On achève, dans le vaisseau du Pan-
théon, les travaux préparatoires pour l'exposition des copies magistrales
des Raphaël du Vatican récemment arrivées de Rome. I
Hôtel de Ville de Paris. — On termine enfin, à l'Hôtel de Ville, l'aile
qui forme la séparation de la cour du nord ou des bureaux de celle
dite de Louis XIV. Le gros œuvre est achevé, et les sculpteurs tra-
vaillent aux ornementations.
Restauration dw Théâtres. —Deux théâtres de Paris, les Français et
l'Opéra national, sont actuellement en voie de se transformer complè-
tement. L'Opéra national doit remplacer le Cirque non moins national,
et le changement d'inscription sera probablement la seule mutation
que supportera sa façade; l'intérieur seul sera corrigé, revu, voire
même considérablement augmenté.
MM. Adam et Mirecourt espèrent une telle affluence d'auditeurs qu'ils
ont forcé la main aux architectes, dit-on, pour leur faire trouver, par
une disposition nouvelle, un plus grand nombre de places.
M. Charpentier est chargé de ces travaux : il semble avoir conquis le
monopole des théâtres depuis ses travaux des salles Favart et Ventadour.
11 en sera autrement du Théâtre-Français, qui n'a plus aujourd'hui
que les quatre murs; on va, dit-on, le rétrécir. Cette mesure architec-
turale ne plaide pas en faveur des goûts littéraires de Paris, s'il est
vrai qu'on fasse encore de la littérature au Théâtre-Français. Puisque
nous parlons de théâtres, n'oublions pas l'Ambigu-Comique, dont nous
pourrions déjà apprécier les merveilles intérieures tant préconisées
par les réclames. Nous verrons et nous jugerons.
Boulevards de Paris. —Les boulevards du centre de la capitale, de-
puis la rue du Temple jusqu'à la Bastille, subissent en ce moment
divers cbangements; dans plusieurs endroits on répare, on adoucit la
pente trop rapide de la chaussée, on établit des trottoirs sur les bas-
côtés. Plus de 200 ouvriers sont occupés à ces travaux.
Projet d'un nouveau pont sur la Seine. — Notre confrère, M. Horeau,
dont l'imagination féconde nous donne de temps en temps quelque bon
ou brillant projet d'utilité publique, vient de proposer à l'édilité pari-
sienne une nouvelle conception de ce genre.
La question de décadence vraie ou supposée du Paris de la rive gauche,
nous hasardons un doute parce que nous ne pouvons concilier le mot dé-
cadence avec la cherté des loyers dont la moyenne est plus élevée, ici que
dans les quartiers secondaires de la rive droite ; celte décadence, disons-
nous, est encore cette fois le sujet de la sollicitude de M. Horeau. Il vient
de réunir ses lumières et ses effortsà ceux d'un de ses confrères, et ils ont
dressé un projet de pont qui, par sa position, doit prévenir la paralysie
dont semble menacée la rive gauche de la capitale. Ils viennent de pré-
senter, à M. le ministre des Travaux publics, une pétition à ce sujet.
Le pont projeté serait élevé en face de la rue des Petits-Augustins et
de l'ancien guichet du Louvre. Il serait construit en pierre; sa largeur
serait de 20 mètres, et afin de gêner moins la navigation, le nombre
des piles en rivière ne serait pas plus considérable, dLsent les auteurs,
que dans les ponts légers. On peut donc porter ces piles à deux au plus.
Les avantages de ce nouveau moyen de trajet entre les deux rives de
laSeine, seraient de mettre en communication la place Saint-Sulpice avec
celle du Palais-Royal, par la rue des Canettes élargie et prolongée jus-
qu'à celle Saint-Germain-des-Prés; ensuite par la rue des Petits-Au-
gustins. Sur l'autre rive, par la traversée de la place du Carrousel et la
rue Froidmanteau, dont l'élargissement est arrêté. Tous ces élargisse-
ments et percements sont arrêtés par la Ville ; il ne reste plus à adopter
que le pont qui déchargerait le Pont-Neuf d'une grande partie des nom-
breuses voilures qui l'obstruent.
Grande voierie. — Le marteau est actuellement dans les deux maisons
qui font about de la nouvelle rue projetée en prolongement de celle du
Pot de-Fer. depuis la rue du Vieux-Colombier jusqu'à la rue du Four.
C'est le premier pas fait vers la grande communication qu'on veut éta-
blir entre les places Saint-Sulpice et de l'Abbaye.
La rue Montmartre s'élargit comme par enchantement à son entrée
vers la pointe Saint-Eustache, et les maisons semblent s'élever par la
puissance des fées. Quand on voit ces merveilles on ne peut qu'adresser
des félicitations à l'édilité parisienne.
Hôtel de Ville des Batignolles. — Le 19 de ce mois a eu lieu, par les
soins de M. le marquis de Lamorélie, conseiller de préfecture de la Seine,
délégué en l'absence de M. le préfet, la pose de la première pierre de
l'Hôtel de Ville des Balignolles-Monceaux.
Cette cérémonie, qui réunissait les principales autorités de l'arron-
dissement, et à laquelle a participé M. le curé assisté de son clergé,
avait attiré sur le terrain une notable partie de la population de celte
ville naissante.
Des discours ont été prononcés, tant par M. de Lamorélie, que par
M. Balagny, maire, et M. Henquerville, curé.
Cette importante construction est confiée à notre honorable confrère
M. Lequeux, architecte de l'arrondissement de Saint-Denis, auquel on
doit déjà plusieurs édifices, entre autres l'église de la Villelte, publiée
dans cette Revue, l'église des Ternes, l'Hôtel de Ville delà Chapelle, etc.
Ces différents travaux, qu'on est à même d'apprécier, sont les plus sûrs
garants du bon résultat qu'on a lieu d'espérer pour la nouvelle construc-
tion confiée aux soins de cet habile architecte.
Coupole de l'Observatoire. — La grande coupole sphérique mobile en
fer vient d'être terminée. Elle est établie sur la plate-forme de la tour,
à l'est de l'édifice principal. On la destine à recevoir la lunette paral-
lactique . Sa construction a présenté de grandes difficultés et a nécessité
des études pour résoudre le problème de stabilité. Le système de con-
struction de cette coupole consiste à faire mouvoir simultanément la
coupole et un plancher autour de la lunette, et à surélever cette coupole
au moyen d'un soubassement cylindrique en fer.
Appareil nouveau pour le gaz. — Le ministre des Travaux publics a
chargé une commission de lui faire un rapport sur le mérite d'un bec à
gaz de l'invention de M. Maccaud, et qui produirait les effets suivants :
1° suppression de la fumée; 2o suppression de l'odeur; 3" suppression de
la vacillation de la flamme; 40 lumière plus blanche et plus abondante.
Ces résultats sont obtenus par apposition, à la base des appareils ordi-
naires, d'un petit cône en toile métallique à mailles serrées. L'air agité
est tamisé et par conséquent calmé en passant àtravers les mailles du
cône; il se réunit dans l'intérieur à l'état de tranquillité et à un degré de
température propre à favoriser la combustion et à produire tous les phé-
nomènes qui donnent au nouveau procédé la supériorité qu'on lui prêle .
M. Payen, dans un rapport à la Société d'encouragement, en a parlé
avec faveur. L'appareil de M. Maccaud est déjà adopté dans plusieurs
établissements de Paris, et c'est au théâtre des Variétés que la com-
mission nommée par le ministre des Travaux publics a procédé à son
examen. Elle a chargé M. Emile Thomas, ingénieur, de formuler le
rapport officiel qui doit être mis sous les yeux du ministre.
Départements. — Encouragement d'un nouveau genre donné aux
architectes. — En vérité notre siècle est étonnant, on n'y fait rien'
comme autrefois. Aussi, en attendant qu'on ait refondu les dictionnaires,
engageons-nous les personnes qui se servent encore de ceux que nous
avons, à prendre le contre-pied de la lettre pour tous les mots qui tou-
chent de plus ou moins près aux choses morales.
Si Boileau revenait ici-bas, il aurait la liberté d'appeler un chat un
317
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLWgi
m
chat, comme jadis; mais il serait de rigueur qu'il appelât Rollel un
honnête homme. — Allnns aux faits :
La municipalil)^ de Toulouse avait pour architecte H. Bonnal dont
toute la ville eslirnait, i juste titre, le talent et la loyauté. Il fallait autre
chose ei)core à messieurs de la municipalité toulousaine, à ce qu'il pa-
rait, puisqu'ils viennent de destituer leur architecte. Voici pourquoi :
La ville de Toulouse avait accordé au directeur de se» théâtres une
lubvention de 4,00() fr. par mois pendant le cours des représentations.
Cette année, les représentations théûtrales n'ayant commencé qu'en juin,
ra4ministraiion municipale jugea néanmoins à propos do payer au di-
recteur une Bubvention pour le mois de mai, en alléguant. pour motif
que, si les représentations n'avaient pas eu lieu en mai, ce n'était pas la
faute du direcleurqui s'était mis en mesure déjouer; mais qu'il en avait
été empêché par les réparations qu'on faisait k la salle de spectacle.
Le Conseil municipal, appelé, à scruter l'allocalion du payement, déclara
qu'il ne la voterait que si l'on produisait un certifient de l'architecte de
la Ville, constatant que les réparations faites ',i la salle de spectacle pen-
dant le mois de mai, étaient de nature à empêcher le.H représentations .
Ce certiQcal fut refu.ié par M. Itonnal, qui ne voulait pas, dit-il,
affirmer sur l'honneur un fait qu'il savait complètement faux. Les
réparations, ajoutait U. Bonnal, étaient si minimes qu'on aurait pu
jouer tous les soirs.
Trois jours après cette loyale déclaration, M. Bonnal était destitué.
Il vient d'adresser à ses concitoyens une lettre dans laquelle il déclare
que l'unique cause de sa destitution est le refus d'un certificat de
complaisance. Il termine ainsi :
( Tels sont, messieurs, les faits vrais et incontestables relatifs i ma
» destitution. Si quelqu'un osait dire le contraire, qu'il ait du moins le
» courage de le faire publiquement et ouvertement; que je sache à qui
» et à quoi je dois répondre. Seuls, ce» faits parlent assez haut, c'est
• & vous maintenant de juger. >
Nous laissons nous-mftme à nos lecteurs le soin de qualifier ce nou-
veau syslôme de rémunération des actes de loyauté.
Pont de SoÙMont. — On démolit en ce moment les parapets du pont
de Soissons, non pas pour le reconstruire, mais pour l'élargir seulement.
Biitics dans le xiii" siècle, les arches de ce pont ne laissent rien à désirer
au point de vue de la .soiiilité. La grande arche abattue en I8IV, lors du
siège (le Soissons, et reconstruite quelque temps après en arc sous-baissi',
est particulièrement remarquable par se^ conditions de force et de durée.
Mais ce pont pochait par son peu de largeur. Les jours de marché, il s'y
produisait des cngorgementsqui rendaient la circulation difficile, souvent
même dangereuse. En substituant des balustrades en fer aux parapets de
pierre qui occupent beaucoup de place, on gagnera de chaque côté un
espace de 2 mètres qui sera converti en trottoir. Les piétons n'auront
plus rien k craindre, et la chaussée sera assez large pour que trois voi-
tures y passent de front. On espère aussi adoucir la pente du pont en
enlevant une partie des terres qui recouvrent les arches.
Exhumulion des vieUUê iglite*. — La plupart des édifices religieux
du moyen ftge ont vu s'élever successivement autour d'eyx le niveau
du terrain sur lequel ils étaient bàlis. par les travaux de pavage accom-
plis dans la série des siècles. Ainsi un ne voit plus trace des perrons
qui conduisaient aux portails de Notre-Dame de Paris, deSaint- Maurice
d'Angers, de Saint-Pierre de Nantes et de vingt autres églises; car cet
ornement du parvis étai( commun à presque toutes les basiliques ro-
manes ou ogivales. Ce serait donc une véritable bonne œuvre artistique
de déblayer l'entourage des monuments et de rétablir le niveau primitif
de leur voisinage. Cette opération aurait en outre pour résultat d'assai-
nir l'édificp, de mettre à jour les bases des contreforts et des profils
perdus sous la terre, enfin de rendre k l'édiHce toute son élévation et
son intégrité. VArgus Soitsonnnis nous apprend qu'un travait de ce
genre vient d'être entrepris à la curieuse église de Courmelles, grice
i rintçlligcnte sollicitude du curé de cette petite ville, homme £lein
de xèle pour l'art qu'il sait noblement apprécier.
Une dieouvtrte arclU(Àogi^ut de* plof ioUnUÈÊtm « éH UU k
Lyon en creusant une tranchée pour U conduite da gn, k h moiAé» et
r.ourguillon. Les oorriers ont oiit k Mcoanr ait MM mMiflM 4ali9M
déjà en partie muUMo et qu'eavaBêoMt Mit weww «odcaaagi*. Le
travail de cette rooseique est aieet fini : les cube* eol eaviroa 8 k 9
millimètres de surface; il est préaaaabU ^'k son eeaUe esistail au
sujet hintorique ou mythologique Cet aatfqtM tniçmnL tétéU l'exis-
tence d'une construction importante de l'époque rMuioe sur cet «ib-
placeroent. On a déjà extrait de U rne des wese1«|Be* q^ Igveat duM
la grande salle du musée de Lyon. Instruite de cette décemecte, fs»-
torité civile a fait prendre les mesures nécessaires pour la ceMer«aliaa
de ce qui reste de celle mo*aique, qoi a probaUeiMat Hà coaydc
dans ses parties sod et nord, lors des con^tniclioos dea naieMM qû
bordent la montée du Goorguillon. [Jourttal Lyoaaais.)
Télèijraphet en Algérie. — L'élablbtemeat des ligMa téiégrapUqaaa
est complètement achevé d'Aller àOrléanville.etdeMoatagaMakOlrM.
De nouvelles stations, placées entre Moatigaieaii at OrMaafBla, ««••
pléterunt ce système si utile de commuoteali— . Tfks frnf haluaawl
ou déterminera d'une manière définitive remplacement dea diSémtaa
stations à établir, et dans un temps très-npprocbé la ligne entiéfa sera
régulièrement desservie et permettra d'avoir k Alger, dans un Irès^ref
délai, des nouvelles de toutes les localités que nous venons d'indiquer.
Il faut espérer qu'après l'acbèvement des travaux uéceiiitda fw cette
ligne, on s'occupera de la ligne d'Alger k ConstantiiM, et qM l'on trou-
vera les moyens de surmonter les obstacles qu'apporte la aatnre du ter-
rain pour établirautsidans cette direction unservice d'une si hante atilili.
Médaille» et eoiutruetiont romaines. — On vient de (aire dans la
ville antique, près Sceaux (Loiret), une découverte assez curieuae. Oa
a trouvé six cents médailles romaines contenues dao* un vase grUMiar
construit en argile très-commune. Ce vase pirirormefen forme de poire)
a une hauteur de 4() centimètres; son diamètre, dans la partie reniée du
vase, est de 20 centimètres. C'est dans cette partie que se trouve feavcr-
ture du vase : celle ouverture a 8 centimètres. Ce vase a été ddcovvart
dans une petite chambre de 3 mètres carrés, dont les parois éiaient en-
duites d'un ciment fin et |H>li. Il était encbA.isé dans une espèce de niclie
construite de manière à lai.s.ser passer la main qui devait introduire les
pièces de monnaies. C'était peut-être le trésor de quelque vieux Romain
économe. La tire-lire, il parait, n'est pas d'invention moderne.
Troucailles à Rennes. — On trouve ç.à et Ik, dan.< les démolitions da
|a rue de la Parclieminerie, i Rennes, enfouies en terre et dans de*
endroits où l'on ignorait leur présence, de vieilles c«*
jadis servaient au travail du parchemin, et qui ont dû être i
quand le papier a remplacé l'usage du vélin. Cest un curieux dcèriada
l'ancienne industrie rennaise.
Étranger. — béglemtM d* l'AeadimU dts scshmm « /ksstetrs, et
rifHne. — On écrit de Vienne (Autriche) :
Les membres de la nouvelle Académie, domiciliés id, ont an daoa
ces derniers temps plusieurs conférences pour délibérer sar le rkgle-
ment de l'Académie. U a été rédigé et eovojé le il juillet k l'afckiduc
Jean, qui est curateur de l'Académie, r'riil > ilirn ramMlssaii ii impetW.
L'archiduc l'a renvoyé, en invitant les membres k la hira lilkagrapUar
et h l'envoyer aux membres étrangers, avec invilatiM de Mra 4aa
observations sur les changements qu'ils jugeraient convenable d'y
apporter, et de les communiquer k l'Académie jusqu'au 13 septemkre.
L'Académie ne publiera pas de journal, mais aanlaaaBt daa bnPatiaa;
ses séance* seront publiques.
Tne question plus importante que celle du rkglWMnt a eacera été
le sqjet des conféreneea iaa ««■fcraa > c'aat «cla da avair ai la
censure des publications de l'Acadteie appailiaadra k aMa-aatea tm
i la police. A nue immense mqoiité, il a été ddddé qne l*Acadd«a
exercera cllemènie la censure. Il s'agit de savoir si cette décision
recevra la sanction du ^ouventemenU
315
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
sro
Il loge aujourd'hui : 1° L'Association polyteclinique, qui répand la
science applicable parmi 12 à i',S0O ouvriers tous les ans; 2» la Société
des Orphéonistes, qui y tient ses cours; 3" deux écoles primaires pour
400garçonset pour 3S0 jeunes filles; 4» une salle d'asile pour l'enfance;
go les fourneaux de la Société philanthropique; 6" un poste de sapeurs-
pompiers et un poste de municipaux; 7° les bureaux des inspecteurs
des halles. C'est encore dans les salles de la Halle aux Draps que se font
les grandes élections du IV^ arrondissement.
Exposition au Panthéon. — On achève, dans le vaisseau du Pan-
théon, les travaux préparatoires pour l'exposition des copies magistrales
des Raphaël du Vatican récemment arrivées de Rome.
Hôtel de Ville de Paris. — On termine enfin, à l'Hôtel de Ville, l'aile
qui forme la séparation de la cour du nord ou des bureaux de celle
dite de Louis XIV. Le gros œuvre est achevé, et les sculpteurs tra-
vaillent aux ornementations.
Restauration des Théâtres. — Deux théâtres de Paris, les Français et
l'Opéra national, sont actuellement en voie de se transformer complè-
tement. L'Opéra national doit remplacer le Cirque non moins national,
et le changement d'inscription sera probablement la seule mutation
que supportera sa façade; l'intérieur seul sera corrigé, revu, voire
même considérablement augmenté.
MM. Adam etMirecourt espèrent une telle afftuence d'auditeurs qu'ils
ont forcé la main aux architectes, dit-on, pour leur faire trouver, par
une disposition nouvelle, un plus grand nombre de places.
M. Charpentier est chargé de ces travaux : il semble avoir conquis le
monopole des théâtres depuis ses travaux des salles Favart et Ventadour.
Il en sera autrement du Théâtre-Français, qui n'a plus aujourd'hui
que les quatre murs; on va, dit-on, le rétrécir. Cette mesure architec-
turale ne plaide pas en faveur des goûts littéraires de Paris, s'il est
vrai qu'on fasse encore de la littérature au Théâtre-Français. Puisque
nous parlons de théâtres, n'oublions pas l' Ambigu-Comique, dont nous
pourrions déjà apprécier les merveilles intérieures tant préconisées
par les réclames. Nous verrons et nous jugerons.
Boulevards de Paris. — Les boulevards du centre de la capitale, de-
puis la rue du Temple jusqu'à la Bastille, subissent en ce moment
divers changements; dans plusieurs endroits on répare, on adoucit la
pente trop rapide de la chaussée, on établit des trottoirs sur les bas-
côtés. Plus de 200 ouvriers sont occupés à ces travaux.
Projet d'un nouveau pont sur la Seine. — Notre confrère, M. Horeau,
dont l'imagination féconde nous donne de temps en temps quelque bon
ou brillant projet d'utilité publique, vient de proposer à l'édilité pari-
sienne une nouvelle conception de ce genre.
La question de décadence vraie ou su pposée du Paris de la rive gauche,
nous hasardons un doute parce que nous ne pouvons concilier le mot dé-
cadence avec la cherté des loyers dont la moyenne est plus élevée ici que
dans les quartiers secondaires de la rive droite ; cette décadence, disons-
nous, est encore cette fois le sujet de la sollicitude de M. Horeau. Il vient
de réunir ses lumières et ses efforts à ceux d'un de ses confrères, et ils ont
dressé un projet de pont qui, par sa position, doit prévenir la paralysie
dont semble menacée la rive gauche de la capitale. Ils viennent de pré-
senter, à M. le ministre des Travaux publics, une pétition à ce sujet.
Le pont projeté serait élevé en face de la rue des Petlts-Augustins et
de l'ancien guichet du Louvre. Il serait construit en pierre; sa largeur
serait de 20 mètres, et afin de gêner moins la navigation, le nombre
des piles en rivière ne serait pas plus considérable, disent les auteurs,
que dans les ponts légers. On peut donc porter ces piles à deux au plus.
Les avantages de ce nouveau moyen de trajet entre les deux rives de
laSeine, seraient de mettre en communication la place Saint-Suipice avec
celle du Palais-Royal, par la rue des Canettes élargie et prolongée jus-
qu'à celle Saint-Germain-des-Prés; ensuite par la rue des Petits-Au-
gustins. Sur l'autre rive, par la traversée de la place du Carrousel et la
rue Froidmanteau, dont l'élargissement est arrêté. Tous ces élargiss(!-
ments et percements sont arrêtés par la Ville ; il ne reste plus à adopter
quR le pont qui déciiargerait le Pont-Neuf d'une grande partie des nom-
breuses voitures qui l'obstruent.
Grande voierie. — Le marteau est actuellement dans les deux maisons
qui font about de la nouvelle rue projetée en prolongement de celle du
Pot- de-Fer. depuis la rue du Vieux-Colombier jusqu'à la rue du Four.
C'est le premier pas fait vers la grande communication qu'on veut éta-
blir entre les plates .Saint-Sulpice et de l'Abbaye.
La rue Montmartre s'élargit comme par enchantement à son entrée
vers la pointe Saint-Eustache, et les maisons semblent s'élever par la
puissance des fées. Quand on voit ces merveilles on ne peut qu'adresser
des félicitations à l'édilité parisienne.
Hôtel de Ville des Batignolles. — Le 19 de ce mois a eu lieu, par les
soins de M. le marquis de Lamorélie, conseiller de préfecture de la Seine,
délégué en l'absence de M. le préfet, la pose de la première pierre de
l'Hôtel de Ville des Balignolles-Monceaux.
Cette cérémonie, qui réunissait les principales autorités de l'arron-
dissement, et à laquelle a participé M. le curé assisté de son clergé,
avait attiré sur le terrain une notable partie de la population de celte
ville naissante.
Des discours ont été prononcés, tant par M. de Laniorélie, que par
M. Balagny, maire, et M. Henquerville, curé.
Cette importante construction est confiée à notre honorable confrère
M. Lequeux, architecte de l'arrondissement de Saint-Denis, auquel on
doit déjà plusieurs édifices, entre autres l'église de la Villette, publiée
dans cette Revue, l'église des Ternes, l'Hôtel de Ville de la Chapelle, etc.
Ces différents travaux, qu'on est à même d'apprécier, sont les plus sûrs
garants du bon résultat qu'on a lieu d'espérer pour la nouvelle construc-
tion confiée aux soins de cet habile architecte.
Coupnle de l'Obsei-vatoire. — La grande coupole sphérique mobile en
fer vient d'être terminée. Elle est établie sur la plate-forme de la tour,
à l'est de l'édifice principal. Oii la destine à recevoir la lunette paral-
lactique . Sa construction a présenté de grandes difficultés et a nécessité
des études pour résoudre le problème de stabilité. Le système de con-
struction de cette coupole consiste à faire mouvoir simultanément la
coupole et un plancher autour de la lunette, et à surélever cette coupole
au moyen d'un soubassement cylindrique en fer.
Appareil nouveau pour le gaz. — Le ministre des Travaux publics a
chargé une commission de lui faire un rapport sur le mérite d'un bec à
gaz de l'invention de SI. Maccaud, et qui produirait les effets suivante :
1° suppression de la fumée ; 2» suppression de l'odeur; 3° suppi essionde
la vacillation de la flamme; 4o lumière plus blanche et plus abondante.
Ces résultats sont obtenus par apposition, à la base des appareils ordi-
naires, d'un petit cône en toile métallique à mailles serrées. L'air agité
est tamisé et par conséquent calmé en passant à travers les mailles du
cône ; il se réunit dans l'intérieur à l'état de tranquillité et à un degré de
température propre à favoriser la combustion et à produire tous les phé-
nomènes qui donnent au nouveau procédé la supériorité qu'on lui prête.
M. Payen, dans un rapport à la Société d'encouragement, en a parlé
avec faveur. L'appareil de M. Maccaud est déjà adopté dans plusieurs
établissements de Paris, et c'est au théâtre des Variétés que la com-
mission nommée par le ministre des Travaux publics a procédé à son
examen. Elle a chargé M. Emile Thomas, ingénieur, de formuler le
rapport officiel qui doit être mis sous les yeux du ministre.
Départements. — Encouragement d'un nouveau genre donné aux
architectes. — En vérité notre sièsie est étonnant, on n'y fait rien
comme autrefois. Aussi, en attendant qu'on ait refondu les dictionnaires,
engageons-nous les personnes qui se servent encore de ceux que nous
avons, à prendre le contre-pied de la lettre pour tous les mots qui tou-
chent de plus ou moins près aux choses morales.
Si Boileau revenait ici-bas, il aurait la liberté d'appeler un chat un
U7
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
•M
chat, comme jadis; mais il serait de rigueur qu'il appelât Rollet un
koiinHe homme. — Allons aux faits :
l.a munidpalilë de Toulouse avait pour architecte H. Bonnal dont
toute la ville estimait, i juste titre, le talent et la loyauté. Il fallait autre
chose encore; à messieurs de la municipalité toulousaine, à ce qu'il pa-
rait, puisqu'ils vienucnt de destituer leur arcliitecte. Voici pourquoi ;
La ville de Toulouse avait accordé au directeur de ses théâtres une
subvention de 4,0tK) fr. par mois pendant le cours des représentations.
Cette année, les représentations théâtrales n'ayant commencé qu'en juin,
l'administration municipale jugea néanmoins à propos do payer au di-
recteur une suhvention pour le mois de mai, en alléguant pour motif
que, si les représentations n'avaient pas eu lieu en mai, ce n'était pas la
faute ilu directeur qui s'était mis en mesure déjouer; mais qu'il en avait
été empêché par les réparations qu'on faisait h la salle de spectacle.
Le Conseil municipal, appelé, ù scruter l'allocation du payement, déclara
qu'il ne la voterait que si l'on produisait un certilicnl de l'architecte de
la Ville, constatant que les réparations faites à la salle de spectacle pen-
dant le mois de mai, étaient de nature à empêcher le.H représentations.
Ce certificat fut refusé par M. Ronnal, qui ne voulait pas, dit-il,
affirmer sur l'honneur un fait qu'il savait complètement faux. Les
réparations, ajoutait M. Bonnal, étaient si minimes qu'on aurait pu
jouer tous les soirs.
Trois jours après cette loyale déclaration, M. Bonnal était destitué.
Il Tient d'adresser à ses concitoyens une lettre dans laquelle il déclare
que l'unique cau.se de sa destitution est le refus d'un certificat de
complaisance. Il termine ainsi :
« Tels sont, messieurs, les faits vrais et incontestables relatifs à ma
» destitution. Si quoiqu'un osait dire le contraire, qu'il ait du moins le
» courage de le faire publiquement et ouvertement; que je sache h qui
» et à quoi je dois répondre. Seuls, ce» faits parlent assez haut, c'est
» à vous maintenant de juger. >
Nous laissons nous-même à nos lecteurs le soin de qualifier ce nou-
veau système de rémunération des actes de loyauté.
Pont de Soissons. — On démolit en ce moment les parapets du pont
de Soissons, non pas pour le reconstruire, mais pour l'élargir seulement.
Bâties dans le xiii" siècle, les arches de ce pont ne laissent rien à désirer
au point de vue de la solidité. La grande arche abattue en 1814, lors du
siège de Soissons, et reconstruite quelque temps après en arc sons-baissé,
est particulièrement remarquable par se? conditions de force et de durée.
Mais ce pont péchait par son peu de largeur. Les jours de marché, il s'y
produisait des engorgementsqui rendaient la circulation difficile, souvent
même dangereuse. En substituant des balustrades en fer aux parapets de
pierre qui occupent beaucoup de place, on gagnera de chaque côté un
espace de 2 mètres qui sera converti en trottoir. Les piétons n'auront
plus rien h craindre, et la chaussée sera assez large pour que trois voi-
lures y pa.ssent de front. On espère aussi adoucir la pente du pont en
enlevant une partie des terres qui recouvrent les arches.
Exhumution dfs vieilles iglites. — La plupart des édifices religieux
du moyen Age ont vu s'élever successivement autour d'eux le niveau
du terrain sur lequel ils étaient bûtis, par les travaux de pavage accom-
plis dans la série des siècles. Ainsi on ne voit plus trace des perrons
qui conduisaient aux portails de Notre-Dame de Paris, de Saint-Maurice
d'Angers, de Saint-Pierre de Nantes et de vingt autres églises; car cet
ornement du parvis était commun à presque toutes les basiliques ro-
manes ou ogivales. Ce serait donc une véritable bonne œuvre artistique
de déblayer l'entourage des monuments et de rétablir le niveau primitif
de leur voisinage. Celte opération aurait en outre pour résultat d'assai-
nir l'édifice, de mettre à jour les bases des contreforts et des profils
perdus soijs la terre, enfin de rendre à l'édifice toute son élévation et
son intégrité. L'Argus Soissonnais nous apprend qu'un travail de ce
genre vient d'être entrepris à la curieuse église de Courmelles, grâce
à l'intelligente sollicitude du curé de cette petite ville, homme plein
Je zèle pour l'art qu'il sait noblement apprécier.
Vtu dètouterte arcUdUtgùiut des ploi intéyemrtft ■ été faite à
Lyon en creusant une tranchée poar U conduite d« gn, i k BODlée in
Gourguilion. Les ouTriers ont rois k décoofert loe moMiqM «ntiqM
déjà en partie mutilée et qu'eas-mèmes ont encore eodomoMgte. Le
travail de cette moaïque est SMez fini : les cobet ont enviroo 8 à 9
millimètres de surface; il est présonuttle qu'k son centre existait m
sujet historique ou mythologique Cet antique fragment révélo foi*-
lence d'une construction impurlante de l'époque romaÏDe nir c«t •■■-
placement. On a déjà extrait de là une dM nwwiqna» qui Igoreot dans
la grande salle du musée de Lyon, (nstniite dn cette découverte, l'au-
torité civile a fait prendre les mesures nécessaire* pour la coosenratioa
de ce qui reste de cette mosaïque, qui a probablemeut été coupée
dans ses parties sud et nord, Ion des conittmclions dea maiiOMt qui
bordent la montée du Gourguillon. {JourruU Lfonnait.)
Téligraphes en Algérie. — L'établissement des lignea tétégrapbiqow
est complètement achevé d'Alger àOrléan*ille,etdellosta|{ancaàQraa.
De nouvelles stations, placées entre Mottaganem et Orléanvilla, coa-
pléteruDt ce système si utile de communication. Très-procbaineoMOt
ou déterminera d'une manière définitive l'emplacement dea diSérealM
stations à établir, et dans un temps très-rapprocbé la ligao eotièra son
régulièrement desservie et permettra d'avoir i Alger, dan« an trAs-liref
délai, des nouvelles de toutes les localités que nous venons d'indiquer.
Il faut espérer qu'après l'achèvement des travaux nécessités sur cette
ligne, on s'occupera de la ligne d'Alger k Couslantine, et qoe l'on trou-
vera les moyens de surmonter les obstacles qu'apporte la nature do ter-
rain pour établir aussi dans cette direction un service d'une si haute utilité.
Médaillée et eotutruetioHM romaines. — On vient de (lire dans la
ville antique, près Sceaux (Loiret), une découverte aasez curieuse. On
a trouvé six cents médailles romaines contenues dans on vaae grairiar
construit en argile très-commune. Ce vase piriforme(en forme de poire)
a une hauteur de 40 centimètres ; son diamètre, dans la partie renflée du
vase, estde SOcentimètres. C'est dans celte [>artie que se trouve l'ouver-
ture du vase : celte ouverture a 8 centimètres. Ce vase a été découvert
dans une petite chambre de i mètres carrés, dont les parois étaient en-
duites d'un ciment fin et poli. II était enrhà-sé dans une espèce de niche
construite de manière i laisser passer la main qui devait introduire les
pièces de monnaies. C'était peut-être le trésor de quelque vieux Romain
économe. La tire-lire, il parait, n'est pas d'invention moderne.
Trouvailles à Rennes. — On trouve çik et li, dans les démolitions de
|a rue de la Parclieminerie, à Rennes, enfouies en terre et dan* de*
endroits où l'on ignorait leur présence, de vieilles caves en bois qui
jadis servaient au travail du parchemin, et qui ont dû être abandonnéea
quand le papier a remplacé l'usage du vélin. Cest un curieux débris de
l'ancienne industrie rennaise.
Étranger. — iiè|//«m«nt de l'Académie des seieneet et d'kistoirt, é*
Vienne. — On écrit de Vienne (Antriche) :
Les membres de la nouvelle Académie, domiciliés ici, ont eu dans
ces derniers temps plusieurs conférences pour délibérer sur le règle-
ment de l'Académie. Il a été rédigé et envoyé le Si juillet k l'arcbiduc
Jean, qui est curateur de l'Académie, c'esl-k-dire commissaire impérial.
L'archiduc l'a renvoyé, en invitant les membres k le faire liibcgraphier
et à l'envoyer aux membres étrangers, avec invitation de faire de*
observations sur les changements qu'ils jugeraient conv<tnable d'y
apporter, et de les communiquer à l'Académie jusqu'au 15 septembre.
L'Académie ne publiera pas de journal, mais seulement des bulletin;
ses séances seront pub'.iquei.
Une question plus importante que celle do règlement a encore été
le sujet des conférances des membres : c'est celle de savoir si la
censure des publications de l'Académie appartiendra k elle-même ou
à la police. A une immense majoiité, il a été décidé que l'Académie
exercera elle-même la censure. Il s'agit de savoir si cette déciiùon
recevra ta s&qciion du ^^ouvernemepL
319
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
320
Exposition industrielle nationale à Bruxelles. — Depuis trois ans,
Paris, Berlin, Vienne et Bruxelles, ces quatre grandes capitules de
l'industrie, si nous laissons de côté l'Angleterre, le pays industriel par
excellence, ont vu successivement dans leurs murs s'ouvrir ces brillants
concours consacrés ît honorer le travail et à constater ses progrès.
Les expositions des trois premières villes sont déjà loin de nous; celle
de Bruxelles reçoit encore de nombreux visiteurs.
LaBelgique occupe un rang important parmi les nations industrielles;
le chiffre élevé de son commerce, eu égard à sa population, indique le
développement qu'elle a donné à ses fabriques, dont malheureusement
l'activité ne suffit pas à employer tous les bras oisifs.
Est-ce une conséquence de sa situation géographique et politique,
est-ce une nécessité de ses relations au dehors, ou une disposition de
ce pays à l'imitation? toujours est-il qu'en parcourant les salles d'expo-
sition, on ne remarque pas dans l'ensemble cette originalité, ce cachet
particulier qui distinguent les produits des divers pays; l'Allemagne,
la France et l'Angleterre semblent avoir apporté leur tribut dans ce
vaste bazar. Cependant le producteur belge n'atteint pas souvent ce
bon goût qui dislingue la f.ibrication française, ot celte régularité, ce
fini, cet apprêt séduisant de la production anglaise.
La Belgique n'est pas novice dans la carrière de l'industrie. Sans re-
monter jusqu'au moyen âge, oij Bruges, Gand, etc., ont eu leur temps
de prospérité, nous rappellerons l'époque où la Belgique faisait partie
de la France : les produits belgps figurèrent avec distinction aux expo-
sitions de 1801 et 1806 à Paris. Plus tard, pendant sa réunion au
royaume des Pays-Bas, il y eut en 1820 une exposition à Gand, où 520
exposants seulement se présentèrent; en 1823, une seconde exposition
à Harlem réunit 9oO exposanis; enfin, la dernière exposition, sous le
règne hollandais, eut lieu en 1830, à Bruxelles; ce fut la plus brillante :
on y comptait 1,020 exposants dont 813 Belges,
Depuis la séparation de la Belgique de la Hollande, il y a eu à Bruxelles
trois expositions : la première en 183S, on y remarquait seulement 631
exposants; la seconde en 1841, elle réunit 975 exposants; enfin celle
de 1847, qui nous occupe aujourd'hui, et où figurent les produits de
1,059 industriels.
Dans ce nombre, la province de Brahant compte 463 exposants; la
Flandre orientale, 139; la Flandre occidentale, 129; le Hainaut, 87;
la province de Liège, 97; la province d'Anvers, 72; celle de Namur,
46, le Luxembourg, 14; et le Limbourg, 12. Bruxelles, qui fait partie
de la province de Brabanl, a fourni 321 exposants pour ces petites
industries de luxe qui s'établissent naturellement dans les capitales.
BIBIiIOGRAPHIi: SE 1846.
(Suite. Voy. col. 176 et 222.)
Architecture, ConHtraction, Vérification.
Premières révélations o l'occasion des abus et des fraudes que commettent les
tntrepreneurs de bâtiments; par Lereidore, ouvrier couvreur. In-8» de 2
feuilles. Impr. de Marc-Aurel, à Paris.
Projet d'organisation pour l'industrie du bâtiment; par E. Douchin, entre-
preneur. 10-8° de 2 feuilles. Impr. de Malteste, à Paris. — A Paris, chez
Adde, boulevard Foisonnière, 17. Prix 1 •
Traité complet de l'évaluation de la menuiserie. Méthode générale pour me-
.surer, di'taillcr et mettre à prix les ouvrages de menuiserie en bâtiment et
ceux de menuiserie d'art; par I..-A. Boileau et F. Bellot. Première partie.
In.S'' de 6 feuilles. Impr. de Cosse, à Paris. — A Paris, chez CariUan jeune,
quai des Augustins, 25. Prix de chaque partie 3 •
MÉMOIRE sur l'appréciation des travaux de maçonnerie. In-4'' de 49 feuilles.
Impr. Util, de Wittersheim, à Paris.
L'Architecte régulateur, ou Tableaux alphabétiques des prix réglés de tous
les ouvrages en bâtiment, etc.; par Lebossu, 3* l'dition. In-12 de 13 feuilles
1/2. Impr. de Guiraudet, à Paris. — A Paris, chez l'auteur, rue Constan-
tine, 6; chez L. Mathias (Augustin). Prix. ...... i . . 4 >
Chambre syndicale des entrepreneurs de peinture et de vitrerie de la ville de
Paris et du département de la Seine. Prix de règlement établis sur des bases
certaines d'après des expertises et des commissions désignées par la cham-
bre. In-i» de 8 feuilles. Impr. de Gros, à Paris. — A Paris, rue Grenier-St-
Lazare, 16; chez Caritian-Goeury. Prix 5 .
Cours de construction des ouvrages hydrauliques des ports de mer, professé à
l'École des Ponts et Ctiaussées par M. Minard. In-4» de 34 feuilles, plus
un atlas in-i" d'un quart de feuille et 25 pi. Impr. de Fain, à Paris. A
Paris, chez Caritian-Gœury et Victor Dalmont, quai des Augustins, 39-M.
Prix 25 .
Précis.ou Cours de constructionsforestièresàl'Ecole royale forestière de Nancy.
2" année. Transport des bois; par M. Paul Laurent, 1845-1846. In-8°de 30
feuilles. Impr. de Raybois, à Nancy. — A Nancy, chez Itayhois.
Application des propriétés des vitesses virtuelles aux différentes conditions de
stabilité îles voiitet et des revHissements. Seconde édition, revue, corrigée et
augmentée, par le général, comte de L"", ancien directeur des fortifications.
In-4» de 6 feuilles, plus une pi. Impr. de F. Didot, à Paris.
Athénée des arts. Médaille d'argent. Rapport sur un appareil dit : machine
Frédéric, pour vider les fosses des privés. In-4» d'une feuille. Impr. de
Mal teste, à Paris.
Traité de la salubrité dans Us grandes villes, jiitrt de Phygiène de Lyon; par
les docteurs J.-B. Montfalcon et A.-P.-J. de Polinière. In-8« de 34 feuilles
1/2. Impr. de Nigon, à Lyon. — A Paris, chez Baillière, rue de l'École-de-
Médecine. Prix 7 50
Théorie de la poussée des terres contre les murs de revêtement, suivie d'applir
cations numériques des principales formules au calcul des dimensions de ces
murs, par J.-G. Delpat, major dans le corps du génie hollandais. In-8» de
3 feuilles, plus une pi, Impr. de Vrayet de Surcy, à Paris. — A Parw,
chez Corréard, rue de l'Est, 9. Traduit du hollandais.
Revue des produits des beaux-arts et de l'industrie, exposés au Capitale en 1845,
ou journal de l'exposition publique de cette année; par les rédacteurs de
l'Impartial du Midi. In-8« de 13 feuilles. Impr. de Montaubin, à Tou-
louse.
Archéologie.
L'ÉGLISE COLLÉGIALE du Saint-Scpulcre de Rouen: par P. B. In-8» d'une
feuille 1/4, plus une pi. Impr.de Lecointe, à Rouen,
Histoire de l'église et de la paroisse de Saint-lHaclou de Rouen; parCh. Onin
Lacroix. I11-8» de 18 feuilles 1/4, plus 4 lith. Impr. de Migard, à Rouen. —
A Rouen, chez Migard, chez Fleury aine, chez Lebremont.
Essai sur les girouettes, épis, crêtes et autres décorations des aticiens combles
et pignons; pour faire suite à l'Histoire des habitations au moyen âge: par
F., de La Quérière. In-8» de 7 feuilles plus 8 pi. Impr. de Lefèvre, à Rouen.
— A Paris, chez Desache, rue du Uouloi, 7 ; chez Dumoulin. Prix. 5 .
L'Ornementation du moyen âge ; Collection d'ornements et de profils remar-
quables, tirés de l'architecture byzantine et du style germanique, par
Charles Heideloff. A Paris, chez Degeteau et compagnie, 12, place de la
Bourse.
Description d'une précieuse réunion de sculptures en bois, représentant une
grande partie de l'histoire de l' Europe . composant le magnifique monument
BoHzanigo. Iii-S» de trois quarts de feuille. Impr. de Maulde, à Paris.
Bourg d'AiNAY. In-S" d'une feuille. Bourg de Livarot (pages 49-56). In-S»
d'une demi-feuille. Ville-le-Vire. ln-8» de 3 feuilles. Impr.de Berdalle de
Lapommeraye, à Rouen.
Questions de l'histoire de l'art, discutées à l'occasion d'une inscription grecque
gravée sur une lame de plomb, et trouvée dans l'intérieur d'une statue an-
tique de bronze; par M. Raoul Pochette. In-8» de 13 feuilles 1/2, plus une
planche. Impr. de Crapelet, à Paris.
M. Vitet a prononcé, en sa qualité de directeur de la Société des
Aniiquaires de Normandie, un discours extrêmement intéressant qui
sera l'objet d'un compte-rendu que publiera la Revue.
CÉSAR DALY,
Directeur et rédacteur en chef,
Uiembre de rAcademie royale des B' aux-Arls de Stociktiolm, de l'institat
royal >'<'* Arctiitecle» lirilanniqiie», etc., etc.
Iiii|>. de t.. TUINON et (>, k Stinl-GemiiiB.
32^
REVLK DE L'AHCHITECTl'RE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
3tt
MEMOIRE
SUR TBENTE-DErX STATUES SYMBOMOliRS, OnSF.nVKKS DANS LA
PARTIE HAUTE «ES TOUllEULES DE SAINT-DE.NV8.
(Sixième article. V. cul. 49, 63, 07, 1Î9 et J77.)
K" lO. La coqnrlte A la cnrapa«r, frmnir-Jiiincnl,
chèvre et aangnaie.
Transformation partielle. — Scène du livre des Prottrbet.
C'est la tentatrice sans cœur, l'éternelle ennemie de
l'homme, l'écueil ince.ssant de sa voie où vient se heurter sa
sagesse, où vient s'endorinir sa prudence et s'évanouir sa
raison ; c'est cette assaillante invincible qui surpasse en féro-
cité l'instinct cruel des hôtes fauves, cette accorte et rusée
jouteuse qui a brisé môme les plus forts, et qui méritait bien
sa place dans cette riche galerie des représentantes du mal.
Accroupie comme ses voisines et le dos opposé au ciel, celle-
ci ne s'inquiète guère de ce qui vole dans l'espace ni du
monstre qui est à sa gauche ; mais elle contoure son corps
laborieusement sans doute, du moins avec beaucoup de
grâce, vers l'hypocrite Onocentaure,et de ce rire étudié, en-
traînant, communicatif, qui est si familier aux coquettes,
elle découvre deux rangées de dents d'une admirable symé-
trie.
C'est la séduction sous les armes, à en juger moins sur ses
traits, car cette tète est liès-noircie, moussue etextrêmeinenl
fruste, que sur ce visage, plus animé, plus expressif qu'il
n'est dans l'ordre, et sur le patient artifice qui a roulé autour
de la tête et ramené sons le menton cette moelleuse draperie
rattachée tout près de l'oreille par un nœud ample et bien
fourni. 11 y a beaucoup d'art dans ce nsBud formé par le
voile lui-même, et dans le pan qu'on en voit pendre le long
de la joue et du cou (1). Ou trouve pour bras et pour jambes
(I) On voit (les coifTurps analogues à colle-ci sur un vitrail de l'aliliaye do
Notre-Dame-du-1'ort (Nurmandio), allnbuo au xiv« siècle : sur une ligure do
femme ornant un b&ton de cuivre doré avec incrustations en email, apparte-
nant au XIII' siècle : sur une miniature d'un msc. de Téreoce appartenant à
T. VII.
à ce buste si bien paré, à droite ane patte de Chèrre, et à
gauche une de Jument, qui font peu honneur à la dame (1).
Knfin, Sun dos, tourné à l'est, porte un étui ou capanee
denté à non extrémité (2).
Notre gravure a reproduit autant qu'il a été possible l'ani-
mation vraiment frappante du visage de ce sujet, incroyable-
ment conservé, exposé qu'il est à l'air libre depais nn laps
d'au moins cinq siècles et décomposé par le temps ; elle rend
avec expression, et une expression remarquable, le tableao
plein de poésie et riche de coloration du livre sacré des Pro-
verbes, œuvre qui a inspiré l'artiste et qui lui a fourni encore
des attributs et des détails. C'est bien la femme dangereuse
et versée dans l'art de séduire qui entre en scène au cha-
pitre VII, ornée avec aiïélerie, habile à enlacer les âmes et à
leur dresser des embûches ; la courtisane consommé doot
la physionomie caresse et dont l'cITronlerie saisit, dont les
pieds voltigent toujours, dont la langue se meut sans trêve ;
qui épie, attend , saisit sa proie au passage, à la course, au vol,
et qui l'entortille et l'enchaîne, moins peut-êtreencoreparses
grâces que par l'abondance, l'adresse, renlralnemeot de ses
discours (3). Il faut, pour saisir cet ensemble, lire on par-
courir jusqu'au bout la parabole textuelle, dotée de toute la
richesse du style orné de l'Orient ; on la retrouve tout entière
dans la pose, le port de tête, l'agaçante et vive expression du
visage de cette femme, quoique tsans pieds, presque sans
corps, et dans sa carapace même, qui, toute épaisse et toute
unie, simule, en dessinant sa forme, un manteau riche et
élégant. Cette femme, ainsi euiboltée, rappelle que les ani-
maux à coquille et à carapace désignaient l'âme appesantie
et plongée dans la nuit des sens, l'aveuglement spirituel, la
vie ouvertement impie. Le génie même des anciens envisa-
geait dans la tortue cachée au fond de son écaille et ne pou-
vant vivre sans elle, le devoir de stabilité et la séquestration
profonde commandés alors à la femme. \ji tortue sortant de
son enveloppe ou laissant ses pieds ou satèle s'étendre hors
de cette prison, marquait la clôture violée, le seuil du gynécée
fianchi, l'honneur en danger de se perdre s'il n'était pas
déjà perdu. Cette allégorie, continuée parles docteurs chré-
tiens du moyen-âge, subsistait encore dans les premières
années du xvi* siècle : * Quelques uns aussy (dit De Vulsoa
la même époque : sur une autre miniature d'oa immi
par (jaston Pliobus, etc.
(t) Allusion aux passions les plus défndaale*. V.. àia* aom <• paitia ka
articles • Ckeml • et C*«vr«. •
(i) Cette écaille, vraie carapace f twitent preuve MM le i
faitement visible des fenêtres d'oa corpa 4a lofb des
aligne au câté de l'est, fendues rrfardaal van l'oaasL Mo« l'a*aM i
souvent à Taide d'une lunette d'approche. CaM daaa caua umiappa
qu'est implantée l'aile gauche. De ce cAté aani oa ToH pliiiwalt le enve-
loppement du ncrud, riche ei moelleua draperie laaipUe Sa plia aalliplUi «I
fouillt-e avec beaucoup d'art.
(3) Mulier... ornatu meretricio, prarparata ad eapàeadas aaùaas. farrala M
vaga, quietis impatiens, nec TalaM w daaa eaMàMate pedikaa «■% BaMC Imm,
nuiic in platris. nunc jnsu aa|«loa toridim, kffiNkmmmfm àtmoÊÊÊÊm
juvonom. et piocaci Tolta blaadilar, die Ml, al*, (ftaml. c. TII. » 10 ei
ttqutnl.)
323
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
■Mï
de la Colombière en parlant de la tortue) liiy ont fait re-
présenter la garde de virginité, parce qu'étant tardive et
n'abandonnant jamais sa maison, cela signifie que celle qui
est curieuse de la conserver doit peu sonvent paroîlre en
public ; » d'où est venu ce beau mot de Boëce : « Casta pu-
dicitaservat domum (1). »
A l'extrémité de la carapace qui enveloppe cette coquette,
se dérobe à sa compression une courte queue de sangsue, se
contractant sous elle-même comme pour échapper aux yeux.
La présence de la sangsue est un caractère très-prononcé
expriman I les passions ardentes et les luibitudes rui lieuses des
femmes dépourvues d'honneur. C'est encore au livre des
« Proverbes » qu'est empruntée cette allusion ; on y voit la
gourmandise et la luxure nommées filles de la sangsue qui
est la convoitise des sens, et répétant : « Encore ! encore ! »
sans jamais se rassasier. Tous les commentateurs bibliques
confirment cette application, et le texte sacré lui-même y
revient et la développe tout au moins quant à la luxure, per-
sonnifiée dans la femme sortie des sentiers du devoir : «Trois
choses, dit-il, lui ressemblent par Tinsaiiabilité : la terre
qui boit toujours l'eau, le feu qui se nourrit de tout, et l'en-
fer qui a soif de victimes. «
Deux ailes impuissantes de palmipède complètent les attri-
buts de cette statue, l'une des plus caractérisées de cette riche
réunion. L'une de ces ailes, la gauclie, se déploie, mais
comme blessée, disloquée ou même cassée, et traîne et balaie
l'arête qui est le support de la statue -, l'autre se dresse
pour l'essor. Dans la dernière, hypocrisie, dehors gardés,
ostentation ; dans l'autre, impuissance totale d étaler cette
vaine montre ; c'est l'honneur perdu, diffamé, c'est, sur la
pente du scandale, le point où il n'est plus possible de pallier
la déchéance, de cacher la dégradation.
Nous ne nous arrêterons point à signaler les différences
existantes entre le danger signalé ici et celui que personnifie
la Syrène ; elles sont très-accentuées, il est aisé de les saisir.
N» SO. IMonstre bybrtde.
Transformation complète. — Eslrif. (Querelles et rivalités.)
Animal hybride, bipède.
Corps et tête de Chien barbet, avec quelques caractères
de Hyène.
Gueule, pattes, et attitude agressive de Chien en fureur.
Cornes en volute du Bélier.
Dos enrichi de soies de' Bouc, séparées sur les articula-
tions épinières par une raie longitudinale, et très-bien fouil-
lées quoique frustes.
Queue traînante et légèrement ondée caractérisant la
sangsue.
Expression de l'irritation à son paroxysme.
(1) De Vulson de La Colombière, La science héroique, cb.
Pier. hiéroglyph., lib, 28.
, — V. aussi
Les animosités quelconques résumées sous le nom d'£«-
^/•//' dominent dans cette statue : rivalités nées de l'orgueil,
et nommées Estrifet Contais : litiges nés de l'avarice, dits
Malignetez et Chalonges : jalousies nées de la luxure, appe-
lées Noiczes ou Tenczons, toutes rentrant dans les discordes,
filles des trois concupiscences dont le rôle est au moyen âge
si commun et si important (I). Cet Estrif, monstrueux péché
comprenant toutes ces discordes de quelque genre qu'elles
soient, ressort de la physionomie et des caractères les plus
saillants de ce monstre ; de la fureur qui ouvre sa gueule,
dilate sa prunelle ardente et respire dans l'attitude de tout
son ensemble antérieur ; du caractère du Barbet prompt et
ardent à la querelle, et de ses cornes de Bélier indice expres-
sif du combat. A ces indications sensibles se joignent d'autres
relations marquant les trois concupiscences, origine de cet
Estrif.
l" L'orgueil, figuré par le Bouc, superbe, rétif, indocile,
insociable avec ses pareils, doué d'instincts ascensionnels,
et auquel l'âge hiérarchique, l'investissant du triste rôle de
symboliser le péché, appliquait ce mot de la Bible : « Super-
bia eorum... ascendit semper (2). »
2" L'avarice, montrée dans la Hyène, qui ne fouille point
ici les tombeaux, mais dont la gueule insatiable, ouverte et
aspirant la proie, quête quelque immonde pâture.
3" Les passions basses représentées par la Sangsue, qui
semble, dans cette statue, pétrir et balayer la fange dans
laquelle elle se complaît; association odieuse et dignement
représentée par l'ensemble de ce sujet, l'une, entre toutes.
ces statues, des plus saillantes pour la vie, la violence et
l'emportement.
Point d'ailes ; point de charité ; aucune prière ; aucunes
vertus.
m° XI. Monstre hybride.
Transformation complète. — Truie allaitant cinq poreelett. Fécondité
des passions viles.
Cet animal d'allure immonde a par son corps et par sa têt€!
des caractères de la Truie, et quelques affmités avec le Loup.
(i) Estrif. Quant li deables voit concorde entre giens moût li desplais. Et
por eus faire deseorder il fait volentiers son poaîr a eus faire estriver. Et quant
il comencent a estriver et li dcable comcnce le feu d'ire et de mautaJent.
embraser...
CoHtenz. La opiarte branche d'ourgneil est folebaerie que len apele en clergie
ambicion... De ce sordent les pecliies a senestre corne mesdire... désirer la.
mort... traison... conspirations, contenz... Contenz, est quant len desmentenl
lun lautre ou dient grosses paroles...
Malignetez, quant li bons est si malingeus et si deables que il ne redoute
pas ung grant pechie a faire mortel ou orrible ou grant domage a autrui por
un petit de conquest ou de profit a sey...
Chalonges. C'est courre surs autrui a tort. A ceslui pechie apartienent tnit
li barat, toutes les trecheries et les faussetez qui avienent en plait.
Apres lestrif et le barat vient la noicze et le tenczon Saint Augustin dit que
rien ne semble tant aus faiz au deable come tencier Ceste branche se devise
en sept rainselcz... ledengier, maudire, reprover... menacier, discorde susci-
ter, etc. {Msc. de la Bibliothèque royale.)
2) Psalm., LXXIII, 23 .
REVUE DE L'ARCIIITKCTl'RE ET DES THAVAUX PUBLICS.
La Truie, comme nous l'avons dit, répond au dernier des
« sept vices. » L'hiatus tout particulier, qui donne ici à son
groin la capacité d'un abîme, et les caractères de loup ré-
pandus dans celte statue, semblent appeler l'attention sur
la voracité brutale qui est si propre à ces animaux. Otte
truie doit représenter ce que, selon les moralistes (1), la
luxure a d'insatiable, d'impétueux et d'effréné.
A son allusion bien connue aux passions les plus réprou-
vées, la truie joignait au moyen âge celle de la fécondité :
mais quelle fécondité peut appartenir au désordre, si ce n'est
une longue suite d'actes flétrissants et pervers ? C'est aussi
i' allusion honteuse prêtée constamment à la truie, figurant
dans les œuvres d'art parmi les légions des péchés. L'acces-
soire des cinq petits (2), dont elle est ici escortée, semble
n'avoir eu d'autre but que de rappeler ce cumul de deux
acceptions dégradantes. Mais pourquoi ce nombre de rinif
pour rappeler à la pensée l'idée de la fécondité, puisque les
portées de la truie sont communément plus nombreuses, et
que la truie, dont les portées se borneraient à cinq petits, se-
rait condamnée au sivloir pour le fait d'infécondité ? C'est que
la truie figurant sonle et par elle-même la fécondité abso-
lue, il suffisait de le rappeler ici par une simple indication
de progéniture, sans y montrer son personnage magnd ro-
mitante catervd ; et il y a dans ce nombre cinq une inten-
tion des plus mystiques. Le nombre c/wr/, au moyen î*igi>,
rappelait toujours, soit exclusivement, soit au moins im-
plicitement, les cinq sem (3). Ce sont donc ici les cinq senu,
pervertis dans l'homme sans mœurs par les passions libi-
dineuses issues de cette louve-truie, et devenus brutaux
comme elle par l'avidité, l'impétuosité, la perversité, la bas-
sesse des habitudes.
Point d'ailes, point d'aspirotions au ciel ou aux choses
célestes ; rien de pur, de grand, d'élevé, là oîi fermentent
de tels vices.
N* tt. MoiiNtrp hybride.
Transformation complète. — Jfurmurc.
Tête de Chien ou de certains Singes. Pattes, griffes, corps
et pose de quadrumane. Ailes dressées de palmipède.
Les deux vices par lesquels le chien se trouve en rapport
avec le singe sont la licence et la colère : le premier est
(1) Vincent, bcllov. Spec. mornl. Dt luxurià rt /Hiahun ejut. — Atbin.
Flace.i Alcuini, liber. X. De divinii ofUeù. — Hanon. ji S. Victor. In Spee. he
myst. Ecclet.
(î) Notre (fravure en montre quatre. \je HnqoiAme, plact! comme les autres,
mais .sous lo (lanc droit de la truie, ne peut Hn tu que do sud de la basili-
que (cours et bAliments claustraux), cOd' opposi' à celai d'où aiHi' pris le profll
de cette statue.
(3) S. Clément. Alexandrin, m Slrnmnl. — S. (ïrefor. .Magn. — Hesyoliius
Hiersoloymit. — S. Ambros. — S. Brunon Astcns. .Sup. Exod. cap. XXVI. —
Ibid. <ii Earoil. cap. XXV. — Iliid. Serm. De Confruorihut, VI. — S. An-
selm. Cantuar. — llrahan. Maur in Hiesethiel, proph. I. XV, in tnpilr. —
Durand. ttnlUmal Aimnor. ofjk. I. 7. N, M. — Ibid. IV, t. N. I. — l'bilip.
do Thaun, The Bestiary. — Li Aieiliotret (Msc. de la Biblioih^M royale).
comme épuisé ici par les statues envirooDantes; le second y
est moins fréquent, quoique montré sur quelqoet-aoes ; mais
une de ses provenances, un très-grand pécbé, le SHinmiiv,
devait y être signalé. Il est dans les traités de vices, Ûoâ
que siircette tourelle, mis à lasuitedo tauitr que nous avons
vu tout à riieure (1). C'était la • patenôire aa singe (2), •
et il comptait également parmi les allunions dn cbien. Si
celui-ci ouvre la gueule avec un si large hiatus au lieu d'ac-
complir son office en murmurant ou « grondillaot, » c'est
comme statue doctrinale, et peut-être aussi parce que !'<••
prit pervers, dont tout mai est l'inspiralico, cherche 4 dé-
vorer ou à perdre l'homme, « qmireiu Uo quem dec»rrt{3\. •
Saint Benoît montre le ■ murmure, » même caché an fond
du cœur, comme l'un des plus grands péchés que poisse
commettre le moine ; sa règle s'étend sur ce point et menace
ceux qui murmurent descliitimenU dej réprouvés, s'ils n'ei-
pient promptement leur faute (4). Le murmure est traité de
même dans les écrits des moralistes (5).
N« SS. U*a.
TnntfcnnatiM eonpMe. — Owfwii H In.
Cette statue est l'une de celles dont la tête a le moius de
vie, et le camcière physique le moins d'etpression. C'est
qu'il suffisait de la montrer (le lion) pour être compris.
Dans une galerie de vices son rôle ne peut être équivoque.
.\djoint par quelqu'un de ses membres aux antres emblèmes
du mal, c'est l'emportement des passions : seul, c'est la
(I) statue n'ÏO.
(S V. ci-aprè.<i, in nota.
(3) Rhaban Maur, dan.i son Commentaire, menan* le raamaf«l<«r ftuu
di'vori' par ce vice ou décbirt' par les iitocM. < Ant mumarat (mnearInN)
centra Domini flagella, aut contra (ibi i fenioribin impoNUa ^Mciyiiata.
aut contra sibi injunctam à majoribas obedienliam aot
ventris ingluvic. Qui si audilor oblivio<iu> non essri. de bi« oai
tionero Scripturarum audi.viet, et non muraiuranel. Diril nam^a
• Flagellât Dominus omnem filium qnen rtcipil... > llioe M» CMB ■•§>•
terrore Aposlolus prohibel murmurare, diceas : • Xrqae iBDnwuaTcriliariaal
quidam murmuravemnl, et 1 lerpentflMM perieninl. • Ac <i dIemL.. Ili M
V05 à morsibns dilacerati drmoaiomm perihitis. abi «m k araïaMraliaaia
malo rustodieritis. (Hrahan Maur. ia Rrful. S. BimtémU, C iV.)
(IJ Irisirumenlum bonorum openim.... non (eae) ■■raafonai. Xaa etm
malo animo si obediat (monachu.i), discipliaaci aoa MlMa Oft, aal MiaM ia
corde si murmuraverit. etiam si impleat jtiiriaaeak laaMM jaa accqMaM aaa
erit Dco qui cor ejus rcspicit murmurantis, et pro tali (acto aaUaai «MM-
quilur graliam, imo ptcnam murrouraliooam incnrrit, si aoa eau wlhfa»
tione emondaTeriL (Arfni. S. Benedicl.)
(B) • Souvent veions avenir qoe cil qai b'om reapoadre a* tcacier qat il
commence a mnr-iiif-r rntrr iiîi lirni m innilillrr pnrrr ipr^i In Irarirr ■tliM
nous le pecbie de murmaiv... C«l pacUaaia dcat biaackea car H aaa aar-
nmre contre Diea, le autres ooaira boaw. ConUa bnae lefaa ccst pertùn ta
moul de menieres rome de serf»* eoalrn laar Sei|aear... «a Tibias e««tKi
les clievaliers. en lais contre elen et prsiai, a awiaei doairien «oMn Im
abbes et les prevous et lea oflkiaaa...
• Murmure contre Diea a aast» d'acbamai (fcasioBs) carboaM^ apoda
Itrace et pacience il veal astre mtMn sas Diea.. . el chante la palsaaitu aa
.-iinfte, certes mes la chancioa an deable... Certes mont est liex hoas fcab •(
forsenes qui Veut qne Dieu U raada raiaoa de qaaaqae il fait.... taaloM mar-
mure contre li et le nM«|T«e... Qaei aMrrctlb, si Kmt » Tea|e da tin («s.
qui li Teviaat laUr (<M«r) sa sefaorie « sa sipieaeat • (Mac da nir siMe
tfiMiotUfM rayai*,)
327
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
328
folie de l'orgueil et les transports de la colère, présentés
comme inséparables par les textes de l'Écriture (1) . Dans les
écrits du moyen âge, dont le style est si coloré, il est rare
que le lion n'en soit pas montré comme exemple. « Ourguei!
guerroie Dieu de ses biens. Oargueil est li rois des vices,
cest li lions qui tout dévore (2). » Nous avons dit qu'on ne
trouve dans ces statues rien au delà des caractères propres
à en déterminer le sens. Celle-ci n'est que dégrossie; c'est
un lion tout idéal, par la masse, par l'encolure, par l'épaisse
et longue crinière, caractères tous bien connus. C'était assez
pour entendre et interpréter la leçon. Cette leçon est éner-
gique dans les auteurs contemporains ; le signalement de
Yourgueil, adressé qu'il est à des moines, peut s'appliquer à
tous les hommes affectés de ce mal odieux.
« Je passe sous silence, dit le Commentaire de la règle
bénédictine, ceux dont leur extérieur et leur port procla-
ment eux-mêmes l'orgueil; ceux que leur tête très-haut
levée, leur visage plein d'arrogance, leur regard farouche
et allier, et leur parole impérieuse (3) montrent ouverte-
ment superbes : je les indique seulement avec une grande
tristesse, et je ne cite leur exemple que pour inviter à le
fuir (et à n'imiter point ces hommes), qui (pourtant) déjà
convertis et un peu avancés dans la voie, se laissent dominer
par (un fol) orgueil et entraîner à leur insu dans des maux
irrémédiables... Ils disputent les préséances (4), affectent
avec impudence de laisser bien au-dessous d'eux les plus
distingués entre tous, imposent avec promptitude leur avis
et leur sentiment, ne gardent nulle modestie dans leurs
discours ni dans leurs mœurs : ils ont l'obstination dans
l'acte, la dureté au fond du cœur, la jactance dans la pa-
role; fourbes dans leur humilité, inexorables dans leurs
haines, incapables de soumission, haïssables à tous les
justes... Prompts à parler avec audace de ce qu'ils ignorent
(le plus), effrontés à prêter l'oreille (à ce qui s'adresse à
autrui), parlant d'une voix éclatante et riant d'un rire
effréné (5)-.. »
(1) Superbus et arrogans vocatur indoctas, qai in ira operatur snperbiam.
(Prorerb., XXI, 24.)
esse siciu Ifto in domo tuà, evertens domesticos tuos, et opprimens
objectos iihi. (»'rfli;«rft., IV, 35.)
(2) Ourgucil (continue ce Traité) destruc (sic) tos les biens et toutes les grâces
et toutes les bonnes euvres qui sont en home. Car orgueil fait d'aumône
pechié, et de vertu vice, et des biens dont leur devret aquerre le ciel fait enfer
gaigner. • C'est sous des couleurs approchantes que le même Traité des vices
fait le portrait de la colère : - Ire est vices moût grant. C'est félonie de cuer,
dont issent moût de branches... et principaument quatre, segont quatre guerres
que li félon fait. La primierc est alumeisons... La segondc guerre... il est à
Dieu... La tierce .. que li ireus a, c'est... a famé et a sa mesnie (ses entants,
sa suite, sa maison), car li bons est aucune foys si forsenez que li bat et fiert
famé et enfans et mesnie, et brise poz, hanas (ou hanaps, coupes) aussi comme
il fust hors du sens et si est-il. La quarte est... à ses voisins et àses presmes...
et de cette branche nessent sept rainselez... (Msc. du xiii" siècle, Bibliothèque
royale.)
(3) Le texte -^st pins expressif encore : • Sermo terribilis», dit-il.
(4) Contrairement au précepte des livres saints : « Noli quacrere à Domino
ducatum, ncque à roge calhcdram honoris. » [Proverb., Vil, 4.)
(5) Habran. Maur, Comment, in Regul. S. Bened., c. IV.
Que de verve et de vérité dans ces portraits du moyen
âge!
Passons, dans ce même traité, au chapitre de la colère.
« Il faut, dit la Règle elle-même, réprimer eu soi la co-
lère, vaincre l'irascibilité (1)... O bienheureux enfants du
cloître ! reprend le Commentaire écrit, considère que celui
que le ressentiment pousse à se venger, bâtit dans son cœur
une retraite au démon, et prédispose Jésus-Christ, qui est
le véritable soleil, à se retirer de son âme. Fuis la colère,
Dieu t'aidant, et ne suis jamais ton irritation envers aucun
d'entre tes frères... Si les bouillonnements de cette passion
ont surexcité ton esprit, que l'amour fraternel les calme.
Qu'une fraternelle douceur apaise l'exaspération, que la
charité fraternelle dissipe l'animosité, que la tendresse fra-
ternelle éteigne le ressentiment. C'est un grand mal que la
colère; par elle on oublie la sagesse, par elle on quitte la
justice, par elle l'union se détruit, par elle est rompue la
concorde, par elle est violée la loi de la vérité. Par les ai-
guillons de ce vice le corps est agité et tremble, la langue
bégaye, le visage devient de ffu, le cœur palpite, la vue
se trouble et se confond. De peur que ces maux ne t'arrivent,
réprime ta colère, ô moine ! fais tout avec tranquillité, mo-
dération et patience (2). »
N» C4. Lièvre avec ailes fantastiques.
Transformation complète. — PusUanimite (3).
Détails et ensemble du lièvre : oreilles dressées, aux
écoutes; tête dressée, épouvantée; pattes antérieures au
repos, les autres légèrement soulevées et toutes prêtes à
l'élan. Ailes tout à fait fantastiques (4), n'ayant d'autre si-
militude qu'un rapprochement de leur forme avec celles des
palmipèdes.
Représentation très-probable de la pimllanimité, "d'où
naît la tristesse du siècle qui conduit à la mort de l'âme. Son
contraire est la fermeté (la » constance » des moralistes),
dont les armes sont la patience parmi les luttes incessantes
et le saint mépris des douleurs (5). Ces épreuves, pour le
chrétien revêtu des armes célestes, sont, dit le manuscrit
des Vices, le u limaz qui monstre ses cornes, les oies qui
suflent sur la voie, et les vains songes des songeus (6). »
(1) Itegul. S. Benedict.
(2) Hraban. Maur, in Itegul. S. Bcned.,c. IV.
(2) Orthographe du xiii» siècle .'toujours sans accentuation).
(4) Les ailes, dégradées et brisées, ont été complétées dans le cours du siècle
actuel, d'après les indices, très-bien conservés, de la moitié attenante au corps
du sujet, moitié évidemment antique.
(o) Per illam, tristilia sa'culi, quœ mortem operatur, nascitur. At contra^
constantes aninio fortiter per paticntiam sufferunt laborcm, quia omnem prae-
sentisvilie contemnunt dolorcni. (Hraban. Maur, in Eccli.,U, 6.) — V. aussi
Vincent. Bellov. Spec. mor. rt VApocalypsc: • Timidis aulem... pars illorum
eritin stagno ardcnli igné et sulfure... • (XXI, 8.)
(6) Ce lièvre qui prend l'épouvante est taillé, sur cette tourelle, juste côté de
son contraire, le lion à attitude pacifique que nous venons d'interpréter.
329
REVUE F)E L'AUCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
330
TOLHELLE SUD-ÛUE8T.
N« ta. Monstre hybride, — l/oap e( <'hat>
Transformation complète. — Rapine. — Péché d'Exaeeion (I). — Avarice.
Tête et corps rappelant le loup. Pattes, pose et train de
derrière du chat. Queue empruntée aussi au chat, cherchant
à se dissimuler. Ailes dressées de palmipède.
Nons n'avons vu sur ces tourelles qu'une figure propre-
ment dite de l'Avarice, qui occupe pourtant tant de place
parmi les « sept péchés mortels, » et qui est o la mestresse
qui a si grant escole que tuit i vont pour estudier... Car toute
manière de gent estudient en avarice, et granz et petiz,
princes, prelaz, clercs, et lays et religieux... » : mais on y
rencontre à sa place quelques-unes d'entre .ses filles, encore
plus odieuses qu'elle.
Quoique évidemment fantastique, ce monstre réunit deux
types très-sensiblement exprimés, la rapine et l'hypocrisie,
évidentes dans cet ensemble, analogue à la renommée que
le proverbe a faite au loup. Cette réunion est logique et rap-
pelle au moins pour l'esprit cette expression de l'Evangile :
a Ils viennent à vous revêtus de peaux de brebis, mais ce ne
sont en réalité que des loups rapaces. » Ici la brebis, la dou-
ceur, est remplacée parla finesse, la maraude et la pillerie,
qui sont le traître et malin chat.
Personnification marquée du n qninz mimelez de ra-
pine (2) : « Li qninz est en ces grans prelaz qui accrochent et
raunbenl leur sogiez par trop grans procuracions ou par au-
tres exaccions que il font en trop de menières. Ce sont li lou
quimenjuent les berbis (3). » En effet, dans cet animal,
toute la partie antérieure appartient au loup; car il fallait
ici sa gueule : mais on aperçoit par derrière les pattes fur-
tives du chat, et l'on voit sa queue hypocrite contournée avec
précaution et se serrant contre le flanc pour se dérober à
la vue.
Pourquoi ces ailes si petites, ridiculement déployées, quoi-
que si impropres au vol ? C'est pour trahir cette impuissance
aux regard» de robser\ ateur, et lui dire que la prière et ks
vertus qu'elle procure sont alMentea ou illusoirea là où de-
meure le péché; et aussi, c'est que Tliypocrite étend et
élève ses ailes, quand il simule des vertus doiit il o'a que les
vains dehors.
th ta. Cbica rmiaet («aille r«l»»»«lr).
Tran'>forniiiii<
|,i.M. — Kor(aaleri« «I UdmUi (lap«iMM.)
Ce rapprochement, motivé sans doute, (ait souvenir qu'au moyen âge
les ba.s-reliefs hiératiques avaient souvent deux allusions sans nulle relation
entre elles : l'une res.sorlanl du sujet lui-mi^me : c'est, dans ce lièvre et ce
lion placi's ici parmi les vices, les péchés dont ils sont les représentants, et
que nous venons de nommer; l'.iutre moins directe et moins explicite quoi-
que tout aussi consacrée : ce serait pour ces deux sta'ucs un mot du livre des
Proverbes, rappelé par leur voisinajfc coœbin»' sans doute par l'artiste afin
d'en tirer ce parti. • Fugil impiut (dit ce texte), tieniiiie persequenle : jmlus
auletn, quasi leo ciiiifulens, sine limore eril. • • L'impie fuit dans son épou-
vante, même sans être poursuivi; mais le juste, comme un lion plein d'as-
surance, sera exempt de ces terreurs. • Le lion, qui avec des vices marque en
même temps le courage, la gém'rosité, la force, la victoire, la fermeU-, ne
peut-il pas, en même temps qu'il ligure ici la colère, avoir, à raison de ces
rflles, reprt'senté aussi le jusli', dans un autre ordre d'allusions ? Cela expli-
querait d'autant mieux pourquoi ce lion e«t si calme, et pourquoi ce lièvre
(l'impie) a l'oreille si aux écoutes, le regard si plein d'épouvante, l'ensemble
si terrifié.
(1) Orthographe du moyen âge.
(i) Cinquième jet de la rapine, qui e.st on ramean de l'avarico.
(3) Msr. de la Bibliothèque royale.
Nous avons montré dans le chien, coitudéré aa point de
vue de ses rapports avecle mal, des allusions à tous les vices;
par ses aboiements forcenés marquant une humeur intrai-
table, celui-ci, effronté roquet, rend au naturel l'impiideoee
et l'aveugle témérité. Le terme « impaviditas • signifie dans
les moralistes chrétiens, où il s'in.scrit parmi les vice^, non
pas l'intrépidité du courage, mais la témérité coupable par
laquelle on affronte Dim, et la détestable hardiesse de cenx
qui ne craignent ni de l'irriter, ni de lui déplaire (I) : sorte
d'apathie insensée, pur effet de la lâcheté; car c'est le défaut
de courage qui fait refuser les combats commandés par la loi
divine. Cette sécurité stupide porte jusqu'à nier Dieu même,
comme pour se donner le droit de compter pour rien ses
défense» et d'enfreindre ses injonctions : étal figuré par ce
chien d'espèce faible et délicate, mais fanfaron par caractère
et aboyeur de profession ; aussi, malgré cet air mutin et ces
jappements forcenés, voit-on son corps tout contracté et la
queue de ce rodomont rampante et serrée sons son ventre.
Telle est cette audace factice qui n'affronte le Tout-Puissant
que parce qu'il est invisible, patient et tardif à punir, mais
qui décline le courage et les efforts de la vertu, et qui a pour
fin et pour principe la faiblesse et la lâcheté.
K* ST. ■•••«re hybride.
Transformation complète. — QwrU (oiUe iê Detractiom.
Têle, corps et pattes de dogue île forte race. Qiieoe fàù-
tastique, se rapprochant de celle de la sangsue et rappelant
les poissons mous dits mtreun. Ailes dreiwées de palmipède.
Ce monstre, d'expression féroce, pourrait bien être un de
ces dogues habitués des bouchtries, vivant de sang et de
chair crue, i)ersunnifiant le Klclie péché de délractioa (2).
Nous avons vu la ■ tierce foilie ■ de ce vice dans la statue
n° 15, péché qui e eâttiint et met à néant tous les biens que
lions fait et le fait tenir pour mauves : cil menjue lonie tout
entier . » Le dogue qui est iiiùnlré ici semble en être la • quarte
foilie, » crime plus réprouvé encore, pai ce qu'il est mieux co-
loré. « La quarte ne le menjue pas tout, mes il le mort el en
prent une pièce, et c'e,<it la quarte foilie de ceste branche qui
est proprement appelée détraccioo. Or il detrait et découpe
tousiors aucune pièce des biens que il oi dan» autrui. Car qiian-
que lei) dit bien dautrui devant lui, tousiors i trove et met
(I) VincenU Bellovac. Specul. uwnl. | A> /«luNtJaMt.
(i) Y. dans ootrc â* parUr. art. Ckitu.
331
REVUE DE L'ARGHITECTIJRE ET DES TRAVAUX PURLIOS.
:m
un mes. Certes fait il cest voir (vrai) : il est moût preudome
et je laime moût : mes il a tel défaut en luj, ce poise moi
(ce me semble) (1). »
A quel autre parmi les vices siéraient mieux les ailes dres-
sées et débiles des palmipèdes, qu'à cet hypocrite péché qui
a tant de détours et de ruses, et qui affecte les vertus hum-
bles, les plus généreuses vertus, la loyauté, l'amour du
vrai, et l'extrême délicatesse dans ses jugements sur le bien ?
Mais auquel aussi convient mieux la honteuse queue de lam-
proie, de sangsue ou de poisson mou donnée à ce vil per-
sonnage, le plus ignoble, le plus lâche, le plus méprisé des
envieux?
No ss. Monstre fantaslhiuc et hybride
Transformation complète. — Haine, ressentiments, vengeance
et complications.
La tête, les pattes bisulques, quelques caractères de l'os-
sature du corps, rappellent le type chameau. La queue
très-longue, grêle et lisse, terminée par une touffe soyeuse
et bien fournie d'assez longs poils, se tient serrée contre le
flanc et vient ombrager de sa houppe le milieu supérieur du
cou, mouvement caractéristique dont nous avons donné le
sens dans notre article sur les queues.
Les caractères du chameau, dominants dans cette statue,
paraissent dénoter ici les irritations implacables, les senti-
ments vindicatifs, les haines concentrées et sourdes qui n'as-
pirent qu'à éclater, seconde espèce de colère plus cou[)able
et plus réprouvée que celle qui se manifeste par des transports
bruyants mais courts. Elle aussi est l'une des filles de cette
passion de superbe, accusée surtout par ce monstre, dont
le profil vu du midi (2), esi effroyable de colère, de férocité
et de laideur. Placé l'un des derniers dans l'ordre, sur cette
dernière tourelle et dans la série des péchés, cet animal
probablement s'y montrait avec le cortège de ses nombreuses
allusions : c'étaient, comme on l'a vu plus haut (3), avec
l'orgueil et la vindicte, l'hypocrisie, le sacrilège, la tor-
tuosité des voies et tout ce qu'enfantent ces vices; c'est dans
ces derniers rangs d'entre eux que devaient être rassemblées
leurs plus odieuses espèces.
N» S9. Monstre hybride.
Religieuse-chatte. — Transformation partielle. — Réunion du poché
d'Accide, de la Lécherie. de ïOitrgueil.
Monstre accroupi comme les autres, tête voilée de reli-
gieuse. Guimpe montante à plis serrés; draperie enveloppant
la poitrine, le cou et la naissance des épaules. Corps fantas-
tique de bipède, rappelant la bête féroce par la vigueur de
la membrure, et la chatte par les détails , toute l'encolure et
(1) Msc. de la Bibliothèque royale.
(2) Des cours placées au midi de la basilique et 'du préau de l'édifice nommé,
au moment où nous écrivons. Maison royale de Sainl-Denys.
(3) Dans notre 2° partie, au paragraphe du Chameau.
la pose. Griffes pressées contre le corps et s'efforçant de se
cacher. Ailes dressées de palmipède.
Une mollesse raffinée (1), la timidité paresseuse née de
l'extrême amour de soi, un fond opiniâtre et rétif qui ne cède
qu'à la contrainte et qui n'est jamais tout à fait réduit, la
passion de l'indépendance, la fausseté, la fourberie, l'excès
des goûts libidineux et l'adulation hypocrite, tels sont les
attributs pervers prêtés au chat dans tous les siècles.
La mollesse, l'oisiveté et les passions libidineuses, l'or-
gueilleuse opiniâtreté, la ruse, arme lâche des faibles, la
force que la queue de lion spécifie dans tous ces penchants,
semblent être entre ces péchés ceux que marque cette sta-
tue. On se souvient, à son aspect, qu'en l'an H29, c'est-à-
dire plus d'un siècle avant l'érection de ces tourelles, Suger,
abbé de Saint-Denys, réclamait au concile de Paris (2) la
dispersion et la réforme des religieuses d'Argenteuil, accu-
sées d'énormes scandales. On sait quelle fut la décision du
concile, et l'expulsion des religieuses divisées en deux colo-
nies, l'une guidée par Héloïse et destinée au Paraclet, l'au-
tre recueillie dans l'abbaye de Malnoue. L'accomplissement
de cette mesure rendait au monastère de Saint-Denys le
beau prieuré d'Argenteuil qu'on y regrettait depuis long-
temps (3). La réclamation de l'abbé Suger et la bulle ponti-
(1) Mollesse appelée tendretez, le second gelon de l'Accide. • C'est molece
decucr, qui est la coite au deable ovi il se repose, cl dit a lome ou a la famé :
tu as este trop souef norris, tu es de trop feblc complession. Tu ne posroies
faire ces grans penitances, tu es trop tendre, tantost seroies mors. Et jjor ce,
le cheilif se lesse coler a faire les delis de .son cors. [Msc. de la Bibliothèque
royale.)
(2) Fleury, Hist. ecdes., I.LXVIII, 62. — Suger, De Adminisiratione.
(3) Le monastère d'Argenteuil était situé sur la Seine, à deux petites lienes
de Paris; son église, dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, est un but
de pèlerinage. Une charte des empereurs Ludnigh le Débonnaire cl Lother soo
fils, donnée vers 828, raj)porle l'origine de sa fondation au règne de Chlo-
ter III, c'est-à-dire entre les années 656 et 670. Un nommé Hermenric et sa
femme Mumane le bâtirent sur leur propre fonds et l'unirent à Pabbayede
Saint-Denys. Cette union subsista jusqu à ce que Théodrade, fille de Karl le
Magne, reçut de son père en bénéfice le monastère d'Argenteuil où clin
réunit quelques religieuses, et qui devait après sa mort retourner aux moines
de Saint-Denys. Mais celte opulente abbaye, qui sur tous les points de TEa-
rope possédait d'immenses domaines, des cités, des bourgs, des villages, des
bois, des vallées, des églises, des prieures (V. Inventaire des chartes, msc.
relatifs à l'Abbaye de Saint-Denys, aux Archives du royaume), se montra gij-
néreuse envers la retraite de la fille de Karl le .Magne, et après la mort de
cette princesse, les religieuses ses compagnes furent lai>sées à Argenleuil :
seulement, les abbés de Saint-Denys eurent soin de les maintenir .sous leor
dépendance.
Détruit dans une incursion des Normands, le monastère d'Argenteuil fut
rebâti en 997 par la reine Adélaïde de Guienne, veuve de Hugues Capet ; la
règle de saint Benoît y fut établie, et le nombre des religieuses devint alors
considérable.
En l'an 1129, l'abbé Suger entreprit de ressaisir le monastère d'Argen-
teuil. Favorisé dans celte vue par le relâchement notable introduit dans cette
maison, il en écrivit au pape Honoré II II renouvela sa réclamation dans le
concile de Paris tenu à Saint-Gcrmain-des-Prés en présence de Mathieu,
évoque d'Albano et légat du pape. La lettre adressée par ce prélat au saint
Père pour l'informer de la décision du concile, est insérée dans le Hecueil det
Conciles, tom. X, 436, et reproduite dans Doublet (Antiquités de Saint-
Denys i ainsi que la Bulle du pape. On y lit que ces religieuses déshonoraient
leur profession et donnaient de très-grands scandales. Elles furent donc dis-
persées : les unes trouvèrent un asile dans l'abbaye de Fôtel ou .Malniiue, les
autres s'établirent au Paraclet sous la conduite d'Héloise. (V. D. Doublet,
saa
REVUK DE LAUCIII TECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
ficale durent donc être à double titre applaudies par les re-
ligieux; aussi dom Doublet, dom Félibicn, bistoriens de
l'abbaye, imbus de l'esprit de leurs frères sur ce fait qu'ils
n'ont point omis, ne disent sur ces religieuses rien qui ré-
veille en leur faveur l'intérêt ni la sympathie.
En voyant sur cette tourelle cette statue, seule entre
toutes sous ce costume exceptionnel, et si près de celle du
moine (I) montré domptant l'Esprit du mal, on peutse poser
la question de savoir si cette figure aux formes unes et cor-
rectes, aux dehors de femme et de chat, et pouvant expri-
mer par là les déportemenls les plus graves, ne fut pas
inspirée encore, outre son intrntiou ex|)res8e, par le sou-
venir trop cf'ilèbre des religieuses d'Argenleuil. Il serait
cnrieux qu'Héloïso eût été aux yeux de ces moines, et en
quelque sorte à huis clos, stigmatisée par cette image.
Saint-Denys, dans cette hypothèse, aurait été également
hostile aux deux époux (2) : ou sait qu'Abailard ne trouva
point le repos dans cette abbaye, qu'il s'échappa de ses
prisons, et que les torts qui l'y jetèrent n'étaient pas des
erreurs de dogme, mais son opinion dissidente de celle des
autres moines, sur une question historique qui intéressait
leur vanité (3).
N* SO. nionktre hybride.
Transformaliou partielle. — L'Iiomme-Barliol. — Oubli prof ond det fitu
dernière».
C'est un vieillard à barbe épaisse, voilé et drapé avec goût
jusqu'à la chute des épaules : la brute a envahi le reste, en-
foncé dans un corps de chien à queue soyeuse et écourtée.
La pose accroupie paresseusement, et pleine de sournoiserie,
de mignardise et de mollesse, rappelle l'allure du chat
Le barbet a plus de qualités que de vices : il n'est ni har-
gneux, ni farouche, ni colère, ni tapageur; il mangue petit,
p. 481. 4H3. — D. Félibicn, Histoire de l'abbaye de Saint-UeDys, I. II, 1 10.—
Uv.lV, 5K, an IIS».)
H) Statue pl.'io'it sur cette mAmc tourelle, au midi, à l'opposite de celle-ri.
C'est le n° IM ci- après.
(3) Lu statue n° i (sur la tourelle nord-ouest) dont le.s caraclt^rcs convien-
nent :\ rixTisif, auruit-i-lle (u aussi quelque allusion indirecte à la mémoire
d'Abailaril, oondaMino au concile île Soissons, à l'époque mt^me où il était
moine de Saint-Denys, (wur les pr»|iosiiiiins errom^s de son trailë !>e Trini-
UUef Du reste, la possibilili' de cette allusion prise dans l'Iiisloire du mo-
nastère, et indiquée peut-iHre aux novices pour leur rappeler de (|uel point
'orgue.l peut faire déchoir, n'etl d« notre put qu'une présomption à laquelle
nous n'auacbons aucune importance, et qne nous ne donnons que pour ce
qu'elle est.
(3) Les religieux du monastère soutenaient qne leur patron saint Denys,
premier évé(iMe de Paris et selon eux le même que saint Denys l'Aréopagile,
avait éti aussi le premier ( véquecr.4lA<iM*. Abailard, ayant lu dans le Om-
montaire de IWde que saint Denys l'AliionillB l'Uit évoque de CoriiilAe.
et n'ignorant pas que dans ces temps reoaMf Im ArtqMS n« changeaient point
de di.icùse, rt'pandit aussilAt inconsidén^aMMt celle opinion dans le couvent.
O langage y excita de grandes rumeur» : .Ahailanl fut aMnaeri de la colère
du roi, emprisonné par l'ordre d'Adam .son alib.', el gardii eoune an criminel
d'Etat. On sait qu'il trouva moyen de s'échapper nuitamment do sa prison, et
qu il se relira prés de Thibaut, comte de Champagne, ensuite au prieuré de
Saint-Aigulfe de Provins (Saint-Ayoul), puis dan» un désert prt>s de Trojc»,
oa il fonda le Paracleu
dit le Bestiaire, et n'est nullement exigeant à f endroit de m
nourriture, enfin il est humble, docile et patient entre ses
pareils. .Mais comme chien courant les roes, soaveot sans
maître et sans aveu, il est sujet à la famine et coutumier
d'immondes choses par l' effet de sa gueuserie et par défaut
d'éducation : la gloutonnerie, l'impudence, la rage, le to-
miflsemeatet l'abus qu'on lai en voit faire s<mt des sccideals
communs dans sa vie, et sa queue, k peine apparente, JoioC
à ces emblèmes de vices celui de l'oubli des dernières fins.
Le mouvement de la tète , qui se retourne en arrière el yen
le côté, peut-être vers la statue voisine (I), comme pour re-
gretter la vie et chercher encore do regard ce qo'it j peut
rester d'aimable ; ce mouvement prononcé là est un caractère
stigmatisé dans les Écritures : S. Paul s'y représente lui-
niême regardant toujours en avant et *^éiendatU avec
elTort (2) pour marquer de l'œil par avance et saisir pin*
lard les biens à venir; et l'Évangile dit ces mou : • Celui
qui... regarde en arrière n'est point propre au royaume de
Dieu (3). »
La pose accroupie, la mollesse, l'attitude nuée du cbat
rappellent les goûts pervertis, les instincts ignobles et bas,
et la malice satanique trop ordinaire à la vieillesse qoand
elle a perdn let» mérites qui font sa haute dignité.
Tel est raaseaibbee de vkes i|«s fHHam i cette
le chien à qtiene courte et le dut. Le vielUanltyo» &(
livrée (car ce front est Oétri par Fige, et eeM vieillesse a
son sens) figure la torpeur de Time et nabilads du déssr-
dre poussant au matérialisme, quand vîeot le déclin de la
vie, l'hofnme qui a vécu dans l'otibfi de Oieu. A la suite de
tant de crimes exposés sur ce momunentsaosni sf gmd
nombre de types, devait se montrer leur effet, la mise en
action de ce texte : « Iinpins, cnm in profundum venerit pec-
catorum, contemnit (i). n
st.
Transformation complète. — EmmmbU dm Mf( i
i H impéKUÊitm fhmk.
Corps de singe. Fortes pattes de quadrumane. Qneoe
grêle et lisse du lion, longue, terminée par une touOe de
poils passant entre les pattes postérieures et s'appii^saot
sur lo flanc gauche (5). Ailes de palmipède modenes : tèle
moderne de macaque, dont nous n'avons point à parier.
Les instincts pervers en grand nombre sont le caractère
du singe : celui-ci, de re.«pècela plus odieuse par aoo odeur,
par ses grimaces, même par sa malpropreté, et formant le
(1) La reiigirase<haue, statue n< SB.
(t> Qnii* .. relr6 aut oblÏTiacaM, a4 «a... v«rà qwriaal
meipsum. ad dettiaanua pentqMr... (Hiiiiff .111, 13. Il»)
(3) Nemo mittens mannm ad aratmin, et reapIcieM
Dei. (t-Nf, IX,6S.)
(4) Lyrique Timpie est venu an plos protod (aUae)
tout. (Pnnrh.. XVIII, S.)
(5) Cette qneaw n'cM pat ladiqaA mt mMn pmrmre, q«i ae
mal que du cAté droit.
335
lŒVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
336
dernier anneau de cette chaîne de désordres, semble avoir
dû symboliser l'un des plus extrêmes degrés de la perver-
sité humaine (I); cette complication de vices qui lui sont spé-
ciaux et propres, les transports furieux, la licence et leurs
tristes générations, et probablement, d'après le rang qu'il
occupe ici, la dérision née de l'orgueil, cette dérision si
flétrie, si réprouvée par tous les Pères et qui s'attaque à
Dieu lui-même en se jouant de ses menaces, de sa loi, de
ses jugements (2). C'est le nec plus ultra du vice montré
sur la même tourelle par le monstre vieillard-barbet : l'un
et l'autre sont un côté de l'impénitence finale.
La queue est celle du lion, marque de l'extrême violence
qu'a acquis à ce période l'ascendaut funeste du mal.
Suite et fin au prochain numéro.
Madame Fkucie d'AYZAG.
Dame de la Maison royale de la Légion d'FIonneur (Saint-Denys).
(1) Voy. Hrab. Maur., Uc uuivcrso : • Simiie peccatls liomines fuetidos signi-
fîcant • Et V. dans notre II« partie, l'article Singe.
(2) ... Reprobi... jussionis et coinniinalioni.s divina^ judicium dérident.
(Hraban. Maur., in Proverb. Il, 19.)
DES TUYAUX DE CONDUITE
ET NOTAMMENT DE CEliX EN TERRE CUITE.
Les matières employées à la confection des tuyaux de
conduite sont principalement le plomb, le bois, la fonte de
er et la poterie.
Les tuyaux en plomb, dont l'emploi remonte fort avant
dans l'antiquité, sont insalubres et coûtent fort cher.
Les conduits eu bois, quoique cloués de grandes qualités,
sont aujourd'hui à i)eu près compléleinent abandonnés. Nous
ignorons pourquoi. La plus solide raison peut-être qu'on en
pourrait donner est qu'ils sont passés de mode depuis l'adop-
tion de la fonte qui ne coûte pas plus cher à diamètre inté-
rieur égal.
Les meilleurs bois indigènes pour la confection des tuyaux
sont le cliêne. l'orme et l'aune, il faut les employer pendant
qu'ils sont encore verts.
La durée des tuyaux en bois peut être extrêmement lon-
gue. Nous avons vu, il y a dix ou douze ans, un tuyau de
ce genre découvert dans la fouille d'un égout, rue de Clichy.
Quoiqu'il ne contînt plus d'eau, il était d'une conserva-
tion parfaite. Nous ne doutons pas qu'il ne fût là depuis des
siècles, car ni Girard dans son mémoire sur les Eaux de
Paris, ni Dulaure dans son histoire de la capitale, ne font
mention de conduits d'eau dans ces parages. Ils devaient
amener les eaux de quelque source de Montmartre aujour-
d'hui perdue.
Les Chinois n'emploient guère d'autres tuyaux de conduite
que ceux que leur fournit la tige creuse des bambous.
La fonte fut employée ponr la première fois à la confec-
tion des tuyaux en 1G72, par Francini. Depuis ce temps, son
usage apris une extension considérable, surtoutde nos jours,
où elle est employée presque exclusivement.
Les tuyaux en fonte ont l'avantage d'être faciles à poser,
de résister assez bien aux chocs et aux pressions, et d'être
d'un prix modéré. Mais ces avantages sont compensés par
plus d'un inconvénient : ils donnent un mauvais goût à l'eau
qui y séjourne; ils s'oxydent avec une extrême facilité, sur-
tout lorsqu'ils conduisent des eaux de certaine qualité dont
les principes, se combinant avec ceux de la fonte, produisent
des tubercules qui obstruent en peu d'années les tuyaux.
C'est ce qui est arrivé aux conduits des eaux publiques de la
ville de Grenoble, qui, en quatre années, furent presque
totalement bouchés.
On a cherché à obvier à cet inconvénient par des enduits
intérieurs, tels que le ciment romain, par exemple ; mais cet
I enduit a l'inconvénient de diminuer la capacité des tuyaux,
inconvénient très-grave pour les tuyaux d'un petit diamètre;
puis il donne prise aux incrustations.
Ou a aussi employé le zincage et le plombage par les pro-
cédés galvaniques; mais ces moyens, fort coûteux, ne re-
médient que momentanément à l'oxydation ; car, une fois
qu'un point de la surface se trouve à découvert par une cause
quelconque, l'oxydation marche avec une extrême rapidité
en s'étendant autour du point attaqué.
Si, de nos jours, l'emploi des tuyaux en poterie a été fort
restreint, en le doit certainement à la grossièreté de leur
fabrication et à leur peu de solidité. Us n'ont guère été em-
ployés, jusqu'à ces dernières années, que par les maraîchers,
pour la distribution des eaux d'arrosage dans leurs potagers;
ou bien quelquefois encore pour des conduits d'eaux vives de
peu d'importance.
Depuis quelques années, les tuyaux en argile ont repris
faveur, par suite des grands perfectionnements apportés à
leur confection. Des fabriques se sont établies d'après de
nouveaux systèmes, et tout fait espérer que, mieux appré-
ciés, et surtout employés avec plus de discernement et de
soins, leur usage prendra une très grande extension et qu'ils
remplaceront les tuyaux en fonte et en plomb pour la con-
duite des eaux et même des gaz.
Les tuyaux en terre cuite de bonne qualité ont sur ceux
337
HEVUE DE L'AIU:ilirK<;TLRE ET DES TKAVALX PLBLICg*
338
en métal l'avantage inappréciable de conserver aux eaux
toute leur pureté, d'être inaltérables et de coûter beaucoup
moins que tout autre genre de conduits. Ils sont surtout
inappréciables pour la conduite des eaux minérales qui ron-
gent les métaux ; telles sont principalement les eaux sulfu-
reuses. Vitruve, liv. VIII, cliap. vu, vante la salubrité des
tuyaux en poterie et conseille de les employer de préférence
à ceux de plomb, qu'il regarde comme très-nuisibles à la
santé. Il prétend môme que l'eau se bonifie dans les tuyaux
en terre cuite, et il ajoute qu'ils sont fort aisés .\ raccom-
moder lorsqu'ils ont quelques défauts. 11 veut que leur épais-
seur soit portée à deux doigts. Il conseille en outre, lors-
qu'on est obligé de donner à ces tuyaux une forme syphoïde,
comme par exemple à la descente et à la remonte de la coupe
d'un vallon, de former les coudes de ces conduits en terre
cuite avec une pierre percée capable de résister au choc du
courant d'eau descendant, choc auquel un simple coude en
poterie ne pourrait pas résister. L'emploi de ces tnyaux dans
des conduits syphoïdes devait les exposer parfois à de très-
grandes pressions.
Les inconvénients qu'on leur reproche sont leur fragilité,
la difficulté de luter solidement leur joints, et la facilité avec
laquelle les racines des arbres peuvent s'y introduire. Mais
en leur donnant une épaisseur convenable, on rend très-rares
les chances de rupture par le tassement; et si l'on enveloppe
ces tuyaux d'une chemise en béton ou en mortier hy-
draulique, on augmente considérablement leur résistance à
la pression intérieure, et on empêche complètement l'intro-
duction des racines des arbres qui finissent par obstruer le
passage.
Pour faire un bon travail, l'épaisseur du béton doit être
au moins égale au diamètre extérieur du tuyau ; mais nous
devons dire que ce bétonnage triple au moins la dépense, si
l'on emploie les tuyaux communs des environs de Paris. Le
prix du mètre linéaire (en tuyaux de 10 cent.) revient alors
à 5 fr. 77 c. ; le tuyau nu ne revient qu'à 1 fr. 50 c. Si l'on
veut observer la plus stricte économie lorsqu'on n'a pas une
très-grande pression à supporter, et tout en conservant une
résistance convenable pour répondre aux tassements, on po-
sera les loyaux sur une couche de mortier de chaux hydrau-
lique et de sable, d'une largeur au moins double du diamètre
extérieur du tuyau, et de six ou huit centimètres d'épaisseur.
On garnira ensuite les flancs du tuyau de ce même mortier,
qu'on lissera avec la truelle en forme de solin de chaque côté
(voy. fig. là, pi. 29). L'ensemble du tuyau et du lit de mor-
tier formera ainsi un prisme trapézoïde arrondie au sommet,
et reposant sur le sol par une large base plane. Le mortier,
durcissant en quelques jours, consolide les tuyaux d'une
manière assez satisfaisante.
Si, au contraire, voulant faire les choses solidement, on
se décide à bloquer le tuyau tout entier dans un prisme de
béton, on dressera d'abonl le fond de la tranchée avec assez
de soin pour n'être pas obligé de rapporter des terres dans
des places où l'on en aurait ôté trop ; on posera sur le sol
TOMF. VIT.
une couche de béton d'une épaisseur conrenable, on éteo*
dra sur le milieu un lit de mortier sur lequel oa couchera les
tuyaux, on garnira le tuyau lui-même d'noe chemise eo mor-
tier pour former liaison parfaite entre le tube et le béton, en
évitant surtout de laisser le moindre vide, et on remplira en-
suite avec du béton la tranchée ju-sqa'à une liauteur conve-
nable en le pressant avec les pieds cbauMés de sabots.
On pourrait aussi économiser le béton en arrondissant ]a
partie supérieure de l'enveloppe, comme on l'a fait à Vaque-
duc antique du Prd-SaiulGerrais (voy. fig. 9, pi. 29).
Cette forme a encore l'avantage de préserver le tujao de
l'effet du tassement eo reportant sur les berges de la tran-
chée le poids des terres supérieures (pii forment alors ooe
espèce de voûte au-dessus du prisme en béton.
Il importe que la tranchée soit assez profonde pour que les
plus fortes gelées ne puissent atteindre les tuyaux (environ
0 m. GO c. en France), autrement ils pourraient être brisés
par la congélation, à moins, toutefois, que la températore
de l'eau ne s'y oppose.
Les joints des tuyaux sont lûtes avec des mastics de plu-
sieurs espèces. Le choix de ce lut est assez important. Vt-
truve dit que de son temps on employait la chaux délayée
dans l'huile; c'est un moyen qu'on peut encore reconunao-
der.
On emploie vulgairement à cet usage le mastic dit ia
fontainiers, mélange de résine et de cendre, de brique piléc
ou de sable fin, qui, se décomposant en peu d'années, occa-
sionne des fuites ou permit l'introduction du cbevela des
racines des arbres. Il doit donc être rejeté. L'asphalte na-
turel ou même celui qui su fait avec le goudron du gaz %'a-
lent infiniment mieux. On les applique à chaud comme le
précédent. Ils sont incorruptibles, et impénétrables aux ra^
cines.
Nous considérons l'asphalte de Scyssel comme un des meil-
leurs luts connus pour les joints des tuyaux de conduite
d'eaux froides. On l'introduit d'abord dans l'embolture, eo
évitant avec soin les bavures intérieures qui forment des
étranglements (i) ; puis on fait un nœud bombé autour da
joint avec un fer à plombier.
Ces nœuds étant assez difficiles à faire sur place, on ajuste
d'avance trois ou quatre bouts ensemble, et il ne reste plus
qu' un nœud sur quatre ou cinq à faire dans la tranchée. Après
avoir mis du bitume chaud dans l'cmbotture, et posé la suite
de tuyaux eu place, on moule le nœud dans un creux ménagé
dans le lit de mortier. Si l'on eu avait une grande quantité
à faire, nous conseillerions de les couler dans un moule eo
tôle ouvrant à charnière en deux partit^.
.Mais si les eaux à conduire sont chaudes, il faut employer
des mastics non susceptibles de se ramollir à la cbalenr. Les
ciments romains sont bons pour cet usage ; mais ai les eaux
sont thermales et sulfureuses, il faut renoncer à ce dernier
(l) On d(<tniit cet barxire* en passant an
bitume Ml rtffruiJi.
b HTM
339
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
340
moyen, à moins d'empêcher tout contact entre les gaz sulfu-
reux et le ciment; ce qui nous semble impossible (1).
On emploie aussi avec succès un mastic d'ocre jaune dé-
layé dans l'huile. Mais ce lut convient surtout pour garnir
l'emboîlure. 11 faut ensuite former sur le joint un nœud en
ciment romain .
Les tuyaux en poterie se posent souvent dans des lieux
plantés d'arbres, et il arrive parfois que les racines s'y in-
troduisent soit par des fêlures produites parle tassement, soit
^ dans quelques défauts de la terre cuite ou du nœud en mastic,
ou bien encore lorsque cette matière est entrée en décompo-
sition. Il suffi qu'un chevelu filiforme trouve quelque im-
perceptible passage pour s'introduire dans le tube. L'accrois-
sement de la racine agrandit l'ouverture ; et si le tuyau est
rempli d'eau, la végétation est si rapide qu'en quelques mois,
en quelques semaines souvent, le tube est oblitéré par une
masse de chevelu que les fontainiers appellent queue de re-
nard.
Les lois romaines défendaient de planter des arbres trop
près des aqueducs, parce que les racines de ces végétaux,
s'introduisant dans les joints de la maçonnerie, finissaient
par dégrader et compromettre la durée des aqueducs.
On se fait difficilement une idée de l'avidité avec laquelle
les racines des arbres viennent sucer l'eau qui transsude à
travers les pores des conduits. Aussitôt qu'un chevelu se
trouve en contact avec les flancs d'un tuyau, il s'y ramifie,
il l'étreint, il y attache ses suçoirs comme pour ne perdre
aucune des molécules de l'eau qui filtre à travers. Il tâte,
pour ainsi dire toutes les issues par lesquelles il pourrait
s'introduire dans la place, afin de mieux s'abreuver encore
du bienfaisant liquide. S'il rencontre le moindre trou, la
moindre fissure, il y pénètre de vive force, il agrandit l'ou-
verture en grossissant, il se ramifie mille fois à l'intérieur, et
bientôt la capacité du tuyau se trouve obstruée herméti-
quement. On est alors obligé de faire une fouille pour re-
chercher l'endroit par où la racine s'est introduite. On re-
trouve approximativement le point obstrué au moyen d'une
sonde.
Nous avons vu un puits peu profond et fermé depuis quel-
ques années, dont les murs avaient été traversés par quel-
ques racines d'arbres. Celles-ci étaient descendues le long
des parois, et, arrivées à la surface de l'eau, elles s'y étaient
étalées et ramifiées à l'infini. Le chevelu avait formé une
espèce de feutre compacte, un véritable matelas tellement
solide, qu'il porta, sans se crever, le pied d'une échelle de 4
à 5 mètres de long et un homme monté dessus.
On a trouvé dans une fouille au ministère de la guerre, à
Paris, un tuyau en grès abandonné depuis fort longtemps et
entièrement vide. Une racine de vernis du Japon s'y était
(1) Nous avons eu occasion d'employer bien des fois, à rétablissement
thermal dEnghien, des chaux hydrauliques et des ciments romains de tonte
espèce; aucun n'a pu résister à l'action délétère des gaz sulfureux.
introduite.'au travers du mastic de fontainier décomposé qui
garnissait les joints.
Le diamètre de cette racine, parfaitement ronde, était
d'environ 1 2 millimètres ; elle s'était aplatie et étranglée
en traversant le joint, et sa section à ce point était réduite
au cinquième. Mais à son entrée dans le vide du tuyau, elle
avait repris son diamètre normal et sa forme cylindrique
parfaite. Cette racine, ne rencontrant aucun obstacle, s'é-
tait étendue à plus de 20 mètres. Aucun chevelu n'existait
sur sa longueur; il s'était desséché faute d'aliment.
DES DIVERSES ESPÈCES DE TUVACX EN POTERIE.
On emploie communément à Paris et dans les départe-
ments voisins des tuyaux dits en grès, quoiqu'ils soient en
argile ordinaire et très-grossièrement fabriqués. Les maraî-
chers en font un grand usage pour la distribution des eaux
d'arrosage dans les jardins potagers. On les emploie quel-
quefois aussi à la conduite des eaux vives et aux descentes
d'eaux ménagères et de fosses d'aisances à la campagne. Leur
fabrication est trop imparfaite pour que nous nous étendions
davantage sur leur compte.
Parmi les principales variétés de tuyaux en poterie que
nous connaissons, nous citerons ceux de la fabrique de
M. Reichenecker, à Ollwiller (Haut-Rhin).
Ces tuyaux sont parfaitement cylindriques, lisses et sans
emboîture. On les réunit entre eux, bout à bout, dans des
manchons de même matière, de 0 m. 15 c. à 0 m. 20 c. de
long, qu'on scelle avec du ciment romain. La longueur des
manchons est proportionnée à la pression intérieure que doi-
vent subir les tuyaux. Le diamètre de ceux-ci varie de 3 à
25 centimètres, et leur épaisseur, proportionnée au diamètre,
est de 15 à 26 millimètres. Leur poids moyen, par mètre de
longueur, est de 5 à 42 kilog. suivant les grosseurs. Ils sont
d'une parfaite régularité de forme, et l'assemblage, par le
moyen des manchons, rend très-facile le changement partiel
des tuyaux en cas d'accident.
Nous voudrions que l'intérieur des manchons fût légère-
ment évasé, afin de faciliter l'introduction du mastic dans
l'emboîture.
La pâte de ces tuyaux est fine et compacte, et comme ils
sont émaillés à l'intérieur, les incrustations s'y attachent
difficilement, et ils sont inaltérables.
La fabrication toute spéciale de ces tuyaux qu'on pour-
rait appeler sans fin est fort ingénieuse, et nous allons en
donner une description succinte. Ce sont peut-être les seuls
qui se fassent à la mécanique. Tous les autres sont l'œuvre
des plus modestes potiers, dont chacun connaît la manière
de procéder.
L'appareil fabricateur se compose : 1" d'une presse hy-
draulique marchant de haut en bas ; 2° de deux cylindres
creux en fonte de 0 m. 50 c. de diamètre, fixés verticale-
ment l'un à côté de l'autre sur un châssis mobile ou chariot
posé sur un très-fort tréteau en charpente. La mobilité rec
341
HEVUE DE L'AHOHITECTLHE ET DES TRAVAUX PUttMK
tiligne du chariot lui permet d'aller et de venir pour con-
duire alternativement chaque cylindre sous le piston de la
presse agissant de haut en bas.
Les deux cylindres jumeaux sont ouverts des deux bouts,
alésés avec soin et munis par le bas d'un rebord ou dia-
phragme intérienr servant à retenir lesmoulesqu'onyadapte.
Ces moules, qu'on change à volonté, sont en cône ren-
versé, creux et tronqué. Le diamètre de la grande base du
cône, devant s'adapter dans le rebord intérieur du cylindre,
est invariable ; mais celui de la petite base est proportionné
à la grosseur du tuyau qu'on veut obtenir.
Un mandrin conique plein, en fonte, est suspendu au
centre du moule, en sens inverse de celui-ci, et maintenu
par une tige rigide passant dans une traverse fixée à l'inté-
rieur du moule. Le vide annulaire compris entre les parois
de la petite base du moule conique et la grande base du
mandrin détermine la section du tuyau qu'on veut fabriquer.
. La tête renversée du piiton-hélier de la presse est armée
d'un plateau circulaire remplissant l'intérieur du cylindre ;
on y ajoute un rond de cuir pour fermer hermétiquement
le joint.
Lorsqu'un des cylindres est rempli d'argile bien tassée
pour éviter les bulles d'air, on l'amène sous le plateau du
piston. On met en mouvement la pompe, et la pression for-
çant l'argile à sortir par l'orifice annulaire du moule, elle
s'allonge en forme de tuyau qu'on coupe par bouts avec un
fil de fer : on régularise ensuite cette coupe sur le tour.
Pendant que l'un des cylindres est sous la presse, on
charge l'autre d'argile pour le faire passer à son tour sous
le piston lorsque le premier sera vide.
On pourrait par ce procédé obtenir des tuyaux d'une lon-
gueur indéterminée ; mais on les coupe par bouts d'un
mètre h mesure qu'ils sortent du moule. On fabrique ces
tuyaux de toutdiamètre depuis 32millim.jusqu'à250miirun.:
avantage immense, surtout pour les petits diamètres que la
fabrication ordinaire ne peut fournir ou fait très-mal. Leur
épaisseur varie de 15 à 26 millimètres, et leur diamètre est
invariable dans chaque numéro. On en fait aussi de cintrés,
de fourchus.
On concevra facilement qu'avec ce mode de fabrication
l'on pourrait obtenir des tuyaux de toute forme, carrés, rec-
tangulaires, elliptiques, polygonaux, à plusieurs lobes, etc.
On pourrait même fabriquer des moulures. Nous pensons
que le fabricant pourrait exécuter tous ces objets sur profil
donné par les personnes qui lui en feraient la demande.
Ces tuyaux supportent une très-grande pression inté-
rieure. D'après de nombreuses expériences, la résistance de
ceux de 0 m. 07 cent, de diamètre est de 2.'> atmosphères ;
on peut, assure le fabricant, les employer hardiment à 8
ou 10. L'égalité de leur épaisseur, leur cylindricité parfaite,
la compacité de la pâte par l'effet de la compression,
doivent donner toute sécurité sur leur compte.
Dans les applications ordinaires on n'a jamais besoin d'une
si grande résistance. 11 est très-rare que la pression normale
de l'eau dans une conduite libre Relève à plu de §
sphères ; mais dans les écoulements iotermittetitB 4fle peat
devenir considérable. Quand, par exemple, la conduite est
close par un robinet, si l'on ferme subitement celoi-ci, la vi-
tesse acquise par la colonn ed'eau en mouvemeot w Iroofe
arrêtée trop brusquement ; elle produit une aecoo— e i(*A-
quefois énorme. Ce choc, appelé coup dt bélier par les ingé-
nieurs, fait souvent crever les tuyaux, même ceux eu métal.
I.es tuyaux en plomb ne cèdent pas toujours sur-kscfaamp,
à cause de la souplesse du métal ; mais il s'y forme des mt-
vrismes qui se déchirent après un temps plus on moins court.
On prévient les accidents au moyen d'un engrenage n-
lentisseur qui ne permet pas de fermer brusquement le ro-
binet.
Plusieurs villes, et notamment celle de Potssy, ont adopté
lestuyaux Reichenecker pourla conduite des eaux publiques.
On s'en sert aussi avantageusement pour la conduite dogat.
L'auteur a remporté le prix proposé par la Société d'ea-
couragemcnt pour la fabrication des tuyaux en poterie poor
la conduite des eaux, en 1840.
Les autres principales fabriques de tuyaux en poterie sont
celles de Millac, près Nontron (Dordogne), d'Obertxtaeh-
dorf, près Vissembourg (Haut-Khin), et de la Tronche
(Isère).
M. Seguin, ingénieur civil, a fait poser à Enghiea des
tuyaux de conduite de gaz en grès brun et irès^ur. Ils por-
tent uneembotture conique (voy. p(j. ib,pl. 29) très-érasée
d'un bout, et se terminent de l'autre par un léger bourrelet
extérieur. Quelques-uns ont leur embolture striée en hélice.
Une partie de ces tuyaux viennent des fabriques de Bau-
dour, près Saint-Ghislain (Belgique) . Ils sont en grès dur,
d'un travail médiocre, et en deux morceaux soudés sur le
tour. Chaque bout a 75 centimètres de long et 10 centi-
mètresdediamètre. Le mètre linéaire, emboltures comprises,
coûte, posé, 1 fr. 2'> c. pour tuyaux seulement. L'autre par-
tie vient de la fabrique de Ferriëre-laPetite, près Maubeuge.
La pâte et la forme de ces tuyaux sont les mêmes que celles
de Baudour; la couleur en est moins foncée. Le mètre pos6
ne revient qu'à 90 c. pour tuyaux seulement.
Les parties emboîtées, mâles et femelles, ont été, sur la
prescription de M. Seguin, recouvertes de sable infnsible
soudé par un émail. Ce procédé rend les surfaces raboteuses,
condition qui favorise leur adhésion avec le mastic des joints.
Ce mastic se compose de craie dite blanc de Meudtm et
de minium délayés dans du goudron de résidu de gaz. On
en remplit l'emboiture, et chaque joint est ensuite recou-
vert d'un fort nœud en ciment romain. Afin que le mastic
s'attache mieux aux surfaces de l'emboiture, celles-ci sont
préalablement enduites de céruse à l'huile.
TVTAUX E.'^ VEHRE ET EN PORCELADiE.
On fait aussi des tuyaux de conduite en porcelaine. M. l'in-
génieur François en a employé dans son nouvel aménage-
%
343
REVUE UE L'ARGHITECTUKE ET DES TRAVAUX PURLICS.
au
ment des eaux minérales de Bagnères-de-Luchan. Nous n'a-
vons pu nous procurer ni la description ni le prix de ces
tuyaux, quoiqu'on nous ait promis l'un et l'autre.
On fabrique à Rive-de-Gier des tuyaux en verre. Nous
en donnons la forme dans la fig. il, pi. 29. Ces tuyaux sont
minces et complètement cylindriques. On les ajuste ensemble
au moyen de manchons en alliage de plomb et d'étain.
Ces appareils d'assemblage sont à bague filetée pour les
petits diamètres comme dans la fig. 17, et à brides et bou-
lons dans les gros calibres comme aux fig. 18 et 19.
Ces tuyaux si fragiles sont protégés contre les chocs ex-
térieurs par une enveloppe en asphalte de 10 à 15 millim.
d'épaisseur, appliquée après l'ajustement des raccords en
métal.
Il est à regretter qu'une matière durable comme le verre
soit assemblée par des raccords que l'oxydation peut détruire
en fort peu de [temps. Du moins devrait-on, après l'ajuste-
ment du raccord, recouvrir celui-ci d'une couche d'asphalte
qui le dérobât au contact de l'air et de terres environnantes.
Ces tuyaux n'offriront toutes les qualitésdont ils sont suscep-
tibles que lorsqu'on aura remplacé les raccords métalliques
par des manchons en verre, en ayant soin que l'intérieur de
ceux-ci, ainsi que l'intérieur de l'about des tuyaux, soit
strié circulairement ou muni d'aspérités pour donner prise
au lut du joint, qui n'adhérerait que faiblement à la surface
polie du verre. On pourrait faire les manchons en grès.
Nous donnons ci-après un tableau comparatif des prix
des diverses espèces de tuyaux mentionnés dans cette notice.
Nous l'avons extrait en partie d'un mémoire de M. Bergeron
sur les conduites en verre de Rive-de-Gier. Il les avait em-
pruntés lui-même an remarquable ouvrage de M. Genieys,
intitulé : Essai sur les moyens de conduire, d'élever et de
distribuer les eaux. Nous y avons fait quelques additions et
modifications.
PRIX DE DIVEBS ESPÈCES DE TUYAUX.
Fonte.
Détail du prix pour 100 mètres de longueur de conduite
en fonte ayant 108 millimètres de diamètre intérieur.
1° Main-d'œuvre.
Terrassements , 94 fr. 43 c.
Essai des tuyaux à fr. 3 50 les 1 000 kil . 12 19
Transport, charge, décharge et calage
à fr. 4 les 1000 kil 13 94
Bardage et mise en place à fr. 7 les
1000 kil 24 39
Façon des joints, épreuve et garantie. 12 19
2° Fournitures.
3484 kil. de fonte à fr. 40 les 100 kil. 1394
153 kil. de plomb pour les joints à fr.
1 le kil 153
15 kil. de corde goudronnée à fr. 1
le kil - 16
Total pour 100 mètres.
Et pour 1 mètre. .
1719 fr. 14 c.
17 fr. 19 c.
Plomb.
Détail du prix pour 100 mètres de longueur de conduite
en plomb ayant 108 millimètres de diamètre intérieur.
1° Main-d'œuvre.
Terrassements
Essai des tuyaux àfr. 3 50 les 100 kil.
Transport, charge et décharge à fr. 4
les 1000 kil
Bardage et mise en place à fr. 7 les
1000 kil. . •
Façon des joints, épreuve et garantie.
2° Fournitures.
4279 kil. de plomb à fr. 0 80 le kil.
150 kil. de soudure à fr. 2 50 le kil.
Total pour 100 mètres.
Et pour 1 mètre. . . .
94
14
17
29
12
3423
375
43
98
12
95
19
29
3966 fr. 87 c.
39 fr. 67 c.
Poterie.
Détail du prix pour 100 mètres de longueur de conduite
en poterie ordinaire ayant 108 millimètres de diamètre in-
térieur.
1» Main-d^ œuvre.
Terrassements 94 fr. 43 c.
Bardage et mise en place 29 95
Façon des 100 joints au ciment romain
à 0 fr. 20 c 20 »
2° Fournitures.
100 tuyaux de poterie à 0 fr. 70. .
Maçonnerie hydraulique formant au-
tour du tuyaux un blocage de 0 m.
40 c. de côté, 16 m. 00 c. cubes
de béton et mortier, à fr. 22 70 le
le mètre
Total pour 100 mètres. .
Et pour 1 mètre. . . .
70
363
20
577 fr. 58 c
5 fr. 77 c!
34S
REVUE DE LAHCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
aM
La valeur des tuyaux Reichnecker de 108 millimètres de
diamètre intérieur, de première force, vernissés à l'inté-
rieur, étant de fr. 3 58 par mètre, compris pose, et quel-
ques autres détails semblables à ceux-ci, le mètre linéaire
revient à fr. 8. 16.
Verre.
Détail du prix pour 100 mètres de longueur de conduite
en verre ayant 108 millimètres de diamètre intérieur.
1° Main-d'œuvre.
Terrassements 94 fr. 43 c.
Essai des tuyaux 12 19
Transport, charge et décharge. . . 18 94
Bardage et mise en place 24 39
Façon des joints, épreuve et garantie. 12 19
Pose du bitume et du manchon. . . n «
6 journées d'ouvrier à fr. 4 l'un. 24 »
2" Fournitures.
100 tuyaux de verre à fr. 2 50 l'un. 250 »
Frais de combustible pour fondre le
bitume 20 »
100 joints métalliques à fr. 3 l'un. . 300 »
Chances de casse pendant la pose du
bitume, 1 [10 "des tuyaux. ... 25 s
1000 kil. de bitume à fr. 16 les 100
kil 150 »
Total pour 100 mètres. . 926 fr. 14 c.
E% pour 1 mètre. . . . 9 fr. 26 c.
Tableau comparatif dca prix par mëtre linéaire.
Plomb 39 fr. 67 c.
Fonte 17 19
Verre de [Rive-de-Gier 9 26
Poterie Reichenecker 8 15
Poterie ordinaire 5 77
Quelques-uns de nos lecteurs seraient sans doute curieux
de savoir jusqu'à quel point on fit usage de tuyaux en terre
cuite dans l'antiquité, et si l'expérience des anciens peut
servir à l'instruction des modernes. Dans le prochain nu-
méro de la Revue, nous communiquerons le résultat de quel-
ques recherches que nous avons faites à ce sujet.
H. JANNIARD,
ARhiieete dn gooTemement.
OBSERVATIONS
raitsirrÉn
PAR LA SOCIÉTÉ CENTRALE DES ARCHITECTES
NÉCESSITÉ DINSTITUER UN DIPtOME D'ARCHITECTE
PROCRAIUIB DES COIOIAISSAIICBS BXIOBUS FOC» L-OtTOnrHMI
01 Ut
La Société centrale des architectes s'est |MtqNMé pour bot
(article 1 •' de ses statuts) ■ de s'ocniper des questions relativrs
» à l'architecture » et particulièrement • des questions de |a*-
» tique, envisagées principalement sous le rapportées intérêlB
» publics et privés qui s'y rattachent. »
De ces questions, la plus importante sans douie est celle qui
était signalée dès les premiers mots du rapport (I) de la Com-
mission préparatoire instituée pour la formation de la SociMé,
rapport dans lequel la Commission avait au moins la triste coo-
sol ation déconsigner les vues aussi sages qu'élevées de ton pt«-
sident, l'illustre et regrettable M. Huyot, mort avant l'acbère-
mentdes travaux de la (Commission, c L'architecture (disuMlle
» eu commencement)estdepuislongtempsenbutteAdesiiicoii-
B vénients graves, non moins funestes aux intérêts publics et
I particuliers qu'à l'art même, ainsi qu'aux artistes ; et, pumi
> ces inconvénients, il faut citer en première ligne : l'I'alMaee
I de toute mesure propre à di.stioguer les architectes qui léa-
> nissent les conditions et les garanties nécessaires ;2*Ubdlilé
» avec laquelle le premier venu peut, tout au plus en payant
• patente, faire encourir à ceux auxquels il s'impose comme
• collègue, non-seulement une concurrence nuisible aous le
« rapport matériel, mais aussi (ce qui peut être plus nmdllle
> encore) la moralité même de ses actes. »
La commission exposait ensuite : « I* quelles étaient tactai»
> nementuu France les institutions relatives i l'arcfailaelnrs (M
» quels avantages ou quels inconvénients elles présentaient,
» surtout quant aux garanties désirables dans l'intérêt des ar-
» tistes eux-mêmes, ainsi que des administrations et des parti-
• culiers ; 2* quelles sont sous les mêmes rapports les inslitn-
t tions existantes, et quelles améliorations ellea peuvent laisser
(I) Eo date du 13 DOTcmbrc ISWl
347
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
348
» à désirer. » Et après avoir indiqué quelques vues à cet égard,
elle s'empressait d'ajouter :
«Des mesures si graves, si importantes, demanderaient à être
» méditées avec soin, étudiées sous tous les rapports qu'elles
.» peuvent embrasser ; et (bien qu'on ne puisse douter de la bien-
» veillance avec laquelle elles seraient envisagées par le gouver-
» nement) elles auraient besoin, pour être accueillies, d'être
» sollicitées non par quelques individus isolés ou réunis inopi-
» nément, mais par une réunion régulière et nombreuse. »
Cette réunion a été formée, grâce à l'approbation des statuts
de la Société par M. le ministre de l'Intérieur, et à l'assenti-
ment presque unanime des architectes de Paris et des départe-
ments ; et la Société n'a pas tardé à recueillir les premiers fruits
de son existence et de ses travaux. Ses Observations sui le projet
de loi des patentes ont été admises par les Chambres ainsi que
par l'opinion publique ; et en définitive, cette loi elle-même a
exempté de la patente les architectes considérés comme artistes et
ne se livrant pas, même accidentellement, à des entreprises de con-
struction. Cette exemption a été reçue avec reconnaissance par
la Société, non comme exonération d'une charge publique,
mais comme établissant enfin dans nos lois une distinction
positive entre les architectes qui, se renfermant dans l'exercice
de leur art, conservent la position supérieure qu'il leur assure,
et ceux qui croient pouvoir y joindre des opérations, licites
sans doute, mais qui les placent accidentellement dans la posi-
tion moins élevée des entrepreneurs et les rangent au nombre
des commerçants.
Toutefois, cette mesure, déjà si importante en elle-même, a
fait reconnaître d'autant plus la convenance, la nécessité de
donner à tout artiste pourvu des connaissances et de l'expé-
rience requises le moyen de les faire constater authentique-
ment et d'établir ainsi d'une manière légale ses droits à la con-
fiance de ses concitoyens et des administrations publiques.
Suffit-il, en effet, d'avoir posé en principe qu'un architecte qui
se renferme dans l'exercice de son art n'est pas patentable ? et
n'importe-t-il pas encore de déterminer comment on devient
légalement architecte ; de faire cesser enfin ce vague, cette
indéflnitiou (si l'on peut s'exprimer ainsi) qui règne à ce sujet
dans nos lois, et par suite dans l'esprit de tant de personnes? En
un mot, l'exemption de la patente ne doit-elle pas avoir pour
corollaire, pour complément obligé : Vinstitution d'un diplôme
d'architecte ou certificat de capacité ? '
Ces questions ont attiré toute l'attention de la Société. Trois
commissions différentes, le Conseil et la Société même, y ont
consacré successivement de longues études, de nombreuses
discussions aux résultats desquelles sont venues encore se join-
dre les observations de plusieurs architectes des départements,
qui, plus isolés que dans la capitale, souffrent davantage des
inconvénients de l'ordre de choses actuel. Ce sont ces résultats
que la Société vient exposer aujourd'hui, persuadée que l'auto-
rité supérieure, dans sa bienveillance éclairée pour l'art, pour
les artistes et pour les intérêts publics et particuliers si nom-
breux et si importants qui se rattachent à ces questions, recon-
naîtra qu'il s'agit ici, non de créer des privilèges pour qui que
ce soit, mais de prendre des mesures d'ordre réclamées parle
bien public et qu'elle s'empressera dès lors d'accueillir et de
sanctionner.
Pour être exacts et en même temps pour prévenir toute ob-
jection, il faut dire d'abord que, mus d'ailleurs par les senti-
ments les plus généreux, plusieurs membres ont émis la
crainte que toute institution d'un diplôme d'architecte n'eût
quelque chose de contraire aux principes de liberté qui doivent
régir les arts. Quelques-uns auraient pensé que la formation
de la Société suffisait comme influence morale, et comme pou-
vant donner à tout architecte digne de ce nom le moyen de
faire reconnaître, ses titres par ses pairs. Mais il a été objecté
que, dans les arts non plus qu'en politique, la liberté ne doit
pas aller jusqu'à la licence ; qu'elle n'exclut pas toute mesure
d'ordre et de bonne administration ; enfin, que la Société,
quelle que pût et dût être son influence sur l'opinion publique,
ne saurait aspirer à remplir une mission qui appartient néces-
sairement à l'autorité supérieure.
Par suite des mêmes sentiments en même temps que par une
trop forte appréhension des difTicultés que pourrait rencontrer
l'application générale d'une pareille mesure, d'autres membres
avaient pensé qu'il suffirait de l'institution d'un diplôme acces-
siblepour tout architecte qui ferait pmive des connaissances néces-
saires; mais obligatoire seulement pour tout emploi, powr toute
fonction publique, et facultatif dans tous les autres cas.
Mais la Société a pensé, à la presque unanimité, qu'on ne re-
médierait ainsi qu'à une faible partie des inconvénients aux-
quels il s'agit de pourvoir ; qu'on en créerait même de nou-
veaux, en établissant, en reconnaissant en quelque sorte deux
classes d'architectes, avec ou sans diplôme ; qu'on irait par là
contre le but que s'était proposé la Société (p. 15 du rapport
précité) de & chercher à réunir en un seul corps, de rattacher
» àj un centre commun tous les architectes présentant les con-
I) ditions nécessaires d'instruction, d'expérience, de capacité
» et de moralité. »
D'ailleurs, les architectesn'ont pasmoins besoind'unemesure
générale de ce genre, et n'ont pas moins droit, dans leur intérêt
et dans l'intérêt pubhc, que les médecins, les chirurgiens, les
notaires, les avocats, les avoués et autres ; enfin, comme on l'a
déjà indiqué, il ne s'agit pas de faire de l'architecture une pro-
fession privilégiée, limitée, dans laquelle on ne puisse être admis
au delà d'un certain nombre, mais seulement de déterminer des
conditionsd'admissionaccessiblesàtous ceux qui seserontpréa-
lablement livrés aux études théoriques et pratiques nécessaires
pour une profession qui embrasse tant d'intérêts de toute sorte.
La Société a donc jugé indispensable que l'autorité supérieure
iùlinstammenl priée d' instituer le plus prochainement possibleun
diplôme ou certificat de capacité, qui seul, à l'avenir, donnât le
droit lérjal de prendre le titre et d'exercer aucunes fonctions d'ar-
chitecte, tant pour les particuliers que pour les administratiotis pu-
bliques ; et, s'il pouvait être nécessaire d'ajouter encore aux
motifs si puissants qui viennent d'être énoncés, on ferait obser-
ver qu'une semblable mesure a été instituée en Espagne dès le
siècle dernier, sur la proposition d'un Français nommé Hérard,
membre de l'Académie royale de San-Fernando, et qu'elle a
depuis été renouvelée et confirmée par la même Académie.
Ce point une fois posé, la Société a dû rechercher avec la plus
grande attention quelles devaient être les conditions à instituer
jiour Vobtention de ce diplôme ; et, à cet égard, elle s'est empres-
sée d'établir une distinction importante.
Évidemment, une pareille institution ne doit préjudicier en
rien aux positions existantes, aux droits acquis ; par plus qu'au-
340
REVUE DE L* ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
cune loi, aucun règlement, elle ne peut avoir un effet rétro-
actif; le diplôme doit donc être délivré de droit à tout archi-
tecte actuellement en fonction» et exerçant honorablement ;
et c'est à l'administration supérieure, gardienne des intérêts
de tous, qu'il appartiendra de déterminer dans sa sagesse les
mesures à prendre à cet effet.
Mais à l'avenir et quant à tous ceux qui ne sont point encore
entrés dans l'exercice de la profession, qui ne sont encore qu'é-
lèves ou étudiants, le diplôme ne devra être délivré que sur la
preuve positive de toutes les connaissances théoriques et pra-
tiques qu'un architecte doit posséder pour offrir toutes les
garanties nécessaires de talent, d'instruction et de capacité.
La Société, après de mûres réflexions, propose à cet effet le
programme ci-joint.
Elle a cherché à rendre ce programme en même temps com-
plet et sans excès ; à le rédiger d'une manière large en môme
temps que précise qui, en indiquant dès à présent pour chaque
sorte de connaissances un degré d'étendue suffisant, permit par
la suite de l'élever autant qu'il pourrait être nécessaire.
Ce programme comprend d'abord toutes les connaissances
préparatoires ou accessoires, et ensuite celles qui constituent
l'art lui-même ; c'est-à-dire : la kimjue françauie; le dessin; la
partie indispensable desmalhémalique-s, de la physigue et de la
chimie, quant à leurs applications à l'art de bâtir ; la construction ;
la complabiUlé et la jurisprudence des travaux ; enfin l'histoire
et la théorie de l'architecture ; la composition, et la pratique ou
Pexpérience des travaux.
Cet énoncé n'embrasse évidemment que des connaissances
analogues à celles recommandées par Vitruve et par tous les
maîtres qui ont écrit depuis lui ; et de nos jours, on ne pourrait
sans inconvénient rester en deçà, lorsque tant d'améliorations
ont déjà eu lieu ou se préparent encore dans tous les degrés de
l'enseignement et même dans celui que le gouvernement met,
avec tant de raison, à la portée des classes laborieuses.
QueUjues développements achèveront de faire connaître
toute la pensée de la Société.
1» Langue française.
11 avait été proposé d'exiger la connaissance des langues
anciennes, même le grade de bachelier. En appréciant toute
Futilité, toute la onvenance pour un architecte, d'une instruc-
tion littéraire d'un certain ordre, la Société a pensé qu'on ne
pouvait ni ne devait en faire une obligation ; mais la connais-
sance et l'usage de notre langue font dès à présent partie de
toute éducation même secondaire, et tout architecte doit en
conséquence les posséder.
2" Dessin de la figure et de l'ornement.
L'architecture est et doit être avant tout un art, le premier
et le plus important sans aucun doute des arts du dessin. Le
dessin au trait, le dessin linéaire, indispen.sable pour la cons-
truction, est loin de suffire à l'exercice de l'art considéré dans
son ensemble. Pour l'admission à l'École polytechnique et dans
d'autres cas analogues, on exige le dessin d'une figure, d'une
académie. Il faut de plus que l'architecte dessine librement,
largement la figure et l'ornement ; et nos musées, nos collec-
tions offrent à ce sujet des ressources fécondes qu'il importe
de mettre à profit.
3" Les MATHéVATIQL'ES coMPMariiCT :
L'arithsiétiocb ;
Les éléments D'AU>feBRE;
La géométrie ;
La trigo.hométrie iectiuonk;
Et les éléments db stati 70e et de mécaxique APruQnbB,
4» La géométrie descriptive rr ses ippucations a la »rt-
RÉOTOMIE et a la PERSI-KCnVE.
Il est inutile d'entrer dans aucuns développemenls an s^iei
de ces diverses branches de connaissances, qui, presque toulM,
font déjà généralement partie de l'enseignemeot de l'architec»
ture.
5» Éléments de piiysiql-e et de chimie appuqdés a l'art de
BATIR.
Il serait également superflu d'insister sur la oèoeMilé de ce»
connaissances élémentaires, dont des notions au moins entrent
dès à présent dans toute instruction d'un certain ordre, et
qui peuvent seules conduire à la connaissance des matëriami,
et à la théorie des mortiers ainsi qne dn ^-^an^iicf et de Ift
ventilation des édifices.
11 avait été proposé d'y joindre des ilimenu de miniralogieet
des autres sciences naturelles ; mais la Société, eu appréciant
toute l'utilité de ces sciences, a pensé qu'il suffisait d'insister
pour les connaissances réclamées dans le paragraphe suivant.
6» La construction comprenant:
La connaissance des sols et des MATÉaucx ;
Et les différentes branches de l'art de batib.
Ici devront prendre place les diverses notions théoriques et
pratiques relatives à la connaissance des terres, des pierres,
des bois et des différents métaux ; à leurs extractions, prépa-
rations et fabrications diverses; enfin, à tous les genres de
constructions, en pierre, en bois, en fer, etc.
70 La comptabilité des constructions, comprenant le mé-
trage et l'évaluation des diverses natures d'ouvbagcb.
La nécessité de cette branche de connaissances n'a pas besdn
d'être démontrée ; et si elle ne fait pas actuellement partie de
l'enseignement public, il importe de remarquer que cette omis-
sion regrettable n'existait pas dans l'ancienne école royale, où
dès longtemps, les architectes du roi, Blondel, Desgodets, etc.,
donnaient des leçons sur ce sujet.
Du reste, la Société n'entend pas qu'il s'agisse d'astrùndte les
jeunes architectes à une étude longtemps continuée des détails
minutieux dont on complique trop souvent la comptabilité des
travaux. Poser des bases simples et claires de métrage et (Tettim»-
tion, en exiger l'étude de tous les architectes, telles sont les
conditions nécessaires, pour qu'ils puissent donner à cette par-
tie si importante de leurs opérations toute l'attention, tout l'in-
térêt qu'elle exige, en diriger en parfaite connaissance de cause
tous les détails, et éviter ainsi des déceptions aussi fâcheuses
pour eux que pour les administrations ou les particuliers.
8° Les lois et règlements en tout ce qui intéresse la pro--
priété et les co.nstrl ctions.
Dans l'ancienne école d'architecture, des leçons de cette na-
ture étaient données par des architectes d'une haute réputation,
351
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
352
et Desgodets nous a laissé, en même temps que la description
des édifices de Rome, ses Lois des bâtiments qui font encore auto-
rité en beaucoup de points.
Il importe qu'un enseignement si utile ne soit pas plus long-
temps négligé ; que les jeunes architectes y soient préparés à
l'avance et qu'ils n'aient plus à en faire l'étude dans la prati-
que même, souvent aux dépens de leurs clients et quelquefois
à leurs propres dépens. La responsabilité pèse sur tous ceux
qui ont à diriger des opérations importantes, à surveiller des
agents, des ouvriers ; et ce n'est que par une instruction forte
et complète qu'on peut ne pas avoir à encourir les prescriptions
quelquefois sévères de la loi.
9" Histoire de l'architecture.
Tout ce qui précède se rapporte principalement aux connais-
sances préparatoires. — Nous entrons maintenant dans le do-
maine même de l'art, dont le jeune architecte devra connaître
convenablement l'histoire, afin d'apprécier sa marche et ses va-
riations diverses, et de comprendre l'influence des lois, des
mœurs, de la religion, du chmat et des matériaux disponibles,
sur les divers styles d'architecture qui se sont succédé.
10" Théorie de l'architecture.
Les résultats mêmes des diverses connaissances qui précèdent
forment les bases naturelles de la théorie de l'art, dont les prin-
cipes devront être possédés à fond par le candidat, afin de le
diriger sûrement dans l'application et dans la pratique.
11" Composition en architecture.
Après avoir prouvé son instruction, l'architecte devra prou-
ver son talent par la composition et le rendu, sans aucun
secours étranger, des trois projets ci-après :
l" Un monument honorifique ou d'utilité publique en esquisse
seulement, mais à une échelle suffisante pour que les divers
détails puissent en être exprimés convenablement.
2» Un édifice public entièrement étudié et accompagné d'un
mémoire explicatif du système de composition, de construction
et de décoration.
3" Eniin, une habitation ou construction particulière entière-
ment étudiée et détaillée, aux échelles en usage dans les tra-
vaux des bâtiments civils, et accompagnée de toutes les pièces
exigées pour que ces travaux puissent être mis en adjudication.
Ces diverses compositions et les différents développements
dans lesquels elles sont demandées ont paru en même temps
indispensables et suffisants pour donner du candidat, sans lui
imposer un travail trop considérable, les moyens de présenter
des applications convenables de toutes les connaissances qu'il
a dû acquérir.
12" Expérience pratique.
La Société a pensé unanimement qu'aucune condition d'âge ne
devait être prescrite. Un esprit privilégié peut, dès de jeunes an-
nées, parvenir à la somme de connaissances et de talents exigés ;
des facultés moins éminentes ou des conditions moins favoi'ables
peuvent au contraire ne faire parvenir que plus lard à ces résul-
tats. Il ne s'agit donc aucunement d'une question d'âge, mais
d'une question de capacité ; ce qui importe, c'est qu'en tous cas,
outre les connaissances théoriques, on possède l'expérience pra-
tique des constructions ; et il a été jugé indispensable qu'à cet
effet, on ait suivi assidûment des travaux pendant deux années
au moins ; ce qui devra être prouvé de la manière la plus au-
thentique par des certificats positifs ou de toute autre manière.
La suite au prochain numéro.
NÉCROLOGIE.
(M. Hachette. — La peinture sur lare).
Mon cher Monsieur,
Vous vous êtes vivement intéressé à une découverte précieuse
pour les arts, et principalement applicable à la décoration des
monuments; vousn'apprendrezdoncpas sans regretslamort de
M. Hachette , qui a si dignement rempli la mission que lui avait
donnée son beau-père, feu Mortelèque, de rendre la peinture
sur lave praticable pour l'exécution des peintures historiques.
L'invention de la peinture sur lave, dont s'honoreront un jour
notre siècle et notre pays, a subi toutes les épreuves auxquelles
semblent fatalement destinées les choses les plus utiles, et les
deux hommes modestes qui l'ont créée se sont éteints avantd'a-
voir pu profiter du fruit de leurs travaux. Née vers 1827, dans
l'obscurité, elle a grandi dans le silence, et ce n'est qu'aujour-
d'hui en quelque sorte qu'elle a pris une place importante dans
les arts. Pendant cette période de près de vingt années, quel-
ques artistes pourtant avaient prêté l'appui de leur talent à
MM. Mortelèque et Hachette ; c'étaient, le premier, M. Abel de
Pujol, ensuite MM. Perrin-Orsel, Clément-Boulanger, Etex et
Perlet. M. le comte de Chabrol, alors préfet de la Seine, avaiten-
couragé le premier essai ; M. Hittorff, qui avait fondé sur cette
découverte l'espoir de réaliser son projet de décoration pour
l'église de Saint-Vincent-de-Paul, vint au secours de l'inventeur
en s'associant pendant longtemps à ses efforts. Malgré le con-
cours de ces sympathies généreuses, la peinture sur lave restait
inconnue du public et de la plupart des artistes, aux travaux des-
quelselle devaitassurer une durée éternelle. En ell'et, le procédé
de la peinture sur lave consiste à revêtir les laves de Volvic d'un
émail propre à recevoir des couleurs analogues à celles que l'on
emploie dans les émaux et la porcelaine. Ces couleurs, soumises
au feu , se vi triûent et acquièrent ainsi une inaltérabilité absolue.
Les œuvres exécutées par ce procédé sont à l'abri des injures du
temps, de l'humidité et de la sécheresse. Cette précieuse qualité,
autrefois réservée exclusivement aux émaux et à la porcelaine,
est aujourd'hui acquise à la peinture historique. Avant cette dé-
couverte, l'on regrettait que les chefs-d'œuvre des maîtres et les
décoration de nos monuments lussent condamnés à une durée
quelquefois très-limitée; toute coloration extérieureétait impra-
ticable. La mosaïque seule aurait pu être employée, mais son
prix exorbitant ne le permettait pas.
M. Mortelèque voulut y suppléer, et ce fut le but de ses re-
cherches : il fit d'abord, aidé de son élève M. Hachette, de nom-
breux ess ais sur des carreaux de différentes terres, et, guidé par
les travaux de Bernard de Palissy, dont il sut retrouver les se-
crets, il arriva rapidement au point où s'était arrêté son illustre
prédécesseur ; mais, ainsi que lui, il rencontra l'obstacle insur-
montable du retrait et du gauchissement des terres ; les sui-faces
à peu près planes qu'il parvenait à obtenir étaient fort limitées,
353
REVUE DE L'AUCHITECTUFIE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
354
etlesondulationsdel'émail.en reflétant diversement la lumièrp
offensaieni le rcgaid et détmisfiient toute illusion. L'emploi d«R
couleurs était long et pf'miblo, on ne pouvait exécuter un tableau
de moyenne dimension qu'en réunissant do petites port'ons de
terrecuitedécoupées comme on le faitpourlesvilraux. Il n'avait
donc pas résolu le problème qu'il s'était proposé. Ce fut à cetl»-
époque que l'on employa des dalles de lave pour en recouvrir
les irotloirs desrues, M. Mortclèque reconnut dans celte matière
toutes lesqualilésqii'il avait vainemeiilchercliées dans les terres
cuites. Il la fitdéliileren tables et obtint ainsi des surfaces par-
faitement planes. 11 trouva ensuite un émail propre â s'incorpo-
rer à la lave, et à permettre le développement simultané des
couleurs dont il rendit l'emploi plus facile. Ce fui alore que
M. Machette fut chargé du soin d'achever son œuvre. Ijes Ira-
vaux exécutés par le procédé de M. Morlelèque laissaient encore
beaucoup A désirer. Les plus grandes dimensions des tables de
lave n'atteignaient pas un mètre de superficie, et la peinture,
trop transparente, manquait de corps et d'opaiité.
M. IlMclielie apporta d'abord une modification importante
dans la composition de l'émail et du bl.inc que l'on mêlait aux
couleurs ; il réussit à donner A la peinture sur lave l'aspect solide
de la peinture à l'iiuile. Le second progrès qu'il réalisa fut
d'étendre indéfiniment les surfaces. M. Hachette offrit aux
artistes des tables de lave de V m. 40 de hauteur sur 1 m. 30 de
largeur, et la qualité précieuse de la lave, de ne subir au feu
aucun retrait, aucune déff)rm;ition, permit d'obtenir, pa" la
juxtaposition de plusieurs plaques, une étendue illimitée.
Pour appiécier ce second résultat des recherches de M. Ha-
chette, il faut se représenter les difficultés de faire agir le feu
avec une intensité parfaitement égale sur un surface de plus de
3 mètres, et de parfondre au même point l'émail et les couleurs.
Il faut aussi considérer que la moindre diflereuce dans le degré
de cuisson (insensible quand il s'agit de poterie) dénature les
couleurs et en détruit l'harmonie II était donc indispensable
de trouver une combinaison nouvelle dans la construction de
fours d'une dimension jusqu'alors inconnue, et ce ne fut
qu'après de nonibieux essais et de coûteuses tentatives qu'il
parvint à son but. Il est inutile de vous faire connalre les Irîi-
vaux qui ont précédé celui qu'il a exécuté dans les derniers
instants de sa vie, puisqu'il est le plus important et qu'il est le
résumé le plus complet de ses laborieuses recherches.
En 1844, M. le préfet de la S. ine ordonna, qu'à titred'essai,
l'exécution de l'une des peintures sur lave projetées pour la dé-
coration de l'église de Sainl-Vinceutde I'.iul me serait confiéi ,
et ce fut à cette occasion que M. Hachette construisit ses grands
foiirnt'aux. Il mil à ma disposition quatre gi-andesplaquesdela\e
émaillée formant ensemble une superficie do |4 mètres : ces
différentes plaques, cuites sépai-ément, subirent si uniformé-
ment l'action du feu, que, lorsqu'elles furent réunies, les cou-
leurs et la valeur des terres conservèrent leur harmonie. Le
glacé fut le même sur toute son étendue, et aucun desaccidenis
si fréquents dans la peinture en émail ne se manifesta. Soumis
quatre fois au feu. le résultat fui toujours le même, et l'on put
être ainsi assuré d'un succès constant et de l'excellence de la
combinaison des fours. L'aspect de celle peinture esllellemenl
ideuti jueacelui de la peinture à l'huile, que peu de i)er8onnes
ont pu s'apercevoir que la peinture de Saint-Viuceul-de-I'auI
esl eu émail. Je dois vous dire ici que l'emploi de ce procédé
T. VII.
ne m'a pas coûté plus de temps, et oe m'a pat oppoié des dif-
culiés plus S' rieuses que oe m'en eût offert tout autre procédé.
1 1 m'a fourni, en outre, toutes les ressources que je pouvais dé-
sirer. Le procédé de la peinture sur lave esl aujourd'hui cnm-
plei.etla tâche que s'était imposa M. Hachette était accomplie
lorsqu'une maladie longue et douloureuse l'aenlevéà sa fsmiUe.
Outre le service important qu'il a rendu aux arts, et que sans
doute on ne tardera [las à reconnaître, il a créé une industrie
nouvelle dont les applications sont aonibreuses. Eu Toici quel-
ques exemples. La lave émaillée a été employée avec suçote
|)0ur la fabrication des cadrans d'borlog s publiques de toutes
din.'ensions, des écriteaux des rues, au numérul^ige des mai-
sons, d'iuscriplions extérieure», etc. Elle a servi à retétir tes
soubassements buniides, les angles de monuments et habita-
tions qui, conservant obstinément tes traces des immondices
déposées par les passants, oOensaient la vue et l'odorat. Au-
jourd'hui, protégée par des plaques émaillées, la pierre n'est
plus détruite par l'action corrosi\e des sels qui «'y accumu-
laient, et un simple lavage à l'eau sufSt pour enireicoir une
propreié constante et faire disparaître une cause d'insalubrité.
M. Hachette a foumides pienes tuniulaires dont les inscriptions
sont ineUarables, des bancs, des tables de jardins qui [leuvent
rester impunément en toutes sat.<>on8 exposés à la pluie et au
soleil. Il en a décoré l'intérieur et le foyer des cheminées,
l'enveloppe des poêles, les bâches et le sol des serres, les par-
vis des vestibules, des péristyles, des salles de bains, etc. Ces
divers exemples sufQsonl pour éclairer sur les nombreuses
applications d'une industrie d'utilité et de luxe, i bquelle il
n'u manqué jusqu'à ce jour que la publiciié.
Dans les derniers instants de sa \ie. M. Hachette s'occtipait
des procédés propres à émailler les terres cuites. Depuis long-
temps je l'avais engagé à faire des recherches à ce sujet, et ses
[iremiers essais promettaient une heureuse réussite. Ces Ira-
vaux pourront être continués, et avant peu le succès en sera
sans doute assuré.
M. Hachette est mort à peine âgé de cinquante ans, en lais-
saut pour tout héritage à sa veuve et à ses eufants le secnrt de
ses découvertes achettes au prix de sa fortime et peut^lxe de
sa Nie. Ses amis, témoins de ses luttes et des déboires qu'il a
supportés pendant sa vie, ont admiré sa peisisiauce coura-
geuse, sa Uiodestie exagérée et sa probité eztjéme, et déplo-
rent une un prématurée qui l'a privé de la récompense que
u.érilaienl ses travaux.
Mais pour lui la postérité commence, et un jour son pays, as
rappelant sou antique suprématie dans l'art des émaux, ioscrin
Ils noms inséparables de MorIelëc]ue et de Hachette à oôlé de
ceux de Pierre lk>urtoys de Limoges, et de fieroani de Paliasj.
J'aurais voulu abréger cette lettre, et surtout tous présenter
les faits qu'elle renferme sous une forme plus digne du sujet,
mais j'ai compté sur voire indulgence et sur l'intérêt que vous
prenez à une découverte précieuse et feconJe. J'accomplis
d'ailleurs un de\oir, et je m'estimerais asses heureux si ja
pouvais contribuer à tirer de l'oubli dans lequel il a vécu, un
iionime qui s'est imposé tant de veilles et de sacrifices, dans
le but honorable d'être utile à ces concitoyens.
Veuilles agréer, etc.
J. JOUJVKT.
n
355
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
356
DES HONORAIRES DE L'ARCHITECTE.
En affranchissant les architectes de la patente, le pouvoir a
certainement rendu un service signalé à ceux qui exercent cette
profession libérale, confondue depuissi longtemps avec celle des
entrepreneurs ou commei'çants ; mais là, nous l'espérons du
moins, ne s'arrêtera pas le bon vouloir du gouvei'nement, et
après avoir rendu aux architectes la place qui leur appartenait
dans l'ordre social par leurs études et la nature de leurs tra-
vaux, il voudra sans doute que ceux-ci soient convenablement
rémunérés, et que le pretium de leurs travaux ne soit plus
laissé à l'arbitraire, comme il l'est encore aujourd'hui.
Ceci impoite plus qu'on ne croit à la considération de l'archi-
tecte. En effet, si aucune base ne vient appuyer une demande
d'honoraires, si les architectes ne sont soumis à aucune règle à
ce sujet, il n'y a pas de contrôle possible, et les demandes les
plus exagérées se produiront, comme aussi les offres les plus
déraisonnables, et on arrivera à estimer à l'heure les produc-
tions d'un artiste, comme si le temps matériellement employé
à une œuvre d'art était la seule base de sa rénuméralion.
C'est ce qui a lieu aujourd'hui dans toutes les contestations
d'architecte à client; c'est ainsi quejugelajustice, s ins vouloir
déférer à leurs pairs les architectes qu'elle croit coupables d'exa-
gération dans les demandes qui lui sont soumises ; et voyez l'a-
nomalie : qu'il surgisse une difficulté entre un propriétaire et un
entrepreneur, pour une vétille, un expert, souventiroisexperts
sont nommés pour examiner le litige et donner leurs avis ; le ma-
gistrat décline sa compétence, ou du moins veut être éclairé ; et,
dans une question d'honoraiies, il trancherait la difTicullé seul,
sans avispréalable des personnes compétentes ! C'est contre celte
façon trop gordienne de dénouer nos différends que je m'élève,
ou plutôt c'est l'absence de toute base légale que je regrette, et
je ne pense pas qu'on puisse refuser à une corporation qui le
demande celle légalité qui sauvegarderait tous les intérêts.
Je n'ai pas recherché ce qui se passait chez les Grecs et les
Romains, touchant les honoraires des architectes, je sais seule-
ment que ceux-ci étaient très-considérés ; ils étaient traités de
spectabiles, peuples et souverains en faisaient le plus grand cas.
J'en pourrais bien induire que le prix de leurs œuvres était
proportionné àla considération dont ils jouissaient chez ces peu-
ples éclairés, et que probablement ils n'étaient pas forcés d'avoir
recours à Vedictum repentinum du préteur, ni au judex peda-
neumpour obtenir de leurs clients des honoraires convenables.
En France, j'ai trouvé l'opinion d'un lieutenant civil au Chà-
teletdeParis, qui constate quel'usage, en 1778, était d'accorder
aux architectes le sol pour livre du montant des travaux qu'ils
avaient dirigés. Serait-ce trop demander que de vouloir aujour-
d'hui pourles architectes une rémunération semblable ; aujour-
d'hui que les travaux sont bien moins importants, et qu'on con-
struit à bien meilleur marché ; aujourd'hui que l'argent n'a plus
la même valeur qu'il y a 70 ans? Je pense donc que l'exigence
n'est pas énorme, et je ne verrais pas la cause du refus de cette
base qui a servi, du reste, pour motiver, dans une contestation
célèbre, un arrêté du Conseil des bâtiments civils du mois de
pluviôse an viii, que les architectes ne cessent d'invoquer, sans
réussir à le faire admettre comme précédent obligatoire pour les
décisions à intervenir dans les différends entre eux et leurs
clients.
Mais ni l'usage dont parlait le lieutenant civil au Châtelet,
ni l'arrêté du Conseil des bâtiments civils, ne peuvent avoir
force de loi, et, dans une contestation, la justice libre dans se»
allures, en l'absence d'un texte de loi impératif qui la lie dans
ses sentences, juge avec une omnipotence dont souvent les
architectes ont pu se plaindre.
Encore, loi'sque celui-ci a rempli tout son mandat, c'est-à-
dire lorsqu'il a créé les plans, dirigé l'édificalion, et réglé la dé-
pense, les difRcullés sont moins fréquentes, et, si elles existent,
l'usage invoqué à défaut de la loi absente lui fait quelquefois
accorder le sol pour livre du mon tant de la dépense ; mais qu'il
y ait déplacement de la résidence ordinaire de l'architecte,
emploi de vieux matériaux, etc., etc., l'arbitraire reprend son
empire, et l'architecte est contraint de subir toutes les réduc-
tions qui lui sont imposées.
Le mal devient plus giave encore lorsque l'architecte, par une
cause qui lui est étrangère, n'a pu compléter son travail. Ainsi,
par exemple, n'a-t-il faitque les plansel devis, s'est-il borné à la
surveillance, à la direction des travaux d'après des plans qui ne
sont pas son ouvrage, a-t-il seulement vérifié et réglé les mé-
moires de la dépense ? dans toutes ces positions différentes, il
reste sous le coup d'une actualité désas:reuse, soumis à des ap-
préciations arbitraires, et jamais il n'obtient que sa demande
soit examinée par ses pairs. Ce que la juridiction consulaire ac-
corde, si même elle ne le prescrit pas dans tous les litiges L,ui
ressortenl de son tribunal, l'architecte ne peut l'obtenir, et ce-
pendant, dans toutes les contestations d'architecte à client, il y
a toujours quelque chose de spécial qu'en labsence de la loi le
juge ne peut guère décider que par induction, par apprécia-
lion ; ce serait donc bien le cas de recourir à des personnes
compétentes dont l'avis pourrait éclairer le tribunal devant
lequel se produit l'instance.
Mais puisqu'il en est autrement, puisque la loi est muette à
l'endroit de nos honoraires, puisque, suivant l'axiome du Palais,
les arrêts ne profitent qu'à ceux qui les obtiennent; puisque la
jurisprudence n'est pas fixée, que les précédents n'ont pas une
autorité suffisante el qu'on puisse invoquer pour tn obtenirl'ap-
plicalion, il faut bien demander au pouvoir compétent de fixer
les bases sur lesquelles devra s'appuyer toute demande d'ho-
noraires dans les différents cas dont je viens de parler.
Celte nécessité est, je crois, dans l'intérêt de tous, dans celui
des architectes comme dans celui des clients qui recourent à
leurs lumières, el celle légalité que j'appelle doitproliler à tout
le monde, fermer la porte à des abus et tarir la source de diffi-
cultés qui se renouvellent sans cesse. Qne le droit de chacun
soit limité, contenu dans de justes bornes, el l'archiiecle, dans
le doute d'un jugement dont l'issue tourne le plus souvent
contre lui, ne souscrii-a plus à des transactions compromet-
tantes, non-seulement pour lui, mais pour ses conirères; car,
dans les mains du mauvais vouloir ou de la mauvaise foi, elles
peuvent devenir des armes blessantes pour toute la corpo-
ration, et établir des précédents fâcheux.
Sans cette légalité, sans celle base, nous restons exposés à de
cruels mécomptes; il ne viendra en effet à l'tsprit d'aucun de
nous de faire stipuler à l'avance et par écrit le taux de nos ho-
noraires. De pareilles précautions, outre qu'elles pourraient
paraître blessantes aux clients desquels on réclamerait un en-
gagement de cette nature, répugneraient aussi à beaucoup de
357
KEVUE DE LARCniTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
358
nos confrèreRpliissoucieux de leurdignilé que de Jeurs intérêfB,
Et cependant nous ne devons pas nou» dissimuler que, dans
l'étal actuel des choses, nous n'avons, en cas de conteslalion,
que deux partis à prendre pour obtenir la rémunération de
nos travaux : plaider si on attaque le cliilfre de notre demande,
et j'ai montié, je crois, qu'iibandonnés à l'arbitraire du juge
les chances étaient contre noua ; ou, si nous ne plaidons pas,
acce[)ter des transactions insuffisantes et dont lé chifl're tourne
à notre détriment, car on peut nous l'opposer dans d'autres
circonstances.
I^ conclusion de tout ceci, c'est que la Société centrale des
architectes, saisie par moi à sa naissance de cette importiinto
question, maintenant qu'elle a mis au jour, après un laboiieux
enfantement, le projet du diplôme, pourrait compléter son
œuvie de régénération en étudiant les moyens de donner sa-
tisfaction aux intérêts de la corporation, qui sout entièrement
sacrifiés dans l'étal actuel et insuffisant de notre législation.
BRUiNET DE DAINES,
Architecte.
Résultat des fouilles pratiquées sous le parvis Notre-Oame de Paris.
Les ingénieurs du pavé de Paris, en baissant le sol du parvis
Notre-D.ime et des rues adjacentes, dans lebutde faciliter l'exé-
cution d'un perron de plusieurs marches devant la cathédrale,
ont mis A découvert de nombreuses constructions de jdusieurs
époques qui n'avaient été dôrasées qu'à très- peu de distance du
sol actuel et qui viennent détruire complètement la préleudue
tradition transmise par Sauvai, Jaillot et DnlaUre, d'un perron
de treize marches devant l'église. Le conseil municipal, sur la
réclamation faite par un de sus membres, dont on ne saurait
trop louer le zèle éclairé, a voté une somme sullisante pour faire
des fouilles en règle. Cette opération, dirigée avec intelligence,
va éclairer plusieurs points intéressants de l'histoire de Paris.
Les plus anciennes murailles mises à découvert sont de l'é-
poque gallo-romaine ; leur construction ne laisse aucun douteà
cet égaid. lu grand hypocauste, une cour pavée en opus in-
eerlum, un ingilariitm ou puisard dans lequel ont été trouvées
des médailles du Bas-Empire, des fragmentsde mosaïque, telles
sont les preuves irrécusables de l'ùge de ces constructions. D'au-
tres ruines peuvent ètreallrihuérsau.x premiers siècleschré liens,
puis on eu voit dont les nioellous placés en opus spicatum in-
diqueraient le onzième ou le douzième siècle. LessuLsIructions
de l'église Saint-Christophe, détruite il yaun siècle, donll'ori-
gine remonte aux premiers tempsde la monarchie et qui fut re-
construite au quatorzième siècle, on tété m ises eulièiemeut à dé-
couvert. Enflu on a retrouvé les fundalions, les caniveaux et le
puisard de la fontaine construite sous Louis XIII, à peu de dis-
tance de la façade de la cathédrale, vers la porte de la Vierge.
Le niveau du dérasemenl des éJillces qu'on vient de décou-
vrir et dont les moins anciens dateut du xii" siècle, n'est qu'à
environ Om C5 cent au-des>ousdu niveau du Parvis. Les nom-
breux tronçons de colonnes antiques proviennent, avec assez
de vraisemlilànce, de l'ancienne basilique de Notre-Dame ou de
tome autn! église du voisinage dans l.upielleon aurait utiliséces
dépouilles gallo-romaines. Ces débris, qui semblent avoir subi
l'action du feu, ont été probablement Jetés là lors du déblaye-
ment da sol de l'église primitive, minée et reconstruite aa
XII* siècle. Tous ces faits semblent contredire tu peu l'aaNr-
tion de quelques bistoneos, confirmée cependant par le np-
port de M.Vf. les architectes de Notre-Dame, sur les prétendues
treize marches du portail de cette église. A moins de supputer
qu'on ait creusé autour de la métropole un fossé pnfond, on 00
peut guère ajouter foi à l'histoire des treize marches, non plus
qu'à l'exhaussement du pavé de l'église elle-même.
Conduits en taira caHa.
Les conduits en terre euUe sont, dans le présent nnmfroAe la
Revue, l'objet d'un article dé\eloppé de M. H. Jannianl. Nous
trouvons dans le Courrier de Lyon un faitqui vient a l'appui des
observations présentées par notre collaborateur: «LacommoM
de Vcrjon, dit ce journal, vient d'établir une fontaine dans la
partie supérieure du village, en élevant l'eau au moyen d'un
bélier hydraulique. Les tuyaux de conduite, fcibriqiiésà la tour
de Salvagny (Rhône), sont en terre cuite. L'emploi de ces
tuyaux, parfaitement vemisàrintérieur,d'une solidité à UMile
épreuve, présente sur ceux en fonte une économie de plus de
GO pour cent. » La fontaine de Verjon coule sans interruption
depuis deux mois, et cette expérience prouve surabondamment
l'excellence des procédés employés à sa construction.
Congrès sciaatiflqaa da Fraaes.
Ce congrès a tenu cette année sa quinzième session à Tours.
Nous en reparlerons. Avant de fe séi>arer, il a sanctionné, en le
complétant, un arrêté pris l'an dernier, à Marseille, d'après le-
quel la seizième session du congrès aura lieu à Nancy au mois
de septembre 18i8, et durera au moins dix jours. Le congrès
sera divisé en six sections qui porteront les mêmes dénomina-
tioDsque par le passé, Siivoir: 1" Sciences nalurrlle» ; i* Agri-
culture, Industrie et Commerce; 3» Sciences médicales; 4» Ar-
chéologie et Histoire; 5» Littérature et Beaux-Arts; 6* enfin.
Sciences physiques et mathématiques.
Le soin de préparer chaque congrès scientifique est confié i
plusieurs secrétaires généraux qui s'adjoigneut un certain
nombre de secrétaires particuliers pour chacune des sections.
Le congrès de Tours a nommé pour secrétaires généraux de
celui de Nancy M. de llaldat, membre correspondant de l'Io»-
titut, M. Soyer-Willemet, secrétaire de la Société centrale
d'agriculture, M. Blondlol, professeur à l'École prè[iaralotre
de médecine et de pharmacie, et M. Auguste Digot, memlve
de la Société royale des sciences, lettres et arts.
lias monnaiants historiques dn Bas-Rltia.
Ces monuments ont préoccupé le Conseil général de ce dé-
partement dans sa dernière session. M. le préfet a préseaMi
ce sujet le rapport suivant :
« Messieurs, les travaux de restauration des monuments histo-
riques se poursuivent avec constance. Des travaux deréconfor-
Uiion ont été exécutés récemment à l'église de Newilier et A la
chapelle Sainl-Sébastien y attenant. J'ai demandé de nouvelles
359
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
360
subventions pour les compléler. Les travaux à l'abbaye de Nic-
dermûnster ont du commencer le 25 de ce mois, sous la direc-
tion immc diate de M. Bœswil wald , archilecle désigné à cet effet
par le ministre. L'église Saint-Pierre et Saint-Paul à Wissem-
bourg, le cloître de Sainte-Odile, les ruines du Hohenkœnigs-
bourgn'onl point été compris parmi leë monumenis susceptibles
d'oblenir des secours sur le budget de l'État, quoique le départe-
ment en ait fait la demande à plusieurs reprises. Pour l'église de
Marmoutier, il ne m'es' parvenu de pièces régulières que le
3 août courant : encore leur objet est-il tel qu'un prochain ré-
sultat n'est point probable. On demande qu'il soit établi autour
du monument un cbemin de ronde, en achetant les propriétés
particulières qui l'entourent , don t deux sont des maisons immé-
diatement adossées à l'église. Les propriétaires ne veulent poin t
les céder au prix d'estimation ; il faudrait donc, si des conven-
tions à l'amiable demeuraient impossibles, recourir à l'expio
priation. Mais, indépendamment de la longueur des formalités
à remplir, il est douteux que le ministre de l'Intérieur consente
à un semblable emploi des fonds, sans le concours de la com-
mune. Les églises de Rosheim, d'Andlau et de Niederhaslajl,,
qui ont reçu des subventions pendant les dernières années,
n'ont point de besoins pressants. Des travaux importants sont
projetés à l'église Saint-Geoi-ges de Sélestat, proposée p^ur h
classement. Ils seront payés par la ville. Le projet a été admis
en principe, mais l'exécution a été subordonnée àdts mesures
de précautions indispensables en pareil cas et auxquelles la
ville cherche en ce moment à satisfaire. »
A la suite de ce rapport, le Conseil général recommande à
l'intérêt du gouvernement les églises de Newiller, Rosheim,
Andlau et Niederhaslacli, en le priant d'accorder de nouvelles
allocations nécessaires à leur conservation. Ce Conseil soUicileen
outre le classement parmi les monuments historiques, des
églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul à Wissenibourg, du
cloître de Sainte-Odile et des ruines deHohenkœnigsbouig. Au
double point de vue de l'art et des souvenirs historiques, ces
monuments ont droit à la protection du gouvernement.
Un mot sur quelques théâtres de Paris.
(L'Opéra. — Le Tliéâtre-Francais. — L'Ambigu-Comique).
Un théâtre ne doit pas être seulement un monument qui flatte
le bon goût par d'heureusescombinaisons de ligues pittoresques,
il faut encore qu'il soit construit, distribué et décoré en vue de
la commodité et du bien-être du public. Fût-il d'un aitiait su-
prême pour l'œil, un théâtre où les spectateurs seraient mal,
manquerait totalement son but. Un lieu de plaisir ne doit rien
laisser à désirer sous le rapport du confort ; on ne peut jouir que
très-médiocrement des beautés d'une pièce lorsqu'on est mal
assis pour l'entendre, ou qu'on voit imparfaitement lemou\e-
menl dramatique de la scène et le jeu des acteurs.
Le coloris de la décoration demande un grand discernement
pour que le choix des nuances produise un effet agréable sans
nuire à la toilette et à la beauté des femmes. La plupart d'entre
elles vont au théâtre autant par coquetterie que par curiosité ;
ces deux passions sont presque toujours le mobile de leurs ac-
tions, et si on devait juger laquelle des deux prime sur l'autre,
on pourrait dire, selon nous, sans faire un paradoxe trop in-
croyable, que le péché mignon de coquetterie supplante fré-
quemment son gracieux frère, le péché de curiosité. Que voulez-
vous? les femmes sont jolies, elles le savent, et sont fort ai.sesde
prendre à témoin un public dont les regards leur répètent celte
vérité charman te qu'elles se disent ailleurs inpeito ; elles on l de
chatoyantes parures, de lumineux bijoux, bracelets, colliers,
bagues et pendants d'oreilles, et leur vanité se fait un doux
plaisir d'étaler toutes ces merveilles au balcon d'un ihéâlre.
Voir un peu, êire beaucoup vues, V( ilà ce qu't lies demandent.
L'artiste les désobligerait infiniment si, par négligence ou par
maladresse, il ne disposait pas les tons de roriiemenlation de
manière à mettre en plein relief toilettes et visages.
Les peintres-décorateurs non architectes, auxquels la direcion
nouvelle de l'Académie royale de musique avait confié la restau-
ration de la salle, ont commis celte faute de lèse-coquetterie.
Leur palette, ttop chargée d'or, a couvert de ce précieux métal
toutes les parties de la salle: balcon, gnleries, amphithéâtre,
avant-scènes, baignoires, loges, rideau, plafond, tout luit, tout
resplendit, tout sein tille de moulures, des reliefs, de méplats en
or. C'est le cas de dire ou jamais avec le poète, moyennant un
petii changement de mots :
Aimez-Tons, l'or, monsieur? on en a mis partout,
oui, partout , excepté aux banquettes du parterre auxquelles l'ap-
plication en aurait sans doute paru difficilesinon superflue. Citte
|)rodigalité n'aquequelqueslégères varia' ions. Les décorateurs
ont enrichi ràet là, de loin en loin, l'or avec de l'argent ou même
de l'ocre, de sorte que la matière la plus précieuse est celle qu'on
a jetée à flots tandis qu'on aménagé la matière commune avec
une parcimonie at)aric(cu5e, comme dit Molière. Celle libéralité
dorée de l'Opéra est non-seulement inuiile, mais nuisible. Les
reflets delasoieet desjoyaux disparaissent dans cet encadrement
métallique. Les plus jolis traits, les tailles les mieux cambrées
ne ressorlent point sur l'uniformité d'un fond trop brillant.
Nous aimons beaucoup mieux la leinie rouge un peu foncé
adoptée parle Théâtre-Français. D'ailleurs, M. l'arcliiiecte Fon-
taine, qui a dirigé les travaux, n'en a pas abusé autan! que mes-
sieurs les décorateurs de l'Opéra ont abusé du métal. Les bal-
cons et les galeries sont peintes en or, sur fond blanc ; nous
leur reprochons une trop grande similitude qui lesfnil paraî-
tre uniformes. Les avant-scènes méritent d'être citées avec
éloge ; la tenture, les couleurs et les reliefs y sont heureusement
disposés et s'harmonisent bien.
M. Fontaine a été très-franc dans le parti pris de cette déco-
ration.Ilafaitdispaïaîlre les épaisses colonnes qui supportaient
les galeries élagées, pour leur substituer de minces colonnettes
en fer, recouvertes de velours rouge, qui alliignenl le même
but de solidité sans obstruer la vue du public. Nous regrettons
toutefois de ne pas voir jaillir du haut de ces colonnettes quel-
ques rameaux et enroulements artistemeut combinés, pour
mieux caractériser leur office de supports : ces enroulements
ne gêneraient en aucune façon les spectateurs, puisqu'ils
seraient au-dessus de leur tête, et ils ôteraienl aux colonnettes
l'allure de pieux qui percent les galeries placées au-dessus
d'elles, au lieu de les soutenir.
Le plafond de M. Gosse nous offre, comme celui de rA'?adé-
mie royale de musique, un sujet emprunté à la mythologie.
Quelle triste ressource pour l'art moderne que ces dieux dont
ont rit depuis deux mille ans I
361
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
La littérature les a reniés, repris et reniés encore. Ne pouvait-
on trouver quelque chose de plus imprévu que Miner\e et fou
égide, Apollon et sa lyre, Vénus et sa ceinture, Vulcain etfon
marteau, Cupidon et ses flèches, Junon et son paon, Jupiter et
ses foudres, avecl'accompagnementobligé des muses, des nym-
phes, des héros et des demi-dieux ?
L'Ambifju-Comique i\uraitàù penser ainsi pour son plafoul,
au lieu d'y semer parmi des oiseaux et des papillons un las de
petits amours joufllusel rougeauds sousdes arceaux en espaliers
qui rayonnent aulourdu lustre avec leurs treillages vert-pomme
entrelacés de feuilles de vigne. Le reste de la décoraiion de
Y Ambigu a été plus habilement compris : les places, mieux dis-
poséesque parle passé, ont été élargies ; les stalles trop dures et
trop étroites de l'orchestre ont fuit place à de Ixins fiiuleuils
élastiques couverts de velours grenat. Un amphitliédtre occupé
par des sièges semblables a été établi au-dessus de lamo'tiédu
parterre, et des colonilles ont remplacé, comme au tin âtre de la
rue Richelieu, les piliers massifsquisjrvaient d'appui aux divers
étages. Le séjour du mélodrame a quitté sa physionomie un peu
trop fumeuse et revéche : l'Ambigu-Comique a voulu être le
Théâtre-Français du boulevard en attendant que l'ex-Cirque-
Nationalen devienne l'Opéra. Nous parlerons dans un prochain
numéro de ce nouveau théâtre qui va ouvrir dans quelijues
jours. La démolition intérieure a été complète ; ce sera donc
une salle nouvelle à apprécier.
Georges OLIVIER.
NOUVELLES ET FAITS DIVERS
France. — Une horloge très-comjiUquée, iinaf:inée par M. Pelvarl,
curé de Zouafqiies (Pas-dr-Calais). tout m fer et en cuivr»", ayant environ
€ 80 centiiiièlres de furfaee et quinze de profondeur, » excite à un li^s-
haut degré le naïl' enllionsi;isme des jonrnanx des villes cnvironnanle^.
Selon enx, c'est une œuvre Irès-imporlante et lrè>-iiigénieiise. ils n'ont
pas assez do superUlifs pour traduire leur adminition pour les deux cents
roues d'ensrenaj'e et les calculs inouïs qu'il a fallu entrppri>ndre pour
coordonner le niouvenienl de dix-neuf cudrans, marquant : le premier,
les secondes; le deuxième, les heures et les minutes; le troi>ièiiie, le
tempsvrniaii soleil; lequ;ilrième,les j(Uirsdeta s<>maine; le cinquième,
la date du mois; le sixi^me, les jours et mois de l'aimée ; le septième,
l'iiidictiou romaine; le huitième, les cycles solaire et lunaire; le neu-
vième, les épactes; le dixième, le nombre d'or; le onzième, les jours
lunaires cl phases de ta lune; le douzième, le inillésinie ne cliaque
année; le treizième, les tètes mobiles, années conununes et bissextiles;
le quatorzième, lesécli|isesde soleil et de lune, et les années séculaire-;
le quinzième, un système planéiaire complet; le seizième, le lever du
soleil à l'aris; le dix-septième, le coucher du soleil à Paris; le dix-
huitième, les degrés de déclinaison du soleil, éqiiinoxes et solstices;
le dix- neuvième, l'heure au soleil des grandes villes de l'Europe.
« Cette horloge est du poids de SKK) kilogrammes, elle s»! remonte
toutes les vingt quatre heures; elle est cuinpi>sée de deux cents roues
et est mise en mouvement par un poids de 10 kilo^ruinines. Le duu-
zième cailran, qui a quatre aiguilles, est remaïqnutile; son mouvement
est si insensible que sa première aiguille ne fuit sa révotuiiun autour
du cadran i|ue tous les deux ans; la deuxième que tous les cent ans,
et la troisième que tous les mille ans. »
Cette dernière accoinplira-t-elle jamais sa tlclie? II semblerait vrai-
ment que c'est la grande complication du mécanisme qui ixciie la verve
de nos confrères de province, et probablement, lorsqu'on viendra il
ablir une communication électrique entre toutes les horloge» de la
capitale, de façon à pouToir lec réduire li de liroplet cadran*, eo ne
connervant qu'un mouvetnent unique poar toutei, on aura moins
d'admiration pour ces ilrux centi limiogr* marcbaut d'un mouvcinent
c»mmun que pour l'horluge de M. le curé Deltart, arec aes deux cents
roues d'engienage.
Le forage det mine» vient d'élre facilité par ane invenlioa de
M. l'ingénieur CouibebaiiM, invention d'une grande iimplidlé. dési-
gnée sous le nom de minet aciditi. Nno* ItMiit dam l'Echo dCOra*
une curieuse dttsciipliun de l'expérience de ce procédé, qui a eu plein
succès eu Algérie, de in^me que dans une carrière de Grenoble :
c Six minet) de différenies profondeur! ont été préparée* contre on
esc;irpement il pic de 3S mètres de hauteur, pour contenir entemUe
une charge de poudre d'environ 1.59 kilog. L'une de ce* minet avait
été encombrée par accident pendant m conalni- tion, et on s'atiendait
à peu d'effet de sa part. Le feu a élé mi» i quatre de ce* mines, de
manière à les fiire partir le* une* aprè^ le* auire«, à inlenaliet 4e
quelques minutes. L'exphtAion a eu heu «ans qu'on ait vu le Un, tant
qu'on ait entendu le bruit de la poudre, et uiu trop de projection
d'éclats; on a seulementeniendu le bruit sourd provenintdu rrsquement
du rocher et de la chute des inas^e» détachée»; le ■ ube tulal s'e>télevéà
plusde2.0<iO mètres, iv>-suré»au proni,le>2/3environcon*iUanlenblocs
très-gros, qui n'exigeront que pende iravail pour èlredlvix^eniiiorc' aux
maniables. Quant aux 'lépenses de toiile nature faites pour arriver à ce
beau résultat, elles ont élé bien inférieures à celles qu'il aurait filtu taire
pour exploiter la même quantité île pierre» par 1rs moyens ordinaires. >
Un pareil résultat, iibt>-iiu en qumie jour* de travail et avec des
ouvriers non habitués aux tours de ro.iin du ce nouveau prooéd4
d'extraction de rocher, déinontre d'une manière évid>-nle que le pr»-
cédé de M. l'ingénieur ('ouibeltaiNse est destiné « devenir d'nne appli-
catiiin générale, soit pour les travaux des carrières, suit pour les tra-
vaux de routes ou <le chemins de fer.
Voici mniiilenaiit la description succincte de ce procédé :
Le principe fundamenlal de l'iuvi'ntion i'on»iste ft créer, au fond d'un
trou de mine cyli.idrique d un petit diamètre el d'une prufitiideur plus
ou moins grande, au moyeu d'un réactf chimique rongeaut le rocher,
une cavité d'une capacité vaiiable {^ la volouté de l'opéialeur), |ionr j
loger de la poudre. L'agent employé pour les roches calcaires est l'acide
hydrochlnrlque, vulgairement ap|>elé aci le inurtaliqoe.
Le forage s'opère simplement par la percussion de barres à mines
ordinaires d'une lon.;ueur suftisante.
Lorsque le forage est opéré, on place dan* le trou un tube de cuivre
qui pénètre jusqu ik une certaine distance du f-nii, et qui est hité en
point par un bourrelet d étoupes. Le haut du tube |>orte un enlonnoT
dont il traverse le fond pour remonter jusqu'au niveau du bord; la
portion du tube contenue dans l'entonnoir est |i«n ée de Irons latéraux.
Dans ce premier tube, on en place un second qui descend i la nCoe
profondi-ur et qui s'élève au-<lessus de l'entonnoir, pour se leraiaar
par un chapeau à deux branches rrcnuihées.
L'acide ninrialique est placé dans l'entonnoir, descend entre les deux
tubes jii-que dans le fond itu trou de mine, attaque la roche en formant
du inurialedecliaux;racidecarbonii|ue dégagé fait boiiillunner le liquide
qui remonta en écume par le tutn; inb-rieui et se verse de nouveau dan*
l'entonnoir; la circulation cuntiiineaiu-ijusqu't ia saturation de l'acide.
Lorsqu'on a einplnyé une quùu ilé d'acide sudisant pour former one
cavité de la grandeur voulue, on retire les tubes, ou «xtrail le liquide
au moyen d un seau à soupape, on <èche avec de !'■ toupe atlKliée au
bout d'une conle. el ou place la charge d« poudri- en se itervani poor
porte-feu de fusëes de sûreté (hickfitri) qui dispen-ient d'employer
l'épingleite et n'offrent par conséquent aucun danger.
La bourre se cmnpose de sable lin el sec, versé siiiip'enent dao* la
trou et tassé par son seul poids.
Le candaiismt monutntnUU du ministère de |j Guerre cooiiooe à
poursuivre le ma^nilique biiiineul des iacobias de TaakNiM) cea-
363
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
mi
struction en briques excessivement curieuse, et dont les voûtes sur-
passent en portée celles de bon nombre de nos grandes calhédr.iles.
Le marteau du pénie mililaire, que nous voiidrinns pouvoir nommer
aussi le gém>i des lioaiix-arts et de la science an héologiqne, s'acharne
à détr uire chaque jour quelque nouvelle partie de cet intéressant mo-
nument, et la pii sse toidousaine élève en vain sa voix pour protester
contre ces démolitions barbares.
Les fouilles faites à Saintes, dans le faubourg Saint-Vivien, pour des
constructions nouvelles, ont amené la découverte de plu.-ieurs objets
antiques, tels que tombeaux, tronçons de colonnes, une fort belle fiise,
un chapiteau d'ordre corinthien admirablement travaillé, etc. Les tom-
beaux consistent en des anges de pierre de toute dimension ayant un
couvercle : les plu-: grandes ont jusqu'à deux mètres soixante cenlimètres
de longueur sur un mètre trente centimètres de largeur et autant de
hauteur, mesure prise extérieurement. L'une d'elles a deux rebords
inférieurs dans le sens de sa longueur, destinés, sans doute, à servir de
point d'appui à l'enveloppe qui renfermait le corps, et à l'Isoler davan-
tage de la terre. Dans quatre de ces auges se trouvaient des capses
en plomb, dont la plus grande a deux mètres de longueur et quarante -
trois centimètres de largeur. Sur la partie supérieure se trouvent di's
dessins représentant des ronds, taniôiseids, tau'ôtau milieu d'un carré.
On 3' voit aussi la façade d'un temple, des barres perpendiculairi s éla-
gi^es d'une manière inégale, etc., le tout en relief sur le plomb. En
ouvrant, ou plutôt en brisant cette capse à coup:- de pioche, on a vu des
ossements de squelette, des semelles en cuir de sandales de diverses
grandeurs, des lioles vides, et enfin une niasse brune de la grosseur du
poing qui n'était antre chose que de la .soie entremêlée de fils d'or, reste
informe de ce qui fut autrefois peut-être un liche vêtement. I a seconde
capse a un mèlre soixante dix centimètres de longueur sur cinquante
centimètres de largeur; la tn.isième et la quatrième sont de moindre
dimension encore, elles ne renfermaient toutes les trois que des osse-
ments. Il est fi déplorer qu'aucune direction initiligente n'ait préMdé
à ces feuilles, et que les ouvriers, dans 1 espérance sans doute Je trouver
de riches monnaies d'or ou d'argent, aient biisé à la hâte toutes ces
ca|ises, dont la plus grande surtout eût fait l'ornement d'un musée. Dans
tontes les antres anges, dont plusieurs ont la forme de nos cercueils de
bois, il n'y a que des ossements, sans capse en plomb. On en découvre
à chaque instant de toutes les formes et de toutes les dimensions. Il y
en a de fort petites pdur les enfants à peine entrés dans la vie. Les co-
lonnes, les cl.apiteaiix, les frises sont probablement les restes de la jiri-
mitive églisi; de Saint- Vivien, autour de laquelle étail un cimetière, dont
les tombeaux, par leur forme et leur genre, révèlent l'époque de l'oc-
cupation ang'aise de 1132 à 1451. Dans celte hypothèse, il y auraiten-
viron cinq à six cents ans que ces si'pultnres auraient été déposées dans
la terre. Mais déjà le sol portait l'empreinte d'une domination plus an-
cienne, celle du peuple romain, dont ou retrouve encore les fortes con-
structions avec leurs briques et leur ciment indestructible. On adécouvert
en effet, parmi les tombeaux, une muraille romaine, une place ballrre eu
brique pilée que le temps et l'hurnidité oirt laissée irrtacte,et l'on sait que
tout auprès il existait des bains romains dont la trace est encore visible.
Les fouilles archéologiques de Londinières, près de Nenfciràtel, faites
par onlre de M. le préfet de la Suine-Irrférieure, ont eu de curieux ré-
sultats. Voici ce que nous lisons à ce propos dans la Vigie de Dieppe :
« M. l'abbé Cochet, qui a dirigé les fouilles de Londinières, a trouvé
un ancien cimetière au pied d'une des collirres arrosées par la rivière
d'iiaulne. Ce champ de sépulture, situé à l'angle des routes départe-
mentales de Neufcliâtel à Eu et de Dieppe à Neiifcliàtel, paraît remonter
à rétablissement des Francs dans les Gaules. Il a trouvé environ soixante
squelettes apparlerrant à des personnes de tout âge et de toute condi-
tion. Il y avait des hommes et des femmes, des enfants et vieillards.
Les hortîmes d'armes étaient en majorité; presque tous avaient à la
ceinture un couteau de guerre lié avec une boucle de fer ou en bronze,
et qu'ils semblaient tenir encore entre leurs mains. A côté de leur tête
était un fer de lance, dont le manche eu bois avait été rongé par le
temps. Quelques-uns avaient des haches de fer semblables à la francisque
trouvée dans le tombeau de Childéric.
» Presque tous les corps étaient déposés dans des fosses profondes
d'un mètre, et taillées avec soin dans la craie. Les pieds étaient con-
stamment tournés vers l'est et la tête vers l'ouest. C'e-t la seirle trace de
christianisme que présentent ces sépiiltrrres. M. l'ahbé Cochet pense que
les morts qu'elles renferment ont été inhumés assis. Les pieds et les
j.imbis étaient toujours placés horizontalement; mais il n'en était pas
de même de la tête et du corps. Fort soirvent le crâne se trouvait au
milieu des côtes et des vertèbres, comme si cette partie dn corps avaitété
inhumée verticalement. Parfois la tète se rencontrait à drniteorr à gauche,
eonrrne si elle eût cédé à la (iressiun des terres errtas'-ées sur elle.
» Des vases se Irouvaieirt fr équeiirmenl aux pieds ou errtre les jambes.
Quelques-uns paraissaient avoir coutenu dns matières noires, d'autres
étaient entièrement vides. Des charbons de bois avaient été .semé.-» dans
la terre avec les corps ; parfois on aurait dit que les déluuts avaient été
déposés sur des brandons. On n'a trouvé que deux objets en verre, une
ampoule et un gobelet revêlu de Irlets en relief.
« M. Serres, professeur d'anthropologie et médecin en chef de
riiospice la Pitié, qui a visité les fouilles de Londinières, a cru re-
connaître darrs les têtes le type celtique et le type Scandinave.
• L'épisode le plus curieux de cei le forrille est la découverte du squelette
d'une femme jeune encore (de vingt-cinq à trente ans, selon M. Serres).
Couchée dans une fosse d'un urètre de profonderrr, elle avait à ses pieds
urr vase en terre rouge; elle portait à la ceinture un petit couteau de fer
avec une boucle en cuivre et rm ornement garni de dons de brotrze à tête
pentagone. Sur la poitrine étaient des agrafes et des fibules qni avaient
étéémaillées;on£Ûtdit les boutons de sa robe. A son cou était un collier
en ()erles de verre on de pâle rorrge ornée de couleur jaunes et b'ai.ches,
conrme une mosaïque. De chaque coté de sa tête étaient des boucles
d'oieilles. Sur son sein reposait un enfant de quatre à ci-iq i ns.
t Fouillant à côté de cette fosse, M. Cochet a trouvé, à la distance
de vingt centimètres, un squelette d'homme armé de toutes pièces;
chacun de >es pieds reiiosait sur un vase en terre noire. Une hache en
fer, véritable francisque, était placée dans les jambes; nu couteau de
fer, lié par une boucle en bronze, se trouvait à la ceinture et senrhiait
avoir été tenu par la main à chacun de ses bouts. Un sabre en fer était
placé à ses côtés. Ce sabre, qui se terminait d'une façon arrondie
comme celui de Childéric, avait été mis dans un fourreau de bois
couvert de cuir, avec garniture de bronze.
» Cette fouille ordorrnée par M. le préfet de la Seine-Irrférieure, outre
son conlingenl d'observations historiques, aura rapporté pour le musée
départemental deux sabres et trois haches en fer, des agrafes et des
fibules de bronze, des colliers, des anneaux et des boucles d'oreilles,
douze boucles de ceinture en bronze ou en fer, treize corrteaux, douze
fers de lance, trente ou quarante vases en terre rouge, blanche, grise
ou noire. Deux de ces vases ont des anses; quelqrres-uus ont été exposés
au feu. Il y en a en terre fine, d'autres en terre grossière. Plu.sieurs
ont des formes romaines, quelques-uns affectent des types plus récents.
Tout anironce un cimetière mérovingien drr temps de Clovis. »
Les antiquités algériennes devraient être l'objet d'une certaine préoc-
cupation de la part du gouverneurent. Ainsi, urre administration qui
serait chargée de recueillir et de faire transporter dans un musée na-
tional toutes les antiquités mobiles qui chaque jour se trouvent en
Algérie, pourrait rendre d'incontestables services Nous avons déjà
entendu parler d'une mosaïqrre très-belle et d'un bras gigantesque en
bronze, dont la découverte n'a pas été utilisée pour nos collections
d art monumental. De pareilles rrégligences ne se renouvelleraient plus
avec l'institution que nous indiquons.
Étranger. — Des journaux belges annoncent du ton le plus sérieux
du monde, que M. Mathieu, directeur de l'Académie des beaux arts de
365
REVUE DE LARCHITECTUIŒ ET DES TRAVAUX PUBLICS.
90S
Loiivain, vient dtj découvrir dans l'église de Corbcck-Dyle (Belgique),
un nioniirrienl iniportiiiit pour l'histoire de l'art. Or, quelle est cette
découverte? « Ui) retable composé de six panneaux qui, en se fennanl,
couvrent dilïérenles niches (.'onlenant des sculptures en bois dorc^. L<'S
sujets des douze tableaux (car les panneaux sont peints des deux c6tés),
ainsi que ceux des sculptures, représentent la légende de saint Ëlienne.
Ces dilTéiuiiteg peintures datent de la lin du xiv» siècle. Elle* sont
peintes en détrempe, et le dessin en est d'une merveilleuse beauté. »
Nous ne contestutis pas la perreclion du ritiible; nous sommes même
heureux de l'entendre proclamer; mais est-il bdmissible d'appeler dé-
couverte la des>';ription lue à son sujet dans l'.^cadéinie de Louvain.
Un tel niotiumenl placé dans une église ouverte à tout le monde,
était-il, en vérité, diflicile à découvrir? Reste ù M. Mathieu le mérite
de l'avoir signalé : il est as^ez grand pour qu'il puisse se passer d'un
brevet d'inventeur, difficile à Justifier, surtout depuis que les uns s'a-
'visent de découvrir la Méditerranée, d'uutres le Mout-Blanc, voire
mfime Notre-Dame de Paris.
L'église de Saint-Jarques de Cnudenberg, à Bruxelles, va être res-
taurée, grâce h nn subside de 20,000 francs voté par le Conseil municipal
de la ville, poiirla reconstruction du clocher et ilu péristyle. M. l'archilecle
Suys est chargé de la ilirecliiin des tnvaux. Si nous en croyons l'/ni/épen-
dance belge, le devis inifioscruit le renniivellemenl de la couche de pein
ture dont le portique est enduit. I e brossage, St notre avis, devrait être
préféré fi la cnloralion.à moins qu'on applique au monument un système
de polychromie générale bien entendue. Le liadigeon est de tous les sys-
tèmes (je peinture extérieure le plus malpropre. La pluie le zèhre de
taches repoussantes. Quant ù la peinture à l'huile, on doit prendre de
grandes précautions pour rempK'yer; l'humidité la fait écailler très-faci-
lement »! l'on n'a pas soin d'attendre que le mur, qui doit la recevoir, soit
parfaitement sec. La peinture à l'huile à l'extérieur des édifices est
d'ailleurs un moyen de rejeter à l'intérieur toute riuimiditc des murs.
— Ou lit dans un journal : « L'Académie des arts et des sciences de
Venise a déciilé, en comuiémorHtion du congiè» scientifique qui a été
tenu celle année dans ses murs, de faire élever un panthéon où seront
placés les bustes do tous les lioiiiines distingués des provinces véni-
tiennes, depuis les temps les plus anciens jusqu'au xviiie siècle. Cette
résolution a été approuvée par l'arclilduc vice-roi, et l'on a choisi à
cet elTet le palais ducal. »
Nous voudrions savoir : l» on quoi celte décision honore le congrès
qui n'était pas exclusivement vénitien, et 2» quel honneur il en re-
viendra aux savants étrangers qui ont illustré le congrès.
— En creusant un puits à Millingen, près de Nimègue, on a trouvé
les antii|uilés suivantes : une lampe, deux iissiettes, deux jattes, un pot,
un vase, sept cruches, ei d'autres morceaux en argile; quelques objets
en terre; ta pointe en fer d'une flèche et deux clous; »ur une des
assiettes il y avait quelques petits osselets; il y avait également un vase
carré en verre vert avec une anse plate, et sur chacun des angles du
fond une des quatre lettres C. G. C. P. On a également trouvé quel-
ques pièces d'or, probalilemenl du temps de Jusiinieii (oi7-366), sur le
cordon desquelles on lit (M) GLOKIA AVGVSTORVM.
La restauration de Sainte-Sof^ie a été décidée il y a plusieurs mois
par le gouvernement de la Porte, et le Journal dé Constantinople
publie à ce propos un article dont voici les principaux passages : c En
consiilérant les immenses proportions de la voûte et de ses galeries,
on est frappé d'étunnement. C'est un modèle de haniie.>se, et le chef-
d'œuvre de l'art byzantin. A ce double ture, Sainte-Sophie, qui fut
COii> truite sous le règne de l'empereur Justiiiien, en 333, méritait de
lixer l'aitention du ministère actuel qui met tous ses soins à mener de
front les idées qui tiennent k l'ordre intellectuel et celles qtii coitcernent
l'ordri! matériel. Les travaux de restauration de ce nionnment sont
commencés depuis un mois. Ils sont confiés à MM. Fossati frères, qui
sont également chargés des bâtimenti de l'Univ*r»ilé et des Archivet .
Sous leur direction, on eupèie que celle magnifique mo«<|uée reprendra,'
dans tous ses détails, les traiu disttnctifs de nm caractère primitif. '
» Les travaux or.l naturellement une duuble divtMon, ceux de fexté^
rieur et ceux de l'intérieur.
> Les premiers sont relatifs aux d6me<, aire toiU, ttn plotnbt, ai
ciment en stuc, à la couleur, et t-n général »nx dégradalioM anMfléct
par le temps ou causées par la main de» hommef.
» Le travail intérieur consiste en déblais des vienx décombres, répa-
ration générale des escaliers devenus presque impraticablef ; redreaa»
ment et alignement de plusieurs colonnes de* galeries, inclinées par
suite lie divers tremblements de terre; relèvemi-nt el nivellement de
plusieurs parapets et entahlemeni; reilauration des marbres incni>léa
sur les murs; et dans les parties enlevées el perdaes, plicemenl -te faax
mai bres imitant l'albâtre oriental, le vert antique, la serpentine, le
granit étoile, les carrières île ces pierres étant perdues depuis long-
temps; enlèvement du hadigeonnage ei de la créfis^ure des voûte* et
arcs, de façon à mettre à nu les anciennes mosaïques qui sont en
veires dorés et de plusieurs couleurs; enOn nelliiyai;e des marbres,
incrustations, colonnes, ornements en relief, elc, etc.
> On peut voir, par cet aperçu des travaux, que la restauration de
Sainte-Sophie est une œuvre gr)>nde el précieuse, qui demandera du
temps, de l'argent et de l'Imbilelé. E'P'''ri'ns qu'elle s'accomplira sans
entraves aux applaudissements des savants et des artistes. •
Nous ajouterons à ces rédexions que l'Iiisioire monumentale étant
universelle, l'é^ilise de Sainte-Sophie, qui est un des monuments les
plus précieux du inonde, doit être intégralen:eiit conservée. On ne
[leiil en aucune façon porter alieinle à cette œuvre étonnante du passé.
L'»dministration ottomane et les architectes doivent avoir en «ue de la
préserver de la ruine, des rava;;es du temps, et de remettre en lumière
les mosaïques et les peintures dissimulées par la susceptibilité religieuse
de» anciens Turcs: mais il ne faut rien retrancher ib-olumeni rien,
de l'œuvre de Jusiinien. Les travaux de S.iiMte-Sopliie doivent être
entrepris, poursuivis el aihevés avec un religieux respect. Conçus
autrement, ils deviendraienl un sacrilège.
Antiquités canadiennes. Le journal américain ■ U Canadien, • an-
nonce qu'on a découvert près de Pénélangiii^ihiMe un charnier on grande
fosse contenant un amas de squelettes humains rang>>s ré^ulièi ement
sur un lit de peaux de castor. On a recueilli .V) cHInes On trouve dans
la conformation de tous ces crânes une re^semblailce frappante avec
ceux des anciennes momies égyptiennes, caractère qu'ils partagnida
reste, si l'on en croit les études de Catlin, avec la pla|iart d« rMH
indiennes que l'Européen a trouvées sur le continent américain lors
de sa découverte. Avec ces ossements, on a intuvé 36 ou 27 chaadiêreB
de cuivre de la contenance d'environ 20 gallons, ponant i leur ouwr-
lure une bande de fer grossièrement travaillée. Ces chuudières sont de
l'épaisseur d'une ligne et demie. On a trouvé au.-iii une baclie de fer
dont la forme est presque déiniiic par la rouille, et un in»trumeat
d'agriculture en cuivre, avec les restes d'un manche de bois. Les peaux
de castor sur lesquelles reposaient ces squelettes étaient ass«z bien
conservées et reconnaissables, le poil seulement en étant détruit.
<je qui semble jeter quelque doute sur la date probable où ces cadirres
ont été déposésdansleurdernièredemeure, c'est que, sur le terrain même
qui recouvrait la fosse, et depuis qu'ils j avaient été enterrés, il a poMsi
au centre un très-grosaibre que l'on ju()s avoir plus de deux cents a«s,
et qui n'appartient à aucunedes es pècesqu'enreiicnniredinslesenviroDs.
Les personnes qui ont vu les chaudières assurrni qu'elles m soat pméê
manufacture europt'enne; ce qui prêterait i mille conjectures, parmi
lesquelles nous laisserons les an béologues rechercher la véritable.
Depuis la publication de c»-lte découverte, un ancien employé des
compagnies qui ont tour è tour exploité les immen^s forêts qui bordent
les Canadas au nord et i l'ouest, déclare avoir trouvé, dans on autre
endroit qu'il indique d'uue manière asseï précise, une fosse i peu prés
367
REVUE DE L'ARCHITECTUKE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
368
semblable à celle de Pénétangiiisbine, avec un arbre au centre, des
squelettes, des chaudières de cuivre, etc. Il dit que ces vases sont évi-
demment de maniil'.ictnre française, et que les c;idavresdont on retrouve
ainsi les restes n' ni été enterrés qu'à une époque comparativement ré-
cente et bien longtemps après l'occupatior. du (lays par In France. Celte
dernière liypollièse nous paraît infiniinenlplns plausible que la première,
qui reculerait tellemcnl renseveli>sement de ces squelettes, qn'on ne
saurait quelleépoqne lui assigner, el supposerai! une succession de siècle.-
durant lesquels des peaux de castor, des sqnelelies même ne se conser-
veraienl poitil dans le climat liumiileilu Ciin^da, à la surface du sol el
pre^q^edéconverts, comme létaienlles restes dont nous venons de parler.
L'art en Amérique. La vanité américaine applique volontiers un sin-
gulier principe : c'est que tout ce qui est produit ilans le nouveau monde
dépusse de cinquantecoudées les chefs-d'œuvre mêmesder'ancien. Vierge
et pure, disent-ils, lu jiune Amérique a plu^ de vitalité, d'énergie et de
géniequcla vieille Europe cornimpue. Ils inépriseni donc non-SLiilemenl
toutes nos institutions, mais bien encore notre politesse et nos arts; en
revanche, ils exaltent leurs œuvres nationales un peu plus que de raison.
Ainsi, dernièrement, ils ont comparé, préférée aux merveilles de l'anti
quité, aux créations de Piaxilèle, une statue d'escl.ive grecque scidptée
par un M Powers. Seulement la pruderie de quelques critiques journa-
listes s'est effarouchée de la nudité du corps. Singulière façon de com-
prendre l'art! Un détail de notre connnerce feia comprendre ois en est
le goût pub ic en Amérique. Us raffolent de liihograpliies coloriées; mais
ils jugent de l'œuvre plus encore par lasymétiiedesonencadren.entqne
par sa valeur aitistique. Il leur faut, avant tout, des sujets de même
grandeur. Pour satisfaire à ce goût bizarre du pays vierge el pur, le»
éditeurs français ont pris le parti de faire de.i séries do lithogiapliies
semblables de dimensions en coupant les plus grandes pour les réduire
à la mesure des plus petites, qui servent oïd.naiiement de modèles, sans
s'inquiéter des bras, des jambes, dis draperies nu des arbres ou des
montagnes qui tombent sous leurs ciseaux. Celle mutilation estcouronnée
d'un grand succès cuunnercial, el montre bien (|ue ridé.il de l'art se
résume pour les Américains dans une question de pieds et de pouces.
Il faut convenir que cet idéal rappelle trop les habitudes de comptoir.
BIBX.IOGRAFHIE D£ 1846.
. (Suite et fin. Voy. col. 176, 222 et 319.)
Archéologie.
îiociCE SUT une pierre tumulaire de l'église de Bailleulsur-Eaule(arrondis-
temenl de Neu(châtel), designée par une tradition locale comme recouiroîW
les cendres de Jean de Bailleul {John Baliol) et la reine son épouse; par
M. Léon Duranville. In-8° de trois quarts de feuille. Impr. de Lecointe, à
Rouen.
Notice sur l'abbaye rojale de Notre-Dame de Bonport (Eure); par M. Léon
Duranville. In-b» d'une feuille. Impr. de Rivoire, à Pans.
Essai historiqie sur la châtellenie de Saint-Georges d'Aunay; par Jacques-
François Faucon. Iii-S» de 2 feuilles 1/4. Impr. d'Hardel, à Caen.
Nouveau traité historique et archéologique de la vraie et parfaite science des
armoiries; par M. le marquis de JMagny. Premier vol i me In-4'' de
65 feuilles 1/4. plus 85 pi. et un frontispice. Impr. de Schneider, à Paris. —
A Paris, rue des Moulins, 10. Prix du volume pour les souscripteurs : 95 fr.
Pour les non-souscripteurs : 120 fr.
Monuments arabes d'Egypte, de Syrie et d'Asie-Mineure, dessinés et mesurés
de 1842 à 1843, par Girault de Prangey. Ouvrage faisant suite aux Monu-
metits arabes de Curdoue.Séiille et Grenade, publiés de 1836 à 1839. — Pre-
mière livraison. In-folio d'une feuille. Impr. de F. Didot, à Paris.
Il y aura 20 à 30 livraisons.
ALBua hittorique, archéologique et nobiliaire du Dauphini, publié sous la di-
rection de MM. Champollion-Figeac; par M. A. Borel d'Hauterive. Première
livraison. In-4» d'une fenille 1/2, plus une pi. Impr. de Gratiot, à Paris. —
A Paris, rue Vivienne, S6.
Paraîtra une fois par mois, par livraisons de 2 ou 3 feuilles avec une pi. et
un fac-similé. Prix annuel 16 •
Choix des types les plus remarquables de l'architecture au moyen âge dans le
département de la Gironde, dessinés à l' homograph'ie et gravées à l'eau-forle.
Deuxième série, consacrée principalement aux monuments militaires. Pre-
mière livraison. In-folio de 2 feuilles, plus 6 pi. Impr. de Lafargue, à Bor-
deaux. — A Bordeaux, chez l'auteur, rue de Gasc, 14. Prix de la liv. 5 •
Les pbixcipaux édifices de la rVle en 1S25, dessinés à cette époque sur les
plans d'un livre manuscrit consacré aux archives de la ville, appelé le livre
des Fontaines; reproduits en fac-similé et publiés avec des notices histori-
ques, par M. F. de Jolimont. (Livraisons 1 et 2.) In 4» de 14 feuilles. Impr.
de Peron, à Rouen.
L'ouvrage aura 4 livraisons, et contiendra 18 feuilles.
Résdmé de l'histoire des arts depuis leur origine' jusqu'à l'époque actuelle. Nou-
velle édition, augmentée de la troisième partie ; par P.-A. Poitevin, ancien
architecte du département de la Gironde, in-S» de 3 feuilles et 1/2. Impr.
de Faye, à Bordeaux. — A Bordeaux, chez Faye.
Les arts ed Portugal. Lettres adressées à la Société artistique el sc'ientifique
de Berlin, et ace 'mpag nées de documents; par le comte A. Raczynski, in-8» de
34 feuilles et 1/2, impr. de Renouard, à Paris. — A Paris, chez J.Renouard,
rue de Tournon, 6. Prix 9 •
Les arts ac moyen âge, en ce qui concerne principalement le palais romain de
Paris, l'hôtel de Cluny, issu de ses ruines, el les objet) d'arts de la collection
classée dans cet hôtel, par Ad. DuSommerard. Tome 5', par F. Du Somme-
rard, conservateur du musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny. ln-8» de
27 feuilles 3/4. Impr. de Vinchon, à Paris. — A Paris, chez les principaux
libraires et marchands d'estampes, chez Techeoer.
Livres divers.
Notice sur la peinture encaustique appliquée aux monuments publics, par Au-
guste Dussance. In-8» d'une feuille. Impr. de Ducessois, à Paris.
Perspective des objets éloignés. pourservir de complément à la première éditum
du traité de perspective; par J. Adhtmar. In-8» de 4 feuilles 1,4, plus un
atlas in-folio, de 11 planches. Impr. de Fain, à Paris. — A Paris, chez
Mathias, quai Malaquais, 15; chez Carilian-Gœury, chez bachelier.
Peintcre sur verre, au dix-neuvième siècle. Les secrets de cet art sont-ils re-
trouvés? Quelques réflexions sur ce sujet adressées aux savants el aux artistes ;
par G. Bontemps, In-S" de 3 feuilles Impr. de Ducessois, à Paris.
Traité de photographie. Cinquième édition, contenant tous les perfection-
nements trouvés jusqu'à ce jour, appareil panoramique, différence des foyers,
faux, etc., etc. ; par Lerehours et Sécrétan. Octobre 1816. In-8° de
18 feuilles 3/4, plus une pi. Impr. de Pion, à Paris. — A Paris, chez Le-
rebours et Sécrétan, place du Pont-Neuf; chez Victor Masson, chez Hector
Bossange. Prix ^ "
Une place a donner. — Un arcliilecte-voyer d'une ville à moins
de 40 lieues de Paris, voudrait s'entendre avec une personne apte à le
remplacer. Traitement fixe de 800 fr. dont on obtiendra facilement
l'iiugmentation. Cinq pour cent sur les travaux par adjudication;
beaucoup d'affaires de communes, d'affaires parlicul.ères et d'exper-
tises. Il s'agit principalement d'aider l'amateur à obtenir la place.
S'adresser au bureau de la Revue d'Architecture.
CÉSAR DM.Y,
Directeur et rédacteur en chef,
luembrc de l'Académie royale des R. aux Ails de >l(i<kliolm, de l'insliliit
royat des Atcliilecles briiaiiiiiqufs, etc., etc.
Iiiip. de L. TUINON el C, » Sinii-lieiuimu.
369
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
ro
MÉMOIRE
SUR TRENTE-DEUX STATUES SYMBOLIQUES, OBSERVÉES DANS I.V
PARTIE HAUTE DES TOURELLES DE SAINT-DENYS.
(Septième et dernier arliclo. V. col. 49, OS, 97, 129, 177 et 321.)
K» SX. Statue hnmnlne.
Le Moine. — Réruwation spirituelle.
Dans toute la force de l'âge, et non plus frêle adolescent
comme on l'a vu au nord-ouest, le moine clôt cette série
de transformations mis(^rables que l'homme subit dans son
âme quand il foule aux pieds les vertus. Les cheveux courts
et en couronne, ce moine, aperçu par le dos est nu jusqu'au
bas des reins où se noue gracieusement une moelleuse
draperie; -de face, il paraît au contraire vêtu d'une robe
ample et souple; robe ou plutôt devant de robe a plis riches
et bien fouillés, appliquée, sans aucune attache, sur tout le
côté du sujet qu'on peut appeler antérieur , c'est-à-dire
aperçu de face, mais qui s'arrête sur les épaules et le long
des bras en laissant brusquement à nu la statue en totalité
en tant qu'aperçue par derrière. Ain.si la nuque, les épaules,
le dos, les reins sont dépouillés (I). De ce côté, et un peu
plus haut que la ceinture (2) sort d'au-dessous de la statue
une queue énorme et massive, queue idéale et sans modèle
dans la zoologie réelle, i appelant simultanément la salaman-
dre, la sangsue, les poissons mous des eaux bourbeuses, la
puissante queue de dragon.
Tel est ce sujet par derrière : de face (nous l'avons mar-
qué), il est drapé avec richesse, et ce côté de sa personne est
(1) On dirait qae la draperie a été coupi^ brusquement tout le long des
bras, à coups de ciseaux; là elle so colle et s'arrête, semblable à i-es pièces
d'étolTe dont les peintres drapent leurs mannequins d'un seul ciMé : simulant
de face une toge, une clilaniyde, une tunique sur toute la partie ilu modèle
que le pinceau a i Unir, et lais.sant à nu reu\ des membre:; du mannequin
qui n'ont point à occuper pour le moment l'attention du peintre.
(3) P(iw bas, d';.près la pose renvcrsi'e de la statue.
T. VII.
aussi noble et aussi digne que l'autre est pauvre et dénudé.
Tourné au midi par sa masse, mais se retournant vers l'ooMt*
il fait un geste remarquable : l'index tendu de sa main gau>
montre ce qu'a saisi sa droite, et celle-ci tient par une
aile, ain.si qu'on tient un papillon, une capture emblématique,
monstre idéal et composi-, que la terreur sennble aplatir et
clouer tremblant à la pierre. Il y a de rhorame, du vieillard.
surtout de la tête de mort dans l'expression morne et lugu-
bre, le crâne, le front de cet animal et son regard oblique
et louche; son museau accuse le chien, ses pattes de digi-
tigrade rappellent le chat par leur forme et le lion par leur
vigueur; la queue, notablement sinueuse(i), d'une remar-
quable vigueur et visiblement fantastique, est celle qu'oa
prête au dragon.
L'allégorie de ce sujet est très-bien caractérisée. U fallait
après la série de tous les désordres humains, montrer le
chrétien et le moine secouant leur honteux empire et les
reniant pour toujours. C'est ce que fait cette statue, figure
à deux attributions, è sens partagé et complexe, montrant
en elle les deux hommes : l'un, soumis aux sens et pécheur;
l'autre, vainqueur des sens et juste : celui-là, qui est le vieil
Adam, l'homme des sens ou le vieil homme, dé*savoué par
celui-ci, le nouvel Adam, l'homme de l'esprit, l'homme
nouveau. Uhomtne des sens ou le ri>i7 homme est la statue
vue par derrière : l'homme juste ou l'homme noureau. c'est
la statue vue par devant. Celui-ci, rerêtu de grâce, d'inno-
cence et de sainteté, rejette et répudie l'autre. le rélégnant
comme en arrière dans le néant et dans l'oubli, et se trans-
formant, par la grâce, en un être régénéré.
Comme on le comprend à merveille, la transformation
du vieil homme s'opère par la draperie, représentation des
vertus. Aussi voit-on déjà paraître quelque chose de celle-ci
sur la statue vue par le dos; c'est une ample et riche cein-
ture formée par la draperie elle-même et arrêtée au bas des
reins |»ar un nœud souple et gracieux, signe de la chasteté,
dont la ceinture cléricale a été en tout temps l'emblème, et
dont la pratique doit l'être l'un des premiers actes du divorce
avec les péchés (2).
(1) Voy. ci-après notre note dans U partie explicative de ce sujet.
(i) La ceinture, pour des raisons dont le détail nous mteerail trop Iota de
notre sujet, signifie dans les saintes Lettres ri<tat de justice, U forée chrf-
tienne, la disposition intérieure à tnai entreprendre pour le service d« Dieu.
(Innocent. 111. De tacro. — Hrab. Maur. — S. Hilar. — Et ftmm im* kt
Pères. — Valerian. Hieroi;lyphir., I. XL, etc.). Mais deux alluàou priad-
pales prtMiominent sur toutes les autres; la ceinture cléricale n|wlc : pw
son application tur la poitrine, c'est-à-dire voe par derant, l'auMNir divia,
la charité ; par son application tur Ut rn'iu, e'est-i-dire vue par derrière, le
frein imposé aux sons par la mortification de la chasteté. Dans la stal«e qui
nous occupe, plac<4' et noui'e ainsi qu'elle l'est sur le bas des reins, c'eM i
celte dernière vertu qu'elle semble faire allusion.
• Zona sr.cerdotis illud siiçnilicat, quod Joannes apostoins ait : • Couimwi,
viJi Filium liominis pr»>rinctum ad mamillas loni aurei ^Apoc., I). • Per
zoiiam auream, perft-cl.i Christi charilas desi^alur..'. • Innocent. III, D*
sncro, I. I, c. xxxrii. De riH^nlo et tuttintlorio.)
• Zona est vinculum chariutis : ut in Apocalypsi : • El praetactun ad
mamillas tonA anrel, > id est. ornalur in actibus suis charitale spoutaaeA. •
(llriban. Maur., AlUgor.)
Il
371
REVUE UE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
S72
Sur le flanc nu de la statue, ce flanc de l'homme encore
charnel, s'allonge un emblème explicite, cette énorme
queue fantastique de salamandre, de sangsue, de poisson
mou ou de dragon que nous avons déjà maniuée ; queue qui
résume à elle seule tout ce que le mal a d'empire, d'entraî-
nement et de puissance dans l'homme assujetti aux sens, et
qui rappelle en même temps quelles sont les fins de l'impie.
Cette queue fortifie sans doute et devait rendre plus formelle
l'expression de la nudité : l'une est l'absence des vertus,
l'autre est la présence des vices : rapprochés ainsi l'un de
l'autre, ces deux caractères mystiques ne laissent aucune indé-
cision sur leur intention respective.
Ici, nous sommes accablés par la multitude de preuves
que fournissent les premiers âges et les autorités chrétiennes
sur la longue vulgarité de celte noble allégorie du vêtement
des œuvres samtes et de la nudité honteuse qui en figure le
dénùment. On la trouve dans l'Évangile sur les lèvres de
Jésus-Christ (1); elle figure à tout instant dans les oeuvres
■ Débet... albà circa lumbos zonù pra-cingi, ut castitat sacerdolis nuUis in-
centivorum stimulis dissolvatur. UnJè : Sint lumbi vestri praîcincti et lucer-
nœ vestrte ardentes in manibus vestris {Luc. XII), Et : Virtus ejus in lumbis
ejus... Job. XL.) Debent ergo lumbi pru;cingi per conliiientiain. Deljent et
subcingi per abstinentinm : quoniam hoc genus diemonii non ejicilur nisi in
oralione et jejunio. (Matth. XVII.) Hinc etiam Apostolus ait : State .suc-
cinct! lumbos in veritate. {Epites. V'I.) • (Innocent. III, De sacro, I. I, c. Li.)
Rhaban Maur entend aussi par la ceinture, la mortification et le frein im-
posés aux sens par la chasteté, que re|irésenlaient l'aube cléricale et son écla-
tante blancheur. «... Ergo... sacerdotes... aceinguntur balteis, ne ipsa cas-
titas sit remissa et negligens, ne vento elationis animum perflandi aditum
impendat, ne crescente iniquitate refrigescere faciat cliaritalcm ipsorum, ne
bonorum gressusoperumjactantia suœpra'sumptionis impediat, ne pra^peditu
virtutum cursu ip.sa etiam terrestris concupiscentiie sordihus polluta vilescat,
et ad ultimun auctorem suum ad ruinam superbiendo impellat. » (Rhab.
Maur., De institutione clericoram, lib. I, c. xvii. De ciugulo.)
« Zona, mortilicatio carnis... (significal). • (Rhaban. .Maur., Allegoriar.)
— Mêmes explications dans les docteurs du moyen âge, r.'unis dans le volume
in-folio. De divinis offkiis de Trilhème, Bibliothèque royale. Voy. aussi Du-
randi, lialion. divinor. officior , I. III. — Le Ceremoniale parisietise, 1662, etc.
Aujourd'hui, comme au moyen âge tous les cérémoniaux consacrent ces
allusions de la ceinture pour les clercs, et la couleur même de cette ceinture
détermine parfois l'opinion entre celui de ces deux sens qui doit prédominer
sur l'autre. L'ÉgUse admet ces allusions dans ses prières quotidiennes; elle les
place sur les lèvres de tons ceux qui sont engagés dans les ordres sacrés, à partir
de l'humble sous-diacre jusqu'au souverain Pontife inclusivement : tous, en
prenant cette ceinture, doivent solliciter de Dieu la chasteté recommandée :
« Quilibet ad altaria ministrans à Subdiacono, Diacono, Pre.sbytero, .. ad
Papam, cingulo se cingens, dicit : • Praîcinge me. Domine, cingulo puritatis
et extingue in lumbis raeis huniorem libidinis, ut maneat virtus continentise
et castitatis. •
L'allusion de la ceinture à la chasteté a eu cours dans l'antiquité païenne
elle-même. Les témoignagnes des auteurs classiques à cet égard, divers usages
consacrés et plusieurs formes de langage qui rappelaient cette figure, sont
sulDsamment connus. — Voy. au surplus Pier., Ilierogtyphk., lib. XL. De
zona.
{D Dans la parabole de l'Enfant prodigue, figure du pécheur rentrant en
grâce avec Dieu, et recouvrant par ce pardon le vêtement de l'innocence et la
parure des vertus : « Dixit pater ad servos suos ; Cito proferte stolam primam,
et induite illum... • Litc. XV, 22. — Et dans celle du festin des noces, où
l'homme destitué de la robe nuptiale (c est-i-dire de la parure des vertus) est
jeté par l'ordre du Roi dans les ténèbres extérieures : • Introivit Rex ut vide-
ret discumbentes, et vidit ibi hominem non vestitum veste nuptiali. Et ait
illi : Amice, quomodo hue intràsti non Italiens vestem nuptialem? At ille
obmutuit. Tune dixit Rex ministris : Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite
eum in tenebras exteriores; ibi erit fletus. etstridor dentium. [Matth. XXII,
H, 12, 13.)
du grand Apôtre (1); elle abonde dans les docteurs et jus-
que dans les bestiaires; on la voit dans le Physiologue :
» Alors, dit-il, que le serpent rencontre l'homme irtu, il
1) est épouvanté et fuit, mais s'il le rencontre nu, il l'atta-
» que. Et toi (homme spirituel), considère au fond de ton
» cœur que tant que notre père Adam conserva dans le pa-
» radis le vêtement de l'innocence dont Dieu même l'avait
» vêtu, le démon ne put prévaloir et fut obligé de le fuir;
» mais lorsque , ayant désobéi, Adam eut perdu ce saint
» voile, alors le diable le vainquit (2). »
Le docteur du xiii^ siècle, l'auteur du Spéculum morale
montre à son tour l'homme chrétien tombé dans l'assoupis-
sement, surpris par l'essaim de sept vices (3) qui lui enlevèrent
pièce à pièce ses armes et ses vêtements : l'Orgueil lui prend
ses éperons, qui sont la crainte salutaire excitant à toute
vertu : V Envie prend sa cotte de mailles, c'est la divine
charité, réunissant tous les mérites qui vont s'enchaînant l'un
à l'autre comme les mailles d'un réseau:... on voit ensuite
la Licence qui dérobe sou vêlement; la Gloutonerie son cein-
ron, modérateur de l'appétit et emblème de l'abstinence,
et son casque, qui est le salut ; geleam saliitis (4).
« Gomme est la nudité du corps, dit un docteur du moyeu
Il âge, telle est la nudité de l'âme: celle là est l'absence
» des vêtements, celle-ci celle des vertus : donc si nous re-
• Vos autem, sedete in civitate, quoadusque induamini vinule ex alto. •
(Luc. XXIV, 49), etc.
(1) Deponere vos secundiim pristinam conversationem veterem hominem,
renovamini et induite novum hominem .. déponentes mendacium, etc. (Ephet.
il, 22, et sequent.)
Expoliantes vos veterem hominem eum actibus suis, et induentes iwvum, etc.
(Coloss.. III, 9, 10.)
Mortificate uiembra vesira... concupiscentiam malam, expoliantes vos ve-
terem hominem eum actibus suis... et induentes novum... (Hebr., XII, 1.)
Ingemiscimus, liabitationem noslram, quœ de cœlo est, superindui cupien-
tes, si tamen non nudi, sed vestili inveniamur. (Il Cor., V, 2 et 3.)
(2) Ciim serpens vestitum hominem conspicit, pavet, ipsumque fugit : quod
si nudum videt, illum petit.
Interpretatio. (Ermêneïa.) Et tu, spirilualiter considéra, quod eum noster
parensAdamus veste à Deo contexlâ in paradiso indutus fuit, illum adoriri
diabolus non potuit, sed procul ab eo fugit : cùm vero prscepta Dei tran-
gressus nudus mansit, tune vicit eum diabolus. (S. Epiphan., Physiolog., IV.)
(3) Similis est peccator militi, qui, cùm alii pugnarent in tyrocinio, exivit
ut dormiret sub umbrà arboris : quod videntes septem Ilerandi, condixerunt
sibi ut arma sua et vestes furarentur ; unus furatur ei calcaria et ensem; alias
loricam ; tertius scutum... aUus braccas, cingulum et caniisiam...
Septem latrones sunt septem capitalia vitia :
Superbia calcaria timoris mortis temporalis et aeterncB, et ensem timor
divinœ justitiœ... furatur...
Invidia... spoliât eum loricâ charitatis , quœ omnia pr;ecepta, virtntes,
opéra connectit, quasi diversos annulos, et totum corpus munit, hoc est lorica
juslitia;.
Ira furatur ei scutum triangulare, quod débet esse in sinistrâ adversitatis,
cujus très anguli sunt patientia in contumeliis verborum, in ablatione rerum,
in laïsione corporum...
Pigritia furatur equum corporis, dùm totum corpus occupât : pedes vul-
nera, ne de lacu miseriae, aut de luto peccati exeat.
Avaritia furatur homini lanceam, quœ à longé ferit hostem, scilicet elee-
mosyns... : haec furatur ei lanceam misericordiae...
Luxuria furatur ei braccas continentia;...
Gula spoliât eum ciugulo abstineutiœ , per quod ventrem constringat, et
galeà salutis, per quara sensus suos ab illicitis comprimât, et caput ratiouis
custodiat. (Vinc. Bellovac, Spee. mor. Depeecatit in generali.)
(4) Isa. LIX, 17. — Ephes. VI, 17.
373
REVUE DE L'AIICIIITECTUHE ET DES TIIAVAIX PUBLICS.
374
> vêtons le corps, nousdevons aussi v(Hir l'âme, t Je suis vêtu
» de la justice, lit-un dans le livre de Job, et elle enveloppe
» mes membres comme le lait un vêtement. » Et le Propbftte
» dit de même : » Il (Dieu) m'a couvert du vêtement du
» salut, d'un liahit de jouissance CEsa. i.xi). » C'est de ce
» vêtement (mystique) et d'autres semblables à lui. que le
» moine doit se vêtir, et c'est lui qu'il doit dispenser aux au-
» très. Lorsque Adam pécha dans le paradis, le vêtement
» qu'il perdit ne fut point celui de son corps, mais bien celui
» qui ornait son ûme, l'innocence, l'immortalité et la gloire.
D Et c'est aussi l'habit « de l'âme • que perdit le voyageur
> qui allait de Jérusalem à Jéricho et qui fut dépouillé en
» route (I)... Revêtons-nous donc intérieurement des saintes
» vertus, car il ne servira de rien d'avoir vêtu les indif^ents,
» si l'on est dépouillé soi-même par le dénûment de mé-
» rites (2). »
Aussi ce vêtement splendide des vertus et des œuvres
saintes était-il, comme il l'est encore, souhaité dans les orai-
sons de l'Église, et figuré à l'extérieur par un ornement
spécial (.'{) , au jour où l'un de ses enfants passait pour la
première fois de la condition des b'iques dans la milice du
clergé : « Induat te, disait au clerc le pontife consécrateur,
en l'en revêlant, Dominus novem homiiiem, etc. Que le
Seigneur te revête du nouvel homme... Seiffneitr, ajou-
tait-il ensuite en s'adressant à Dieu lui-même, faites <(ue
tandis que vos serviteurs df'posent l'ignominie de leur vHe-
tement séculier , ils jouissent éternellement de vos grâ-
ces (k), » Or, qu'était cette ignominie, si ce n'est celle
du péché représenté par ce vieil homme, qu'on quittait
comme un vêtement? Aussi jamais ces derniers mots, l'allu-
sion aux livrées du siècle, n'étaient plus répétés au clerc
quand il abordait, par la suite, les degrés des ditférents
ordres. L'Église se bornait alors à lui souhaiter de revêtir le
nouvel homme, c'est-à-dire un degré de grâce plus marqué
et plus abondant . et demandait à Dieu pour lui cette
augmentation de richesses.
On n'avait garde, dans les cloîtres, de laisser tomber en
(1) Luc. X, 30, (•( «'(/Moil.
(2) • iVuJmn rettive • (Recul. S. Renedict.) — Sicut est nuditas corporis,
est et nuditas anima'. NuUilas curporis est carere vestibus, nuditas vero
anima;, carere virtutibus. Ergo sicul corpus vestibus, ita et animan debemus
vestire virtutibus. • Jmliliâ indulut «uni, ait Job, et vtilivit nu, tkul resti-
menltim. « Et l'roplieta dicit : • Itiduil me ve$timenlit salulis et indununio
jucunililatii ciicumdedit me. < Ilis aulem et similibus vestibus et s.', et alios
débet vestire munachus. Adam vero cùm peccasset in paradiso, anima-, non
corporis perdidit ve.stinientum. Penlidil eniro innocentiam, immortalitaleni
et ifloriam. Nam «t illu, qui de Jeru.salem desceadebat in Jeric'io, anima<
vestibuà spoliatus est à latronil)US. Vestianius ergo... nosmetipsos virtutibus
sanctis iuteriùs, quia uiliil prodost vestibus vestire alium, et semelipsum
virtutibus ruiinquere nudum. (Hraban. .Maur., Commtnlar. in Regul. S. Be-
nedict.)
(3) L.0 Superpellieeum.
(4) ()mni|x>lens sompilerne Deus,... ab omni servitute sxcularis babilu,
hos fainulos luus eiHuiiil<i ^non pas libéra) : ut, dùm i^'nominiam sa>cularis
haiulùs deponuni, tuà ."oniper in levum grali:l pcrfruantur, etc. (Punlificate
Romanum Clem. VllI ac Vrlnxiii VUI auctorilate recoijnituin. Veuel 1740,
p. 13. Oeclerico faeienito.)
oubli d'aussi nobles enseignements; peu de conseils, peu
de paroles étaient redits aussi souvent à l'oreille du cé-
nobite. On ne souhaitait pas le dépouillement k celui qui, de
sa cellule où le vieil homme n'était pas entré, passait auK
supériorités et aux dignités lee plus hautes d); mais la voix
de la religion parlait de ce dépouillement et du revêtement
contraire à i'élu encore laï'iue, à qui le choix d'un monas-
tère ou la volonté d'un pontife im[)usait la crosse d'abbé.
Le jour de son investiture il endossait pour un instant le
costume mondain du siècle: le pontife, l'eu dépouillant, lui
adressait cette parole : t Exuat te Dominus veterem bomi-
nem , cum actibus suis, i « Que (ainsi) le Seigneur te dé-
pouille du vieil homme et de tous ses actes? t Et lui don-
nant le saint habit, il ajoutait : Induat te Dominus novum
hominem, qui sccundùm Deum creatus est, in justitiâ, et
sanctitate veritatis (2). » » Que (ainsi) le Seigneur te revête
de l'homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans la justice
et dans la sainteté de la vérité (3). >
(1) Celui-li se présentait à la tv'ntWliction du pontiri> dans loo
religieux : in habitu mo quolidinno: il o'aTait pas à dépodiller lerMI I
il l'avait laissé dans le siècle : aussi, rien, dans la cérémonie de sa profa
ne faisait directement allosion à ce souvenir.
(t) L'oraison prononcée sur le nonvri abb'. la bénédiction de rhabil aM>-
nasUque dont le prélat le révélait, éuient toales dans eet «prit :
« Deus... su|>er hune famnium tunm abrenontialiooem acculi profitedlem
clemcnter respicere digneris; per quam in spiritu mentis su» renoratm,
veterem hominem rum actibus suis exuat ; et novum qui secnndàm Deam
creatus est, induere mereatur. •
• Domine Jesu-Christe, qui tegiimen nostrx mortalitatis induere difDatns
es, obse^ramus immensam toae largitalis abondantiam, ol lioe genos vesti-
menti, quod sancti Patres innocentia>, vel humililalis indicinm abreaon-
liantes sii-culo ferre sanxerunt, tu ila brnedicere digneris. ut hic famnlns
tuus , qui hor indutus fuerit vestimenio, te quoque induere mereator. •
{Ponlifirnlf Romnnum Clementù Vlll ae Urbani Vlll (nutoritatt retcgnihnn.
Veiwl, 17iO. De bnieilirlinne nbbalit.)
(3) Ponlilitnle Rnmnnum r.lemenlii Vlll et Crboni Yllt amtioritate <
jrnitum, 1740. Ue benedietione abbatit, p. 80.
Un retrouve les mêmes images dans les formate* de rÉ(<iie poar b 1
diction des habits sacn's dont elle revêt ses ministre* : partout eea i
sont la figure des vertos.
Dans l'ordination du sons-diacre : • Tnitiei joeondilui*, M
la-titix' induat te Dominus... >
Dans celle du diacre : • Aecipe stolam candidam de maoa Dei... PoMMeM
autem Dtnis ut augeat tibi gratiam snam... Induat te Dominas induBMIA
salutis, et vestimenio lietitiv, et dalmatid justilia; cireundel le semper... •
Dans celh; du prêtre, en croisant l'étole sur sa poitrine : • Aecipe jngtui
Domini... jugum enim ejus suave est, et onns ejus levé • En le rerélaat de la
chasuble : • Aecipe vestem sacerdotalem, per quam ebari'as inteUi(itar. >
(Pontificale Homnnum Clemrniit Vlll. etc.)
Il faut obvrvrr néanmoins que, dans le linglft aydiqw, k* vMiMMIi
sont pris quelquefois en manvaise part, eoniiM le* fardeaux, renboapaial d
en gi'néral' tout ce qui retarde la course en appecantissani le corpa, M ea ^
en dtynise le;! formes d'une manière ignominieuse. Ainsi il y a aa vdiMMM •(
un embonpoint qui Tigurent le péclH', et aussi une aodité chrétiMMa tfA
marque le détachement et celte pauvreté d'esprit comptée parmi Im lepl béati-
tudes. Telle est dans la parabole du maurais riche le coatuae wmptaevx ^A
l'enveloppait; tels sont les Tilaments da liécle dont on aa dépo«ille dans lea
ordinations et dans les professions relifieases ; telle* sont, i
mystiques , les noirt>s plumes du corbeau . la peaa
mous, etc., figurant les iniquités dont les p«"cheurs sont rerftw. TA aMl'cB-
Ixinpoinl de l'hydropisie marquant premièremenl l'orgaeil, pois daas ■■ ordiv
secondaire la réunion des six autres péché* capitaux ; tel est le t»lémm 4a
chameau qui représente quelquefois lUM awaaa énorme de cftMaa, Ma.
Par contre, la nndité, sans en excepter ttUi 4*$ pieds doM le **■* aat |<a^
375
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
376
Revenons à notre statue. Ce sujet, penché sur l'espace
comme tous ceux qui l'environnent, ne tient au mur de la
tourelle que par sa partie inférieure, et son corps, à partir
des hanches, est engagé dans le massif et reste invisible au
regard. Cette attitude est analogue à celle des douze tau-
reaux en fonte (image prophétique du sacerdoce chrétien et
des douze apôtres) qui supportaient dans l'ancien temple,
le réservoir dit Mer d'airain, et qui ne sortaient de sa masse
que par leur partie antérieure (1). C'est que, remarque saint
Grégoire, les seules actions des pasteurs sont exposées à notre
vue à l'exclusion de leurs motifs, et nous devons, ajoute-t-il,
n'en jamais scruter les principes ni rechercher les inten-
tions (i) ; réservés aux yeux de Dieu seul, ces secrets de
leur conscience sont cette moitié postérieure qu'on ne pou-
vait apercevoir.
Sur cette tourelle, sans doute, l'inclinaison du corps du
moine n'a pas pour lui le même sens que pour les monstres
qui l'entourent : il devait offrir, par sa masse un ensemble
analogue aux autres ; mais, penché par son attitude, il relève
du moins la tête avec une liberté digne et regarde vers l'oc-
cident, en souvenir des fins de l'homme et de la pensée de la
mort, de la crainte du jugement, et du grand avènement
du souverain Juge (3). La maturité des années qu'on lit sur
son front expressif dit-elle que la vie chrétienne est un com-
bat continuel (4), et que le dépouillement du vieil homme
ne se borne point aux promesses et à la ferveur du début,
mais qu'il dure toute la vie? Faut il y entrevoir encore que
l'âme acquiert en énergie, en force et en virilité dans la
chaleur de cette lutte, et qu'il lui faut pour triompher qu'elle
se soit longtemps trempée dans l'épreuve purifiante de ce la-
borieux combat ? Quoi qu'd en soit, le port de tête, les na-
ralement mauvais, figure pourtant quelquefois un généreux détachement de
toutes les affections terrestres Ainsi, dans les catacombes romaines, plusieiTS
vierges ou femmes crantes ont les pieds absolument nus : et ce qui est bien
plus rare encore, et on peut dire exceptionnel, la Vierge Marie elle-même s'y
montre nu-pieds une fois. (Bosio, Homa soitermnea, p. 367, 369, 381, 387,
389, 393, 393 et alias. — P. S49 pour une figure dans laquelle on a cru
reconnaître la Sainte Vierge, et qui du moins a les attributs mystiques des
vierges chrétiennes. Enfin, pour la' représentation de la Sainte Vierge nu-
pieds, voyez p. 253.)
Du reste, il est bon de le dire, les cas où le vêtement symbolique fait allu-
sion à l'injustice et ceux où la nudité figure un état de vertu sont bien moins
communs que les autres, et il est aisé de les discerner.
(1) Ces douze taureaux, rangés en cercle, la tête tournée vers l'extérieur,
supportaient sur leurs croupes cette urne immense, prophétiquement sym-
bolique à la piscisne baptismale : l'extrême partie de leur croupe étant engagée
dans le massif placé sous le centre de l'urne, on ne voyait de ces animaux
que la partie antérieure de leur corps. On voit une gravure de la Mer d'airain
selon Villalpand, conforme à l'explication de S. Grégoire, dans le tome IV,
planche XI, p. 190 de la Bible in 4» de D. Calmet.
(2) C'est pourquoi ces pieds sont cachés dans la statue du moine. Les pieds,
nous l'avons dit ailleurs, représentent communément dans les œuvres d'art
symboliques, comme dans les commentaires sacrés, les intentions, les motifs
qui font agir l'homme et qui déterminent ses œuvres, de même que les pieds
déterminent ses mouvements et le portent là où sa volonté l'achemine. (S.
Augustin, Conba Faust. VI, 7. — S Brunon. Astens., in Levitic. XI.)
(3) Voy. les notes de la statue n° 1,
(4) Job, VII, 1. — S. Brunon. Astens., in Job, VII. — Ecdi. I, 1. —
Regul S. Benedict., c. 1. — Commenlar. Hrab. Maur, in ibid, c. 1. — Ibid.
De Agone chrUliani, etc. Et voyez nos notes sur le texte de la statue n» 1.
rines un peu gonflées, quelque chose de sardonique et de
légèrement contracté dans la découpure des lèvres, rendent
une idée de triomphe, de joie et de dédain profond exprimés
avec énergie.
Il nous reste à analyser les accessoires et le geste. On a vu
que cette statue fait de l'index de sa main gauche un mouve-
ment démonstrateur. Ce doigt indique moins le monstre tenu
captif par la main gauche, que l'acte qui retient son aile et
l'empêche de s'envoler (l). C'est cette espèce de triomphe,
effet de la régénération spirituelle de l'âme, qu'indique évi-
demment ce doigt, triomphe qui est le dénouement du drame
total des tourelles.
Disons un seul mot sur le monstre. Cet animal, à peu
près de la grosseur d'un chat ordinaire, paraît être tout à la
fois, par l'ossature de sa tête, le chien mentionné dans la
Bible (2) comme l'emblème du démon, et la manicore du
moyen âge, monstre aux traits humains et au corps hybride
doté du même symbolisme. Les autres parties de l'animal
offrent plusieurs des caractères assignés à la manicore : mu-
seau de chien, griffes de chat et de lion, fortes ailes de pal-
mipède, oreilles pendantes de porc, queue qui a dû être de
scorpion, mais visiblement retouchée ou même entièrement
refaite ; actuellement c'est une queue de dragon remarquable
par sa vigueur et par sa tortuosité. La traduction de ces dé-
tails donne pour solution exacte autant d'attributs du démon.
Ou y reconnaît aisément, dans le crâne et le front humain,
la pensée intelligente et raisonnée dont ils passent pour le
foyer, et dans les yeux humains aussi, et le regard oblique
et Jouche, une expression de la malice et des ruses du ten-
tateur. La face, décharnée, lugubre, rappelant les têtes de
mort, marque les horribles tortures et le désespoir de cet
être qui a légué la mort à la terre et le péché au genre hu-
main ; l'immonde et vorace museau de chien, associé à cet
ensemble, adjoint à ces attributions tout ce qu'il y a d'igno-
minie, de réprobation, d'impiété dans cet Esprit lâche et su-
perbe, comparé dans les Ecritures aux plus vils, aux plus
misérables et aux plus impudents des chiens. On voit dans
le corps de ce monstre, dans ses griffes tenant du chat, et dans
la vigueur de ses pattes rappelant un peu le lion, la fourberie
de ses attaques et leur déplorable violence ; dans ses oreilles
de pourceau, l'affection dirigée au choses abjectes, le mépris
de la loi de Dieu et l'ingratitude obstinée ; dans l'envergure
de ses ailes rappelant les oiseaux de proie, l'orgueil fatal qui
l'a perdu et sa promptitude à l'assaut; dans leur structure
(I) C'est l'aile droite qui est .lin.si retenue captive ; l'aile gauche est abat-
tue et traînante, quoique déployée : l'autre semble marquer l'orgueil par son
érection ; celle-ci figure l'impuissance par l'élan ; elle est cachée, sur la gra-
vure, par le corps, vu en raccourci.
(2j Si on déroulait cette queue, elle excéderait en longueur celle du monstre
tout entier; on n'en voit que l'extrémité sur notre gravure, prise d'un point
où le corps de l'animal, vu en raccourci, la cache presque entièrement. Les
sinuosités de cette queue s'aperçoivent très-nettement, avec la lunette d'ap-
proche, de l'une des fenêtres du corps de logis des bâtiments claustraux
(.Maison royale de la Légion-d'Honneur), placé à l'ouest, fenêtre s'ouvrant
dans le préau des cloîtres.
377
REVUE DE LAKCHITECTLUE ET DES TlUVAUX PUBLICS.
fantastique, mais rappelant les palmii)èdes et dénotant la pe-
santeur, sa lourde chute dans l'enfer où il entraîne ses vic-
times. La queue de scorpion, prêtt-e peut-être antérieurement
à cette figure (l),'eût marqué dans cette hyjKithèse le dard
acéré du remords et les tortures infernales ; celle de dragon
qu'on voit aujourd'hui ne disconvient pas à ce monstre, puis-
qu'elle marque d'ordinaire les fins détournées et perfides de
l'instigateur de tous maux et son pouvoir d'entraînement si
redoutable au juste même (2) : elle figure en même temps
les sei>t chevetains péchiez représentés par le dragon , qui
d'abord dans le texte apocalyptique, puis dans les manuscrits
enluminés et sur les monuments du moyen âge, balance
sept têtes hideuses ceintes de couronnes royales et vibrant
un dard venimeux (3).
Nous n'avons pu nous assurer des détails de cette figure
qu'après des explorations innombrables pour trouver un
lieu accessible favorable à leur perception. Placé sur la
saillie extérieure de la tourelle, et presque toujours voilé
par l'ombre que projette habituellement sur lui la statue du
moine , ce petit monstre additionnel ne peut être étudié
que d'une fenêtre des bâtiments claustraux, et d'une lu-
carne plus proche percée dans les combles du même édifice,
longeant le côté méridional de la basilique. On ne le voit
exactement et en face que de cette lucarne, et c'est encore
malaisé. Nous en sommes venus à bout à l'aide d'une lu-
nette d'approche disposée verticalement ; et nous avons dû
choisir l'heure où le soleil, frappant d'a[)lomb sur le sujet,
efface toute ombre portée et fait ressortir les détails, qui
d'ailleurs varient sans cesse pour peu que l'on change de
poste d'observation.
Commç la statue du novice est tournée du côté du nord,
celui des esprits de ténèbres et des assauts les plus ouverts,
ainsi la statue du profès, vainqueur de l'ennemi des hommes,
est sur la paroi du midi, côté symbolique à la grâce et aux
souffles de l'Esprit saint dont il reçoit les influences : ou,
d'après une autre interprétation du sens attaché au midi,
cette statue montre le moine ou le chrétien persévérant,
opposé aux tentations les plus subtiles (4), comme le plus
(1) Les autres caractères do ce monstre s'acconlant avec ceux de la Mani-
core, nous pensons que sa queue, si elle a iHo différente antérieurement, a
pu ilre celle du scorpion, prtHéc quelquefois à la manicore. Ou reste, cette
manicore, Wlo absolument fantastique et très en vogue au moyen âge, n'est
pas toujours représentt'e, comme J.ins Vincent de Beauvais, avec une queue
de scorpion.
y (î) Voy. S. Brunon d'Asti, in Apocnlyptin, Ml, au sujet do la queue de
drafton.
(3> S. Brunon Astcns., in Àfoc. XII, et pauim dans les docteur) de
l'Kglise.
Les sept létes de ce dragon ont fourni l'un des manuscrits les plus curieux
que nous ayons du moyen Age. Nous y revenons ci-aprés.
(4) Le nord signifie d'ordinaire la région de l'esprit du mal, les ti'nèbres
spirituelles, les soudles glaci's de l'erreur qui paralysent les ànies : alors, et
par opposition, le miiii figure les souffles vivifiants de l'Esprit de grâce, ré-
cliaulTant les ilmes engourdies et fondant la glace du péclié.
D'autres fois, le nord et le midi signifient resp«'ctivement les deux genres
différents de tentations qui viennent du monde; et c'est dans ce sens que
Durand, évi^que de Mende, dit en parlant du plan de l'église matérielle.
vaillant «Jldal est consigné, dans la batàiUle, au poste le plus
périlleux ; tout d'ailleurs dit a-ssez en elle que l'adversaire
est terrassé. Ce religieux, ainsi vainqueur, clôt par une image
morale cette longue série des vice» ; c'est « le triomphe de la
l/rdce opérant dans l'élu df Dieu le d^'fiouiUement du rieil
homme et la destruction du péché. »
De l'ensemble de ce mémoire ressortent naturellement
deux questions; les voici telles qu'elles nous ont été posées ;
I" La statuaire des églises du moyen dge offre-t-elle d'autres
ereinples de statues hybrides comme celle de Saint- Denys : et
l'ensemble des péché» capitaux, tel qu'on le roit sur ces der-
nières, se rencontre l-il autre pirt avec des détails analogues et
des caractères pareils ?
A cela nous pouvons répondre que la plupart des cathé-
drales du xiii" au XIV" siècle offrent, dans les tympans de
leurs portails, les chapiteaux de leurs colonnes, les vitragat
de leurs verrières, et souvent, comme à SaintDenys, daoi
leurs parties aériennnes, beaucoup de figures hybrides re-
présentant aussi des vices. Nous ne voulons rien hasarder
sur les statues des frises de la cathédrale de Strasbourg (I),
ni sur les statues d'animaux sculptées dans les fenêtres hautes
des tours de la cathédale de Laon, ne connaissant ces édi-
fices que par des gravures sur lesquelles les détails de la
statuaire ne peuvent être appréciés : nous nous conten-
tons de les signaler à l'attention des archéologues. Noos
pouvons avancer du moins que les voussures d'archivolte
(le la baie centrale du portail ouest de Notre Dame de
Paris, et l'ornementation d'un nombre considérable d'égh-
ses, conservent des statues hybrides de démons, qui ne sont
autre chose que des personnifications et des réunions de
difTérenls vices groupés dans la même figure. De plus, nous
tenons pour certain qu'il existe en France et ailleurs des
qu'il doit s'aligni>r sans inflexion entre l'un et rantra tàu i diMaaea éfst» de
tous les deux. Le nord signifie dans ce cas les eoatradietiaat, lei frntrwltimi.
les épreuves qui viennent du monde, et le midi ses aédoctioas et let delieae,
dangers plus pernicieux pour les Imes Nous pourrioM niToqaer id Mm le*
docteurs du moyen Âge et de l'antiquiu- cbrotienne ; nous imnu Bnnwnlo— «le
citer textuellement Rbaban Maur, et d'indiquer quelques utres mmm :
• Meridiana autem pl.iga mundiqne et australis ad anslro t«iu> roeatar,
calore suo frigus dissipai et glacicm soItiI : significans gratiam Spinlâs «iMti,
qui carilatis ardore frigus inISdelilatis «xpellil, et peccalorum duritiam dù-
solvit... item in aqailone adversa mnndi. in anstni hlandimnila dnigoantM',
qui geminà expugnatione probatur Ecoleaia. • (Hraban. Maw.. Dt imwwae,
IX, 1. — Amalar. Fortunal., De «pcJeriasIic. oft. III, S. — Brfmilio
mistar transeripl. rx rtner. CoHie. tom. De diriiùs «gk. m mimitl... lAri.
Bom. 1591. (Bibliolbéque royale). — Gemma oaim*. X\l. — Hog. à S.
Victor, Erudition, théologie, in SpectU. Eecltùee, VII. — Albin. Fbcc Akuia..
De divin, olfc. XXXtX, etc. — Voy. aosn s«r ce s^jel U no«e de la steiae
n« 1). ,
(1) • Les frises ao-dessoas des ares qui lermiDent let nmieMl des i
fenêtres nord ei midi sont remplies de slatoettei siag«iiAi«t> Oa appelle i
réunion la danse des sorci<ires : des femmes lérmnim tm aeiMlrM j jowM é»
divers instruments; d'autres sigels faiilasliques %'j belMkt <m «'; caraeiMt :
de» moHSIm kitieux derhirtnl In homme*. Les fl^dies de* taielle» pl>e<e« de-
vant les contreforts sont surmont<«s de petits diables eoaipléttat cette aetM
infernale. . • (.MM. Cliapuys et de Joliuiont, Calhnlrmlm dt Ftmmu ) u* «te*
ouvrage mentionne des repr\-senution$ de p<tht* écrasés tum h paids des
quatre vertus rardioales, un sous ceux des Tierges «culptéai mt
droits du portail.
379
Rr:VLE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
880
compositions analogues à celle qui sert d'ornement aux tou-
relles de Saint-Denys, sauf les variations légères qu'ont dû
apporter dans li'ur style l'esprit différent des auteurs, les
besoins divers des provinces, les genres d'ordres monastiques
ordonnateurs de ces églises, et la date des monuments. Les
études d'exploration dirigées partout aujourd'hui sur les
anciennes basiliques démontreront d'ailleurs ces faits , et
nous en citerons un tout à l'heure observé dans une verrière.
2° Existe-til, dans les monuments écrits appartenant aux
époques contemporaines de l'érection des tourelles de Saint-
Denys, quelque exemple de même genre ?
A cette seconde question nous répondons également d'une
manière affirmative ; en fait de vertus et de vices les docu-
ments ne manquent point, et les manuscrits de clergie qui
ont survécu au moyen âge sont pleins de traités et d'enlu-
minures analogues à la décoration des tourelles de Saint-
Denys (1). II y a à la Bibliothèque royale un manuscrit à
miniatures intitulé Lapocalipse, qui n'est pas, comme on le
pourrait croire , la traduction ni le récit intégral de la
vision apocalyptique. Cette oeuvre qui a cinquante pages
du plus grand format in-4'', est tout bonnement l'interpré-
tation, selon la science de clergie , de la « beste que vit
S. Johan » et que décrit l'Apocalipse, et cette bête est un
animal hybride expliqué comme nos statues, conformément
aux commentaires, et montré comme l'emblème du démon
et des. sept péchés capitaux, tous accompagnés de leurs
branches, de leurs jetons , de leur rainseles (2), de leurs
fueilles; on y voit au moins dans le texte le signalement
détaillé et les raisons toutes mystiques de la composition
hybride de cet animal d'invention : c Beste qui issoit de la mer
» merveilleusement desguisée et trop espouvantable. Car
» (ajoute le manuscrit), le corps de la beste estoit de lieu-
• part, les piez estoient dours, la goule de lion. Et si avoit
» sept chies (chiefs, têtes) et dix cornes, et pardesurs les
» dix cornes dix corones... Beste qui senefie li deables... Car
• ausi comme le lieupart a divers coleurs ausi li deables a di-
» verses manières d'eni^ins et de baraz (3) a décevoir et a
» tempter les gens. Et les piez estoient dours. Quar (sic)
» ausi come li ours qui a la force es piez et es braz tient
» forment lie celi que il a soubz ses piez et ce que il em-
» brace, ausi fait li deables celi que il embrace est abatu par
» pechie. Et la goule estoit de lion pour sa grant cruauté que
» tout voulsit devourer. Les sept chies de la beste sont les
» sept chevetains {i:) péchiez... Les dix cornes... senefient les
(1) Nous passons sous silence les hôtes hybrides et allégoriques dont les
prophéties de Daniel, d'Ézéchiel et d'autres visions marquées dans la Bible
offrent les premières images, et qui ont évidemment fourni au moyen âge
l'idée de ces monstres complexes dont sa symbolique est remplie. Nous nous
renfermons strictement dans les preuves empruntées aux monuments des xii',
xiii», XIV» et même xv« siècles.
(2) Gelons, pour rejetons; rainseles (prononcez rainselets) pour rinceaux,
petits rinceaux, minces rejetons, pousses souples et délicates formant les
plus flexibles ramifications d'un végétal.
(3) Engins (ital. inganno), pièges. Baraz, artifices, déceptions.
(4) Chevetains ou chieflains, capitaux ; de chief, tête : chies, têtes.
» dix trepassements des dix commandements nostre Seigneur
» que le deables pourchace a trépasser tant come il peut par
» les sept péchiez... Et les dix corones senefient les victoires
» que il a sur tos les pechours por ce que il leur fait tre-
» passer les dix commandemens... Le primier chief de la beste
» est ourgueil. ^.e segont enrie. Et le tiers ire. Et le quart
» parece que l'on appelle en clergie acide (acedia). Et le
» quint avarice. Et le sisime glotonie. Et le septiesme luxure.
» Et en ces sept chiefs descendent toutes menieres de pe-
» chiez... » Suit le détail de ces « péchiez » qui occupent le
reste du livre, et dont les noms servent de titre au sept cha-
pitres principaux avec le numéro du « chief » qui repré-
sente chacun d'eux. Ainsi le chapitre premier a pour titre :
« Le premier chief de la beste est ourgueil » ; le second :
« Le segont chief de la beste est envie », etc. Voilà donc
une bêle hybride, dans le même style et les mêmes condi-
tions que celles des tourelles de Saint-Denys ; mais cette
bête emblématique ne se trouve pas seulement dans le ma-
nuscrit, on la peut voir en vraie peinture, en peinture mo-
numentale et plus hybride en quelque sorte qu'elle ne l'est
sur le vélin, dans les verrières de l'église de Saint-Nizier,
à Troyes (Aube) (I). Là , sept chiefs , tous décorés du
nimbe uni pour représenter ces corones marquant le triom-
phe du mal, sont encore différents entre eux et tous em-
pruntés à sept des animaux montrés dans notre U" partie
comme figurant les sept vices. L'orgueil est une tète hu-
niaine au port arrogant et altier; l'envie est celle du ser-
pent ; la colère est la tête du chameau (le gamal hébreu) ;
la paresse (ou acide) est la tête informe et les cornes du
limaçon ; l'avarice , la tête de cette hyène à poil hérissé
que le moyen âge se représentait constamment fouillant l'in-
térieur des tombeaux; la luxure est une tête féminine en-
veloppée à peu près comme notre n" 19, moins les riches
plis et le nœud; enfin, la tête de l'autruche symbolise la
gourmandise et tous les péchés de la boiche. Ces allusions
et leurs principes sont suffisamment expliqués dans notre
aperçu précédent sur la zoologie mystique.
Nous ne citerons plus ici que les miniatures de diables
de la poétique légende intitulée : la Passion nostre Seigneur
Jh. ncrist (2), curieuses figures hybrides, réunissant dans un
seul monstre la hure du sanglier, l'oreille de l'âne inclinée et
la crinière du cheval, les cornes da taureau ou du bélier, la
queue et le torse du singe, un bec et des serres d'oiseau de
proie avec les pattes de la poule ou le pied bisulque du bouc ;
tous caractères symboliques précisant les péchés chieflains :
chacun pourra voir ces figures sur les vélins originaux,
et trouvera, pour peu qu'il cherche, quantités d'animaux
hybrides dans les manuscrits enluminés de nos riches biblio-
thèques.
(1) Ce vitrail est gravé dans les Annales archéologiques de M. Didron,
t. I", p. 77. CEuvre du xiv siècle, mais composée probablement par des
moines ou des prélats, il conserve intacts dans tous ses détails l'esprit et les
traditions liiératiques.
(2) Maiiuscrit de la Bibliothèque royale.
381
REVUE DE L'ARCIIITECTLKE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
392
Résumons nos démonstrations dans cette conclusion der-
nière. Les statues des tourelles de Saint-Denys sont, si l'on
peut ainsi parler, le champ clos de la vie chrétienne : puis,
après cette grande image, un examen de conscience propre
aux laïques et aux moines, et oliert à ceux de cette abbaye
entre deux ères de réforme (1), à une époque où l'opulence
avait nécessairemi!nt relâché leurs nueurs. Se garder pur de
tout désordre , juger l'ignominie du vice, l'extirper d'au-
dedans de soi si on lui a ouvert la place, et détruire cet
ennemi, telle est toute la vie du moine, et les tourelles sont
le livre qui le lui devait ra[)peler ; chaque statue est une
page qui, méditée et commentée, devait apprendre au reli-
gieux quels (jetom et quels rainceléx naissent sur les bran-
ches maîtresses et les rameaux de chaque vice ; la dernière
est le saint exemple que doit oiïnr sa vie entière, péroraison
toute clirétieiine, arrêtant l'esprit du lecteur sur une pen-
sée de victoire, de rénovation et de paix. Telle est aussi la
conclusion du manuscrit de Lapocalipse, traité plus étendu,
plus vaste, plus explicite et plus complet que les statues de
Saint-Denys, mais tout pareil à cet ensemble par l'esprit, le
choix des sujets, les détails qui les développent, ayant les
mômes points saillants et offrant les mêmes redites que cette
allégorie sculptée. Cet épilogue, très-naïf, pourrait par sa
naïveté même servir d'inscription, non-seulement à la déco-
ration des tourelles de Saint-Denys, mais à toutes les réu-
nions des chieflains péchiez sculptées sur les cathédrales du
moyen âge. Le secret de la grande popularité de ce thème
n'a pas dû avoir d'autre clef que cette conclusion naïve et si
pleine de bonhomie, que nous transcrivons mot pour mot :
* Il neçt nul si preudome se il voit bien ses déffauz qui ne
trovast assez a dire tos les jors de sa confession mes négli-
gence et oblichce aveuglent si les pécheurs que il ne voient
goutc ou (au) livre de leur conscience. » El plus bas : « Ci
tiuissent (dit le vélin) péchiez morties et toutes les branches.
Qui bien estudieret en cest livre il porroit moult profiter et
apprendre et connoistre toutes menieres de péchiez et a soi
bien confessier. Car nul ne se peut bien confesser ne de
pechie sei garder se il ne le cognoist. Or doit donc cil qui en
cest livre list regarder diligentement si il est coupables daucun
si sen doit repentir et diligentement confessier et se garder a
son pooir des autres dont il nest coupables et doit Dieu louer
et mercier humblement qui len a garde (2). »
Ici s'arrête notre tâche. Nous quittons, pour d'autres re-
cherches, les tourelles de Saint-Denys. En finissant cette ana
lyse, nous consignons ici un souhait : c'est de voir ce point
de l'abbatiale, oublié depuis tant de siècles, visité de ceux
que leur science a faits, en archéologie et en symbolique
(1) C'oat-i\-<liro entre la troisii^me n'forme do cotte abbaye, aoromplic par
l'abbé Suger, en l'an 1IS7, sous le règne de Lonis VI, et la qaatrii^nie et
dernière (la reforme de la congrOgalion de S. Maur établie dans ce monastère
en 16;t.'), pendant l'exercice de l'abbé Henri III de Lorraine, sous le règne de
Lonis XV!. Cette n'forme s'accomplit par les soins du cardinal de la Roclie-
foucault.
(«) Fol» 59.
chétieiine, juges com|)ëU;nts et experts. Les tourelles de Saint-
Denyï) valent bien ce pèlerinage.
Si l'on %eut, des galeries hautes disposées sur la basilique,
étudier dans son détail ce cathéchisme des « péchés •, il faut
choisir l'heure du jour où l'atmosphère est plu.^ limpide, où
les vapeurs sont dis.«i()ées et où il reste moins de prise aux
illusions de toute espjîce qui peuvent tromper le regard. Mais
si l'on tient à recueillir tout ce qu'il y a de poésie dans ce
mystérieux ensemble, il faut monter aux galeries par une
brillante soirée d'été. Alors, frappant sur les tourelles, le
soleil, prêt à disparaître, les inonde de ses flots d'or ; on
croit, à ce moment du jour, voir s'ouvrir leurs inflorescences
et leui-s animaux s'agiter. Un fi éinis-sement progressif h»>-
ris.se et semble enfler leurs ailes, leurs prunelles lancent
l'éclair, tout leur corps parait nuancé des couleurs les plus
chatoyantes. Les vitraux de la basilique étincellent en ce
moment entre les meneaux des ogives : le front des pignons
et des tours est noyé de teintes rosées, un vaste océan de
lumière enveloppe le monument. Alors , comme dans un
doux rêve, on croit voir le temple osciller sur ses assises
vénérables et prendre un fantastique essor, comme cette cité
de Dieu qui vient du ciel toute parée et qu'on voit flotter
dans l'éther au chapitre 21 de l'Apocalypse (1); mais tandis
({ue la cité sainte ne va balançant dans l'espace que des êtres
purs , impassibles , et Valleluia glorieux , sa représentante
terrestre, portant les péchés sur son faite, déploie aux re-
gards contristés tous les maux, toutes les menaces, toutes
les terreurs de- la vie. C'est que la mystique enseignante est
un inextinguible phare qui doit signaler aux pilotes et aux
passagers indolents les écueils où les nefs se brisent. Dans
cette légion de fantômes, enchaînée h ce mur sacré, on voit,
traduit en parabole, le mal, ce fléau d'ici-bas, dompté par
le iK)Uvoir céleste ; rimagination fascinée leur prête la vie
et la voix, et leur fait jeter dans l'espace ce cri célèbre et mo-
niteur : < Discite justitiam... et non temnere divos (2). *
Nous avons quelquefois nous-même, passé sur les galeries
hautes, de ces radieuses soirées. Le fond qui encadre les
tourelles n'est, à ces heures ravissantes, qu'azur, lumière
et doux rayons. Arrêtons longtemps nos r^ards sur ces
(1) Et vidi ctrluni novum, et tcrram novam... Sanclam ciritalcm ierwalMB
novam, descendentera de ccplo à Dec, pamum sicat sponmn onutua Tira
suo. Et audivi vocem magnam de throno dicenlem : Eccr lahemacolum Dei
cum bominibus, et babilabit cum eis... et abstergei Dca» omoera lacryaao
ab oculis eorum ; et mors ultra non erit, neque luctus, neque daaor. mt^^mt
dolor erit ultra... Jérusalem liabrniem claritatrm Dei, et lamea qos naîile
lapidi pretioso, tanquàm lapidi jaspidis... et erat strartora ejns lapide jaspiiie.
ipsa vero civilas aiirum mundum simile vitro mundo... Kl hmUiiMau MUi
civitatis omni lapide pretioso omata.... Et duodecim porta, dnodccùa mw-
garils sunt. (Apoe., XXI.)
(3) Avertissement trop Urdif dont Virgile fait retentir le Tartai* : • L^
dit-il, les uns roulent d'énormes rochers, les autres pendent liés aai rayow
d'une roue; le malheureux Thcsee est as6is, et le sera éleniellement; Phlé-
gias, le plus malheureux, les exhorte tous, et d« «a forte *oà s'rcrie ém»
la foule des ombres : • Avertis par notre exemple, fnaniinw lajutice, «I me
• méprisez point les dieux. • (De Pongerville, Etuid., VI , ttt.) L» rriti i»
Pblègias était d avoir mis le fea au temple de Delpkes.
383
REVUE DE L'AKCHITEGTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
384
pompes resplendissantes. 0 Dieu ! qui pourrait rester froid
devant cette page chrétienne , riche de si hautes leçons ?
Qu'on ne cherclie plus maintenant comme une découverte à
faire, quels principes d'un nouvel ordre ont enfanté ces har-
monies et inspiré ce style à part ; qu'on ne demande plus la
source de la sévère poésie de nos églises d'autrefois., qu'on
ne s'étonne plus du charme qui s'attache à leurs pierres
frustes : la foi, ce regard de notre âme, dont le rayon vivifie
tout, leur donne ce divin prestige ; c'est elle qui apprit au
ciseau à traduire ainsi noblement nos Ecritures inspirées et
à formuler son grand œuvre en pompeux monuments de
pierre ou en admirables statues ; qui dota cette architecture
de ces fleurs, de ces découpures, de cette riche statuaire,
pleines des secrets admirables qu'y retrouve l'âge actuel ;
c'est elle qui, à Saint-Denys, donna le grand drame des
vices avec leurs saints enseignements pour diadème à ses
tourelles, elle encore qui, depuis cinq siècles, conduit là ce
chœur incessant ; elle enfin (et c'est un triomphe que lui
réserve l'avenir) qui, scrutant par toute l'Europe les con-
ceptions de l'art chrétien, ouvrira la route à la science et
donnera la solution de leur structure, de leurs plans, de leur
décoration brillante, graves et saints hiéroglyphes dont elle
seule a le secret.
Madame Fklicie d'AYZAC,
Dame de la maison royale de la Légion-d'Honneur (Saint-Denys).
DES AQUEDUCS
ET DES TIIYACX DE CONDUITE DANS l'aNTIQUITÉ.
(Voy. eol. 335.)
Les premiers aqueducs furent probablement des troncs
d'arbres creusés en forme de gouttière , tantôt élevés au-
dessus du soisur des supports, et tantôt enfouis dans la tern;
selon les ondulations de la surface du terrain. Dans ce der-
nier cas, on dut recouvrir le conduit d'une autre pièce de bois
taillée comme une planche.
En 1841, en creusant un canal près du lac d'Enghien.
on rencontra, tout à côté de la voie romaine qui conduisait
de Paris à Pontoise, et au-dessous de son niveau, un conduit
de ce genre , d'origine gallo-romaine , et par conséquent
d'une époque bien moins ancienne que celle où nous repor-
tons l'invention des conduits en bois. (Voy. fig. 10 et 11,
pi. 29.)
Ce caniveau était formé d'une pièce de chêne a de 0 m.
16 c. d'équarrissage, dans laquelle était creusé un canal
de 0 m. 08 c. de large et aussi de 0 m. 08 c. de profondeur,
arrondi vers le fond et fermé par un talon à son sxtrémité.
On en exhuma un bout de 1 m. 30 c. de long; le surplus
reste encore engagé sous la berge. Le recouvrement était en-
tièrement détruit, quoique le canal fiit bien conservé.
Sous la tête du caniveau était entaillée, en forme de T,
une traverse b de même force que le conduit et de 1 m. 50 c.
de long, portant sur chaque bout une mortaise inclinée dont
la convergence annonçait que les deux montants qui de-
vaient s'y assembler formaient avec la traverse un triangle
équilatéral. On peut supposer que ces montants s'ajustaient
par le haut dans une espèce de chapeau percé d'un trou ser-
vant de conducteur à la tige d'une bonde qui fermait sans
doute l'entrée du conduit.
Sous la traverse se trouvait une inscription malheureuse-
ment détruite en grande partie par l'action des insectes aqua-
tiques , qui avaient rongé la surface du bois. Il n'en reste
plus que cinq lettres ainsi disposées : L- R- DVX. La
lettre L fut détruite par les ouvriers qui firent la découverte.
Les caractères ont 27 millimètres de hauteur, et sont assez
négligemment gravés au ciseau. La première découverte
de ce caniveau remonte à une vingtaine d'années. Il fut
trouvé à 1 m. 40 c. de profondeur, en creusant un canal sur
l'emplacement même de la voie antique. Les ouvriers le
laissèrent en place après l'avoir inutilement ébranlé avec
leurs pioches. Nous sommes convaincu que, si on l'eût en-
levé à cette époque, on eût trouvé l'inscription intacte. C'est
l'ébranlement même qui a permis aux insectes de s'intro-
duire sous la traverse et de la ronger ; s'il reste encore quel-
ques lettres, c'est que les animacules n'ont pu parvenir jus-
qu'à elles.
Cette inscription indiquait probablement le nom du fon-
dateur et à quelle occasion ce travail fut entrepris. Si le
mot DVX ne fait pas partie d'un mot plus long, il indique-
rait un chef quelconque dont il eût été fort curieux de savoir
le nom. Ce fragment est en la possession de M. Desnoyers,
du Jardin des Plantes.
Mais ces procédés primitifs durent s'améliorer avec les
progrès de la civilisation, et les aqueducs devinrent en effet
des monuments plus solides et plus puissants.
Nous sortirions du but que nous nous sommes proposé si
nous entrions dans de grands détails sur la construction des
nombreux et magnifiques aqueducs érigés par les anciens.
Nous rappellerons seulement que les Grecs, et après eux les
Romains, n'épargnèrent aucune dépense pour la construction
des aqueducs en maçonnerie.
A l'arrivée de l'aqueduc aux murs de la ville, les eaux
385
UEVUE DE LARCniTECTL'RE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
étaient rerues dans un réservoir principal (castellum). réelles
étaient divisées en trois parties se rendant chacune dans un
réservoir Fecondaire et spécial. Ceux-ci étaient placés de front.
L'un des bassins latéraux envoyait ses eaux dans les établis-
sements de bains ; l'autre bassin latéral était consacré aux
concessions particulières, et le bassin du milieu devait ali-
menter les fontaines et les lavoirs publics.
Par cette sage disposition, il était impossible que les éta-
blissements de bains et les concessionnaires particuliers pri-
vassent les fontaines publiques de la part qui leur était
destinée. Bien mieux : chaque réservoir latéral portait un tro(i-
plein tombant dans le réservoir central, de telle sorte que
si l'eau des deux premières n'était pas entièrement con-
sommée, le surplus se déversait dans le réservoir alimentant
les fontaines publiques. Mais la fraude venait parfois déran-
ger cette heureuse combinaison ; les eaux étaient gaspillées
au passage et surtout dans les campagnes, et elles arrivaient
à la piscine après de grandes perles.
Il y a avait en outre, dans l'intérieur de la ville, des réser-
voirs tertiaires recevant les principales conduites, et dans
lesquels les eaux étaient subdivisées en ramifications plus
petites. Ainsi les aqueducs, semblables à d'immenses artères,
avaient aussi leurs vaisseaux capillaires comme dans l'éco-
nomie animale. Une foule de tuyaux de tout calibre, quel-
quefois en plomb, mais principalement en terre cuite, étaient
chargés de distribuer en détail le tribut apporté par le colosse
de pierre.
Il existait aussi, sur le parcours des aqueducs, des piscines
épuratoires à un ou plusieurs compartiments, placés de front
ou étages. La section de ces piscines étant beaucoup [Jus
grande que celle du chenal, la vitesse de l'eau était ralentie
considérablement, ce qui permettait à la vase ou au sable
qu'elle tenait en suspensiou de se déposer.
EMPLOI DES TUYALX EN TERRE CUITE PAR LES ANCIENS.
M. C. Texier, dans son magnifique ouvrage sur l'Asie-
Mineùre, donue la description d'un aqueduc sipholde situé
près de Patara en Lycie, près de la baie de Kalamaki. (Voy.
/îff. 1,/)/. 29.)
Les aqueducs siphoïdes doivent être considérés comme
un perfectionnement, en ce sens que leur construction exige
une bien moindre dépense que celle des aqueducs dont le
chenal, porté sur une longue et haute suite d'arcades, tra-
verse presque de niveau les vallons au deld de.<«quels ils con-
duisent les eaux. La hauteur totale de quelques-uns de ceux-
ci dépasse parfois 100 mètres, et ils ont jusqu'à trois étages
d'arcades.
Les aqueducs siphoïdes, au contraire, composés de tuyaux
posés sur une substruction en maçonnerie, descendaient la
pente de l'un des versants, traversiienl horizontalement la
partie inférieure du vallon, et remontaient par une contre-
pente le versant opposé. (Voy. fig. 1 ei 2, pi. 29.)
Vitruve en donne la description dans son liv. viii, chap. 7,
T. VIL
et comme il ne dit presr]ue rien des aqueducs ordinaires, nous
pensons qu'il pi-éférait les aqueducs sipboldes. Cependant le
peu d'exemples qui nous en reste fait supposer que ceux-ci
étaient peu nombreux.
Quand on sait qu'aux portes de la seconde ville de France,
existent de vastes débris des aqueducs sipboldes de Beaunan
et de Chapooost, et quand on pense qu'au temps où Per-
rault traduisait et commentait Vitruve, Louis XIV faisait
élever A grands frais le motuirueux (dans toute autre cir-
constance nous eussions dit admirable) aqueduc de Main-
tenon, dont l'élévation devait égaler celle des tours de
Notre-dame, on se demande à quoi sert l'enseignement do
passé.
Au XVII* siècle, on avait pourtant sur les Romains ravan-
tage d'avoir des tuyaux en plomb soudé et en plomb fonda ;
on avait en outre des tuyaux en fonte, tous beaucoup plus
capables de résister à la pression que les tuyaux sans soudure
des Romains.
Les fig. 2 et 3 donnent le profil et le plan d'un des deux
siphons qui se trouvent sur le parcours de l'aqueduc antique
portant les eaux du MontPUa à Lyon. Ce siphon, situé près
(le Chaponosi, a économisé une hauteur de maronnerie de
.^0 mètres sur le système ordinaire.
Plus près de Lyon, à Baunant, on trouve les restes d'un
siphon encore plus colossal. Le Talion qu'il Iraversail n'a
pas moins de 100 mètres de profondeiu*, et sa largeur est
très-grande. La substruction qui i)ortait le siphon était
percée de 90 arcades, et ce système a dû économiser plus de
80 mètres de hauteur de maçonnerie. La pression de l'eau
dans la partie inférieure des tuyaux était donc déplus de huit
atmosphères.
Le premier siphon se composait de 9 tuyaux posés de
front ; celui-ci en avait 12 d'un moindre diamètre. Cette
différence dans le nombre et le calibre des tuyaux s'explique
par la différence de hauteur, et par conséquent de pres-
sion.
On pense, non sans raison, que l'élargissement de l'aqueduc
entre A 6 et c d, fig. 3, c'est-à-dire au milieu de la hauteur
de chaque pente du siphon, avait été occasionné parl'aa^
mentation du nombre des tuyaux. On suppose qu'A ce
point chacun des neuf conduits de plomb se subdivisait an
deux tuyaux d'uue section proportionnelle, afin de laisser on
passage égal à Teau, tout en offrant une plus grande résis-
tance à la pression intérieure.
Cette supposition nous semble d'autant plus admissible
qu'elle motive ce second èlargisssement, qu'on ne peut gutra
expliquer sans cela, et ensuite parce que la conformation des
tuyaux de plomb des Romains était peu propre à rteislerA
la pression. Leur section était pirifurme, et ils n'était pas
soudés. Les deux rives juxtaposées de la feuille de plomb qui
les formait, étaient coudées et contre-coudées en broie d*
feuillure en regard l'une de l'autre, et l'intervalle était rem-
pli de mastic. A moins de supposer que cette double fcoillure
remplie de mastic ne filt pincée extérieurement par dM agrafas
3m
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
388
en métal rigide, nous ne comprenons pas qu'elles aient pu
résister à une pression un peu forte.
Nous présumons que la rareté des aqueducs siphoïdes
chez les anciens venait peut-être de ce que la partie hori-
zontale appelée ventre était sujette aux engorgements, soil
par le dépôt des sables ou vases entraînés par les eaux, soit
encore par l'accumulation de l'air dans quelques parties des
tuyaux. Cependant, si l'on examine, pi. 29, la fig. 5, qui
donne la coupe transversale de la cuvette de départ des neuf
tuyaux de l'aqueduc de Chaponost, on verra que ces tuyaux
sont placés au-dessus du fond de la cuvette, et que, par consé-
quent, les corps graves se précipitent avant d'entrer dans les
tuyaux, surtout par suite du ralentissement de la vitesse de
l'eau arrêtée dans une capacité d'une section beaucoup plus
girande que celle du chenal lui-même.
L'épuration de l'eau serait plus parfaite eocore si la cu-
vette de départ des tuyaux était plus longue dans le sens du
courant et plus profonde de 1 mètre au moins que le radier
de l'aqueduc.
Il ne resterait donc plus guère, comme cause d'engorge-
roent du ventre, que l'air, entraîné pap les eaux et accumulé
dans quelques courbes concaves de la voûte des tuyaux.
Afin de donner à cet air un écoulement naturel, il fau-
drait que le ventre, au lieu d'être horizontal, fût divisé en
deux pentes opposées convergentes, comme b c d, fig. 6.
Les bulles d'air pourraient alors remonter à droite et à
gauche vers b et vers d. Au point milieu c, le tuyau aurait
par dessous im renflement formant godet, pour recevoir la
vase qui aurait pu échapper à la cuvette d'épuration. Ce
godet porterait une tubulure formée d'un robinet ou d'un
obturateur qu'on ouvrirait de temps en temps pour nettoyer
le godet par l'action du courant rapide de l'eau s'échappant
des conduites.
■ Les effets de l'accumulation de l'air dans les ventres des
conduits siphoïdes ont sans doute donné naissance aux souté-
razi des Orientaux. Dans ceux-ci le ventre est très-court, et le
stationnement de l'air ne peut y avoir lieu. (Voy. fig. 20)
Les conduits de l'aqueduc siphoïde de Patara sont en terre
cuite, de 0 m. 28 c. à 0 m. 30 c. de diamètre intérieur, et
de 0 m. 04 c. à 0 m. 05 c. d'épaisseur. Ils sont posés sur une
substruction en maçonnerie péksgique traversant un vallon.
Ces tuyaux sont protégés par un rang de pierres posées de
champ sur l'arrasement de l'Opus incertum.
Au travers du massif inférieur sont pratiquées des ouver-
tures trapézoïdes couronnées d'une plate-bande monolithe.
Cette espèce de pont laisse un libre passage aux hommes et
aux eaux pluviales de la vallée.
M. Gillet, ancien consul de France à Salonique, au zèle et
à. la munificence duquel nous devons le beau sarcophage
grec nouvellement déposé au Musée des antiques du Louvre,
nous a dit avoir reconnu des tuyaux de conduite en poterie
de construction grecque, à Thessalonigue, en Macédoine ; à
Larissa et à Volo (l'ancienne Déinélriade), en Thessalie, et
à Anazerla. Ces tuyaux étaient enveloppés de mortier.
Les Romains firent un grand usage de tuyaux eu terre
cuite pour la conduite des eaux vives. Vitruve les recom-
mande, et Frontin, directeur des eaux publiques de Rome
sous l'empereur Nerva, dit, dans ses Commentaires, qui ont
été traduits par Rondelet, que la plupart des prises d'eau
faites sur les aqueducs de Rome, dans les campagnes, étaient
conduites dans des tuyaux en poterie.
Il en était de même des aqueducs que les Romains con-
struisirent dans les Gaules. A Lyon, par exemple, on a
découvert une grande quantité de tuyaux en terre cuite dis-
tribuant dans Fouruières les eaux de l'aqueduc antique du
Mo7il Pila.
L'aqueduc romain qui amenait à Paris les eaux minérales
de Ghaillot, était un remarquable spécimen des conduites en
poterie, dont nous recommandons fort l'imitation (Voy. fig. 7
et 8, pi. 29). Nous en avons déjà pai-lé dans cette Revus
col. 150, vol. IV.
M. Girard, dans son Traité des eaux de Paris, p. 271, parle
de tuyaux de conduite du même genre, bloqués dans un
coffre de béton, dont la section transversale était cari-ée par
la base et cintrée à la partie supérieure (Voy. /tg. 9, pi. 29).
Ces tuyaux furent découverts dans le voisinage de l'aqueduc
moderne du Pré-Saint-Gervais ; cet aqueduc, construit au
moyen âge, se trouve donc, comme celui d'Arcueil, établi sur
les traces d'un conduit d'eau antique.
Caylus et l'abbé Lebeuf ont vu des tuyaux antiques en terre
cuite dans les ruines du monument romain du nord de
Montmartre, qu'on suppose avoir renfermé un bain. La
somptuosité de cet édifice, dans lequel nous avons trouvé
nous-même des fragments de placages de marbre blanc cou-
verts d'incrustations indiquant qu'ils avaient servi de revê-
tement aux parois d'une piscine ou d'un réservoir, fait sup-
poser que ces tuyaux en terre cuite n'avaient pas été employés
par économie, mais à cause de leur salubrité.
Il existe dans la grande salle du Palais des Thermes, à
Paris, des tuyaux en terre cuite, de forme rectangulaire, qui,
parleur position, semblent avoir servi à la conduite des eaux.
11 y en a quatre, trois d'entre eux s'ouvrent horizontalement
dans les trois grandes niches qui sont en face de la piscim
{natalio) et qui contenaient probablement des baignoires ;
l'autre traverse verticalement le sol près du bord de la pis-
cine, et communique avec l'aqueduc situé sous la salle. Sa
section est de 0 m. 15 c. sur 0 m. 1 1 c.
Par l'emplacement qu'ils occupent, ces tuyaux semblent,
avec quelque raison, avoir servi de conduits d'eau ; nous ne
le pensons pas, cependant ; car, outre leur forme insolite et
désavantageuse sous le rapport de la résistance, ils sont trop
mal faits pour avoir servi à conduire des eaux. En passant
le bras dans celui qui est au bord de la piscine, nous avons
reconnu qu'il était percé, sur le côté tourné vers le bassin.,
d'un trou qui prouve que c'est tout simplement un de ces
tuyaux dont' on revêtait verticalement les murs des étuves
pour y faire circuler l'air chaud de ïhypocauste. On sait que
I les flancs de ces tuyaux sont ordinairement percés de trous.
389
HEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
390
Cen tuyaux ont été scellés dans la maçonnerie de blocage
qui constitue les murs et l'aire do cette salle, afin de ména-
ger le passage des tuyaux en métal qui amenaient les eaux
dans les bains. Une telle manière d'établir un passage dans
l'épaisseur d'une construction en Irès-pelils matériaux était
plus commode et plus expédilive que de le» maçonner en bri-
ques ou de les mouler avec un mandrin en bois qu'on aurait
retiré après la prise du mortier.
Nous n'avons pu savoir si les tuyaux en terre cuite avaient
été employés au moyen âge.
En 1832, on a découvert dans une fouille, à l'ancien évô-
ché du Mans, une conduite en poterie vernissée en dedans.
Son diamètre intérieur est de 0 m. 094 mil., et son épai-
seur de 0 m. 020 mil. ; il est logé dans une enveloppe de
béton qui conserve encore une épaisseur de 14 centimètres
tout autour ; mais celle épaisseur a dû être plus considé-
rable.
La Commission des antiquités do la Côte-d'Or possède dans
sa collection des tuyaux antiques en terre cuite, trouvés à
Mirebeau, village situé entre Dijon et Gray.
Au Musée céramique de la manufacture de porcelaines de
Sèvres, on peut voir un tuyau de conduite antique en grès ;
il fut trouvé à Mouirouil-sur-Mer. Ce tuyau, d'une excel-
lente pâte, est d'un travail médiocre. Il est strié en spirale
extérieurement, par l'action du tour, et l'embolture maie
porte un étranglement désagréable à l'œil et désavantageux
pour la circulation de l'eau.
On a découvert aussi des tuyaux antiques en poterie à Cluny
(Saône-et-Loire), à Garhaix (Finistère).
On a sans doute fait de semblables découvertes en beau-
coup d'autres endroits, notamment dans le midi de la France ;
et nous pensons qu'il n'est peut-être pas un de nos dépar-
tements qui ne puisse fournil- son contingent en ce genre ;
on doit immanquablement trouver de ces tuyaux daus le
voisinage des aqueducs antiques de Nîmes, Vienne, Metz,
Montpellier, Autuu, etc. ; mais les exemples que nous venons
de signaler sur des points très-éloignés les uns des autres
sufiiront pour démontrer que l'usage des tuyaux en terre
cuite était fort répandu dans l'antiquité : si l'on a si peu de
documents sur la découverte de ces objets, cela tient sans
doute au peu d'intérêt que les tuyaux en poterie moderne ont
inspiré jusqu'à ces derniers temps. Celle sorte de mépris ne
permettait pas d'attribuer h la magniQcence romaine l'usage
de ces modestes condniles.
D'autres nations de l'antiquité ont sans doute fait usage de
tuyaux en poterie, mate nous manquons de documents à ce
sujet.
Si nous avons fait intervenir les noms des Grecs et des
Romains dans cette notice, c'est moins pour faire de l'ar-
chéologie que pour démontrer, par l'expérience imposante
de ces peuples fameux, que les tuyaux en terre cuite em-
ployés iivec intelligence sont loin de méritir l'espèce d'a-
bandon où les ont laissés les modernes. Si ceux-ci eussent
mieux étudié ces modestes conduits daus les œuvres des peu-
ples de l'antiquité, ils eussent pu en tirer d'utiks (
ments pour leur propre compte.
Les Turcs emploient aussi des tuyaux en poterie dam leun
aqueducs àila totUéfaxi.
Les soutérati sont des conduits sipholdes naiené», i l'iattar
des aqueducs antiques (Voy. fig. 20. pi. 29) : auiia tu liea de
traverser un vallon d'un seul Jet, en dasceodant faae ém
pentes pour remonter l'autre, ils forment une suite de sipbods
alimentés les uns par les autres.
La première branche du premier siphon dwcaori le premier
versant du vallon, et, après une faible eourae horizonlale,
la seconde s'élève dans une construction pyramidale 0«
conique en maçonnerie. Au sommet tronqué de cette pyra-
mide est placée une cuvette dans laquelle la deuxiëma bcanebe
du siphon, un peu moins longue que l'autre, déverse l'eao qui
passe ensuite dans la branche descendante d'un deuxième
siphon incrusté dans la lace opposée de la pyramide, et ainsi
de suite, de cuvette en cuvette, jusqu'à ce qu'on soit arrivé au
versant opposé du vallon.
Cette disposition échelonnée, faite dans le but d'ériter lea
amas d'air dans la partie horizontale, complique le travail et
augmente la dépense.
Chacun des deux coudes inférieurs des siphons est formé
par une pierre évidée dans laquelle s'emboîtent les tuyaux.
Vitruve, dans son livre vm, ehap. 7, conseille l'usage des
coudes de ce genre, qu'il recommande de faire en une certaine
pierre rouge très-dure, afin, dit-il, d'éviter la rupture des
tuyaux par le choc de l'eau dans les angles.
I,es Romains employèrent parfois des tuyaux en pierre pour
la conduite des eaux. On en voit à l'amphithéâtre de Nîmes
pour l'écoulement des eaux pluviaees.
On a aussi fait usage des tuyaux en pierre au moyen âge
pour la conduite des eaux. Nous en avons va dans une Cerme
monacale près de Châtillon (Côte-d'Or) ; chaque boni avait
environ 2 mètres de long. On les avait percés au miliea de
leur longueur dans le but probablement de les dégorger an
besoin. A Arles, près la tour Rolland, on a traoré dea
tuyaux en pierre servant de descente de lieux d'aisaoee. Dn
grand nombre d'édiflces gothiques ont des tuyaux de deaoanle
en pierre.
On pourrait aussi, par économie, mouler les tuyaux con-
tinus dans la tranchée même qni servirait de moule ezté>
rieur. L'intérieur serait modelé par un mandrin eo tôle amo-
vible et contractile analogue à ceux dont en se sert pour
former des tuyaux de cheminées cylindriques. Ce» tuyaux
seraient faits au béton de ciment romain et sable, afin d'ob-
tenir une grande vitesse de prise.
M. Fleuret, ancien professeur d'architecture à l'Ecole mi-
litaire, publia en 1807 un ouvrage in-4* intitulé : De ran 4e
composer les pitrres factices. Il donne de longs et ingénieux
détails, accompagnés de 20 planches in-folio, sur la fabrica-
tion des tupux factices en mortier.
Nous ignorons pourquoi son système n'a pas pnepéré.
Peut-être le doit-on à la dilBculié qu'on avait alors de se pio-
391
KLVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
392
curer des chaux hydrauliques. Aujourd'hui que nous sommes
parfaitement pourvus en ce genre, nous pensons que si son
système était repris, il aurait des chances de réussite.
Nous pensons qu'on pourrait établir ainsi la filiation des
tuyaux de conduite.
Dans l'antiquité, ils furent en plomb et en terre cuite ; au
moyen âge, on les fit en pierre et en bois. Tous les conduits
des anciens châteaux de Liancourt, Dampierre, Coulances,
Chantilly, étaient en bois, etc.
Dans les temps modernes, le xyii» siècle donna naissance
aux tuyaux en fonte, et le xix«, dans son éclectisme universel,
s'appropria, modifia, perfectionna ou détériora parfois les
systèmes des temps aniérieurs, et y ajouta pour sa part les
tuyaux eu terre factice, les tuyaux en zinc bitumés, aban-
donnés aujourd'hui non sans raison ; ceux en fer étiré qui
auraient de l'avenir s'ils étaient moins chers ; les tuyaux en
tôle galvanisée et bitumée à l'extérieur, auxquels l'expé-
rience seule pourra nous donner confiance ; les tuyaux en
lave volcanique d'Auvergne, forés à la mécanique et émaillés
à l'intérieur: leur plus grand défaut est d'être trop chers ;
puis sont venus les tuyaux en verre et en porcelaine, ma-
tières susceptibles d'une durée sans bornes.
Nous pensons toutefois qu'à l'avenir toutes les variétés de
tuyaux connus ou à naître se résumeront, pour la conduite
des eaux potables, aux seules matières minérales non métal-
liques, telles que les terres cuites non vernissées, les laves
émaillées, les marbres ou autres pierres dures, les pierres
factices, les porcelaines et les produits de la vitrification.
EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE 29.
Fig. 1 . Élévation de l'aqueduc siphoïde de construction
pélasgique à Patara. Les tuyaux en terre cuite étaient ren-
fermés dans l'assise de pierres posées de champ sur l'arête
des murs.
Les fig. 1 6w et 1 ter représentent les coupes longitudinale
et transversale du tuyau siphoïde de cet aqueduc.
Fig. 2 et 3. Élévation et plan de la partie siphoïde de
l'aqueduc gallo-romain du Mont Pila, entre Soucieu et Chapo-
nost, près Lyon. A, cuvette de départ des siphons ; b, c, ventre ;
d, cuvette d'arrivée des siphons.
Fit). 4, 5 et 5 bis. Plan et coupes de la cuvette de dépari
des neuf tuyaux siphoides en plomb (Voy. .4 , plan général);
a, chenal de l'aqueduc ; b, bassin de la cuvette ; c, c, orifices
des neuf siphons.
Fig. 6. Profil d'une modification proposée pour les aque-
ducs siphoides ; a, b, c, d, e, profil des pentes et contre-
pentes ; b, c, d, ventre à double pente ; c, point où les siphons
seraient munis'd'un renflement inférieur ou d'un godet muni
d'une ouverture d'évacuation.
Fig. 7. Coupe longitudinale des tuyaux en terre cuite de
l'aqueduc gallo-romain de Chaillot. — Fig. 8. Coupe trans-
versale de ce conduit avec son revêtement en béton.
Fig. 9. Coupe transversale de l'aqueduc gallo romain du
P ré-Saint- Ger vais, à Paris.
Fig. iO et 11. Élévation restaurée et plan de l'aqueduc en
bois gallo-romain à'Enghien-les-Bains. La traverse b, c, et le
caniveau a sont les seules parties retrouvées. Le surplus de
lu fig. 10 est restitué.
Fig. 12. Coupe longitudinale d'une jonction des tuyaux
Reichenecker indiquant le manchon et le joint lutè.
Fig.\3 Plan d'une de ces jonctions avec indication d'un
branchement a, et d'un coude cintré c.
Fig. 14. Coupe transversale d'un de ces conduits posé sur
un prisme triangulaire de mortier de chaux hydraulique
couché sur le fond de la tranchée.
Fig. 15. Coupe d'une emboîture des tuyaux en grès de
Baudour et Haine-Saint-Pierre, employés par M. Seguin
pour la conduite du gaz. Ceux qui sont destinés à recevoir
des branchements de distribution sont percés d'un orifice
de 0 m. 03 c. de diamètre. Le tuyau de branchement, généra-
lement en plomb, se fixe au tuyau en grès par un collier à
vis, en fer. — Fig. IG. Coupe transversale.
Fig. 17. Coupe longitudinale d'une jonction de tuyaux en
verre de Rive-de-Gier, assemblés avec anneau en métal à
vis.
Fig. 18 et 19. Coupe longitudinale et transversale d'un tuyau
de grand diamètre assemblé à bride.
Fig. 20. Représente un système de soutérazi.
a, b, départ et arriv. e du premier siphon ;
c, d, départ et arrivé du dernier siphon.
Les flèches indiquent la marche de l'eau dans les siphons.
H. JANNIARD,
ArcliUecte du gouvernement.
DE LA LIBERTÉ DANS L'ART
A Monsieur L.nflovlc VITET.
Au lieu de se passionner pour telle ou telle forme, au lieu de nous donner
servilement des copies, des contrefaçons, que nos jeunes artistes s'élèvent à
un point de vue plus large, plus intelligent, et qu'ils ne dérobent au passé que
ce qui peut, avec bonheur, s'approprier à notre époque.
(L. nut.)
Soyons de notre temps.
(le Bon sens, auteur trop peu consulté.)
393
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
304
Le sens comman eut le gt'nio do l'iinnianiié.
(Anonyme.)
L'art n'a que faire deo lisières, dea Rienollet, des bâillons; il vods dit : Val
et TOUS lâctiH dans ce grand jardin de poésie oà il n'y a pas de fruit défendu.
{Victor Hugo.)
Liberté, c'est liberté.
(MUheUl.)
Il y a dans les arts une étemelle vérité et des formel pattagére*.
[Yillemain.)
Il peut être très-utile de s'appuyer de l'autorité de choses A*)h faites, mais
les sots seuls demandent toujours et partout une semblable autorité.
{(icethe.)
Il est absurde de supposer qu'il exi^e pour l'art une limite dernière. Pour
que l'art avance il faut qu'il sorte de la voie déjà parcourue.
{Lamennaii.)
Comme le cours des choses de oo monde, la civilisation européenne n'est ni
étroite, ni exclusive, ni stat'Onnaire.
[Guizot.)
C'est de l'état intérieur de l'homme que dépend l'état visible de la société.
{Guizol.)
L'art est un miroir qui reflète les hommes et l.i société co''temporaine.
{César Daly, et beaucoup d'autres)
Monsieur,
Dans mon enfance, j'avais un vieux professeur qui aimait
heaucoup à raconter de petites anecdotes historiques; et comme
son érudition s'épuisait plus vite que ma curiosité, force lui
était de recommencer souvent la série de ses contes.
Cette circonstance m'a donné l'avantage d'entendre réciter
plusieurs fois l'histoire d'un fameux roi saxon, qui, se prome-
nant sur les bords de la mer, eut l'ennui de reconnaître que la
marée montante allait bientôt mettre fin à son excursion.
« Votre puissance est sans bornes, dit un courtisan au roi ;
commandez à la mer : tracez-lui des limites, et elle vous
obéira. » Le roi commanda. Mais la mer s'approcha en gron-
dant ; et bientôt, courtisans et majesté, furent obligés de fuir
devant l'indocile océan. La morale de cette histoire, ajoutait
mon digne mentor, est facile à déduire : c'est qu'il y a des
mouvements entièrement en dehors de notre contrôle, des
forces dont nous ne saurions limiter l'action.
Quel dommage, n'esl-il pas vrai, monsieur"? que ce vieux
professeur n'ait pas fait partie de la section d'architecture
de l'Institut, qui s'est efforcée, pendant si longtemps, de re-
tenir l'art, cet autre océan qui déferle toujours, surime rive
lontaine de l'histoire I Avec plus de sagesse, l'Institut aurait
échappé au 89 qui le menace.
L'oppression appelle la révolte, et la réaction est toujours
égale à l'action : l'Institut ofRciel avait décrété que chacun
s'éprendrait d'une vive passion pour l'antique, et pour l'an-
tique seulement ; il est né un Institut officieux, qui veut
imposer le culte exclusif du gothique. L'idéal du premier
est dans les lignes horizontales, le second n'admire que les
lignes verticales ; mais pour tous deux, faire de l'art et adorer
des reliques, donner la vie ou galvaniser des momies, c'est
tout un. Pour le premier, comme pour le second, l'art n'est
qu'un fétichisme.
Et le public ? Et les artistes ?
Los artistes sont lyraoniaé* par ces parti* extrêmes, qui
ont même tendresse pour l'art caduc, même désir d'opprimer
leur siècle, et qui ne diffèrent que par l'âge, l'un étant vieux et
l'autre plus vieux.
Le public, y compris les artistes, est traité en malade, eo
idiot même ; de par l'autorité des morts on ne lai laisse de
lil>erté ni dans son goût, ni dans son sentiment, ni dans sa
raison.
< Tu ne boiras plus que chaud, très-chaud, même pendant
la canicule, > lui dit-on à gauche.
« C'est un régime à la glace que tu suivras, même pendant
les froids les plus rigoureux, • lui crie-t-on à droite.
Ici c'est Armagnac, là Bourgogne ; mais la France, mon-
sieur, la liberté de l'artiste, la vérité et la dignité de l'art, qui
s'en occupe ?
Au milieu de ce conflit, quelle est la situation de l'artiste
qui cherche consciencieusement la vérité ?
Deux prétendus chœurs, où éclatent des cris discordants,
assaillent incessamment ses oreilles. Courageux et cherchant
résolilment le bien partout, espérant saisir quelque son mélo-
dieux à travers les notes stridentes ou chevrotantes que jettent
des voix trop émues de colère pour être toujours justes, il
écoute, et voici les hymnes étranges qu'il entend.
LES ARTISTES d'OLTRE-TOMBE.
Bymne des vleam. Tu mépriseras le Parthénon, tu
haïras le Panthéon, et tu jetteras et Rome et Athènes aux pieds
de Reims et de Chartres. Phidias et Ictinus seront pour toi
des impies à qui Dieu refusa le sentiment du beau. Tu
proclameras tralti«s à l'art et contempteurs du goût et
Rruneleschi et Bramante, et Léonard de Vinci et Raphaël, et
Michel-Ange et Cellini. Tu te feras plus liturgique que l'Église,
plus catholique que le pape. Tu annonceras que les succes-
seurs de saint PieiTe furent trop païens pour comprendre
l'art chrétien, et que le christianisme lui-même, depuis troi*
cents ans, est à ce point impotent et glacé, qu'il n'a pa
inspirer aux artistes une forme d'art digne de sa splendeur
décroissante.
Hymne des plus vieux. Tu n'aimeras que l'antique, tu
adoreras la plate-ljande, tu rendras hommage au plein-cintre,
mais lu maudiras l'ogive. Tu étudieras les mœurs et les be-
!:oins des vieux Romains, et tu auras le droit d'ignorer ceux
de ton pays. Tu apprendras comment les anciens honoraient
Mercure le voleur, et Vénus l'impudique, et alors tu sauras
plus qu'il n'en faudra pour glorifier le Christ, qui chassa les
voleurs du temple, et la Vierge immaculée, type de pudeur
et de maternité. Tu anathématiseras les Montereau et les
Luzarche, qui ne connurent jamais l'art grec, et lu chanteras
les mérites de Vitruve, qui ne le connut pas davantage. Tu
dessineras le Panthéon et le théâtre de Marcellus, le théâtre
de Marcellus et le Panthéon, et encore le Panthéon et l«
théâtre de Marcellus ; car là sont la loi et les prophètes. Mais
)0fi
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
396
avant tout et surtout, tu maudiras le moyen âge, ses pompes
«t ses œuvres, et tu nieras ses cathédrales, en te gardant bien
de les étudier, dans la crainte de les connaître.
morceau :rcnsenible. — Dfy inne des vieux réunis.
Dans tes paroles, rends hommage à la liberté de l'art ; mais
dans ta pratique, que l'art soit l'esclave de l'histoire, un écho
de l'archéologie, le serf de ses œuvres passées.
Tu loueras le génie qui crée, mais tu ne créeras que des
copies, tu ne composeras que d'après une recette, que suivant
une formule empruntée à tes défunts prédécesseurs.
Tu vanteras la loi du progrès, mais tu ne progresseras qu'à
reculons. Au lieu de faire de l'art national pour les vivants,
tu imposeras aux vivants l'art national des morts ; tu exhu-
meras des ossements, lu déterreras des cadavres.
Tu insulteras l'avenir, tu tyranniseras le présent, tu ado-
reras le passé. Et si tes contemporains te confient la noble
mission d'élever un monument qui rappelle la grandeur de
Dieu, son amour pour nous, et notre gratitude envers lui,
tu lui feras sa part, à Dieu. Tu railleras les âmes religieuses
qui voudraient lui offrir la dime des richesses intellectuelles,
morales et matérielles accumulées pendant les derniers siè-
cles. Tu ne lui donneras que ce qu'on lui donnait jadis, avant
les conquêtes de la grande industrie, avant les découvertes de
la science moderne.
Offrir à Dieu l'hommage des trésors d'intelligence et de
vérité amassés, dans les derniers temps, par la contemplation
de ses œuvres, par l'étude de la nature ? Stupidité !
Traduire par la douceur et la flexibilité des formes, par
l'harmonie nuancée des couleurs, les raffinements de senti-
ments éclos sous la tiède chaleur de la loi d'amour et de fra-
ternité ? Sensiblerie I
Faire concourir à l'édification et à la décoration dU mo-
nument divin tous les plus précieux produits de l'industrie
du xix» siècle, sous le prétexte ridicule de témoigner par là
que toute richesse naît de l'observance des lois de Dieu, toute
misère de nos révoltes contre elles ? Prodigalité absurde !
Gaspillage inintelligent !
De toutes ces conquêtes modernes il n'est rien dû à Dieu ;
rien, absolument rien !
Ainsi vous le voyez, monsieur, le passé, toujours le passé,
rien que le passé I Ces hommes ne s'aperçoivent pas que tout
marche, et que l'humanité grandit. Plus orgueilleux que le
roi saxon, ils ne voient pas que la marée monte et que déjà
ses flots puissants les font osciller sur leurs pieds. Us se sont
plongés si avant dans le passé que la voix de leur siècle ne
parvient plus à leurs oreilles. L'archéologie n'est plus pour
eux un instrument à l'usage de l'art vivant, mais un but au-
quel l'art vivant doit être sacrifié. Ce n'est plus d'une simple
transmutation de métaux que s'occupent ces alchimistes
de nouvelle espèce, mais d'une transmutation des àmea.
C'est le sentiment et la vie des temps écoulés qu'ils veulent
nous inoculer, en nous soutirant le sentiment et la vie de
notre époque. C'est le rajeunissement, sans fontaine de Jou-
vence; un rajeunissement destiné à nous faire retomber de
l'âge viril, où nous entrons, dans les premières années de
notre enfance.
Il prit fantaisie, un jour, à l'ancien Parlement de Paris, de
défendre, « à peine de vie, de tenir ni enseigner aucune
maxime contre les auteurs anciens et approuvés. » L'ancien
Parlement, il paraît, était du sentiment des juges de Galilée ;
il ne voulait pas que la terre se mût, ni que l'influence des
années se fît sentir dans les travaux de l'esprit. 11 lui était
bien impossible d'empêcher les petits enfants de grandir jus-
qu'à taille d'homme, à moins de les emprisonner dans des
étuis de métal, comme les Chinoises font de leurs pieds,
mais il lui paraissait très-possible de maintenir le statu quo
intellectuel. La France devait rester, comme l'âne de Buridan,
entre deux bottes de foin, symboles de l'avenir et du passé,
sans mordre à l'une ou à l'autre.
Le Parlement de Paris croyait annuler l'action du temps,
c'était beaucoup ; les archéologues artistes veulent que le
temps nous rajeunisse, c'est plus encore. Le progrès artis-
tique, disent-ils, consiste aujourd'hui à revenir sur ses pas,
et ils afiirment, de manière à ne laisser aucun doute de leur
conviction, qu'il ne faut plus que quelques années pour que
l'art européen ait plusieurs siècles de moins.
La raison finit toujours par avoir raison. L'erreur ne peut
que traverser l'atmosphère de la pensée ; la vérité seule est
assurée de s'y fixer à jamais. Qu'est-il advenu delà défense
du Parlement ? Quel a été le sort de toutts les tyrannies?
La vérité seule est forte. « La sagesse ne se trouve que dans
la véiiié, » dit Gœthe, elle seule est certaine de surmonter
tous les obstacles. Or, que voulons-nous, monsieur, nous qui
parlons ? Liberté pour tous, afin que l'art soit vrai.
Jusqu'aujourd'hui l'artiste n'a connu qu'une seule loi, la
loi de son sentiment. Il n'a obéi qu'à une seule influence,
l'influence de son temps. Il en fut ainsi dans l'antiquité, et
l'antiquité nous a laissé des merveilles. Il en fut ainsi au
moyen âge, et le moyen âge nous a légué des chefs-d'œuvre.
Les uns et les autres sont des protestations contre la préten-
tion de substituer l'érudition au sentiment, la recette à l'in-
spiration, la tête seule à la tête inspirée par le cœur.
Est-ce donc respecter la vérité et la justice que d'offrir de
pâles copies d'antiques et des pastiches gothiques à ces mil-
lions d'hommes, nos concitoyens, créateurs des richesses
mises au service des beaux-arts, et dont chaque parcelle a
demandé pour naître une goutte de sueur, une larme d'an-
goisse ou un gémissement ? Est-ce satisfaire à leurs légitimes
exigences que d'offrir des imitations des vieux âges à ces
milUons d'hommes qui n'attendent de secours pour penser,
aimer et travailler, ni de la cervelle d'un sophiste grec, ni
du cœur d'un gladiateur romain, ni des mains violentes d'un
guerrier féodal ? Les populations qui nous entourent, ne
sont-elles pas des populations du xix» siècle ? Attendent-elles,
pour aimer et pour haïr, qu'on leur ait enseigné comment
397
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
99^7
on aimait et on haïssait il y a quelques centaines ou quelques
milliers d'années? Ne sont-ellos pas composées d'hotnmes
qui applaudi.ssent ou qui sifQenI dans la liberté de leurs im-
pressions, et sans attendre qu'un érudit leur vienne appren-
dre si dans l'antiquité ou au moyen âge on aurait sifQé ou
applaudi ? Ces hommes n'ont-ils pas leurs idées à enx, lenrs
besoins, leurs habitudes ? Ne sont-ils pas de leur temps, àme
et corps ? Ne soiit-iis pas vos juges ?
Ce sont leurs idées qu'il faut exprimer, leur senthnent
qu'il faut émouvoir, et non les idées do Thémistocle ou les
sentiments des troubadours. Vraiment, à entendre cette pré-
tention, aussi immense que folle, d'imposer à ce siècle vivant
et debout les goûts de siècles depuis longtemps couchés dans
la tombe, on prendrait tous ces vieillards rétrogrades pour des
Titans ressuscites 1
Mais la France, monsieur, est-elle à ce point dénuée d'in-
telligence, de cœur et de force ? son âme est-elle à ce poinU
anéantie, qu'on ait le droit de lui jeter sur le corps le linceul
des morts? Car tous ces monuments archéologiques, toutes
ces réminiscences d'outte- tombe qu'on lui veut imposer,
ce sont des vêtements qui ont été fabriqués pour des sociétés
trépassées, vêlements qui furent faits pour se prêter à leurs
mouvements, pour satisfaire à leurs besoins, et non pas aux
nôtres.
Le -MX» siècle a une individualité trop marquée pour la
cacher sous les formes d'un autre temps.
Il croit au progrès, il respecte le passé, il veut la liberté.
Il se recueille pour calculer ses ressources et combiner
ses mouvements. Calme comme la force, et libéral comme
l'aflection, il ne rejette aucun des enseignements de l'expé-
rience ; il interroge, au contraire, toutes les époques ; il ac-
cueille tous les efforts qui ont le progrès pour objet, et la
cohorte archéologique a sa tâclie marquée dans le travail
collectif. Elle est chargée de rechercher et d'enregistrer les
richesses créées par les sociétés qui nous ont précédés, afin
que les artistes et les savants puissent en retirer tout ce qui
perut encore nous servir : le reste sera abandonné.
Cette recherclie ne devra pas se borner au moyen âge,
comme le veulent quelques-uns, ou se limiter à la civilisation
gréco-romaine, comme le déairesaient quelques antres ; mais
elle doit s'étendre, comme nous l'écrivions il y a onze années,
à tous les temps et à tous les pays.
Comment donc, monsieur, renfermer dans un des casiers
du passé ce xix° siècle qui s'assioùie la substance utile de
tous les siècles qui l'ont précédé ? Gomment former la langue
artistique de notre temps avec qwelqota waoo des lettres seule-
ment qui doivent composer son alphabet ?
L'art du xix« siècle sera formé à l'image des grandes ca~
thédrales du moyen âge, auxquelles contribuaient tous les
peuples chrétiens. Chaque époque apportera sa pierre à
l'œuvre nouvelle ; mais de l'arrangement harmonieux des
matériaux sortira cne puissance inconnue qui n'était dans
aucun des éléments isolés. Chaque génération fournit ses
enseignements : recueillons-les, mais que ce soit pour en
profiter, en essayant de mieax Caire qoe nos 4le«aaciera. CMt
seulement de cette manière que nooi pravons témoigiwf i
nos prédéeemeurK le prix qne nous «ItMbon i lear 9Kfé
rience. Refaire volontairement ce qu'ils ont fitit, et rien ^oe
cela, fortifiés que nous sommes de rexpérience qu'ils n'a-
vaient pas, serait une lâcheté indigne ; ce serait établir oo
priticipe qne tous les hommes religietn repousseront, â
l'exemple du Clirist, qui condamna sévèrement le mainrai»
serviteur, coupable d'avoir enterré l'argent de son nuMre,
au lieu de le faire fructifier par le travail ; un principe que
répudiera tout homme de raison, tout esprit pliilosophiqne,
comme une protestation contre le progrès et contre la nécM*
site qui incomlje A l'homme de se perfectiomier ; un principe,
enfin, qui révoltera tout artiste parce qu'il lue l'art. L'art est
créateur de son essence ; la reproduction constante des mêmes
types est du domaine de l'industrie.
[m liberté dans le présent, la foi dans Favenir, le respect
pour le passé, tels sont, monsieur, les [principes qne nous
avons toujours propagés dans cette Kevue, principes d'ex-
pansion et de progrès, de xérilé et de justice. Tels étaient
ceux que nous exposions dans la presse quotidienne avant
de fonder le recueil que nous dirigeons aujourd'hui ; et
maintenant nous les opposons aux théories des hommes qui
veulent nous imposer des formes d'art arrachées à latonab»
et qu'enveloppe le linceul des siècles.
Sommes-nous seul à réclamer la liberté pour tout le monde T
Sommes-nous seul â demander qu'aucnn sentiment légitime
ne soit opprimé, que tout artiste soit libre d'écouler les inspi-
rations de son génie et la voix de son époque?
Non, Dieu merci, monsieur, nous ne sommes pas seul ; car,
tandis que les architectes, réservés par amour du repos oo
par une indifTérence coupable, muets par crainte de la lutte,
i;t, il Tant le dire, silencieux souvent par ignorance des
théories philosophiques de l'art, se montraient timides et
hésitaient à se prononcer franchement dans une question wk
grave, qui pourtant les intéressait à un si haut degré, une
voix amie et puissante s'est fait entendre ; le cri de c senti-
nelle, veillez ! » parti des cdtes de la Normandie, a édalé av
milieu de ce profond silence.
Oui, artistes, veillez à conserver la liberté de me esa-
sciences ; veillez à la dignité de l'art et à la défense de aos
droits.
On a conquis dans ce pays, la reconnaissance en principe
de la liberté politique, de la liberté sociale, de la liberté reli-
gieuse, et on perdrait la liberté de l'art qui a pour misaioo d»
refléter ces autres libertés !
On proclame la liberté de la presse, c'est-â-dire de la pt^-
rôle écrite, et on nierait celle de l'arf, c'est-à-dire de !■
parole chantée, sculptée, peinte ou bâtie ! On n'aurait phis
le droit d'obéir aux inspirations qui sollidteni l'âme de Vm^
tiste, qui l'emportent dans les hauteurs o* flotleat les idées
et les types que le génie incame, â la gloire de Dieu, et peor
le bonheur de tous !
Onels sont les hommes qui se posmt ainsi eit Dieux, àtm
399
RP:VUE de L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
4(:0
nant leurs infimes impressions comme la règle, le canon, la
norme de ce qui est permis ou défendu à leurs semblables ?
Quels sont les insensés qui ont à. ce point bu à la coupe de
l'orgueil, que dans leur folle ivresse ils se posent comme
résumant tonti's les facultés répandues par Dieu dans ce
xix« siècle? Car pour interdire à tous de consulter leurs
sympathies instinctives, pour donner son sentiment à soi
comme seul légitime, il faut avoir reçu du ciel une part plus
large à soi seul que tous les autres réunis.
Les temps sont passés où l'art se débattait entre l'anti-
quité primitive des Étrusques ou des Grecs et l'antiquité
plus avancée des Romains de l'empire ; il ne s'agit plus d'un
combat singulier entre la basilique de Pœstum et le Pan-
théon, entre les portes de Perugia et le temple d'Anlonln et
Faustine. Depuis lors le champ de la lutte s'est agrandi, le
moyen âge tout entier s'est jeté dans la bataille, les partis
se sont mêlés, de nouvelles prétentions ont surgi, de nou-
veaux et de plus ardents jouteurs se sont avancés, les an-
ciennes alliances comme les anciennes inimitiés se sont
rompues, des faits on est arrivé aux principes, et aujour-
d'hui c'est entre la liberté et la servitude de l'art, entre le
génie qui cherche, qui crée, et le talent qui reproduit, qui
copie, entre une naissance et une résurrection qu'il faut
prononcer.
Au moment d'aborder de si graves questions, on regarde
involontairement autour de soi pour compter ses alliés et ses
adversaires, et c'est avec un profond bonheur que les amis
de la liberté de l'art voient dans leurs rangs des illustrations
qui s'appellent Yictor Hugo, Michelet, Villemain, de Lamen-
nais, Guizot, etc., etc., et dont les pages éloquentes portent
de si nombreuses protestations en faveur de notre cause.
Ils sont pleinement rassurés lorsque des artistes tels que
MM. Duban, Labrouste , Constant-Dufeux, Moreau, Rey-
naud, etc., etc., propagent dans leurs enseignements et dans
leurs œuvres les principes de liberté et de progrès. Ils sont
heureux, enfin, lorsqu'un homme comme vous, monsieur, dont
la vie a été presque entièrement dévouée à l'art, malgré les
sollicitations de la politique, consacre sa plume, sa parole et
sa légitime influence à faire prévaloir le principe de la liberté
dans l'art et de la foi dans l'avenir.
Écoutons toutes ces bouches éloquentes qui résument le
savoir et qui révèlent le sentiment de leur siècle.
— Yictor Hugo, a L'art n'a que faire des lisières, des me-
nottes, des bâillons : il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce
grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu. » Le
grand p( ëte « insiste, dit-il, sur ces idées, si évidentes qu'elles
paraissent, parce qu'un certain nombre d'aristarques n'en est
pas encore à les admettre pour telles, »
—Michelet. Liberté c'est liberté » s'écrie le chaleureux
professeur du collège de France, qui ne veut pas plus que
M. Victor Hugo qu'on bâillonne la science ou qu'on empri-
sonne l'art.
Yillemain. « Il y a dans les arts une éternelle vérité et
des formes passagères. La vérité, c'est ce qui touche au fond
du cœur de l'homme ; le reste n'est qu'un vêtement qui change
avec la saison. »
Et encore : « Nous sommes éclectiques en ce sens que nous
aimons tout ce qui est beau, ingénieux, nouveau, n'importe
quelle soit l'école. »
Et encore : « Les langues (lisez : les arts en général) ne
remontent pas : quand elles ont commencé à s'altérer, elles
continuent. »
— Lamennais. « 11 est absurde de supposer qu'il existe
pour l'art une limite dernière éternellement infranchissable.
Ce qui trompe à cet égard, c'est qu'au lieu de considérer
l'Art dans ses relations générales avec le Vrai, d'où émane
le Beau, on le considère dans ses relations avec une con-
ception particulière du Vrai. Or, cette conception une fois
reproduite, aussi parfaitement qu'elle peut l'être, sous la
forme qui est celle 'de l'Art, il est certain que l'Art, ayant
épuisé le type fini du Beau correspondant à cette conception
finie du Vrai, et ne pouvant aller au delà, ne saurait désor-
mais, ou que tourner dans le même cercle, ou que décliner
et se corrompre. Il faut pour avancer qu'il sorle de la voie
déjà parcourue, que par une conception plus parfaite du Vrai
et du Bien, il découvre un type plus parfait du Beau ; et comme
la conception croît toujours, se développe toujours, l'Art
pareillement croît et se développe, sans qu'il soit possible d'as-
signer à son progrès aucunes bornes.
» L'art n'est que la forme extérieure des idées, l'expres-
sion du dogme religieux et du principe social dominant à
certaines époques. Imiter l'art ancien, le reproduire est donc
un précepte absurbe et faux ; parce qu'il exigerait que l'ar-
tiste filt pénétré de la conception antique, qu'il y crût ; parce
que cette conception ne représenterait point l'état actuel de
l'intelligence et de la société... Maintenant l'art tend à sortir
de son abaissement, exprime à sa manière l'inquiète recherche
d'un type du beau correspondant à l'idée inconnue, au dogme
pressenti, mais obscur et confus encore, que l'humanité en
souffrance appelle ardemment.
(1 Pendant que s'opère l'enfantement de la société nouvelle
encore inconnue, pendant que s'élabore au fond de l'intelli-
gence générale la conception correspondante au type futur
du Beau, l'Art sommeille, ou ne présente que des reproduc-
tions altérées de l'ancien type, de froides imitations que
n'anime point le souffle de vie, et des efforts en partie aveu-
gles, d'imparfaites ébauches où se révèle seulement une sorte
de vue lointaine et confuse du modèle que peu à peu le temps
dévoilera. »
— Guizot. « La civiUsation est très-jeune, il s'en faut bien
que le monde en ait mesuré la carrière. » Donc l'art, cette
forme extérieure de la société, est aussi très-jeune, et il s'en
faut bien que le monde en ait encore mesuré la car-
rière.
Lisez encore : « La civilisation européenne est la fidèle
image du monde : comme le cours des choses de ce monde
elle n'est ni étroite, ni exclusive, ni stationnaire. »
Et encore : «■ Je suis convaincu qu'il y a une destinée gé-
401
REVUE DE L'AKCHITECTUKE ET DES TUA VAUX l'LBLICS.
403
nérale de l'humanité t > Et, par conséquent, une destinée
générale de l'art qui est la parole de l'humanité.
— L. Vitet. Ce ne sont pas quelques extraits que nous vou-
drions mettre à crtté de votre nom, monsieur, mais des mé-
moires entiers, car peu de personnes dans la presse française
ont rendu autant de services (jue vous à la cause générale
de l'art. Il n'y a pas une branche spériale des beaux-arts
qui ne vous doive des éclaircissements, pas une classe d'artistes
à laquelle vous n'ayez fourni des enseignements précieux ou
d'heureuses inspirations. La musique , la peinture , la sculp
ture, l'architecture, la littérature, ont absorbé tour à tour
vos heures d'études et vos minutes de loisir. Vous êtes, sans
contredit, monsieur, un de ceux qui ont le plus contribué
au développement des études d'archéologie nationale en
France, et cependant votre respect pour le passé ne vous
a pas fait oublier votre devoir envers le présent et envers
l'avenir, et en cela vous avez fait preuve d'un jugement sûr
et d'un tact rare.
Rien n'était plus facile, en effet, dans votre position
exceptionnelle de vice-président de la Commission des mo-
numents historiques, de membre du Comité historique des
arts et monuments, d'auteur et de promoteur de nombreux
travaux archéologiques, que de vous exagérer l'importance
de l'archéologie nationale et de laisser pencher en sa faveur
la balance de la justice, sans cesser un moment de vous
croire fort impartial et très-dévoué à l'art. U n'en a pas été
ainsi. Vous venez , monsieur , de couronner vos travaux
passés par un acte de justice envers l'art contemporain et
de probité intellectuelle qui honore également votre esprit et
votre caractère.
A la dernière séance générale de la Société' des antiquaires
de Normandie, en votre qualité de président de la Société,
vous avez prononcé un discours que nous regrettons de
n'avoir pu donner dans un précédent numéro. On y trouve
des pensées dignes du savant et élégant rédacteur de l'ancien
Globe, digne d'un futur ministre des beaux-arts, si jamais
on dote le pays d'un si précieux ministère, t Jamais, dites-
vous, dans ce monde l'art ne s'est produit deux fois sous
la même forme, ou bien la seconde fois ce n'était que du
métier.
M Honneur à ceux qui, même aujourd'hui, ne désespéreront
pas d'inventer une architecture nouvelle, c'est-à-dire une
combinaison de lignes et tm système d'ornementation qui
n'appartiennent qu'à notre époque et qui en perpétuent le
souvenir! »
« Une nrrhifecture qui sait s'arrommoder au besoin de
son temps n'est jamais ni banale, ni insignifiante. Elle
exprime quelque chose, elle a une physionomie, ce qui est déjà
un certain genre de beauté. •
L'archéologie du moyen âge (et toutes les autres) sera
d'autant plus prospère, elle obtiendra d'autant plus de resptct
T. vit.
et de crédit, quelle ne se mêlera que de ce qui la regarde. »
Certes, monsieur, si nous étions professeur d'architecUire,
nous ferions graver ces quatre 9phorisine< sur les quatre
murs de l'atelier de nos élèves; ne l'étant pas, nous les con-
signons ici en les recommandant & la méditation de tous i«
homme» qui aiment sincèrement l'art et son histoire.
Du reste, ce ne sont pas quelques passages isolés de ee
remarquable discours que nous voudrions communiquer &
ceux qui aiment les arts et se préoccupent de leur destinée,
c'est le texte complet que nous vous demandons la permis-
sion de rappeler ici, car il comptera désormais parmi les
documents importants de l'histoire de l'art contemporain.
DIWCOUBW DK M. Ludovic VITRT.
Si nos monuments historiques commencent à être entourés de
quelque vénération, s'ils sont dotés avec moins de parcimonie,
si nous pouvons sans témérité concevoir l'espéranctf de irao»»
mettre à nos neveux ces nobles créations du génie de nos pères,
c'est à vous, Messieurs, je n'hésite pas à le dire, que le promicr
honneur en appartient. Lorsqu'il y a vingKinq ans vous jeties
les b^ses de votre société nais.«ante, qui songeait à arrêter le
marteau des démolisseurs ? Quelques plaintes éloquentes, quel-
ques poétiques imprécations avaient bien eaaajé de se (aire en-
tendre, mais ces voix isolées s'étaient évanouies sans rencontrer
d'échos. L'œuvre de destruction se contiuuait avec peraévénoce;
le public assistait sans émotion, sans regret, quelqu-fois méflM
avec un secret plaisir, à la chute de ces vieux édiOccs qu'on lui
avait appris à dédaigner au nom des règles de l'art et à railler au
nom de la philosophie. Rien ne semblait pouvoir mettre un
terme à celte barbare indiiïérence. Cependant lorsqu'on apprit
que dans une de nos provinces, dans ce pays justement nommé
la terre classique du bon sens et de la raison, quelques hommee
sérieux et cultivés s'étaient associés pour proléger, pour nom-
tenir debout ce que partout on renversait; lorsqu'on sut qu'ils
ne se bornaient pas à signaler dans ces monuments des beautés
jusque là méconues, mais qu'ils leur demandaient comme à des
témoins sûrs et fidèles de nouveaux renseignements sur notre
histoire, qu'ils découvraient dans les difTéreots nxtdes de leur
construction le secret de leurs origines et préparaient ainsi ka
éléments d'une science nouvelle, ce fut un trait de lumière qui
aussitôt frappa les esprits attentifs, et de ce jour, dans le pabKc
Itii-méme, commença sourdement un mouvement de résdkxi.
L'eiïel ne s'en fil pas immédiatement sentir : les idées neuves el
fécondes ont-elles jamais triomphé sans combat ? Vous eûtes à
soutenir des luttes laborieuses, et pendant loaglemps il tous
fallut souffrir que votre zèle conservateur passât aux yeux da
plus grand nombre pour une sorte de mooomanie ; mais le germé
que vous aviez déposé allait se développant ; les esprits les pks
rebelles s'ouvraient h la lumière. Bientôt, dans la plupart de nos
provinces, des sociétés semblables à to vAlre se fumièrent spoo-
tanémeut et vinrent en aide aux efforts de vos adeptes isolés.
Enfin, le gouvernement, auxiliaire plus puissant encore, sa
épousant votre cause, acheva de décider la victoire. Ai^ourd'hui
cette vctoire est complète : à quelques exceptions près, de jour
en jour plus rares, personne, à l'heure qu'il est, ne se fait gloire
d'élre vandale, ni même indifTérent. et tout semblerait
inviter à jouir en paisibles spcctsieurs d'un succès si I
403
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRWAUX PUBLICS.
404
Mais vous ne l'ignorez pas, Messieurs, rien de si périlleux que
le succès. Ce n'est pas le moment, croyez-moi, d'abandonner
votre œuvre et de rentrer dans le repos. Une tâche nouvelle et
non moins difficile vous est encore réservée. Après avoir si puis-
samment coutribué à réhabiliter les chefs-d'œuvre du moyen
âge, vous n'avez pas tout fait pour eux: il vous reste à les dé-
fendre contre l'enthousiasme exclusif de quelques-uns de leurs
admirateurs. Apès avoir planté les premiers jalons d'une nou-
velle archéologie, il vous faut prendre soin qu'elle ne s'égare pas
hors de ses vraies limites, et surtout ne pas permettre que, par
une usurpation profane, elle envahisse un domaine qui n'est pas
le sien, le domaine de l'art. Personne avec autant d'autorité que
vous ne saurait faire entendre certaines vérités, certains avertis-
sements. Vous avez un droit incontestable à ne pas laissr altérer
les idées que vous avez mises au jour et à séparer ce que vous
croyez essentiellement vrai de ce qui n'est que mode, caprice ou
rêverie. Donnez-vous donc cette mission nouvelle ; soyez les mo-
dérateurs d'un mouvement que vous avez si heureusement pro-
voqué. C'est par là que vous affermirez votre ouvrage, et que vous
ajouterez de nouveaux services à tous ceux que vous nous avez
rendus.
Jusqu'à présent, je dois me hâter de le dire, le danger que je
vous signale n'est pas encore bien grand ; mais, vous le savez,
tout parti qui triomphe a dans ses rangs certains esprits pour qui
c'est un résultat misérable et vulgaire d'avoir atteint le but: ils
ne sont vraiment contents que lorsqu'ils le dépassent. Tâchez
que leur exemple ne soit pas contagieux. Les meilleures causes
sont si vite perdues par ceux qui les servent sans mesure et sans
discernement !
Voulous-nous affermir dans l'estime et dans l'admiration de
tous celte architecture du moyeu âge que nous aimons, et dont
les sublimes beauLés nous ont si souvent causé de si vives et si
sincères jouissances : gardons-nous de pousser jusqu'à l'hyper-
bole les sentiments qu'elle nous inspire. Si nous allions tout
exalter en elle, tout jusqu'à d'incontestables imperfections, si
nous voulions attacher un bens précis à tout ce qu'elle a pu faire,
trouver une intention, un mystérieux langage dans chaque
pierre, dans la moindre moulure, dans chaque coup de ciseau,
nous ne tarderions pas, croyez-moi, à perdre la meilleure partie du
terrain que nous avons conquis; et si, comme souvent il arrive,
notre enthousiasme tournait à l'intolérance; si, par prédilection
pour l'ogive, nous allions déclarer la guerre à l'architrave, user
de représailles, et, en souvenir d'une longue proscription, essayer
de proscrire à notre tour tous les styles hors notre style favori,
soyez certains que nous aurions bientôt provoqué une de ces
justes et redoutables réactions auxquelles on ne résiste pas. Nous
ne sommes pas encore, Dieu merci, témoins de pareilles impru-
dences; mais il faut tout prévoir, et les sages conseils que nous
vous prions de donner ne seront certainement pas superflus.
Ce que nous disons des monuments du moyen âge et de l'ar-
chitecture qui les a produits, il faut le dire également de cette
science qui les décrit et les commente, de cette science à peine
adulte, mais pleine d'avenir, dont, les premiers parmi nous,
vous avez constaté l'existence et à laquelle vous nous avez ini-
tiés. Permettez que pour elle aussi nous réclamions votre sollici-
tude; elle a grand besoin, poir se maintenir dans la bonne voie,
de rester quelque temps encore soumise à vos paternelles leçons.
Deux sortes d'adversaires bien différents peuvent la mettre en
péril : ceux q'ii ne croient pas à elle et ceux qui y croient trop.
Jusqu'ici vous n'avez eu à la défendre que contre le scepticisme,
et vous l'avez défendue avec de bonnes armes, c'est à-dire avec
vos exemples, avec vo.'- solides travaux, avec vos excellents
essais de classification ; vous avez, en lui mot, prouvé le mou-
vement en marchant. Aussi les sceptiques ne font-ils plus qu'une
ombre de résistance; peut-être ne reconnaissent-ils pas encore à
l'archéologie du moyen âge la môme importance, les mêmes
droits qu'à ces archéologies romaine, grecque, égyptienne et
asiatique dont la légitimité est depuis si longtemps étaîjlie ; ils la
croient de moins noble maison et ne lui pardonnent pas complè-
tement son origine, mais ils n'osent plus lui contester son carac-
tère scientifique; ils avouent que les observations qu'elle recueille
reposent sur une base expérimentale et qu'il peut en résulter
d'utiles et sérieuses conclusions. Nous aurions donc cause gagnée
si nous n'avions à faire qu'aux incrédules ; mais les croyants sont
là qui, par excès de zèle et avec les meilleures intentions, me-
nacent de tout compromettre. A les entendre, c'est un déni de
justice envers l'archéologie du moyen âge que de la confondre
sur le pied d'égalité avec les autres archéologies. Il faudrait lui
rendre hommage comme à l'archéologie par excellence, comme
à une science supérieure et pour ainsi dire révélée, qui n'a be-
soin ni de justifier ce qu'elle explique, ni de prouver ce qu'elle
affirme.
Avec de telles prétentions on ne tarderait guère à révolter
contre l'archéologie du moyen âge tous les gens de bon sens et
ceux-là mêmes qui sont le mieux disposés à reconnaître son auto-
rité. Vous voyez donc combien il importe que vous ne gardiez
pas le silence et que vous fassiez justice de ces chimères en éta-
blissant clairement (|ucl est le rôle à la fois modeste et sérieux de
la science que vous avez voulu fonder.
Son but est tout simplement l'étude des monuments du moyen
âge. A la vérité, c'est chose entièrement neuve et originale que
de décrire, d'expliquer, de classer par ordre chronologique,
non-seulement ceux de ces monuments qui tiennent au sol et les
sculptures qui les décorent, mais toutes les créations, même les
plus légères et les plus fragiles, de l'art et de l'industrie de nos
pères. Jamais, jusqu'à nos jours, semblable travail n'avait été
tenté. Ce qui ne veut pas dire pourtant que ce soit de nos jours,
que ce soit depuis quinze ou vingt ans que le moyen âge ait été
découvert. Les générations qui nous ont précédés nous avaient
épargné ce soin. Non-seulement elles avaient aperçu cette grande
époque, mais elles l'avaient étudiée siècle par siècle, province
par province, avec cette infatigable patience et ce labeur persé-
vérant dont le secret est presque perdu pour nous. Sans les
admirables érudits de l'ordre de saint Benoît, peut-être aurions-
nous grand'peine à pénétrer aujourd'hui dans les profondeurs
de ces temps obsurs; leurs travaux sont nos meilleurs guides;
nous ne voyons pour ainsi dire que par leurs yeux ; mais, il faut
le reconnaître, sur un point ils étaient en défliut. Ils avaient
fouillé dans les entrailles du moyen âge, ils avaient déchiffré ses
chartes, expliqué ses usages, interprété ses lois; ils n'avaient
pas regardé ses monuments.
Comment l'étude de la paléographie, du blason, des mon-
naies, ne les avait-elle pas conduits à l'étude des monuments?
Comment ne s'élaientils p^s aperçus que les monuments sont
aux siècles passés ce que récriture est aux idées? qu'eux seuls
nous en trunsmeltenl unti viva.j te «mage? C'est chose étrange en
40.')
REVUE DE L'AHCHITECTUHE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
ii)G
vérité. N'oublions pas cependant que ces hommes de savoir
vivaient presque tous cloîtrés ; eussent-ils été libres, les voyages
étaient h celle époque d'une difllcullé extrême. Or, sans voyages,
il n'y a ni comparaison, ni critique, et par conséquent point
d'archéologie monumentale. La gravure, seul moyen de suppléer
quelque peu aux voyages, n'était alors qu'un interprète infidèle
et grossier. L'exactitude dans les copies des (cuvres d'art e.sl,
comme vous le savez, quelque chose d'aussi neuf en son genre
que l'emploi de la vapeur et que les autres merveilles de notre
temps. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans les deux derniers
siècles, les monuments du moyen âge ne furent pour persoime
un sérieux sujet d'étude. Malgré quelques observations ingénieuses
et clairvoyantes de l'abbé Lebœuf, j'oserais môme dire, malgré
les savants travaux de Montfaucon, la lacune fut complète,
lacune à jamais regrettable, car il est bien lard pour la combler
aujourd'hui.
Nous la comblerons pourtant si nous suivons sans nous détour-
ner la voie prudente et sûre que vous nous avez ouverte. Conti-
nuons à observer patiemment les faits, sans esprit de système,
avec celte bonne foi qui dislingue franchement ce qui est certi-
tude de ce qui n'est que conjecture : gardons-nous de substituer
l'hypothèse à l'observation, et les formes vagues et mystérieuses
du sentiment aux lois sévères de l'analyse. Sans doute, en parlant
des choses chrétiennes, on s'élève involontairement h un autre
langage que s'il était question du monde païen et de son étroit
horizon ; mais il ne faut pas que la poésie des mots masque le
vide des idées. C'est une science que nous voulons fonder ; quel
que soit son objet, il faut, pour qu'elle acquière confiance 'et
crédit, qu'elle repose sur la même base que toutes les sciences,
c'est-à-dire sur la méthode scientifique.
Quand nous aurons ainsi accompli notre tache, ne croyez pis
que nous n'ayons obtenu qu'une vaine satisfaction d'esprit ; il en
résultera, j'en ai la conviction, de notables profits pour nos
études historiques. Il est telle page de nos annales, aujourd'hui
presque entièrement effacée, que nous vemms revivre et que
nous lirons couramment lorsque notre archéologie aura scienti-
fiquement établi certains faits et les aura rendus incontestables.
Connaissons-nous bien, par exemple, quels furent, depuis le
VI* siècle jusqu'aux croisades, les rapports de l'Occident avec
l'Orient ? A ne consulter que les documents écrits, qui s'aviserait
de supposer qu'entre les bazars de Byzance et les comptoirs de
Cologne, entre les couvents de la Thessalie et les cloîtres de
l'Auvergne ou du Poitou, il existât des relations, sinon toujours
fréquentes, du moins jamais complètement interrompues? Les
érudits n'en veulent rien croire, mais les monuments l'allîrment,
et ce sont eux qui auront raison. Il est bien d'autres problèmes
historiques qui s'éclairciront h cette lumière nouvelle ; mais, j'en
conviens, ce ne sera pas l'œuvre d'un jour, et le but sera d'au-
tant mieux atteint qu'on aura mis plus de temps et de patience
à le poursuivre.
Kn attendant, nous sommes dès aujourd'hui en possession d'un
autre résultat qui a bien aussi son importance, quoiqu'il soit pure-
ment pratique : je veux parler des enseignements et des secours
que notre archéologie nous procure pour la restauration des mo-
numents du moyen ftge. Il ne sudil pas, en effet, d'avoir de
l'argent et de la bonne volonté pour prévenir la ruine de certains
édifices, il faut encore savoir comment s'y prendre. Si l'artiste
ne connaît ni la règle ni l'esprit qui ont présidé à leur con-
struction, il risque, eo les restaurant, de les déabooorer, trop
souvent même de les détruire. Grâce à vos leçons, grftce à ces
premiers éléments de la science archéologiqae que vous avex
rendus populaires, nous n'aurons plus de telles chances h courir.
Un certain nombre de jeunes artistes se sool approprié, sous
vos auspices, les secrets du passé ; ils ont exercé non-seuleoeot
leurs yeux à bien copier ce qui sul»tste, mais leur iolell^eoce
à deviner ce qui est détruit, et désormais nous pouvfjos leur
confier sans crainte, ils peuvent entreprendre sans téffiérilé une
tâche naguère impossible.
A côté de cet avantage, laissez-moi vous signaler un danger.
L'étude approfondie de notre architecture du moyen ige, U con-
naissance de plus en plus intime de ses beautés, semblent oooi
exposer à une triste tentation. Ne nous parle-t-on pas de resn»-
ciler cette architecture, c'est-à-dire de la prendre itervilemeat
pour modèle, non-seulement quand il s'agit d'eflacer les ravages
du temps dans les œuvres qu'elle a criées, mais quand il faut
construire à neuf pour nos propres besoins, pour nos propres
usages? Je sais que de brillants esprits, loin de s'abrmer à cette
idée, l'encouragent et la favorisent. Ils font, selon moi, bien
l)on marché du temps où nous vivons, et lui refusent bien dure-
ment celte faculté d'invention, cet esprit créateur dont aucun ^
siècle ne fut complètement déshérité. Sans doute, i l'âge où
sont parvenues nos sociétés mo<leme.<, avec nos habitudes d'ana-
lyse et de réflexion, au milieu de cette atmosphère de doute et
d'égoïsme qui nous enveloppe, nous pourrions diffidiement pré-
tendre à créer un de ces types entièrement nouveaux qui n'appa*
raissent qu'aux époques où la foi est vive, ardente, généreuse;
mais faut-il pour cela nous résigner dès l'abord à copier plate-
ment ce que d'autres ont inventé 7 L'imiUtion dans les œuvres
de l'art sera toujours, quelque intelligente qu'on la suppose, un
des plus pauvres emplois de la pensée humaine. Jamais, dans ce
monde, l'art ne s'est produit deux fois sous la même forme, oo
bien la seconde fois ce n'était que du métier. Pourquoi, je vous le
demande, cette architecture qui régnait encore il y a vingt ans,
et qui nous fatiguait de ses banales colonnes, de ses frontons
inanimés, de ses monotones rosaces ; pourquoi nous inspirait-elle
un si grand éloignement? Était-ce parce qu'elle avait mal choisi
ses modèles? Mais les monuments qu'elle s'imaginait repro-
duire sont la gloire de l'esprit humain ; ce sont des types d'éter-
nelle Iwauté ; on se prosterne à leur aspect. Qu'est-ce donc qui
nous révoltait ? c'était Pimitation. 11 en sera de même quel que
soit l'objet imité. Copiez le Parthénon, copiez la cathédrale de
Reims, vous subirez la même influence : les modèles resteront
sublimes, les contrefaçons feront pitié.
Honneur donc à ceux qui, même aujourd'hui ne désespére-
ront pas d'inventer une architecture nouvelle, c'est-à-dire une
combinaison de lignes et un sj'stè ne d'ornementation qui n'ap-
partiennent qu'à notre époque et qui en perpétuent le souvenir t
Qu'ils ne s'inspirent ni des formes antiques, ni des formes du
moyen âge ; qu'ils se pénètrent seulement de la pensée-mèr« qui
les engendra, pensée d'artiste et non d'archéologue. Surtout
qu'ils se préparent à tenir grand compte de toutes k>s exigences
de notre civilisation, de nos idées, de nos habitudes. Cest m
leur obéissant, c'est en cherchant à les comprendre et à les
satisfaire, qu'ils auront chance de découvrir quelque chose d'ori-
ginal, ('ne architecture qui sait s'accommoder aux besoins de son
temps n'est jamais ni banale ni insignifiante. Elle eiprime uel ■
407
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX .PUBLICS.
408
que chose, elle a une physionnomie, ce qui est déjà un certain
genre de beauté.
Si nous plaidons ainsi la cause de l'art, si nous voulons qu'il
n'obéisse qu'à ses inspirations, qu'il jouisse de la plus entière
liberté, ne croyez pas que ce soit au détriment de noire science
favorite. Non, Messieurs, l'archéologie du moyen âge sera d'au-
tant plus prospère, elle obtiendra d'autant plus de respect et de
crédit, qu'elle ne se mêlera que de ce qui la regarde. Le plus
sage conseil que vous puissiez lui donner, c'est de se renfermer
dans son domaine, c'est-à-dire dans le champ du passé. Aulo-
risez-la tout au plus à nous prêter son assistance pour la restau-
ration des anciens monuments, et ne la laissez jamais en con-
struire de nouveaux. Que, par exception, dans de rares circon-
stances, elle se fasse comme un jeu d'esprit de présitler à la
construction de quelque oratoire, de quelque chapelle, et par
exemple, qu'elle exhume de la poudre du xni" siècle un plan
pour celte église de pèlerinage, celte Notre- Dame-de-Bon-
Secours, dont le curé, quêteur intrépide, s'acquitte de son apos-
tolat comme s'il était lui-même du siècle de saint Louis, c'est
là une sorte de miracle qui ne saurait tirer à conséquence. Mais
que ces exceptions ne fassent pas coutume : qu'elle reste archéo-
■logie, c'est-à-dire étrangère au monde d'aujourd'hui. Et si dans
quelques-unes de nos villes nous devons voir s'édifier à grands
frais de soi disant copies de chefs- d'oeuvres inimitables, qu'il soit
bien constaté que l'archéologie du moyen âge, telle que vous
l'avez conçue, telle que vous la maintenez, n'a pris aucune part
à cette profanation, et qu'elle n'en est pas plus responsable que
des vieux meubles de moderne fabrique et des armures de carton
qu'on passe au compte du moyen âge dans les boutiques de nos
brocanteurs.
Je m'arrête. Messieurs ; si je me laissais aller à ces idées et à
tous les développements qu'idles comportent, j'abuserais trop
longtemps de votre indulgente attention. Laissez -moi seulement
vous remercier encore, non plus au nom de nos confrères en
archéologie pour les services que nous avons reçus de vous,
mais en mon propre nom pour l'insigne honneur que vous
m'avez fait. En m'appelant celte année à diriger vos travaux, vous
m'avez accordé un droit dont je viens d'user avec toute franchise.
J'ai cru ne pouvoir mieux vous exprimer ma reconnaissance
qu'en pensant tout haut avec vous. Puissent les idées que je vous
ai soumises avoir obtenu votre sympathie ! Puissent-elles éveiller
votre sollicitude !
Je n'aurai pleine confiance au succès de notre cause que lors-
qu'il me sera garanti par la sanction de votre exemple et par
l'autorité de vos paroles.
L. VITET.
Comme on le voit, monsieur, dans cet exposé de principes,
si lucide et si élevé, vous vous êtes donné une mission spé-
ciale, celle de distinguer l'archéologie de l'art, le moyen
âge des temps modernes, l'histoire de ce qui fut, du pro-
gramme de ce qui doit être. La distinction était nécessaire
dans le double intérêt de l'archéologie et de l'art moderne.
Vous parliez à des archéologues ; vous vouliez les engager
à demeurer dans le domaine de l'archéologie et à ne pas
envahir le terrain de l'ait dans le but foi t monotone de semer
le pays d'un grand nombre de défectueux exemplaires de nos
intéressants monuments historiques. Vous leur annonciez
qu'une réaction contre l'archéologie elle même serait l'inévi-
table conséquence d'une pareille tentative.
Mais la Revue, dans laquelle je vous écris, s'adresse aussi
bien et même plus encore aux artistes qu'aux archéologues;
nous avons, par conséquent, non-seulement à défendre la
liberté de l'art avec vous, monsieur, mais à développer un
point de la question générale que votre but spécial vous
commandait de sacrifier; nous parlons de l'influence légitime
que doivent exercer les études archéologiques sur l'art mo-
derne, en raison de sa mission actuelle et prochaine. Pour
déterminer nettement cette mission, nous aurons quelques
considérations préliminaires à vous soumettre; nous vous
demanderons la permission de les renvoyer à notre prochain
numéro, car les proportions de celte lettre sont déjà très-éten-
dues. Alors nous montrerons que l'absence d'unité générale
qu'on reproche à l'art de notre temps est une circonstance
providentielle, et que, sans ce prétendu défaut, l'influence
utile de l'archéologie sur l'art serait impossible.
Nous serions heureux, monsieur, si des idées qui nous
sont chères, parce que pour nous elles sont vraies, obtenaient
l'honneur de votre approbation. C'est dans cette pensée et
cette espérance que nous vous quittons aujourd'hui pour
prochainement vous retrouver.
Veuillez agréer, etc.
César DALY.
ÉCOLE DES BEAUX- ARTS (Paris).
L'art, cette magnifique parole du sentiment humain, ce beau
miroir dans lequel se révèle le monde invisible des épiolions
et de la pensée, est traité d'ordinaire à VÉcole des Beaux-Arts
avec des formes didactiques et prudentes qui semblent calculées
pour rassurer les natures placides contre les dangers des émotions
imprévues. On a bien pu parler quelquefois d'un certain feu sacré
qu'on dit nécessaire pour l'éclosion des grandes conceptions de
l'art ; mais les professeurs de l'école le voilent si parlai lement, le
dérobent si habilement à tous les regards, que nous en étions venus
à classer ce feu dans la catégorie des chimères, avec les araignées
marines, les vaisseaux fantômes, et autres choses merveilleuses
que chacun connaît, mais que personne n'a vues. Aujourd hui
cependant, il nous faut bien convenir de l'existence du feu sacré
à l'école des Beaux- Arts ; nos lecteurs y croiront aussi, a quoique
le fait soit rapporté par un témoin oculaire. »
Le ciel gris et le froid brouillard, qui enveloppent l'enseigne-
ment officiel de l'école depuis si longtemps, ont laissé passer enfln
un rayon de chaleur et de lumière. Chacun s'est épanoui sous l'in-
fluence de ce bienfaisant phénomène, sauf peut-être quelques
natures sibériennes, qui ont si bien contracté l'habitude du froid
et des ténèbres que le soleil lui-même y perdrait son latin.
M. Conslant-Dufeux a ouvert son cours annuel de perspective.
Comme l'an dernier, diiis >a première séance, il a voulu établir
un trait d'union entre tous les artistes de sou auditoire, archi-
tectes, peintres et sculpteurs. Il a failéclore sous les regards des
109
REVUi: DI-: LAHCIIITKCTL'HE ET DES THAVAUX PUBLICS.
410
spectateurs le niagniQque arbre de l'art avec ses diverses branches,
puis il a montré la perspective comme une sève naissante, pas-
sant de rameau en rameau pour redoubler leur puissance et leur
fécondité.
C'était donner à la perspective un aspect nouveau et attrayant,
c'était faire désirer vivement un enseignement qui, d'ordinaire,
n'offre que de l'ennui aux jeunes gens.
Nous ne résumerons par le discours de M. Constant-Dufeux, car
les collaborateurs de cette Revue ont exprimé le désir de le voir
publier en entier dans nos colonnes, et l'honorable professeur
s'est engagé à satisfaire à cette demande. Nos lecteurs jugeront
donc prochainement de la profonde satisfaction que nous avons
dû éprouver d'entendre annoncer, dans des circonstances aussi
ofiBcielles, l'adhésion franche et entière de M. Constant-Dufeux aux
doctrines de la liberté de l'art, doctrines dont il a présenté les
principes généraux avec verve et avec raison.
Mais, si nous attendons pour communiquer à nos lecteurs
l'ensemble du discours de M. ConsUnnl-Dufeux, nous voulons le
féliciter, dès à présent, de la justice rendue par lui au discours
prononcé récemment par M. Vitet. (Voy, col. 402.) Nous lui
devons aussi l'expression de toute notre gratitude pour sa men-
tion si l^ilteuse des travaux d'esthétique et de philosophie de l'art
que. depuis huit années, nous publions dans cette Revue, ainsi
que pour les paroles du sympathie qu'il a trouvées, en parlant
des discours en faveur de la liberté de l'art, prononcés par nous
au récent congrès de Tours.
M. Blouet a ouvert également son cours annuel de théorie d'ar-
chitecture. Nous avions l'intention d'y assister ; une circonstance
imprévue nous en a empêché, à notre très-grand regret.
Ou nous assure que le discours d'ouverture de cette année offrait
un progrès sensible sur celui de l'année passée.
Ce jugement nous semble devoir être juste, car nous entendons
dire que M. Blouet est homme de conscience, et qu'il est animé
d'un désir actif de se rendre digne de ses hautes fonctions. Aussi
lui soumettrons-nous sans réserve une impression que nous ont
produite les séances de son dernier cours, auxquelles nous assis-
tâmes. Nous avons reconnu une probité dintention très-mani-
feste, le désirévident d'apprécier toutes choses avec impartialité ;
mais une telle indécision dans les jugements délinilifs, que nous
nous demandons si c'est la timidité qui nuit à la franche expres-
sion de la pensée du pii)fesseur, ou bien si c'est à une absence
de principes arrêtés qu'il faut l'attribuer. Cette impression ne
nous est pas exclusivement personnelle ; elle est partagée par un
grand nombre d'hommes distingués qui rendent d'ailleurs toute
justice au caractère et aux efforts de M. Blouet.
Nous sommes dans un moment ou l'hésitation est moins que
jamais admissible dans l'enseignement. Si l'on ne reconnaît dans
l'accent et dans les paroles du seul professeur officiel de théorie
d'art qu'il y ait h Paris, le caractère d'un enseignement fondé sur
des principes bien arrêtés, franchement exposés et vigoureuse-
ment soutenus, où l'élève se réfugiera-t-il pour échapper au doute,
pour éviter le despotisme du caprice et de la fantaisie, qui rî^gne
partout où les principes font défaut ?
M. ConsLint-Dufeux avait bien raison de dire que la création
d'une chaire de philosophie de l'art était devenue indispensable.
11 faut en effet que la linnière se fasse dans le dédale des ensei-
gnemenLs fragmentaires qui ne sauraient être trop tôt et trop bien
rattachés les uns aux autres.
Il est indispensable au.ssi de créer à l'école des Beaux-Arts uoe
seconde chaire d'histoire. La première se borne déjk à l'hiatoife
des monuments de l'antiquité, la seconde exposerait l'histoire
monumentale depuis la décadenctt romaine jusqu'à nos jours.
On n'échappera à la tyrannie d<>s sectes et des partis qu'en w^s»-
nisant l'enseignement de l'art sur une échelle asaicz grande pour
({ue, d'un côté, toutes 1rs opinions et toutes les sympathies ae
manifestent librement et s'équilibrent par leur expansion simul-
tanée, et que, de l'autre, tous les styles d'art soient historiquement
expliqués, philosophiquement justiliés et ramenés à l'uuité par h
notion du progrès s'accomplissant sous des formes variées.
CtSAR OALY.
JARDINS D'HIVER DE PARIS ET DE LYON.
A la bonne heure I voici un programme notiveau, un pro-
gramme du XIX' siècle : un jardin sous verre ! les jardins de Sémi-
ramis et d'Armide sont vaincus ; les poètes, les utopistes, les
rêveurs des siècles écoulés sont dépassés par les réalités de cette
année 1847. Aussi les moyens employés sont-iLs e»«ntiellen)eot
les moyens de notre temps ; c'est l'industrie moderne qui les a
fournis ; c'est le fer, la fonte et le verre.
Eh ! il y a bien longtemps qu'on emploie le fer, la fonte et le
verre ; que trouvez-vous là de nouveau ? Peu de chose dans les
matières elles-mêmes, mais beaucoup dans le procédé de kar
fabrication, beaucoup dans le système industriel qui les produit
aujourd'hui et qui les met à la portée de la bourse commune. C'est
en plaçant ces choses importantes dans la circulation générale par
la diminution de leurs prix, qu'on fournil à l'architecture les in»-
tnnnents qui doivent faciUter sa transformation.
Au moyen âge les fenêtres de la plupart des maùsons de nos
cultivateui-s étaient sans vitres; auj<Mird'hui Paris et Lyon ont
leurs palais en verre, leurs jardins d'hiver, [jn jour peut-être les
populations étiolées de nos ateliers et de nos fabriques auront
aussi leur jardin d'hiver. A coup sur c'est beaucoup demander.
mais ne désespérons de rien. Sous l'empereur Justinien. la soie
s'échangeait à Conslantinople contre de l'or, poids pour poids ;
ailleurs la soie v.dait plus que l'or, et récemment, sous l'empire,
les indiennes imprfinées cot'ilaient plits que la soie. Espérons donc.
Depuis que les campagnes versent leurs populations an sein des
villes, celles-ci s'étendent et grandissent indéfiniment. Les jardins
disparaissent, le moellon envahit le sol, l'air, la lumière, et sur-
tout la verdure. En compensation de la verdure d'été, qui nous bit
défaut, nous aurons la verdure d'hiver.
Un Jardin d'hiver est émiuemmentcaractéristique de notre épo-
que -, c'est à la fois une ceuvrc d'industrie manufacturière, une
œuvre d'art et une œuvre de culture.
Un jardin d'hiver est un rendez-vous naturel de plaisir et de
science.
Le Jardin d'hiver de Lyon a été exécuté par M. H. Horeau,
l'auteur du Chdteau-des-Flrurs, de Paris, dont nous avons parié
dans un de nos numéros. On nous a dit beaucoup do bien de
cette composition et on suppose que l'établissement exercera,
pir sa nature même, une heureuse influence sur les habitudes trop
fxclusivement commerciales de la seconde ville du royaume.
M. Horeau est bien homme à mériter mieux encore que ce qu'on
nous a rapporté de lui, et nous féliciterions lj vilio de Paris, ai,
comme le bruit en court, une nouvelle compagnie se décidait à
4H
HEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
m
exécuter un second jardin d'hiver, qu'on placerait au centre de la
capitale, et dont M. Horeau serait l'architecte.
A propos, qui donc est l'auteur du Jardin d'hiver qu'on vier.l
d'achever aux Champs-Elysées ? M. Charpentier, disent les uns.
Du moins est-ce à lui que l'adininistralion de rétablissement
accorde ce titre ? et c'est bien à lui que MM. le préfet du départe-
ment de la Seine, le préfet de la police du royaume, le ministre
de l'Intérieur, voire même la famille royale et peut-être Sa Majesté,
ont adressé leurs félicitations.
On prétend que M. Charpentier doit être décoré pour cette
grande et nouvelle composition.
Mais voici que surgit un autre prétendant. M. Meynadier, l'au-
teur d'un travail important sur un projet d'Opéra publié dans
cette Revue, mais dont il nous a été impossible de donner la fin.
parce que, malgré tous nos efforts, nous n'avons jamais pu l'ob-
tenir de notre collaborateur ; M. Meynadier réclame pour lui
l'honneur de la pensée du Jardin d'hiver des Champs-Elysées,
l'honneur de son plan général, l'honneur d'en avoir commencé
l'exécution. M. Meynadier n'accorde à M. Charpentier que d'avoir
obéi aux inspirations venues du ciel à travers son esprit à lui,
M. Meynadier. Tout au plus accorde-t-il que M. Charpentier ait
modifié quelques menus détails, qu'il aurait mieux fait, prétend-
il, de respecter.
Qu'en est-il ?
M. Meynadier annonce un livre plein de révélations instruc-
tives ; un scandale à grossir le volume de tous les autres scan-
dales. M. Charpentier sans doute défendra ce qu'on attaque,
c'est-à-dire, sa dignité, et plus que sa dignité, son honneur
et la bonne renommée du corps des architectes, toujours
grandie ou diminuée par les succès ou les échecs de chacun de ses
membres.
En attendant, M. Meynadier trouve des alliés. M. Ciceri, fils du
célèbre décorateur, et dont le mérite personnel ajoute au relief
que lui donne son nom, vient d'adresser à M. Meynadier la lettre
que voici :
Lettre de M. E. Ciceri à M. H. Meynadier, de Flamalem, auteur
de Plans et Projets du Jardin d'hiver.
« J'ai été ces jours-ci au Jardin d'hiver, où l'Administration
» m'a fait appeler, pour aviser à l'exécution d'un des grands
I) rideaux dont vous m'aviez parlé au mois de février dernier,
» lorsque je fis le lavis de la vue générale de cet édifice dont vous
» aviez composé tous les plans.
» C'est avec franchise que je vous avoue qu'en entrant dans
B ce grand vaisseau j'ai été saisi en raconnaissant toutes les dispo-
» sitions générales du projet dont vous aviez commencé la mi.se
» en œuvre, après les études si consciencieuses auxquelles je vous
» ai vu livré.
» C'est votre œuvre réalisée, à part quelques détails qui ne chan-
» gent rien au principe de votre grande et belle conception, dont
» l'aspect m'a péniblement ému, en pensant qu'on veut vous priver
» de l'honneur qui vous est si justement acquis.
a Mes regrets et l'assurance de mon bien sincère attache-
» ment.
B Ernest CICERI. »
En outre de cette lettre, M. Meynadier nous a envoyé une
immense lithographie représentant le Jardin d'hiver projeté par
lui, et dont l'exécution fut commencée sous sa direction.
Nous devons convenir qu'entre cette lithographie et le Jardin
d'hiver de M. Charpentier, la ressemblance est assez grande pour
laisser supposer, au premier regard, que l'une est le portrait de
l'autre.
Mais nous ne jugeons rien, nous ne préjugeons rien ; disons
plus, nous désirons vivement que notre confrère M. Charpentier
fasse luire un jour assez éclatant pour dissiper tous les mauvais
soupçons, et pour prouver qu'en le comptant parmi les che-
valiers de la Légion-d'Honneur, on ne lui rendra qu'un juste
hommage.
MÉDAILLE ROYALE DE L'INSTITUT DES ARCHITECTES
BRITANNIQL-ES.
(Un bel exemple de libéralité.)
Le génie n'a pas de nationalité. Les découvertes des Colomb,
des Vasco de Gama et des Cook ; les travaux des Platon, des
Copernic et des Newton; les inventions des Papin, des Watt et
des Fulton ; les poëmes d'Homère et de Virgile, du Dante et de
Milton ; les chefs-d'œuvre de Phidias, de Libergier et de Raphaël
n'appartiennent en propre ni à la Grèce, ni à l'Italie, ni à la
France, ni à aucun autre pays.
Le génie engendre les grandes choses, et c'est le monde qui en
hérite, l'humanité entière qui en profite.
Tous les pays, toutes les générations sont redevables aux grands
hommes, qui prouvent la solidarité des peuples et des siècles en
répandant leurs bienfaits sur tous.
L'Institut des architectes britanniques vient de se montrer
pénétré de cette grande notion de la solidarité, et il a voulu y
rendre un hommage solennel en décernant chaque année sa .
médaille royale, non pas à l'artiste ou au savant anglais, mais
à Vartiste ou au savant de n'importe quels pays qui aura le plus
contribué à faire progresser l'architecture et les sciences qui
en dépendent, soit par des œuvres bâties, soit par des écrits
importants.
Cette initiative était digne d'un grand peuple, digne d'une
réunion d'artistes éminents, digne d'un corps aussi distingué que
['Institut des architectes britanniques.
Une si belle pensée eût honoré la France, le pays sociable
par excellence, le pays que tout étranger classe comme le second
du monde, le sien, comme de juste, passant toujours pour le
premier.
Rendre un juste hommage au génie et au talent éminent, n'im-
porte son origine, est si bien d'accord avec l'instinct généreux de
la France, que nous ne doutons pas que l'exemple de Vlnstitut
britannique ne soit imité chez nous (1).
Voici une lettre olïïcielle que nous adresse l'honorable M. T. L.
(1) On nous annonce à l'instant que la Société centrale des arehitectet
français veut rivaliser avec nos voisins d'outre-Manche en justice et en li-
béralité. La Société veut décerner aussi une médaille d'honneur à ceux qui
auront contribué au développement de l'architecture, et pas plus que Flnstitut
brita)inique la Société des architecles français ne veut laisser aveugler sa
justice par des préjugés de pays ou d'origine. A la bonne heure! voilà di^
luUes dignes d'un siècle éclairé et qui honorent tous ceux qui y prennent
part.
413
REVUE DE LAH(:iim:(>TLIlE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
4U
DonaldsoD, secrétaire de la correspondance étrangère de l'Institut
britannique.
MONSIF.DR,
J'ai l'honneur de vous envoyer par l'ordre du conseil une réso-
lution inscrite ici bas.
Ce sera avec plaisir que le Conseil recevra, le plus tôt qu'il vous
sera possible, les communications qui pourront, à votre avis,
tendre à effectuer les nobles intentions de leur Souveraine.
Croyez-moi, monsieur et confrère, avec estime et considération,
votre très-dévoué serviteur et ami.
T. L. DONALDSON.
Secrétaire de I» correupuiidance (étrangère.
Correspondant de l'In^ititut royal de France.
Extrait des délibératiom de la séance ordinaire de l'Imtilut
des archilectei britanniques, tenue lundi, 26 avril 1847.
< La résolution suivante fut prise à l'égard de la médaille
royale.
» Sa Majesté ayant bien voulu accorder à l'Institut la permission
de décerner à tout architecte ou à tout homme de science, de quel-
que piiys ((u'il soit, qui aura exécuté ou dessiné un édifice de grand
mérite, ou qui aura produit un ouvrage tendant à avancer ou à
fariliter la connaissance de l'arciiiteclure ou des sciences qui en
font partie, le conseil commencera au mois de janvier 18'»8 à
prendre en considération l'adjudication de la médaille royale. »
ENCORE LES PIÉDESTAUX-BARRAQUES DU PONT
DU CARROUSEL.
Monsieur,
La Revue de l'architecture a déjà quelque peu critiqué les pié-
destaux-barraqucs dont on a si malencontreusement llanqué les
abords du pont du Carrousel, et uo^is nous en serions tenu à ses
observations si l'on n'eût tout récemment mis le comble au ridi-
cule en affublant l'entrée de ces bureaux d'un auvent sphéroïde
eo toile sur carcasse en fer, qui leur donne la mine d'échoppes
de ravaudeuses.
Examinons d'abord l'affaire ab ovo et recherchons Vidée-mère
de celle œuvre d'art.
Il fallait des bureaux pour la recette du péage, et l'on érige des
piédestaux. S'il eût fallu des piédestaux, on eût donc construit des
bureaux. L'amour des pièces de cinq centimes exigeait l'un ; la
manie du monumentalisme réclamait l'autre. Dans l'embarras du
choix, la compagnie a trouvé une fusion miriUque en coulant en
métal les bureaux.
Fort bien, mais il fallait les coiffer d'énormes statues en pierre.
La ville de Paris, trop heureuse d'hériter de si belles choses,
au bout d'un siècle et sans bourse délier, a laissé faire ; peut-être
même a-t-elle donné le programme. Or, examinons. Il est de
principe, en fait d'art, que la forme d'un édifice accuse sa desti-
nation ; il est môme bon que la couleur indique la matière em-
ployée. Les pUdestuHX-cabanes du pont du Carrousel ne sont
donc pas ti-ès-orthodoxes, comme on voit. Vus extérieurement,
ils ont bien l'air de piédestaux, mais ce sont des bureaux. Les
côtés regardant le pout ont des airs de bureau, mais les faces
appartiennent à des piédestaux. La couleur et la forme aunoucent
de la pierre, c'est du fer.
Si du moins on eût coulé en foote les statues, oo n'eût pas été
obligé de peindre en couleur de pierre les boreaui-supports qui
sont en fer, sauf à changer la nua'ice de la couleur à mesure que
le temps aura modifié le ton de la pierre des statues.
En vérité, déguiser pour déguiser, il eût mieux valu peiadfe
les statues en fer ainsi que le piédestal ; le mensonge n'eût pas
été plus grand et l'harmonie y eût gagné.
En faisant le tout en foute, le tout eût été peifil d'une couleur
analogue à la balustrade et aux arcs du pont avec lesquels oo se
fût parfailement accordé. — Nous dira-t-on qu'on a voulu se
I accorder avec le parapet du quai qui est en pinre ? Mais les
lignes de celui-ci ne se raccurdeol avec aucune des ligues des
piédestaux.
Voyez où mène une première faute 1 On a eu la malbeurense
idée de faire passer de la fonte pour de la pierre. Il ne (allait pour
cela qu'un peu de peinture. Ce procédé est si simple ; pourquoi
ne pas en user toutes les fois que des matières liétérogèoes vieo»
nent troubler la majestueuse monotonie d'uie compositioo ! Le
bureau-piédestal avait besoin d'un auvent, on le fera eo toile
avec des appendices, des rideaux, des cordes, des glands ; puis,
moyennant une bonne couche de peinture, on en fera de la pierre,
pierre de roche, de liais, de ianlabie, ce qu'on voudra eniiu.
L'industrie semble s'être enrichie d'un nouveau produit, de la
toile et de la passementerie eu pierre presque aussi flexible qu'un
tissu végétal. Les anciens avaient bien de la toile damianthe,
notre siècle a bien créé des étoffes de verre ; pourquoi n'aurions-
nous pas de la toile de pierre 7
Que dirons-nous aussi des tuyaux de poêle qui sortent du socle
des piéde-sUux de fonte pétrifiée, et qui s'élancent vers le ciel apris
avoir décrit plusieurs coudes ? C'est encore là une des cuo^
quences de la forme de piédestal adoptée pour des bureaui. Eo
allant droit au but, c'est-à-dire en donnant à ces constructions
la forme d'un habitacle et non celle d'un support, le tuyau du
poêle, partant du milieu du comble, eût pu devenir un motif
(le décoration. Mais, d'après le parti pris, on n'a guère d'autre
ressource, pour dissimuler le tuyau, que de faire sortir la bmiée
par la bouche des statues qu'on lu'merait d'un tube de bronze en
forme de cigare. Cet ajustement pittoresque symboliserait i mer-
veille le goût ullra-tabachique de notre époque.
Veuillez agréer, etc.
ÉCOLE .MARITIME DU CO.MMERCE A PARIS.
Nous venons de voir une gravure dont le dessin doit exciter le
plus vif intérêt : c'est une frégate, placée sur la Seine, ns-à-rà
le Champ-de-Mars. D'après les explications qu'on a bien voulu
nous donner^ cette gravure représente le bâtiment à bord duquel
un capitaine du Havre, M. Lallier, veut établir une école des-
tinée à former des oQiciers pour la marine marchande. Ce sen
un spéciale curieux et nouveau que la silhouette lointaine de
celte frégate élancée, avec ses sabords, ses canons, ses batteries,
et surtout avec sa mâture élevée, armée de cordages, de vergues
et de voiles déployées. Nous avons déjà sur notre tkuve des ponts
historiques et suspehdui, des baius renommés, des écoles es
uatatiou plemes de couforl et d'élégance, des hiHtun k vapeur, et
des myriades de canots ou de yoles légères ; mais un navire de
415
HKVLE DE LAUCllITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
4HÎ
guerre ayant reçu le baptême de l'eau salée, mouillé et embossé
avec ses chaînes et sur ses ancres le long de nos quais pacifiques,
c'est une véritable conquête dont Paris doit être d'autant plus
lier que le champ de son écu porte un vaisseau avec celle magni-
fique devise : Dieu le conduira.
A bord de la frégate-école, vaste, bien aérée, réunissant toutes
les conditions d'hygiène el de salubrité nécessaire à la santé des
élèves, seront enseignées pur des professeurs choisis toutes les
sciences utiles et spéciales à la navigation : mathématiques, hydro-
graphie, dessin, histoire naturelle, langues étrangères, etc. : voilîi
pour la théorie.
Quant à la pratique et à l'exercice gymnastique des manœuvres,
la scène change, et c'est dans un port de mer, au Havre, qu'il faut
suivre les élèves de M. Lallier. Sur un brick armé tt spalmé
pour la haute mer et le sillage de l'Atlantique, les théoriciens
seront rompus aux évolutions navales et à tous les secrets du
métier.
Afin de rendre son système complet, et d'être à la hauteur des
idées progressives de l'époque, M. Lallier a eu l'heureuse concep-
tion d'annexer aux deux navires à voiles un bateau à vapeur. Ce
bateau à vapeur sera l'objet d'une étude pleine d'intérêt pour les
apprentis marins qui apprendront à devenir mécaniciens el ingé-
nieurs, aptes à conduire et à diriger cette force merveilleuse qui
transforme aujourd'hui nos voies de communication.
Par ce rapide aperçu, nos lecteurs apprécieront les bienfaits
et les conséquences du plan conçu par M. Lallier, relativement
à notre puissance navale el à l'avenir de notre commerce. Aussi
les plus hautes notabilités de notre France ont placé l'école nou-
velle sous leur patronage. M. le ministre de la Marine, avec ce
noble empressement qui l'entraîne vers .toutes les améliorations
utiles à son déparlement, la couvre de sa protection bienveil-
lante ; et, nouveau Colbert, cet administrateur infatigable atta-
chera le nom illustre de Montebello à l'une de nos belles institu-
tions maritimes.
DÉGOUWRTES ARCHÉOLOGIQUES DANS PARIS.
En examinant de vieux parchemins du moyen âge, on a plus
d'une fois découvert, sous l'écriture de quelque moine, les traces
presque effacées d'un fragment littéraire de l'antiquité. Ces pa-
limpsestes ont toujours eu le don d'exciter à un haut degré l'intérêt
et la curiosité des savants.
Mais que sont toutes nos anciennes villes, sinon de gigantes-
ques palimpsestes où l'art a écrit l'histoire contemporaine avec la
pierre, le marbre et le métal ? Et lorsque, sous prétexte d'aligne-
ment ou de percement de rues, nos vieilles cités viennent à effacer
une page de l'écriture moderne qui les recouvre, ne voit-on pas
surgir aussitôt l'écriture féodale, elle-même transpercée par les
caractères romains qu'elle surchargeait ?
Celle idée nous vient à l'occasion d'une lettre que nous recevons
de notre ancien collaborateur, M. Albert Lenoir, qui poursuit ses
recherches archéologiques dans Paris avec un succès toujours
croissant.
Mon cker Daly,
Les découvertes d'antiquités romaines et du moyen âge se
multiplient rapidement à Paris depuis quelques semaines. Après
les fouilles intéressantes et si riches en documents précieux pour
riiistoire de la cité, qui, pendant plus d'un mois, ont attiré la
foule au Parois-Notre-Dame, celles que nécessite le projet d'iso-
lement et d'agrandissement du Palais de justice viennent aujour-
d'hui fournir leur contingent de renseignements archéologi-
ques : on y rencontre murailles, médailles et poteries romaines,
puis la couche du moyen âge, présentant les mêmes éléments
d'étude, se trouve étendue sur celle de l'antiquité païenne. Le
percement de la r;ie Soufilot, après avoir fait connaître de
curieux détails du couvent des Jacobins, qu'elle traverse entière-
ment, vient de donner lieu à la découverte d'une construction
romaine qui paraît avoir été fort étendue el dont on ignorait entiè-
rement l'existence. Au pied de ces murs on a trouvé de nombreux
fragments de marbre, des antefixes, et plus d'une médaille du
haut empire.
Tout à vous.
Albert LENOIR.
LE CONGRÈS DE TOURS.
M. l'abbé Bourassé, qui s'occupe d'archéologie à Tours, vient
d'adresser une lettre à monsieur le directeur des Annales archéo-
logiques. M. l'abbé Bourassé voudrait faire considérer sa lettre
comme offrant sinon un compte rendu détaillé, du moins un fidèle
reflet des séances du Congrès de Tours. Nous n'avons ni l'espace,
ni le loisir de montrer dans ce numéro que M. l'abbé a fort mal
réfléchi avant d'écrire, el tout aussi mal pendant qu'il écrivait ;
mais ce n'est que partie remise.
NECROLOGIE.
Nous avons encore la douleur d'enregistrer le décès d'un jeune
architecte.
Tout dernièrement, c'était M. Frissard qu'une locomotive frap-
pait à mort. M. Frissard, fils d'un ingénieur auquel le Havre doit
une grande reconnaissance, n'avait guère plus de vingt-cinq ans,
el il était attaché, depuis quelque temps, aux travaux du chemin
de fer d'Amiens à Boulogne, exécuté par les soins de l'éminent
ingénieur M. Bazaine.
Aujourd'hui, c'est M. Edmond Preslat qui nous est enlevé.
M. Preslat, ancien élève de M. Duban, était employé au chemin de
fer d'Avignon à Marseille; il pouvait avoir de 3,'i à M ans. L'avenir
lui souriait ; tout semblait lui promettre une belle carrière, quand
la mort l'a atteint. C'est une maladie de poitrine qui nous a enlevé
noire jeune confrère, que Nîmes a vu mourir.
Petite Correspondance.
— M. B., à Aux. Votre lettre est très-intéressante. Il serait boa
de la publier avec ou sans nom d'auteur. Dites quelle est votre
décision sur ce point. Les chenaux des deux maisons désignées
seront visités, et votre dessin sera publié prochainement. Quant
au n" de janvier (l'"' n° du 7« volume), il fut remis le 29 mars
dernier chez le correspondant désigné par vous (M. B., rue du
Petit Carreau, n" 10). Nous avons pris note de votre demande
pour notre 8« volume.
— M, D. UE B., à Chartres. Vous paraîtrez dans le prochain
numéro. Amitiés.
— M. P. R., à Athènes. Les instructions pour les artistes qui
veulent visiter la Grèce, et le travail sur l'Erecthe'ion paraîtront
très-prochainement. Merci de votre communication, et encore
merci de votre aimable exactitude.
— A Plusieurs. Patience, les communications paraîtront en leur
temps. Les livres seront examinés.
César DALY,
Directeur et rédacteur ct> cluf,
uiemLre de rAcadémie royale des Beaux-Arts de Stucktioliu, de i'iusutut
royal des Arebilecles brllanniques, tic, etc.
iiui*. de L. TOtNO.N el (>. » Sjiu(-ûeiiii.jui.
/ii:
IIKVIJB DE l/AHCHmCCriiUK KT DKS TKAVAUX PUBLICS.
&18
PANORAMA DKGYPTK ET DE NUBIE.
SOMMAIBE. — I/Ëgyptc vue pur les yeux d'un Franfait il ; a moins de cent
ans. — Ce que rappelle l'Égyplc. — De» auteurs qui «ni dtcrii l'Éftypte. —
Un original. — Punoraina d'I^gyple l^ée Nul>ie. — En ahardaat en Égrplc
on trouve de loul, excepté de l'IiRyplien. — Ce que nous verrons en Tisllant
l'Egypte. — Alexandrie autrefois et Alexandrie aujourd'hui. — Une me du
Caire. — La vie sur la rive droite du Nil, la mort sur la rive gauche. —
Lorsqu'on parlo de l'Egypte, on en voit les pyramides. — Qu'est-ce que les
pyramides? — Ce que l'hnc ignorait et ce que nous savons. — I,a plus vieille
iVriliire ™nnuo. — Dimensions de la grande pyramide. — Ce qu'on voit de son
soiiiinet dans son intérieur. — l'réeaulions d'un voyageur qui veut remonter
le Nil. — La dernière pyramide. — Le l'ayoum. - Le lac Mœris. — Le temple
de Oenderah.
Il y n moins d'un siècle que, pour la plupart des Européens.
l'Egypte était encore le pays de l'inconnu et du terrible, le pays
des tombeaux, des monuments souterrains et des pyramides;
(^'était une contrée peuplée de sphinx gigantesques, sombres el
muets, et d« momies qui avaient vu s'évaporer les dernières
eaux du déluge. C'était enfin le pays du mystère.
C'est que l'i-'gyplc était plus connue par les traditions que
par l'observation directe. .Uors les excursions lointaines présen-
taient de grandes difticultés, nécessitaient devises dépenses,
et le plus souvent ex|)osaient à de sérieux dangers. Ix-s esprits
curieux ne trouvaient pas, comme aujourd'hui, au port du
départ, des bateaux à vapeur toujours prêts ti franchir la Médi-
terranée, bon gré, mal gré les vente, et, à l'arrivée, des consuls
toujours disposés à protéger leurs nationaux. C'est aOssi qu'alors,
<!omme à présent, le nom do l'Egypte se mêlait à tous les grands
souvenirs de l'histoire de la terre, à toutes les traditions loin-
laines. C'était là qu'on cherchait la source du fleuve civilisateur
(jui avait versé ses eaux fécondantes sur l'Europe; c'était lit que
le peuple d'Israël avait grandi dans lu souffrance, là que pour
la iircmière fois les hommes entendirent proclamer le nom de
.léhovah, du Dieu unique. C'était encore là que douze sit^cles
plus tard, Joseph et .Marie s'étaient réfugiés avec l'enfant qu'a-
doi*o aujourd'hui le monde civilisé ; là encore que les succes-
.seurs immédiats de Mahomet s'étaient concentrés un moment
avant de s'élancer avec une énergie sauvage sur l'Europe el sur
t'.\sie. Les échos de l'Egypte avaient été réveillés par les cris
de guerre de saint Louis, comme depuis ils ont répondu au
grondement du canon de Bonaparte.
\ toutes les grandes épo(|ues de l'histoire, l'Egypte se dresse
sous les regards : tout au fond des siècles, avec $<.-s Pharaons.
ses castes, .ses richeues, ta trislene et ton immobilité ; à l'au-
rore du christianisme, avec Mkoioines fasatiques et ses philo-
sophes célèbres, et au moyen ifje avec les croisades. Aujourd'hui
encore nous voyons ses énergiques efforts pour s'apitroprier le»
modernes découvertes de la science el de l'industrie.
L'Egypte II toujours attiré les regards des grand; homroea, et
depuis les temps les plus reculés, les conquérants chargés par
la Providence de concourir à la r/)nstitutioo de l'unité maté-
rielle du monde ont tous foub'; cette terre consacrée.
Située entre l'Occident et l'Orient, dont elle forme le lien
commun, l'I-^gypte est l'intermétliaire naturel de l'Europe et
de l'Inde, et, à ce titre, elle se rattache aux plus important*
intérêts politiques actuels.
Pour l'artiste et l'historien, comme pour le philoso|riie et
l'homme politique, l'I-^pte est donc une source intarissable
d'études el de réflexions. .Vussi tout ouvrage consciencieux sur
Cette contrée est-il assuré de rencontrer des lecteurs emprettés.
Les premiers écrits publiés à la suite de l'expédition fran<iiae
en Egypte furent accueillis avec une vive curiosité et un iniéfM
extrême. Jusqu'alors on avait dii se contenter des incroyables
histoires du voyageur Lucas, digne<-muledu luiron Munrhhausen,
des écrits de Kircher, de Niebuhr. de Ker Porter, etc., que
nous ne devrions peut-être pas abaisser aa point de lesiffer à
cùté de Luca.s. Aussi l'ouvrage de Denon fut-il revu avee ooe
espèce de transport et rapidement traduit en plusieurs langues,
cat le plus grand ouvrage otticiel sur l'Egypte ne se publiait
qu'avec la lenteur inhérente aux mouvements d'un tel oolotse.
Depuis lors, bon nombre de savants ont visité l'Egypte et
contribué à nous la rendre plus familière, sans que cette plus
intime connaissance l'ail dépouillée cependant ni de sa grandeur,
ni même entièrement de son canictèrc mystérieux. Nous ne
citerons pas les travaux des Champollion, des Young, desLenor-
mand, des Letronne, des lielzoni, des Rosellini, des Wilkinson,
des Wyse, etc., etc.; mais nous arriverons immédiatement à
l'ouvrage d'un architecte distingué, M. H. Horeau, qui sera
l'objet spécial de cet écrit.
Grâce à l'influence de la mode, du Ion et de certaines con-
ventions sociales, la plupart des hommes se ressemblent; on
dirait des épreuves sorties d'un même moule. Tous ceux qui se
permettent de s'individualiser quelque peu sont qualifiés d'ort-
ginaux. Voriginalilé n'est pas précisément un titre d'exclusion,
puisque la plupart du temps ce sont les origintÊt» qui jettent
dans les relations et les causeries l'inattendu qui chasse l'ennui,
l'imprévu qui fait réfléchir ou rire; nais pour le gros du trou-
peau, l'homme doué iïorigiiujité est class»- parmi les suspects,
comme ami du droit de libre examen et de beaucoup d'autres
libertés, toutes choses qui frisent l'indiscipline et le mépris 4e
la routine.
Mw Horeau in>us \uïM quelque j>eu «nLu ■!<- <• ... •^fimatiff, car,
de» son jeune Age, sa gourmande intelligence allait marautler et
butiner en dehors des limites tracées par ses classiqap maîtres
de rinslilut; jeune énoorc, il a>-ait parcouru quelques-ooes
des principales contn^s de l'Europe, interrogeant et cherrinat
aliment pour son esprit et s««s crayons. Mais enfin de t^ye part
enlacé jwr les mille liem qui ixent dans un lieu l'arrhilerle
livré à la pnilifue de son art, il semblait que nom confrèfe
.tvait délinttivement renoncé aux pérégrinations lointaines, i
celles du moins qui pou^-aient le retenir longtemps absent de
T. ïil. 27
il9
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
Zi20
Paris. Non point qu'il acceptât les plaines de Saint-Denis et de
Vaugirard pour les bornes de son horizon, car les pays qu'il
avait visités il les avait adoptés, et, dans les projets qu'il amon-
celait avec cette activité presque fébrile qui le caractérise, il y
en avait pour l'Angleterre et pour la Belgique aussi bien que
pour la France. A côté d'un marché pour Versailles, vous verrez
chez lui un pont pour Constantinople, une place publique pour
Bruxelles, un jardin des fleurs pour Lyon. M. Horeau travaillait,
comme on voit, pour l'Europe.
Un jour cependant, le brouillard qui avait limité cet immense
champ de manœuvres artistiques se déchira et laissa entrevoir
la terre d'Egypte au delà de la Méditei'ranée. Mchemet-Ali lui
apparut en vision, et il entendit parler des efforts de ce grand
homme pour doter l'Egypte des conquêtes de la civilisation
européenne. Pharaon et Mehemet-Ali, les pyramides et les mos-
quées ; du très vieux, du moyen âge et du nouveau, tout cela
était bon à voir, à connaître. M. Horeau se mit en route.
Il visita la basse et la haute Egypte; il pénétra en Nubie; il
observa, il écrivit, il crayonna. De retour à Paris, il organisa un
atelier de gravure sur bois et sur métal ; il fit de son apparte-
ment un chantier de travail, et voici qu'il nous vient livrer un
volume de près d'un mètre de superficie, dans lequel il décrit
ses impressions de voyage, nous initie à ses études égyptiennes
et nous communique son portefeuille.
Le « Panorama de l'Egypte et de la Nubie » nous donne des
dessins de constructions arabes et de monuments antiques,
de ruines telles qu'on les voit et de restaurations telles que
M. Horeau les a rêvées en se faisant le plus vieux et le plus
Égyptien possible. En tête du volume figure le portrait de
Mehemet-Ali. C'est un hommage rendu à l'actualité, mais ce
n'est que l'introduction au Panorama, qui commence par une
vue à vol d'oiseau de toute TÉgypte et du nord de la Nubie,
depuis Alexandrie jusqu'à la deuxième cataracte. C'est une carte
pittoresque de l'ensemble de la contrée visitée par M. Horeau.
On y distingue Alexandrie, le Caire, les grandes pyramides, les
ruines de la Thébaïde, les temples d'ibsamboul, etc. M. Horeau
conduit son lecteur devant tous les monuments célèbres de la
célèbre vallée du Nil, et clôt son œuvre par un second pano-
rama ou carte pittoresque donnant une revue rétrospective de
tous les lieux décrits par lui.
En abordant l'Egypte par le nord, du côté de la Méditerranée,
on rencontre plus de constructions arabes et de vestiges grecs
et romains que de souvenirs égyptiens, car c'est par le nord
que tous les grands conquérants ont successivement pénétr en
Egypte; c'est par le nord du pays qu'ils se rattachaient le plus
directement à leur point de départ; c'est donc sur ces rives
qu'ils se sont établis le plus volontiers, et les Perses, les Grecs,
les Romains, les Arabes, les Turcs et les Français ont formé
comme une couche épaisse d'alluvion sur le sol primitif du
Delta. Tour à tour chacun a marqué de son empreinte cette
terre historique en effaçant plus ou moins les traces laissées par
ses devanciers. Actuellement les souvenirs les plus nombreux,
semés par ces caravanes, sont ceux des Arabes.
Ce q^lange de monuments arabes et égyptiens n'est pas sans
charmes. Après avoir visité et admiré la grâce et la légèreté de
certains édifices du Caire (voy. la vue de la grande rue du Caire,
pi. 30, la cour de la mosquée El Moyed, pi. 31, et ia fontaine,
pi. sa), on n'est que plus vivement impressionné à l'aspect des
grandes pyramides de Gyseli. Au sortir des vastes catacombes
de la chaîne libyque, les arabesques et les entrelacs des monu-
ments de Montfallout (voy. pt. 3i) et de Syout n'en sont que
plus légers cl plus souples. On arrive ainsi bien préparé de^'ant
les murailles de Karnac, bien disposé pour apprécier les majes-
tueuses proportions de la salle hypostyle {pi. 32), et les belles
et simples lignes du temple de Khons [pi. 33].
Nous ne suivrons point M. Horeau pas à pas dans son artis-
tiqme pèlerimage, mais nous regarderons en passant quelques-
unes de «es constructions arabes si merveilleuses de grâce et
de légieceifé. Nous nous aiTêterons aussi devant les imposantes
ruines 'ée '.girès et de granit, qui ont le plu« impressionné notre
voya'goui : ;i Dendcrah, que nous avons dépouillé de son zodia-
que; à Karnac (voy. pi. 32, 33, 36 et 37), dont le nom rappelle
un des plus curieux monuments de nos ancêtres gaulois; à
Luxor, que nous avons privé, à grands frais, d'un de ses obélis-
ques, après avoir honni lord Elgin de son enlèvement des bas-
reliefs du Parthénon; à Philœ [pi. 35, 38 et hZ], l'île sacrée où
les prêtres seuls avaient accès; à Ibsaraboul [pi. 39 et 40),
dont les temples taillés dans le roc sont heureusement assurés
contre les entreprises des collecteurs d'antiquités.
Alexandrie garde encore sa fameuse colonne. La conservera-
t-elle longtemps ? On prétend que le pacha actuel en a fait don
à l'Angleterre. En 6/iO, lors de la prise d'.\lexandrie par le chef
arabe Omar, cette ville comptait quatre mille palais, quatre
mille bains, quatre cents édifices publics, douze mille magasins,
une bibliothèque sans pareille, etc., etc. Mais de tout cela que
restc-t-il aujourd'hui? Un souvenir et un regret.
Mais passons au Caire, la ville arabe, la ville des Mille et une
nuits.
M. Horeau a dessiné une vue d'une des deux principales rues
du Caire, la grande rue du Moristan [pi. 30). Des mosquées,
des fontaines, des okels, des bazars et des boutiques de toute
nature ornent, dit-il, cette rue où s'agite une population de
Turcs, d'Arabes, de Cophtes et de Juifs.
« Le bariolage des différents costumes; ces seigneurs sur des
chevaux richdShent caparaçonnés, précédés de coureurs qui
leur ouvrent un passage au milieu de la foule; ces femmes à
âne, il califourchon sur de hautes selles, pour éviter le contact
des passants; ces distributeurs d'eau, ces divers marchands, ces
crieurs qui vendent à l'encan en courant les rues ; ces musiciens,
ces narrateurs d'histoires dans les cafés; ces caravanes qui par-
tent et qui arrivent des divers points de l'Afrique ; ces riches
mosquées à coupoles hardies; ces minarets si gracieux, si élé-
gants : tout cela donne au Caire un aspect extraordinaire.
» La vue de la rwe du Moristan représente, à gauche, une
partie de la magnifique mosquée Kaloum ou grand Moristan
(hôpital), construit en 1319 par Kaloum, qui, ayant recouvré
la santé au Moristan de Damas, en Syrie, fit vœu de construire
un semblable Moristan au Caire.
» Ce superbe monument contient à la fois un hôpital pour
les deux sexes, une mosquée et le tombeau de Kaloum, qui
est sous le dôme, près le minaret, qu'on aperçoit dans le fond
du dessin. »
Dans notre vol. 5'', col. hQ, nous avons donné une vue inté-
rieure de cette mosquée.
La pi. 31 représente la cour de la mosquée El Moyed, monu-
ment de l'architecture ogivale des Arabes. La cour est entourée
421
HEVUE I)K L'AUCHITEi
TRAVAUX PUBLICS.
422
d'un (luubitt portique. /ÊtrtÊlÉtÊt, on voit la fontaine aux at)lu-
tions. Dans notre premier volume {pi. 6), nous avons montré
la font*iin<! aux abhitjoiis de la mo<É|ué« «le Sainte-Sophie, à
Constantitiople. Elle diffère notjiblement de celle-ci, qui est
abritée par un petit paviUon et ombragée d'un sycomore.
I>es Arabes passons aux Égyptiens.
Le Caire s'afjite sur la rive droite du Nil, les fjrandes pyra-
mides dorment sur la rive yauehe. Ici tout est bruyant, animé,
festonné, âéeovpé, colorié; là tout est silencieux, morne, rigide,
grand et sévère. Au flaire, c'est la vie rfvec ses mou\'ement9
et ses transiormations; aux pyramides, c'fcst la mort, avec son
repfts et son immobilité. *
Lorsqu'on parle de pyramides, on pense à l'Égyfjte. Il y a des
pyramides cependant dans presque toutes les parties du monde.
La pyramide est la forme architectoni(iue la plus ancienne;
on la rencontre chez tous les peuples primitifs et puissants. Lji
pyramide est le tombeau, l'autel et le monument commémo-
ratif des plus anciens peuples.
Qu'est-ce que les grandes pyramides de l'Egypte?
A quelle époque et par qui furent-elles bâties?
On a publié des volumes j)our résoudre ces questions, des
volumes de science et de folie. Suivant certains, c'étaient les
greniers de .loseph ; suivant d'autres, c'étaient des instruments
astronomiques. In troisième y voit de» barrières destinées à
abriter la vallée plantureuse du Nil contre les envahissements
des sables du désert; ui* quatrième a prétendu que les pyra-
mides étaient simplement des symboles du principe femelle,
des monuments religieux appartenant au culte des énergies de
la nature, culte dont les travaux se retrouvent aujourd'hui dans
rin<lc, chez les adorateurs du lingam ou du principe mâle.
IJien que plus vieux de 1800 années que Pline, et beaucoup
moins riches que lui en documents historiques; bien que de son
temps l'intelligence des hiéroglyphes ne fût pas encore perdue,
et que la ni'ci'ssiti' di- I.i ri'innv l'cr ait jeté siiv la route des his-
toriens modi'iiH's un iilisi;i('.' i{iii parut liiiiu:i(!ii]is insurmon-
table,.cependant, il relie lu M ire. iiiiu-^ >oii]iiie , plu^ ivaiicés que
ne le fut Pline, qui dit que c'est justice «jue les noms de ceux
qui firent exécuter ces monuments de vanité (les pyramides)
soient effacé» dte ku mémoire des hommes.
Pline ne connaii»ait pas les auteurs des pyramides de (iyseh :
nous, nous les connaissons ; nous les connaissons à n'en plus
douter.
Ces pyramides étamit des tomôeàux, et les noms de leurs
auteurs sont échapp/ l'oubli on ils étaient demeurés
ensevelis depui^pn; u lie ans.
Hérodote {liv. il, ch. f 26) les avait rapportés, Diodore de Si-
cile [tic. I, ch. 63) les avait enregistrés, mais le doute planait sur
les récits d'Hérodote et de Diodore. U faiblit d'autres preuves, des
preuves matérielles, irrécusables. On les possède actuellement.
Daiis son h^gypte pittorAïque , publiée en 1838, M. Cham-
pollion aîné d\l(p. 224) qu'on ne trouve aucune-trace d'écriture
hiéroglyphique sur les pyramides royales de Memphis. On en a
trouvé depuis ce temps.
Le plafond de la salle dite du roi, dans ' ' pyramide,
est déchargé par des vides parfaitement ..,,,, ,; ,■■■■ ■• ■ .-nt
destinés Ji demeurer fermés {pi. M). C'est dans un di s,
récemment découvert.s, qu'on a trouvé des hiéroglyphe-- |.eiuts
en rouge, retraçant le nom de Chéops.
HértHUMMtÊêioK lui attribuaient, en Hbt, ce nionoinent.
Is MnwI Wyte m décoavert quatre 4è cm Tidec . On n'en
connaissait qu'un seul du temps de RbaA»let, qoi avait preas«ati
la forme que devait avoir \« dernier. '-* * •'
Dans lu pyriimide dite de MyeéiHHM, on a Masi fait une
déeouverte prérieuse : celle d'an morceau de sascophi^ en
bois, [Kirtant le nom ée Myeérinas, auquel on rapportait, en
effet, la construction du OMMianent.
La gninde pyramide, qui est émoasaée à ton «mméM^ n»
compte pins l^itftn assises La hauteur de* assiaea varie ; rflas
sont enehvéas les mniida&B les anti«8 et jupinpoaéaj en sHnitak
Cette masse, qui a encore 1&6 mèlws de hanteor et enviswi
230 mètresde^aifeuràsi base, se vnilkdHi ienes de datante.
rjriginairement la graitde pyramide était uni i Vie d'an i
ment eu pierre compacte, ()ue quelques archéologues sup
avoir été décote dibiéroglyplies. Un troave, en efliet, dans nos
musées, de nonrinena exeniplH4lapslilcapfraBidnain«afnées.
Li ligne de ce revêtement est indi^n^ dans la eonpe, pt. M.
« Apiès aae noi* pasaie dans air tomlieau voisin des pyra-
miéea, dit M. Horeaa, dans^ lequel on ne peat entrer qu'en
rampant, tant le sable en a encombré l'entrée, je montai avee
le jour, assisté di deux .\rabes, parTaréte N. E., sur le plateau
qui couronne la grande pyramide : là nn spectacle admirable
et extraordinaire se déroula «ous nos yeux.
» Le soleil commençait à éclairer le sommet de la pyramide;
d'épaisses vapeurs flottaient encore à sa base, et jtfketfai frappé
d'étonncment en apercevant ii nws pieda UMn oakie §éante
projetée sur les nuages. Ce phénomène, si simple et poartaat si
saisissant, produisit sur moi des amsattans diffietie* k déerim.
Quelques minutes après, la terre secouait:>son nocturne
linceul. La scène avait changé.
a Au nord-est, je voyais le Nil qui descendait majeataauaement
à la mer; plus loin, le Caire et ses nombreux minarets. A l'est,
le soleil levant se reflétait si vivement daas le Nil, qu'on ne
pouvait regarder de ce ciMé ; au sud, j'apereevaii les pyramidea
de Zaqquarah, les bases des plas grandes restaient encore
perdues dans les nuages sur lesquels elles sembiaiAit i
Plus près, je voyais les restes des deux jetées, le pont
lithe, la partie postérieure du Sphinx, le tombeau enlené i
le roc auqud il adhère, et les petiti^s pyramides au pied de la
grande. Au sud-ouest, je voyais le désert, sur leqnel se détachait
la seconde pyramide, qui cenaerve encore à son
partie du revêtement dont eUe était recouverte, et h
qui était recouverte jusqu'à moitié en grasiit raae. (Hémdole,
/(('. II, e/tap. au.) Toutes deux étaient enean taacleppéas de
nuages. Ainsi isolées du sol, l'imagination pouvait les re^uier
et leur donnait des dimensioaa bntasli^nes. A l'ouest et an
nord-ouest , je voyais de nombreon tambeaax nmgéa en avenues.
Tous ont été violés, fouillés par ifavideaipéaalBlenrs. Au nord,
s'étendait une campagne fertile, iitoaia decanam; eii6n, plan
loin, mon renard déi ouvrait cette pia^ hialonqm! où Bona-
parte, romnianil.mt 1 expédition d'Egypte, ant si bien ckYtriaer
son armée en s'écriant : Solttal»! rf* Aairf rfe ce» ^yramtA», fna-
nntfc »ièr p/entff!
u .le re.i . .vu'ret du point extraordinaire anqnel je
venais dv m .•le\<-r. pour aller visiter rintéticur de In pjfianûdey
dans laquelle on entre par une porte rrpcesentée |i<. *i «t i
quéc A sur la coupe.
/i23
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
It-lh
» Cette porte conduit, par d'étroits couloirs, ii la salle G,
taillée dans l£ roc, et se reliant, par un puits étroit et tortueux,
à la grande galerie B. On va de cette galerie à la chambre dite
de la reine C, et à la chambre dite du roi D. Cette salle contient
un sapcophage sans hiéroglypes ni couvercle. Elle est aérée
par des courants d'air se dirigeant sur les faces extérieures sud
et nord , en E et F. Son plafond est déchargé par des vides
qui étaient clos et dans lesquels on ne devait jamais parvenir.
C'est dans ces vides qu'on a récemment trouvé des hiéroglyphes
tracés en rouge par les ouvriers de la pyramide; ils retracent
le nom de Chéops (sous la forme de Sclmuft-, qui revient à
Soup/lis, nom que lui donne Manéthon). »
Voici donc, si la chronologie égyptienne est une vérité, des
constructions qui comptent à peu près cinq mille ans d'exis-
tence !
Ces montagnes architectoniques sont les plus vieilles con-
structions connues de la terre, comme la grande pyramide en
est la plus élevée.
Mais il faut quitter les pyramides et retourner au Caire pour
se procurer une embarcation; car en Egypte la grande route,
c'est la rivière; la diligence, c'est un bateau à voile, et pour
visit«r le pays, il faut remonter le Nil. On s'arrête quand on le
veut, où l'on veut, et laissant le bateau amarré le long des rives,
on fait une pointe dans les terres, à droite ou à gauche, jus-
qu'aux ruines qu'on veut étudier.
Une note de M. Horeau mérite d'être citée.
« Mon départ du Caire eut lieu le 1" avril 1837, sur une cange
à voile de moyenne grandeur; elle me coûtait 150 francs en-
viron par mois, avec son capitaine et six hommes d'équipage
qui devaient se nourrir à leurs frais. J'avais prudemment fait
plonger la barque sous l'eau pendant vingt-quatre heures, pour
détruire la vermine dont les barques du Nil sont ordinairement
infestées. Mes provisions se composaient de biscuit, de riz,
de fruits secs, de fromage, de sucre, de spiritueux et d'une
petite pharmacie. J'avais, en outre, pour pouvoir acheter sans
payer trop cher dans les marchés que je devais rencontrer,
beaucoup de paras, petite monnaie de moins d'un centime,
trop rare en Egypte, puis un firman, délivré par le chancelier
de France; entin j'étais habillé en Turc pour être plus à l'aise et
commander le respect. Je partis ainsi seul, sans compagnon,
suivi seulement d'un petit domestique, plus maître dans ma
barque qu'aucun roi dans ses États. »
En remontant le Nil, le voyageur passe successivement de-
vant les immenses pyramides de Gyseh et les pyramides de
Zaqquarah, au-dessus desquelles se voit l'emplacement de l'an-
cienne Memphis; puis, toujours sur la rive gauche, à droite du
voyageur, viennent les pyramides en brique crue de Dachour,
que plusieurs personnes considèrent comme plus anciennes
encore que les pyramides de Gyseh. Et celles-ci sont déjà
chargées du poids de 5000 ans !
Puis viennent d'autres tombeaux, des excavations creusées
dans le roc, car la rive gauche du Nil regarde l'ouest, le côté où,
chaque soir, s'abaisse et s'évanouit le soleil, symbole de la vie.
Après ces tombeaux en creux viennent encore des tombeaux,
mais en relief; de nouvelles pyramides, les pyramides d'Abousir,
qui précèdent la pyramide de Meydoun ou de Meymoun, la
dernière au sud, et qui marque à la fois le terme d'une exis-
tence humaine et la limite de la basse Egypte.
C'est à l'ouest de cette dernière pyramide que s'étend la pro-
vince du Fayoum, oasis entièrement séparée de la vallée du Nil,
et où se trouve un lac que beaucoup de personnes, et M. Horeau
lui-même, considèrent comme le lac Mœris, creusé par les
anciens Égyptiens. Ce lac comptait quarante lieues de circuit.
Nous ne croyons pas à ce travail fabuleux. Nous sommes de
l'opinion de M. Wilkinson [Manners umt Custvius of tlie nncient
Egi/jjtians), qui considère ce lac comme une œuvre de la nature,
et qui attribue aux Égyptiens la construction d'un canal et fl'un
immense bassin qui mettaient le lac en communication avec le
Nil, de manière à faire monter ses eaux au niveau de celles de
la rivière au moment de l'inondation, et à les retenir à cette
hauteur par un barrage mobile, lorsque le niveau du fleuve
venait à baisser. Grâce k cette retenue d'eau, le lac pouvait
servir à l'irrigation du pays pendant les époques de sécheresse.
C'est dans le Fayoum que fut construit le fameux labyrinthe
aux quinze cents chambres souterraines, surmontées de quinze
cents autres salles au-dessus de terre. Mais aujourd'hui ftn en
cherche vainement les traces. On n'est même pas bien d'accord
sur son emplacement exact.
Nous revenons au Nil. Nous ne décrirons pas toutes les
choses historiques que baignent ses eaux, toutes les ruines de
date récente et de date ancienne que regardent les vagues du
grand fleuve en se roulfint vers la Méditerranée.
Nous signalerons seulement en passant à Montfallout, aussi
sur la rive ouest, un heureux détail du palais (du gouverneur,
reproduit dans notre pi. 3U, et nous nous arrêterons un instant
devant le temple de Denderah, encore à l'ouest du fleuve, à
une demi-heure dans les terres.
CÉSAU DALY.
{La suite au prochain numéro.)
DES ENTARLEMENTS EN ROIS
ET DES CHENEAIX EJi FOKTE.
Dunkerque.
MONSIELR LE DIRECTEUR,
J'ai lu avec intérêt la description d'un chéneau en fonte {col.
234 de la Revue), intérêt d'autant plus grand que, dans ce pays,
où la pierre est fort chère, les corniches de couronnement des
habitations se font en bois, mode de construction vicieux s'il en
fut, mais qui permet une grande richesse d'ornementation. La
A26
HKVUE Dl' LAUCIIITKCTI ni: KT DKS THAVAUX PUBLICS.
cornichi;, craUBt'i; pour élahlir le coflir» du rliéneou, e«t revêtue
soit en ploinl), soit en zinc. Mais nu bout de peu d'aiiniics, l«
bois, mi^é le soin qu'on a de reatreleiiir de peinture, se
détériore, pourrit, et peut occasionner la chute des ouvriers
appelés à réparer la toiture ou le chéneau. lin cas d'incendie,
la corniclie est un aliment et un moyen de propagation du fléau.
Sur les édifices publics couronnés d'une corniche en pierre,
ou bien encore lorsqu'on veut économiser, on place sini|)lenient
un coH're en bois à l'aplomb extérieur du mur, et on le revôl
d» métal, tant à l'intérieur qu'à la face verticale extérieure. Je
le lépète, cfr système est vicieux et pourrait être remplacé
avantageusement par les chéneaux en fonte, si l'on panenait ii
les rendre parfaitement étanches et à remédier aux effets de la
dilatation : celle-ci peut ne pas présenter benucoup d'incon-
vénient lorsque le chéneau notlVe qu'une ligne droite, mais
quand il doit retourner d'équerre, il me semble impossible,
ainsi que l'expérience me l'a démontré, qu'il n'y ait pas rupture
des collets des joints, et cons«';quemment ouverture du joint,
fuite de l'eau pluviale, et invasion de celle-ci dans les murs et
à l'intérieur des habitations.
DEVELLE,
Arrhiicctc <le la ville de Dunkerque.
A Afônsietir César Daly, rédacteur de la lievue d'Architecture.
Mon cheu ami,
Vous m'avez communiqué la lettre de notre confrère
M. De velle (de Dunkerque), en me priant de répondre à quel-
ques-unes des difTicultés qui y sont présentées.
Je (lirai d'abord, à propos des entablements en bois, qui
pourrissent malgré la peinture dont on les couvre, que c'est
précisément cette peinture qui accélère la décomposition
du bois des chéneaux; car, dans les abaissements subits de
tem[)éiature, l'iiumidité de l'air, lenfermée entre le bois et
le revêtement métallique du chéneau, se condense parfois
sous le métal et retombe en gouttes sur le bois qui forme
l'encaissement. Parfois aussi les eaux pluviales s'y intro-
duisent. L'eau pénètre le bois, et la peinture extérieure
s' opposant à l'évaporation de l'iuimidilé par la seule partie
exposée à l'action de l'air ambiant (les surfaces apparentes),
le bois se pourrit par suite de la concentration et du renou-
vellement de l'hnmidité dans son intérieur.
Je suis convaincu, par expérience, que, ai l'on ne peignait
pas du tout l'extérieur des corniches en bois qui reçoivent un
chéneau, ces corniches dureraient beaucoup plus longtemps.
Mieux vaudrait les peindre à l'intérieur et laisser l'exté-
rieur nu. En ce cas, la très minime quantité d'eau qui
pourrait s'infiltrer dans le bois par les surfaces peintes en
contact avec le métal, serait bientôt évaporée à travers les
surfaces visibles, ([uine seraient plus alors recouvertes d'une
pellicule imperméable. Mais, comme on croit ne pouvoir se
dispenser, pour l'elTet, de couvrir d'une peinture quelconque
la corniche en bois, il faudrait immédiatement, avant la pose
du revêtement en métal, peindre à l'huile ou goudronner
fortement les surfaces qui doivent se tnniTer en contact
avec lui. Celle opération présenerait le bois de rinfiltraiion
de l'eau condopsée et de celle que les plaies auraient pu y
introduire.
De peur qu'il ne reste qae^ne humidité dans le bfis de la
corniche, on léra très bien, si l'on n'est pas trop pressé, de
le laisser se ressuyer à l'air pendant un été on deui, et d'y
appliquer la peinture par un l)eaa temps, aprëe quelfMes
jours de chaleur soutenue.
Dans un |)rochain numéro, nous traiterons spécialement
la question des chéneaux en fonte, qui semble préoccuper
M. Develle.
H. JANNIARD.
Arr|iiLrt« ém \
ETUDE DUNB SALLE D'OPÉRA.
Dans notre cinquième volume, planche 1h, nous avons
donné un plan d'Opéra de M. le baron Meynadier de Fla-
malens. Ce projet devait servir de base à une dissertation
complète sur les salles de théâtre, sur leurs arrangeuients
intérieurs, leur distribution, leur éclairage, leurs propriétés
acoustiques, etc., etc.
M. Meynadier, dans deux articles fort développés, a com-
muniqué à nos lecteurs une partie de ce travail (voir col.
hhh, 495, 5' vol.), et une lettre publiée dans notre 7* vol.,
col. 310, explique par quelles circonstances cette élude fut
interrompue. M. Meynadier a toujours le désir de la reprendre
et de l'achever. Craignant cependant que sa bonne volonté
ne rencontre encore quelque nouvel obstacle, et désirant que
le plan publié dans notre/)/. 9.h, vol. 5', soit parfaitement
intelligible, nous en avons obtenu, de M. Meynadier, la
légende explicative. Cette légende rend son travail complu
dès à présent.
Les considérations qu'il voudra ajouter ultérieurement sur
l'éclairage, le chauflage et la distribution des dépeDdances
formeront un travail complémentaire, sans doute très-utile,
mais la publication de la légende nous permet de clore régu-
lièrement la partie déjà publiée.
Le plan de théâtre donné pi. 24, vol. 5' de celte Revue,
représente, à gauche, la moitié du plan du rez-denrhaussée,
et à droite, la moitié du plan du premier étage.
Les plans étant symétriques, la description de la moitié
de chacun d'eux fait connaître le tout.
1 . Porche antérieur, sous lequel entrent les voitures.
1. .\u- dessus du porche, au premier étage, loge ou ter-
rasse couverte.
3. Galerie de pourtour de l'édifice, permettant la circa-
lation du public, à couvert.
h. Vestibule extérieur.
b. Vestibule intérieur ou grande salle des Pas-Pefdns.
C'est dans celte salle que stationnent les domestiques qui
1 attendent leurs maîtres.
bT7
REVUE DE L'ARCHITECTUBE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
i-28
6. Gv Cloîti-e de la cour de l'adrainistration. i,
7. Porche postérieur, accessible aux voitures, et servant
au personnel du théâtre.
8. Couloir ménagé dans la galerie du pourtour, et devant
lequel se forme la queue des spectateurs avant la prise des
billets. ,v r
9. Bureau de distribution des billets.
10. Corps de garde. La pièce correspondante dans la
partie droite du rez-de-chaussée serait occupée par un conr-
cierge.
H . Deuxième vestibule intérieur. On y échange les billets.
12. Passage ouvert sous l'escalier (18 et 19) conduisant
au parterre.
13. Palier et entrée du parterre.
14. Issue du parterre pour aller au foyer par l'escalier 15.
15. Deuxième grand escalier montant du rez-de-chaussée
jusqu'au dernier étage du théâtre.
16. Palier précédant le grand escalier 17, 18 et 19.
17. 18 et 19. Grand escalier.
18. Palier communiquant avec l'escalief 15.
20. Palier au premier étage du premier grand escalier
(17, 18 et 19). Ce palier sépare le foyer du corridor des
premières loges.
21. Grand foyer. 11 ouvre sur la terrasse couverte.
22. Salons aux extrémités du grand foyer.
2». Salon dit « des hommes de lettres et des compo-
siteurs » .
11\. Balcon donnant sur le grand escalier. De là on voit
tout le jeu de la circulation.
25. Grand corridor.
26. Salles de secours. D'un côté du théâtre est celle des
femmes, de l'aiitre côté celle des hommes.
27. Couloir derrière le rideau du théâtre.
' 28. Réduit pour recevoir les décors qui serviront dans la
soirée.
29. Couloir communiquant de la scène au corridor des
foyers des acteurs.
30. Galerie de 26 mètres sur 10, en communication
directe avec la scène, pour le dépôt des décorations.
31. (Côté gauche.) Espace destiné à être divisé en com-
partiments consacrés à une série de services accessoires.
32. Couloir desservant les foyers des acteurs, les maga-
sins de meubles et de costumes, etc. Ce couloir isole entière-
ment la scène de toutes les dépendances qui l'entourent.
33. (Côté droit.) Grand foyer pour les exercices de danse.
La salle correspondante, au côté gauche, serait consacrée
aux exercices de chant.
3ù. Petite terrasse couverte.
35. Pièce précédant le foyer de la danse (33), et dans
laquelle se tient un surveillant. Une pièce semblable précède
le foyer du chant.
36. Cour de l'administration.
37. Cabinet du maître de ballet. Le maître de chant
occupe un pareil cabinet, situé à gauche de la cour.
38. C^iJjinet du machiniste en ch^.. Le cabinet pareil, à
gauche, est consacré an médecin du théâtre.
39. Petit foyer pour Ites principaux acteurs. Un foyer pareil
existe de l'autre côté du théâtre.
40. Foyer des choristes et des figurants. Foyer semblable
à gauche.
h\, il. Dépôt des armures et autres accessoires du ma-
tériel de la scène. De même à gauche.
42. Espace en communication directe par le couloir de
ronde (32) avec le magasin des décorations. Il y a là une
baie très élevée, par laquelle on peut introduire les décora-
tions apportées du dehors.
43. Onze cellules ou loges, de plain-pied avec le théâtre,
pour les principaux acteurs.
44. (A droite). Cabinets d'aisances. Il y en a autant à
gauche.
44. (Derrière la scène.) Corridor, au rez-de-chaussée,
mettant en communication les divers escaliers de service de
la scène.
45. (A gauche de la scène.) Au rez-de-chaussée, sert de
dépôt pour le matériel de l'orchestre ; à l'entresol, de salle
pour les comparses.
46. Au rez-de-chaussée, à gauche, magasin de gros ma-
tériel; cordages, ferrure, etc.; à flroite, salle d'attente des
comparses. A l'entresol, à droite et à gauche, ateliers de
costumiers.
47. A droite, caisse et bureau de location; à gauche,
bureau de l'administration.
ISota. N'ont pas été numérotés, la salle, la scène, quel-
ques escaliers de service, etc., que l'inspection du plan suffit
pour faire comprendre.
Baron H. MEYNADIER.
A M. Didron, directeur des Annales archéoloffiques.
LA VÉRITÉ OU LA GUERRE, CHOISISSEZ.
M. Didron a publié dans son numéro de décembre dernier
une lettre signée de M. l'abbé Bourassé. Il l'a donnée à titre de
compte rendu du Congrès scientifique de Tours.
Dans cette lettre, son complaisant correspondant ne dit pas
un seul mot des divers discours prononcés par M. César Daly
429
REVUE DR LARCHITlXïlUi; i:T lifS IHAVAUX PUBLICS.
ito
contre les tbéories de M. Didron. Il ne parle pas non plus de
lu confesKJon fuite par M. Didron de sa foi dans ruvtMJiiiicut
d'un art nouveau; mais en revanclic, il U- félicite de l'érudition
toujours grave et calme (qui reconnaîtrait k ces signes l'éru-
dition de M. Didron) dont celui-ci auruit fuit preuve en com-
battant les erreurs de M. Daly sur le symbolisme.
Or, M. Didron ne s'avisa pas de contredire une seule des
propositions de M. Daly sur le symbolisme.
Et cependant M. Didron a publié [cette'lettre de M. l'abbé
Hourassé..., que nous ne qualifions pas, sans y ajouter une seule
note rectificative.
Dans la n Iteime du monde catholique » M. Daly répondit aus-
sitôt par un démenti formel adressé à M. l'abbé, et par une som-
mation d'Jiomieur et un défi conditionnel adressés à M. Didron.
M. Didron a publié depuis lors un nouveau numéro de ses
a Annales». 11 n'a rien rectifié. Il e'est contente, dans un
compte rendu de livre, de ténïoigner fort peu de considération
pour les connaissances de M. l'abbé Dourassé sur le symbo-
lisme (la reconnaissance du maitre s'est proportionnée aux
mérites du serviteur); mu^ quant au défi de M. Daly, il n'en
dit mot à ses lecteurs.
M. Didron aurait-il compté sur l'effet ordinaire du temps?
Nous le croyons sans l'affirmer; mais en ce cas il aurait gran-
dement tort. Le temps ne peut faire d'un mensonge une vérité;
il ne blancbit pas une malbonnéte action.
M. Daly vient d'adresseC la lettre suivante à M. Didron :
Monsieur,
Dans toute discussion il y a une question de raison et une
question de conscience.
Au Congrès scientifique de Tours, je crois avoir démontré
que vos théories d'art n'étaient pas toujours fondées en
raison ; je regretterais de vous voir démontrer, par votre
conduite, que vous ne comprenez pas davantage les impé-
rieuses exigences de la conscience.
Je serais rigoureusement en droit de vous juger dès à
présent, j'aime mieu.\ vous olTrii' une nouvelle occasion de
prouver que vous êtes en effet l'homme loyal que j'ai long-
temps pensé, un homme convaincu de la vérité de .ses théo-
ries, et qui, en les défendant avec emportement, n'obéit pas
uniquement à un intérêt de position, aïKiuel il sacrifie aveu-
glément la vérité dans l'art et la probité dans la discussion.
Vous avez donné, monsieur, à la place d'homieur de votre
numéro de décembre dernier, et en qualité de compte rendu
du Congrès scientifique de Tours, une lettre de M. l'abbé
Bourassé. Cette lettre contient sur vous et sur liioi des
assertions matériellement inexactes, mais toutes flatteuses
pour vous. Vous avez publié cette lettre sans y ajouter une'
seule note rectificative !
Dans ce prétendu compte rendu, M. Bouinssé non-seule-
ment n'a pas rendu compte d'un seul des discours dans les-
quels j'attaquais vos théories d'art, silence qui s'expHquerait
à la rigueur chez un homme plus désireux de conquérir vos
bonnes grâces que de se montrer impartial, mais il vous
félicite de victoires remportées sur moi dans des combats
qui n'ont jamais été livrés, qui n'ont ea d'aatre cbaaip<io8
que l'imaginatimi de M. Bourassé.
À la lecture de cette lettre, ramMÎear, la pitié fat pré-
cédée chez moi par un mouvement d'indignation, et daas
une réplique insérée dans la u Hrviie du monde ratholique» .
j'ai donné à M. Bonrassé, qui l'a reçu sans y répondre, on
démenti formel et mérité ; et à vous, monienr, j^ai adressé
un défi que vous paraissez peu emprené de relever.
Je le reproduis ici textuellement :
(I Si le directeur des Annales n'a ajouté aucune rediica-
tion à l'article de M. Bourassé, c'est, je«appMB,CB rnaoo
du peu d'imi)ortance qu'il y attache. lEaftimt dans oh
superbe indifférence, il n'a daigné ni remenàar M. J'aUé 4e
ses hommages, ni prêter des béquilles à nfaMBMe.
» Mais si par un mauvais hasard qui m'affligerait, l'of-
frande de M. Bourassé avait en effet porté le trouble dans
l'esprit de iM. Didron, j'inviterais l'honorable journaliste à.
préciser formellement sur quels points de symbolisme il se
sépare de moi et à ouvrir nettement la controverse. Je pro-
poserai même de publier intégralement dans les Annales et
dans la Itevue de f Architecture, les arguments des deux
parties, afin de mettre les lecteurs de l'un et de l'autr
journal en mesure déjuger ])ar eux-mêmes des mérites de la
discussion.
n Ce n'est pas tout. A la discussion écrite, nous pourrions
joindre encore la lutte orale. U serait très facile de trouver
dans Paris une salle convenable à une telle joute, et un public
intéressé à y assister, a
Vous le voyez, monsieur, je désirais jwuvoir attribuer à
une espèce d'étourderie la pubhcité donnée par vous aiu...
inexactitudes de il. Bourassé; j'hésitais à vous eu rendre
solidaire. Comment avez-vous répondu à cette bienveillaoce?
Vous n'avez pas répondu du tout.
Je viens donc encore une fois vous dire : Rétablissez la
vérité comme un honnête homme, ou bien, répondez alors
à mon défi comme un homme fort de sa science.
Je vous offre, conditionnellemeut', la nouvelle assurance
de toute ma considération.
César DALY.
P. S. Je compte que vous voudrez bien insérer cette mtre
dans votre prochain numéro. Dans le cas contraire, veuilles
m'en informer, afin que j'y avise , car c'est par raison de
courtoisie que j'évite une voie officielle.
LA LIBERTE DANS L ART.
*
Depuis la publication de notre écrit sur la Liberté dti
l'art, adressé à M. L. Vitet, et qui a été reproduit dans plu-
sieurs journaux, nous avons reçu un nombre cooàdérable
de lettres, tant de Paris que des départements, toutes pleines
de sympathies pour nos idées, pleines de confiance dans
l'avenir.
asi
REVUE DE L'ARCHlTECTUflE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
àZl
Les savants archéologues, MM. Arthur Martin et Gh. Cahier,
rejettent le principe du servilisuie dans l'art.
Deux professeurs de l'École des beaux-arts, MM. Constant-
Dufeux et Jay, ont annoncé leur adhésion au principe de la
Liberté dans l'art. Nous attendons que Al. Blouet, le profes-
seur de théorie, se prononce plus formellement.
M. Lebas a proclamé de nouveau la doctrine de l'iniolé-
rance et de la superstition dans l'art. Nous sommes heureux
de voir ce représentant de l'Institut se rallier aux Annales.
« Les oiseaux du même plumage volent ensemble. »
Nous nous attendions à trouver une réponse à notre article
dans le numéro des Annales qui vient de paraître. Point.
A quoi donc pensent MM. Didron, Lassus et C'7
Nous aurait-on dit vrai en prétendant que la discorde
germe et pousse dans le camp d'Agramant? que tous les
rédacteurs des Annales ne sont pas si gothiques qu'on le
jiense?
ENSEIGNEMENT DE LA THÉORIE DE L'ARCHITECTURE
A l'École des beaux-arts de paris.
(Cours de M. Blouet.)
SOMMAIRE. — Des professeurs qui parlent et des professeurs qui enseignent.
Qu'enseigne M. Blouet?— La politesse est-elle Penncmi naturel de l'en-
seignement? — Un artiste peut avoir une opinion, un professeur doit avoir une
conviction. — Questions théoriques dont la solution est demandée au profes-
seur de théorie. — Questions ii propos des ordres d'architecture auxquelles les
élèves seraient embarrassés de répondre. — Entente cordiale entre M. Lehas
et les Annules archéologiques. — Le professeur de théorie ariniet-il les théories
de M. Lebas? — Que dit-il des théories des Annules? — Le pavillon doit-il
toujours couvrir la marchandise? — C'est au professeur de théorie à fournir aux
élèves de l'école des principes qui puissent les guider si"iremcnt an travers des
doctrines qui se heurtent aujourd'hui sur le terrain de l'art.
Il y a des officiers de salon et des officiers de campagne ;
les uns brillent à la parade, les autres au combat.
Mais cette distinction n'appartient pas exclusivement à
ceux qui marchent aux sons éclatants de la trompette et au
roulement du tambour. Le professeur, comme l'officier, a
son régiment à discipliner : les intelligences diverses de son
auditoire; — son ennemi à combattre : l'erreur.
lifis professeurs aussi se divisent en deux classes : ceux
qui parlent, et ceux qui enseignent. Aux premiers appartient
quelquefois le savoir-faire, aux seconds appartient toujours
le savoir.
Nous ne dirons rien, aujourd'hui, d'une troisième classe
de professeurs qui figurent plus régulièrement au budget
que dans leurs chaires.
On peut savoir, et ne pas savoir dire; c'est un cas mal-
heureux. On peut mal dire, parce qu'on ne sait gas; ce cas
est mauvais.
M. Blouet, professeur de théorie à l'École royale des
Beaux-Arts, de Paris, doit savoir, et fort bien même ; tout
le fait supposer, tout nous le persuade : ses voyages, ses
importantes études et les magnifiques publications entre-
prises par lui, sous le patronage du gouvernement.
Chacun se demande cependant quelles sont les théories du
professeur de théorie à l'École des Beaux-Arts? M. Blouet
les a donc mal exposées.
Poiu-rait-il les exposer mieux? Nous en sommes persuadé.
En effet, quel est le défaut radical de l'enseignement de
M. Blouet? L'indécision.
Et d'où vient cette indécision? Probablement du désir de
ne blesser personne. M. Blouet est d'une grande politesse,
d'une convenance de forme irréprochable.
Mais la politesse dans l'enseignement ne commande-t-elle
pas avant tout de révéler les grandes vérités de la science
et de démasquer l'erreur aux regards de l'auditoire?
Le respect humain exige-t-il qu'on respecte aussi le faux?
qu'on ménage les théories vicieuses, dangereuses même?
Non, à coup stîr. On ne saurait à la fois honorer le vrai
et respecter le faux. La dévote qui vient rendre hommage à
saint Michel, ne place pas au même instant un cierge aux
pieds du dragon, son ennemi.
A l'artiste qui se borne à praduire des œuvres que le
public est ensuite libre d'accepter ou de rejeter, à l'artiste
qui n'a de comptes à rendre qu'à sa propre conscience, de
simples opinions sur les questions de théorie d'art peuvent
suffire. Il n'en est plus ainsi de l'artiste qui accepte l'honneur
et la responsabilité du professorat officiel; il n'en saurait
être de même de celui qui s'est engagé à produire un ensei-
gnement reconnu nécessaire. A celui-là les opinions ne suf-
fisent plus : il professe, donc il doit savoir, il sait. Chez lui,
l'opinion s'est transformée en conviction; et cette convic-
tion, il l'implantera dans l'esprit de ceux qui l' écoutent, en
l'appuyant de preuves tirées de l'observation des faits, et en
démontrant sa parfaite concordance avec les vérités univer-
sellement acceptées.
iVI. Blouet pense probablement, comme nous, du devoir
d'un professeur, et sans doute il croit avoir rempli le sien.
Nous remplirons le nôtre en lui montrant quelle est son
erreur. Nous le ferons de la manière la moins blessante pour
lui, car nous voulons avoir deux fois raison : raison dans le
fond et encore raison dans la forme.
Nous avons demandé quelles étaient les doctrines théori-
ques de M. Blouet. Cette question paraît-elle trop vaste?
trop étendue? Nous allons la décomposer.
Qu'est-ce que Xart? un art national? un art chrétien? un
art catholique?
A quel titre r«/"c/uVec<!<re prend-elle rang parmi les beaux-
arts, et quelle est sa place dans la hiérarchie des arts ?
Dans une œuvre d'art, quelle est la part légitime du sen-
timent et du caprice de l'Artiste, c'est-à-dire de la liberté, et
quelle est la légitime influence 4e la Société, c'est-à-dire de
V ordre ?
Quelles sont les conditions à' accord dans les œuvres d'art,
de \' artiste et de la société, c'est-à-dire de la liberté et de
\' ordre?
Tous les styles d'art ont-ils été légitimes au moment de
leur création ?
4aa
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
41*
Oiil-ils été tous légilirues au mt>me degré ? Le style cliinois
comme le style grec, le style indien comme le gothique, le
roman comme le romain ?
Qu'est-ce qui constitue la légitimité d'un style d'art?
Quels sont les événements constitutifs d'un style d'art?
A quelles influences sont dues les tranuformations des
ntyles ?
A quelles lois l'art obéit-il durant la période de sa trans-
formation, c'est-ù-dire pendant son passage d'un style à un
autre ?
A quelles loisobéitil pendant la période de son évolution
complète, c'est-à-dire pendant son dàeloitpemeut, son apo-
gée et son déclin ?
Tous les styles sont-ils simultanément admissibles aujour-
d'hui?
Peut-on accepter quelques-uns d'entre eux, à l'exclusion
des autres?
Lesquels peut-on accepter, et pourquoi ceux-ci et non
ceux là?
Faut-il les repousser tous ?
Dans le cas de l'affirmative, quels seront les éléments con-
stitutifs du style moderne?
Le style moderne doit-il retenir quelques parties des
styles anciens? lesquelles et pourquoi?
Qu'est-ce que l'unité dans les œuvres d'art et quelles sont
ses exigences ?
Qu'est-ce que le pittoresque dans l'architecture ?
Qu'est-ce que l'éclectisme dansVart?
L'éclectisme dans l'art peut-il s'accorder avec le principe
de l'utiité dans l'art?
Etc., etc., etc.
Une doctrine philosophique de l'art donnerait immédiate-
ment, et en peu de mots, la solution de toutes ces ques-
tions.
M. Blouetles a-t-il résolues dans son cours? Nous le de-
mandons à M. Blouet lui-même, ces questions ont-elles été
même formulées par lui?
Si maintenant, quittant le cercle extérieur qui embrasse
l'ensemble delà théorie de l'art, nous nous rapprochons du
centre en traversant des cercles de moins en moins grands,
nous rencontrerons tout d'abord la question des oidres d'ar-
chitecture.
A cette occasion, nous demanderons :
La définition du mot Ordre dans son acception universelle;
Quels sont les rapports de l'ordre avec l'unité, l'harmonie
et la variété ;
Quel rapport il y a entre la notion de l'ordre universel et
les formes d'architecture qu'on est convenu d'appeler les
ordres de l'architecture ant'ique.
Nous demanderons quels sont les ordres de l'architecture
chinoise, gothique, indienne, mexicaine, etc. ;
Ce que c'est que le désordre dans sa notion générale ;
Ce que c'est que le désordre dans une composition d'ar-
chitecture;
T. vti.
Quelle différence il y a entre le dhordre et le pitto-
resque; entre le désordre et le caprice ou la fantaisie dans
l'art;
Etc., etc., etc.
M. Blouet, dans son cours de l'an dernier, cooitacra quel-
ques leçons à cette belle élude des ordres; niai.^, nous le
lui dt-mandons encore, au sortir de ces leçons, son au<litoire
aurait-il pu répondre aux questions que nous soulevons en
courant? •
Kt cependant, lorsque des doctrines contradictoires se
heurtent de tous cdtés, que les élèves travaillent sous l'in-
fluence de ce désordre des esprits, marchant au hasard des
circonstances qui les poussent dans les ateliers de MM. Le-
bas et Achille Leclerc, ou dans ceux de MM. Labrouste,
Vaudoyer, Baltard et Constant-Dufeux, certes ces questions
sont à l'ordre du jour.
La position des partisse dessine franchement aujoard'boi :
les rétrogrades d'un côté, les progressistes de l'autre.
iM. Lebas, professeur d'histoire à l'École royale des Beaox-
Arls, disait hier encore, à l'ouverture de son cours : L'a»-
tique et rien que Cantique. Ht dans Cantique, ni le commence-
ment ni la fin, mais f apogée seulement.
Le principe préconisé par les « Annales archéologiques • est
emprunté à M. Lebas, bien que ce journal ingrat ait voulu
tuer l'auteur de ses jours après lui avoir fait ce mortel lar-
cin. Seulement .M. Lebas l'applique au siècle d'Auguste, et
MM. des a Annales » au siècle de Saint-Louis.
Le moyen âge et rien que le moyen âge, disent les «Anoalesn,
et dans le moyen dge, ni le commencement ni la /in, mms le
xiu' siècle seulement.
AI. Lebas a-t-il tort? a-t-il raison '
Les n Annales» propagent-elles la vérité ou l'erreor?
il faut se prononcer.
Sans frapper les |>ersonnes, sans faire la guerre aux nom»
propres, M. Blouet est tenu cependant de juger ces théories
qui influent puissamment sur lu direction des études.
Ici le pavillon ne peut plus couvrir la marchandise, que
ce pavillon s'appelle comme on voudra.
Tout colporteur d'erreurs et de fausses doctrines peut être
assimilé au pirate. Celui-ci fait la guerre à l'ordre sodd,
celui-là à l'ordre intellectuel.
Nous ne dirons pas pour autant qu'il faille pendre haut et
court les hérésiarques, fauteurs d'erreurs et de désordres
dans l'art. Mille fois non; errare humanum t$tf saiaonsdonc
l'homme, sauvuns-le même en tuant sa mauvaise doctrine;
car, pour terminer la citation commencée, penererart iist*-
licum.
M . niouet a accepté une mission officielle qui onoqiorte
une grave responsabilité morale, il s'est engagé à expoev
la théorie de l'architecture moderne, de faire connaître
quelles lois doivent régir l'activité artistique des jeunes ar-
chitectes auxquels sera prochainement confié le sort de aotre
architecture nationale ; et cependant, des quatre professeurs
chargés d'enseigner les diverses branche» d'étude qu'onjuge
ta
i35
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
436
nécessaires au jeune architecte, M. Biouetseul hésite encore
à se prononcer.
M. Lebas, le professeur d'histoire, a eu le courage de son
opinion, et s'est exprimé catégoriquement. Aussi avons-nous,
pour ses idées et pour son caractère, les sentiments qu'ils
méritent d'inspirer : très-peu d'estime pour les unes, beau-
coup de considération pour l'autre.
Le professeur de perspective, M. Constant-Dufeux, dans
son discours d'ouverture, prononcé il y a quelques jours, a
proclamé le premier à l'Ecole des Beaux-Arts, le principe
de la liberté dans l'art, principe que cette Revue développe
et propage depuis sa fondation.
Le professeur de construction, M. Jay, tout en annon-
çant sa vive sympathie personnelle pour l'art antique, sym-
pathie assurément fort légitime, n'en a pas moins déclaré
aussi son adhésion pleine et entière au principe de la liberté
dans l'art.
Mais à M. Blouet incombe un devoir plus grave, une
mission plus honorable, et entraînant, par une conséquence
nécessaire, une plus grave responsabilité. M. Blouet est
chargé, non-seulement d'affirmer le vrai et de nier le faux
en matière d'art, non-seulement de montrer quelles sont ses
sympathies et ses opinions, mais encore de porter la convic-
tion dans l'esprit de ses auditeurs, d'en chasser le doute,
cet infâme parasite qui ronge tant de jeunes intelligences et
qui est mortel à l'art.
C'est au professeur de théorie, à défaut d'un professeur
de philosophie de l'art, qu'il appartient de faire éclater la
lumière au-dessus du champ de bataille où se heurtent au-
jourd'hui tant d'affirmations contraires.
Depuis que nous avons rédigé ce qui précède, nous avons
assisté à une nouvelle leçon de M. Blouet. Le professeur y
a fait un pas : il a affirmé que la reproduction exacte d'une
œuvre d'art existant était la tâche d'un industriel et non
celle d'un artiste. En effet, a-t-il ajouté, qu'y a-t-il de diffi-
cile à reproduire une chose déjà créée ?
Nous applaudissons à la vérité incontestable de la propo-
sition elle-même, mais nous en aurions désiré une meilleure
démonstration. La difficulté ou la facilité d'exécution d'une
œuvre n'a absolument rien à faire avec sa qualité artistique
ou industrielle.
M. Blouet, il faut le reconnaître, fait des efforts mani-
festes pour acquérir ce qui lui manque encore pour remplir
ses difficiles fonctions. Dans la leçon dont nous venons de
parler, il a même tenté une excursion dans le domaine de
l'idéologie et de la métaphysique, définissant les mots d'ima-
gination, génie, etc. Malheureusement ces abstractions sem-
blent nouvelles pour M. Blouet ; elles ne font pas corps dans
son esprit, elles ne se coordonnent pas entre elles, et l'au-
ditoire aura peu profité des bonnes intentions du professeur.
M. Blouet cultive beaucoup les travaux de M. Quatre-
mère de Quincy. Cet auteur est, en effet, un des écrivains
les plus ingénieux qui se soient occupés d'architecture ; mais
les doctrines philosophiques de M. Quatremère rappellent
fidèlement les tendances du siècle qui l'a vu naître, et ses
théories d'art se déduisent très-logiquement de ses idées phi-
losophiques. Ni les unes ni les autres ne sont donc complètes.
Elles pèchent par insuffisance, quelquefois par ignorance ;
elles seules ne sauraient répondre aux besoins dece temps-ci :
nous sommes au beau milieu du xix" siècle, et les travaux
de M. Quatremère ont la plupart de leurs racines dans
le xviii". Autre temps, autres doctrines.
César DALY.
DES COURS DIIISTOIRE ET DE CONSTRUCTION
A l/ÉCOLE DES BEAUX-ARTS DE PARIS.
(Et de quelques autres choses.)
SOMMAIRE. — L'École (les Beaux-Arts est-elle en décadence ou en renais-
sance? — Ouverture du cours de construction, par M. Jay. — Excellent
principe et grand courage de M. Jay. — Comment un maladroit copiste
écrit l'histoire. — M. Jay parle en homme lib(Tal et intelligent. — Une
bonne méthode pour enseigner la construction aux architectes. — Ouver-
ture du cours de M. Lebas. — Modestie de quelques maîtres; orgueil de
beaucoup d'élèves. — Le professeur d'histoire est meilleur historien que le
professeur de construction , mais le professeur de construction respecte
mieux le bon sens que le professeur d'histoire. — Un aphorisme de
M. Lebas. — Recherches sur le goût... de -M. Lebas. Ce goût n'est ni
Européen, ni Asiatique, ni Africain, ni Américain. — MM. Lebas et Didron
se donnent la main. — M. Lebas, rédacteur des Annales. — M. Didron sup-
pléant de M. Lebas. — Pour naître beau, il faut venir au monde avec des
dents et la barbe au menton. — Où l'on apprend qu'on aime mieux Périclès
que son propre père, le grec et le latin que le français (avis aux collégiens).
— A quoi aboutit l'exclusivisme.
11 s'est écoulé deux cents ans depuis la fondation de
VÉcole des Beaux-Arts , de Paris. L'École est caduque ,
disent quelques-uns; elle est en voie de renaissance, disent
quelques autres, et c'est ce qui explique la somnolence
qu'on lui reproche depuis quelques années.
Sans vouloir trancher d'aussi graves questions, nous dé-
clarons qu'elle est vieille, puisqu'elle est chargée de deux
siècles, et que cependant elle vient de montrer un retour de
jeunesse, qu'il serait difficile d'expliquer comme une rechute
en enfance.
MM. Jay et Lebas ont ouvert leurs cours avec une so-
lennité inaccoutumée; et si nous ne pouvons pas louer tout
ce qui s'est dit, du moins nous voyons avec plaisir des ef-
forts nés d'une louable émulation, et qui doivent aboutir au
profit de l'instruction des élèves et à la plus grande dignité
du professorat.
— M. Jay avait préparé, pour son discours d'ouverture,
un manuscrit qui aurait suffi pour défrayer une dizaine de
leçons sur l'histoire de l'architecture.
La science de la construction, disait avec beaucoup de
raison M. Jay, doit profiter des enseignements de tous les
temps, des expériences que fournissent tous les styles et tous
les systèmes d'architecture. Ce principe posé, il se plongea
vaillamment dans cet océan de faits que fournit l'histoire
chronologique des monuments bâtis depuis le commence-
ment du monde, et il se mit à nager vigoureusement sans se
437
REVUE DE LAUCHITECTUKE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
laisser influencer par le souvenir de Léandre, espérant bien
atteindre les rives opposées avant que l'horloge eût sonné
dix heures. H avait commencé à neuf.
Comme son précurseur antique, M. Jay fut déçu dans son
espoir ; mais du moins il ne se noya pas; et, au lieu d'avoir
à annoncer à nos lecteurs un décès à jamais regrettable,
c'est un triomphe que nous avons le plaisir d'enregistrer,
triomphe dont nous faisons à M. Jay des compliments très-
sérieux au fond, quoique la forme en puisse être gaie.
Les efforts de M. .lay pour préparer un discours d'ou-
verture digne de l'importance de son cours, les recherches
considérables qu'il a dû faire pour en réunir les nombreux
matériaux, les intentions si évidemment franches et droites
du professeur, tout nous Ole le courage de signaler quelques
erreurs matérielles qui se sont glissées dans ce discours, et
dont certaines proviennent assurément du copiste, que peut-
être M. J;iy aura chargé de mettre ses feuillets au net.
C'est à ce malhabile copiste que nous attribuons, par
exemple, les 100 mètres de profondeur donnés au lac Moeris.
En abaissant de 00 mètres seulement le niveau des mers
qui nous entourent, la Manche ne serait plus qu'une vallée
pittoresque au fond de laquelle on se promènerait à pied
sec, et l'Angleterre appartiendrait au continent.
En abaissant les mers de 120 mètres au lieu de GO, il
n'y aurait plus une goutte d'eau dans la Baltique, et on pas-
serait sans bateau dans toutes les iles qui longent les côtes
ouest de l'Europe.
A la vérité, dans l'île de Java, il y a un lac auquel on
donne li20 mètres de profondeur ; mais ce lac ne fut point
creusé de main d'homme; ses eaux reposent dans le profond
cratère d'un, volcan éteint.
En voilà beaucoup sur l'eau à propos d'un cours de con-
struction .
Nous avons fait nos réserves, quant à quelques petites
erreurs qui se sont glissées parmi un grand nombre de faits
exactement rapportés pour la plupart, mais nous pouvons
applaudir sans réserve aucune aux principes d'art que le
professeur a énoncés.
Il y a quelques mois, nous avons critiqué un des pro-
grammes de M. Jay, qui nous paraissait rédigé dans un es-
prit trop étroit : M. Jay proscrivait l'ogive apparent dans un
concours de construction générale (Voy. col. 226). M. Jay
vient de faire un progrès sur lui-même, et nous le constatons
avec plaisir; car faire un progrès aujourd'hui sur ses idées
d'hier, c'est donner la plus grande preuve possible d'une in-
telligence virile et jeune.
Sans cesser d'accorder aux formes de l'architecture anti-
que ses plus chaudes sympathies, ce qui est légitime, M. Jay
invite cependant les élèves à étudier toiis /ex styles et à tenir
compte des expériences qu'offrent tous les systèmes d'ar-
chitecture.
M. Jay, nous aimons à le croire, restera fidèle au principe
de la liberté dans l'art qu'il a invoqué.
11 est le second professeur à l'École qui ait montré l'intel-
ligence des besoins de notre temps, et son eoseignaseat
contribuera sans doute à répandre les idées que nous dé-
fendons.
.M. Jay a ouvert son cours, avons-ocus dit, i>ar un aperço
général de l'histoire de l'architecture. Ce serait une mé-
thode peut-être nouvelle, certainemeot heureuse, qoe de
combiner dans un même enseignement la théorie de U con-
struction et l'histoire de Vart de Mtir.
Cette histoire offre le tableau des essais qui ont été suc-
cessivement tentés depuis l'origine des société». Elle montre
les avantages et les inconvénients attachés aux divers sys-
tèmes. C'est, en un mot, le résumé de l'expérience hamaioe
en matière de construction. Évidemment il y a des règle* à
déduire de cette expérience, des rapports heureux à cooete-
ter entre la stabilité et l'art.
Nous ne recommanderions pas cette méthode pour des
ingénieurs, mais nous la considérons comme pouvant rendre
de très-grands services aux architectes, qui y puiseraient des
notions exactes sur l'origine de beaucoup de formes que bon
nombre d'entre eux attribuent encore à la fantaisie de leurs
prédécesseurs, cette raison de tous ceux qui n'en ont pas de
bonnes.
— M. Leras ouvrait son cours le même jour et dans la
même salle que M. Jay. La séance commençait à deux heures
de l'après-midi.
11 y avait plus d'élèves que de banquettes, mais plus de
places sur les banquettes que d'élèves empressés de s'y as-
seoir. L'atelier de .M. Lebas est cependant nombreux.
En revanche, bon nombre des confrères de l'honorable
professeur se rangeaient autour de son fauteuil.
A l'aspect de cette salle, qui comptait presque autant de
maîtres que d'élèves, on aorait pu croire que c'était plutôt
une influt'ure à laquelle on venait rendre hommage, qu'un
grand esprit aux divines clartés duquel on voulait chercher
la vérité dans l'art.
M. Lebas, plus habile que .M. Jay, avait divisé son dis-
cours d'ouverture en deux parties. .Nous avons entendu la
première moitié mardi dernier, nous irons écouter la seconde
moitié mardi prochain ; et, s'il en est temps encore, et que
nous entendions des choses dignes d'être rapportées, Doos
ajouterons quelques nouvelles lignes à celles-ci.
M. Lebas s'est bien gardé de faire entrer tout son cours,
c'est-à-dire l'histoire entière de l'architecture, dans son dis-
cours d'ouverture. Il s'est borné à y donner le résumé de ses
précédentes leçons, et cette prudence lui a réussi.
L'érudition de M. Lebas est plus sûre que celle de M. Jay.
.M. Lebas l'emporte aussi sur .M. Jay parlemente littéraire;
mais quant aux tendances, quant aux principes d'art, aux
enseignements qu'on peut déduire de l'étude de l'histoire de
l'art, nous le disons le plus sérieusement du monde, le pro-
fesseur de construction vient de l'emporter compléteaMBt
sur le professeur d'histoire.
439
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
440
L'antique et rien que l'antique, dit M. Lebas ; et de l'an-
tique, ni le commencement ni la fin ; l'apogée seulement.
Et sur quoi le professeur d'histoire fonde-t-il celte théorie
de l'architecture moderne? Sur le goût.
Et qu'est-ce que le goût pour M. Lebas?
L'honorable professeur n'en dit rien.
Mais c'est au professeur de théorie à le dire ; c'est à
M. Blouet, dont les tendances, heureusement pour l'avenir
des élèves de l'École, sont très-supérieures à celles de son
collègue, à montrer que les goûts sont aussi variés que les
races, que les nations, que les familles, que les individus
même. C'est à lui de faire comprendre que le goûl est chose
si instable, qu'il est de la sagesse proverbiale de ne pas dis-
cuter de sa légitimité.
Et c'est sur cette mobile fondation, que M. Lebas établit
sa doctrine de l'art 1 c'est cette chose si variable qu'on ap-
pelle le goût, qu'il oppose à la notion mémo de l'art, qui est
le symbole des énergies contemporaines !
Mais, encore une fois, de quel goût M. Lebas veut-il parler?
Ce n'est pas du goût chinois, ni du goût indien, ni du
goût arabe.
Est-ce du goût européen ? Nullement.
En examinant l'histoire de l'art européen, M. Lebas re-
connaît, sans contredit avec une grande douleur, qu'en règle
générale, l'Europe a manqué de goût ; que le véritable goût,
d'autant plus précieux sans doute qu'il est plus rare, n'a
brillé qu'un moment, — hélas ! il y a longtemps de cela, —
alors que la vieille civilisation païenne, sa besogne faite,
s'est couchée sur le monde enchaîné, pour se repaître de
jouissances et de sensualités.
Hors ce brillant moment, et un instant plus fugitif encore,
qui appartient k l'histoire moderne, et pendant lequel ou
bâtissait Saint-Pierre de Home, M. Lebas ne reconnaît pas
qu'en Europe on ait jamais eu du goût.
En résumé donc, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique
et de l'Europe, de la terre entière, seules l'Italie et la Grèce,
et les contrées éclairées de leur rayonnement, ont connu un
instant le bon goût. Seules, et pendant un seul moment,
elles auraient pratiqué l'art véritable.
L'humanité compte six mille ans d'âge. Retranchez-en
trois cents années, la vingtième partie seulement, et pendant
tout le reste du temps l'humanité entière a été sans goût,
sans art ; l'humanité a été stupide.
C'est M. Lebas qui l'affirme au nom d'une certaine notion
du bon goût qui lui appartient, qui est de son goût à lui,
mais qui pourrait bien être aussi peu général parmi les peu-
ples existants, qu'il l'a été parmi les peuples qui appartien-
nent à l'histoire.
M. Lebas admire l'apogée de l'art antique, mais il ne veut
ni de son enfance ni de sa vieillesse.
Cependant, sans enfance aurait-il pu être du tout ?
Arrivé à maturité, pouvait-il ne pas vieillir, décliner?
M. Lebas veut que l'homme, mortel, crée un art im- 1
mortel! '
Il veut que l'humanité qui se développe, qui progresse,
crée un art immuable, qui ne puisse, ni se développer, ni
progresser !
M. Lebas trouve dans le passé un art qui a toutes ses
tendresses; il veut en rester là. 11 crie halte! au monde,
comme si l'humanité, en marche vers l'avenir, devait en-
tendre ce petit cri d'un artiste satisfait; comme si elle devait
entendre et obéir.
La prétention n'est pas modeste.
M. le professeur d'histoire de l'architecture a eu le cou-
rage de dire que ceux qui préconisaient l'art antique des
temps primitifs ou des temps de la décadence, étaient des
« ignorants » ou des geus de « mauvaise foi. »
Ineptie ou immoralité ! choisissez, MM. Labrouste, ûuban,
Constant-Dufeux, Vaudoyer, Duc, Baltard, Mcolle, etc.,
choisissez, vous tous qui avez voulu de l'art autre chose
qu'un tronçon, qu'une portion, que le milieu, fût-ce même
le ventre.
Bêtise ou déloyauté 1 optez, vous tous dont la notion du
goût n'est pas celle de M. Lebas.
M. Lebas a été sévère, cruel pour ceux qui sont entrés
dans l'art antique par une autre porte que la sienne; mais,
pour les admirateurs exclusifs du gothique, pour ceux qui
lui ont emprunté sa théorie, c'est-à-dire la théorie qu'il a
reçue en héritage, et qui l'ont plantée en plein moyen âge,
pour ceux-là, M. Lebas n'a pas trouvé un mot de blâme.
M. Lebas n'est séparé, en eifet, de M. Didron que par une
question de date.
Laissez à l'ombre celte question de date, et les discours
théoriques de M. Lebas feront d'excellents articles pour les
« Annales archéologiques. »
Et réciproquement, les articles de M. Didron pourront être
lus très-avantageusement dans la chaire de M. Lebas. L'en-
seignement officiel gagnerait même à ce changement, de la
verve et de l'audace, et ne perdrait très-certainement aucune
de ses erreurs.
Quel aveuglement! M. Lebas veut trancher une existence
régulière en trois parties, honorer la partie centrale et mau-
dire les deux autres.
Pour satisfaire à cette singulière fantaisie, il ne faudrait
ni enfance, ou période de développement, ni vieillesse, ou
période de déclin; il faudrait qu'on vînt au monde avec la
barbe au menton, les dents bien aiguisées et l'éducation toute
faite. 11 faudrait ramasser toutes ceschoses au sein maternel,
à l'abri des regards du professeur d'histoire, dût-on pour
cela passer trente ans dans ce domicile.
M. Lebas enseigne l'histoire de l'architecture aux élèves
de l'École des Beaux- Arts, et il prétend déduire de cet en-
seignement des principes de nature à guider l'architecte
dans la pratique de son art : il répète souvent que l'état mo-
ral de la société exerce une action légitime sur l'art, et il
conclut cependant à l'adoption exclusive de l'art antique,
comme l'expression des sociétés modernes.
Le sentiment moral des sociétés modernes a donc une bien
441
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
14^
profonde ressemblance avec le sentiment moral de la société
romaine fie l'époque d'Auguste !
Il diffère donc étrangement du sentiment moral qui a pré-
valu dans nos contrées pendant le moyen âge !
Nos sympathies instinctives sont donc toutes avec l'A-
thènes de Périclès et la Rome des Césars, et nullement avec
les ancêtres d'où nous descendons, avec la race d'où nous
sortons, avec le sang dont nous sommes!
Nos cœurs s'émeuvent donc davantage aux récits glorieux
de l'antiquité qu'aux souvenirs des hauts faits de notre
propre histoire, de ces hommes dont nous portons les noms,
dont nous parlons la langue, dont nous pratiquons la reli-
gion, dont nous cultivons l'héritage !
M. Lebas lui-même reculerait devant ces conséquences de
son enseignement.
Dans cette imitation exclusive de l'antique, et de l'antique
limitée à une courte période, on chercherait en vain un re-
flet de l'art qui grandit sous l'influence morale de nos pères.
Niez le moyen âge, et vous niez votre propre histoire ;
maudissez l'art gothique, et votre malédiction remonte jus-
qu'à ce sentiment mural qui s'y reflète et qui appartient au
christianisme.
L'exclusivisme se résout toujours dans une impiété ou
dans une folie; il aboutit à la négation de Dieu, à la mé-
connaissance de l'ordre et à la mort de l'art.
CÉSAR DALY.
UN CONCOURS REMARQUABLE
A l'École des beaux-arts de pahis.
SOUMAIHK. — Un pnlcicux concours. — D'un travail que prépare cette
Revue. — -Nos principes appuyés de notre pratique. — On nVst artiste
qu'en se ralliant au principe de la Liberté dam l'art. — Des anciens pro-
grammes de l'École des Ueaux-Arls. — D'un programme récent. — Ques-
tions adressées à M. Uluuct. — A quelle occasion fut rt'digé le programme
do concours dont s'occupe l'auteur de ce compte rendu. — Exainen des
projets do MM. Muller S<i'hnr', (larnier (éliWcs de M. Let)as), Crepinet
(atelier Ucliard), Daviou (atelier Vaudoyer', Achille Hue (atelier inconnu),
Douillurd (atelier .Morey), Lebuuteux ^atelier inconnu), Edmond Joly (atelier
de M. son i)ére. — Espérons.
Nos lecteurs verront au bas de l'article qui suit le nom
d'un nouveau collaborateur delà Revue, M. Aymar Verdier,
qui prépare pour nous une histoire de l'architecture civile
au moyen âge. Déj;\ M. Léon Roux, qui s'est consacré
exclusivement aux travaux de la Henie, a gravé deux mai-
sons extrêmement curieuse^ du xw et du xiii*^ siècle, et
M. Huguenet, auquel notre ouvrage doit quelques chefs-
d'œuvre de gravure, achève trois planches qui représentent
l'ensemble et les détails d'une grange monumentale du
XHi" siècle.
Le portefeuille d'architecture civile de M. Verdier est
très-riche, et nos lecteurs auront le plaisir de s'initier non-
seulement sans peine, mais le plus agréablement du monde,
à une étude encore à peine eflleurée par les artistes et les
archéologues. Ils y trouveront noe source de nouvelles in-
spirations et de charmants motifs de composition. Mais ce
n'est pas de l'architecture civile du moyen âge que M. Ver-
dier veut nous parler aujourd'hoi. C'est do récent concours
de première classe à l'^xole des Beaux- Arts qu'il va ooas
entretenir.
Nos lecteurs connaissent nos principes : Liberté pour tous
sous la condition de la responsabilité.
Nos doctrines sont formulées depuis de longues années.
Le temps et l'expérience n'ont fait que nous confirmer dans
nos convictions et grandir notre confiance : au.ssi, loin de
redouter la discussion de nos principe» , loin de vouloir étoofler
la voix de ceux qui pensent autrement que noos, noos avom
toujours, et c'est la première fois que l'histoire do Jonma-
lisme offre un tel exemple, nous avons toujours déclaré que
nos colonnes étaient ouvertes à tout homme sérieux qui
voudrait y exposer une doctrine contraire à la ndtre.
Loin donc de craindre le débat public, le jugement pu-
blic, nous les appelons au contraire de tous nos vœux.
Nous le disons avec orgueil, car nous en avons le droit,
c'est le premier exemple qu'on ait rencontré, dans la presse
périodique, d'une telle libéralité et d'une telle confiance
dans la force de la raison et du bon sens.
Dans l'article de notre nouveau et précieux collaborateur,
nos lecteurs trouveront quelques nuancrs qui ne sont pas
précisément celles que nous avons coutume d'employer.
C'était bien le moins que M. Verdier, qoi s'est aoqnis par
ses études sérieuses le droit d'avoir une opinion à lui, pût
exprimer librement ses convictions dans un recueil à la ri-
chesse dnquel il vient contribuer pour une large part. De
notre côté, nous sommes toujours heureux de donuer des
preuves matérielles de notre impartialité. D'ailleurs les points
par lesquels .>!. Verdier nous touche seulement sans nous
pénétrer, et sans que sa pensée s'allie pleinement à la nôtre,
sont assez rates; les points par lesquels nous nous joigooos
parfaitement sont très-nombreux. Ne suffit-il pas de dire,
pour aujourd'hui, que M. Verdier adhère pleinement à notre
doctrine de la Liberté dans Cart ?
Des programmcsafflchès publiquement dansles salles de l'É-
cole des Benux-ArU, et répandus parcenlaines entre les mains
de ses élèves, ont bien souvent excité l'hil.-irité générale par leur
in royableredactinn. .\misetenncmisde l'enseigneroentofficie]
ne pouvaient retenir uu sourire à la lecture de ces phrases obs-
cures et filandreuses, capables de faire frërairles illustres d'ime
Académie voisine. Mainte fois on a vu demander un nymphée
pour emijellir le jardin d"un riche favori de la fotlune, ou un
petit temple corinthien pour abriter un .Apollon ou une Vénns
de carton-pierre, ofTe rts d la vénération des chrétiens d'alen-
loiir. Des projets d'utilité publique, des halles, des marchés,
deshôtelsde ville, des théâtres,étaientplusraremenldemandés,
comme si on n'avait consenti qu'à regret à laisser les élèves
ptMxlre pour un seul moment le souvenir d'une civilisation à
jamais dispame.
441
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
444
Depuis l'installation du nouveau professeur de théorie, les
programmes sont rédigés en français convenable, et présen-
tent aux jeunes gens qui fréquentent les concours des sujets
d'étude d'une utilité actuelle et pratique.
On se rappelle certain programme d'église paroissiale, donné
sous le règne du défunt professeur ; l'architecture favorite, celle
des beaux temps de Périclès ou d'Auguste, y était recommandée
aux jeunes concurrents sous peine d'exclusion et d'anathème.
Qni le croirait? Quelques années se sont àpeine écoulées, etun
Bouveau professeur de théorie ne craint pas de demander une
sacristie pour ane de nos grandes cathédrales du xni" siècle, et
de permettre le style ogival. Nous citons textuellement le para-
graphe le plus intéressant de ce curieux document. «Le profes-
seur de théorie propose une sacristie pour une église métropo-
litaine; lasaci-istie à projeter serait une adjonction à une église
du xui" siècle ; dans cette circonstance, sans exclure lestyle d'ar-
chitecture du moyen âge, nous pensons qu'on peut se dispenser
de le suivre, mais on doit dans tous les cas en choisir un qui,
s'accordant autant que possible, comme élégance et richesse,
avec l'architecture de l'église, ne laisse pas d'incertitude sur
l'époque à laquelle la nouvelle construction a été faite. »
Adjoindre une sacristie à une église construite au moyen âge,
c'est là une des demandes les plus fréquentes des administra-
tions et du clergé. A l'époque féodale, en elfet, les monuments
religieux étaient entourés de bâtiments destinés à l'habitation
des moines et desprètres. Ceux-ci, revêtus des vêtements sacer-
dotaux, traversaient les cloîtres attenants à leur demeure et
se rendaient à couvert jusqu'à l'autel. Nous ne connaissons
que peu de sacristies contemporaines des grandes églises du
xni" siècle et si aux époques suivantes on éleva pour satisfaire
aux besoins du culte de nombreuses constructions, on est obligé
de les agrandir ou de les refaire aujourd'hui. Le program-
me de M. Blouet est donc d'une utilité réellement pratique, et
nous le félicitons sincèrement de l'avoir proposé en temps
opportun aux élèves de première classe.
Maintenant, que l'honorable pi'ofesseur de théorie nous per-
mette quelques questions, dans le seul but d'appeler la lumière
sur certaines phrases de son programme. Nous lisons au com-
mencement du paragraphe qui nous occupe : « La sacristie
serait une adjonction à une église du xiW siècle ; dans cette cir-
constance, sans exclure le style d'architecture du moyen âge,
nous pensons qu'on peut se dispenser de le suivre. « Est-ce là
un blâme formel à l'adresse des nouvelles églises ogivales?
Faut-il en conclure que le style du moyen âge doive être proscrit
toutes les fois qu'il ne s'agira pas d'annexer une sacristie à une
cathédrale? Qu'aurions-nous à faire s'il fallait construire une
chapelle de la Vierge, ou une façade à un édifice incomplet ?
plus loin le professeur recommande de choisir un style qui ne
laisse pas d'incertitude sur l'époque de la construction. Il sem-
hlerait qu'il suffit de lever les yeux pour apercevoir cette archi-
tecture moderne dont les destinées viennent d'être si éloquem-
ment prédites, et cependant, que voyons-nous autour de nous?
Y a-t-il un seul monument moderne élevé dans la capitale de
la France, qui soit empreint du cachet de son époque et qui ne
reproduise plus ou moins exactement les plus fameux monu-
ments de la Grèce ou de Rome (1)?
{{) Nous ne parlons ici que des édifices complètement termines, comme la
Madeleine, Notre-Dame de Lorette, le quai d'Orsay, l'Hôtel de Ville; des tra-
Si nous jetons les yeux au dehors, la moderne capitale de
l'Allemagne artistique nous offre le plus singulier mélange de
toutes les époques et de tous les styles. Passionné pour la Grèce,
qu'il vient de visiter, le roi Louis commande à ses artistes de
vastes monuments où tout est grec, jusqu'au nom, et le splen-
dide Parthénon moderne, destiné par lui aux héros allemands
domine le plus grand fleuve de la Germanie, comme une
insulte au génie créateur de ses artistes. Plus tard, on obéit au
récent mouvement archéologique, et des édifices latins, bysan-
tins, ogivaux et florentins s'élèvent en grand nombre dans la
capitale de la Bavière.
Tout en rendant pleine et entière justice aux travaux des ar-
tistes allemands, tout en appréciante leur juste valeur de con-
sciencieuses études de tous les temps et de tous les pays, nous
ne trouvons pas là un système d'architecture qui caractérise
notre époque ; nous n'y voyons que d'intelligentes reproduc-
tions, que d'excellents matériaux. Ainsi, pas plusen Allemagne
qu'en France ou en Angleterre, les artistes n'ont eu assez de
génie pour créer un art original, et cependant le professeur de
théorie vient proposer à ses élèves de résoudre eii quelques
heures un des plus difficiles problèmes des temps modernes.
Loin de nous l'idée de reculer devant les difficultés qui hé-
rissent l'étude des arts et de ne pas apprécier avec justice les
efforts tentés pour sortir enfin de la routine officielle mous pen-
sons seulement qu'tm enseignement sérieux et suivi doit sou-
tenir les élèves qui s'engagent avec courage dans une voie si
neuve et si difficile ; ne serait-ce pas le devoir du professeur de
théorie de dire comment l'archéologie d'une part, le gotitde
notre temps et la nature de nos matériaux de l'autre, doivent
exercer leur influence sur la nouvelle combinaison de lignes et
sur le système d'ornementation qui caractériseront notre épo-
que? Qn'on nous dise ce qu'il faut prendre au moyen âge, si
habile dans la construction des voûtes, ce qu'il faut emprunter
à la gracieuse ornementation des Grecs ; qu'on nous indique la
nature comme une source toujours féconde où les artistes de
tous les temps ont puisé un système d'ornementation varié et
original. Voilà l'enseignement que nous appelons de tous nos
vœux et qui fera enfin sortir l'architecture de la voie de l'imi-
tation et de la copie, dans laquelle elle se traîne péniblement
depuis longtemps.
Ce que nous reprochons surtout à M. Blouet, c'est l'indécision
et l'embarras qui se révèlent à chaque ligne de son programme.
11 croit satisfaire les archéologues par quelques mots , puis il flatte
les éclectiques, et par le ton avec lequel il dit tout cela, il semble
s'excuser de se laisser entraîner par le flot des novateurs et de
ne pas défendre avec assez d'énergie la citadelle ébranlée de l'en-
seignement officiel. Si le professeur de théorien'a pas le courage
de son opinion, s'il reste, suivant la spirituelle expression d'un
de nos journaux, comme un volant entre deux raquettes, nous
lui prédisons le sort de ces hommes indécis et tremblants qui,
après avoir ménagé tout le monde dans nos grandes crises poli-
tiques, furent accablés par les malédictions de tous les partis.
Par quel hasard l'honorable M. Blouet s'est-il décidé à rédiger
un programme si en dehors des habitudes de l'École, et qui lui
sera peut-être durement reproché un jour par ses futurs collègues
vaux importants sont en ce moment confies à des hommes de grand talent, et
nous espérons vivement qu'ils affranchiront enfin l'architecture des entraves
dont elle est chargée.
445
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
«M
de rinslitut? On dit qu'interpellé par un de nos plus habiles ar-
chitectes sur l'insulfisance de l'enseignement officiel, il Widigea
en réponse le programme que ncus avons cité, et confia à l'élite
des aspirants au grand prix le soin de venger l'Académie in-
sultée. Ëh bien ! nous le disons avec regret, jamais concours ne
nous a paru plus faible, jamais critique plus écrasante de l'en-
seignement officiel n'aété faite par ses plusfanatiques ennemis.
Nous savons être de l'avis d'un grand nombre de nos confrères
en afTirmant que les élèves de seconde classe auraient produit
des projets bien supérieurs comme composition el comme rendu.
Parmi les concurrentsdont nous avonssérieusementexaminé les
travaux, pas un nom del'atelierLabroustejpasun de l'atelier Con-
stant-Dufeux ; serait-ce que le grand prix épouvante les élèves
deces deux savants professeurs, etqu'ils redoutent d'aller perdre
quatre années à Rome à calquer, suivant l'usage antique, le
théâ're de Marcellus ou le magnifique péristyle du Panthéon
d' Agrippa?
Après avoir fait sans doute bien des eiTorts pour scruter la
pensée intime du programme, les élèves se sont partagés en trois
camps; étonnés d'une phrase si nouvelle pour eux et voyant
qu'on prononçait sans anathème le mot de moyen âge, quelques
uns ont cru à la conversion prochaine du professeur et se sont
prosternésdevantrastrenaissant de l'architecture ogivale. D'au-
tres n'ont pas fait d'archéologie ; ils trouvaient, quelques lignes
plusbas, l'invitation de construire un édiûce empreint du carac-
tère de notreépoque. Les derniersenfin, craignant un piège tendu
à leur inexpérience, se sont réfugiés dans ce style sans nom,
ordinaire garant des succès à l'École.
Deux projets en style florentin du xiv« siècle sont dus à
MM. Millier Sœhnéet Garnier, élèves de M. Lebas. Nous avons
pour notre compte personnel assez peu de sympathie pour les
formes du gothique italien, et nous savons telle église perdue
dans un village à quelques kilomètres de Paris, dans laquelle
on a dépensé plus de scieuce et de goût que dans les églises
italiennes les plus riches et les plus célèbres. Que les élèves de
M. Lebas aiment, au grand regret de leiu- savant professeur, les
colonnes contournées et les choux frisésdu campanille de Giotto,
c'est la une opinion respectable et partagée par bien des gens;
mais que sous notre climat humide, dans notre pays si pauvre
en marbres précieux, on vienne importer une architecture dont
la marqueterie fait toute la valeur , c'est là ce que nous ne pou-
vons comprendre, et nous protestons au nom de la raison et
du bon sens en renvoyant à la façade de Sanla-Waria Novella, à
Florence, et à bien d'autres encore, dont les marbres incrustés
n'ont pu résister sous le ciel si pur et si doux de la Toscane. Si
de là les élèves deM. Lebas ne s'effrayent pas d'un long voyage
et veulent bien prendre la route de Chartres, ils y verront les
façades presque intactes d'un gigantesque monument, et ils
comprendront quel gothique il faudrait faire avec nos maté-
riaux et sous le ciel passablement brumeux de notre belle
France.
Nous ne pensons pas que M. Crépinet ait étudié le moyen âge
bien longtemps avant le concours qui nous occupe. Son projet,
au centre duquel se trouve une coupole octogone, témoigne
du moins qu'il s'est donné la peine de visiter les quartiers de
Parisoù l'on rencontre encore quelques monuments de la bonne
époque du moyen âge ; entre autres vieilles connaissances nous
avons retrouvé la porte Saiut-Pierre-aux-Bœuiis, et les clocbe-
tonsde la .Sainte-Chaijelle. Pourquoi M. Crépinet, si bien dispoaè
pour l'archi tecture ogivale, n'a- t-il pas adopté la disposition de
voûtes à nervures buttées par de puissants contre-forts? Les
parties latérales de sa foçade, privées de cet élément essentiel
de toutes les constructions gothiques, sont nues et monotones ;
sa coupole est terminée par un toitécrasé, et sespeintnret int^
rieures nous ont paru d'une couleur peu bannonieuse et sans
aucun caractère.
L'atelier de M. Vaudoyer n'est représenté que par M. Daviou,
dont nous nous rappelons de forts jolis projets; M. Daviou, à
notre avis, n'a pas été aussi bien inspiré cette fois, et sa tarade
n 'a aucunemen t le caractère d'une construction religieuse. Pour-
quoi cette large porte cintrée qui ne s'ouvre guère que pour
laisser passerle gardien du monument? La véritableported'une
sacristie est du cOlé de l'église ; c'est celle-là qu'on doit décorer
avec une richesse en rapport avec le style de l'édifice principal.
Le grand défaut de ce projet est de manquer de caractère; dtez
les chapeaux de cardinaux ou d'évéques sculptés au-dessus de
la grande porte, et vous avez quelque chose de fort semblable â
un hôtel de ville.
Nous ne savons de quel professeur M. Achille Hue est élève,
mais son projet, franchement original, semble sorti d'un des
ateliers qu'on est convenu d'appeler n^mantiques. Ijes formes
grecques et romanes y sont assez habilement combinées pour
produire un ensemble qui ne manque ni de sévérité, ni d'har-
monie. Nous avons aussi remarqué avec plaisir que M. Hue a
cherché une disposition pour ses tuyaux de descente ; aucun des
autres concurrents ne s'est occupé de l'écoulement des eaux, et,
c'est cependant un problème important , dont la solution , dans les
conditions actuelles, n'a pas été encore complètement trouvée:
étudier les difficultés, faire disparaître des projets tout ce qui est
d'un arrangement malaisé ou qui peut choquer ceux qu'on ap-
pelle vulgairement les badauds, c'est là ceque nous reprochons
surtout au plus grand nombre des élèves de notre .\cadénue.
Est-ce avec un semblable oubli des besoins à satisfaire qne de
jeunes architectes deviendront dans la pratique des hommes
utiles et sérieux?
L'élévation de M. Douillard nous a rappelé certaines absides
des cathédralessiciliennes couvertes desiadmirables mosaïques;
nous répéterons à M. Douillard ce que nous avons déjà dit à
M. Muller Sœhné : toutes les incrustitions qui tapissent sa
façade ne résisteraient pas un siècle à notre climat destructeur.
En terminant, disons que MM. I>eboutPux el Eimond de
Joly ont exposé deux projets. Le premierest assez franchement
roman et sa façade nous a paru convenablement étudiée. U
nous est impossible de trouver une appellation pour le style du
second ; deux ou trois clochetons gothiques se sont ^arës, on
ne sait pourquoi, dans un des coins de la façade.
Si d'une part le résultat de ce concours nous prouve l'insuf-
flsancede l'organisation actuelle pour l'enseignement du moyen
âge, de l'autre, le programme, malgré son indécision, semble
nous annoncer qu'une voie nouvelle va s'ouvrir pour toutes les
opinions, i>our tous les systèmes, et qu'au nom de l'École elle-
même, cliacun sera libre d'apporter sa pierre à l'édifice a peine
commencé de l'architecture modenie. Lorsque le jury se sera
recruté dans les rangs de l'école moderne, lorsque le socoès ne
sera plus le prix de l'assiduité dans un atelier fiiTori, ou da d^
vouement à l'antique inventé par les traducteurs de Vignole,
447
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
448
on verra se produii-e à l'École comme au dehors cette lutte des
idées et des systèmes qui caractérise notre époque, et si nous
ne pouvons prononcer un nouveau Fiat lux, du moins marche-
rons-nous d'un pas sûr à la conquête de la vérité.
Aymar VERDIER.
LES DOCTRINES DES ANNALES ARCHÉOLOGIQUES
CONDAMNEES PAR
S. EM. Mgr LE CARDINAL DE DONALD.
Monseigneur le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon et
de Vienne, vient de publier une lettre circulaire adressée au
clergé de son diocèse. Elle contient des instructions sur la res-
tauration des églises, sur l'arrangement des autels, des fonts
baptismaux, sur les bancs, les cloches, etc. Ces instructions
seraient lues avec fruit par bon nombre de nos confrères : et
nous en donnerons des extraits dans un prochain numéro.
Aujourd'hui, nous nous bornerons à citer ce passage : « Nous
devons vous exhorter à vous tenir en garde contre les exagéra
tions de certains archéologues, qui, dans la crainte qu'on n'al-
tère le caractère d'une église, ne veulent pas permettre qu'on
dissimule ses ruines ; et qui ne trouvent rien d'inconvenant à ce
que le culte catholique déploie ses pompes dans un sanctuaire
repoussant de dégradations et d'un aspect de vétusté tout à fait
menaçant. Des décorations de bon goût et dans le style de
l'église que l'on veut orner, employées avec sobriété, ne peu-
vent point etfacer le caractère archi tectonique de l'église et lui
rendent au contraire celte décence primitive plus en harmonie
avec la solennité des fêtes qu'on célèbre.
» Un enthousiasme outré pour le moyen âge a quelquefois
rabaissé l'archéologie et finirait même par enlever à cette
science ses plus fervents admirateurs. »
Monseigneur de Bonald recommande à son clergé la lecture
du Manuel d'architecture religieuse dont le texte a été rédigé par
M. Peyré, ancien magistrat, etdoni les planches ont été dessi-
nées par M. Desjardins, architecte de la Primatiale, et ancien
élève de M. Duban.
Nous avons reçu un exemplaire de ce pelil manuel ; nous ne
l'avons pas encore lu. Les planches sont traitées avec beaucoup
de talent et un grand soin ; nous en faisons nos compliments à
M. Desjardins. Nous dirons ce que .aut le texte lorsque nous
aurons lu le volume, car nous ne savons pas, comme notre
confrère des « Annales », apprécier consciencieusement une
centaine de volumes dans le courant d'un mois.
MELANGES
D ARCHEOLOGIE, D HISTOIRE ET DE LITTERATURE.
(Publication nouvelle.)
MM. Gh. Cahier et Arth. Martin, les auteurs delà belle Mono-
graphie de la cathédrale de Bourges, dont nous avons entretenu
nos lecteurs à plusieurs reprises déjà, se disposent à commen-
cer une publication qui ne sera pas précisément un livre, mais
qui pourra fort bien devenir une très-bonne et très-précieuse
publication périodique.
, I/es cartons et les pupitres de ces messieurs contiennent de
nombreux documents dessinés et écrits sur toute espèce dé
sujets archéolofjiques qu'ils veulent communiquer au public
sous le titre de Mélanges d'archéologie et de liuérature.
Pour donner une forme convenable à la publication de ces
documents, pour les éclairer sur toutes leurs faces, cesmessieurs
feront encore de nouvelles recherches, trouveront de nouveaux
documents, et, au lieu d'épuiser leur précieuse collection, ils
ne ferontque l'augmenterel rendre encore plus nécessaire l'exi-
stence des Mélanges d'archéologie, etc. Ce n'est donc pas un
hvre indéfini que commencent MM. Gh. Cahier et Arih. Martin,
c'est une publication périodique très-définissable que nous allons
voir naître, et, disons-le immédiatement, que nous recevrons
avec un plaisir très-réel.
MM. Gh. Cahier et Arth. Martin sont des hommes d'un mérite
si incontestable que leurs efforts ne pourront que donner une
impulsion favorable à l'étude, et nous l'approcher d'un but que
désirent exirêmeinent tous les hommes éclairés : I4 connais-
sance de la pensée, du sentiment et des œuvres du moyen âge.
Nous ne savons pas très- bien encore quelles sont les théories
esthétiques de cesmessieurs, ni quelle influence ils prétendent
exercersurl'art contemporain; mais, nous le répé tons, ilsontune
science du passé trop réelle pour ne pas contribuer puissamment
à l'instruction historique du public. Gomme archéologue nous ap-
plaudissons donc à leur arrivée sur le terrain de la périodicité;
nous y applaudirons doublement s'ils y viennent avec les dispo-
sitions libérales qui conviennent à la science. Mais, si, trop ab-
sorbés par les beautés d'un art spécial, ils arborent la bannière
de l'intolérance, alors nous aurons le regret de voir en eux des
adversaires que nous serons forcés de combattre énergiquement ,
au lieu d'alliés précieux qui pourraient être aussi utiles à l'art
qu'à l'archéologie. Ajoutons que jusqu'à ce moment les travaux
de ces messieurs que nous avons étudies, sont tous conçus dans
un esprit de modération et de convenance qui ajoute à leur
valeur intrinsèque.
Les Mélanges d'archéologie, d'histoire el de lUlèrature paraî-
tront par livraisons. Huit livraisons formeront un volume, et
il ne paraîtra pas au delàd'un volume par an.
La livraison composée de quatre feuilles de texte grand in-4
et de cinq planches ordinaires (ou d'un moindre nombre de
planches plus dispendieuses), coûtera 4 francs.
Ge qui précède avait été rédigé pour notre dernier numéro.
Nous avons dû en remettre la publication à celui-ci par défaut
d'espace.
Aujourd'hui, nous avons sous les yeux le premier numéro
des Mélanges. Quatre feuilles de texte et quatre planches. Des
planches, deux sont doubles e lune est en couleur.
Ce numéro est digne de MM. Cahier et Martin.
« // ne faut point, avec le progi\ès sur les lèvres, se vouer aune
œuvre n'iMMOBiLiTÉ, «disent ces messieurs. Bien pensé et bien
dit. Nous reparlerons des Mélanges.
Cksab DALY,
Directeur et rédntteur en chef,
Diembre de l'Académie royale des Beaux-Arts de Stockholm, de l'Insliliit
royal des Architectes britanniques, rlc, etc.
Inipiimerie L. Toinon et O, à Saint-Germain.
/|89
KEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
400
ADRESSE A NOS LECTEURS.
Plusieurs mois se sont écoulés depuis la publication du
dernier numéro de la Revue. Ce long silence est en partie le
résultat d'un concours d'événements au-dessus de notre con-
trôle, et en partie le résultat de notre appréciation des né-
cessités du moment.
La tourmente révolutionnaire et une maladie de fatigue
dont nous souffrons encore, voilà les circonstances involon-
taires. Parmi les considérations volontaires, il faut mettre
en première ligne notre désir d'éloigner l'époque du réa-
bonnement à la Revue.
En publiant, en leur temps régulier, les deux numéros
qui manquaient pour compléter notre volume courant, nous
eussions été contraints de faire rentrer les renouvellements
uu moment le plus pénible de la crise iinancière que nous
traversons encore ; nous avons préféré retarder ce moment
pour ne pas imposer h nos lecteurs une charge qui eût été
d'autant plus lourde, il y a quelques mois, qu'on était alors
moins disposé à s'occuper d'étude d'art et de construction.
Il n'est que juste d'ajouter qu'en adoptant cette mesure,
nous nous sommes imposé, personnellement, une perte très-
sérieuse; puisque les frais généraux de notre publication,
agence, loyer, etc., etc., ont continué de courir |«;ndant ce
temps de repos que les événements seuls pouvaient mesurer,
et que ces dépenses augmentent notablement le prix de re-
vient du volume courant, sans nous laisser d'autre compcn-
salion que le sentiment d'avoir bien agi envers notre public.
Nous avons regretté d'autant plus ce temps d'arrêt, que
dans nos derniers numéros nous avions abordé les questions
les plus intéressantes pour les artistes, questions de liberté,
de progrès et d'ordre, dans la conception et dans la pratique
de l'art. Chaque jour nous avancions plus avant dans notre
sujet, lorsque, tout à coup, du milieu d'un profond repos,
s'est déchaîné sur la face entière de l'Europe un ouragan
furieux où se heurtaient toutes les passions humaines et tous
les grands intérêts de In société.
Plongés tous au milieu de ces clameurs formidables, de
ce tocsin universel, le ciel sombre et menaçant sur nos tôles,
le sol convulsivement agité sous nos pieds, qui d'entre nous
pouvait porter ses regards au delà de cette lutte terrible ?
Qui pouvait éloigner sa pensée de ce conflit et enfermer ses
sentiments dans une plus étroite enceinte? Chacun, citadin
ou campagiord, Français, Italien ou Allemand, chacun se
sentait citoyen de l'Europe, du monde. En entendant les
bruits divers qui s'élevaient de toutes part, cris de la peur
et de la colère, de la joie et du désespoir, pouvions-nous,
nous seul, nous retirer ti l'écart et nous asseoir tranquille-
ment pour rêver soleil. Heurs et printemps, art et architec-
ture'.' Qui de vous, lecteurs, nous aurait consacré une mi-
nute de son attention? Qui aurait pu même nous entendre
et nous répondre?
T. vil.
Nous nous sommes tu et nous avons attendu re moment
de calme qu'un rayon de soleil fait sourire entre deux orages.
Il est Tenu; hâtons -nous donc d'en profiter; hilons-
nous, tandis que nous avons encore les yeux et les oreilles
libres.
Oui, parlons art, parlons de cette noble langue qui glo-
riGe tous les grands sentiments du cœur, toutes les douces
émotions de l'Ame, qui honorent les vertus des grands citoyens
et les triomphes des grands peuples ; disons quelle peut être
l'action heureuse de l'art sur l'état industriel, politique etso.
cial de notre chère patrie; prions le ciel d'éloigner d'elle les
horreurs de la guerre civile et de la guerre sociale; prions-
le ardemment, de toutes les énergies de l'Ame, mais aussi
mettons la main à l'œuvre et sachons bien quelle est aujour-
d'hui la mission patriotique des artistes et des architectes
particulièrement.
Les architectes ont de grandes choses à accomplir dans
ces temps de réforme, car toutes les institutions qu'on voudra
réaliser en faveur des classes les plus souffrantes, institutions
d'éducation, de travail ou de crédit, améliorations maté-
rielles, morales ou intellectuelles, salles d'asile, crèches,
chauffoirs publics, lavoirs et bains publics, logements éco-
nomiques, ateliers de travail, colonies agricoles, etc., etc.,
toutes ces institutions, toutes ces améliorations viennent dé-
finitivement aboutir entre les mains de l'architecte. L'archi-
tecture est le grand instrument des réformes modernes. Nos
confrères le comprendront. Ils se tiendront à la hauteur du
grand devoir que le siècle leur impose.
Dans notre dernier écrit, nous défendions la liberté des
artistes {Lettre à M. Vitet, col. 392), la liberté du senti-
ment humain et le droit d'user sans réserve de toutes les
formes dont la nature a composé l'alphabet architectonique.
JNous pensons que la révolution de février nous a donné
définitivement gain de cause, qu'elle a jugé la question en
dernier ressort. Si nous nous étions trompé, si la même
cause devait se plaider encore une fois, la Rerue se char-
gerait de faire confirmer le premier jugement.
En attendant, nous avons à aborder des questions nou-
velles.
Hier, le gouvernement de la France était monarchique,
aujourd'hui nous avons une constitution républicaine. Quelle
influence re changement de forme politique peut-il exercer
sur le développement de l'art et le sort des artistes?
Hier, le principe gouvernemental était un principe de
privilège : royauté héréditaire (privilège en faveur d'une fa-
mille) ; cens électoral (privilège en faveur d'une classe de
citoyens), etc., etc.; et notre devise était : Liberté, Orén
public. Aujourd'hui, le principe de notre constitution est le
principe de l'égalité des droits : plus de chef héréditaire,
plus de censitaires, mais partout l'élection, le sufTrasc uni-
39
491
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
492
versel, la souveraineté eolleclive, el nous avons pour de-
vise : Liberté j Égalité, Fraternité. Quelle action ce chan-
gement de principe politique peut-il exercer sur le dévelop-
pement de l'art et le sort des artistes?
La Revue n'est pas un recueil politique, et nous nous
Tarderons de l'oublier; mais comme la politique n'est autre
chose que la science du gouvernement, que les gouverne-
ments régissent les destinées des pays, et par conséquent
celles de l'art, force nous est bien d'étudier l'iniluence de la
forme politique sur l'art, et réciproquement, sous peine de
laisser une grande lacune dans la série de nos études.
Les natures réellement artistes jugent toutes choses ins-
tinctivement du point de vue de l'art, et chaque classe spé-
ciale d'artistes apprécie les événements de la vie du point de
vue de sa spécialité. Le musicien, le peintre, l'architecte,
chacun veut la prospérité de son art, et chacun a mille fois
raison : raison au nom de son intérêt individuel, raison au
nom de la civilisation, raison au nom de la Raison elle-même.
Le culte de l'art, c'est le beau. Le but suprême de l'art,
c'est la réalisation de plus en plus générale du beau dans
toutes les sphères de la vie, dans tout ce qui est ma-
tière, sentiment, pensée ou religion. Les artistes ont
donc le droit et le devoir , non - seulement en raison
de leurs intérêts individuels, mais au point de vue supé-
rieur du progrès, du perfectionnement général, d'appré-
cier tous les événements d'après leur action favorable ou
défavorable sur l'art. Absolument parlant, toute forme po-
litique, sociale, industrielle ou religieuse qui est contraire à
l'art, est par ce seul fait une forme inférieure, mauvaise,
immorale; car ce qui est contraire à l'art tend à développer
le laid dans le monde, et le laid est aussi exactement le
rayonnement ténébreux de l'erreur et du mal que le beau
est la splendeur du vrai et du bien.
Pour les artistes, le beau est comme le guide des Hébreux
dans le désert : une colonne de feu au milieu des ténèbres.
Qu'ils s'éclairent donc à sa lumière, qu'ils se chauffent à sa
chaleur.
D'ailleurs, ignorer les relations de la politique et de l'art,
c'est ignorer l'histoire des transformations de l'art dans ses
causes essentielles. C'est se réduire à ne voir dans l'art
qu'une forme matérielle, et dans ses diverses modifications
qu'une succession de faits sans causes génératrices.
Nos lecteurs, corps d'élite des artistes européens, nous
pouvons le dire, ne sauraient consentir à accepter cette triste
situation intellectuelle, cette abdication du plus noble des
droits de l'esprit, celui de se rendre compte de la raison d'être
des choses. Aujourd'hui que toutes les légitimités tradition-
nelles sont mises en question, en art aussi bien qu'en poli-
tique et en économie sociale, il faut bien savoir à quelle école
d'art on appartient, et pourquoi on y appartient, sous peine
de descendre parmi ses confrères au rang du parfait soldat,
c'est-à-dire d'un être qui ne s'appartient plus, qui remue les
jambes suivant le rhythme d'un tambour et tue méthodique-
ment en douze temps et au commandement.
L'art manifeste la vie contemporaine, c'est évident. Les
révolutions qui s'accomplissent en dehors et autour de lui
sont destinées à faire naître dans son sein des agitations
semblables. L'art, se moulant sur la société, reproduit né-
cessairement tous les changements qui se font en elle. An-
ciennement, la France était féodale et profondément reli-
gieuse, et alors, l'art aussi était religieux et féodal; les châ-
teaux forts et les monastères commandaient les campagnes,
les tours des forteresses et les flèches des églises dominaient
les villes. Quand le principe du gouvernement, en France,
devint plus exclusivement civil, aussitôt l'art se fit laïque;
les architectes construisirent plus de palais et d'hôtels de
ville que d'églises, les peintres et les sculpteurs représen-
tèrent des scènes puisées plus souvent aux inspirations de la vie
terrestre que dans les martyrologes et les légendes sacrées.
Avec les monarchies, l'art a été monarchique, aristocra-
tique avec lesaristocraties, et bourgeois avec les bourgeoisies;
avec la démocratie l'art sera démocratique.
Mais comment? Sous quelles formes? Par quels moyens?
Qu'est-ce que l'art démocratique?
Et qu'est-ce que l'art monarchique, aristocratique, laïque,
religieux? Et même mieux encore, quels sont les rapports
qui existent ou qui peuvent exister entre l'art et toutes les
autres activités constitutives des sociétés?
A toutes ces questions, il est réellement bien temps de
répondre. L'enseignement officiel se tait, cependant, et les
auteurs qui écrivent librement sur l'art, philosophes, ama-
teurs et journalistes, tout comme les professeurs brevetés du
gouvernement, se bornent, qui à chercher les rapports du
l'art avec les idées absolues du bien, du vrai, du juste; qui
à faire l'anatomie des cadavres de l'art défunt, amoncelant
des faits comme les carriers amoncellent des pierres, sansja-
mais faire entrevoir le monument harmonieux que doit réali-
ser la mise en œuvre de ces matériaux.
C'est même un fait étrange que cette lacune dans les études
de l'art, tellement étrange , que depuis trois mois nous
avons passé en revue plus de cent volumes sur l'art pour
faire une classification des méthodes adoptées par les auteurs,
et, il faut bien l'avouer, parmi les nombreux écrivains de
tous pays qui ont traité de l'art, il n'en est pas, que nous
sachions, un seul qui ait formulé et abordé l'examen de la
question fondamentale, de la première question qu'il faudrait
régulièrement se faire en commençant un traité ou une his-
toire, soit de l'art en général, soit de l'un quelconque des
beaux arts, à savoir : De quoi se compose l'étude universelle,
intégrale de l'art ?
Si cette question avait été examinée par les professeurs
officiels ou par les écrivains de la presse, le public eût senti
quelque indignation du profond oubli où on a laissé tomber
l'art depuis février, et les artistes auraient su défendre un
peu mieux la cause de l'art et leur propre intérêt. Mais loin
de là, les artistes ont été les premiers à nier les droits et la
juste inûuence de l'art. L'art n'a aucun rapport, disaient
quelques-uns, avec la politique, avec l'industrie, avec les
/|93
REVUE DR L'ARCHITBCTURE ET DES TRAVAUX PURLIC8.
A9i
questions de finance, etc., etc.; les artistes doivent s'occuper
exclusivement de la pratique de leur art; ils n'ont que foire
des relations que l'art peut avoir avec les autres rouages du
mécanisme social.
Bizarres préjugés, en vérité, que de croire que les artistes,
qui n'ont pour mission que de réllécliir leur époque, doivent
.se garder de l'étude do cette époque, de ce qui fait leur vie !
Aussi cette ignorance suprême a-l-elle reçu son châtiment :
depuis février, l'art a été jeté au rebut. Pendantquatremois
un grand poète s'est trouvé h la léte du pays, et pendant ce
temps ce poëte s'est conformé très strictement au préjugé
que nous flétrissons. Lui aussi avait jugé sans doute que l'art
n'avait rien h faire dans la grande évolution nationale qui
s'accomplissait. Le porte a oublié les droits de la poésie ; il a
pu méconnaître l'action énergique de l'art sur les passions hu-
maines. Pendant que les populations sans travail se traînaient
par les rues s'irritant, s'excitant par le spectacle de leur mi-
sère commune et la confidence de leurs colères, cinq mille
artistes, dessinateurs, musiciens, architectes, artistes-dra-
matiques, etc., etc., se courbaient, humilii's, dans les ate-
liers nationaux, pour un salaire de huit francs par semaine.
Et on n'a pas pensé que ces artistes pouvaient flatter le
sentiment populaire par des concerts publics quotidiens, par
des spectacles gratuits largement organisés; on n'a pas com-
pris qu'ils pouvaient agir puissamment sur les passions de cette
foule, et faire dériver hors les voies de la colère ces énergies
déchaînées pour les pousser au dévouement, au sacrifice,
au nom de la grandeur nationale, de la gloire et de la patrie.
On n'a pas pensé non plus que les écoles nationales de dessin
manquent de modèles pour les études ; que ces écoles ne sont
qu'au nombre de cinq, alors qu'il en faudrait quinze,
vingt, trente, et qu'un jour on achètera. Dieu sait à quel
prix, les modèles que les artistes eussent été si heureux de
taire au rabais ces mois derniers.
Et ces dessinateurs, sculpteurs, modeleurs, peintres,
dont les inspirations et les charmantes compositions font
la gloire et le succès dn commerce français, on n'a pas
pensé qu'au lieu d'employer ces mains habiles et délicates
à casser des cailloux pour les grandes routes ou à remuer
inutilement la terre du Champ de Mars, on n'a pas pensé
qu'on pouvait leur demander des modèles pour nos fabri-
ques, qu'on pouvait ouvrir parmi eux des concours ému-
latifs d'où seraient sorties de ravissantes créations qui au-
raient battu monnaie sur les marchés étrangers après avoir
traversé nos manufactures!
Et qu'on dise encore, et que de malheureux artistes y ap-
plaudissent, que l'art n"a rien à faire avec la politique, avec
le commerce, l'industrie et les autres organes de la société !
L'art est calomnié par l'ignorance. Les artistes sont ruinés
et discrédités par d'absurdes préjugés. Il est franchement
temps de réagir, de tuer l'ignorance par la science, de dis-
siper les préjugés par l'examen.
A défaut de l'enseignement officiel, à défaut des autres or-
ganes de la presse périodique, la Revue ne faillira pas ti l'appel
du devoir. Dès l'onverture du prochain volume, nous e»-
quisscrons le tableau général des rapports de l'art avec tout
ce qui lui est extérieur, et nous dirons de quoi se compote en
effet Vélude univertelle et intégrale de Part. Ce fera la
meilleure réponse que nous pourrons faire h ces artistes qui
entendent s'enfermer dans leur petit monde comme l'hottre
dans sa coquille, au risque d'y étouffer, comme on ne le voit
que trop depuis février.
C£riAk DALY.
PANORAMA D'EGYPTE ET DE NUBIE.
([)eaxième et dernier article. Voy. col. &17.)
Denderah est un monument de la décadence de l'art égyp-
tien. On arrive devant son beau portique en traversant un
bosquet de dattiers, de doums et de mimosas h fleurs jaunes
odorantes. La façade du temple est tournée vers le Nil, et
une inscription grecque, gravée sur le listel de la corniche,
apprend aux voyageurs lettrés que le pronaos (voy. pi. h^)
fut élevé par les habitants de la métropole et de la nome,
qu'il fut consacré à Ajihrodite, déesse très grande, et aux
dieux adorés dans le temple, l'an 21 de Tibère César, poor
la conservation de l'empereur Tibère César, fils da dieu
Auguste.
Le temple, construit en grès, est d'une belle conserva-
tion. Commencé par CléopAlre et son fils Césarion, il ne
fut terminé que sous les règnes des empereurs romains Adrien
et Anlonin le Pieux. Dans le dessin que nous donnons, le
temple est complètement dégagé h sa base de tout encombre-
ment, mais en réalité il est è moitié enterré dans des dé-
bris. Les chapiteaux du pronaos, ornés sur chacune de
leurs faces de la tète souriante de la déesse Isis, aux oreilles
de vache, ont été martelés et abimés, probablement par l«t
premiers chrétiens ou bien par des musulmans iconoclastw.
Une partie du temple a deux étages intérieurs. La diflé»
rencc des teintes de notre plan indique la disposition de OM
étages.
Ce serait peut-être le cas, h propos du plan de Dende-
rah, de rappeler en quoi consistait un temple égyptien,
quelles étaient les salles obligatoires, etc., mais nous avons
Zi95
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
496
encore une grande partie de l'Egypte à voir, et la Nubie nous
attend.
Après nous avoir fait parcourir la basse, la moyenne et
une partie de la haute Egypte, visitant Alexandrie, le Caire,
les Pyramides, le Fayoum ; interrogeant une suite de monu-
ments plus ou moins conservés, plus ou moins ruinés j les
uns ensevelis dans le limon du INil, les autres à moitié re-
couverts des sables du désert ; après nous avoir conduits dans
les nécropoles souterraines des chaînes libyques, à l'ouest,
des chaînes arabiques, à l'est; froissant tantôt des momies
de chats et de crocodiles, tantôt des cadavres humains im-
mobiles depuis trente siècles, et que les forces vivantes de
la nature essaient en vain d'entraîner atome à atome dans le
mouvement universel; après nous avoir fait courir rapide-
ment du nord au sud, l'œil toujours ouvert, l'index toujours
étendu, franchissant des débris gigantesques qui font rêver,
de pauvres villes et des villages encore plus pauvres qui font
pleurer, notre infatigable cicérone foule enfin du pied le soi
consacré où la ville des dieux repose dans la majesté de
ses ruines et de ses souvenirs; il nous conduit devant la mer-
veilleuse métropole de la plus ancienne civilisation connue :
ïhèbes, l'aieuledeBabylone, d'Athènes etde Rome ;Thèbes,
flambeau qui brille encore mystérieusement au fond du
brouillard dans lequel se plonge et se perd la route par-
courue par la civilisation; Thèbes, qui couvrait 250 kilo-
mètres carrés de terrain, qui marque peut-être la première
halte des hommes en marche vers l'avenir, et dont les ruines
excitent encore dans l'àme une émotion et sur la chair un
frisson que ne connaîtront pas nos descendants en contempla-
tion devant les derniers vestiges de Paris ou de Londres; car
les ruines de Thèbes verront encore s'éteindre et s'effacer
les souvenirs de nos capitales modernes, avant que le temps
ait pu renverser ses dernières murailles et dévoré ses mas-
sives colonnes.
A quelle époque précise remonte la fondation de Thèbes?
Nul ne le sait. Thèbes seule est assez vieille pour raconter
sa propre histoire.
Des monuments qui comptent près de quatre mille ans
d'âge, en s'écroulant, ont rendu à la lumière des débris
sculptés qui avaient appartenu à des édifices plus anciens.
Quelles mains avaient élevé ces antiques constructions? Quels
étaient alors les mœurs et l'état social du pays d'Egypte?
Chose étonnante! non seulement les précieux débris ainsi
rendus au jour sont égyptiens, mais ils font reculer l'origine
de la civilisation dans celte contrée à des temps antérieurs
aux traditions historiques. Les hiéroglyphes qu'on y voit sont
profondément gravés dans la pierre. Comme les hiéroglyphes
de la grande pyramide, ils prouvent la haute antiquité de la
parole écrite, et le travail de la sculpture démontre les pro-
grès industriels et artistiques déjà accomplis dans ces âges
lointains.
Parviendrons-nous un jour à soulever davantage le voile
qui nous dérobe encore les mystérieuses origines de ces
antiquités? La plupart des savants en désespèrent, comme
on désespérait aussi, il y a peu d'années encore, de déchif-
frer jamais l'écriture sacrée des Egyptiens, comme aujour-
d'hui on proclame l'impossibilité de découvrir jamais le sens
caché des hiéroglyphes qui décorent les monuments des abo-
rigènes de l'Amérique centrale.
Quant à nous, nous ne saurions nous courber sans résis-
tance devant cette déclaration d'impuissance; nous ne sau-
rions nous résigner à croire que la page usée, effacée et
maculée qui figure en tète des annales de l'humanité, ne sera
jamais déchiffrée ; que l'histoire ressemblera toujours à un
labyrinthe dont on chercherait en vain l'entrée et la sortie.
Chaque terre d'alluvion est pleine des secrets du passé ;
chaque monument, chaque ruine a une longue histoire à ra-
conter, et nous avons des générations et des siècles devant
nous pour chercher, interroger et écouter.
Thèbes est située sur les deux rives du Nil, à 131 lieues
du Caire et à 172 d'Alexandrie, en comptant les sinuosités
du fleuve. Elle est assise au milieu d'une vallée merveilleu-
sement fertile, entre la Méditerranée, la mer Piouge et la
Nubie, avec un ciel toujours pur et un climat admirable. Elle
fut le foyer du luxe, des sciences et des arts de l'ancien
monde, et elle excita la convoitise de tous les conquérants
barbares qui pouvaient l'atteindre.
Mais la haine passagère de ses envahisseurs n'eût pas
suffi pour bouleverser Thèbes. A l'action patiente et infati-
gable du temps, aux violences des hommes, aux attaques pé-
riodiques et séculaires du Nil, il fallut le secours d'une de se.s
effroyables convulsions de la nature devant lesquelles toute
autre force est faiblesse. 11 fallut que la terre tremblât, qu'elle
s'entr'ouvrît pour faire écrouler les temples géants de la ville
sacrée.
Thèbes dut sa grandeur à la religion ; elle fut l'œuvre de
l'esprit hiératique, et aussi longtemps que le sceptre sacer-
dotal régit l'Egypte sans contrôle, Thèbes en fut probable-
ment l'unique métropole. Plus tard, le siège de l'autorité
royale fut établi à Memphis.
A quelle époque Memphis devint-elle la ville capitale de
l'Egypte? A la suite de quelle révolution radicale le foyer
de la nation, le siège de l'administration fut-il transporté du
midi au nord?
Cette question ne saurait être résolue par l'unique secours
de la tradition. Il faudrait ajouter d'autres lumières à celles-
làj et au risque de surprendre les historiens, nous n'hési-
tons pas à affirmer qu'on trouverait ces nouvelles lumières
dans l'histoire philosophique de l'architecture.
On pourra sourire de cette prétention d'éclairer une ques-
tion d'histoire politique par des observations déduites de la
théorie de l'architecture. Notre prétention n'est rien moins
qu'exorbitante cependant. Si l'architecture est le résultat
de l'état industriel, moral, intellectuel et religieux d'un
peuple, quoi d'étonnant de remonter de l'architecture, qui
est un fait, aux causes qui l'ont produite? Les rapports né-
cessaires d'une société avec son architecture constituent une
question qui appartient à la philosophie de l'architecture, et
A97
REVUE DE LAUCHITECTIKE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
406
la manifestation ù tous les ftges et dans tous les [lojs, de
cette corrélation est un fait qu'il appartient à l'Iiistoire phi-
losophique de l'archilecture d'étudier et de faire comprendre.
Ce n'est pas au hasard, comme on l'a dit fort souvent, que
les villes se forment, mais bien sous l'influence de nécessités
locales combinées avec des nécessités et des puissances so-
ciales.
Tantôt ce sont les besoinsde la défense qui ont déterminé
l'assiette et les dispositions arcliitectoniques des villes; tan-
tôt ce sont les nécessités de l'industrie et du commerce qui
ont exercé l'influence prépondérante.
Les villes les plus heureusement situées pour permettre un
développement conforme aux besoins d'une administration
suprême et à toutes les nécessités qui s'ensuivent, nécessités
de défense, de rayonnement, de relations commerciales et
industrielles, etc., ces villes deviennent les villes métro-
poles.
Mais puisque Thèbes fut pendant longtemps la métropole
de l'Egypte, Thèbes dut satisfaire à toutes les nécessités d'une
administration suprême. Comment se fait-il cependant que
Thèbes ait dô ensuite se courber devant Memphis.' Quelle
force invisible mobilisait ainsi le siège de l'autorité de l'im-
mobile Egypte, le poussant vers la Méditerranée comme les
eaux du Nil?
La môme question se reproduit ù propos do Rome. Pour-
quoi Constantin abandonna-t-il Rome pour fonder une nou-
velle métropole à Ryzance?
La même question se reproduit encore dans l'histoire russe.
Pourquoi Pierre le Grand fonda-t-il une nouvelle métropole
à Saint-Pétersbourg, au préjudice de Moscou, l'ancienne ca-
pitale de son royaume ?
La fondation d'une ville, fut-ce celle d'une ville capitale,
est une question qui appartient à l'architecture, autant et au
même titre que la construction du moindre édifice public.
Ces deux constructions, la ville et l'édifice, sont des problè-
mes d'architecture qui ne diffèrent que par leurs proportions
et par le plus ou moinsgrand nombre de conditions qu'ils em-
brassent. Certaines villes ont été fondées d'un jet ; d'autres
se sont développées sous l'influence de besoins que le temps
et les circonstances ont fuit naître successivement. Il en a
été de môme de beaucoup d'édifices publics.
Nous supprimons ici une >ingtaine de feuillets de notre
manuscrit, que nous avions consacrés îi envisager l'architec-
ture comme instrument de politique générale, et nous reve-
nons à Thèbes. Dans un autre moment nous dirons ce que
nous taisons aujourd'hui.
Le Nil roule ses eaux fécondantes au travers de l'ancienne
métropole égyptienne, comme aujourd'hui la Seine traverse
Paris, comme la Tamise coule pnr le milieu de Londres et
la Neva par le milieu de Saint-Pétersbourg.
Comme Paris, Thèbes avait sa ville de la rive droite et sa
ville de la rive gauche.
Paris est le foyer de la civilisation moderne; sa rive droite
appartient au luxe, sa rive gauchci la sctenee. Thèbes fut la
ville des dieux et de la mort, c'est-à-dire la ville de la reli-
(jion : sa rive droite, à l'est, au «oleil levant, fut la ville
des dieux ; sa rive gauche, i l'ouest, aa soleil couchant, la
ville des morlt. Là, des temples, des temples et encore des
temples, immenses, gigantesques, surhumains; ici, des hy-
pogées, des sépulcres, des tombeaux. D'un cdié se grou-
paient les prêtres, de l'autre les embaumeurs. La vie de
l'antique Egypte était tout entière symbolisée dans son foyer
matériel, Thèbes.
Que reste-t-il de Thèbes ? Qu'on se figure des débris de
portes triomphales, d'avenues de sphinx s'éteodant parfois
jusqu'à une demi-lieue de longueur; des ruines de pylônes,
de temples, de galeries, de bassins, d'obélisques, de colosses;
tout cela énorme, immense, gigantesque, taillé dans le grès
et le granit et peint des plus éclatantes couleurs. Qu'on
s'imagine le tableau de cet immensité, debout, croulant,
renversée, toujours majestueuse, toujours sublime.
Des ossements, d'une architecture antédiluvienne, répan-
dus sur un sol qui garde peut-être le secret des premiers ef-
forts de la civilisation humaine, voilà aujourd'hui la Thèbes
d'Osiris et d'Isis.
11 y avait aussi des temples sur la rive ouest du Nil. Le.<
figures colossales d'Amenophe III, représentées p/. 35, et qui
ont !20 mètres de hauteur, précédaient un temple aujourd'hui
détruit, et construit par Amenophe III il y a aujourd'hui en-
viron 3500 années.
Ce fut une de ces figures^ celle du deuxième plan de notre
dessin, qui rendait autrefois des sons semblables à ceux de
la corde d'une harpe. Soixante-douze inscriptions, tant grec-
ques que latines, gravées sur les jambes et sur le socle du
colosse, confirment ce fait singulier. Ces statues, malgré
leur état de dégradation, impressionnent encore vivement
les spectateurs par leur grandeur, leurs lignes majestueuses
et la régularité de leurs proportions.
La;)/. 36 représente deux vues de la rive droite de Thè-
bes, de la rive des prêtres et des dieux. Ce sont des vue» de
Thèbes ressuscitée, des restaurations telles que leur auteur,
M. Horeau, a pu se les imaginer après l'étude faite sur place
de ce qui nous reste de ces anciennes constructions. L'une
représente le temple de Luxor, l'autre les monuments de
karnac. On appréciera mieux ces restaurations lorsqu'on aura
examiné attentivement les dessins que nous avons donnée
p/. 32,33; IcplandeRarnacpJ. ^2, et le plan de Luxor qu'on
trouve plus bas (1).
Dans les restaurations de Luxor et de karnac, on toit de
(I) La pi. 36 dooDC le dMtin d'un anaewi ég^pUra, eo verre 4e CMiiew,
rf préscDUnt uo œil, une goutte de wag et uoe langue. t.a gonile de Mog e»l
CD vrrre rouge. Ce petit bijou est nu curieux eiemple du symboliMneénptiea.
On suppose que l'anneau tymboliae la vie. En effet, la langoe, orfaoc 4e la
parole, peut symiMiiser la vie artite ; la goatie de sang, srmboic 4e la tcwa-
tion, peut représenter la vie paMire, et lœil, lorinM 4e la t»e, p(«l »j«i-
boliser la rie mixte, aclire et patsire.
hQQ
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
500
grands mâts avec des banderoles, fixés contre les faces des
pylônes. Il existe, en effet, contre les pylônes de beaucoup
de monuments égyptiens, des échancrures et des colliers en
pierre disposés comme pour recevoir des mâts ; mais cet
usage, si original et si élégant, de décorer le frontispice des
monuments au moyen de grands mâts à banderoles, est
établi d'une manière incontestable par le dessin que nous
donnons ci-dessous, et qui estropié d'après un bas-relief d'un
pylône dans la cour du temple de Khoiis (à Karnac, pi. 32).
Chaque mût porte trois banderoles, bleu, jaune et rouge.
Nous ne décrirons pas les monuments de Thèbes, les
temples qui étaient Ie,s palais des dieux; les palais qui étaient
les temples des rois; les tombeaux, tout à la fois temples et
palais de la mort; mais nous passerons immédiatement sur la
rive droite du Nil pour parcourir les ruines prodigieuses de
Karnac. L'inspection du plan général de Karnac {pi. 42)
fera comprendre la disposition des lieux.
A, indique une avenue de sphinx, qui conduisait aux portes
du mur en briques qui enfermait le terrain sacré. B, cour
avec des galeries latérales précédées de pylônes à mâts. Au
milieu de cette cour, il y avait autrefois une avenue de co-
lonnes, dont l'emplacement est indiqué dans le plan; au-
jourd'hui une seule de ces colonnes reste encore debout. C,
temple dédié à Ammon-Rha, le premier personnage de la
triade thébaine, formée de l'homme, de la femme et de
l'enfant (1).
Ce petit temple se compose de pylônes, d'une cour à pi-
liers, de figures pharaoniques, d'un pronaos et d'un sanc-
tuaire.
C'est à travers des blocs colossaux et les décombres des
(1) Ammon-Rha, principe mâle, père des Dieux.
Moulhe, mère et principe réminia.
Khons, le fils d'Ammou-Rha et de Mouthe, produit desd«HX principes, Ces
trois divinités étaient réunies en unité.
pylônes écroulés qu'on parvient jusqu'à la grande salie
liypostyle (salle soutenue par des colonnes), qui est une des
gloires de l'Egypte. Ce fut dans la salle hypostyle de Karnac
que se réunissaient peut-être autrefois les gouverneurs des
provinces. Elle est une des œuvres les plus étonnantes que
les arts aient créées. C'est un travail de géants et d'artistes,
une création de force, de grandeur, de majesté et de goût.
Les colonnes sont au nombre de cent trente-six; et de même
que les murs et les plafonds, elles sont couvertes d'hiérogly-
phes et de figures colossales, peintes des plus éclatantes
couleurs (voyez les pi. 32 et 37). Cette salle extraordinaire
fut bâtie 1380 années avant notre ère, c'est-à-dire il y a
3228 ans, par Menephtah I" (Ousirei) et continuée par ses
fils Rhamsès II et 111.
Aujourd'hui la désolation et la ruine habitent Karnac,
et les colonnes de sa grande salle hypostile portent les
marques de la violence des hommes et de la nature. (V oyez
l'état actuel de cette salle, vol. 5, col. 41 ; voyez dans ce
roL 7" les pi. 32 et 37.)
Après la salle hypostyle, on franchit une première cour
transversale, et on parvient à une seconde cour transversale
à travers les débris d'un pylône. C'est dans cette seconde
cour transversale, en avant du pylône écroulé, que se dresse
encore le plus grand obélisque connu. Il a 30 mètres de
hauteur. Autrefois ils étaient deux, l'un de chaque côté de
l'entrée de la cour.
Au sortir de cette deuxième cour transversale, on se trouve
dans la grande cour D, et on a immédiatement devant soi
les appartements de granit ou les chambres sacrées, au centre
desquels est un sanctuaire monolithe d'une richesse d'orne-
mentation réellement surprenante.
Au-delà des appartements de granit, en traversant la cour,
on arrive à une grande salle hypostyle qui s'annonce par deux
obélisques, et qui précède le palais dit de Mœris.
En dehors du monument principal et dans les limites de
l'enceinte sacrée de Karnac, on trouve plusieurs autres con-
structions importantes. Il s'en rencontre aussi immédiatement
en dehors de l'enceinte.
On a dégagé des galeries et des piliers osiriatiques à l'en-
droit marqué E. F est une porte qui se reliait au mur d'en-
ceinte. G. est une autre enceinte, avec quatre propylones,
renfermant des ruines. I indique des ruines qu'on suppose
avoir été un palais d'Amenophe III. Ces ruines sont précé-
dées des vestiges d'une avenue de sphinx à tête humaine.
Il n'en reste guère que les piédestaux. L'avenue se dirigeait
au nord-est.
J. Décombres et ruines d'un palais. — K. A droite et à
gauche de l'entrée latérale nord-est de la grande salle hy-
postyle, des bas-reliefs colossaux représentent Menephtah P""
sur son char, poursuivant des ennemis plus petits que lui. Le
roi tranche la tète à un chef qu'il a saisi dans son arc ; puis
il revient vers le Nil désigné par des crocodiles et traversé
par un pont, et il rentre en triomphe dans sa patrie.
L. Ruines d'un petit temple. — M. Autre grand bas-
&0i
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
M2
relief sur la face opposée, extérieure, de la (;ran(lc salle hypo-
style, représentant divers peuples vaincus par Sesonchis,
parmi lesquels la personnilicalion de Juda. (970 avant J.C.)
N, O, P, Q. Quatre cours précédées de quatre pylônes,
tous accompagnés de figures monolithes colossales en granitt
en grès ou en calcaire. Ce sonlUhamsè» 111 et IV, Ameno-
phe lI,Toutltniès let n,etMenephtali I. — U.ii.uincs d'un
propylone en granit, d'une galerie et d'uni; salle hypostyle.
S, indique les ruines d'un temple dédié à Khons, troisième
personnage de la triade tliébaine. Ce tem|de se compose
d'un sanctuaire, d'un pronaos liyposlilc éclairé par des jours
évidés dans lu pierre, et dont le plafond est complètement
effondré. (Voyez pi. 33.) Le pronaos est précédé d'une
belle cour à doubles galeries. C'est du temple de Khons
que provient le bas-relief reproduit col. /t99.
Du temple de Khons partait la grande avenue de sphinx
qui allait joindre le temple de Luxor, situé à un peu plus
d'une demi- lieue au sud, sur les bords de la rivière. Ces
sphinx, à corps de lion et à léte de bélier (symbole de la
force), étaient au nombre de 600 environ. On ne trouve
plus aujourd'hui aucun sphinx dans toute la longueur de l'a-
venue, mais une lignede terrain nivelé, bordé de deux lignes
de monticules égaux, ne laisse aucun doute sur l'existence
de cette avenue qui devenait peut-être un canal pendant la
crue du Nil.
T. Temple de Vénus Athor, déesse de ce feu générateur
qu'on a adoré plus ou moins de tout temps et en tout lieu.
— U. Avenue de sphinx à tôle de bélier. Il conduit à un
mur d'enceinte, en briques crues, dont on ne voit plus que
des traces.
Le temple en facede l'entrée, U, est entouré d'une deuxième
enceinte. Il est dédié à Mouth, deuxième personnage de la
divinité thébaine. Entre les deux enceintes se voient les ves-
tiges d'un bassin sacré.
X indique le point de jonction de trois avenues de sphinx :
celle conduisant au temple de Khons, dans l'enceinte de
Karnac; celle conduisant au temple de Alouth (U), et celle
conduisant à Luxor.
Le temple de Luxor, dont nous donnons le plan ci-des-
sous, ne fut pas construit d'un jet. Amenophe III, le Pha-
raon de la statue dite de Memnon [pi. 35), lit bAtir les py-
lônes, les galeries et le fond de la cour D, ainsi qu'une partie
de la grande galerie qui relie les deux pylônes, 2050 ans
avant J.-C, c'est-à-dire il y a 3898 «lis. La cour B et le
pylône d'entrée furent construits poitéricurenientpar Rham-
sès II. Le grand Sésoslris, Rhamsès III, décora ce pylône,
et quelques Ptolémécs firent des additions au monument.
L'axe du plan présente une déviation j elle correspond
aux additions faites postérieurement à la fondation du temple
et fut causée par la nécessité d'éviter l'action du Nil.
Â, indique l'extrémité de l'avenue des sphinx qui rattache
Luxor à Kurnac. En avant des pylônes, il y a quatre colosses;
puis, plus avant encore, il y avait autrefois deux obélisques ;
il n'y en a plus qu'uu. L'autre obéli.squc, celui du cdté droit,
se dresse, depuis 1836, sur la place de la Concorde, k Paris.
Heureusement les Anglais n'ont pas profité de l'autorisalion
que leur avait donnée le vieux Méhémet-Ali, d'emporter l'o-
bélisque qui est encore en place.
Les surfaces de l'obélisque de la place de la Concorde pe
sont pas planes, comme on le pense généralement, mais i
double courbure. Les arêtes sont courbes et non pas droites.
et les angles, au lieu d'être droits, sont obtas, avec les cAte«
courbes. Une autre particularité à remarquer, c'est que le»
hiéroglyphes, dans le voisinage des arêtes, sont moins pn>-
fondément creusés que les autres, sans doute ponr pe pw
affaiblir la pierre dans les endroits les plus exposés.
L'obélisque parisien pèse 229,500 kilogr. Sar de«i dr
ses côtés, la base mesure 2 m. ft& ; les deui autres cAlés ne
mesurent que 2 m. k'i. La section horizontale à la base du
pyramidion donne 1 m. 58 et 1 m. 50 pour mesures dCi
côtés.
Si les ruines de Karnac et de Laior avec leurs obélisques
503
BEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
50A
et leurs colosses brisés, renversés ou enlevés, nous impres-
sionnent encore si vivement, nous qui n'y attachons qu'une
valeur d'art et de souvenir, combien devait être puissante
leur action sur ceux qui y trouvaient exprimés la gloire de
leur pays, la puissance de l'art, de la science et de l'indus-
trie nationale, les symboles vénérés de leurs plus saintes
croyances?
En faisant ce rapprochement, on se sent pris du besoin de
faire pénétrer encore une fois la vie et l'ordre dans toutes ces
ruines; et nous regardons avec plaisir les efforts tentés par
M. Horeau de restaurer ces temples et ces palais avec leurs
avenues de sphinx et leurs mâts à banderoles flottant dans
les airs; nous aimons à voir les maisons des hommes grou-
pées ou pied des palais des Pharaons et des temples des
dieux.
Les pharaons, pour faire accréditer leur origine divine,
devaient montrer aux peuples des ouvrages surhumains, des
ouvrages dignes des dieux. Et vraiment, dans ces temps
reculés, réduits à leurs seules ressources, eùt-il été possible
de les surpasser en audace et en grandeur?
Notre pi. 37 présente un parallèle des principales va-
riantes de ce qu'on peut appeler les ordres égyptiens. Cette
planche montre une progression très régulière de ces ordres
depuis les formes les plus simples, jusqu'aux formes les plus
riches.
Le n° 1 est un pilier carré coiffé d'un dais, et à côté se
voit un pilier carré sans couronnement, mais orné dans sa
partie supérieure de fleurs de lotus. Au n» 3, le pilier carré
à chapiteau a atteint un plus grand degré de raffinement. Le
n" 2 montre un pilier à huit pans; c'est une transition entre
le pilier carré et le fût à plan circulaire. Le couronnement
de ce pilier et l'entablement méritent l'attention des artistes.
Il y a une grande analogie entre cette variété égyptienne et
l'ordre dorique. (Voy.Beni-Hassan,;)/. 13.) Le n° i montre
une colonne dont les épannelurcs sont plus nombreuses que
dans l'exemple précédent. Le fût du n° 5 est devenu même
cylindrique, et le n' 6 nous offre des cannelures à section
angulaire. Parfois aussi le fût des colonnes égyptiennes re-
présente des groupes de tiges de lotus avec des rubans et
des légendes; mais dès ce moment, on entre dans le monde
du caprice, région peu connue des véritables artistes de l'an-
cienne Egypte.
Aux chapiteaux purement géométriques succédèrent les
chapiteaux ornés d'emprunts faits au règne végétal indi-
gène, le bouton de lotus et le lotus épanouis, comme dans
les salles hyposlvles de Karnac et du Rhamesseion. Du cha-
piteau à feuilles renversées (n» 5), on ne connaît qu'un seul
exemple, celui des appartementsdu palais de Mœris, à Karnac.
On compléterait cette liste en signalant les chapiteaux
ornés de têtes de ïiphon et d'Isis, comme à Denderah, à
Esné, etc., et ceux à feuilles de palmier et à feuilles diverses
groupées ensemble; mais toutes ces variétés recherchées
n'appartiennent guère qu'aux époques de décadence, aux
époques des Grecs et des Romains.
Ce qui ajoute beaucoup aux plaisirs du voyageur, c'est le
contraste, la variété, le passage instantané et si fréquent
des grands souvenirs du passé aux réalités du présent.
Nous serions heureux de rompre de même la monotonie
de nos descriptions et de nos commentaires. Nous ferions
volontiers sortir nos lecteurs de ces ruines, de cette mort,
de cette majesté si sombre dans sa grandeur, dans sa durée
et jusque dans son éclat. Mais, parvenu au point où
nous en sommes, laissant Thèbes derrière nous, et nous
avançant rapidement au travers de la haute Egypte, vers
la première cataracte et la terre de Nubie, l'architecture
féerique des Arabes n'est plus guère représentée que par
les misérables huttes des fellahs. Notre confrère, M. lloreau,
cherchait dans l'étude des usages et des coutumes des
habitants actuels de l'Egypte ce contre-poids que nous ne
pouvons offrir à nos lecteurs. M. Horeau rencontrait con-
stamment le présent à côté du passé, la vie arabe auprès
des souvenirs égyptiens, se servant réciproquement de re-
poussoir et de variante. A défaut de monuments arabes, il
avait encore l'existence arabe, et il raconte en fort bons
termes une soirée passée chez le gouverneur d'Esné, homme
aimable et hospitalier envers les voyageurs européens, à qui
il offre tous les agréments de son séjour, dîner en plein air,
café, pipes, et le soir spectacle d'Aimées.
«Ces Aimées, dit notre voyageur, vives, joyeuses, dansent
à la lueur des flammes de bois résineux, entourées de musi-
ciens et de chanteurs qui les excitent par une musique
bruyante, chantée à l'unisson, avec accompagnement de
claquements de mains, tandis qu'elles-mêmes jettent sans
cesse aux spectateurs de plaisantes paroles improvisées.
50*i
IlEVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
506
« Ces naïves filles de la nature, aux vêtements transpa-
rents, ne voilent point leurs émotions; ce qu'elles éprouvent
elles l'expriment et le font éprouver au spectateur. Vraies
bacchantes antiques, ces sylphides d'Orient réalisent, chez
les Musulmans, les rêves d'amour avec les divines Houris
promises par Mahomet. 11 semble qu'elles n'ont que le
souffle d'un moment à dépenser sur la terre. Cependant lo
Turc, blasé par l'iiabitude, reste froid et grave devant leurs
poses lascives et leurs gestes passionnés.
I) Ces sortes de fêtes se prolongent fort avant dans la nuit.
De temps en temps on tire des coups de pistolet ou de fusil,
sans doute pour réveiller l'assemblée, qui sans cela pour-
rait s'endormir. Dans la danse représentée ici, l'une des
Aimées, ayant sur la tête un vase rempli d'eau, se défend
en badinant, avec un sabre, contre ses adorateurs. »
Nous ne nous arrêterons pas à signaler d'autres vestiges
de l'antique Egypte, avant d'avoir atteint l'île sacrée de Phi-
lœ, jadis un des centres du culte d'Osiris et d'Isis, et,
comme tel, impénétrable à tout autre qu'aux membres de la
caste sacerdotale,
La PI. 43 donne le plan et la coupe du grand temple de
Philœ ; la PI. 35 montre l'entrée de l'île du côté de l'est;
et la PI. .38 donne l'aspect général de l'île et de toutes ses
ruines, vu en regardant vers le nord.
Dans le plan (PI. 43), A indique le vestige d'un petit
temple de Vénus Athor; B, les ruines d'un autre petit
temple ; C, la grande cour à galeries précédant l'entrée du
grand temple et un escalier descendant au Nil.
D, est un ancien propylone dédié à Isis, et qui prouve
qu'il y avait sur cet emplacement un temple plus ancien que
le temple actuel. A droite, en entrant sous la grande
porte du milieu du pylône on voit une inscription tracée par
nos soldats républicains du dernier siècle.
L'an 6 de la Uepiihlique,
le i3 messidor,
une armée française commandée
par Bonaparte est descendue
à Alexandrie.
L'armée ayant mis, vingt jours
après, les mamelHcks en faite
aux Pyramides,
Desaix, commandant la
première dirisinn, les a
poursiiiris au delà des
cataractes, oit il est arrivé
/« 13 ventôse de l'a» 7.
Les généraux de brigade
Davoust , Priant et BelHard :
Donzelot, chef de l'élat-major:
Latournerie, commandant l'artillerie;
Eppler, chef de la 21" légère;
Lei'i [ventôse, an 7 de la République :
Gnyé par Casicx, srulptear.
E, monument dédié à Vénus Athorct à la délivrance d'Isis,
qui vient d enfanter llorus. Il se compose d'un pronaos et de
T. Vil.
trois salles entourées de galeries qui dégagent dans le pro-
naos. F, morceau de granit évidé pour servir de salle. En
traversant le deuxième pylône, on trouve une cour sacrée
précédant le pronaos du grand temple d'Isis et d'Osiri».
G, porte en granit. H et I, à droite età gauche de G, deoz
édifices dont on ignore la destination.
La plupart de toutes ces constructions sont de la période
gréco-romaine.
Après cet examen du plan, si on regarde la vue générale,
PI. 38, on verra les élévations de tous ces monuments dont
nous connaissons la situation. L'ensemble de l'tle se déve-
loppe sous le regard, et au delà s'étend la terre de la Haute-
Egypte, traversée par le Nil et bordée par les sables des
déserts, où le mouvement ne se manifeste que par les
trombes qui s'élèvent en tourbillonnant jusqu'aux nues.
Après avoir parcouru la Nubie, passant de ruine en ruine,
le voyageur, à une demi-heure au-dessus d'Ibrim. est tout
à coup frappé d'étonnement et d'admiration en découvrant,
sur la rive gauche du Nil, les temples d'ibsamboul taillés' à
même la montagne, décorés de colossales figures et de beaux
hiéroglyphes admirablement conser^'és.
Ces deux temples sont du temps de Sésostris.
C'est le petit temple (Voy. le plan et l'élévation, PI. 39,
coupe et détails, PI. 40) qui est le plus au nord. Sa façade
regarde le S.-E. Cette façade, coupée en talus sur la m.Tsse
de grès qui, à cet endroit, borde le Nil, est ornée de six
colossales figures évidées en haut-relief, dans six niches, et
de beaux et profonds hiéroglyphes qui entourent les niches
et la porte d'entrée.
Les têtes des colosses sont des portraits. Elles représen-
tent Sésostris et sa première femme Moiifréarî. .V leurs pieds
sont leurs enfants aussi sculptés en haut-relief, et qni sont
doubles de la stature humaine.
Sur les parois du sanctuaire se voient les restes d'une
figure de femme, sous les traits de la femme de Sésostris,
incorporée pour ainsi dire dans la vache sacrée. Notre PI.
40 reproduit ce bas-relief, qui est très-dégradé.
Le petit temple ne peut s'appeler petit qu'en raison des
colossales proportions de certaines parties du temple voisin,
qu'on a bien le droit d'appeler le grand temple. (Voy.
plan, coupe, élévation et détails de ce temple dans les
PI. ,39 et 40.)
Ce monument, comme le précédent, est un spéos oo
excavation pratiquée dans le roc. Sa façade devait com-
muniquer, sans doute, avec le Nil par un perron aujour-
d'hui caché peut-être sous la montagne de sable qui s'ac-
cumule à la base du spéos.
Quatre statues assises de Rhamsès III, ayant ses enfants
entre les jambes, décorent la façade du temple. La partie
supérieare d'un des colosses s'est détachée de la masse, et
le sable, en s' accumulant, l'ensevelit chaque année pins
profondément. Dans la vue, PI. .IQ, M. Iloreau a déblayé ce
sable ; il a remis en place le buste tombé, et il a jeté sur
tout le paysage un air de fête : une procession religieuse
30
507
REVUE DE LÂRCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
rj08
gravit les perrons des deux temples. Ces processions sont
arrivées par le Nil sur des bateaux dont les formes rappel-
lent celles des barques chinoises, mais qui sont exactement
reproduits d'après les modèles qu'on trouve dans certains
tombeaux égyptiens. Les têtes des colosses se ressemblent
parfaitement entre elles et aux têtes de toutes les autres
statues de Sésostris qu'on trouve à Tlièbes et ailleurs.
Les carrières qui ont produit les matériaux de construc-
tion, calcaire, granit, grès, etc., de tous ces grands monu-
ments d'Egypte et de Nubie ne sont pas ce qu'il y a de moins
intéressant à visiter. Nous aurions bien voulu les examiner
en détail avec les lecteurs de la Reçue, mais le manque de
temps nous a contraint de négliger bien d'autres études inté-
ressantes ; cependant nous ne quitterons pas la Nubie sans
dire un mot d'un petit monument dont nous avons le dessin
sous les yeux [pi. 41), et qui se trouve au milieu des car-
rières de Garthassey, sur la rive gauche du Nil. C'est une
petite chapelle taillée dans le roc (Spéos) et entourée de
toutes parts d'inscriptions grecques et latines. L'une de ces
inscriptions ditque les visiteurs contribuaient par leur argent
ou manuellement à l'extraction des matériaux de la carrière,
ce qui était une œuvre méritoire aux yeux de la religion.
Le piédestal, en avant de la chapelle, était autrefois dans
la niche. Il aura été enlevé par quelque chercheur de trésor.
Ce petit édicule est décoré avec des formes d'une légèreté
et d'un élancement qui surprend au sortir des ruines mas-
sives et puissantes que nous avons parcourues.
Sur la. ;;/. 43, on remarque deux dessins fort curieux dont
nous n'avons encore rien dit. Ce sont deux exemples de cor-
niches à oves, dus au crayon de feu Nestor Lhote.
11 y a une vieille école de matérialistes qui voit dans toute
similitude, dans toute analogie de forme, la trace d'une
imitation ou d'un larcin.
Certains sauvages des îles du Sud portent des casques
ornés de plumes, mais dont la forme se rapproche beaucoup
de celle des anciens casques grecs, et voici aussitôt des ar-
chéologues en campagne pour prouver que quelques vais-
seaux de la flotte d'Alexandre, chargée de descendre l'Indus
jusqu'à la mer, ont bien pu être poussés par le caprice des
vents et des flots jusque dans les îles de la mer du Sud.
Il y a de hautes tours isolées en Perse ; il y en a égale-
ment en Irlande , en voilà assez, un peu de philologie aidant,
pour qu'un archéologue consacre un énorme volume pour
prouver que les premiers Irlandais venaient du pays d'Iran.
Si parfois des rapprochements remarquables de formes
peuvent aider à confirmer la probabilité de rapports anciens
de peuple à peuple, il arrive aussi que souvent ils n'établis-
sent qu'un fait bien simple et qu'on oublie facilement, à sa-
voir : que les hommes sont toujours et partout des hommes
agissant, aimant et pensant d'après des lois communes à
l'humanité tout entière.
De ce que les colonnes du Spéos de Beni-Hassan et les
corniches à oves {pi. 43) ont quelque rapport avec l'archi-
lecture grecque, nous ne nous hâterons pas donc de con-
clure que les Grecs ont emprunté les principes de leur
architecture aux Égyptiens.
Nous terminerons ici notre travail par un extrait du livre
de M. Horeau, qui résume fort heureusement les caractères
généraux de l'art égyptien et les traits caractéristiques des
temples.
« Aucune nation de la terre, qu'elle appartienne aumonde
ancien ou au monde moderne, n'a élevé de plus gigantes-
ques, de plus splendides monuments que les Égyptiens. Ces
monuments se divisent en trois classes bien distinctes : dans
la première sont ceux qu'achevèrent les premiers Pharaons;
ils sont du plus haut intérêt par leur supériorité artistique, et
surtout par leur haute antiquité, qui remonte aux premiers
âges du monde. Les monuments de la deuxième et de la troi-
sième époque sont dus aux Grecs et aux Romains, qui pres-
que toujours se sont bornés à réédifier d'anciennes construc-
tions détruites par les Perses. Dans ces derniers, on voit que
l'art de la sculpture est d'autant plus en décadence que les
monuments sont plus modernes ; probablement parce que,
à cette époque d'invasion, les artistes devenaient soldats.
» Dansles temples égyptiens, la sculpture peinte apporte
toujours son charme; elle décore les massifs pyramidaux des
pylônes par d'immenses et durables tableaux de victoires et
conquêtes. Au fond d'une première cour à simple galerie,
un deuxième pylône, orné d'un plus grand nombre de mâts
pavoises que le premier, et rehaussés de colossales figures,
donne entrée à une deuxième cour à galeries doubles ; les co-
lonnes de ces galeries sont recouvertes de tableaux, les cha-
piteaux sont à fleurs de lotus épanouies, quand ceux de la
première cour sont seulement à boutons de lotus. Souvent
deux côtés de cette cour sont ornés de piliers pharaoniques
qui annoncent dignement la salle hypostyle, où tout est re-
couvert de sculptures et d'inscriptions sans engendrer la con-
fusion. Enfin le sanctuaire, le plus souvent monolithe,
quand il n'était pas fouillé dans la chaîne libyque ou ara-
bique, recevait toute la richesse, tout le grandiose, toute la
majesté dont l'art égyptien était susceptible. S'agissait-il de
décorer une colonne de la salle hypostyle de Karnac {pi. 32
et 37), par exemple, on sculptait à la base des fleurs et
des feuilles de lotus, plantes marécageuses du pays ; une ins-
cription entourait la colonne avec des rubans aux couleurs des
nomes ; une deuxième inscription reliait les cartouches, nom
et prénom du Pharaon régnant ; elle formait la base d'un ta-
bleau d'offrande aux dieux du nome. Ce tableau était sur-
monté d'une ligne bleue représentant le ciel. Venaient en-
suite, séparées par des rubans de nomes, des lignes de
cartouches reposant sur des corbeilles (symbole de prospé-
rité, de puissance), couronnés de soleils et de plumes, em-
blèmes delà justice ; entourés de serpents, emblèmes de l'im-
mortalité, à clef de vie divine et coilTés des pscheurs
(bonnets) de haute et de basse Egypte. Au-dessus, de larges
rubans de nomes relient les feuilles et les fleurs de lotus
épanouies, desquelles surgissent encore les cartouches
5(M)
1»EVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
510
royaux. Eiifui, au-dessus de ce gracieux chapiteau, s'élève
un socle orné de cartouches, portant les frises, qui n'auraient
pu reposer convenablement sur des fleurs, sur les saillies
délicates du chapiteau. Les plafonds étaient aussi décorés ra-
lionnelleineiit avec ce que l'on voit, ce que l'on peut suppo-
ser dansles airs, avec des étoiles sur un fond d'azur, avec des
éperviers volants, tenant les armes de victoire et les plumes
de justice, avec des inscriptions, des vœux adressés au ciel. »
Cksar DALY.
CHAUFFAGE PAR L'EAU CHAUDE.
Dans le chaulTage des appartements par l'eau chaude, la
disposition des appareils est toujours, à Irès-peu de chose
près, celle que nous allons indiquer.
Le calorifère proprement dit est placé dans la cave. Il se
compose d' une chaudière à eau enveloppée d'une construction
en briques, dont la forme et le mode d'établissement varient
suivant les constructeurs. Du sommet de la chaudière part un
tuyau do circulation qui s'élève le plus directement possible
jusqu'à la partie supérieure de la maison qu'il s'agit de
chauffer, pour aboutir à un ré.servoir où l'eau se dilate libre-
ment. Ce réservoir est appelé vase d'expansion. Du vase
d'expansion partent les tuyaux de distribution de la chaleur,
qui conduisent l'eau dans des récipients pleins d'eau, pla-
cés dans les dilférentes pièces à chauffer, (les appareils, dits
poêles à eau, peuvent avoir des formes très-différentes, sui-
vant les emplacements auxquels ils sont destinés. L'eau re-
froidie dans ces poêles retourne k la chaudière pour s'é-
chauffer de nouveau au moyen de tuyaux qui viennent
aboutir à la partie inférieure de la chaudière.
Il résulte de cette disposition qu'un système de chauffage
par l'eau chaude e.st toujours formé d'un ou de plusieurs
circuits. La clidiulière, ou appaml producteur de chaleur, est
à la partie inférieure ; le vase d'expansion ou appareil dis-
tributeur est à la partie sujjérieure ; les tuyaux et les poêles
à eau, qui sont les appareils chauffeurs proprement dits,
occupent des positions intermédiaires qui peuvent varier à
l'infini.
Le tuyau qui part de la chaudière pour aboutir au vase
d'expansion se nomme généralement tmfau de départ, et
ceux qui partent du vase d'expansion pour aliaienter les
poêles à eau et revenir à la chaudière s'appellent tuyaux de
retour.
Voilà en principe la disposition de tons les appareils i eaa
chaude qui ont été appliqués au chauffage domestique Umt
en France qu'en Angleterre, depuis que Bonnemain, l'in-
venteur de ce système, en a fait la première applicatioD
en 1777.
Depuis cette époque le nombre des tuyaux de retour, le
nombre et la forme des poêles à eau fixés sur chaque circu-
lation ont beaucoup varié. La circulation de l'eao a en liea
à des températures plus ou moins élevées ; tantôt on a
laissé le vase d'expansion en communication avec l'air exté-
rieur, de manière à ne pas chauffer l'eau à plus de \O0f ; tao-
tdt on l'a fermé pour obtenir uue température plus élevée,
mais limitée par des soupapes chargées de poids, ou mieux
encore par des colonnes d'eau servant à la fois de manomètres
et de soupapes de sûreté ; tantôt enfin on l'a fermé complète-
ment pour avoir une circulation à haute température comme
Perkins l'a imaginé et employé le premier en Angleterre.
Comme on le voit, en théorie la disiiosition générale des
appareils de chauffage par l'eau chaude est très-simple ;
mais, en pratique, la pose des appareils présente pour les
appartements de grandes difficultés d'exécution.
Et d'abord, l'emplacement des poêles à eau est souvent
très-difficile à déterminer dans les pièces qu'on veut chauf-
fer, dans des salons par exemple, où il est nécessaire de les
dissimuler au moyen d'une décoration convenable.
Les appareils placés, il faut établir dans l'épaisseur des
planchers les tuyaux de circulation, de manière à pouvoir les
visiter. 11 est vrai qu'aujourd'hui on peut assembler les
tuyaux assez parfaitement pour n'avoir pas de fuite à crain-
dre ; mais il n'est cependant pas inutile de se mettre en
garde contre un accident possible. D'ailleurs, il est toujours
bon de se ménager les moyens d'étendre, de restreindre ou
de modifier d'une manière quelconque la disposition des ap-
pareils, si, plus tard, ou veut changer la distribution des
appartements.
Ces difficultés surmontées, il reste à établir dans les plan-
chers des conduits débouchant au dehors pour amener l'air
extérieur dans les poêles à eau, afin de ventiler les pièces
chauffées. Ces conduits doivent avoir une assez grande sec-
tion, car il est reconnu aujourd'hui que le chauffage à ean
chaude par des surfaces rayonnantes, quand il n'y a pas re-
nouvellement d'air, ou quand le renouvellement n'est pas
suffisant, est un chauffage dés:igréable qui fatigue prompte-
ment et devient insupportable au bout de quelques heures.
Cette vérité a été reconnue dans beaucoup d'établissements
où l'on a dû, après coup, faire des travaux importants pour
combiner une ventilation par l'air chaud avec le chauffage
par rayonnement des poêle.« à eau.
Le chauffage (>ar des poêles à tau placés dans les salles
présente encore un autre grave inconvénient. On n'est pas
maître d'arrêter le chauffage quand on le veut, et souvent
5H
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
512
on est obligé d'ouvrir les fenêtres pour ne pas être incom-
modé par un excès de chaleur.
Nous allons décrire une disposition d'appareils de chauffage
par l'eau chaude qui évite tous les inconvénients que pré-
sente le placement des tuyaux et poêles à eau dans les ap-
partements, qui est à l'abri des accidents que peuvent occa-
sionner les fuites, et qui a de plus le très-grand avantage de
produire toujours un chauffage salubre avec renouvellement
d'air, qu'on est toujours maître de régler à volonté.
Lst planche M représente cette disposition. Tous les tuyaux
de circulation et tous les poêles à eau sont en dehors des ap-
partements. Ces derniers sont placés dans les caves, direc-
tement au-dessous des pièces à chauffer. Us consistent en
masses d'eau contenues dans des vases annulaires en cuivre,
en caisses de fonte, de tôle, ou de cuivre réunies par des
tuyaux ou en serpentins, disposés de manière à présenter
une grande surface. Ils sont enveloppés d'une construction
en briques qui empêche la perte de la chaleur par rayonne-
ment, et qui limite le volume d'air échauffé. .Des conduits
en briques amènent l'air extérieur qui s'échauffe par son
contact avec ces appareils, et se rend par des conduits en
tôle aux bouches de chaleur qu'ils alimentent.
La figure 1 représente une coupe verticale de la chau-
dière et son fourneau.
La figure 2 est une coupe horizontale faite suivant le
plan;:/ {fig. 1).
A, chaudière en tôle à double enveloppe, à foyer intérieur.
F, buse en tôle recevant les portes de foyer et de cendrier.
9, grille du foyer.
B, ouverture de dégagement de la flamme, qui enveloppe
la chaudière extérieurement avant de se dégager par le
tuyau à fumée.
G, carneau annulaire que suitla fumée pour redescendre
et gagner l'orifice D, par lequel elle se rend dans le tambour
en fonte E. Ce tambour en fonte surmonté du tuyau à fu-
mée T, chauffe, par sa surface extérieure, de l'air qui monte
dans l'intervalle M, et qui peut se rendre dans la cage de
l'escalier, dans le vestibule ou dans toute autre pièce placée
près de l'appareil.
H est une buse en fonte fermée par une porte, et par la-
quelle on peut introduire un petit foyer d'appel pour déter-
miner le tirage au commencement du chauffage. Elle facilite
également le ramonage des carneaux et du tuyau à fumée.
a, tuyau de départ de l'eau, se bifurquant en deux bran-
ches 6, c, qui vont alimenter les poêles à eau. — d, e, tuyaux
de retour de Teau à la chaudière. Ces tuyaux sont pourvus
de robinets afin qu'on puisse interrompre à volonté la circu-
lation dans l'un des deux circuits. Les tuyaux de départe
et b ont des pentes inverses et aboutissent chacun à un tube
vertical G qui se termine par un vase d'expansion.
C'est dans ce vase, dont le dessin ne donne qu'une indi-
cation incomplète, que s'opère la dilatation de l'eau pendant
le chauffage et le dégagement de l'air contenu daus l'appa-
reil afin de ne pas interrompre la circulation.
Les figures 3 et 4 représentent, en coupe verticale et en
coupe horizontale, un appareil de chauffage composé de
deux coffres carrés, réimis par un grand nombre de petits
tuyaux. Le coffre inférieur est percé dans le milieu d'une
ouverture par laquelle arrive l'air extérieur, qui est obligé
de passer entre les petits tuyaux pour venir entourer le ré-
servoir supérieur et sortir par les conduits en tôle B, R au
sommet de la construction environnante en briques.
Les figures 7 et 8 représentent des coupes semblables
d' un même appareil de forme circulaire. La disposition et
le nombre des tuyaux varient suivant le volume d'air à
chauffer, et, par conséquent, suivant la surface de chauffe
qu'on veut obtenir.
Dans tous ces appareils, le mouvement de l'air froid qui
s'échauffe est en sens inverse du mouvement de l'eau chaude
quise refroidit et, par conséquent, très-favorable à l'échange
de chaleur.
Les figures 5 et 6 représentent un appareil de chauffage
par un tube contourné en serpentin suivant des cônes acco-
lés par leurs bases.
Da.ns les figures d et 10, les tuyaux forment des serpen-
tins pyramidaux. Dans ces deux dispositions, l'air qui arrive
par le bas monte en se trouvant forcément en contact avec
toutes les spires du serpentin.
Tous ces appareils à eau sont pourvus à la partie inférieure
de robinets qui permettent de régler le chauffage des appar-
tements, l'ouverture ou la fermeture d'un de ces robinets
déterminant ou arrêtant la circulation, et par suite réchauf-
fement de la masse d'eau qui se trouve dans l'appareil.
Des robinets doivent également être placés à la partie su-
périeure, pour qu'on puisse, en cas de fuite dans l'un de
ces appareils, le rendre indépendant de tout le reste du sys-
tème et le réparer ou le modifier sans interrompre le chauf-
fage.
Les tuyaux de départ de l'eau chaude doivent être enve-
loppés de matières peu conductrices de la chaleur.
Les tuyaux de retour passent sous le sol dans des con-
duits en briques, couverts par des plaques de fonte, que l'on
peut enlever pour visiter les tuyaux, fig. II. C'est par ces
conduits qu'arrive l'air extérieur pris de distance en distance
au moyen de petits conduits débouchant au dehors.
Les appareils à serpentins ont l'avantage d'être presque
complètement à l'abri des fuites. Le refroidissement est ra-
pide et le volume d'eau peu considérable.
Les appareils à tube contiennent une masse d'eau plus
considérable et peuvent par conséquent chauffer dans le
même temps un plus grand volume d'air.
La forme des appareils peut d'ailleurs varier d'une infi-
nité de manières et permettre de présenter à l'air une surface
de chauffe d'une grandeur quelconque. C'est l'examen des
localités et des conditions particulières du chauffage qui
déterminent le choix de l'appareil qu'il faut employer.
Ce système d'appareils n'est pas d'une application géné-
rale, mais il présente sur tous les autres des avantages tel-
5i:)
REVUE DE L'AUCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
31 i
lement importants qu'on ne doit pas hésiter à l'employer
toutes les fois que les localités le permettront.
La figitn; l^^de la planche 45 représente la coupe verti-
cale d'une chaudière que nous appliquons quelquefois au
chauffage à l'eau chaude par circulation. Cette chaudière A
est cylindrique, à foyer intérieur.
F est le foyer.
Les carneaux de circulation do la fumée sont disposés de
manière à utiliser comme surface de chauffe presque toute
la surface de la cliaudière. Les produits de la combustion
traversent la chaudière par le tuyau central qui fait suite au
foyer, revient par le carneau du dessus M, et se rend par les
deux conduits du bas NN à la cheminée T, par laquelle se
dégage la fumée.
Le tuyau de départ de l'eau chaude B, se rend directe-
ment aux poêlesà eau C, C'...., placés aux différents étages
et à toutes les distances où l'on doit porter la chaleur. Ils
sont disposés de manière à permettre le mouvement de l'eau,
avec tubes à air et robinets d'arrêt, et ils sont reliés au vase
d'expansion de manière que la circulation ne puisse jamais
être interrompue.
Le tuyau de retour de l'eau chaude D, est contourné en
hélice au-dessus de la chaudière, dans une enveloppe en
brif|ues, traversée par un courant d'air qui active le refroi-
dissement de l'eau, et par suite la vitesse de circulation.
L'air chaud sort par la bouche de chaleur G, dans la pièce
qui se trouve au-dessus de l'appareil.
La figure 2 est la coupe d'un calorifère à eau chaude et
à air chaud, applicable dans un grand nombre de circon-
stances. L'air chaud foiuni par cet appareil se rend par des
conduits en tôle aux bouches de chaleur placées dans les
pièces les plus rapprochées du calorifère, et l'eau chaude
en circulation porte la chaleur dans les pièces les plus éloi-
gnées.
Cet appareil, disposé comme le calorifère à air chaud que
nous avons décrit tome V, col. 169, se compose de deux
cloches en fonte, dont l'une sert de foyer, et d'où les produits
de la combustion s'échappent à la partie supérieure par deux
ouverturesOjO'quilesconduisentdansdestuyauxdefonteF,
G, U, F', G', H', qu'ils parcourent en descendant pour se
rendredansun second tambour surmontédu tuyauàfumée T.
(Voir la planche 9, tome V, pour comprendre la dispo-
sition de toutes les pièces de ce calorifère.)
L'air extérieur arrive par les conduits P, P', qui le répar-
tissent sous les tuyaux dans toute la longueur.
L'air s'échauffe en passant contre les surfaces de chauffe
qu'il rencontre en se rendant par les tuyaux .M et N du ré-
servoir à air chaud I aux bouches qu'il alimente.
La seule différence qui existe entre ce calorifère et le ca-
lorifère à air chaud, consiste dans l'addition d'une chaudière
annulaire en cuivre, C, qui remplace la garniture de bri-
ques et sert de foyer, y est la grille sur laquelle on place le
combustible.
De la partie supérieure de la chaudière, partent deux
tuyaux D, D', qui portent Peaa chaude aox poêles F, P,
placés dans les pièces à chauffer, et abootÏMent à des v«ms
d'expansion ; l'eau est ramenée k la chaudière par les tayaux
de retour E, E*. Le calorifère peut être monté avec trois
tuyaux descendant de chaque côté du foyer, comme U
fig. 1 l'indique, ou avec cinq tuyaux, comme le calorifère i
air chaud ordinaire. La chaudière en cuivre, au lieu d'avoir
toute la hauteur du foyer, peut être beaucoup plus petite,
et élevée au-dessus de la grille sur une garniture eo briques
réfractaires plus ou moins haute.
On détermine, dans chaque cas qui se présente, les di-
mensions de la chaudière d'après l'effet à produire pour le
chauffage à l'eau chaude, et on monte le calorifère à trois oa
à cinq tuyaux de circulation de la fumée, suivant le volume
d'air chaud qu'on veut obtenir.
CHAUFFAGE ET VE.NTlUTiO.M PAR l'cAI: CUAIDE.
Les figures 3, 4 et 3 représentent une construction eo
briques, dans laquelle on a réuni l'appareil de chauffage et
l'appareil de ventilation.
La figure 5 est une coupe horizontale suivant yy*, fg. 3,
et ;::', fig. 4 ; la pg. 3 est une coupe verticale suivant
xx'. fig. 5, et la fig. 4 une coupe suivant d'.
A, chaudière à eau, en tôle, à foyer intérieur.
g, grille sur laquelle s'opère la combustion. F, porte da
foyer; G, porte du cendrier; E, porte de cbangeroeot par
laquelle on introduit le combustible pour plusieurs heures.
On garnit le foyer de briques réfractaires pour la com-
bustion de l'anthracite ou des bouilles sèches qui brûlent
difficilement en petite quantité.
a, tuyau de départ conduisant l'eau chaude au vase
d'expansion, et, de là, à tous les points où la cbaleor
doit être portée; b, tuyau de retour ramenant l'eau à la
chaudière.
Les produits de la combustion s'élèvent dans la chaudière,
s'échappent par l'ouverture M, et descendent autour de la
chaudière dans l'intervalle annulaire P, qui la sépare die la
maçonnerie environnante. Ils se rendent ensuite par le con-
duit N, dans une cloche en fonte surmontée du tuyaa à fa>
mée D, par lequel ils se dégagent dans l'atmosphère.
La ventilation s'effectue par une cheminée eo briques con-
struite autour du tuyau à fumée. L'air arrive des pièees
ventilées par deux conduits en briques M, M, pratiqoés sons
le sol ; l'appel est déterminé par réchauffement de l'air
contre la surface extérieure du tambour B, et du tuyaa i
fumée dans toute la hauteur de la cheminée.
Des registres sont placés dans les conduits à air, et peuvent
être réglés de manière à rendre la ventilation à peu près in-
dépendante de l'intensité du foyer.
Le vase d'expansion e?t un vase annulaire qui e»t placé
dans la cheminée de ventilation, et détermine la veotilatioo
de nuit pendant l'hiver, après l'extinction du feu dans le c»-
lorifère. On profite, de cette manière, du refroidiweuHnt de
touttt la masse d'eau en circulation dans les appareils de
513
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
»1G
chauffage, puisque parla position du vase d'expansion, l'eau
contenue ne peut être à une température moins élevée que
celle qui se trnnve dans les appareils de chauffage.
La cloche B est disposée de manière à servir de foyer
d'appel pour la ventilation d'été ; // est une grille sur laquelle
on brûle le combustible: I, porte de foyer; K, porte de cen-
drier; H, porte de changement par laquelle on introduit
dans le foyer le combustible nécessaire pour produire la
ventilation, pendant une grande partie de la nuit.
L'air nécessaire à la combustion est pris dans les conduits
d'air ou de ventilation par des tuyaux i, i, débouchant sous
les grilles, et dans lesquels sont des registres r, r, qu'on
ferme l'hiver, quand on produit la ventilation par la chaleur
du foyer de chauffage.
Pour que la ventilation s'effectue l'été jusqu'à la fin de la
nuit, même après l'extinction du foyer, on a placé dans la
cloche B, une chaudière C, en cuivre, communiquant avec
le vase d'expansion supérieur au moyen de deux tuyaux qui
établissent une circulation directe entre ces deux 'vases. La
masse d'eau qu'ils contiennent transmet sa chaleur à l'air
après l'extinction du feu, et détermine la ventilation jusqu'au
moment où l'on allume le lendemainle foyer d'appel. Le jour,
l'eau contenue dans la chaudière C, circule dansle vase d'ex-
pansion, et la masse de l'eau est assez grande relativement
à la surface de chauffe de cette chaudière, pour qu'il n'y ait
jamais ébuUiiion dans ces vases. Le vase d'expansion est
d'ailleurs en communication avec l'air, et donne passage à
la petite quantité d'eau entraînée par l'évaporation.
Au moyen de l'appareil que nous venons de décrire, on
peut donc obtenir les résultats suivants : Pendant Chirer,
chauffage et ventilation par un même foyer durant le jour,
et cependant indépendants l'un de l'autre ; car, outre les
registres qui font disparaître les petites variations d'inten-
sité du foyer, on a encore à sa disposition le foyer d'appel,
dans lequel on peut brûler une quantité de combustible
telle, qu'on rend la ventilation constante malgré de grandes
irrégularités dans le chauffage. Ventilation durant la nuit
par l'emploi de la chaleur en partie perdue, de l'eau qui a
servi au chauffage durant le jour.
Pendantl'été, ventilation de jour facile à maintenir constante
pendant toute la journée, et produite par un foyer d'appel
qui exige peu de surveillance. Ventilation de toute la nuit
par un seul chargement du foyer d'appel, et cependant à
l'abri de grandes variations dans l'effet produit.
René DU VOIR.
DES PLANCHERS MÉTALLIQUES.
Nous avons donné déjà plusieurs exemples d'armatures
en fer pour remplacer les poitrails en bois ; nous avons re-
produit en outre quelques spécimens de planchers en fer.
Chacun des principaux serruriers de la capitale a produit
son système de i)lancher en ce genre, et tous, à l'exception
d'un seul peut être, que nous donnons ci-après, se compo-
sent de fermettes formées d'arcs, de tirants et d'autres pièces
accessoires.
La combinaison plusou moins compliquée de ces éléments
ne satisfait guère aux exigences de l'économie, et que très-
imparfaitement aux lois de la stabilité. Nous avons vu par-
fois des arcs en fer plat maintenus par des tringles rondes,
dont les proportions, plus que sveltes, nous ont fait trem-
bler en pensant aux danseurs qui viendraient quelquefois
faire vibrer ce roseau de fer sous leurs pas cadencés.
Nous avons signalé, col. 9, et pJ. l™ de ce volume, la
grande simplification des poitrails métalliques qui, d'arma-
tures arquées, à tirants et à brides, se sont transformés en
linteaux en fer carré, reposant sur les jambes éfrières et sur
des colonnes en fonte. Ils sont aujourd'hui généralement
préférés pour les baies de boutiques.
Nous avions proposé nous-même la suppression des arcs
en fer sous les arcs en pierre, en adaptant seulement à ces
derniers un double tirant en fer avec sabot en fonte dans le
lit du premier voussoir. (Voy. pi. \, fig. 5, 9 et 10.)
Notre confrère, M. Brunet-Debaines, a suivi nos indications
dans la construction de deux bâtiments, rue de la Pépinière,
n" 43 et n" 45. Le serrurier, malgré l'architecte, a voulu
faire à ce système quelques modifications. Elles sont loin
d'être heureuses.
Mais si les poitrails métalliques sont arrivés du composé
au simple dans les applications qui permettent l'emploi de
supports intermédiaires, comme aux baies de boutiques,
une simplification analogue introduite depuis peu dans la
construction des planchers nous semble devoir remplacer
désormais tons les systèmes à fermettes, dont lamain-d'œu-
pre considérable oblige à une grande économie de matière,
à des sections minimum, afin de rentrer autant que possible
dans le prix des planchers en bois.
Le désir de ne point dépasser le prix de revient des plan-
chers en bois est fort plausible sans doute ; mais est-il rai-
sonnable d'attacher trop d'importance à ce côté de la ques-
tion? L'incombustibilité du fer quidoitaffranchir propriétaires
et locataires des frais d'assurances immobilière et mobilière
contre l'incendie, qui doit les débarrasser des transes mor-
telles où les jette le moindre feu de cheminée survenu, soit
chez eux, soit chez les voisins; tout cela est bien quelque
chose, ce nous semble. Avec des planchers métalliques cha-
cun pourra dormir tranquille. Les propriétaires n'assureront
plus leur maison et les locataires n'assureront plus leur mo-
bilier. Les terribles articles 1733 et 1734 du Code, sur la
responsabilité en matière d'uicendie, se trouveront pour
ainsi dire abrogés. Celui qui aura mis le feu à son apparte-
ment en sera quitte pour la perte de tout ou partie de son
mobilier; tout au plus aura-t-il à tenir compte de la menui-
serie intérieure, et l'accident ne donnant à ses voisins au-
cune crainte pour leur propre compte, ils n'auront d'autre
souci que de l'aider à sauver ses meubles.
:j|-
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
518
Il faut aussi tenir compte de la longue durée du fer, com-
parativement à celle du bois, qu'on est obligé de renouveler
parfois au bout de peu d'années, et de la possibilité de dé-
placer à volonté les foyers de cheminée, et d'en établir de
nouvelles partout où bon semblera, sans s'inquiéter de ce
qui est sous le foyer, et sans craindre les admonestations de
la voirie.
La charge se trouve plus régulièrement distribuée sur les
murs par la suppression des enchevêtrures, qui la portent
sur quelques points seulement, sans compter les difficultés
que présentent dans leurs dispositions les enchevêtrures
elles-mêmes, source féconde d'incendies.
Au surplus, les bois devenant chaque année plus cher»,
d'une part, et les perfectionnements croissants de la fabri-
cation des fers diminuant progressivement la valeur de ce
métal, malgré l'énorme consoinmation qui s'en fait, le temps
n'est pas éloigné peut-être, où, tout en faisant largement les
choses, les planchers en fer coûteront moins que ceux en
bois.
Vn temps viendra aussi, n'en doutons pas, où les loca-
taires, avant d'arrêter un logement, s'informeront si les
planchers de la maison sont en fer, la diminution des risques
provenant de l'incendie étant de nature à augmenter la va-
leur d'un appartement.
On recule souvent de prime-abord devant le prix de l'u-
nité d'une fourniture qui ne constitue qu'une partie d'un
grand travail.
Quelquefois on se laisse impressionner par le prix un peu
élevé de l'unité de mesure d'une fourniture, avant de s'être
rendu compte de l'augmentation totale que l'adoption de
cette fourniture apporterait au prix de revient de l'ensemble
du travail. Cette espèce de panique est tout à fait déraison-
nable, et, pour ne pas mériter ce reproche nous-même, nous
allons calculer combien l'emploi des planchers en fer aug-
menterait le prix de revient d'une maison ordinaire.
Soit une maison de 10 mètres de large sur 10 mètres de
profondeur dans œuvre, et dont la superficie serait de
100 mètres carrés. A 700 fr. par mètre superficiel, cette
maison coûterait 70,000 fr. Si nous adoptons pour les plan-
chers en fer le système de M. Vaux, dont nous donnerons
ci-après la description, et dans des portées moyennes
de 5 mètres, qui coûtent 3 fr. 23 c. par mètre de plus que
ceux en bois, compris ferrure, nous aurons par plancher un
excédant de 325 fr. ; pour cinq planchers et un comble, ce
sera une augmentation de l,S)50fr. Cette somme ne repré-
sente que la trente-sixième partie de la dépense totale, ou
moins de 3 p. 0/0.
Que les spéculateurs qui, en général, ne regardent pas de
trop près aux conditions de durée des maisons qu'ils bâtis-
sent, tiennent à un surcroît de bénéfice de 3 p. 0/0, nous le
concevons sans peine ; mais que des capitalistes, des pères
de famille, que ceux qui ne suivent pas ce précepte banal :
Acheter lu folie des autres, tout en faisant soi-même la plus
grande folie ; que ceux enfin qui bâtissent pour plat-er leurs
fonds, regardent à un si minime surcrotl de dépenses, lors-
qu'il s'agit d'avantages aussi iocootestables, nous oe les
concevons pas.
Quoique les succès obtenus par les inventeurs d'armatores
diverses aient jusqu'ici laissé beaucoup & désirer, et quoique
leurs essais n'aient pas tous été faits probablement dans
l'intérêt général, nous devons néanmoins lenr en savoir gré,
car ceses.sais n'ont pas été toujours fructueux ; et ce|)endant
le public profite aujourd'hui de l'expérience acquise.
A l'exception de .M. Schwichardi, qui inventa, il y a bon
nombre d'années déjà, des planchers en lames de Idie posées
de champ, et qui portaient une charge assez forte, nul,
jusqu'à ce jour, à notre connaissance, n'a atteint un degré
de simplicité comparable à celui obtenu par .M. Vaux, ser-
rurier à Paris, dans le système de planchers que nous allons
décrire.
On peut dire de ce système que c'est le plancher réduit
à sa plus simple expression.
Description du plancher de M. Vaux. — Ce plancher,
dont nous donnons le plan et les coupes dans la pi. hh, fg.
3, 4 et 5, se compose d'une série de solives en fer a, fig. 3,
4, 5, C, 7 et 8, de '.) millimètres d'épaisseur, et de 10 à
20 centimètres de largeur, selon la portée, posées de
champ sur les murs, à environ 75 centimètres les unes des
autres.
Ces solives cintrées de 0,"'0i de flèche par mètre de lon-
gueur, et fendues en queue de carpe, à chaque extrémité,
sont maintenues entre elles par une série d'enlretoises en
fer carré b, fig. 3, i, 5 et 7, et détaillées fig. 6, 7, Set 9, de
1 G millimètres, coudées, contrecoudécs et placées à la même
distance les unes des autres que les solives.
Ces entretoises se harponnent par le haut, sur le dos des
solives, et d&icendent, à un centimètre près, jusqu'au bas
de celles-ci (voy. fig. 6, 7, 8 et 9).
En travers des entretoises, et parallèlement aux solives,
sont posées dans chaque travée deux tringles en fer ctriihm,
de 1 1 millimètres (voy. c, fig. 3, 5 et 7), chacun d'un seul
morceau, et portant queue de carpe aux deux bouts. Ces
tringles divisent chaque travée en trois parties égales.
Lorsqu'on veut former chaînage entre les plsnchen de
plusieurs pièces contiguës, on chevauche et on relie par des
boulons les extrémités voisines de deux en deux travées
(Voy. (/., fig. 3 et t).
L'épaisseur des solives est invariablement fixée à 9 milli-
mètres, mais la hauteur de leur section augmente avec la
portée. D'après les r^les établies par l'inventeur, et que
nous croyons susceptibles de modifications, cette hauteur est
de la trente-septième partie de la portée. Ainsi, elles ont
une section de 0",I0S X 0-,009 pour les portées de I
mètres; 0<>,I33 X 0,009 pour celles de 3 métrer; 0*,I62
X 0-,009 pour celles de 6 mètres, et 0",i90 X 0-,009 pour
les portées de 7 mètres.
Le poids total du fer par mètre carré de surfare est, pour
les portées de 4 mètres, de 16^,65; pour 6 mètres, de
519
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
520
18,80; pour 6 mètres, de 21'*, 25, et pour 7 mètres, de
22k,45,
L'espacement des solives est fixé à 0"'Jb, d'axe en axe,
sauf des fraclions en plus ou en moins lorsque l'espace n'est
pas divisible jmr 75 ; mais il vaut toujours mieux adopter la
division par fractions en moins. Si ce mode augmente un
peu la dépense, la solidité y gagne.
Les dimensions des entretoises h, et des remplissages c,
sont invariablesd'aprèsles règles établies parl'auteur, quelle
que soit la portée des solives. A cela il n'y a rien à dire
pour les entretoises, dont la longueur ne varie que faible-
ment ; mais les remplissages c, dont la longueur varie de 1,
à 7 ou 8, étant scellés de chaque bout, et devant parfois
concourir, par leur tension, à porter une partie de la charge
du plancher, ils exigeaient une grosseur proportionnelle à
leur longueur, ainsi qu'on l'observe aux câbles-chaînes des
ponts suspendus.
Nous voudrions donc que la section des remplissages,
fixée à 0™,010 carrés pour les portées, de 2 mètres et au-
dessous, fussent de 0"',0H pour les portées de 2 à 4 mè-
tres, de Om,OI2 pour celles de 4 à 6 mètres, et ainsi de
suite de 2 en 2 mètres.
Un des avantages du système Vaux sur les autres systèmes
soit en fer, soit en bois, est d'avoir beaucoup moins d'épais-
seur, ce qui permet de donner de 10 à 15 centimètres de
hauteur en plus à chaque étage, en raison inverse des por-
tées, ou de réduire de 0™,60 à 0">,90 la hauteur totale d'un
bâtiment à cinq étages.
Les planchers Vaux n'exigent aucune soudure, aucun
assemblage, aucun percement. Il n'y a d'autre façon que le
cintrage des solives, effet qu'on obtient en les martelant à
froid, que la fente et le coudage des queues de carpe, et le
coudagedes entretoises. Il n'est guère possible, 'comme on
voit, de réduire davantage la main-d'œuvre.
L'excédant de dépense, dans les systèmes à fermettes, ré-
side dans la main-d'œavre, qu'il faut surtout réduire lors-
qu'il s'agit d'objets dont le but principal, unique même, est
d'offrir une résistance mécanique. Dans le système Vaux, au
contraire, cet excédant réside dans un supplément de ma-
tière, lequel constitue une valeur intrinsèque, réelle, tout en
offrant plus de chances de durée.
Dans les systèmes à fermettes, la résistance dépend plus
de la combinaison des parties constituantes des solives que
de la force virtuelle de la matière. Mais comme ces parties
constituantes sont très-grcles, ime certaine altération dans
Tune d'elles peut devenir une cause de ruine, tandis que
dans le système Vaux, ou dans tout autre système analogue,
la simplification est si grande, que la résistance des plan-
chers réside principalement dans la rigidité de la matière.
Nous n'avons qu'une confiance très limitée dans la combi-
naison des fermettes.
Deux commissions ont été nommées, en 1845, pour
l'examen du plancher Vaux ; l'une par le gouvernement,
l'autre par la ville de Paris. Nous regrettons que ces com-
missions n'aient pas encore publié leurs rapports ; car, lors-
qu'il s'agit d'une invention aussi usuelle que celle d'un bon
système de plancher, on devrait se hâter d'édifier le public
sur sa valeur, afin d'en propager ou d'en arrêter l'emploi.
Dans ces épreuves, un plancher de 5 mètres de portée a
soutenu une charge de 500 kilogr. par mètre carré de sur-
face. Avant le hourdis plein de ce plancher, les solives
avaient 0™,050 de flèche ; après le hourdis, elles furent ré-
duites à 0™,0Zi5.
Sous une charge de 500 kilogr. par mètre, soit 9,000 k.
pour la surface totale, il ne restait plus que 0",030 de flè-
che, et après quarante-huit heures de charge la flèche fut
réduite à0ni,025. Lorsqu'on eut déchargé le plancher, il re-
prit Ora.OiO de flèche'.
Une épreuve d'un autre genre fut faite par M. le profes-
seur Jay. Ou construisit, sur les deux solives du milieu
d'un plancher de 6 mètres de portée, un mur de 0"',50 d'é -
paisseur, et de 1 mètre de hauteur. La projection horizontale
des extrémités de ce mur tombait à 0^,08 dans œuvre des
points d'appui des solives. Au conunencement de l'expé-
rience les solives avaient une flèche de courbure de C^jOTO.
Lorsque le mur fut élevé à une hauteur de Om,50, les so-
lives fléchirent de 0™,02o; arrivé à 0™,80, la flexion avait
augmenté de 0">,010 : et lorsqu'il fut arrivé â r",00, la
flexion s'était encore accrue deO",OIO; la flexion totale était
alors de 0"',045 ; et il ne restait plus que 0"',025 de flèche.
Au bout de trois jours de charge, les solives baissèrent
de nouveau de 0^,025, ce qui les réduisit à la ligne droite.
Pendant les six jours suivants les solives conservèrent le
même état. Après la démolition et l'enlèvement des maté-
riaux, les solives reprirent 0"',065 de flèche.
Les matériaux pesés, avec soin, étaient de 4,152 kilogr.,
et comme l'espace compris entre les deux solives était de
4"',50 superficiels (6">,00 -F 0"',75), la charge était de 922 k.
par mètre superficiel.
Cette expérience ne nous paraît pas concluante, bien que
les extrémités du mur, formant charge d'épreuve, tombas-
sent dans œuvre des murs d'appui ; car le mur de charge
devait vaincre sa propre rigidité avant d'agir sur celle des
solives qui le portaient. La majeure partie de la charge
agissant dans le voisinage de la portée des solives, le milieu
de celles-ci ne pouvait être chargé que par la rupture ou la
flexion du mur.
11 est présumable que si l'on eût laissé ce mur en charge
pendant quelques mois, il aurait fini par se rompre et aug-
menter progressivement la flexion des solives.
Pour rendre l'épreuve décisive, il eût fallu couper le mur
par tranches qui eussent agi séparément.
M. Vaux s'est aussi occupé de la question des poitrails en
fer. Au lieu d'employer des fers carrés, comme on le fait
généralement, il a choisi avec raison les fers méplats, posés
de champ, qui, à section égale, offrent une bien plus grande
résistance.
Les linteaux dont les fig. 1 et 2 donnent le plan et l'éléva-
521
HEVL'K DE LARCIIITECTURE ET DES TRAVAUX PIAMCS.
tioD. et les fig. 10, 1 1 , 12, 13 et 14, les détails se compo-
sent de deux barres de 0™, 160 sur O™, 030 d'épaisseur repré-
sentant une section de 48 centimètres carrés. Les deux barres,
formant linteau, sont reliées extérieurement par une série
de ceintures e, /î(/. 1, "2, 10 et 12, en fer plat de 0", 060
sur 0"", 010, etmaintenues intérieurement par autant déca-
drés en fer carré de 0"-, 027. f, fuj. 1 0 et 12.
Les ceintures, étant posées à chaud, serrent fortement les
linteaux contre les cadres en se refroidissant. Cette combi-
naison relie si étroitement l'ensemble, qu'un linteau de 7
ou 8 mètres de long peut se transporter par voitures sans se
désunir.
La surface de la tranche de ces linteaux qui doit rece-
voir la maçonnerie supérieure, n'étant en somme que de
6 centimètres de large pour un mur de 50 centimètres, il y
a danger d'écrasement des matériaux. Nous voudrions donc
qu'on recouvrît chaque linteau d'une plate-bande en fer de
Om, 080 do large surO"', 010 d'épais,seur (voy. fifj. 13 et 14},
maintenue par deux oreillons à chaque extrémité. Le fer pré-
senterait alors à la maçonnerie un lit de 0'", 10 de large au
lieu de 0'", 06, ou presque le triple.
CONCLISION.
Nous ne dirons pas que M. Vaux ait atteint le maximum du
perfectionnement des planchers métalliques ; mais de tous les
systèmes que nous connaissons, aucun n'en approche de
plus près, sauf peut-être pour la réduction des prix, sous le
double point de vue de la durée et de la stabilité. 11 a réduit
autant que possible la main-d'œuvre, et il a fait fabriquer
exprès des fers qui ne se trouvaient pas dans le commerce.
11 est probable qu'en employant des fers moitié moins
épais, ce qui donnerait, à poids égal, deux solives pour une,
et en réduisant de moitié la largeur des entrerou.r, on par-
viendrait à supprimeras remplissages, et à réduire considé-
rablement la grosseur des entretoises, devenues de moitié
plus courtes, et tout cela en conservant une résistance abso-
lue à peu près égale ; mais des solives aussi minces se défen-
draient mal contre l'oxydation et contre la flexion latérale.
Nous pensons qu'il est possible d'obtenir quelques avan-
tages dans la modification des proportions et du cintremenl
des solives du système Vaux. Mais nous proposerons un autre
moyen qui est du ressort des maîtres de forges.
Ce moyen consisterait à fabriquer des solives en arc de
cercle sur une rive et en ligne droite sur l'autre, en forme
de segment de cercle. La hauteur maximum de section serait
au milieu et diminuerait progressivement vers les extrémités,
où elle serait réduite à moitié ou environ. L'expérience don-
nerait la mesure des dimensions proportionnelles de la sec-
tion médiane et des sections extrêmes. Le poids du fer se
trouverait ainsi réduit de près d'un quart sans que la résis-
tance fût sensiblement diminuée.
Nous avouons que la fabrication des fers de cette forme
présentera quelques dilVicultés. mais la véritable industrie ne
consiste pas seulement à produire beaucoup et au meilleur
T. VII.
marché possible ; elle consiste aussi à varier la forme des pro*
duits suivants les exigences des consommateurs, et ceU en-
core au meilleur marché possible.
II. JA.N.MARD.
Aithiim» ilu j'iurrrD>naa>t.
OBSERVATIONS (I)
ftmatrttM
PAR LA SOCIÉTÉ CENTRALE DES ARCIUTECTES
NÉCESSITÉ D1.\ST1TI'EH IN DIPLOME D'AflCHlTCCTB
n
FROGKAUME DES CO.NNAISSANCES EXIGIBLES POVB fOBTEimOJi
DE CE bl PLUME.
(Deuiiime et dernière partie, voy. roi. 3M.)
Tel est l'ensemble de connaissances dont la Société a pensé
que, pour obtenir le nipt.0MK d'ahchitectk, il devait c*trejufi-
lifié par des examens et des concours spéciaux.
Il avait été proposé divers cas d'exemption deces rancouraet
examens, particulièrement à l'égard des élèves de l'École royale
qui auraient remporté un premier ou un deuxième grand prix,
ou le prix départemental. En reconnaissant tout ce que de pa-
reilssuccèsprésententcommegarantiedelalentpld'instruction,
la Société a pensé qu'il serait d'autant plus facile aux laurétts
de satisfaire aux conditious du programme, et que dès lors, m
principe il ne devait y avoir aiKune exemption :
Ces examens et concours exigeront sans doute la formation
A'unjuryspéeial,et il avait été fididirencs propositions relaliires
à sa composition. I*t Société a pensé qu'il convenait d'en référer
à l'administration supérieure; mais elle appelle son attention
bienveillante sur la nécessité et la convenance que ce jury soit
principalement composé (f architectes, afin de conserver aux ex«-
menslecaractèreparticulièrementartistiqnequi doit ydomino*
même en ce qui concerne les connaissances positives et leon
applications. La section d'architecture de l'Académie royaledes
IVaux-Arts , le professorat et le jury de l'école, leCoaaeil gêné-
rai des bâtiments civils, les agences des travaux des Mtiments
civils, et la Sociétécentraleofl^ntan choix de l'administration
^1) La Rt'Tolutioa de fi^vrier a cban(i', sar ^iilfWi paiMi km iàém €mÊ»
partie des membres de la SocicU-, et dans de nrcMI
nouveau oocap<' des qoestioas abordt'es ici. La Soeiêl^ i
dans un nouTeao rapport qiwnotit rappmebMmi» 4» «mthmntiAim(tt,êm 0.)
M
523
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
524
un assez grand nombre d'hommes spéciaux et de mérites divers
pour qu'il soit possible et dès lors désirable de n'user qu'avec
une sage réserve de toute adjonction étrangère.
Ilavaitétéégalementdemandéquela Société examinât «quel
» estl'état actuel de l'enseignement de l'architecture et des con-
» naissances préparatoires et accessoires à l'Kcole royale des
•0 Beaux-Arts ;quellesaméliorations,quellesadditionscetensei-
» gnement peut laisser à désirer ; et par quels moyens il devrait
» y être pourvu en raison de l'ensemble de connaissances, évi-
» demment plus fort et plus complet, renfermé dans le pro-
» gramme dont il vient d'être question. »
Mais la Société a pensé qu'un pareil examen devait être réservé
à l'administration supérieure, aidée des lumières de la classe des
Beaux-Arts, et particulièrement de la section d'architecture de
l'Institut et de l'École. Pénétrée de respect et de reconnaissance
pour cette École dont presque tousles membresont été les élèves,
Ja Société sait que l'École royale est la plus parfaite et la plus
illustre qui existe, mais qu'en même temps, comme toute insti-
tution, elle peut encore être améliorée, perfectionnée. La Société
fait des vœux pour que toutes les sources d'enseignement né-
cessaires à l'exercice de l'architecture puissent être réunies à
l'École royale, sans toutefois faire perdre aucunement à l'en-
seignementarchitectural même, sous le rapport purement artis-
tique, toute l'importance, toute la prééminence qu'il doit avoir.
A cet égard, la Société ne peut que rappeler ce qui était égale-
ment dit dans le rapport préparatoire qui a précédé sa formation
(p. 8 et 9). « L'école a nécessairement un double but. C'est
» d'abord une des sources d'enseignement que , comme pour tous
» les autres arts ainsi que pour les lettres et les sciences, la
» munificence du gouvernement ouvre aux artistes, aux savants,
» aux simples amateurs même ; et sous ce rapport l'École laisse
» certainement peu à désirer. Mais c'est aussi la pépinière
» d'oùles administrations et les particuliers doivent pouvoir tirer
» des praticiens pourvus de toutes les connaissances néces-
» saires,etc. »
Quant aux difficultés qui pourraient se rencontrer pour cen-
traliser et compléter ainsi l'enseignement architectural, la
Société est convaincue que ces difficultés ne sont pas plus insur-
montables que ne l'ont été celles qui pouvaient s'opposer, en
ce qui concerne l'administration, aux améliorations successives
de l'Pkole polytechnique, de celles de diverses classes d'ingé-
nieurs, des écoles de droit, de médecine, etc., ou àla formation,
par de simples particuliers, des écoles de commerce, des arts
et manufactures, etc.
Du reste, en reconnaissant hautement que l'École royale est
déjà le meilleur centre d'instruction pour les jeunes architectes,
en faisant des vœux pour qu'il en soit toujours et de plus en plus
ainsi, la Société reconnaît également, comme le faisait déjà le
rapport précité, « qu'il peut exister d'autres sources d'instruc-
» lion, soit dans les écoles particulières, soit surtout dans les
» écoles publiques déjà instituées ou qui pourraientêtre créées
» à l'avenir dans les départements. » Elle pense donc qu'au-
cune obligation ne doit être imposée à ce sujet. Ce qui importe,
c'est de posséder les connaissences voulues, et d'en faire la
preuve authentique, quelles que soient les sources où ces con-
naissances auront été acquises.
Sans doute, en adoptant, en sanctionnant les mesures qui ont
été exposées jusqu'ici, l'administration sup jrieure aurait beau.
coup fait pour l'art, pour les architectes en général, et pour tous
les intérêts dont ils ont à s'occuper. C'est aussi tout ce qu'elle
peut faire en ce qui concerne les travaux particuliers. Mais il
importe encore de signaler ici l'absence de toute organisation
fixe et positive, en ce qui concerne les travaux exécutés pour le
compte de l'État, des départements, des communes et des
diverses administrations publiques à Paris ou dans les dépar-
tements; et de faire remarquer les nombreux inconvénients
qui en résultent, sinonà Paris, du moins dansuu grand nombre
de départements, où des travaux, quelquefois d'une grande
importance par leur destination etpar la dépense qu'ils doivent
entraîner, sont confiés à des hommes plus ou moins étrangers
à l'art de bâtir, souvent au grand préjudice des communes et
des administrations qui les emploient.
Sans doute aussi, une fois le diplôme institué, nul ne pouvant
et ne devant être employé dans ces divers travaux soit comme
architecte, soit comme inspecteur, s'il n'est porteur de ce di-
plôme, une partie des abus existants disparaîtrait par cela seul.
Mais ces mesures seraient entièrement insuffisantes, si le
choix, la nomination, et par suite le remplacement des archi-
tectes restaient, comme cela a lieu presque généralement, à la
discrétion et dès lors parfois à l'arbitraire des autorités locales
et des hommes influents qui peuventles diriger. On perpétuerait
ainsi la situation précaire, incertaine, inférieure, dans laquelle
se trouvent presque tous les architectes dans les dèparlements,
situation qui est évidemment cause qu'un grand nombre de
jeunes architectes capables et instruits refusent d'aller s'y fixer
et préfèrent courir dans la capitale les chances d'une concur-
rence illimitée.
La société est loin de réclamer pour les architectes des bâti-
ments civils une organisation entièrement semblable à celle
des diverses classes d'ingénieurs ; mais elle est fortement per-
suadée que, dans l'intérêt bien entendu de ce service, il im-
porte d'assurer aux architectes qui s'y consacrent avec con-
science, à Paris et dans les départements, une position, une
fixité convenables et des règles positives d'avancement. Or,
tandis que tout ingénieur jouit de l'honneur et des avantages
de l'Institution royale, cela n'a même pas lieu pour les grades
les plus élevés dans le service des bâtiments civils ; et souvent
les architectes ne sont pas même à la nomination du ministre,
mais à celle des préfets, des maires, ou de leurs subordonnés,
La Société prend donc également la liberté d'appeler sur ce
point important toute la sollicitude de l'administration supé-
rieure.
La Société résumera ainsi qu'il suit l'ensemble des mesures
dont la nécessité vient d'être exposée.
i» Institution d'un diplôme ou certificat de capacité, indispen-
sable à l'avenir pour prendre légalement le titre d'architecte et en
exercer les fonctions, soUpour les particuliers, soit pour les diver-
ses administrations publiques à Paris et dans les départements.
2" Délivrance immédiate et sans examen de ce diplôme à tous
les architectes actuellement en fonctions, et exerçant Iwnorablement
de façon à respecter toutes les positions existantes et les droits
acquis.
3" Adoption du programme des connaissances théoriques et pra-
tiques qui, à l'avenir, seront exigées sans aucune exception
pour la délivrance du diplôme, d'après des examens et concours
spéciaux.
f;9n
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX i'IBIJCS.
BM
4" Institution à cet r/feid'un jury spécial composé princiimkmenl
(T architectes pris parmi les membresde l'Instilut, du professorat
et du jury de l'école, du conseil général et des agence» des bâ-
timents civils, ou de la société centrale.
5" Création des nouvelles branches d'enseignement nécessaires
en raison du programme précité.
6" Enfin, organisation du service des bâtiments civils à Paris et
dans les départements, de façon à assurer aux architectes qui s'y
consacrent la position, la flxitii et un avenir convenables, ot â
engager ainsi un plus grand nombre d'architectes capables à
se fixerdans les départements.
Tel est l'ensemble des vues que, d'après des discussions ap-
profondies, après un long et mûr examen, la Société croit de
son devoir de soumettre aux lumières ef à la bienveillance de
l'administratiou supérieure, comme susceptible d'atteindre ce
double but.
Assurera laprofcssion d'architecte toute la considération quilui
est due en faisant cesser enfin le vague et l'indé finition qui existe à
cet égard jusque dans nos lois;
Assurer également, dans l'intérêt des ailministrations publiques
et des particuliers, toutes les garanties de talent, d'instruction et
d'expérience que réclament la bonne exécution des monuments, des
édifices cl des constructions en général, et le bon emploi des fonds
qui y sont consacrés.
La Société ose espérer quel'adminislralion supérieure recon-
naîtra toute la nécessité, l'urgence même de pourvoir à des amé-
liorations depuis si longtempsdésirées ; que, dans sa haute sol-
licitude pour lesintérêtspublicsetparticuliers, elle saura trouver
moyen de les réaliser ; enfin que, dans l'esprit de justice qui l'a-
nime, elle ne voudra pas moins faire pour l'architecture qu'il
n'a été fait, non-seulement pour les pouts-et-chaussées et les
mines, mais aussi pour le droit, la médecine, etc.
En ce qui concerne l'enseignement que réclame l'exercice de
l'architecture, comment ne pas compter sur les bienveillantes
dispositions du gouvernement, lorsque déjà il a tant faitet qu'il
prépare encore tantd'améliorations pour l'instruction dedivers
degrés, et particulièrement pour celle des classes laborieuses,
pour les ouvriers que les architectes sont appelés à diriger, et
qu'ils doivent, en conséquence, surpasser en connaissances po-
sitives?
Quant aux mesures d'ordre et d'organisation réclamées en fa-
veur de l'architecture, l'administration sait que cet art est celui
de tous qui transmet à la postérité par les caractères les plus au-
thentiques et les plus ineffaçables, la gloire d'une époque et les
témoignages desa civilisation. Et, sous un règne signalé par l'é-
rection, l'achèvement ou la restauration de tant de monuments
nationaux, de tant d'édifices publics, les architectes n'auront pas
réclamé en vain les moyensde remplirdignement la haute mis-
sion qui leur est altribuée, et d'assurer à tous la somme de con-
naissances et de garanties de toute sorts que cet mission exige.
Persuadée d'avoir ainsi rempli un devoir qui dérivait impé-
rieusement du but qu'elle s'est proposé lors desa formation, la
Société se réserve d'examinerultérieurement, si elle ne devra
pas elle-même adopter à l'avenir, pour le mode d'admission
dans son sein, des mesures qui, sans déroger à ses statuts et
règlements, concourent avec les vues qu'elle vient d'exposer.
Quant à présent, la Société se borne à soumettre ses vues à
l'administration supérieure, avec une respectueuse conâance,
et la prie instamment d'y accorder, auMïlôt que powible, toate
l'attention que mérite le but vers lequel elles tendent ;
t Le perfeclionnemem de Tari et hi garantie de tout leê inlérits
r> rpi'il embrasse, i
VOYAGE DE DEUX ARTISTES.
DISfllSSIONS d'aBT. HISTOtnE OtStKUX WJ r«TAOe.
Nous avons dans nos cartons une série d'articles portant 1»
date de la fin de 1847, et qui devait voir le jour daos les pre-
miers mois de 1848. A la suite de la Uévolution de février et
des agitations des mois suivants, qui absorbaient ajuste titre
toute l'attention et tout l'intérêt du pays, nops avons cru
qu'il fallait retarder la publication de nos numéros pendant
quelque temps (voy. V Adresse à nos lecteurs, col. 449). An
moment de reparaître, il nous a donc fallu trier nos maté-
riaux, rejeter tout ce qui puisait sa valeur dans i' actualité
d'alors, et ne retenir que les mémoires qui, par leur nature
même, appartiennent à tous les temps. La lettre de il. Sirodot,
qui suit, est de ce nombre, bien qu'elle ait été écrite à l'occa-
sion d'un voyage que nous fîmes ensemble à la fin de 1847,
et qu'elle rende compte d'une réunion qui n'est plus qu'un
faible souvenir, même pour ceux qui en firent partie.
Dans une des séances de la Société' françaUe pour la coiufr-
ration des monuments historiques, tenue entre deux séances
du Congrès scientifique de Tours, .M. de Caumont avait an-
noncé qu'il recevait de nombreuses lettres demandant des
conseils sur la manière de daller les églises. Cette question,
dans sa généralité, était une question à la fois d'art, de con-
struction et d'archéologie ; et notre savant confrère et ami,
M. Sirodot. rend compte des débats qui s'élevèrent à cette
occasion. Il fait plus, car, aux rares exemples historiques ci-
lés par nous, par M. Didron et par quelques autres mem-
bres de la réunion, M. Sirodot, avec une malice de vrai sa-
vant, a substitué un aperçu historique des plus complets sur
tontes les espèces de pavages employés daos l'antiquité et au
moyen âge, et il introduit toute cette bonne érudition dans
notre improvisation. .Mais la vérité et la justice nous obligent
à rendre à César ce qui est k César, à Sirodot ce qui est à
Sirodot.
En lisant cette lettre, les membres de la Société française
regretteront, à coup sûr, que dans la séance à laquelle nous
faisons allusion, .M. Sirodot nous ait laissé seul le fardeau
glorieux de h défense de la liberté dans l'art. Il aurait bien
dû se rappeler que a seienet oHi^. » Après avoir pris con-
naissance du Compte-reudn, nos lecteurs seront de notre
avis.
La lettre de M. Sirodot est adressée à notre confrère.
M. Constant Dufeus, qui avait bien voulu s'occaper de la
Herue en notre absence.
CteAR DALY.
527
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRWAUX PUBLICS.
S28
Luc-sur-Mer, 25 septembre 1847.
Après que nous vous avons eu quitté, mon cher Constant,
nous nous sommes remis en route, Daly el moi, et, tout en
nous acheminant vers le Jardin de la France, nous avons
visité Chartres et sa merveilleuse cathédrale ; Châteaudun
et son curieux château ; Vendôme, dont les églises viennent
d'être la proie de restaurateurs vandales. J'ai dit vandales,
c'est doubles vandales qu'il faut dire. Ils ont décapité de no-
bles statues : la plus belle des danseuses de Canova et la
Niobé antique. Ils ont déshonoré ces belles tètes d'un ri-
dicule diadème, sans pouvoir ravir à Tune sa grâce un peu
maniérée, à l'autre sa sublime expression de douleur, et
ils leur ont infligé le supplice de porter les colonnes du
xni" siècle de la beHe église de la Trinité.
Nous avons ensuite visité Blois et son magnifique château,
qui, grâce aux soins de M. Dnban, renaît plus beau, plus
éclatant encore qu'aux temps de sa royale splendeur. Puis,
franchissant la Loire, nous nous sommes transportés sur les
rives du Cher, à Saint-Aignan, pour visiter une curieuse
église de l'époque de la transition du plein cintre à l'ogive,
et sa crypte peinte.
Chenonceaux et Amboise ont déroulé toutes leurs beautés
sur notre passage. Enfin, nous sommes arrivés dans la ca-
pitale de la Touraine, et, pendant une semaine, nous avons
séjourné au milieu d'une nombreuse société de gens dont
un illustre poète a tracé ce portrait :
11 n'est pas d'animal.
Pas de corbeau goulu, pas de loup, pas de chouette,
Pas d'oison, pas de bœuf, pas mi^me de poëte.
Pas de mahométan, par de théologien.
Pas d'échevin fliimand, pas d'ours et pas de chien.
Plus laid, plus cheve'lu, plus repoussant de formes.
Plus caparaçonne d'absurdités énormes.
Plus hérissé, plus sale et plus gonflé de vent,
Que cet âne bâté qu'on appelle un savant!
Le portrait est peu flatté, mais il ne manque pas de res-
semblance ; pour en faire une œuvre complète, il suffirait de
quelques retouches, ce que je ne manquerais pas d'essayer
si j'étais poëte ou savant. Mais le congrès scientifique de
Tours ne comptait en moi qu'un curieux. J'étais désireux
de voir les merveilles que la ville, depuis quelques années,
ajoute à ses antiques beautés; j'étais curieux d'entendre ré-
soudre tant de savantes questions annoncées dans le pro-
gramme du congrès. J'avais oublié que la curiosité est un
grand défaut, et ce manque de mémoire m'a causé les plus
cruelles déceptions. Je ne vous parlerai donc ni de tout ce
que j'ai vu, ni de tout ce que j'ai entendu.
Depuis que, sur tous les points du sol généreux et fécond
de la France, on voit germer et s'épanouir des sociétés qui,
comme le lierre, étendent leurs bras protecteurs sur tous nos
pans de murs historiques ounon, les classant, les cataloguant,
les étiquetant, les décriant souvent en croyant les décrire,
j'ai lu tant de prétendues descriptions au grand dommage
de ma patience, de mes yeux et de mon temps, que je sau-
terais par-dessus tous les monuments anciens et modernes de
I Tours, si quelques circonstances particulières ne donnaient
au Palais de Justice un intérêt tout spécial. C'était, d'ailleurs,
le lieu de réunion du congrès ; chaque jour nous y ramenait,
j'ai donc plus d'une raison pour m'y arrêter un instant.
La rue Royale dé Tours jouit, comme vous savez, d'une
grande réputation de beauté. De Pieuilly à Saint-Christophe,
et de Châteauregnault jusqu'à Chinon, elle passe pour une
merveille : la renommée des pruneaux de Chinon est plus
étendue cependant et plus justement méritée. Afin d'a'.ig-
menter encore les charmes de la rue Royale, il avait été
décidé que lo Palais de Justice y serait placé. En effet, on
l'a relégué à l'une de ses extrémités; et sans que la rue y
gagne, le monument perd grandement à n'être pas isolé.
Mais, à part le blâme que mérite le choix de remplacement
et qui remonte au conseil municipal, il n'y a guère que des
éloges à donner à l'architecte.
La façade, tournée vers le Mail, est formée d'un bâtiment
flanqué par deux avant-corps : au uiilieu, sur un soubasse-
ment élevé, un portique de six colonnes doriques annonce
noblement l'entrée du Temple de la Justice ; l'attique qui le
couronne, complète le caractère de calme et de gravité qui
convient au monument.
Deux montées latérales, — disposition regrettable, —
conduisent au portique, communiquant par une large entrée
avec la salle des Pas-Perdus, sur laquelle ouvrent les cham-
bres des diverses juridictions : justice de paix, tribunal civil,
tribunal criminel. Cette disposition est simple et bien or-
donnée.
Les salles d'audience sont décorées avec simplicité, —
trop simplement peut-être ; — mais l'agencement général
de la disposition, de l'éclairage, de la décoration, est très-
bien entendu. J'avais examiné chacun de ces détails, et
j'étais revenu dans la salle des Pas-Perdus, pour analyser
l'impression de vive satisfaction que son piemier aspect
m'avait causée. J'en admirais la belle disposition, j'exami-
nais, avec intérêt, le style élégant et mâle de l'ordre ionique
qui la décore, la difficulté si heureusement vaincue d'une
voûte reposant sur un entablement grec, et je regrettais que
l'architecte eût négligé les précieuses ressources delà cou-
leur, ce complément de la forme, que votre enseignement et
votre exemple ont contribué à faire mieux apprécier, lors-
qu'une discussion assez vive attira mon atiention.
« Vous me demandez jiourquoi de l'architecture grecque?
Ce que signifient un portique dorique et une salle ionique
dans un palais de justice élevé en France? « disait, au milieu
d'un groupe un archéologue que je ne pouvais voir, mais que
je reconnus à sa voix. <i Un monument, messieurs, doit être
la manifestation d'une idée. Or, pour représenter l'idée de
justice, c'est-à-dire d'ordre, l'une des fonctions essentielles
de la société, la relation harmonieuse de la force, de la
raison et de la liberté, n'était-ce pas une idée heureuse que
de remonter au souvenir du peuple qui nous a laissé les plus
grands exemples de liberté, de raison et de'puissance ; du
peuple qui a su trouver, sous les formes les plus simples, les
529
HEVUE DE L'AHCHITECTLKE ET DICS TKAVAUX PUBLICS.
530
combinaisons les plus liarmonieuses? C'est là ce qui explique
le portique et la rlécoralion grecs de ce temple. Quel art,
autre que l'art grec, eùl pu mieux convenir? Est-ce l'archi-
tecture romaine ou celle du moyen âge? Mais les plus ma-
gnifiques monuments de Rome furent élevés par des artistes
grecs, messieurs, et dans les cirtjues, les amphithéâtres, les
thermes, les forums, on ne saurait retrouver ni le sentiment
d'une parfaite pondération, ni la riante hcirmouie des monu-
ments du siècle de Périclès. L'architecture du moyen âge,
avec ses pignons à crochets, sesgargouilles à figure humaine,
ses aiguilles de toutes les formes, ses irrégularités bans nom-
bre, est trop bien l'expres-sion d'un temps où la force em-
brassait, étonflait à la fois la raison et la liberté ; elle rend
trop évidemment témoignage que le droit du plus fort était
toujours le meilleur, pour pouvoir être appliquée à la con-
struction d'un temple de l'équité.
» Félicitons aussi l'artiste qui a dirigé ces travaux de
n'avoir pas placé an frontispice du temple, comme on l'a fait
trop souvent, une figure sans entrailles, mal assise dans uu
fronton, une balance d'une main et un glaive de l'autre, avec
un coq et un lion à ses pieds; félicitons-le encore de n'avoir
pas oublié que Virgile, qui écrivait aux beaux temps de l'art
romain, a fait dire au vieil Anchise :
Excudont alii spiranlia molliu^ a:ra,
Credo equidom, vos (lui:enl de marmoro vnltns;
Orabunt causas inelius, cœlique meatu«
Describcnt radio, e( surgcnti^i sidéra dicent :
Tu regere imperio populos, Ilomane, mémento ;
lia: libi eruni artes; pacisque im[)onere morem,
Parcere subjcctis et debellare superbes (1) .
» Félicitons l'architecte, messieurs, de s'être inspiré de
l'art grec, et surtout d'avoir imprimé au monument ce ca-
ractère de grandeur et de calme qui convient â la justice ;
d'avoir largement ouvert la voûte de cette salle, afin qu'au
moment de paraître devant leurs juges, les accusés puissent,
innocents, prendre le ciel à témoin, et coupables, trembler à
la vue du .séjour de l'éternelle justice. «
Eu suivant la direction de son regard tourné vers la voûte,
j'avais reconnu que l'architecte n'a pas voulu que la sécurité
des accusés qui traversent la salle fût complète; il a placé
quatre pendentifs aux angles de l'ouverture de la voûte, qui
sont là conmie quatre menaces prêles à tomber sur la tête
des coupables, ou pourrait même dire des innocents. .Vprès
avoir cité Virgile, je craignais que mon orateur n'oubliât
Boileau, et qu'en dépii dn critique, il ne se mit à compter les
ronds et les ovales, les festons et les astragales. Heureuse-
ment, l'heure de la séance de la « Société française pour la
conservation des monuments » vint à sonner et mit fin à la
discussion.
(\) D'autres feront riiieux qui' nous respin'r i'air,iin sou* leur i-i-e.iii
mtH'lleux, tireront du marbre dérivantes llinires; ils piailleront mieux les
causes, décriront mieux les rèvululionsdu fiel, dinmt les .astres qui se IcTent :
toi, Kom.iin, souviens-toi de régir les nations (ce seront U les «rtsl et de leur
imposer la paix, d'épargner cetix qui se soumettront, de nmuire les suihtIics.
[Trad. d* M. Au^mlt Sitard.)
J'en avais toutefois quelcjtie regret, car je oe pouvais me
figurer que, dans une réunion où l'on comptait tant d'ad-
mirateurs enthousiastes de l'art du moyen âge, on laisserait
passer sans réplique un tel éloge de l'art grec. Je m'étais
apprête à donner toute mon attention à quelque arcbéologoe
gothique, et je cherchais à deviner lequel, parmi ceux qui
m'entouraient, se cbargeraii de riposter en l'honneur de
l'ogive.
J'entrai dans la salle des séances de la Société.
Le bureau était très-nombreux; l'auditoire ne l'était
guère. Voici, au.ssi exactement que je puis me le rappeler,
ce qui s'est passé, lorsque le président a eu pronoocé les p*-
rôles sacramentelles : a .Messieurs, la séance est ouverte. >
.1/. (/<■ Cduniont, diiecteur de la Société franfaite : « Mes-
sieurs, de toutes parts on nous écrit pour demander com-
ment on doit réparer le pavage des églises. Je prie la Société
de vouloir bien consacrer quelques instants à l'examea de
cette question, afin que nous puissions éclairer ceux qui
nous demandent des avis. ■
Qufllijii'un à droite : • Il faut examiner le pavage des
églises du moyen Age. »
Qitelqu'un à gauche : a A l'église de Brou, il y a ud pa-
vage de terre cuite éinaillée. Ce pavage est d'une grande
beauté. Pourquoi ne pas en conseiller l'imlution ? •
Quelqu'un de n'importe où : • A Reims, on a troové des
dallages du xiii' siècle en pierres gravées, avec des incrus-
tations de plomb. Je pense que ce modèle pourrait offrir
de grands avantages. »
M. César Daly : « Permettez -moi, messieurs, de vous
soumettre une réflexion. La question qui vous est ^umise
est fort complexe. C'est à la fois une question d'art, une
question d'archéologie et une question de pratique indus-
trielle qu'on nous prie de résoudre.
D Ce que vient de demander M. de Canmont, d'un ton si
simple et en si peu de mots, n'est |tas la solution d'une seule
difficulté, niais de ceut. de mille.
» On nou.s demande comment on doit réparer les dallages
des églises. On ne répond à une question aussi géoérale
dans ses termes, qu'en produisant un traité complet sor la
matière. Pour se renfermer dans des limites moins étendues,
il faut préciser les données de la question, ctr il faut bien
distinguer entre le dallage d'une église métropolitaine et celai
d'une église de village; il faut bien qu'on sache si c'est la
totalité de l'église qu'on veut daller ou bien si ce n'en est
qu'une partie ; et, dans ce dernier cas, si c'est le chceur, la
nef, les chapelles, quelle partie enfin.
Il Ou ne nous dit pas si l'église est ricbement décorée, ou
si elle est d'une grande simplicité; si elle date de plusieurs
siècles ou si elle n'existe que d'hier.
n Nous ignorons si elle est située dans une ville riche et
industrieuse, où l'on trouve des ouvriers habiles, et toutes
les ressources d'une industrie perfectionnée, oa si elle est
dans une ca(n|>agne éloiguée de tout grand centre d'ac-
tivité. On ne nous instruit ni des matériaux que produit le
53 i
REVUE DE LAliCllITECTLllE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
m
pays, ni tle la somme allouée pour l'exécution du travail.
» Sans être fixé sur les circonstances qui doivent influer
sur la forme, comment résoudre la question d'art?
n Dans l'ignorance de la date du monument, comment
résoudre la question archéologique?
» Sans connaître ni les matériaux du pays, ni ses ressources
matérielles, ni le chiffre alloué pour la dépense, comment
résoudre la question de pratique?
1) Comme M. de Caumont ne demande pas, sans doute,
qu'on fasse ici un cours complet sur le dallage des édifices
religieux, s'il veut bien formuler une série de questions, en
les accompagnant des données nécessaires, je me charge,
avec l'aide des confrères qui m'entourent, d'y répondre caté-
goriquement et à l'instant. »
M. Didron, secrétaire du comité des monuments histo-
riques : « Messieurs, .M. Daly vient de nous dire qu'il résou-
drait toutes les questions que vous voudriez lui soumettre :
je suis persuadé qu'en effet, il les résoudrait très-bien ;
mais M. Daly veut apporter dans la question des conditions
qui lui sont étrangères. Nous sommes ici une réunion d'ar-
chéologues et d'artistes ; M. Daly nous parle d'architecture
et d'argent, tandis que nous voulons nous occuper d'archéo-
logie et d'art. Les questions d'argent et d'économie n'ont
rien à faire avec l'art. Nous n'avons pas à nous occuper non
plus ici des parquets en bois, comme il en a été placé à
Saint- Vincent de Paul, ni de l'établissement des calorifères
comme on en fait à Saint-Germain l'Auxerrois; ce que nous
avons à rechercher, c'est ce qui a éié fait dans les plus beaux
temps des âges religieux, au xin'' siècle : mais comme nos
études sont encore peu avancées sur ce point, puisque nous
ne connaissons guère que quelques exemples de pavage qui
remontent certainement à cette époque, tels que ceux de
Saint-Nicaise de Reims, je pense que le mieux est de ne rien
faire, a
M. 'César Daly : « Oui, monsieur, vous êtes archéologue,
même trop exclusivement archéologue pour être artiste.
Comment, monsieur, vous en appelez à l'art, et du même
souffle vous proclamez que l'art n'a rien de commun avec
l'économie. Vous ignorez donc, monsieur, que la loi de
l'économie est une des lois fondamentales de l'art; que
l'art a pour condition de produire toujours un marimum
d'effet avec un minimum de moyens. Ignorez-vons donc que
Dieu lui-même, dans toutes ses merveilleuses créations, a
constamment pratiqué cette loi de l'économie; que la nature
entière vous contredit!
» Pourquoi, lorsque deux bras nous suffisent, Dieu ne
nous a-t-il pas donné les cent bras de Briarée? Économie.
» Pourquoi, lorsque deux jambes suffisent à notre locomo-
tion, ne sommes-nous pas aussi richement doué qu'un mille-
pieds? Économie.
n Que trouve-t-on de merveilleux dans le crayon magique
de Raphaël, qui fait éclore la vie sous le regard du specta-
teur, au moyen de quelques traits? I/économie.
» Qu'admire-t-on dans le mécanisme de la machine hu-
maine, dans celui de tous les animaux, de toutes les plantes?
L'économie.
)) Un marimum d'effet arec un minimum de moyens.
Telle est la loi divine qui préside à toutes les créations de
la nature, à toutes les œuvres des grands artistes.
n Et M. Didron fait appel à l'art pour nier justement les
rapports de l'art avec le principe de l'économie ! n
— Mais je ne saurais suivre Daly à travers toutes les
considérations d'art, de philosophie et d'esthétique qu'il
faisait valoir, et qu'il coupait périodiquement par ces mots :
» .Mai?, messieurs, je m'éloigne beaucoup de la question des
pavage^. « Non, non, parlez, » criait-on de tous côtés. Il
parla donc... parla bien, et descendit heureusement des
hauteurs où il s'était élevé au sol sacré des églises.
M. de Caumont : « Dans quelques-unes des lettres qui
m'ont été adressées, on a ajouté que le pavage est dans un
état tel qu'il présente des dangers, qu'il peut occasionner
des accidents.
M. Didron : « Sous prétexte de restaurer les églises, on
a déjà mutilé les statues et compromis la solidité de nos plus
beaux monuments. Qu'on n'aille pas maintenant, sous pré-
texte de réparer les pavages, détruire peut-être des vestiges
précieux, et surtout rappelez-vous, messieurs, que le plus
grand mal qui puisse arriver, c'est certainement que la So-
ciété française autorise l'exécution de mauvais pavages.
Qu'on laisse donc les pavages tels qu'ils sont, c'est mon
avis formel, n
M. Daly : « Il y a des églises dont les pavages sont à ce
point détériorés, qu'ils offrent des dangers très-sérieux ; des
femmes, des enfants, des vieillards risquent de tomber ; des
accidents graves sont à craindre : les administrations char-
gées de veiller à l'entretien de ces édifices sollicitent nos con-
seils, et M. Didron nous propose de leur répondre : Cassez-
vous les jambes, si vous ne pouvez pas faire autrement, mais
gardez-vous de toucher au dallage de vos églises.
n .le doute que MM. les curés et leurs paroissiens soient
édifiés d'une telle réponse.
» Une question a été posée à la Société, elle doit la ré-
soudre, et non pas l'éluder. Sans m' arrêter à la singulière
conclusion de M. Didron, je vais répondre à ce qu'il a dit, il
y a un instant, lorsqu'il prétendait que, comme savant et
comme artiste, il ne trouvait rien de mieux à faire que de co-
pier le pi us exactement possible ce qui a été fait au xin» siècle.
1) Assurément, messieurs, le \ui" siècle nous a laissé
d'admirables ouvrages. Ce n'est pas moi qui le nierai; mais,
tout en reconnaissant que nous devons étudier le xni'" siècle,
je pense que nous ne devons pas nous en tenir là, et que
nous devons chercher à savoir tout ce qui a été fait avant
comme après cette époque. Xe fût-ce que pour apprécier à
leur juste valeur les -jeuvres de cet âge, il est indispensable
do connaître celles qui les ont précédées et celles qui les ont
suivies.
» Eh bien! messieurs, si nous remontons au temps de la
fondation des premières basiliques chrétiennes, au ni" et
8S3
revit: de L'AUCIlITECTrUE ET DES TRAVAUX PI BU(S.
8M
au IV" siècle, nous trouvons qu'on employait alors pour les
temples, les mouuments divers, les habitations, etc., trois
genres de pavage.
» 1" Le pavage en dalles de marbre, formant de grands
compartiments, et rapjjelant parfois le dessin des plafonds.
Ce pavage, nommé opus tesneUatum, était uîilé dès les
temps les plus reculés, comme on le sait par les pavages des
temples de Pœstum (1), et de colui de S'elinunte (2).
1) i2" l^e pav<ige en marbre incrusté de marbres de cou-
leurs variées, de porphyre, etc., formant une marqueterie
en matière dure, encadrée de compartiments de forme et de
couleurs diverses. Ces marqueteries étaient fixées par un
mortier de pouzzolane, et produisaient l'effet des riches tapis
dont on ornait quel(|uefuis le sanctuaire des temples.
» Ce genre de pavage, venu de l'Orient ou de l'Egypte,
fut introduit à Rome du temps de Sylia (3), et prit le nom de
opus nectile ou alerandrhnim , on l'appelle aujourd'hui lii-
voro di composto. A l'époque où ce genre de pavage fut in-
troduit à Rome, on employait des pavages en pierres gra-
vées en creux, dans lesquels on faisait entrer du mastic.
I) 3" Le pavage en mosaïque, formé de petits cubes de
marbre. L'un des premiers exemples de ces mosaïques exé-
cutées à Rome se voyait au portique circulaire des jardins de
Commode, et représentait le culte d'Isis (4).
Ce genre de pavage, nommé termiculatiim, était depuis
longtemps en usage eu Grèce et en Orient, il était parvenu
à un haut degré de perfection, comme le témoignent la mo-
saïque des colombes (5), qu'on admire au musée du Capi-
tole, et qui formait dans la salle des festins de la ville de
Pergame, la bordure d'un asaroton, pavé imitant les restes
d'un festin. Les nombreuses mosaïques trouvées à Rome,
dans les thermes de Caracalla; celles de Pompéi etd'Hercu-
lanum, les grands et magnifiques ouvrages découverts à Pre-
neste, à Otricoli, à llalica, et la grande mosaïque de Pompéi
témoignent de la perfection et du long usage de ce genre de
mosaïque.
» Voilà, messieurs, quels étaient les différents modes de
pavages usités lors de la construction des premières basili-
ques chrétiennes. Ils représentaient tous les genres d'orne-
ments, depuis les simples combinaisons de lignes droites,
jusqu'aux scènes les plus compliquées. De môme que les
premières basiliques des chrétiens furent des répétitions des
basiliques païennes ; de même aussi leur pavage fut une imi-
tation des pavages des temples et des habitations romaines.
On a trouvé en 1822, dans la partie ancienne de l'église
de Saint-Paul hora les murs, l'une des premières basili-
ques, fondée au iv'' siècle, le pavement primitif. Il est
(1) Suétone, Cm. 46 (TetitUatum et mlUe). — Vitrave VIH, 1 ; Lucil. ap.
Cm. oral. 4^1; l'iiiie .\X.\Vi, iâ-0.1 (Testellalum, tectUeet reriHirulalum).
(S) Vuy. Juuniut iln S^lral^lt, jan. 1SX>. HustauraliuD du temple de Scli-
nuntc, par M. IliltorlT.
(3) l'Iine. XXXVl. itWSO.
(4) Spartien. Pe$f. 6.
(5j Fliiio. Lmo (Uaio.
formé exactement comme ceux des temples antiques de la
Fortune (de la Concorde) et de Jupiter Tonnant, restaurés
à la fin du H' siècle, ou de Véous et de Rome, fondé vera
le milieu de ce siècle par Adrien. L'élise de Sainte-ilane-
des-Moots, fondée au iv* siècle par le pape Libérios, sons
Constantin, con.serve encore une mosaïque composée de petits
cul>es de marbre, formant des bandes noires encadrant des
compartiments blancs. Cette mosaïque est wmblable à
celles qu'on faisait dans les habitations, et dont on a trouvé
un si grand nombre d'exemples.
0 Dans la suite, on introduisit dans les pavages de marque-
terie et de mosaïque exécutés dans les églises, deftoroeiBeat*
de tous genres : des fleurs, des aninuuu, des penoBRsget,
des sujets de l'histoire sacrée. Au vi* siècle, Jostinien Ct
établir dans sa basilique de Sainte-Sophie, à Coastanti-
uople, un pavage fen marqueterie) représentant les quatre
fleuves du Paradis, dirigés vers les quatre points cardinaux,
et dans les ondes desquels des oiseaux et des cerfs se désal-
téraient.
» Ces deux genres de pavages se répandirent dans toute
la chrétienté; la marqueterie fut particulièrement employée
en Orient. Les églises de Constantinople et de la Grèce en
|)résentent encore de nombreux exemples. Quelques églises
des bords du Rhin en ont conservé des traces, et l'on es a
trouvé quelques restes à l'église de Saint-Bertin, à Saint-
Omer. La plupart des églises d'Italie conservent des mosaï-
ques de la seconde espèce ; le pavé de la nef ajouté i Saint-
Laurent hors les murs, par Adrien I*', ao vm* siècle,
présente nn guerrier à cheval portant son étendard (1).
1) A Saint-Denis on voyait, au moment de la Révolution,
des mosaïques du temps de Suger, représentant des animam
et des monstres chimériques (2).
» Ainsi, messieurs, depuis les premiers temps du christi»-
nisme jusqu'au xii' siècle, nous voyons employer les mêmes
matières mises en œuvre de la même façon que dans ks
temps païens; l'art seulement traduisit les sentiments chré-
tiens, et aux courses de char, aux combats de centaures,
aux triions, aux néréides, aux batailles d'Alexandre, succé-
dèrent des sujets religieux, des scènes de la Bible.
• L'usage d'enterrer dans les églises introduisit un élément
nouveau dans le pavage des églises, élément qui se retrouve
fréquemment à partir du xni' siècle, et qui donne aox mo-
numents un caractère éiuiueuimeot religieox. Les pierres
tombales qui recouvraient les sépultures représentaient sou-
vent les personnages enterrés. Les traits gravés en creux
étaient remplis en mastic de couleur ou en plomb, et œoi
des personn.nges iui|)ortautâ avaient quelquefois le visage et
les mains en incrustation de marbre.
» Avec ces éléments nouveaux, uuu:> voyons se continuer
l'eiuplui des divers pavages eu usage avaut le xui' siècle. La
(l)Cnaipiiii. K«l(f« momuimnU. dk. X. XI. Ml. i. |>. — Fmwuà. t,
M»iir. p. t7«l wiv. rPamia.)
(«} Uimom Jm mrU em f^Mv, par M. Aies, l^eaoir.
535
KEVUK DE L'ARCIIITECTURK ET DES TRAVAUX PUBLICS.
536
mosaïque en cubes de uiarbre fut remplacée en France, en
raison de la rareté de la matière, par des dalles entaillées et
remplies par des mastics colorés, et par des pavages en terre
cuite vernissée ou émaillée.
1) Malgré les nombreux changements que le temps a rendus
nécessaires, malgré ceux que le caprice seul a ordonnés,
malgré les dévastations qu'ont apportées les troubles de la
Révolution, il reste chez nous un grand nombre d'exemples
de ces deux sortes de pavés. 11 eu existait encore de l'une et
de l'autre espèce dans l'église de Saint-Denis au moment de
la Révolution, qui dataient du xni« siècle ; des spécimens de
ces pavés avaient été recueillis au Musée des monuments fran-
çais. Malheureusement, ils ont disparu lors de la destruction
de ce Musée; mais les magasins de l'abbaye de Saint-Denis
en contiennent encore de nombreux fragments.
» Dans les départements de l'ancienne province de Nor-
mandie, si riche en monuments religieux, on a trouvé des
pavés des xui" et xive siècles, en terre cuite vernissée, dans
les églises abbatiales de Saint-Georges- de-Bocherville, de
Longues, de Jumiéges, dans le château de Callevillc, dans
les salles de l'Échiquier à Caen, du Chapitre à Baveux.
» La Picardie et la Champagne ne sont pas moins riches
en exemples de ce genre.
» Dans la première de ces provinces, on trouve un beau
modèle de pavés en pierre gravée en creux dans la cathédrale
de Saint-Omer; on rencontre encore des exemples de pa-
vages de terre cuite vernissée dans l'abbatial de Saint-
Germer et dans la salle capitulaire de Senlis. A ces docu-
ments, il faut joindre les indications que peuvent fournir les
fragments recueillis à Abbeville et qui ont été réunis au Mu-
sée de cette cité.
« Dans la seconde province, on trouve les pavés gravés
en creux remplis de plomb (1), cités par M. Didron. Le
pavage du sanctuaire de l'église Saint-Nicaise de Reims était
ainsi fait (2). Des pavés émaillés se voient aussi dans la
chapelle du château de Baye.
(1) L'emploi du plomb, dans la mosaïque, remonte à une époque fort re-
culée. Un fragment de mosaïque de cette nature, trouvé dans l'Ile de Delos,
figure actuellement au musée de Velletri (Italie).
Le plomb, coulé dans les entailles, était vraiseinblaLlement allié d'étain,
afin de lui donner plus de dureté. Le plomb pur eût été trop facilement dé-
truit par le frottement des pieds des fidèles ou par le couteau des gamins.
L'alliage de ces deux métaux était parfois employé, comme scellement, par
les constructeurs du moyen âge. On a trouvé, dans les archives de la ville de
Dijon, un compte de dépenses du xv« siècle, qui rapporte qu'on avait mêlé
de l'étain au plomb, pour sceller l'axe en fer de la croix de pierre surmontant
le piédestal, connu sous le nom de Puits de Moïse, a la Chartreuse de Dijon.
Nous reviendrons sur cette question de l'emploi d'un alliage d'étain et de
plomb au moyen âge, et nous essaierons de démontrer que cet alliage n'a
pas toujours donné des résultats heureux.
(2) Au dernier siècle (vers 1760), ces pavés avaient été enlevés du chœur
de l'église Saint-Nicaise, et replacésdans la chapelle de la Vierge, dans le même
- édifice. A l'époque de la démolition de l'église (en 179i), il furent enlevés,
vendus et servirent jusque dans ces derniers temps à paver la cour d'une
maison particulière. Par les soins de M. Brunette, architecte de Keims, ils ont
été rachetés et replacés (en 1846) dans le chœur de l'église Saint-Uemi. Ces
pavés ont été lithographies et publiés par .M. .Macquart et décrits par M. Tarbé.
» Dans le Maine, à Saint-Vivoin; dans l'Anjou, au Musée
d'Angers; dans la Guienne, au rez-de-chanssée de la seule
tour encore debout du château de Merignac, on trouve encore
des carreaux de terre cuite vernissée, qui furent employés
en pavage au xiii*et au xiv» siècle (1).
1) Les deux siècles qui suivent fournissent aussi de nom-
breuses instructions sur les pavagea. Les églises de Gisors,
de Berville en Roumois, de LonguevilIe-la-Giffard (en Nor-
mandie), sont encore pavées de carreaux érnaillés. Dans !a
Champagne, les églises de Notre-Dame de l'Épine, de Saint-
Pierre d'Orbais, de Saint-Nicolas de Troyes, nous offrent
des exemples de l'emploi de la terre cuite vernissée. La
maison des Musiciens, à Reims, nous fait, voir son applica-
tion aux constructions civiles. Le châfeau d'Écouen, près
Paris, avait sa galerie et sa chapelle pavées en faïence, de
Bernard de Palissy. La galerie du château de Cellettes
(près Blois), dans l'Orléanais, est encore pavée de carreaux
émaillés. Dans le chœur de l'église de Redon, en Bretagne,
on trouve encore un exemple de l'emploi de la terre cuite
vernissée. Enfin, un pavage des plus remarquables se voit
dans le chœur de la belle église de Notre-rDame de Brou,
dans la Bourgogne.
» La collection céramique de la manufacture de Sèvres nous
fournit de nombreux renseignements. On y trouve des car-
reaux en terre cuite vernissée de tous les temps et de tous
les pays. A côté de ceux qui proviennent de la galerie des
(Chasses, bâtie à Fontainebleau par Saint-Louis; de ceux de
l'abbaye de Youlton (près Provins), fondée par la reine
Blanche; de ceux de l'église Saint-Ktienne, d'Agen; d'un
château situé dans le département de la Nièvre, près de
Cosne ; de la bibliothèque du château de Thoreau, en Poitou,
l'une des dernières applications de ce genre de pavage; on
voit figurer des carreaux émaillés rapportés des mosquées
de Jérusalem, de D^miette, de Rosette et du Caire.
» Quant aux sujets représentés sur ces différentes espèces
de pavés, il importe de distinguer ceux en pierre gravée de
ceux en terre cuite. Ces derniers doivent être encore séparés
en deux classes : la première comprenant tous ceux qui ont
dti appartenir à la fabrication courante et qu'on retrouve dans
beaucoup d'endroits ; ils étaient ornés de rosaces, de lleurons
à quatre ou cinq lobes, d'entre-lacs, de damiers, de fleurs
de lys, de castilles, etc. La seconde classe de carreaux
émaillés demandait plus d'art, une main-d'œuvre plus ha-
bile. Ils étaient composés et exécutés en vue d'une desti-
nation spéciale. Ils portaient les blasons des donataires, des
animaux isolés ou formant des chasses, des lettres propres à
former des légendes, des représentations de personnages, etc.
Les pavés de cette seconde classe, qu'on peut appeler
(1) Il existe encore en Angleterre des l'arreaux vernissés, de plusieurs cou-
leurs, et fabriquc's au moyen âge, dans les ('glises calhc'drales de Bristol, Win-
chester, Exeter et Salisbury. Dans l'église abbatiale de Tintera, dans les églises
d'Haccombe, (Devonshire), d'Ipplepen (i-l.) et de Woodjerry (Oxon), on en
trouve également.
537
REVUR DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
SS8
pavés de lune, se rencontrent moins fréquemment que ceux
(Je la première : cependant on retrouve les animaux isolés
ou réunis [lour une chasse, aussi hien dans l'église de Saint-
Pierre d'Orbais qu'au château de Calleville, On voit de»
fous avec leur marotte ou des cavaliers armés de lances dans
l'éf^liso d'Orbais comme au châlcau de Collettes. Les per-
sonnnpos en buste alternant avec des sujets variés, iigurant
des emblèmes de la vie, ne se voient qu'à l'église de Brou,
et forment l'un des plus beaux pavages que nous ayons en
faïence du xvi' siècle. On sait d'aillicurs par Feiresc que
le pavopc de la chupelic d'Ecouen forme de grandes figures
fort bien peintes.
«Les pavages en pierre gravée et remplie de mastic ou de
plomb, comme ù Saint-Omer ou à Saint-Nicaise de Reims,
représentent, le premier, les ligures équestres de chevaliers
avec des enroulements arabesques ; le second, des sujets de
la Bible, alternant avec des fleurons.
» Les miniatures des manuscrits du moyen Age sont encore
une source ou l'on peut puiser de nombreux renseignements
sur le dessin des pavages usités dans les édifices. L'ouvrage
de Willcmin en contient une douzaine d'exemples.
» A la variété de rornementatiori, s'ajoutait la variété de
la forme. Les plus simples étaient triangulaires et s'assem-
blaient par deux, trois, quatre et six; d'autres étaient carrés
et s'assemblaient par quatre et par seize, pour former un
motif d'ornement con)|)let. Quelquefois encore, comme à
Brou , ils étaient de deux formes différentes : des carrés
réunis par des hexagones irréguliers.
» Ces divers pavages étaient employés en Allemagne et en
Angleterre aussi bien qu'en France. Nous connaissons un
exemple de pavage en terre cuite vertiissée à l'ancien cloître
de Saint-Macaire à Gand; un autre de pavé en pierre gravée
à la calbédralc de Cantorbéry.
» Si nous examinons parallèlement ce quisc faisait en Italie
dons le même temps, nous citerons, pour ne nous arrêter
qu'aux exemples considérables, le pavage de Sainle-Marie-
Majcure b Rome, où sont Ggurés les blasons de tous les
pontifes qui ont restauré ou embelli l'église; les mosaïques
si remarquables de Saint-Marc de Venise, celles de Sainte-
Marie del Fiore, ù Florence, qui semblent un parterre
émaillé de fleurs ; celle de la calhéilrale de Sienne, où sont
représentés par des marbres de trois couleurs, imitant des
peintures en grisaille, diverses scènes de l'Ancien Testament.
» Voilà, messieurs, une longue série d'exemples de ce qui
a été fait pour le pavage des édiKces religieux et privés. Tous
ces exemples, M. de Caumunt les connaît sans doute, et s'il
a, malgré cela, posé la question que nous examinons en ce
moment, c'est sûrement parce qu'il pense qu'à tout ce qui a
été fait avant nous, il manque une chose, la marque de
notre temps.
» En effet, messieurs, ce que nous devons prendre en con-
sidération, sous peine de manquera l'une des premières con-
ditions de l'ort, qui est de produire un maximum d'effet avec
un minimum de dépense, ce sont les nécessités de notre
T. vu.
temps, et l'une de ces nécessités, la plus impérieuse peut-
être, c'est l'économie. Je suis amené i examiner la dépense
qu'entraînent les divers modes de pavage, mais je serai court.
» Le carrelage en terre cuite ordinaire vaut i Parts3 f.60 e.
environ. Le carrelage en liais, 12 fr.; celui en liais (octogooe)
et marbre (carré), de \ Il h il fr., suivant les dimensioM
du compartiment. Le carrelage en carreaux de marbre, de
couleurs variées, vaut de .'^5 k 60 fr., suivant la qualité da
marbre. Le parquet ordinaire en chêne vaut iO fr. le mètre,
et la marquelteric en bois de couleur, de fiO k 55 fr. le mètre.
» Uans ces derniers temps, on a établi en Angleterre des fa-
briques pour reproduire les carreaux émaillés oo vemisaéa.
L'église des Chcvaliers-du-Tcmple, à Londres, récemment
restaurée, a reçu un pavage de ce genre. M. Pugin en a
fait de nombreuses applications dans les églises qu'il a bâties.
En adressant au Comité des monumenlt historiques des spé-
cimens de ces pavages, il a fait connaître qu'ils coûtaient en
Angleterre 16 sch. le yard carré, c'est-à-dire environ 26 fr.
le mètre superficiel.»
M. Taillard. Il me paraît bien difficile, en effet, d'aprèf
ce que vient de dire M. Daly, de se soustraire aux conditions
économiques du temps où l'on vit ; mais puisque nous ne
pouvons nous dispenser d'employer les pavés que fabriqoe
l'industrie, ne serait-il pas possible de lesdi.4poser autrement
qu'on ne le fait dans nos habitations? ne pourrait-on pat,
par exemple, représenter une graude croix au milieu do
pavage? Ce serait un symbole ajouté à tous ceux que réunit
une église.
M. Daly. Messieurs, tout k l'heure j'ai déroulé, sous vos
regards, une longue série de faits ; je vous ai montré, par de
nombreux exemples, qu'aux diverses époques de l'art, oo
avait employé pour les églises et pour les habitations des
pavages qui étaient souvent identiques. Les sujets tirés de
l'histoire sainte appartenaient seuls en propre aux églises.
Il me reste à déduire quelques-unes des conséquences des
faits que je viens de vous exposer.
On vous disait, il y a un moment, qu'il ne fallait pas tenir
compte de nos besoins, de nos connaissances; et certaine-
ment, sans s'en apercevoir, on vous propose maintenant de
négliger la manifestation de nos sentiments.
Il devait paraître Ibrt peu important aux fidèles da
xiir siècle de chauffer les églL«es, eux dont les habitations
n'étaient guère chauffées. En est-il de même aujourd'bni?
Presque (ouïes, et nous voudrions pouvoir dire toutes sans
une exception, sont chauffées et rendues plus saines; il de-
vient donc nécessaire d'étendre aux édifices religieux les
perfectionnementsque la science et l'industrie de notre temps
rendent possibles. Le chœur de la cathédrale d'Albj était
autrefois parqueté en bois de chêne, et probablement «•
trouverait d'autres exemples de même nature. J'entends dire
autour de moi que les pavages des salles à manger ne sau-
raient convenir aux églises. Je suis aussi de cet avis, mais ce
reproche n'était guère redouté des artistes du xm* siècle: ib
ne craignaient pas d'entendre comparer les parages de lenrs
539
REVUE DE L'ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PURLICS.
54»
églises à ceux de leurs salles à manger. Alors qu'il n'existait
d'habitations dignes de ce nom que les châteaux et les ab-
baves et quelques maisons exceptionnelles, faisait-on cette
distinction ? Nous avons vu tout à l'heure qu'il n'en était
rieu, puisque les pavages des constructions civiles étaient
souvent les mêmes que ceux des églises. Mais, nous le ré-
pétons, cette circonstance archéologique ne saurait autoriser
une telle confusion de nos jours.
Pour marquer nettement la distinction qui doit se montrer
entre ces deux espèces de pavages, un orateur, que nous avons
eu souvent l'occasion d'applaudir ces jours derniers, demande
s'il ne conviendrait pas de représenter parfois une grande
croix aucentre du sol des églises.
C'est avec un véritable regret que je me vois forcé de
combattre une opinion émise par M. Taillard, mais jamais le
sentiment moderne ne consentira à jeter sous les pieds de
la foule, pour recevoir la boue de nos bottes, le vénéré
symbole de la religion, ce glorieux gibet devenu le signe de
notre rédemption, que tous nous portons dans nos cœurs,
qui brille au-dessus de tous nos autels, et dont l'exaltation
doit être pour nous un caractère permanent.
Lorsqu'un musulman pénètre dans une mosquée, il retire
ses sandales pour ne point en rÉpandre la poussière sur le
sol consacré, et vous, messieurs, vous des chrétiens, vous
exposeriez à la boue et à la poussière des pieds les moins
dignes le symbole même de votre foi! C'est jusque dans la
maison du Seigneur que vous donneriez la représentation
volontaire dece scandale quedesllollandais avides répétèrent
au Japon, pour marquer leur mépris du Christ: foulant
aux pieds et crachant sur le signe de notre foi!
Les adorateurs d'Allah évitent religieusement de marcher
sur un feuillet de papier que le hasard jette sur leur route, crai-
gnant que le nom du Seigneur n'y soit écrit. Et vous, messieurs,
qui avez le bonheur de connaître la loi chrétienne, vous vous
montreriez animés de sentiments moins respectueux pour
les signes extérieurs de la religion que ne le sont des hommes
encoreplongésdansuneatmosphèred'erreur ! Non, messieurs,
telle ne peut être votre pensée. Mettez chaque chose à sa
place : les choses de la terre en bas, celles du ciel en haut.
Donnons aux symboles de la foi des places dignes des idées
et des sentiments qu'ils représentent. Après avoir jeté le ciel
sous vos pieds, il ne vous resterait qu'à mettre l'enfer sur vos
autels.
Ici M. Daly a été interrompu un instant par un membre
du bureau, et, j'ai regret à le dire, par un ecclésiastique,
qui s'écria qu'il ne voulait imiter en rien le Japonais, mais
qu'il voulait cracher et marcher sur la croix ; qu'une église
entière n'était qu'une croix et qu'il fallait bien y entrer ;
qu'une croix dans un dallage n'était pas la même chose qu'une
croix sur un autel.
Tandis que l'attention était détournée par cette inter-
ruption, mon savant voisin de droite me faisait lire cette
note qu'il avait extraite la veille des œuvres du confesseur de
saint Louis : « Prœtereàverus crucis cullor signaculo sanclœ
crucis tantam reverentiam exhibebat, quod quando per
clauslrum religiosorum transiret, et videret cruces prolensas
exsculplas super lumulos defunclorum , transire desuper
quantum poteral, reformidabat . Undè in clauslris et cime-
teriis religiosorum, de quibus specialibus conf débat, faciebat
cruces desuper tumulos ejusrcmoveri (1); qui fait connaître
que saint Louis ne partageait pas l'avis de M. l'abbé Man-
ccaii.
» Qu'on ne vienne pas dire, reprit M. Daly, que depuis
des siècles nos sentiments sont demeurés réfractaires à l'in-
fluence de l'éducation ; que la pratique séculaire du chris-
tianisme est demeurée sans force pour améliorer et perfec-
tionner nos âmes ! Grâce à la pratique d'une religion d'amour
et de justice, nous ne sommes plus les hommes incultes du
xiif siècle. Il y a longtemps que les fêtes de l'âne et des fous
sont supprimées comme indignes de chrétiens et d'hommes
cultivés. Quel ne serait pas l'étonnement du chef des der-
nières croisades, s'il voyait de nos jours employer à la re-
construction de l'une des plus anciennes basiliques de Rome
chrétienne, des colonnes envoyées en présent au souverain
pontife par le chef des inBdèles !
» Profitons donc, messieurs, profitons de tous les trésors de
savoir et d'expérience que nous ont laissés ceux qui nous ont
précédés; mais, en recueillant avec respect cet héritage, dis-
tinguons ce qui est éternel de ce qui n'est que transitoire.
En applaudissant aux vérités conquises par nos devanciers,
ne soyons jias injustes envers nos contemporains. Ne né-
gligeons pas les ressources de la science et de l'industrie
de nos jours, et surtout respectons, honorons les progrès
accomplis dans le sentiment général des hommes sous l'in-
fluence du christianisme. »
La séance a été levée après ces paroles qui ont conquis
de nombreuses sympathies au jeune et bouillant Enée dont
jesuis le fidèle Achate. Mon savant voisin de droite, après avoir
vivement applaudi, me dit en sortant: «Le plus beau pavé,
c'est la foule innombrable des fidèles rassemblés, mosaïque
vivante de fronts inclinés dans un commun sentiment de foi,
d'espérance et d'amour, qui monte jusqu'au trône de la triple
et majestueuse unité qui gouverne les mondes. »
Dans d'autres séances du congrès j'ai entendu bien des
choses remarquables, mais ce que je viens de vous rapporter
est ce que ma mémoire a le plus fidèlement retenu. Je compte
sur les procès verbaux des séances du congrès pour le reste.
En quittant Tours, nous avons traverséAngers, le Mans,
Alençon, Séez, Domfront, Caenj visitant partout les mo-
numents de tous les âges, cherchant et recueillant en tous
lieux des enseignements.
Dans la capitale du Maine, j'ai lu dans je ne sais quel
petit journal, — je parle du format, — à propos du congrès
(1) Car c'était une profaDalion quelle fouler aux pieds un objet sacré, et
c'est pour cela que saint Louis, lorsqu'il pénétrait dans les cloîtres et dans les
cimetières , évitait avec grand soin de marcher sur les croix des pierres
sépulcrales. (Trad. de M. Letronne.)
5ii
REVUE DE L ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS.
5i2
scientifique, que l'architecte du Palais de Justice de Tours
avait (.'ompiétemcnt néglige d'appliquer les moyens que la
science indique pour donner aux salles la sonoriti; conve-
nable, il tel point que ce défaut avait forcé plusieurs au-
teurs de mémoires h quitter le congrès après la première
séance, désespérant de pouvoir se faire entendre.
Cette critique m'a remis en mémoire un mot d'un ancien
archevêque de Bordeaux, M. dcSanzai, qui, rappelante l'un
de SCS grands vicaires, M. de Camiran, que l'époque était
arrivée de s'acquitter de certaine perte d'une dinde truffée,
reçut cette réponse pour excuse, que les truffes étaient dé-
testables cette année. « N'en croyez rien, répliqua le prélat,
c'est un faux bruit que font courir les dindons. »
J'ai assisté h peu près ù toutes les séances de la huitaine
que nousavons passée itTours, j'aientendu Icspirituel exposé
des recherches de M. le colonel Jacqucmin sur le harnache-
ment, les comptes rendus des excursions archéologiques que
M. Paul Iluotsavait rendre si étincelants de verve et d'esprit,
j'ai entendu aussi heaucou|) do choses ennuyeuses, mais je
n'ai jamais entendu parler de ce défaut acoustique ; il faut
donc dire, comme monseigneur de Bordeaux, que c'est un
faux bruit que fontcourir les orateurs qui n'ont pas su
intéresser l'auditoire.
Daly met en ordre quelques notes, quelques souvenirs de
voyage pour servir au traité d'esthétique qu'il nous prépare;
il vous écrira du Mont-Saint-Michel, ou de Cacn lorsque
nous y serons revenus. En attendant il vous serre sympaihi-
quement et vigoureusement la main. De mon côté, cher
Constant, je souhaite de vous voir construire quelque
grand monument où vous pourrez mettre en pratique les
précieux conseils de votre enseignement.
Tout ii vous. 11. SIRODOT, arch.
TR.WAUX A DUNKERQUE ET DANS SES ENVIRONS.
A Monsieur César Daly, rédacteur de la Jievue d'Architecture.
Monsieur i.b niBKCTKOR,
Je profile d'une oitcasion pour vous doinier quelques dcùiils
sur les travaux qui s'exécutent dans notre ville depuis quelques
années. D'abord, le génie militaire a complété rcnceinlc de la
place en l'agrandissant au sud-est. Les reniparLs sont en terre
sans aucun revêtement; il n'exislo de murailles (jue sur la tra-
verse des canaux ; elles sont, dans ce cas, supportées par des
arches en pierre. I^a maçonnerie, qui est en briques, est bien
traitée; mais les portes, au nombre de cinq', et toutes sembla-
bles, sont d'une insignifiance qui n'est égalée que par la manière
dont les moulures sont profilées. Uuelqucs mille francs ajoutés
aux plusieurs millions (lé(K!nsés auraient permis d'exécuter des
portes ayant un caractère monumental et d'une sévérité en rap-
port avec leur destination.
Une tour pour pliaro de premier ordre a été construite vers
l'extrémité ouest du chenal du jwrt; elle est à plan circulaire, et
son lût diminue vers le haut. L'escalier qui conduit au sommet
est en pierre; il est itiscrit dans un anneau formé d'une part (uir
le mur d'enveloppe, d'autre part |»ar le mur d'échiffre concen-
trique au premier. Le corps de la tour, en briques, est surmoaté
d'un attique décoré de pilastres. Ce couronnemeDt n'est pas heu-
reux et ne produit pas un bon eSet.
Dans ce moment on exécute de grands travaux pour la création
d'un iKissin à flot, au moyen du barrage de notre port par une
double écluse. Comme ce port qui, jusqu'à présent, est un bassin
d'échuuage, sert à l'écoulement des eaux de l'arroiMlimmeat,
on a dû préalablement leur créer une issue; on creose eo<
sÀjucnce un canal de dérivation qui débouchera dans la i
en aval du barrage.Une grande écluse se construit sur ce point,
sous rtiabile direction et la surveillance scrupuleuse de N. l'in-
génieur Du verger, dont on ne saurait trop louer l'infatigable
activité. Les matériaux sont examinés, choisis, et employés avoc
un soin digne d'éloges, et qui promet à b construction uoe du-
rée éternelle. M. Cuel, ingénieur en chef des ports du Nord,
réside à Dunkerquc. Ses attributions comprennent le port de
Gravelines, où l'on commence des travaux importants pour élar-
gir l'écluse dite de Vaubau, par laquelle l'Aa se jette dans l'ar-
rière-porL
Il est à remar<|uer que depuis le remaniement des masses de
terre qu'a exigé l'accomplissement des travaux dont il s'agit, la
contrée est envahie par des fièvres pernicieuses qui ont surtout
sévi et fait des victimes en 182i6. Cette année encore, près de la
moitié de la garnison et de la population de la maison d'arrêt de
Dunkerque a été atteinte
La compagnie du chemin de fer du Nord fait, de son oâté,
travailler activement aux embranchement de Lille sur Dunken|ne
et Calais. Un pont se construit eu ce moment sur le canal de
Mardyck, à l'intérieur de Dunkerque, et l'on nous promet l'ou-
verture prochaine de cette ligne. Les travaux s'exécutent sous
la direction de M. l'ingénieur Davaine, du corps des ponts et
chaussées. La pierre employée dans ces travaux est d'une excel-
lente qualité; elle provient des carrières d'Écauasine (Belgique).
La pierre d'Ecaussine est d'une grande dureté : soo grain est
fin cl serré; sa couleur bleue est Irès agréable à l'œil. L'empla-
cement de la station terminale à Dunkerque est déterminé, mais
on ne fait encore aucun préparalif pour sa construction. Dieu
veuille qu'on nous gratifie de quelque chose de mieux que les
stations de Tourcoing et de Roubaix I
Non loin de nous, à triais, M. Néhon, ingénieur du port, ter-
mine en ce moment une tour pour'pliare de premier ordre, dont
la projection horizontale est un octogone : on le dit bien étudié
et d'un heureux effet.
Voilà, Monsieur, ce qui se fait tant à Dunkerque que dans ms
environs; je ne parle pas des travaux de communes ni de la rille
chef-lieu de l'arrondissement, car oo u' y fait aucune oonstructiou
qui mérite la peine d'être citée. A Lille, par exemple, oo bâtit
un hôtcl-de-ville, un lycée, mais je ne peux vous donner aociui
détad à ce sujet; je sais seulement que M. Beavignal est l'archi-
tecte de ces monuments.
Veuillez agréer, etc.
DE^'ELLE,
Ardniech! d* la vlit et 1
CASAS DALY,
membre honoraire «t ormyiriirt Jol'AcsJliit rojal* 4w BoMn-Arts
de Siocàboim, de I*IiutHat rojal de* ArdiitcOr* brilimyii, e<c, ««c
TABLE DES SOMMAIRES
DONNANT L'OBDRE DANS LEQUEL LES PLANCHKS ONT PARU.
(Années 18A7 et 1848.}
N* ». - INTRODI CTION {col. l), par M. César Dalï. - HISTOll'.E. Prcteslalion contre
l'élévalion sur le quai de Ntsie des deux pavillons du collf|.'c M»;arin ou des Qoalre-
Nalions, remise i Louis XIV par les hablianls du quarlier, en 1665 (col. 3), par M. le
comle de Labobde.— k Considéra lions sur le dessin de la place el du quai proposé» à faire
vers la lour de Nesle » — (coi. 4). — PRATIOUE : Elude comparative df» divers sys-
tèmes d'arma'ure remplaçant les poilrails m boii (coi. 8), par M. H. Janmard. archi-
tecte. — MÉLANGES : Lutte des ouvriers et des entrepreneurs (coi. ÏO), p;.r M. Perreï-
MOSD. — Noie relative à quelques opinions émises dans les Anvalts archdologiqvet
(col. 28). par M. Gounod. — Notice néco'oeique sur M. Bartiiélemy Vicnon (col. 32;.
— Une révolution dans l'art de bâtir, par M. C. D. {COl. ?!;. — Des voûtes gothiques
(col. 36), par M. Victor Guébin, arciiiiecie. — La Flèche en fonle de i.a cathédrale de
Rouen s'écroulera-t elle [col. 37, î par M. H. Jansiard, archilecle. — Ecole royale des
Beaux- Arls de Paris (COl. 42}. — De la responsabilité des archilecle» (coi. 44), par
M. Brunet de Baisses. — Concours pour le nouveau projet d'une salle d'Opéra (col. 47),
par M. C. D. — Faits divers: Un atelier reconnaissant (coi. 48). — Le vieui cluïteau
de Nogcnl-le Rolrou (coi. 48'. — Un faux titre el quatre planches repré>entant ; La
première (pi. 1), Divers systèmes d'armatures. — La deuxième (pi. 2), Gare du che-
min de fer du Kord, détails de menuiserie. — La troisième (pi. 3), Idem. — La qua-
trième, le h'rontitpicr.
N* 2. — HISTOIRE .- Du SymboUsme dans l'Architecture (l'Antiquité et le Moyen Age),
(coi. 49), par M. César Daly. — Mémoire sur 32 statues symboliques, observées dans la
parlin haute des tourelles de Saint-llcn's (!'• partie, col. 65), par luaoanie FÉL1CIE
D'AvzAC, dame de la ilaiton roynle de la Légion d Honneur {Saint-Venys). - PRA-
TIQUE ; Gare du Nnr.i (Pa'is). Dépendes générales cl travaux de meniiisiiie (col. 81J,
par M. C. D. — MÉLANGES: Reconsliuction de la Bibholhèque royale (coi. 87). —
Protestation contre la série des prix MorcI (coi. 89). — Lutte des ouvriers et des entre-
preneurs (fin, col. 90), par M. Perrevmond. — Démolition de la tour nord de l'église
royale de Saint Denys (col. 93), par H. i. — Percement de l'isthme de Suez (col. 95). —
Décoration du pont du Carrousel Uol. 96). — (iuaire planches représentant : La pre-
mière (pi. 4), Hôi.ital en fer exécuté à la Guadeloupe, par M. Fiimand. arcbilecle-
Ingénieur. — La deuxième (pi. 6), Idem. (DttaUs de cotislructiou). — La troi.^ièmc
pi. 7), Projet d'église paroissiale, par M- Dchel, architecte. — La quatrième (pL 8;,
Tombeau, i ar H. Labrouste, archilecle.
N" 3. HISTOIRE : Mémoire sur 32 «talucs symboliques observées dans la partie haute des
tourel es de Sainl-Denys (2* partie), col. 97), par madame FÉLiciE d'AyzAC, dame de la
maison rojale de la Légion d'Honneur {Saint Denys). — PKATIijUK : Note sur un hô-
pital en fer ronsiruit à la Guadeloupe (toi. 108,, p.ir M. A. Romand, architecte-ingé-
nieur. — MÉLANGES : l.e Louvre, sa cour, sa fontaine, ses lanternes en gibet, etc.
(col. 124). — Faits divers : Fragments, elc. — Six planches représentant : La première
(pi. 5), Détails de coiiitruction d'un hôpital en fer. — La deuxième (pi. 9', fjojcl
d'Op^ro, par M. A. CoLDER. — La troisième (pi. 10), ProjcJ d'Opdra, par M. H. IIoreal.
— La quatrième (pi. 11), Projel d'Opéra, par M. A.-L. Lussos. - La cinquième (pi. 12\
Projel d'Opéra (plan des étages, par M. A.-L. Lussos. — La sixième (pi. 13), Grille de
la cour extérieure de la Gare du Nord (Paris).
H» 4. — HISTOIRE : Mémoire sur 32 slatues synihnliques observées dans la partie haute
des tourelles de Saint-Denys (2o partit^, coi. 129), par madame Kti.ii:tE d'Avzai:, dame
de la maison royale delà Légion d'Honneur (Samt-Denys). —PRATIQUE : Note sur
hâpilal en fer construit à la Guadeloupe (%•> et dernier article, col. 141 ), par M. A. Ro-
HABD, architecte-ingénieur.— MÉLANGES: Le nouvel 0: éra de Pans; exsmen des
projets proposés (col. 153;; - Projet de M. A. Couder (col. 155); — Projet de M. H.
HOREAU (coi. 161) ; — Projet de M. A.-L. Lussos {col. 165). — Les sculptures de Ninive,
au Louvre {col. 172;. — Nouvelles et faits diveis {col. 175\ — Paris. Les nouveaux bâti-
ments de la Douane. Nouveaux musées au Louvre. Bibliothèque royale. L'ancien restau-
rant des Vendanges de Bourgogne. Un Ponte Rialto. Décoration du pont des Saints-Pères,
— DÉPARTEMESTS. Monument du général Drouot. Une nouvelle mosquée. Des bijoux an-
tiques en or et en argent. Des services civils, des services militaires et des décorations. —
Bibliothèque de 1846 (col. 1761. — Trois planches représentant : La première (pi. 14),
Charpente et plafond du vestibule de la Gare du Nord (Paris). — La deuxième (pi. 15;,
Charpente et plafond de la salle d'attente de la Gare du Nord (Paris^. — La troisième
(pi. 18), Détails d'art de l'École des ponts et chaussées (Paris;.
N' 5. — HIsTlilRE : Mémoire sur 32 statues symboliques, observées dans la partie haute
des tourelle^ de Snint-Denys (2e partic\ — Zoologie symbolique (eût. Ml), par madame
FÉLICIE d'Ayzac, dame de la maison royale de la Létiton d'Honneur (Saint- Uenys). —
PRATIQUE : Prijit d'une église paroissiale (col. 196). — Tombeau élevé au cimetière
Montparnasse, sur les dessins de M. H. Labrouste (col. 197), par M. César Daly. —
Grille et charpente de la Gare du Nord (Paris), par M. C. D. — MÉLANGES ; De i'ar-
chileclure religieuse auMXe siècle. Obseï valions jarM. César Daly (col. 206); Lettres de
M. Magse (col. 209). — Excursion dans Paris (col. 211). — Nouvelles et faits divers
(col. 214). — Paris • Des passages. Jury del Erolede.s Beaux-Arts. Nécrologie. Expusitiin
du concours pour le-s vitraux de la Sainte-Chapelle. Suppression de la voirie do Mont-
faucon. Numérotage des rues de Paris. Un vrai théâtre nautique. Procès de M. Soyez,
fondeur. — Dépabiemests ; Écroulement d'un clocher. Un ami de l'architecture peut
être ennemi des mot uments funèbres. Villages celtiques. Inauguration du canal de Mar-
seille — Pays étrascers : Archileclure des prolétaires. Télégraphes électriques. Vente
des maisons de Schiller et de Shakespeare. Miss Burdeit Coutts et l'église Saint-Etienne.
Première église rongienne. Mosquées et synagogues. Le tombeau de la reine Frédérique.
Les Hippodromes. Nouveau gaz hydrogène de Madrid. Une Acadéniic de sciences et d'his-
toire constituée à Vienne (Autriche). — Travaux d'utili-c publique en Egypte. Monuments
turcs fondroïé». — Trois planches représentant : La première (pi. 16), École des ponts
et chaussées, fxéculée etdes'ii ée par M. Carrez. — La deuxième (pi. 17), Idem. — La
troisième (pi. 19), Projet d'Eglise paroissiale, par M. Dainville, élève de là. Constast-
DUFEUX.
N' 6. —PRATIQUE : Nouvelle école des ponts et chaussées (col. 225]. —Projets d'églises
paroissiales (col. 220;. — De divers systèmes de fermes en fer et en bois employées en
Angleterre, par M. H. Jasxiabd, architeclc du gouvernement (col. 230). — MELANGES :
Modèle d'un cahier des charges et des conditions à imposer aux entrepreneurs d'ouvrages
à forfait, par M. Brlnet de Baines, architecte (coi. 236). — Rapport sur l'Ecole des
Beaux-Arts et des sciences industrielles de la ville de Toulouse, par M. Cil. Texier
(coi. 245). — Faits divers : Déjii la fontaine Molière s'en va (coi. 250). — Lettre d'un
vieux médecin ii un jeune architecte, sur l'importance d'un logement salubrc (col. 252). —
Lu Château des Fleurs, par M. Georges Olivier (coi. 24). — Bibliographie de 1846
(3' article, coi. 255).— HISTOIRE : Mémoire sur 32staluessymboliques, observées dans la
partie haute des tourelles du Saint-Denys (5* article, par madame Félicie d'Ayzac
(col. 257). — Quatre planches représentant : La première (pi. 20), Projet d'Église va
roiisiale, par M. Fbom.\ceau, archilecle, élève de M. Cossta.nt-Dufeux. LadeuiiJ^më
pi. 21), Ferme anglaite. — La troisième (pi. £2), Feimes anglaises. — La quatrième
(pi. 23), Sialtic» «!/mtoltgue» de la tourelle nord-ouest de l'Eglise abbatiale de Saint-
Denys.
N* 7. — HISTOIRE : Mémoire sur 32 slatues symboliques, observées dans la partie haute
des tourelles de .Saint-Denys (suite du 5' article , par madame FÉLiciE d'Ayzac. dnme de
la moiion rogale de la Légion d'Honneur [Saint-Denys), col. 257. — THEORIE ■ So-
lidarité entre t'indusirie et l'art. Distribution des prix de l'Ecole spéciale de dessin nar
M. César Daly (col. i90;. — Grands prix de l'insthut. Concours d'architecture ' oar
M. S. C. Cosstant-Dufeux, architecte (col. 296). — MÉLANGES : Tombeau de Nano
léon.par M. S. C. CD. (col. 300). — l'ont delà (ioncorde. par M. S. C. C.-D. (col 301)"
— Des places publiques à Paiis, par M. Bidault (col. 302). — Pavage de la place d'il
Carrousel, par M. S. C. C.-D. ((ol. 304).— Bibliothèque royale, par M. S C C-D
(coi. 300). — Nouvelle prison militaire, par M. S. C. CD. {col. 306). — .Nouveau rao'ven
d'éclairer les pièces ouvertes sur les courcelles, par M. II. J. {col. 307). .- Cheirin deVer
de Rouen au Havre, par M. II. J. {col. 3tO). — Description dune îiabiiaiion moldave
(coi. 309). — Lettre adressée a M. C. Daly, par M. H. Meynadier (col. 310). — Noiicc
nécrologique de M. Millaidet (col. 311). — Voyage en Grèce (col. 313).— Nouvelles el
fails divers (coi. 313;. — Bibliograi hie de 1840 (suite, voy, coi. 176 et 222). -Trois
planches fin.ples, représentant : La première (pi. 24), Statues symboliques de la tou-
relle nord-est de t'Eglise obbatiate de Saint Denys.— La deuxième (pi. 25 Statues
symboliques de la tourelle sud-est de l'Eglise abbatiale de Saiui-Deuyf. — Lâtioisième
(pi. iH',, Projet dépavage de la place du Carrousel, etc. ^
N" 8. — HISTOIRE : Mémoire sur 32 slatues symboliques, oliservées dans la partie liautc
des tourelles de Sairit-Derys (6' article;, par madame Félicie d'Ayzac, dame de la nat-
ion royale de la Légion d'Honneur {SatntDeiiys), col. 321. — PRATIQUE : Dis tuyaux
de ci'nduite, et liotammenl Oe ceux en terre cuite (1" article), par M. H. Ja'nnmrd ar-
chilecle du gouveiiumint (col. 335;. - MÉLANGES : Observations présentée.» par la
Société centrale dos architectes (1" article, coi. 340). — Nécrologie de M. Hachette par
M. J. JoLLivET {col. 352). — Des honoiaires de l'aichilccte, par M. Brunet de BaI.ne»
arthitecle (loi. 355). — Résultat des fouilles praticuees sous le parvis Notre-Dame dé
Paris (col. 357). — Conduits en terre cuile (coi. 358). — Confié» scienlillnue de Fiance
(col. 358). —Les monumerls historiques du Bas-Rhin (col. 358). — Un mot sur quelques
ihià res Je Paris, |ar N. Georges CiI.IvilR icol. o61).— Nouvelles et (ails Hivers , col. .'ICI
— Bibliographie de ^^:46 (suite el bn, fol. Ï67). — Trois plenebis simples, rei résintant ■
La \ nnAtre {y]. îl'>), statues lymbolKjUes de la tourelle lud-ovtst de V Eglise abbatiale
de Samt-Denys, xiif siècle. — La deuxième (pi. i7;, hem, ensemble aes quatre lou-
1 elles. — 1 a iioisien.e (pi. 29), Aquedvcs et Itt/ou.! de fotiiitii.f .^^ BÉfc-
K° y. — HISTOIRE : Mémoire sur 32 slatues symboliques, observées dans la partie hsnte
lies tourelles de Saint-Iienjs i8" et dernier aniclr), par madame Félicie d'Ayzac dame
de la maison royale de la Legmn d'Houneur (Saint-Denys), col. 369;. — PRATIQUE ■
Des aqueducs et îles tuyaux de conouiie dans l'antiquité (2' article), par .M. H. Jansiard
arehitictedu (cuvcrnunent (coL 3t3). — MÉLANGES : De la libîrlé dans l'art lettre il
M. L. Viiel, par M. César Daly, suivie du discours prononcé psr M. L. Vitel à l'a séance
générale de la Société aribeuiegique oe Ncrmandie {col. 392). — École dis Beaux-Arts
(Paris ), psr M. C. D. (col. 408). — Jardins d hiver de Paris et de Lyon (coi. 410). — Mé-
itaille loyale de l'Instilut des arebitectes hrilanniqi'is (col. 412). — Encore les piédestaux'
baraques du pont du Carrousel {col. 413). — Ecole mariilme du commerce à Pari»
(col. 41(i . — Déci uveites arcbéologii(Ucs dans Par. s (col 415 . — Nécrologie {cet. 410)
— Le Congrès de Tours (coi. 4l6). — Petite correspondance {col. 416 . — Trois planches
simples, eiiliêremenl a l'illet el tuées en couleur, représentaiit : La fremière (pi. 30)
6'rond< rii« (Cotre). — La deoxiime (pi. 31), Tour de la Mosquée el Mcyed (Caire).—
La troisième (pi. 3z), Salle hipostyle (hamac).
N- 10. — HISTOIRE : Panorama d'Egypte et de Nubie (col. 417). psr M. César Daly. —
PRATIQUE : Des entablements en bois et des cbeieauk en fonle.— Lettre de M. Develle
architecte de la ville de Dui kerque, et réponse de M. H. Janniard, architecte du gouver--
niment col. 424). — Etude d une salle d'Opéta {col. 426), par M. le baron II Mevsa-
Ditn. — MELa.NGLS : La verilé ou la guene, choisissez : leitre à M. DiDRON, ditecteur
oes Annales, par .M. César Lalv {col. 42H,i. — La libellé dans l'art jcol. 430). — De
l'enseignement de la théorie de l'architecture à I Ece>ledes Beaux Arts de Paris {col. 431),
psr M . César Daly. — Des cours d'histoire et de construciiun à l'Ecole des Bi aux-Ans dé
l'aiis (et ae quelques autres choses (coi. 436;, par M. CÉSAR Daly. — Un concours re-
marquable à l'Ecole des Bcaux-Aris de Paris (col. 411), [ar M. Aymar Verdieb archi-
lecle. — Lesdoctiiresdes.Ari»iiics oiiii^oiogitties, condamnées | ar S. Eni. n^ons'eigneur
le cardinal de BoN/LD (col. 447). — Mélanges o'aichéologie el de liltéralure {col. 447).
— Cinq planebes, dont une double, en bistre : La première (pi. 3-t;, Monuments arabes
— La deuxième (pi. 35;, JUoninienls égyptiens.- La troisién e, double (pi. 3'i). Détails
il'archileclure éoj/plienne. — La quatrième ipi. 41;, Idonumenls égyptiens. -' La cin-
quième (pi- 43;, Idem, r-' -^'..' — rri oi^M
N" 11 el 12. — ADRESSE à nos lecteurs, par M. César Daly (col. 4S9). - HISTOIRE :
Panorama d'p:g5pte el de Nubie (2' et dernier article), par M. Cés.\r Daly {col. 494).
— PRATIQUE : Cliaullage à l'eau chaude, par M. René Devoir (col. 509 Planchers
mélalliques, par M. H. Janmard, aicbitecle du gouvernement (col. 515;.— MELANGES :
Observations prèsciittes par la Société des archilecles. sur la nécessite d'instituer un di-
plôme d'architecte, et progranjine des connaissances exigibles pour l'obtention de ce di-
plôme (2' et dernier ai ticle, col 5'i2).— Voyage de deux snistes. Discussionsd'ait. Histoire
générale des pavages (col. 626). — Travaux a Dui. kerque el dans ses environs, pai M. De-
velle, architecte de Dur>kerque (col. 541. — Table des sommaires des numéros du volume
(col. 513).— Table alphabétique des matières (col. 545). — Table des planches .;col. 551 .
—Neuf planches, dont une double et dont deux en couleur elàl'eflél : La première (pi. 33 t.
Vue de la salle hyposlyle du lempte de Khans [Kanac); en couleur et à l effet. — La
douxièrne (pi. 36.. Destauri^tion des mines de Hamac et de Lnxor. —La troisième
(pi. 38;, Vue générale de l'iiede l'hilœ; flanche double, en couleur et à l'efj'et. — La
quatrième (pi. 39), Temples d'Isamboul; plans et élévations (Nubie). — La cinquième
(pl. 40). /dcm; d^lctl» divers {Nubie).— La smtm^ {pi. M}, Monuments égyptiens;
temple de Denderah et plan général ae Karnac. — La septième (pi. 44), Appareils de
chauffage à l'eou chaude. — La buitième (pi. 45), Idem.—ta neuvième (pi. 46), Planche
métallique, système de II. Yaux,
FIN DE LA TABLE DES SOMMAIRES.
TABLE ALPHABETIQUE ET ANALYTIQUE
DES MATIÈRES DU T VOLUME.
(Anni^os 18â7 et 1818.)
A.
Académie des sciences et d'hislolre, rcnstiltiée à Vienne, en Aulriche,
221, 318. — Iles arts et des s('i< nccs de Venise, (l('cr('lc la conMrnc-
tion d'un l'anlhéon national, 305.
Ailes (les) symboliques du prière, d'aspiralion, 99, 193.
Amérique. Vny. Art.
Ane, einl)lf!mc des sens révoltas conlic l'esprll, 102, 193.
Animaux symboliques de .Sainl-Denys, 193.
Anmai.ES arcbi'oloRiques. .Ses opinions rriiiqni^es par M. Counod, 28. —
F.ellrc de M. Oaly à son direclciir, 628. — Son acroid avec M. I.ebas,
h'ih. — -Ses doctrines condamnées par Mgr de l}onal<l, hWl.
Anneau symbolique égypiien, 698.
Antiquairïs (sociéld des) de Normandie, 'lOl.
Antiquités algériennes, 366. — .Scandinave», 365. — Canadiennes, 366.
Voy. Aqviedxxcs.
Aqueducs et tuyaux de conduite dans l'aotiquitë, 383.— Gallo-romaine,
ihid. — Siplioïde de l'alara, en Lycie, 385, — De Maintenon, 386. —
Aniiques, à Lyon, ihid.
Archéologiques (découver les), à I.yon, .''18. — Dans l'aris, 615.
Architectes (de la responsabiiilé des), 66. — Honoraires, 355. — Avis
de la Sociélé reiilrnlt' des architectes sur la nécessité d'Inslilucr un di-
plôme d'architecte, S'iH, 522.
Architecture (du symbolisme dans 1'), 69. — Les lignes géoméiriqiies
de l'aicliileclure ont un scnssyml)olique, 58. — lleligieuse au xix' siè-
cle ; observiitions par MM. Daly et Magne, 205. — Des prolétaires,
218, — Moldave, 309. Voy. Gothique. — Enseignement de la lliéoiie
de), h riCcole des Beaux-Arts, 608, 63t. — Arabe en Egypte. Voy. Pa-
norama, etc.
ARMATURtsen fer. Travers, Leturc, 9. — Jacquemart, 10. — Baudrlt, 11.
Belltmère, 13. — Itnielier, 16. Voy. ces noms. — En fonte, 17.
Anr de bAlir, par Itondelel, 18. Voy. Voilles. — En Amérique, 367.
Voy. Armature.'!, Voiltes.
Art (de la liberté dans 1'), 392, 630. — Son influence politique, indus-
ti'iellc et sociale, 691. — De quoi se compose son élude iDiégralc7 692.
Voy. Soltdarità.
Assainissement de Paris, 215.
Autruche, i'einlil(>me de la gourmandise, etc., 102, 193.
Adresse à nos lecteurs; motifs du repus de la l<evue, après février, 689.
B.
BAS-ltHiN. Voy. Monuments hi.itoriques
Batelier. Sun système d'armature, 16.
BATlGNOLLEs(llùlel-de-Vi;ic des), 316.
Baudkit. .Son système d'armaiure, 11.
BÉaÉMOTH ou Léviathan. .symboles, 138.
Bélier personnifie rignornnce, la stupidité, etc., 103, 103.
Bellemkrk. Son armature, l.t.
Beni-Hassan (Spéos de), 303. 307.
BlBLlor.nAi'HiE de 1860, 176, 222, 255, 319, 3(i7. — Des ouvrages à con-
sulter sur les lois et ordonnances concernant les travaux publics cl
pnrlicnliers, 'J63.
Bibliothèque royale (reconstruction de la}, 87. — Bapport de la Com-
mis.si(in d'enquête sur ce projet, 176. — Sa translation, 306. — Son
remaniement intérieur, 316.
Bijoux aniiques en or et en argent, 175.
Bi.ODET (M.). Son enseignement de l'architecture, 608, 631.
Bois. Voy. Fermes, entahlement.
BoNAL» (Mgr de) condamne les doctrioes des Annales arcKMogi-
ques, 667.
BONNAL, arch., congédié par leçons, mun. de Toulouse, 316.
BONNEUAIN, inventi'urdu système de chaulTage ik l'eau chaude, 510.
Bocc. Sa slgnillcalion symbolique, 183, 193.
BouusoT. .^a proposition au sujet des armatures, 17.
BODKASSÉ (M. l'alibé). Sa lettre aux Annales archéol., 616.
Bruxelles (exposition industrielle nationale i), 319.
Cahier des charges (modèle de), 236.
Caii'.k (le , (Il srripiion de ses monuments, il9.
CAr«AL de Marseille, 218.
Carrousel. Vciy. l'ont et Place,
Celtiques (village*), 318.
Centairb. .Sa signlBoilion symt>olique, 193.
ChaI.xeaux en fonle, 626, 6'.i5, 626.
Chameau, l'emblème de la colère, de la rancuD», 10&, IS3.
Charpente. Voy. Gare et Hôpital en fer,
ChAi^pestiers. Voy. Ouvriers, Knlrepreneun.
Chat, symbole de la Hailerie, elc, 106. 193.
Château des fleurs, sa consiruction i l'aris, 256.
Chaufpace et ventilation par l'eaa cbande ; di«en apptreih, •
Chauve-souris, symlwle de l'hypocrisie, eic, 106, 193.
Chemin de fer de I>arisà Marseille, 22'i. — De Toarsi Nanlet, ibid. —
D'Orléans 1 lloideaux, iiid. — Enqu)>le sur le chemin de 1er de Nar-
bonnc à l'erpigiiaii, ihid. — Traversée de Lyon par le chemia de ter,
ihid. — Accident du chemin de fer da .Nord, ibid.
Chemins de fer. Voy. Gare.
Cheval, symbole de l'insolince. de la luxare, etc., 107, 193.
CilJiviiE. Sa signifiralion >ymbolique, 183, 193.
CHIEN, emblème de la colère, de l'rnvie, cic, 139, 130, 193.
Ci.iQUART (pierie dite). .Son emploi. 19.
Clochet (chute du), à ^ogenl-le-fterDard, 217.
Collège Mazarin. Voy. Collège des Quatre-.\aliotiM.
Collège des Qllatre-,^ations. Proiesiaiion faite, en 1665, contre l'^v*-
lion (le ses pavillons sur le quai, 3.
Concorde (pont de la), 301.
Concours. Voy. École de$ Beaux-Artt; voy. Opéra: roy. Sainte-Cka-
ptlle.
Concours d'architectnre, grand prix de l'Insiiiol, 396. — RemarqMble
à l'Ecole des Iteaux-Arts de l'aris. 661.
Conduites en terre cuite; leur histoire, leurs propriétés, leur fabricaUM
actuelle et leur prix de revient, K>h, 358.
Congrès scientifique de Kranre, tenu i Tours. 358, 616.
CoNSTANT-Durttx (M. 1, son cours de perspective, 608.
CoNSTANTi.xoi'LE. Travaux qui s'y font, l'27.
Cornes, leur signification symbolique, 139, 196 et I9S.
Couchacd (André). Voy. Voyages.
Couder (M. Amédée). Son projrt d'Opéra, 155.
Coupole sphéiique mobile en ler de l'OtMervatoire, 316.
CouTTs (miss Burdcti) paie les dépenses de l'EgitM de 5atait-ÉtieaK,
219.
Crapaud, symbole de rorgneil, 133, 196.
n.
Dainville (M.). .Son projet dVglise paroissiale, 258.
Danton (testament df, 217.
Daly iCésari. Sa Letire i M. Vilel,392. - A IL Didroa.199.
Davioid (M. . élève de racole naiiooaie des Bctax-Aru obtient la pre-
mière médaille, 63.
Décorations desi civi'es et militaire*, 17S. Voy. Pmt.
ftÉcocvERTts arcli^ologiqiirs dans Parl^ àl6>
Démolition. Voy. Saint-Dmi/M,
Dcnderab (le temple dr), 6M.
Dents (Saim) : Ses statues symboliques, 6.v81 : 97-108 ; lSt>U*: 177-
192 : 257-'J90 ; 331-335. — Démolition de sa lonr, «S.
Députés «chambre desi. Si'jel du prix de Book, 296.
Devis. Voy. ilorel.
DiDRON (M.), directeur des Annales arrkMcgiques. CiK«Miaa e«tre M
et M. César Daly, 629. — Suppliant de M. Lebas.AMk
DIPLOME d'arcbiiecie. U Société centrale des architecM* le bMfC i
rable, 366, 533.
DCBAN. Sa médaille par M. Simart. 68.
DOBiu Son projet d'éf lise paroissiale, 198.
547
TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIÈRES.
5)8
Ëcr.AiRAGE au gaz Iiydropînc (nouveau moyen d'), 220. — Des pièces
ouvrant sur les petites cours, 307. — Appareil nouveau pour le
gaz, 316.
ÉCOLK royale des Beaux-Arts de Paris. Concours d'émulation de con-
slruclion génc'rale ; distribution de médailles et de mentions, 42.
ÉCOLE des Ueaux-Arls. ConipltMe son jury, 215. — Ouverture du cours
de perspective, Zi08. — Ouvcriure du cours de tliéorie d'arcliileclure,
ibid. — Critique du cours rie théorie de 1', i3l.
ÉCOLE royale spéciale de dessin ; distribution des prix, 290.
École (nouvelle) des ponts et chaussées : description des travaux, 225.
ÉCOLE des Beaux-Arts de Toulouse (rapport sur 1'), 2lib.
École maritime du commerce, lilli.
ÉCROULEMENT. Voy. Clochev.
ÉGLISE Saint-Jacques de Caudenberg, à Bruxelles ; sa restauration, 3fl5.
— Saint-Pierre de Home, 31.
ÉGLISES paroissiales (projet d'), 196, 226. — (Vieilles) déblayées à leur
base, 317.
Egypte (Panorama d'), 417, Z|9/i.
Enseignement de l'arcliit. à l'École des Beaux-Arts de Paris, 421.
Entablements en bois, 424, 425 et 426.
Entrepreneurs. Voy. Grève et Cahier des charges.
Expositions ind. à Hambourg et à Bruxelles, 220, 319.
Face ou visage cornu (•symbolisme), 183, 195.
Fer (influence du) sur l'avenir de l'art, 151. Voy. Hôpital en —, 108,
et planchers niéialliques.
Fermes en fer. Modifications à y introduire, 149.
Fermes (divers systèmes de) en fer et en bois, employées en Angle-
terre, 250.
Flèche en fonte de la cathédrale de Rouen, 37.
Fontaine Molière .se dégrade, 250.
Fonte. Voy. Armatures, Chameaux, Fermes, Flèche, Hôpital en fer
et Tôle.
Forage des mines (nouveau système de), 362.
Fouilles à Saintes, 362 ; à Lomlinièri's près de Neufchâtel, 363, 364 ;
sous le parvis d(! N. D. de Paris, 357.
Frissard. Sa mort malheureuse, 416.
Fromagead. Son projet d'église paroissiale, 226.
FuGGER (J. -Jacques), savant bibliophile, 79.
Gare du chemin de fer du Nord. Estimation de ses travaux, 83; menui-
serie de sa salle d'attente et de son vestibule, 82 ; sa grille et .ses char-
pentes, 202. • — [ie la ligne de Uouen au Havre, sa disposition, la ma-
nœuvre de ses portes, 308.
Garrez (VI.). .Son école des ponts et chaussées, 226.
Garthassey (chapelle des carrières dej, en Nubie, 507.
Gaz hydrogène produit par un nouveau procédé, 220. — Nouvel appa-
reil pour sa combu.stion, 316.
Géométrie (la) symbolique en architecture, 58.
Gillet (M.) dépose au musée un sarcophage grec, 387.
Gothique. Voy. Architecture religieuse. Liberté et Voûtes.
Grèce (voyage en). Noies et croquis par M. Couchaud, 313.
Grenouille, emblème des luxurieux, 134, 194.
Grèves des ouvriers charp. en 1845, 20, 90.
Griffes. Leur signification symbolique, 139, 194 et 195.
Grille de la gare du Nord, à Paris. Sa description, 202.
H.
Habitation des pays tropicaux ; leurs inconvénients, 113. Voy. Salu-
brité. — .Moldave (description d'une). 309.
Hachette (nécrologie de M.), 332.
Halle aux drhps. Sa destina ion actuelle, 315.
Hippocentaure. Sa signification symbolique, 193.
HippodrO-ME de .Schcncmingues, 220.
llONOhAiKEs des architectes, 355.
Hôpital en fer, 108 et 141.
HoREAu (H.). Voy. Chat, des Fleurs, Egypte, Jardin d'hiver, Opéra,
Pont.
Horloge très-compliquée, 361.
HÔTEL l'ieury alfecié .'i l'École des ponts et chaussées, 225. — Du prési-
dent de la chambre des députés, 314.
HÔTEL-DE-ViLiE dcs Balignollcs. Sa fondation, 315.
Hyène, emblème de la détraction, 135, 194.
IBSAMBOUL. Ses temples creusés dans le roc, 506.
I.VDUSTRIE. Voy. Solidarité.
Institut des architectes britanniques. Sa médaille royale, 412, 413.
Institut (pavillon de 1'). Voy. Collège des Quatre-Nations. — Pris
(grands). '
.Iacob (le camp). Voy. Hôpital en fer.
Jacquemart. Son armature, 10.
Jardin d'hiver de Paris et de Lyon, 410.
Jay (M.). Son cours de construction, 436.
Job décrit la locomotive, 'J94.
Jobart (M.), directeur du Musée de l'industrie belge, 152.
K.
Karnac (Egypte). Ses ruines, 498.
Khons (temple de;, à Karnac, 499.
Labrouste (H.), tombeau csëcuté par lui, 197.
Laideur. Sa signifiralion symbolique, 56.
Lamennais. Son idée sur l'art moderne, 400.
Lebas (M.). Son entente cordiale avec les Annales archéologiques, 432.
— Ouverture de son cours d'histoire de l'architecture, 4o6, 438. —
Un aphorisme de M Lebas, Zi39.
Leclère (Achille). Sa nomination, 127.
Lecteurs (adresse à nos), 449.
Leturc. Son armature, 9.
Liberté (la) dans l'art, 392, 430.
Lièvre, emblème de la pusillanimité, 191, 192, 194.
Lion, emblème de la force, des passions violentes, etc., 136, 194.
Logement. Voy. Salubrité.
Loup, emblème de la rapine, etc., 136, 194. •
Louvre (état de la cour du), 124. — Ses nouveaux musées, 172.
LussON (M. A.-L.). Son projet d'Opéra, 165.
Luxembourg. Voy. Pairs.
LuxoR. .Ses ruines, 501.
M.
Magne (M.). Sa lettre sur l'architecture religieuse au xix" siècle, 205.
Maison renaissance de M. Tourelle, à Paris, 313.
Maisons. Voy. Habitations et Verre. — De Schiller et de Shakespeare;
leur vente, 219. — Voy. Salubrité. — Moldaves, 309.
Manicore, animal fantastique, emblème du démon, 137, 194.
Mats dccoraiifs des Pylônes, 499.
MÉDAILLE royale de l'Institut des archiiecles britanniques, 412.
Médailles (collection de) découvertes à Barleux, prés Péronne, 175. — ■
Voy. Ecole des Beaux-Arts.
Méhéîiiet-Ali. Sa nouvelle mosquée, 220. — Fait planter des arbres, 253.
.Mélanges d'archéologie, d'histoire et ds littérature; par M.M. Charles
Cahier et Arthur Martin, 447.
Métal. Apen^u historique des constructions en cette matière, 108.
ilEVNADiER (\1.), premier auteur du Jardin d'hiver de Paris, 411.
MiLLARUET Sa nécrologie, 'J15, 311.
MlxLMUM demandé par les ouvriers charpentiers, 23.
M0NU.WENTS turcs foudrovés à Conslantinople, ^2'2. — Historiques du
Bas-ltlun, 358.
MONTFAUCON. Sa voirie, 215.
MœRis (le lac), non creusé de main d'homme. 424.
MOREL (protestation contre sa série de prix), 89.
Mosquée (nouvelle) en Afrique, 175.— Construite par Méhémet-Ali, 220.
N.
NÉCROLOGIE. Voy. Vignon, Millardel, Hachette, Frissard, Prestat.
Nevers (hôtel de), 4 et 6.
Nil (précautions d'un voyageur pour remonter le), 422, 424.
NiNiVE (vestiges de), 126. — Au Louvre, 172.
NOGENT-LE-liOTROU (Ic vicux cliâteau de), 48.
Notre-Dame de Paris. Voy. Fouilles.
Nubie (panorama de), 417, 494.
NoiiÉRCffAGE des rues de Paris, 215.
O.
Observatoire. Sa coupole mobile en fer, 316.
Onocentaure. Sa signification symbolique, 193.
Opéra (nouvel) de Paris, 47, 127. — Examen des projets proposés par
M. Amédée Couder, 155 ; —H. Horeau, 161, et M. A. Lusson, 165 ; —
M. Meynadier, 310, 426.
Ordres égyptiens, 503.
Oreilles. Leur signification symbolique, 138, 194 et 195.
Ouvrages à forfaii. Voy. Cahier des charges.
Ouvrier. Sa dépense annuelle à Paris, 21.
5A0
TABLE ALPHABÉTIQUE ET ANALYTIQUE DES MATIEBES.
550
Odvriers charpentier».
Oves égyptiena, &07.
Leur grève, 20,
Pairs (slaliips pour la clLimlire des), 196.
I'A^ORAMA (l'ÈKyplPct de >uble, lilT. !\0h.
Parvis N'oirc-[)anie de l'ariit. Voy. Fouilles.
Passages (de»; dans Paris, 215.
Pattes Leur signification symbolique, 139, 195.
Pavillons de l'Insiltni. Voy. ('oWije des Quatre -Sationi.
Piiii.Oii (ruines <*gy|iliennes dans l'ile de), 5U5.
Pi^:destaux-baraques du pont du carrousel, àl3.
PiKDS. Leur Kignificalion symbolique, 1^9, 195.
Pierreries (les douze), nommées dans l'Exode, assimilées aux donie
l)rlncipales vermsdii Clirisl, 258, noie.
Pierres factices (de l'art de composer les). Ouvrage de M. Flenrct,
390.
l'LACES publiques i Paris. Lenr situation, leur décoration. 302. — du
Carrousel ; noire projet de pavage, 305. Voy. Saint- Pierre.
Planchers inétalliques. .système de M. Vaux. 515.
PoHT (projet d'un nouveau) ^ur la Seine, jwr M. Iloreau, 315. —du
Carrou,sel. .Sa décoration, 96, I7û, il3. — de la Concorde, 301. — de
Sois,sons (xiii" siècle). Son élargis.senieni, 317.
Poitrails eu Iwis. Leur Inconvénient, 9. — U grève des charpentiers,
en 1845, a contribué à y faire subsiiiuer des armatures en fer, ibid.
Poisson.-. Leur signification symbolique, 177, 195.
PouLK. Sa signilicaiion symbolique, 1H3, 195.
Pourceau. .Ha sitinificalion symljolique, 183, 195.
Pradier. Auicnr des douze grandes Victoires du tombeau de Napoléon.
Voy. Tombeau.
Prestat (M. lùlmond). Sa mort, A16.
Prison miliiaire (nouvelle), 306.
Prix (série de). Proicstatioo contre celle de M. Morel, 89. — (Distiibn-
ilon des) à l'École de dessin de Paris, 290. — Grands (concours de la
section d'arcbitccturc), 296.
Projet. Voy. Eglise, Opéra, l'ont.
Protestation, en 1665, contre l'élévation des deux pavillons du collège
Mazarin, 3.
Purgatoire de saint Patrice. Ce que c'était, 98.
Pyramides d'tgypte. Ce que c'esl, 62t. — Leur date, leurs dimensions,
leur objet, ibid. — La pyramide est la forme architcctonique la plus
ancienne, ibid.
Qdeue. Sa sigiiiflcaiion symbolique, \Bli, 195.
R.
Bat. ."îa significalion symbolique, 186, 196.
KÈGLEMENT de l'Académie des .sciences et d'histoire de Vienne (Aulridie),
318.
Renard. .St significalion .symbolique, 187, 196.
Responsabiliti'^ des architectes, W.
Restauration des théâtres, 315.
Revue de l'archiieciure. Son passé, son avenir, 1. — Cau.sc de son repos
après février, /|.'|9.
RiALTO (un poH<e) con.struil à Paris, 17/i.
RiDÈLE (le baron A. de). Son tombeau a-u cimetière Montparnasse i
Paris, 197.
Ronge fonde une église pour son culte, 2<9.
RouGEViN, aichitccto des Invalides, 10. — Plate-bande en pierre sur
linteaux en fer exécutés sous sa direction, 19.
Rouen. Voy. t'tcche.
8.
Saint-Pierre (place). Le pape, pour élargir les rues qui y aboutissent, a
fait abattre les avances des maisons qui n'étaient pas dans l'aligne-
ment, /i. — Égli.se de Rome, 31.
.Sainte-Chapelle. Ses vitraux, 215.
Sainte- Sophie (restauration de) à CA)nstantinoplc, 365.
Saints-I'ères (décoration du pont des), 174.
Salubrité des logements, 252.
SANGSiJE, emblème de la gourmandise, etc., 188, 196.
Satyres aux piedsde chèvre figurent les voluptueux, 18i.
Sauterelle, emblème de la luxure, etc., 188, 196.
Schiller et Shakespeare, vente de leurs maisons, 219.
Serres. Leur signification symbolique, 1,19, 195 et lufl.
Services civils, .services militaires et décorations, 175.
Seïssel (l'asphalle), un des meilleurs luis connus pour les joints des
tuyaux de conduites d'eaux froides, 338,
.Shakespeare. Vente de sa maison, 219.
Simart (M,) chargé d'exécuter symboliquement la vie civile de Napo-
léon, 300. "^
SiNGB, emblème de la dérision, de la luxure, etc., 18», 196.
Société centrale des architectes, ses observations sur la nécessité d'in-
stituer un diplùme d'architecte, 346 et bT2.
.<=OISSON$ (pont de) élargi, 317.
.SoLiDAiiiTt (le l'industrie et de l'arl, 2M.
^vrrun (rue). Son ptrc-meai (ail découtrir one coottroci. rom., 416.
.SoTEZ (M.), fondeiir. Son pract* «a Mij^i des bronzes liirét poor in
bas-reliefs du tombeau de l'enpcteur, 316.
Svtos, Voy. Ibiomboul tl Beni-llatêan.
Spuirx (avenues de), 4M, &01.
Statdes allégoriques des looreltes de .Saint Denys, «6-81 : 97-10$; t»-
140 ; 177-192 ; 257-290. - Du p>ini do CarrooMl.M. — SiMaespb-
céesdans l'hémicycle du bureau de la cbaafercdcf pain. ITW TnlM
sales d'Aménophe III, 498. — On grMd SteMria^ Voy«, IbêmmietU.
Sdes (percement de l'isthme), 0&.
ScGU (ral>l>é). U iMsilique de Sainl-Detys reciMHtnAefaricssoias. 68.
STaBOLiQOi. Voy. Saint-Devyt et Symbolime.
.Stubolikjii. Dans rarcbileciure antique et du moyen i(r, A9. — Sa
théorie générale, 55 et suiv. — Ooméiriqoe, 58 et suit. —Voy. An-
neau égyptien, .Saint-Henyt et Sphinu:
Str1::ies. Ilisioire et tradition sur lenr sIgoiCcalion symboliqne, 190, 196.
STnAGOGCC nouvelle i Alt-Strcliiz, 220.
T.
Tableau, symbole de l'orgueil, etc. 191, 196.
'l'ÉLÉGiiAPBe électrique, 218.
Télégraphes en Algérie, 318.
Tf MPLE de Diane Leocopbrynée, 126. — Teaplcs égyptka*. V»f. Pano-
rama d'Egypte et de Subie.
Te.stament (un) favorable i rardiilecinre, 217.
'I'hEathe nautique à l'aris. 216. Voy. Opéra. — Fraaçaia, 359. — Oe
l'Ambigu-Comique, ibid.
Théâtres de Paris. Leur resiauralioD, 315. — Vm mot sur
théâtres de Paria, 359.
Thébes. Date de sa fondation, sa situation, ses naines, 49&.
Timbre (palais du) à Paris. Krreur de sondage poar ses iiMiéMiOM, Uà-
Toi.E. Ses avantages sur la fonte, 144.
Tombeau de la reine Krédérique, Uii par le roi de HaaOTre, 3M. —
De Napoléon, 300.
Tombeau du baron André de Ilidèle, 197. Voy. DOnfoii.
Toulouse. Voy. Ecole det Deaux-irit, Toy. Bonnal.
TocRS (le congrès de), 358, 416.
l'ouR .>-aint-Jacques-la-Bouclierie. .Sa reslauratioa projetée, Slft. Toyn
Clochers, Monumenls turcs.
Travaux publics en Kgypte. Barrage du Ml, 221.
Travers. Sou armature, 9.
Trottoirs en porcelaine. Leur construction, 212.
Truie. Sa signification symbolique, 183, 196.
ToNNEUs sous l'eau, anciennement exécutés, 128.
Tltaux (emploi des) en terre cuite par le» anciens, 385.
TuTACX de condiiiie de diverses natures, 335. — en poterie, 340. — en
verre et en porcelaine, 342. — Prix de tuyaux divers, 343. — en terre
cuite, au palais des Tliermes, à l>aiis, 388.— Caylus et l'abbé Lebmi
oni vu des tuyaux antiques en terre cuite dans les minesdel"
tre, ibid. — Les Turcs emploient des tuyaux en poterie
aqueducs dits touterazi, 390.
Vache, emblème de la désobéissance. 191.
Vandalisme monumental du ministère de la guerre, 362.
Vaux. Voy. Planchers métallique».
VÉniTiENs (les), quand ils voulurent consiruirc Pabna .Nova, se »*ca
rapportèrent pas à leurs seuls ingénieurs, 8.
Ventilation. Voy. Chauffage.
Verre (maison sous), 153.
Vig:ion. Voy. BarthéUmy. Sa notice ■toviofiqiie. 32.
ViLLARCEAO (M. Yvon). Sa nouvelle théorie de la coostrocliaa des
voûtes, 34.
Villes capitales. Cause de leur établisscmenl et de leur tramlaiioa.
Voy. Thébes.
Vitet (M. Ludovic) (discours de). 402. Lettre que lui adresse Si. Oésar
Daly, 392.
Vitraux de la .Sainte-l.hapelle, 215.
Vitreve donne la description d'aqueducs sipholdes composés de layaax
en maçonnerie, 385. — Traduit et commenté par IVrraull, 3S6. —
Itecommande les tuyaux en terre cuite, 388.
VOUTES gothiques. Ix: mode de leur construction. 36. Voy. Yvom Vitlmr-
ceau.
VOTAGES en Grèce, pabllés par M. André Concbaod, SIS.
W.
Wtsr (le colonel) a découvert quatre villes renfermant de» hiéniglyphes
dans la grande pyramide de (iyseb, 431.
Zoologie symbolique. Voy. Saini-Denj/s.
TABLE DES GRANDES PLANCHES l*^.
j^pi. TITRES DES PLANCHES.] Colonnes.
Frontispice 1
1. Divers sysiètiies d'armatures A8
2. Gareducheiiiindefcr<luNord(Paris),d(!lailsde menuiserie. J „„
U. Hôplial en fer exécuté à la Guadeloupe par M. Uomand, ar- >
cliitecle-inKénieur. {Elévation et coupes) f .„„
5. Plans et coupes de l'hôpital en fer, de M. Romand i
6. Détails de construction de l'Iiôpilal en fer, de M. Komand. J
7. Projet d'église paroissiale, par M. Dubel, architecte ^ „„.
8. Tombeau, par M. Labrouste, architecte (
9. Projet d'Opéra, par M. A. Couder. (Plans et élévation.) ....
10. Ib., par M. II. Iloreaii. (Plan et élévation.)
11,. Plan général de l'Opéra projeté, par M. A. -L. Lusson, et pa- V 176
rallèle des plans des plus importants théâtres de Paris.
12. Plan des étages de l'Opéra projeté, par M. A.-L. Lusson. . .
13. Grille de la cour extérieure de la gare du Nord (Paris) \
±U- Charpente et plafond du vestibule de la gare du Nord (Paris). [ 22/i
15. Ib. de la salle d'attente «6. (»6.). j . _^
16. École des ponts et chaussées, exécutée et dessinée par »^
M. Garrez •
17. Ib
18. /6. (Détails d'art.) \ 256
19. Projet d'église paroissiale, par M. Dainville, architecte. .. ^
20. Projetd'égH.se paroissiale, par M. Froraageot, architecte. .
21. Ferme anglaise
22. Fermes anglaises
23. Statues symboliques des quatre tourelles de l'église abbatiale
de Saint-Denys
2i. Ib X o.jO
25. Ib > •^'"'
26. 76
27. Ib. et ensemble des quatre tourelles
«tes PI. TITRES DES PLANCHES. Colonnei.
28. Projet de pavage de la place du Carrousel. — Nouvelle prison
militaire. — Éclairage des pièces donnant sur de petites cours. 320
29. Aqueducs et tuyaux de conduite 368
30. Vue de la Grande-Rue du Caire (en couleur]
3 1. Cour de la mosquée El-Moyed (Caire) {id.).
32. Vue de la grande salle hipostyle de Karnac (Egypte) (id.). . \ i lo
33. Vue de la salle hipostyle du temple de Khons (Karnac) {id.). ' ^
34. Une fontaine au Caire, et le palais du gouverneur de Mont-
fallout (monuments arabes de l'Egypte) j
35. Statues colossales d'Amenophe III (statue vocale de Meni- >
non) et vut de l'entrée du côté est de l'île de Philoe \
(monuments égyptiens) t
36. Restaurations des ruines de Lnxor et de Karnac. Dessein
d'un anneau symbolique égyptien
37. Parallèle des principales variétés des ordres égyptiens
{planche double en couleur.)
38. Vue de l'île de Philœ (id.)
39. Temples d'Ibsamboul. — Plans et vue générale (Nubie). . .
ÛO. Détails des temples d'Ibsamboul (Nubie)
41. Détails de la grande pyramide. — Vue de la petite chapelle \ 543
dans les carrières de Garthassey (Nubie) (
42. Plan et procaos du temple de Denderah. — Plan général de
Karnac
43. Plan et coupe développée du grand temple de Pliilœ. —
Spéos de Beni-ilassan. — Exemples d'oves égyptiens (mo-
numents égyptiens)
44. Chauffage à l'eau chaude (système de M. René Duvoir). . .
45. Autres exemples de ctiaulfage à l'eau chaude (autres sys-
tèmes de M. René Duvoir)
46. Plancher métallique (système de .M. Vaux)
£n tout 47 planches, dont 7 à l'effet et en couleur, et dont 2 doubles.
FIN DE LA TABLE DES GRANDES PLANCHES.
TABLE DES GRAVURES SUR BOLS
INSÉRÉES DANS LE TEXTE.
En-tête de l'introduction du volume 1
Jb. de la section historique 3
76. pratique 8
76. mélanges 15
Plan d'un projet de réunion du Louvre aux Tuileries.. 157
Fontaine-phare (projet de M. A. Couder) 185
et ailleurs
id.
id.
En tête de la section Théorie 290
Copie d'un bas-relief du temple de Khons (Karnac) représentant un
pjlone avec ses mâts à banderoles 499
Plan du temple de Luxor 502
Des Aimées dansant 504
FIN DE LA TABLE DES GRAVURES INSEREES DANS LE TEXTE.
(1) Nous indiquons, comme d'habitude, le chiffre de la dernière colonne de la livraison à laquelle les planches appartiennent et où nous avons l'habitude de
les placer ; la plupart de nos lecteurs, cependant, réunissent toutes les planches à la fin du volume, et nous croyons cette méthode très bonne.
Paris. — Imprimerie de L. Martinet, rue Mignon, 2 (quartier île l'Ecole-dc-Médecine).
f
4
-I
1
1 M - I 1
■
• •
• •
«MHIM^
■=*f
4
B,
I
>
fl
i«
1
■^^
■-•
■A
■ij— I-
==^-
I
\
es
ac:
£^5
Revues GiMèr-aJf^ de, L ArchUaMirt- /H (Uf TrapauX' l'ublirj!. /'aru, Jiuf de^ Fur'lf/nimf, tf.'^
Vi'L-f /'/ :>
=0!
r
S
1
!
i
1
i
■•
1^
□
( ■ ' I ■ I ' ' I ' )
Echelle a k 'i>ii fjutr mJtrp.
Céjtar D>ti^ Mr.
GARE DU CHEMIN DE FER . . D.
(Pans)
PROJETÉE ET EXÉCUTÉE FAR M REYNAUD.
lùnur O'f'/ié/'a/A'^r-l'ArcàfM'xlure- e4 d<'ÂTraûa44a>/'uS/ù'4f. Pari^ Jîu£- df^ /ursiem^er^. //%
A R<>m<zftJ ,/r/.
.'mf (/*- ^Aranna^r
BATIMENT En . ua
(Svsicmf de 11 A Riaiwaû}
EXECUTE A LA GUADELOUPE
/Uriuf- O'àit^-m/^. lùf /'/rrJii/i'r/ii'r r/ i/i-j //,ii'mj.i /'/Mi^i /'lu-u , /iue i/e /iuiitJtiivy W 4-
;v ' n ^
Fù; /.
flayi
1 , 1 , 1 , 1 , 1 . 1 , 1 , 1 , 1 , 1 1 1 1 M^i „i , r, I , I , ! , ,i , I , I , I i irrrri , i , i , ' , ^ , ' i-^-
/y i
/'M. '> J't/uiJf//<- t/a âjAmivU
i,i/&- j f^l fMr «M*S»
.y.*.«.«-^sW
lÀw At,^ ^nà M-,
BATIMENT EN FER
^: -
1
.5i
X.
I
, //..U j^.A /fv^.
■
PROJET D'ËGIJSER*^"^'
(Co'.uoui-s(ie Consirucuwi gfnfrale_Ecolir Ri)'> ..i- ^ ... „• a- .j:i.- _ .'(lujr'*
PAR M DÎIBa. i\m DE M SîfOUi.
i^^
0
""4*
■ «
*-• »
■ 'i
» %
.'..^
3
>*vt-
W 5
»
r^
w
Vul. 7.
neVUE GENÉilALE DE L'AHCHITECriRE Kt DES TRAVAUX PVBUCS. - N» «. RUE M U tÛtmtXSt. — tX»»
muQt m» H. CÉSAR DALV, kttcumcn.
H t
Vue pcrtpectitr.
• •
• • •
j ''•'■ .•' ...
11 p^v^^^LbiJi -
i l:
.1 I
nw M-deuas di loatatscarat M «■ pfrakr tUfe.
- -I • • * ri
i
::iJTmiuiulliU.mT
dlitiiitlimtiiiitlii
Plu«t
PROJET D'OPÉRA POUR PARIS
Pa* m. AMtDftK OOCDU.
tafriani* L. TliM* H Cir, t S*iM^;«>m<i».
Vol. 7.
o
REVUE GÉNÉRALE, DE L'ARailTECTURE ET DES TRAVAUX PUBLICS. - N* 60, RUE MONSIEURLE-PRLSCE. - PARIS
DIRIGÉE PAR H. CÉSAR DALY, ARCIITCCn.
n. M.
Galerie ouest du passage de l'Opéra
Rue Neu ve-
o
e
o
a
C II a u c h a t.
Rue
Cbtoe»**-
^..
Rue
Richelieu
iiiiiiiijiiiiii.iiiiiiiMiiiiii.iiiiiiiiiiiiiiiiidj:^
o
CL
B
e
Rue Grange- Ralelière
O
s
S"
<
03
2.
BS
o
s
3.
Cour de la mairie du i* arrond.
Rue Grange-Ba-
e
PLAN DU PREMIIH ÉTAOE. A l'tCBILLI Dt I IIILII. rOCK itTII
PROJET D'OPÉRA POUR PARIS
Par M. Hkctor Horiav. iRk.
;- ■ c
i£^:-
«^^
■M
'i
i<
^
t
.... ai
o
a.
S
••• [ZTTl
m ■■\r i
[liinii ffl iL^ :
12
* ^-i I "" uB; ■ r^î l| • f
û: c c ç
1^ «o *^ ^
'2 ^ L.
I
^
■^
5
J-MMiih
rxM2
b'^^?
é'i 5 ^
Î3
^
§
u
a.
o
ut
o
o
>
u
t/)
Q
•UJ
tv
4.^4^
- ■• f« -»*
ici 7
Dm|?;r par H" CÉSAR OALY, airhi-
■f-fj-,! r^,,
PLAN DU PREMIER ETAGE.
â F
PLAN DU REZ DE rHAUSSÉE.
PROJET 'vnPjTR/^ poii}^ p/yR|5
\ iUSSON. arfh
Be^iuf' GrnéraJr r/f / Arriifrr/ure et Jrj Trgrai/.T Biilicj Paru, Jiucdr fur.rttmJ'crf. N'^
yoLj H- lu.
GARE DU CHEMIN DE FER DU NORD
(Pans)
GRfLLE DE LA Pût'R D ENTRÉK
lir;tiie.CmcraUd&C'AriJulecùu;c-cttiaTriaaJUpiiiliA! /"aru. /lue- dfJ'urjlaniergJ/'^
Vol / n li
I II I I i
£fMU' Jf* ai,femfàj. à r'ci} fvur a
1
iil
il
. 1 1
r ■■ ' -n
:.__^J|
|l
1
i J
1
— ■ — ti
1
, 1
,.
1
, . ,
i
i
! ^ . J
!
» t
,. ,
1 ;
! -- !
f
;
1 Il
! ; :
L__„J|
{
-
i. .- - . ... ■ i
l.^,,..- 1
_;
\l\i\
[
1
1.
. — . ^,
f—
i
1 —
_J .__
,
_ —
__
f
r--- f
1 — - —
.^ 1
f- ,
, ,
T
1
r — — 1
_ .
u.
ilill
/w ^
Ife
/ At^r lh!/i/ «<?/-
it Séàiitx &
GARE DU CHEMIN DE FER DU NORD.
(Pans)
KariM Oàtàa/e lir, /'/fnJuiet^ure- ri desTranaux Puiluj J'aru, Xuc ilt. Fufilanierf. If'^
Tflj FIjS
rlkiyAr
QM m CiimiN DE FLK iJi> xNORD
CHARPFV"' ••" "^ »»t)ND PU W^TlBl'll
Hfiiui- ('eiii-iiilf iJi-, t'AiiJulo-ttijf eJ lia Trat'iMiyPuJiUcs, l'arU, /fee- de- FurrUmia-^, If'^.
W^ Hw
Fia. 3, Dàails dr l'uiûneur. Fiû. 4-
S^^^^^^^â^— -
■■^ 'j^
'-=-^ — --L,,-
1 U^ -J
j —
Jf .'j ûmff Aê
J, l£iumiiie.
r l'^ii, ,J/,-A JÙ'
ÉCOLE DESPONT-^ "^ ^SÉES.
(Paais,.
PRlUETEE ET EXÉC!""^- -" M CARREZ.
Hfi/uj'- Cmcrûjf- Jf /' ArcAùecturt el Jis Tmmius. Puiùa J'arùi, IUu> d» FmvU-mimi , ^%,
C»*r Ihi/tf a/rÀ. Jir.
Xémr
ÉCOLE DES PONTS ET CHAUSSÉES
(Pans),
PRaiETÉE ET EXÉCintE V.\:
flfaiic ûétumle' lÙ!' l AnÂitf/Jurc et da Traviuu:- /'uiU^x Purù, Au Je furtuniay. Jlf.'S
lui y. riiô
Ff/iA/rr i//: /'An,//// ujr/>s iù/ /"^fj/yt:.
^/i/^'// ///////-/w^v// -*'///,/////,/y// y>- / /'.y.//
[F
r/Ai<m.
■/j/0^ û/u^c- stupunl' AS
"^
Peàte fenêtre, du Ax-de ■ cXtUajfîe ;
f
1
.. i I 4 s * 7 * f '
|iiii|iiii| I 1 1 1 1 t I f 1
-.4 .
r-
^
v^
J
EitiaUeuÊUMi
t * WOj^t-
C«MrJKti^ MvA. wùr.
KCOLE DES PONTS ET CHAUSSEES.
(Paf-is)
PROJETEE £T EXÉCUTÉE !>?.;■< M CASRE:
Vol.
lieDue^ Céfièra/£- «afc L' Ardut/'^Uife, /s», i/tv Travaux /'uiltcs
Paru, KuA d^ fiuiumia^. H'^
MCnzr Djiy. urb Dirnintr
Fio /,
Fur ■}
Fio./j.
f^m\ Ut» d
''Xili:fflXli:'
P!
-A r K A *4 /
Fta 2.
\
^V7
S,Am^ Mf /if 4. S. à t* Jf
St-Â^ <ltK ftf t i .^ M /.
.■H' '^ • i
IjÀMr 4rt Pmm^K^-
/«it^VWs
t
>_i_i — H \
h«B*l •#•«•■••>
£ pM»9i^ Jfi. ft j;
PROJET DEGLISE PAROISSIALE
(Concours de Constnicùon gf nérïle _ Erole Roy d« B Arts de Rins _:' 0»is< \
PAR H DAINVILLE. ÉLÈVE DE H CDNSTANTnrFFl'X
Vol..
/{/•viw, GénéraU de> /'Arc^aii-f^Mre /•/ t/or Tr a trouas ftiSlten
Paru Hue furjUmJierç. //'fy.
H Cnar Daly. mh Directnir
fi.j à.
fia. 2.
trta^fttu .Jad- 't"^'-
PROJET D'EGLISE PAROISSIAII.
(Concours de Consirucuon générale- Ecole Rcy. des B.Arti de Buis- l* Classe"!.
PAR M.FROMAGEAU EliTF. DE M CONSTANT- DUFEIIX
I
I
^^
•*•
1
%
1
s
«S
s .
§
M
^
s
bO
u
a
^>**"''
â
4
*
o -
flQ >
JB
â.
I
&
3
e
c:
■y.
-5
ua
'^
s
Jl.-B
^
•2 ■!»
.2 « fe
«« A I»
s Q r
V «
<
J j I i J ;« 4 J J J 4 1 1 J 4 J
J
■f.j
I
|o
^
-a
3
o
s
1
-c
- V
a
i
-M
3 i
it
II
II
|4
* 3
1
-s s
c:
r
Vi o
«5
t-: X •<
e?
^ O
cp
là
II
bJ
^^3
;4 "•
9
c >!
I ^ J I I i I 2
I i I I
s lit M
? 5 s s «
I
■^3^J
^ -5
Vol. /.
HOUVELLE MANIERE
pour éclurn- lea pièce» (lonMnt »ur lu Coiircella
/{mue- ûemra^ de, lArMlaUufe^ <•/ i/ra TrapoMX' Puilut.
Paria. /Uu. FursUjrUtvy ff6
M C<Mr Daif accLIkrRtnr
ioonu£ PMsoa wurAiic
<Uiftî PkftVi^. éf,A M
PROJET DE PAVAGE DE LA i'
a.
•^ ■*► jU*IM»il<i>
1" fl
rt
T
l
■■" 1
';f
i
—
>. ' ■■ -. '■
S
*< 1
1
I
S
"H
" \-:\
;l
^
/UviMe Ce/ifra/f, d!/, //ArrA4/*/■J^Jre et dei Tmi/tuix /ùMt£f
iitotloa M' 6
tu -
mmsA
■ '" "" . •Zr'^ s :*
Vol. 7.
Refue générale de rircbileriort el in Ttaïui fiUia. — %' i, nt it
Huott r*a M. CÉ8AH DALT, acmncn.
- hn.
HLS.
Vne des suives colossales d'Aneiiopli III. — Siitae loalc de
EiirM <■ c«4 Est 4t nit 4* PWa.
H. llnaMU, anU., iltl.
HOIONIHTS iriGTPTK.
Vol. 7.
KF.VUE (iÉNCRALE DE L'ARCHITECTtilE ET DES TRAVAIX PIBLICS. - !}• <0, MJB MOKSORm-LE-PIlINCe - PàKt».
nimcÉE PA* M. CESAR DALY, kMOunen.
PL M.
BESTADSATIOtl DC TEMPLE DE LCIOI
ANNEAU ÉGYPTIEN
En verre de
nalrar, i«rr
un uMl, une «uulle de »ang et um' Uinjue, ri'imx'ijuiil les Urui» eancKrr* 4e h tic .
Voir, Sj.vtib. Pahlf.». '
VUE D'nXS RESTAURATWS DES HUiSES 1>Ï lASSiC PWgE E>nS US ATUCU W »BM
II. I:niinv, ariii., di'l
RESTAURATIONS DES RUINES DE LUXOR ET DE KARNAC
*
I
j
<
ce;
fn-viM Ci'riâxile </<■ l . IrJiUtdurc a tù-j frapmjj: PuhUa /'ans Hue lù Fiirsl^ml'ey ^
//.,■/,;■ //„,;■„.
I
■ •
I
i
J
■
• t
: ï
*
: 1
•» (
■^ --^1
Vol. 7.
REVUE GÉNËnAI.K DE L'ARCIIITKCa'RE ET DES TRAVAUX PUmjCS. - N- «, BUE IION8IEim-I,C-PUi(Ce. - PAMS
tnilCtt P*l M. CtSAH DALV, AKcaiTCCTC
PI. M
^^■
t l.H->'_L.
OOOPI DO OlilD TIIPLI
'.■ti'!<Vl<'I'.''. '.''.•. M. '
1?^
mf
1
TUE INTtRtinRE DE L.t PBIlltBt 8ALLI DO PETIT Tliril
!.. HiiRKAii. arf!i., (tel.
DÉTAILS DES TEMPLES D'IBSAMROTM,
(«ont)
V(il. 7.
IIEVLE GÈNÉHALE DE L'ARCHITEC.-TLBE BT DES THIVaUX KBLIC*. - .V ». HUE Ut LA «OMOiOlE. - PASB
Miict m» M. CÉSAR DALV, kiuncn.
au.
iJiniit
^
ProDMM étt Tnaple de DoUcnk.
Plan du Temple
.1r Dn4(Tit:
PU* i«a»nl 4e KuMC
(Tatm.)
II. IloilK.M'. ar.li . lUI.
MONUMENTS D'f.GYPTE
imf. L TeiMa « CJe, k Se>«M»«n»l».
Vol. 7.
ItKVLE (.KNERAI.E l)K I. ARCHITECTURE ET DES TRAVAUX PI BUCS. - V 4. RUE DE nUSTElOnC. - rMM.
DmiCi! fAR M. CESAR DALV. AiaUTtor
n.«
SfCM 4* BmI-
yAOAvy^yAvtAVA
Cornirhe avec indicalion d'Ovrs.
Cmkke mt Mtott** 4X>Mi.
îmîïiiaMmnifflniiDDdi
ik^ffl^^^
Plan et ctdfe Mnlo|fè* fn fi**' Teaflt 4t M».
H. Horeau, anliitwtc ilol.
MONUMENTS D'EGYPTE.
^
&'>
s'»
' ~f:M
fco
64iO*y
fi^f /)»;*><•//■ /<-/
CHAUFFAGE ET VENTîLATIO>.
App«axJ invente pjir
Va-i./.
/ù>t>iuy l^éfuira/e^de' / ///a<///v^^K*- ei tde/ fr^lutir' fu^>. .
funlf^éef^ /'ivu
I \. 1 bc — ■ — te '•
-M: ' 1
-^-t
àf.Jaittu.trt/ •.•r\-À' >iéi.
'^MNCHtR M...
-v^rrcui -r i<i>v<nv
V
!>
i^^''
l^'-'^,->^.*
A'
^^
/»'
';>i
/ '
./
-\
îf .
N. ' -r^^
V
X
- ^i-
.^r
•vt.
.i:<'-^^
■-S,
'^i, 7 l Véî^^ 5F.^^ '-"ij^jt
f
i ■ / 1 >■
\
.-<■»<
^Z
i 1
5^^
^■^
^^t
'f
^>
^j
■t
,r
^
/^^>^
'^
^'
'. ;^\
.'N
Ki
% T^'\
>^
\^
-•• i
K
V
^ __. I
?y ^^
^1^^
T^